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octobre 22, 2026

France/Monde: Armées, Prospective, Stratégie, Ukraine, énergie, Démographie/Immigration...? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

Que nous apprend la guerre en Ukraine ? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

La guerre en Ukraine témoigne de l’accélération de la déconstruction du monde. À l’affrontement ancien entre les Etats-Unis et la Russie, s’ajoutent une guerre économique et une guerre de l’énergie. De nouveaux acteurs montent en force, comme la Chine, l’Iran et la Turquie.

Comme l’écrivait Camus « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine … c’est le mensonge[i]».  Le suivi de l’actualité sur la guerre en Ukraine ne nous épargne pas dans ce domaine… Joe Biden n’a pas fait dans la nuance à l’égard de Vladimir Poutine en le qualifiant de « boucher » et en insistant pour que son « indignation morale » serve de référence à une nouvelle « guerre juste » contre le mal. Les Russes ne sont pas en reste et entretiennent auprès des opinions publiques l’image d’un « Occident décadent » otage de « néoconservateurs américains affairistes »… Aucun des deux ne sortira gagnant de ce combat sur cette marche des empires régulièrement disputée depuis 1 000 ans entre occidentaux et orientaux[ii]…

Nous connaissons tous les vertus du « bouc émissaire » quand nous ne souhaitons pas traiter sur le fond une question vitale. Cette guerre en Ukraine est à ce titre assez éloquente des biais de représentation et des erreurs historiques qui ont été commises depuis 30 ans par toutes les parties prenantes le long de cet « intermarium » européen qui va de la Baltique au Monténégro. Chaque fois des populations sont prises en otage, avec un minimum de 3 à 6 millions de réfugiés, et toutes les atrocités propres aux guerres s’invitent sur nos écrans plasmas… Ce qui change c’est la singularité de la communication avec une virtualisation de plus en plus hystérique des situations sur le plan médiatique. Le « brouillard de la guerre » devient de plus en plus opaque et il est devenu difficile, même pour les experts, de prendre un peu de recul sur les évènements[iii]. Que pouvons-nous honnêtement décrypter au-delà le bruit ambiant ? Comment se situent les signaux faibles et les vrais marqueurs en termes de rapports de force? Et que pouvons-nous percevoir des conséquences à terme de ce conflit ?

Personne ne sait véritablement, mais tout le monde commente

Nous dissertons en flux continu sur une réalité pour laquelle nous n’avons pas d’informations fiables. Pourtant les dossiers sur la nature de ce conflit[iv] et sur les occurrences de risques existent[v]. Il est vraisemblable que tout ce qui est actuellement communiqué sur cette guerre d’Ukraine en termes de chiffrage morbide des victimes, de destructions civiles et d’évaluation de l’attrition des capacités militaires des uns et des autres soit faux. Nous retrouvons les mêmes méthodes qu’en Syrie depuis 2011 avec les comptages douteux de l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme[vi] (OSDH), que tout le monde prenait pour une agence onusienne… Ce fut la même chose lors des opérations au Kosovo en 1999 avec les informations officielles, mais erronées qui étaient délivrées par l’OTAN[vii] … De fait chacun y va de son opinion, beaucoup plus que de l’observation de faits vérifiés et authentifiés[viii]. C’est le cas pour les évaluations sur l’échec de la « blitzkrieg » et sur « l’enlisement » de l’armée russe ou sur les « buts de guerre » de Vladimir Poutine, comme si nos experts avaient accès aux bureaux les plus confidentiels de Moscou… Il n’est pas étonnant que les débats sur les réseaux sociaux soient aussi passionnels, voire hystériques. Pour le moment, faute de vrais renseignements, la rumeur, la surenchère et l’outrance sont privilégiées afin de tenir les opinions en état de sidération.

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De fait nous assistons à une théâtralisation des évènements où tout est bon. À ce titre les modes d’action des deux chefs de guerre sont assez singuliers. Volodymyr Zelinsky, avec sa tournée quasi-shakespearienne en visio-conférence auprès de tous les parlements occidentaux, est assez stupéfiant quand on connait le passé sulfureux du personnage[ix]. Pour sa part Vladimir Poutine, enfermé dans les murs du Kremlin, avec ses exhortations historiques autour d’une mise en scène tsariste du pouvoir moscovite, n’en est pas moins spectaculaire en termes d’autoritarisme et de détermination. Tout se joue sur les écrans plats avec des relais de part et d’autre de propagande, d’opérations psychologiques et de désinformation comme on n’en a rarement vu dans les conflits modernes. La seule différence en termes de stress est la question du seuil nucléaire qui a été posée par la Russie… En matière de relations internationales, les diplomates comme les historiens savent que tout se joue sur le temps long et rarement sur celui des tweets et des visioconférences. Mais nos sociétés se confinent de plus en plus dans une sorte d’illusion médiatique, alors qu’elles dénient sur le fond l’engagement réel que supposent de telles remises en cause de l’intégrité des frontières. Il est clair que personne en Occident n’a vraiment envie de mourir pour l’Ukraine, comme hier pour l’Ossétie et la Géorgie, mais en revanche tout le monde a envie de commenter la bataille. Zelenski l’a compris et surjoue la partition pendant que Poutine sait qu’il peut manœuvrer avec les bonnes vieilles méthodes russes utilisées à Grozny, et surtout à Alep en Syrie[x]. Deux tons deux mesures que nous ne cessons de retrouver dans tous les conflits de ces dernières décennies. Pour autant, in fine c’est bien celui qui tient le terrain qui gagne, pas celui qui tient le micro ! La géopolitique ne se satisfait pas uniquement de taux d’audience…

Et pourtant les marqueurs d’une accélération de la bascule de l’ordre mondial sont là

S’il y a « beaucoup de bruit pour rien » sur les écrans, les coulisses sont en revanche très actives. Prenons les négociations en cours pour un cessez-le-feu voire un processus de paix entre Ukrainiens et Russes. Nous pouvons constater qu’elles ne se déroulent pas pour le moment sous la houlette des Nations Unies à Genève, mais sur les rivages de la Méditerranée orientale à Antalya et désormais dans le palais de Dolmabahçe à Istanbul sous la présidence turque. Certes la Turquie est membre de l’OTAN, mais réunir les protagonistes de cette guerre sans les Américains et les Européens, qui plus est dans l’un des vestiges des derniers sultans de l’Empire ottoman, en dit long sur les arrière-pensées d’Erdogan. Il réitère la même tactique pour tenir à distance les Occidentaux que Poutine, lorsqu’il a réuni en mai 2017 les protagonistes du conflit syrien à Astana au Kazakhstan, sous le triple parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran[xi]… Dans ce contexte, il ne faut pas négliger par ailleurs le rôle discret d’Israël et de ses réseaux d’influence, à commencer par les oligarques russes et ukrainiens, depuis le début des évènements, avec ses conséquences indirectes sur le dossier iranien… Il en est de même pour la Chine, qui a des intérêts considérables sur cet espace eurasien, notamment pour conforter sa stratégie de route de la soie. Xi Jinping en profite pour affirmer avec opportunisme sa proximité avec les préoccupations de Vladimir Poutine, qu’il soutient personnellement, tout en prônant une neutralité de façade… Cela permet surtout à ses « loups guerriers » de nourrir les argumentaires pour justifier une opération sur Taïwan et aux entrepreneurs chinois de récupérer ce que l’Occident abandonne en Russie… Pendant ce temps nos dirigeants européens se contentent d’échanges téléphoniques avec le maître du Kremlin, qui les méprise, alors qu’ils ne sont pas conviés à la table des négociations…

Les prises de parole de Joe Biden pendant son déplacement à Bruxelles le 24 mars pour les sommets contigus de l’OTAN, du G7 et de l’UE, et surtout ses déclarations le 26 mars à Varsovie, ne pouvaient pas être plus explicites sur l’objectif masqué de la Maison-Blanche. Pour reprendre Talleyrand, « tout ce qui est excessif est insignifiant », sauf si l’une des parties n’a pas véritablement envie d’engager un véritable processus diplomatique et que le but de guerre non avoué est d’éliminer son adversaire… Nous retrouvons finalement les mêmes intentions et modes d’action de « regime change » que pour Saddam Hussein ou pour Kadhafi, avec les succès que nous connaissons… Ces postures belliqueuses décidées à Washington de façon unilatérale, et relayée avec beaucoup d’agitation par Londres, ne laissent finalement aucune marge de manœuvre aux Européens pour espérer devenir de véritables médiateurs. Les réactions embarrassées du chancelier Olaf Scholz et du président Emmanuel Macron, beaucoup plus préoccupés par leurs approvisionnements en gaz, montrent combien les questions de solidarité et d’unicité de vues entre alliés, et de cohésion entre Européens sont extrêmement fragiles. En revanche il est clair que l’équipe actuelle de la Maison-Blanche entretient à distance ce conflit et qu’elle ne souhaite pas voir ses soldats mourir pour une cause qui n’est pas prioritaire pour eux[xii]. L’objectif pour Washington est de fixer et de neutraliser la Russie (en réarmant massivement les Européens pour « qu’ils fassent le job »), afin de pouvoir s’occuper tranquillement de la Chine. L’Ukraine n’est pour Joe Biden qu’un prétexte et un carnet de commandes pour son complexe militaro-industriel. Pour arriver à ses fins en mer de Chine il doit d’abord éliminer Vladimir Poutine, principal allié de Xi Jinping. Sans ce préalable l’affrontement sino-américain, qui semble inévitable avec la question de Taïwan, ne sera pas favorable aux États-Unis.

Dans ce contexte il faut aussi noter le retrait prudent d’une grande partie du monde vis-à-vis de ce conflit régional qui oppose pour les uns l’Ukraine à la Russie et pour les autres les États-Unis à la Russie, personne ne souhaitant parler ouvertement d’une guerre entre l’Europe et la Russie (bien que la question de la cobelligérance au travers des livraisons d’armes se pose de plus en plus et que celle de l’application de l’article 5 de la charte de l’OTAN se joue essentiellement sur le sol européen…) Plus de la moitié de la population mondiale n’est pas concernée par ce conflit et pour la première fois les Américains n’ont pas réussi à obtenir une adhésion totale comme ce fut le cas dans le passé, notamment avec la lutte contre le terrorisme. Les membres des BRICS, de l’OCS, l’Iran, le monde arabe, la plupart des pays de l’ASEAN ont adopté des positions prudentes, voire compréhensives vis-à-vis de la Russie[xiii]. Certes les sanctions économiques et financières sont inédites et ont des impacts collatéraux significatifs du fait de la mondialisation des échanges. Mais si la plupart prônent le respect de l’intégrité des frontières, ils ne souhaitent pas pour autant considérer Vladimir Poutine comme le seul « fautif », et lui infliger des sanctions comme nous le souhaiterions de leur part.

À ce titre, si les sanctions s’avèrent très spectaculaires et populaires au sein du G7, elles ne sont pas ressenties de la même façon dans le reste du monde. Elles ne plaisent absolument pas entre autres à la Chine et aux pays arabes qui le font savoir en intensifiant une dédollarisation des transactions pour protéger leurs propres flux d’intérêts. Le système russe s’est montré plus prévoyant et résilient depuis le krach financier de 1998 au grand dam des Anglo-Saxons qui sont obligés de renforcer sans cesse le régime des sanctions. De fait cette stratégie jusqu’au-boutiste provoque d’ores et déjà des dégâts collatéraux importants sur les plans énergétiques (rupture des approvisionnements en énergie de l’Europe et baisse de sa compétitivité), sur les matières premières stratégiques (impacts sur les chaînes de valeurs, sur les engrais…), sur les produits de consommation de base et biens intermédiaires (fermetures des entreprises implantées en Russie et rupture de supply-chain) et sur les produits alimentaires de première nécessité (crise sur les céréales avec risques de famines pour de nombreux pays importateurs). Dans les faits le piège est en train de se refermer sur les pays européens qui s’avèrent vulnérables. De nouveau les États-Unis sont très peu touchés par ces effets induits et peuvent jouer les grands justiciers. Pour autant le reste du monde fait ses comptes et a compris qu’il était temps de se protéger de ce type de guerre économique. La Russie ouvre le champ, avec les cryptomonnaies et l’emploi du rouble comme monnaie de transaction pour contourner les sanctions[xiv]. Mais le fait que la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et d’autres puissances émergentes veulent accélérer la dédollarisation des échanges constitue un tournant majeur en termes d’évolutions des facteurs de puissance[xv]. Le fait que la plupart de ces acteurs refusent de sortir la Russie du G20, comme les États-Unis essayent de l’imposer, est aussi un signal important pour les membres du G7 qui ne représentent plus que 8% de la population mondiale, même s’ils concentrent encore 75% des dépenses d’armement du monde…

Les lignes bougent, que pouvons-nous anticiper ?

Cette guerre pose, au-delà la question fondamentale du respect de l’intégrité des frontières et de la dignité humaine, celle de nos dénis de puissance. D’ores et déjà nous avons tous avoué avoir été surpris par l’invasion russe de l’Ukraine, alors que nous avions les renseignements. Qu’en est-il de nos réelles capacités d’anticipation stratégique ? Par ailleurs, que penser de la crédibilité de nos concepts de dissuasion qui sont assis sur cette capacité d’anticipation stratégique ? La question se pose avec encore plus d’acuité quand Poutine aborde de façon décomplexée, mais déterminée, la question du seuil nucléaire et qu’il menace, si ses intérêts vitaux sont en jeu, d’utiliser l’arme nucléaire sur un champ tactique. Elle nous interroge aussi sur le périmètre et la crédibilité de nos alliances[xvi]. L’OTAN sort à priori renforcée de cet épisode ukrainien. Pour autant l’effort de réarmement mis en œuvre par les Américains, et suivi par la plupart des Etats membres de l’UE qui ont pris la décision d’augmenter leurs budgets de défense, suffira-t-il pour faire face ? Il faut une doctrine d’emploi et un commandement qui soient en adéquation avec les nouveaux types de menaces qui se formulent sur les frontières de l’Europe. Est-ce que ce type de coalition administrée par l’OTAN, avec des pays démocratiques qui ont des opinions versatiles, sera en mesure de tenir des rapports de force brutaux face à des pays aux visions néo-impérialistes et dotés d’armées rustiques qui ne craignent pas de mourir ? Sommes-nous par ailleurs suffisamment véloces et autonomes sur le plan logistique pour tenir dans la durée vue nos niveaux de dépendances énergétiques, technologiques et économiques du fait des délocalisations et des abandons de souveraineté au cours de ces 30 dernières années ?

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Dans les faits avec cette « opération spéciale » qui a été déclenchée par la Russie sur l’Ukraine nous entrons dans une phase plus violente de la déconstruction de l’ordre westphalien du monde[xvii]. La remilitarisation simultanée de l’Allemagne et du Japon, avec la bénédiction des États-Unis qui vont fournir ces deux pays en armements offensifs, vient de signer définitivement la fin de l’ère des accords de Yalta qui a assuré sept décennies de paix pour l’Occident. A ceci il faut ajouter, avec les conséquences de la guerre en Irak et surtout en Syrie, la fin des accords stratégiques autour de l’énergie entre les USA et l’Arabie saoudite liés par le « pacte de Quincy ». Toute cette construction qui a assis la prééminence des États-Unis sur l’ordre du monde est définitivement morte. Par ailleurs cela ne va que radicaliser un peu plus cette guerre de l’énergie qui est à la base de tous les conflits de ces trois dernières décennies. Enfin, en entrant en Ukraine Poutine a ravivé, sans le vouloir, mais grâce aux Américains, les bellicismes allemands et japonais[xviii], dont nous verrons surement les effets pervers dans les prochaines années. Ces évènements nourrissent aussi la dynamique de résurgence des empires centraux qui ont des velléités certaines quant à la redéfinition de leurs frontières et de leurs intérêts. Nos diplomates parlent d’une confrontation des démocraties contre les autocraties, de la liberté contre la dictature. Nous pourrions plutôt évoquer la confrontation de nos vieux Etats-Nations face aux vieux empires russes, turcs, chinois, perses etc. qui rêvent de prendre tout simplement leur revanche sur les siècles de mépris dans lesquels l’Occident les a enfermés…Nous sommes juste face à un retour de l’Histoire et à la fermeture d’une parenthèse où l’Occident a contrôlé « l’ordre du monde »[xix]…

C’est le second niveau de conséquences que nous devons désormais prendre en compte. Les revendications de Vladimir Poutine, en se référant à l’histoire de l’empire des tsars, sont aussi celles d’Erdogan qui veut retrouver les frontières de l’Empire ottoman qui ont été confisquées par le traité de Lausanne en 1923. Ce dernier aimerait saisir le centenaire de ce traité pour « renverser la table » en Méditerranée orientale et dans les Balkans[xx]. Il ne faut pas oublier que les protagonistes des événements au Proche-Orient n’ont eu de cesse ces dernières années de remettre aussi en cause les tracés des frontières à la suite des accords Sykes-Picot en 1918. Il en est de même en Chine où les « loups guerriers » de Xi Jinping observent avec acuité les développements de cette guerre en Ukraine pour reconsidérer les tracés territoriaux et maritimes imposés par l’Occident tant au travers des « traités inégaux » qu’en mer de Chine[xxi]. Tous reprochent à l’Occident son « arrogance » et « son mépris ». Nous ne voulons pas entendre cette réalité, car elle nous fait peur, mais l’avertissement de Samuel Huntington[xxii] est bien en train de se concrétiser. Nous sommes face à des guerres de civilisations qui sont en train de se coaguler ici et là au travers de conflits régionaux de haute intensité.

L’effondrement de toute l’ingénierie des relations internationales mises en place autour des traités de Yalta et de Versailles nous ramène à une autre vision du monde moins idyllique et plus prosaïque. Sommes-nous conscients que nous sommes en train de régresser en termes de droit international, notamment sur les questions du droit de la guerre et du droit humanitaire international ? Face à ce réveil de l’histoire et des prétentions des grands empires qui ont façonné les grandes civilisations du monde, quelle est la vision de nos élites et quel est le niveau de prise de conscience de nos populations sur les bascules en cours ? Quelle est notre capacité réelle de tenue des terrains de conflictualité avec des dettes étatiques abyssales et des populations peu résilientes, vieillissantes, pas aguerries? Comment allons-nous assumer en Europe la problématique des migrations qui vont se multiplier autour de ces crises régionales ? Comment assurer notre autonomie stratégique et renforcer nos concepts de dissuasion pour faire face à tous les types de scénarios qui ne sont plus de l’ordre du probable, la seule inconnue étant la date de survenue des évènements ?

Toutes ces questions supposent que nous passions de la naïveté à de nouvelles formes de responsabilisation de la défense de nos intérêts et valeurs. En cela les réactions des Polonais, des Baltes et des Ukrainiens face à ce conflit ne peuvent que nous réveiller. Mais Il eut mieux valu avoir été plus intelligent dans les années 1995-2005. Plutôt que d’avoir laissé glisser l’histoire vers ses travers meurtriers et toujours tragiques, nous aurions dû inventer un autre espace de sécurité et de coexistence sur l’Europe. Pour cela il aurait fallu que les faucons de Washington aient accepté une Europe plus forte et autonome[xxiii]. Nous payons les impérities de cette impuissance européenne qui ne sait pas singulariser son identité et anticiper son devenir. Les stigmates de cette guerre en Ukraine vont s’intensifier et durer. Pourtant nous avons eu une première alerte avec les Balkans, qui vit de nouvelles répliques[xxiv]. Mais nous ne voulons ni voir ni entendre les alertes, nous voulons juste nous contenter de commenter la bataille… La Rochefoucauld résume très bien cette pathologie dans ses maximes « l’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts ».

 

 Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, puis fortement engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 1990, il a une longue expérience sur le terrain, ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié, de la conduite et résolution des crises internationales. Il a exercé pendant 15 ans des fonctions exécutives et opérationnelles dans le monde de l’entreprise au sein du Groupe Hachette, Spie-Batignolles, Schneider Electric et Eurogroup.

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[i] Cf. Albert Camus : « Sur une philosophie de l’expression », compte rendu de l’ouvrage de Brice Parain, Recherches sur la nature et la fonction du langage, éd. Gallimard, in Poésie 44, n° 17, p. 22.

[ii] Cf. Thomas Flichy de la Neuville: « Ukraine chroniques de guerre », DMM avril 2002 et Revue politique et parlementaire : https://www.revuepolitique.fr/author/flichydelaneuville/

[iii] Cf. Renaud Girard : « Les tristes restes du néoconservatisme », Le Figaro 28 mars 2022.f.

[iv] Cf l’excellent dossier réalisé par Diploweb : https://www.diploweb.com/Dossier-geopolitique-Russie-et-Ukraine-quelles-relations.html et Xavier Guilhou: « Kiev défie Poutine » Diploweb 28 février 2014  https://www.diploweb.com/Kiev-defie-Poutine.html et « Crise ukrainienne : Quel pilotage des évènements » Diploweb 16 mars 2014  https://www.diploweb.com/Crise-ukrainienne-quel-pilotage.html

[v] Cf. les rapports de l’OSCE : OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine | OSCE

[vi] Cf. l’enquête de Libération – 15 mars 2018 : https://www.liberation.fr/checknews/2018/03/15/l-observatoire-syrien-des-droits-de-l-homme-est-il-une-source-fiable_1653354/

[vii] Cf. Témoignage du Général Dominique Delawarde sur le site de l’ASAF – 2 mai 2019 :  https://www.asafrance.fr/item/emoignage-le-dernier-plus-gros-mensonge-geopolitique-de-la-fin-du-xxe-siecle.html et Revue International 2003/3 N° 51 pages 125 à 132, Darko Ribnikar : « Les leçons du Kosovo »

[viii] Rappelons à titre d’exemple qu’après des enquêtes très élaborées les chiffres repris par les rapports et les médias de 250 000 morts lors de la guerre en Bosnie entre 1992 et 1995 ont été ramenés à 100 000 – Cf. Revue le mouvement social 2008/1 (N° 222) pages 153 à 183 Isabelle Delpla :  « La preuve par les victimes. Bilan de guerre en Bosnie-Herzégovine »

[ix] Cf enquête de Denis Garnier dans Médiapart 6 mars 2022 : « Mais qui est Volodymyr Zelensky ? » https://blogs.mediapart.fr/denis-garnier/blog/060322/mais-qui-est-volodymyr-zelensky

[x] Cf. Interview du Général Gomart dans le Figaro du 25 mars 2022 : « En Ukraine , l’armée russe a opté pour une stratégie de terreur » https://www.lefigaro.fr/international/general-gomart-en-ukraine-l-armee-russe-a-opte-pour-une-strategie-de-terreur-20220325

[xi] Cf. Matthieu Eynaudi – site Les clés du Moyen-Orient – 9 fev.2017 : « A Astana , la redéfinition des rapports de force dans les négociations sur la Syrie » https://www.lesclesdumoyenorient.com/A-Astana-la-redefinition-des-rapports-de-force-dans-les-negociations-sur-la.html

[xii] Cf. Xavier Guilhou : « Que nous apprend l’Afghanistan : que la géopolitique n’est pas morte ! », 28 septembre 2021 https://www.xavierguilhou.com/2021/09/28/que-nous-apprend-lafghanistan-que-la-geopolitique-nest-pas-morte/

[xiii] Cf tribune de Xavier Guilhou dans le Télégramme de Brest du 1er mars 2022 : « Nous sommes face à une guerre de civilisations » https://www.letelegramme.fr/debats/tribune-xavier-guilhou-nous-sommes-face-a-une-guerre-de-civilisations-01-03-2022-12931095.php

[xiv] Cf Déclaration de Christine Lagarde – Tribune 23 mars 2022 : https://www.latribune.fr/economie/international/christine-lagarde-juge-les-cryptomonnaies-comme-une-menace-dans-le-contexte-russe-906783.html

[xv] Cf. lire sur cette thématique les excellentes analyses de Claude Leblanc dans l’Opinion : https://www.lopinion.fr/auteur/claude-leblanc

[xvi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 274 Xavier Guilhou – janvier-mars 2022 : « Les Alliances : abandon de souveraineté ou mal nécessaire ? » https://www.xavierguilhou.com/2022/01/07/revue-marine-les-alliances-abandon-de-souverainete-ou-mal-necessaire/

[xvii] CF. Henry Kissinger : « L’ordre du monde », Fayard 2016

[xviii] Cf https://www.nippon.com/fr/news/yjj2022030801061/

https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20220324-%C3%AEles-kouriles-la-guerre-en-ukraine-ravive-les-tensions-entre-le-japon-et-la-russie

[xix] Cf Hubert Védrine : « Une vision du monde » Bouquins, 17 fév. 2022

[xx] Cf. revue Marine de l’Acoram n° 271 avril – juin 2021 Xavier Guilhou :  « Méditerranée orientale : Qui va trancher le nœud gordien ? » https://www.xavierguilhou.com/2021/04/02/revue-marine-mediterranee-orientale-qui-va-trancher-le-noeud-gordien/

[xxi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 272 avril-mai 2022 Xavier Guilhou : « Pacifique , l’océan de toutes les convoitises et de tous les risques » www.xavierguilhou.com et revue Conflits n° 27 mai-juin 2020 : « Indo-Pacifique , les grandes manœuvres » et n° 36 nov. déc. 2021 « Mer de Chine – Taïwan prochaine prise ? » www.revueconflits.com

[xxii] Cf. Samuel Huntington: « The clash of civilisations and the remaking of world order », Simon and Schuster /US  2002

[xxiii] Cf. Robert Kagan : « La puissance et la faiblesse », Hachette 2006 et analyse de Vincent Stage 11 mars 2014 :  https://www.diploweb.com/R-Kagan-La-puissance-et-la.html – voir aussi les conférences de Georges Friedman le président du Think Tank Stratfor et l’analyse de Jean Claude Empereur revue politique n° 1077 du 29 février 2016 https://www.revuepolitique.fr/etats-unis-une-nouvelle-vision-geopolitique/ .

[xxiv] Cf. Milica Cubrilo Le Figaro 29 mars 2022 : « La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes » La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes (lefigaro.fr)

Source: https://www.revueconflits.com/que-nous-apprend-la-guerre-en-ukraine-que-la-deconstruction-de-lordre-du-monde-saccelere/


 

Armées : il faut changer de modèle ! 

L’armée française se retrouve à cours de matériel et donc avec des difficultés à conduire des opérations lointaines. L’argent ne suffira pas, c’est bien un changement de modèle qui est nécessaire.

Remettre de l’épaisseur, 

Retrouver des effets de levier, 

Refaire de la nation le cœur de notre survivance !

Xavier Guilhou. Article original paru sur son site personnel

« Nous sommes sur l’os… ! ». Qui n’a pas entendu nos grands chefs utiliser cette expression pour préciser que nous n’avons plus de marges de manœuvre sur le plan capacitaire, voire que nous sommes bien en deçà de l’acceptable pour assurer les missions assignées à nos armées. Il est évident qu’après trois décennies de rabotage budgétaire nous ne pouvons qu’être en limite basse en termes de suffisance opérationnelle (moyens, munitions, stocks stratégiques, personnels…) et que, pour reprendre un terme de marins, « nous talonnons ! ». A ce rythme la prochaine étape est « l’échouage » … Si cette politique financière avait permis de faciliter des réformes en profondeur pour notre pays, nous pourrions à la rigueur la comprendre. Mais cela n’a fait qu’alimenter une pseudo paix sociale à la petite semaine et nous ne pouvons plus l’admettre au vu des rendez-vous stratégiques qui sont devant nous. 

La guerre en Ukraine sert de révélateur dans tous les domaines et a eu la vertu de réveiller les consciences endormies par des décennies de « dividendes de la paix ». Pourtant les signaux précurseurs n’ont pas manqué, mais chaque fois le relativisme et la bureaucratie ont effectué leur travail de neutralisation et de normalisation pour continuer à tirer vers le bas nos postures de défense. De fait « nous sommes bien sur l’os » et il nous faut avant tout « remettre de l’épaisseur » à tous les niveaux pour combler ou compenser ces faiblesses structurelles. La projection de corps expéditionnaire tous azimuts n’est plus dans nos moyens. Nous devons nous recentrer sur la défense de nos intérêts vitaux, la protection de notre territoire et remuscler notre dissuasion. Il faut changer de méthode et surtout de modèle !

« Remettre de l’épaisseur » 

Certes nous avons développé des capacités marginales à très forte valeur-ajoutée pour « faire autrement » quand nous ne pouvions plus « faire normalement » du fait de l’érosion de nos forces conventionnelles. Ce fut le cas au cours de ces trois décennies avec la montée en puissance des opérations spéciales. Par leurs performances indéniables, notamment dans la lutte qualifiée « d’anti-terroriste » en Orient et en Afrique, elles ont assuré au pouvoir politique la garantie d’une posture opérationnelle à succès avec une forte résonnance médiatique auprès des opinions publiques. Cela a plutôt bien fonctionné. Dans ce contexte les OPEX ont au moins eu le mérite de permettre à toutes ces composantes de se tester et d’acquérir une courbe d’expérience considérable.  Mais avec l’Ukraine nous passons à autre chose et le travail de sur-mesure de nos forces spéciales doit désormais s’intégrer dans des schémas complexes de combat de haute intensité, avec un retour de confrontations de masse sur des lignes de front que nous n’avons plus connues depuis les grandes guerres mondiales. Comme le citait Goethe « nous avons déjà pensé à tout mais il nous faut tout réinventer ».

Il en fut de même avec les deux fonctions essentielles que sont le renseignement et la logistique, armes souvent considérées comme secondaires dans notre culture militaire, mais qui se sont avérées cruciales au cours de ces dernières décennies pour accompagner nos projections de corps expéditionnaires sur des conflits hybrides, au sein d’alliances, sur des terres lointaines (Afghanistan, nœud syriaque, Sahel). Ces composantes souvent qualifiées de soutiens, alors que ce sont des précurseurs qui conditionnent le succès des opérations,  ont permis sur le terrain de faire face avec beaucoup de réactivité et aussi d’inventivité dans les modes d’action, à de nouveaux modes d’adversités (cf. les techniques de guérillas pratiquées par les groupes islamiques, mais aussi les méthodes de désinformation et déstabilisation des SMP comme Wagner, ainsi que l’utilisation de technologies duales et des réseaux sociaux). 

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Panorama du matériel de l’armée française

Nous avons aussi compensé la baisse de nos moyens avec de la haute technologie et une professionnalisation remarquable de nos forces. Nos armées sont de fait réduites en nombre mais elles sont plus performantes du fait des technologies embarquées et du niveau de formation de nos combattants. Ce qui suppose aussi un niveau de soutien et de maintenance non négligeable (pour un fantassin au combat il en faut en moyenne neuf en soutien). Néanmoins, pour nos spécialistes, avec les moyens actuels, nous ne pourrions tenir qu’un front de 80 kms, soit Dunkerque – Lille, là où nos anciens furent en mesure de tenir un front de 750 kms lors de la première guerre mondiale…Et que penser de nos capacités de feu qui n’excéderaient pas une semaine en termes de stock de munitions…  De nouveau le conflit en Ukraine, et surtout les risques de confrontations pressenties notamment en Mer de Chine et en Méditerranée orientale, posent la question des masses critiques et du niveau de rusticité qu’il faudrait désormais être en mesure d’assumer face à des armées qui utilisent des centaines de milliers d’hommes et un déluge de feu sans précédent pour arriver à leurs fins. 

Ces armées ont recours à la conscription et à la mobilisation de réserves considérables. Par ailleurs elles se battent avec des doctrines basiques similaires à celles de la guerre de 1914, que nous qualifions certes d’archaïques et de barbares, mais qui s’avèrent dimensionnantes actuellement dans les conflits (cf. les enseignements sur la Syrie, le haut Karabagh et le niveau de consommation d’obus d’artillerie sur le Donbass ). De notre coté nous n’avons plus la conscription et nous avons des réserves qui sont réduites à la portion congrue malgré tous les effets d’annonce vertueux de ces dernières années… Nous faisons confiance à l’intelligence embarquée dans nos moyens, qui sont de plus en plus sophistiqués, en prétendant que cela sera suffisant pour casser ces armées « ringardes » dotées d’équipements datant de la guerre froide… Les évènements nous démontrent qu’il faut faire preuve d’un peu plus d’humilité, ces armées n’ayant pas la même notion de l’attrition et de la vie humaine que nous… Avec une société soumise à la religion du « bien-être » , et soyons honnêtes peu résiliente, nous ne remplissons pas les mêmes critères en termes de résistance morale et physique aux chocs que ceux que pourraient nous infliger ces adversaires qui n’ont pas nos états d’âme…

Certes nous avons l’impression actuellement que le corps politique, pas seulement en France mais sur tout le continent européen, subi un électro-choc devant l’intensité et la brutalité des combats sur l’Ukraine. Mais eut-il fallu qu’ils aient eu les mêmes réactions lors des évènements sur les Balkans, qui ont fait rappelons-le de l’ordre de 100 000 morts (200 000 selon les médias). Il en fut de même au Moyen-Orient avec les enchainements post-Irak sur le nœud syriaque qui ont fait quasiment le même nombre de victimes. Nous sommes déjà au-dessus ces seuils pour l’Ukraine (si nous acceptons d’intégrer les chiffres des 14 500 morts civils et militaires de la guerre du Donbass depuis 2014) cette guerre n’ayant pas commencé en février 2022… Chaque fois les niveaux de brutalité et d’inhumanité ont augmenté franchissant des seuils que les ONG et les organisations internationales n’ont cessé de recenser et d’expliciter pour alerter nos dirigeants. La réponse de ces derniers fut l’invention sémantique des « lignes rouges » à ne pas franchir, mais sans postures réelles et crédibles… Tous ces théâtres d’opération furent des laboratoires, notamment pour les armées Russes et Turques, qui désormais stressent notre flanc oriental et méridional. Heureusement que la posture de dissuasion, assise sur notre signature nucléaire, dont la crédibilité repose sur la permanence à la mer de nos SNLE et sur les capacités de frappes de nos composantes aéroportées (FAS et FAN), n’a pas subi le même niveau d’altération, voire de destruction systématique, que pour nos moyens conventionnels.

« Retrouver des effets de levier »

Aujourd’hui le temps n’est plus aux lamentations mais à la reconstruction d’un modèle rachitique en s’appuyant sur cette épaisseur tactique qu’offre ces quelques composantes à forte valeur ajoutée éprouvées aux cours de ces dernières décennies (Les opérations spéciales, le renseignement, la logistique et l’intelligence embarquée). Il faut dès lors trouver en les utilisant bien des possibilités de générer des effets de levier sur le plan opérationnel partout où cela est possible. Il est évident que tous ces moyens, en s’intégrant intelligemment dans des schémas plus élaborés de combat de haute intensité, peuvent devenir des « démultiplicateurs de forces ». Le terrain ukrainien est à ce tire précieux en termes d’enseignements. Sans augurer des résultats sur l’avenir, ils ont permis pour le moment de casser l’offensive initiale de l’armée russe et de lui infliger de sérieuses difficultés sur le plan stratégique. Le renseignement et les opérations spéciales ont joué un rôle déterminant pour frapper des cibles à haute valeur ajoutée (commandements, QG, bâtiments emblématiques de la flotte Russe, bases aériennes, etc.). La logistique a été aussi particulièrement dimensionnante pour permettre de tenir le « battle-rythm » sur les lignes de front. Certes ce n’est pas suffisant, tous les experts sur nos plateaux TV disent qu’il faut aussi de l’infanterie, de l’artillerie, des munitions et désormais des chars… mais sans ces capacités spécifiques, et très entrainées par les anglo-saxons, l’armée ukrainienne aurait été déjà laminée. 

Il faut préciser que ces « démultiplicateurs d’efficacité » sont à la fois armés par des professionnels très aguerris, mais surtout par une réserve et une garde nationale tout aussi importante, avec beaucoup d’engagés volontaires (cf. les opérateurs ferroviaires et les équipes de la sécurité civile). A ceci il faut ajouter l’effet de levier permis par le déploiement de hautes technologies ou de technologies duales (comme les essaims de drones) , ainsi que l’IA (cf. le déploiement des capacités de Starlink et le traitement des métas données en termes de renseignement opérationnel avec des méthodes très décentralisées) qui permettent aux forces de mieux résister, voire de mener des offensives concluantes. Toutes ces capacités sont assises sur des compétences civiles, avec en arrière-plan une société particulièrement résiliente. Où en sommes-nous sur ce plan ? Qu’avons-nous fait de nos réserves ? Quel est le niveau réel de résilience de notre pays? Comment se situent les capacités de réponse duale entre nos industries civiles et militaires s’il fallait développer un véritable effort de guerre sur le plan économique ? l’Ukraine a révélé nos vulnérabilités et insuffisances sur ces questions…

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En fait ce conflit sur « l’intermarium » européen nous interpelle bien au-delà le simple budget des armées, qui devrait enfin pouvoir retrouver un peu d’oxygène avec la RNS. Les marins diront que nous allons juste retrouver « un peu d’eau sous la quille » pour redevenir manœuvrants. Cela va bien au-delà les débats technologiques, certes nécessaires, mais désormais insuffisants face aux masses critiques de nos adversaires. La réflexion va aussi au-delà le monde des professionnels de nos armées, qui a un peu confisqué ces dernières décennies le partage des enjeux sur ces questions en l’enfermant sur des doléances budgétaires. Il nous interpelle avant tout sur les liens « Armées-Nation », pas ceux qui animent nos grandes commémorations parfaitement scénarisées, mais ceux qui conditionnent sur le fond les notions d’engagement au sein du pays. 

Qu’est ce qui est de l’ordre du tolérable ou non en termes de relations de puissance ? Qu’est ce qui est soutenable ou non en termes « de compétition, de contestation et d’affrontement »  entre les pays ? Qu’est ce qui est de l’ordre de la survivance pour la France et les Français ? Le modèle israélien où l’on apprend à se battre à un contre dix est peut-être celui que nous devrions regarder de plus près, même s’il parait forcément décalé et extrême pour nos sociétés très protégées. Quand nous n’avons plus la démographie, plus de moyens et des capacités réduites, comme c’est désormais le cas, il faut apprendre à survivre et à trouver ces effets de levier qui permettent de conserver l’initiative (le renseignement), à obtenir la décision (les opérations spéciales et la logistique) et à confirmer la victoire (la pertinence opérationnelle et des armements conventionnels suffisants). Il faut surtout retrouver le sens du courage à tous les niveaux, en premier lieu sur le plan décisionnel au niveau politique en termes d’arbitrage !

Soyons lucides et arrêtons de nous conter des histoires pour nous rassurer ou nous confiner dans un déni collectif qui s’avèrerait suicidaire. « Nous sommes sur l’os ! ». Nous devons retrouver le sens du vital ! Cette question n’est pas que comptable, c’est une affaire de volonté. Non pas de quelques prétoriens mais de tout un peuple ! C’est un peu ce que les Ukrainiens et Russes, quelles que soient nos opinions ou émotions sur le sujet, nous démontrent quotidiennement des deux côtés. Ne sous-estimons pas, malgré les propagandes qui saturent nos écrans de part et d’autre, ce niveau de volonté et d’engagement réciproque qui déjoue tous les pronostics des experts accrédités de nos plateaux TV. Les confrontations de puissance sont toujours de cet ordre. Là aussi quel que soit notre sentiment sur ce conflit, il est d’abord l’expression des volontés ou des impuissances des uns et des autres. La pandémie nous a montré aussi que c’était une question majeure de souveraineté !

« Refaire de la nation le cœur de notre survivance »

Il est encore temps de « remettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense. Pour cela il faut absolument raisonner différemment. Il faut retrouver de la souplesse quand il y a de la bureaucratie, de la réactivité quand il y a excès de centralité, de la fluidité quand il y a trop de rigidité dans les modes opératoires et surtout de l’audace quand il y a de l’excès de précaution… Mais il faut surtout admettre que nos intérêts vitaux sont désormais vulnérables et que les niveaux de menaces sont désormais proches du territoire, voire insidieuses au sein du territoire ! Pour cela il faut aussi remettre de la masse critique. Elle n’est pas que matérielle ! Elle est aussi humaine ! En cela la question des réserves est absolument cruciale. Sa mobilisation, son employabilité et son rayonnement constitueront des « effets de levier » pour rattraper au sein de notre société le gâchis des trois dernières décennies. 

Certes l’armée professionnelle a d’autres sujets plus importants que le traitement de cette question pour passer d’un modèle de corps expéditionnaire à une armée de corps de bataille capable d’agir de façon autonome ou au sein d’une alliance. Mais dans ce contexte inventons un mode opératoire civilo-militaire à la Suisse ou à l’Israélienne qui permettrait d’avoir une seconde couche de résistance, d’intelligence répartie partout sur le territoire et de flexibilité d’emploi. Cela ne pourra que contribuer à renforcer encore plus nos postures globales de dissuasion en durcissant nos capacités de résistance sur le plan systémique. Là aussi les exemples ukrainiens mais aussi polonais, finlandais, suédois et bien entendu anglo-saxons sur cette proximité des armées avec leurs populations devraient nous aider à innover en la matière. Cela suppose aussi de changer la relation hiérarchique qui prédomine entre l’Etat, nos armées et la société civile, sans pour autant remettre en question « l’autoritas » du régalien qui prévaut pour les questions stratégiques (cf. l’emploi du nucléaire) . Cela exige d’avoir une gouvernance plus décentralisée et de développer des relations de confiance entre les parties. Ce que nous avons plus ou moins bien géré jusqu’à présent. Des partenariats dits citoyens sont toujours très beaux sur le papier, sympathiques sur le plan médiatique mais ne valent pas grand-chose sur le plan opérationnel en termes d’efficacité collective. Là aussi soyons honnêtes et un peu plus réalistes dans nos modes de coopération « Armées-Nation » !

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Il faut « mettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense et cela ne peut être limité à la seule lutte contre le terrorisme, même si celle-ci reste une priorité indéniable sur le plan sécuritaire. Ce n’est plus suffisant ! Il faut renforcer notre posture de dissuasion par une véritable mobilisation de toutes nos ressources au niveau national avec un véritable pilotage de leurs valeur-ajoutées respectives que ce soit sur les plans économiques, industriels, financiers, mais aussi en termes de résilience au niveau de nos infrastructures vitales (collectivités territoriales, réseaux critiques), qu’en termes de ressources humaines qu’elles soient à usage militaire ou simples renforts civilo-militaires. A ce titre il faut redéfinir le rôle des correspondants défense et en faire de véritables liens quasi organiques de notre système de défense depuis le local, en passant par les entreprises jusqu’au niveau des grandes institutions publiques. Ils doivent devenir autre chose que de simples ordonnateurs de commémorations afin que les élus aient leur photo dans le journal, même si c’est nécessaire pour assurer leur réélection… et accessoirement entretenir le devoir de mémoire localement…

Il en est de même pour la Réserve avec un grand R. Sur ce registre il faut arrêter de démultiplier les réserves : opérationnelles, citoyennes, sanitaires, sécuritaires etc. Cet artifice sémantique qui convient aux salons mondains ne parle absolument pas à nos concitoyens. Il en faut une et une seule, une vraie qui soit valorisée au plus haut niveau sur le plan politique, pilotée avec un management civilo-militaire adapté, visible sur le terrain et qu’elle soit reconnue pour ses services et mérites. Il faut absolument simplifier la signature de cette composante stratégique pour le pays et en sacraliser l’engagement  et le volontariat sinon nous reviendrons à l’état dégradé que nous connaissons aujourd’hui et qui est totalement insatisfaisant au regard des risques perceptibles pour notre pays. Ne nous faisons pas d’illusions ces risques ne feront que s’amplifier après l’Ukraine, nous n’en sommes qu’à l’apéritif… A cet effet nous devrions sans cesse méditer les constats faits en 1939 par ce réserviste, et par la suite grand résistant, que fut Marc Bloch lorsqu’il a écrit L’étrange défaite. Tous nos politiques devraient absolument lire ce livre !

Il faut repenser nos logiques de combat et démultiplier nos capacités de résistance. Pour un qui part au front il en faut neuf qui l’assistent et le soutiennent sur les arrières, quand lui doit apprendre à se battre à un contre dix…  Ce changement de paradigme suppose une autre ingénierie de notre vision de la défense pour notre pays. Nous pouvons très bien perdre sans combattre avec cet esprit comptable et bureaucratique qui a conditionné le fonctionnement de nos armées depuis quelques années. Ceux qui gagnent savent très bien qu’un leadership et des victoires sont le fruit d’un esprit combattif et non d’un bon mécénat ou pire d’un raisonnement sur la valeur liquidative d’un actif…. Les grands sportifs, qui sont devenus la référence pour beaucoup, ou nos grands chefs d’entreprise, qui tiennent des lignes de front impitoyables sur le plan international, le savent bien. Être respecté a un prix quand on veut être parmi ceux qui se respectent. La victoire est un état d’esprit ! On l’a ou on ne l’a pas ! 

Pour cela il faut ce supplément d’âme qui est à la base de toute survivance et espérance pour un pays. Il ne faut pas craindre de mourir, de toute façon la peur n’empêche pas la mort ! Il y a ce qui est de la finitude humaine et il y a aussi ce qui est de la finitude des peuples. Ce n’est pas qu’une question budgétaire et comptable, même si ce point est incontournable en termes de réalité. C’est une question plus profonde qui est de l’ordre du civilisationnel. Il constitue pour notre pays une urgence en termes d’éducation et pas seulement d’agitation médiatique. Il faut juste savoir ce que nous voulons car tout est question de volonté. C’est à ce titre que l’engagement de chacun et d’une nation sont des valeurs sacrées que nous devons remettre à l’ordre du jour ! 

Il est encore temps…

 https://www.revueconflits.com/armees-il-faut-changer-de-modele/

 

 


Autres liens complémentaires de mon ami DGSE Xavier



 https://universite-liberte.blogspot.com/2019/06/crise-implosion-du-systeme-revolution.html 

A) Vous vouliez une « transition », vous avez une « révolution » !

B) «Ainsi va le monde...et c’est ainsi depuis toujours!» De la crise de modèle à l’implosion du système
 
 

 Grèce, Ukraine, Terrorisme « Ils n'oseront pas! » 

Après le sempiternel "tout est sous contrôle" qui nous a été asséné depuis 2008 sur les plans financiers et économiques suite à la faillite de Lehmann Brother, nous subissons maintenant le "ils n'oseront pas" face aux événements qui mettent sous stress et en mode échec nos frontières mentales.
 

 
 
 
 
A) "Le logiciel France est en mode échec!" - Xavier Guilhou - XAG consulting

B) " La chute du mur de Bruxelles "- Xavier Guilhou - XAG consulting
 
 
 

 
Notre pays vit une période singulière et sordide de paranoïa aigue. Quand nous ne sommes pas angoissés par tous les maux de la planète véhiculés par nos médias, nous sommes harcelés par les cours de morale assénés par nos politiques
 
 
 
 
 
 
 

juillet 14, 2026

14 Juillet 2026, un défilé Franco-Ukrainien !

 Sommaire:
 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 
C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ? 
 
La première Fête nationale du 14 juillet (1880)
Le 14 juillet 1880 marque la première célébration officielle de la Fête nationale française. Quelques jours plus tôt, le 6 juillet 1880, une loi avait officiellement fait du 14 juillet la fête nationale de la République. Cette date évoque à la fois la prise de la Bastille du 14 juillet 1789, symbole de la Révolution française, et la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, qui célébrait l'unité et la réconciliation du peuple français.
Pour cette première Fête nationale, de nombreuses villes et villages organisèrent des cérémonies officielles, des défilés militaires, des discours patriotiques, des bals populaires, des illuminations et des feux d'artifice. Les bals populaires occupaient une place essentielle dans les festivités. Ils permettaient aux habitants de se retrouver, de danser et de partager un moment de joie dans une ambiance chaleureuse et conviviale.
En instituant cette fête, le gouvernement de la Troisième République souhaitait renforcer le sentiment d'unité nationale et rappeler les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité. Cette première célébration de 1880 posa les bases d'une tradition qui perdure encore aujourd'hui.
Si les cérémonies officielles, le défilé militaire et les feux d'artifice demeurent les temps forts du 14 Juillet, les bals populaires ont, dans de nombreuses communes, peu à peu laissé place aux concerts et autres animations. Cette évolution a transformé la manière de célébrer cette journée, en faisant progressivement disparaître l'esprit des fêtes d'autrefois, où chacun était invité à participer en dansant et en partageant un moment de convivialité.

 
A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
 
Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?
 

Le défilé militaire du 14 Juillet 2026 s’annonce exceptionnel par son ampleur. Mais il sera également profondément politique. Environ 500 militaires représentant les pays de la « Coalition des volontaires », dont l’Ukraine, doivent ouvrir la parade sur les Champs-Élysées, tandis que cette édition sera placée sous le signe officiel du « réveil stratégique de l’Europe ». La présence de contingents étrangers lors de la fête nationale française n’a, en elle-même, rien d’inédit. Mais l’Ukraine n’est pas aujourd’hui un pays comme un autre : elle est une nation en guerre, au cœur d’un conflit majeur dans lequel la France n’est officiellement pas cobelligérante. Dès lors, une question mérite d’être posée sans caricature ni procès d’intention : le 14 Juillet reste-t-il d’abord la célébration de la France, de son armée et de son unité nationale, ou devient-il progressivement l’instrument symbolique d’une politique étrangère dont les choix et les risques n’ont jamais fait l’objet d’un véritable débat national ?

Une fête nationale française qui a toujours parlé au monde

Il faut commencer par rappeler une évidence historique : la présence de militaires étrangers au défilé du 14 Juillet n’est nullement une innovation d’Emmanuel Macron. La France a régulièrement invité des contingents étrangers à participer à sa fête nationale, souvent afin de célébrer une alliance, une coopération militaire ou un anniversaire diplomatique. En 2023, des militaires indiens ouvraient ainsi la parade ; en 2025, l’Indonésie était à l’honneur. D’autres armées alliées ont participé au défilé au fil des décennies, et cette dimension internationale appartient désormais à la diplomatie militaire française.

Le 14 Juillet lui-même n’a d’ailleurs jamais été une cérémonie dépourvue de message politique. Institué comme fête nationale en 1880, dans une France encore profondément marquée par la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, le défilé militaire devait aussi manifester le redressement d’une nation qui reconstruisait son armée et entendait retrouver sa place parmi les grandes puissances. Depuis lors, les Champs-Élysées sont devenus chaque année une scène sur laquelle la France montre ses forces, honore ses soldats et adresse, qu’elle le veuille ou non, un message au reste du monde.

L’édition 2026 assume pleinement cette dimension. Le ministère des Armées la présente comme le reflet d’un environnement stratégique transformé et comme l’illustration du « réveil stratégique de l’Europe ». Environ 500 militaires issus des pays de la Coalition des volontaires doivent ouvrir le défilé, dans une parade qui comptera environ 6 800 militaires à pied. Le dispositif officiel présente cette coalition, portée notamment par la France et le Royaume-Uni, comme un instrument destiné à préparer des garanties de sécurité pour l’Ukraine dans la perspective d’un éventuel cessez-le-feu.

Tout cela est parfaitement assumé. Et c’est précisément pour cette raison que la question mérite d’être posée.

Car inviter l’armée d’un pays allié en temps de paix n’a pas exactement la même signification que mettre à l’honneur, au cœur de la fête nationale, les militaires d’un État actuellement engagé dans une guerre de haute intensité contre une puissance nucléaire avec laquelle la France n’est officiellement pas en guerre.

Soutenir l’Ukraine ne signifie pas abolir toute distinction entre solidarité et engagement

Depuis l’invasion russe de février 2022, la France soutient l’Ukraine politiquement, financièrement et militairement. Cette politique est celle de l’État français et s’inscrit dans un engagement plus large des puissances européennes. On peut en approuver les modalités ou les contester ; on ne peut nier sa réalité.

Mais la diplomatie et la stratégie reposent précisément sur des distinctions.

Soutenir un pays ne signifie pas devenir ce pays. Lui fournir des armes ne signifie pas partager automatiquement tous ses objectifs de guerre. Défendre son droit à l’existence ne signifie pas que ses intérêts nationaux se confondent nécessairement avec ceux de la France. Toute politique étrangère sérieuse commence par cette séparation entre l’émotion légitime suscitée par un conflit et la définition froide de l’intérêt national.

C’est précisément ici que le débat devient stratégique. Pour Roland Lombardi, géopolitologue et directeur du Diplomate média : « soutenir l’Ukraine est un choix politique et surtout idéologique ; glisser progressivement vers une situation de cobelligérance contre la Russie en est un autre, infiniment plus dangereux. Du point de vue strict de l’intérêt national français, l’Ukraine ne constitue pas un intérêt vital comparable à l’intégrité du territoire national ou à la protection de nos approches immédiates. Quant à la présentation d’une invasion prochaine de l’Europe occidentale par la Russie comme une quasi-certitude, elle mérite pour le moins d’être confrontée aux réalités militaires : après plus de quatre années d’une guerre extrêmement coûteuse, Moscou n’a conquis qu’une partie (moins de 20% !) du territoire ukrainien. Imaginer ses armées déferlant demain jusqu’à Paris relève donc davantage, en l’état du rapport de forces, du scénario mobilisateur que de l’analyse stratégique sérieuse ».

Il ajoute : « le véritable désastre européen pourrait précisément consister à transformer durablement la Russie en ennemi irréductible. Cette rupture a déjà un coût géopolitique, économique, énergétique et stratégique considérable et désastreux pour le continent. Elle rapproche mécaniquement Moscou de Pékin et renforce parallèlement la dépendance sécuritaire de l’Europe envers Washington. Pour une pensée authentiquement souverainiste européenne, l’objectif de long terme devrait au contraire être celui d’une Europe des nations forte et indépendante, capable d’établir avec la Russie un partenariat solide fondé sur la complémentarité entre la puissance économique et technologique européenne, les immenses ressources russes et la profondeur stratégique de l’espace eurasiatique. Un tel rapprochement, un bloc eurasiatique, constituerait naturellement un cauchemar géopolitique pour Washington comme pour Pékin. C’est précisément pourquoi l’Europe devrait peut-être commencer par se demander quels sont ses propres intérêts, plutôt que de raisonner éternellement à travers ceux des autres ».

Cette fuite en avant ne peut enfin être dissociée des intérêts économiques considérables qui accompagnent le réarmement européen. Dans son éditorial consacré au complexe militaro-industriel américain, publié également ce jour dans Le Diplomate média, Roland Lombardi défend l’idée que celui-ci exerce une influence considérable non seulement à Washington, mais aussi, directement ou indirectement, sur les choix stratégiques européens. « La permanence d’un « croquemitaine » russe contribue à entretenir une politique de confrontation et à légitimer durablement la hausse des dépenses militaires. Pour mesurer les conséquences industrielles de cette dépendance, il suffit d’observer le succès spectaculaire du F-35 américain auprès des chancelleries européennes.

Il suffit également de constater, parfois avec une certaine consternation, le ton adopté par une partie des dirigeants européens face à Moscou. Malgré le coût économique et géostratégique déjà considérable de la rupture avec la Russie, et alors même qu’une confrontation directe entre puissances nucléaires pourrait conduire au cataclysme, certains responsables européens semblent parfois plus belliqueux qu’Attila ». 

La formule est volontairement provocatrice, mais elle soulève une question sérieuse : l’Europe poursuit-elle encore une stratégie définie à partir de ses propres intérêts, ou s’enferme-t-elle dans une logique d’escalade dont d’autres puissances et d’autres industries pourraient finalement être les principales bénéficiaires ?

C’est pourquoi la présence ukrainienne au défilé de 2026 pose une question différente de celle des invitations étrangères habituelles. Le symbole intervient au moment où le pouvoir français a considérablement durci son discours envers Moscou et où la Coalition des volontaires travaille précisément à l’architecture militaire de l’après-cessez-le-feu en Ukraine. Le ministère des Armées ne dissimule d’ailleurs pas la portée du message : la présence de la coalition doit illustrer « la solidarité européenne » et « l’engagement de la France auprès de ses partenaires ». 

Le problème n’est donc pas la présence de quelques militaires ukrainiens en elle-même. Il réside dans la transformation possible du 14 Juillet en outil de légitimation symbolique d’une orientation géopolitique précise. Or la fête nationale n’appartient ni à un gouvernement ni à une majorité présidentielle. Elle appartient à la nation.

Il existe une différence fondamentale entre utiliser le 14 Juillet pour honorer une alliance ancienne ou une coopération militaire et l’inscrire dans une séquence diplomatique destinée à afficher l’unité d’une coalition constituée autour d’une guerre toujours en cours. Dans le second cas, le symbole militaire peut devenir un acte politique. Et en géopolitique, les symboles sont rarement innocents.


Une contestation qui gagne aussi les milieux militaires

Cette interrogation n’est pas seulement portée par des responsables politiques d’opposition ou par les réseaux sociaux. Elle trouve également un écho dans certains milieux militaires et anciens combattants, même s’il convient de ne pas transformer des prises de position particulières en expression officielle de « l’armée française », la « grande muette »…

C’est notamment le cas de l’association Place d’Armes, qui rassemble principalement d’anciens militaires et qui a publié une tribune intitulée Le 14 juillet doit rester une fête nationale. Son existence témoigne d’un malaise réel dans une partie de la communauté militaire, sans permettre pour autant de prétendre que l’ensemble des armées françaises partagerait cette position. La nuance est essentielle : les militaires d’active sont soumis à un devoir de réserve et l’institution militaire, par définition, exécute les décisions du pouvoir civil.

Il n’en demeure pas moins qu’une colère plus sourde existe dans certains cercles militaires. Elle ne vise pas nécessairement les soldats ukrainiens eux-mêmes, dont le courage au combat est difficilement contestable, mais ce qui est perçu comme une instrumentalisation politique de l’armée française et de son rendez-vous le plus symbolique avec la nation.

Le général Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, présente lui-même le défilé comme « l’expression ultime de notre cohésion nationale » et comme un moment de communion entre la nation et ses armées. C’est précisément cette définition qui nourrit le débat : si le 14 Juillet constitue l’un des rares moments où la France se rassemble autour de ses soldats, jusqu’où peut-on charger cette cérémonie d’un message diplomatique lié à un conflit extérieur qui divise une partie de l’opinion publique ?

Il serait évidemment excessif de prétendre que 500 militaires étrangers effacent les milliers de soldats français présents sur les Champs-Élysées. Le ministère prévoit une parade massive des forces françaises et rappelle que le défilé est d’abord celui des militaires servant leur pays. Mais le protocole possède sa propre grammaire. Ouvrir un défilé, placer une coalition à l’honneur et inscrire toute la cérémonie sous le signe du « réveil stratégique de l’Europe » ne relèvent pas de simples détails d’organisation.

C’est un message.

La seule question est de savoir si ce message correspond réellement à celui que la nation française souhaite adresser au monde.

Le 14 Juillet appartient-il encore à la nation ?

Le débat dépasse finalement largement la seule Ukraine.

Depuis plusieurs années, la politique étrangère française semble parfois hésiter entre la défense d’une autonomie stratégique nationale, héritée du gaullisme, et une européanisation croissante de ses choix de sécurité. La guerre en Ukraine a accéléré cette évolution, tandis que le discours officiel présente désormais régulièrement la sécurité ukrainienne comme indissociable de celle du continent européen.

Cette thèse peut être défendue. Elle peut également être discutée. Mais elle ne devrait pas être soustraite au débat démocratique par la puissance du symbole.

Le 14 Juillet n’est pas un sommet diplomatique. Ce n’est pas une réunion de l’OTAN, ni une conférence de la Coalition des volontaires. C’est la fête nationale française et, depuis 1880, le grand rendez-vous de la nation avec ses armées. 

Cette interrogation prend cette année une dimension supplémentaire avec la polémique provoquée par les nouvelles conditions d’accès au défilé. Pour la première fois, le grand public devra obligatoirement s’inscrire au préalable et présenter un QR code nominatif pour accéder aux Champs-Élysées. La mesure est officielle et justifiée par des impératifs de sécurité. Elle n’en produit pas moins un symbole pour le moins malheureux : après les QR codes du Covid pour entrer dans un restaurant, il faudra désormais en présenter un pour assister à la fête nationale. Dans le même temps, de nombreux Français verront leurs festivités locales soumises à diverses restrictions concernant l’alcool, les pétards ou certaines manifestations populaires. D’où ce sentiment, chez une partie de l’opinion, d’une fête nationale progressivement encadrée, filtrée et presque privatisée, tandis que des contingents étrangers seront, eux, placés à l’honneur sur les Champs-Élysées. Le raccourci est évidemment polémique ; le malaise symbolique, lui, mérite d’être entendu. L’obligation d’inscription préalable et de QR code est bien confirmée par la préfecture de police…

Comme l’écrit Roland Lombardi dans son éditorial dans Le Diplomate média cité plus haut : « Notre défilé du 14 Juillet n’échappe évidemment pas à cette logique. Cette année encore, les autorités ont mis en place un dispositif d’accès renforcé aux Champs-Élysées, notamment par un système d’inscription préalable et de QR codes. Officiellement, il s’agit de répondre aux impératifs de sécurité. Sans doute. Mais il est difficile de ne pas y voir également une manière de mieux maîtriser un événement public susceptible d’offrir une caisse de résonance aux contestations visant Emmanuel Macron, dont la popularité et surtout l’autorité figurent parmi les plus exécrables enregistrées sous la Ve République. Là encore, la communication officielle et la Realpolitik ne racontent pas toujours exactement la même histoire… »

La présence ponctuelle de contingents étrangers peut naturellement y avoir sa place lorsqu’elle célèbre une fraternité d’armes ou une alliance. Mais lorsque cette invitation devient le prolongement d’une idéologie plus qu’une stratégie diplomatique concernant une guerre en cours, la frontière entre célébration nationale et communication politique devient plus difficile à distinguer.

La France peut soutenir l’Ukraine sans ukrainiser sa fête nationale. Elle peut coopérer avec ses partenaires européens sans transformer le 14 Juillet en démonstration d’adhésion à une stratégie dont les conséquences peuvent engager durablement sa sécurité. Elle peut enfin honorer le courage des soldats étrangers tout en réservant le cœur symbolique de sa fête nationale à ceux qui servent sous son propre drapeau.

Car la véritable question n’est pas de savoir si les soldats ukrainiens méritent le respect. Ils le méritent.

Elle est de savoir ce que la France veut encore célébrer lorsqu’elle célèbre le 14 Juillet.

Dans une époque où les repères nationaux s’effacent, où la guerre revient aux frontières de l’Europe et où les choix stratégiques peuvent avoir des conséquences considérables, les symboles devraient être maniés avec davantage de prudence que jamais. Le défilé militaire n’est pas un décor offert à la diplomatie du moment. Il est l’expression d’une continuité historique qui dépasse les gouvernements, les présidents et les alliances circonstancielles.

Le 14 Juillet peut parler au monde. Mais il devrait d’abord parler à la France.

Le Diplomate 

https://lediplomate.media/decryptage-14-juillet-2026-viennent-faire-qrcodes-soldats-ukrainiens-defile-fete-nationale-francaise/

 

B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
 

Les questions du travail, de la productivité et de la retraite restent des sujets éminemment sensibles du débat social en France. Elles seront au cœur du débat présidentiel. Alors que notre pays fait face à une dette publique au sens de Maastricht qui s’établit à 3 536,1 milliards d’euros (soit 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026) et des dépenses publiques culminant à 57,2 % du PIB, le débat sur le « travailler plus ou plus longtemps » se heurte trop souvent à des dogmes figés. Pourtant, face au blocage persistant sur l’évolution de l’âge de la retraite, persister dans le statu quo est une erreur stratégique. Le sujet n’est pas populaire mais il est grand temps de faire le tri dans nos jours fériés : sanctuariser ceux qui font sens, et assouplir les autres pour redonner de la liberté à l’économie réelle.

Le 14 juillet : le ciment de nos valeurs républicaines

S’il n’y avait qu’un seul jour férié à sanctuariser ce serait incontestablement le 14 juillet. Dans une société française en voie de communautarisation et profondément fracturée, cette date porte haut nos valeurs d’égalité citoyenne, laïques et républicaines.

Le 14 juillet ne doit pas être un simple jour de repos parmi d’autres ; il est l’expression d’une révolution populaire et le symbole d’une grande fête fédératrice. Dans un contexte marqué par une forme de « guerre civile permanente », un antisémitisme décomplexé et une absence de projet politique clair, cette date renforce notre sentiment d’appartenance à la Nation. Elle rappelle notre attachement viscéral au lien « État-Armée-Liberté-Nation », protecteur de notre souveraineté nationale, moteur de la reconnaissance des compétences, de la promotion par le mérite, et fondateur d’une égalité des droits et des devoirs. Le 14 juillet mérite plus d’attention que n’importe quelle autre date du calendrier.

Lever les tabous économiques

Cependant, sanctuariser pleinement le 14 juillet exige, en contrepartie, d’oser assouplir d’autres dates, à commencer par le 1er mai. Rappelons la réalité des chiffres : un seul jour de travail supplémentaire en semaine peut générer un gain de croissance d’environ 0,10 point de PIB, soit près de 3 milliards d’euros de richesse supplémentaire injectés dans l’économie nationale. À l’inverse, l’alignement de jours fériés chômés agit comme un frein direct sur notre productivité.

Célébrer la valeur du travail en se faisant un devoir absolu de l’interdire est devenu le paradoxe suprême de notre législation. La partition orchestrée à l’occasion du 1er mai 2026 a été une étonnante cacophonie politique. Cette « camisole administrative » sur le travail étouffe le bon sens et engendre des incohérences proprement hallucinantes sur le terrain (commerces de proximité) tandis que les grandes plateformes de e-commerce continuent de dominer les échanges sans contrainte.

Il ne faut plus de tabou sur le travail des jours fériés et du dimanche. Les Français veulent travailler mieux et être payés plus. La nouvelle relation au travail – portée par l’ubérisation, le télétravail ou la semaine des 4 jours – exige de la flexibilité.

Le pari du volontariat et du dialogue social de terrain

Les Français qui supportent de moins en moins les discours politiciens sont fortement attachés à leurs libertés. Empêcher les salariés volontaires de travailler pour doubler (et pourquoi pas tripler ?) leur rémunération alors que le pouvoir d’achat reste leur préoccupation numéro 1 face à l’inflation, est une faute économique et politique. La solution réside dans la confiance accordée au dialogue social de terrain. Il convient de libérer la possibilité de travailler les jours fériés, et le dimanche, en se basant strictement sur le volontariat. Transformer certains jours fériés en journées de solidarité basées sur le volontariat rapporterait, selon le Sénat, près de 4,8 milliards d’euros pour le financement de notre modèle social.

Le sujet été instrumentalisé à des fins partisanes. Pourtant cette approche pragmatique permettrait aux salariés de « choisir de travailler » pour gagner beaucoup plus ou de s’arrêter via leur compteur de durée annuelle ; aux PME de maintenir leur service client, de créer de la richesse et de faire face à la concurrence agressive des plateformes en ligne. C’est-à-dire : respecter la réalité économique tout en préservant les symboles des conquêtes sociales.

En dehors des dates clés religieuses ou historiques qu’il faut sanctuariser (comme Noël, la Saint-Sylvestre, le 15 août et le 14 juillet, le 8 mai), la liberté de travailler doit primer. Il est grand temps de déverrouiller notre économie figée, de remettre de la cohérence dans notre droit du travail et de la souplesse dans nos entreprises pour libérer ceux qui ont l’envie d’avancer.

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est entrepreneur et président du Think Tank Étienne Marcel. Membre de la Société d’économie politique, il est aussi président de la commission du développement économique du Conseil économique, social et environnemental régional en Île-de-France. Il est également membre de la Chambre de commerce et d’industrie de la Région de Paris-Île-de-France. Auteur de L'Avenir appartient aux PME paru chez Dunod, Bernard Cohen-Hadad est l’auteur de nombreuses tribunes publiées dans les médias. Il a été membre de l’Observatoire de l’épargne réglementée, de l’Observatoire du financement des entreprises, de l’Observatoire des PME et ETI par le marché et du Comité consultatif du secteur financier (CCSF). Il participe actuellement à l’Euro Retail Payment Board (ERPB) auprès de la Banque centrale européenne, au Comité national des moyens de paiements (CNMP) et au Comité pour l’éducation financière (EDUCFI). Il est membre du Conseil scientifique de l’École supérieure des métiers du droit.

https://nouvellerevuepolitique.fr/reformer-nos-jours-feries-pour-liberer-le-travail-sanctuariser-le-14-juillet-pour-federer-la-nation/

 

C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ? 

Le titre est volontairement provocateur. Il ne s’agit ni de nier l’immense portée politique et universelle de la Révolution française, ni de réduire 1789 à une catastrophe dont il aurait suffi de tourner la page. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’égalité civile, la souveraineté nationale et la destruction de l’ancien ordre social ont profondément transformé la France avant de bouleverser le monde. Mais l’historien et le géopolitologue doivent aussi regarder ce que le roman national préfère parfois laisser dans l’ombre : en 1789, la France n’est pas un pays insignifiant qui accède soudainement à l’Histoire. Elle est le royaume le plus peuplé et la première puissance continentale d’Europe, le centre culturel du « Siècle français », la rivale principale de la Grande-Bretagne et une puissance militaire et maritime redevenue redoutable après avoir contribué à arracher les colonies américaines à Londres. Quelques années plus tard, l’État est ruiné, le pays déchiré par la guerre civile et l’Europe coalisée contre lui. Napoléon accomplira ensuite le formidable sursaut militaire d’une puissance qui tentera de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789, avant Waterloo et l’avènement du Siècle britannique. Dès lors, une question iconoclaste mérite d’être posée à l’approche du 14 Juillet : la Révolution fut-elle, parallèlement à son extraordinaire héritage politique, l’un des plus grands désastres géopolitiques de l’histoire de France ?


1789 : la Révolution éclate au sommet de la puissance française

L’image d’une France de 1789 moribonde, condamnée à s’effondrer sous le poids d’un Ancien Régime totalement pétrifié, mérite d’être sérieusement nuancée. Le royaume traverse une crise financière et politique profonde, mais demeure une puissance considérable. Avec environ 28 millions d’habitants, la France est alors le pays le plus peuplé d’Europe occidentale et probablement le plus puissant réservoir humain du continent. Sa population, jeune et majoritairement rurale, constitue une formidable réserve de travail, de production et bientôt de soldats. Cette masse démographique donnera d’ailleurs aux armées révolutionnaires puis napoléoniennes une profondeur humaine que peu d’adversaires pourront égaler. La levée en masse et la conscription transformeront cette jeunesse nombreuse, souvent paysanne, habituée à une existence physiquement rude, en une machine militaire capable de terroriser l’Europe pendant plus de vingt ans.

La puissance française est également culturelle et diplomatique. Le français est la langue des cours, des élites et de la diplomatie européenne. Paris rayonne sur les arts et les idées. La monarchie de Louis XVI vient surtout de remporter contre sa vieille rivale britannique une victoire géopolitique majeure en soutenant l’indépendance des États-Unis. Rochambeau, La Fayette, de Grasse et les forces françaises ont contribué de manière décisive à la défaite anglaise. Après les humiliations de la guerre de Sept Ans, Versailles a pris sa revanche.

Mais cette victoire a coûté extrêmement cher. L’aide française aux insurgés américains a aggravé une dette publique déjà considérable, tandis que le système fiscal de l’Ancien Régime demeure incapable de répartir efficacement l’effort entre les ordres et les territoires. Les tentatives de réforme conduites successivement par Turgot, Necker, Calonne ou Brienne se heurtent aux intérêts établis, aux résistances des privilégiés et à une crise d’autorité croissante. À cela s’ajoutent les mauvaises récoltes de 1787 et 1788, les tensions sur le prix des grains, le chômage et le terrible hiver 1788-1789. La Révolution n’a donc pas une cause unique : elle naît de la rencontre explosive entre une crise financière de l’État, un blocage institutionnel, des transformations sociales profondes et une crise de subsistance qui frappe directement le peuple. 

Il faut ici éviter deux caricatures symétriques. La première consisterait à raconter 1789 comme l’irruption miraculeuse de la liberté dans un pays qui n’aurait été jusque-là que ténèbres et oppression. La seconde serait de réduire la Révolution à une conspiration ayant détruit un royaume parfaitement gouverné. La France de Louis XVI avait besoin de réformes profondes. Le paradoxe est précisément que le roi et plusieurs de ses ministres en avaient conscience, mais que le système politique ne parvint pas à les mener à bien avant que la crise ne l’emporte.

C’est peut-être là que s’effondre l’idée confortable d’un prétendu « sens de l’Histoire ».

Pour Roland Lombardi, géopolitologue, historien et directeur du Diplomate média : « Rien n’était écrit. L’Histoire n’avance pas sur des rails et il suffit parfois d’une décision, d’un homme ou d’une hésitation pour modifier le cours des siècles. Si Louis XVI avait été fait du même bois que son illustre aïeul Louis XIV, il aurait peut-être ordonné aux troupes positionnées autour de Paris de réprimer brutalement les premiers troubles. La Bastille n’aurait peut-être jamais été prise et la Révolution aurait pu emprunter un tout autre chemin, voire ne pas avoir lieu sous la forme que nous lui connaissons. Le roi hésita notamment devant la perspective de faire couler le sang français. L’Histoire, avec son ironie habituelle, verra finalement couler le sien, celui de ses proches et, surtout, celui de centaines de milliers de Français sur le territoire national puis sur tous les champs de bataille d’Europe ».

Cela ne signifie évidemment pas qu’une répression aurait réglé les causes profondes de la crise. Elle aurait pu les différer, les déplacer ou provoquer une explosion plus violente encore. Mais elle rappelle une vérité essentielle : la Révolution française n’était pas davantage inévitable que ne le sont les grands événements que les historiens reconstruisent après coup comme s’ils avaient toujours dû se produire.

De la Bastille au chaos : quand la première puissance continentale se déchire

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, possède une puissance symbolique qui dépasse depuis longtemps la réalité militaire de l’événement. Elle devient le symbole de la chute de l’arbitraire et de l’entrée du peuple dans l’Histoire. Cette mémoire appartient légitimement au patrimoine politique français.

Mais la géopolitique ne s’arrête pas aux symboles.

À partir de 1789, la France entre dans une période de déstabilisation intérieure d’une violence exceptionnelle. L’autorité monarchique se désagrège, une partie des élites émigre, l’Église est fracturée par la Constitution civile du clergé, l’économie est profondément perturbée et la monnaie révolutionnaire, l’assignat, finit par sombrer dans l’inflation. La radicalisation politique conduit à la chute de la monarchie, aux massacres de Septembre puis à la Terreur. À partir de 1793, la guerre de Vendée et les insurrections fédéralistes transforment une partie du territoire en champ de bataille intérieur.

La Terreur constitue à cet égard l’un des moments les plus sombres et les plus complexes de la Révolution. Dans une République assiégée de l’extérieur, menacée par les insurrections intérieures et travaillée par les luttes entre factions, le gouvernement révolutionnaire érige progressivement l’exception en système de gouvernement. Maximilien Robespierre en demeure la figure la plus célèbre, au point d’avoir presque fini par incarner à lui seul une mécanique qui le dépassait pourtant largement. Il serait historiquement simpliste d’en faire l’unique architecte d’une Terreur née de la guerre, de la peur, des rivalités politiques et d’institutions révolutionnaires collectives. Mais il en fut incontestablement l’un des principaux dirigeants et théoriciens, notamment lorsqu’il associa la vertu révolutionnaire à la nécessité de la terreur, conçue comme un instrument de salut public. La logique est redoutable : lorsque le pouvoir prétend incarner la vertu et désigne ses adversaires comme des ennemis du peuple, la violence politique peut rapidement ne plus connaître de limites.

La guillotine devient alors le symbole d’une Révolution qui finit par dévorer ses propres enfants. Girondins, hébertistes, dantonistes et bientôt Robespierre lui-même disparaissent successivement dans une épuration permanente où l’accusateur du jour peut devenir le condamné du lendemain. La chute de Robespierre le 9 Thermidor an II — 27 juillet 1794 — puis son exécution le lendemain illustrent jusqu’à la caricature cette mécanique révolutionnaire : celui qui avait contribué à faire de la Terreur un mode de gouvernement finit à son tour sur l’échafaud. Au-delà du bilan humain, toujours discuté selon les périmètres retenus, cette période révèle surtout l’ampleur de l’effondrement politique traversé par la première puissance continentale européenne.

L’ampleur du désastre humain donne la mesure de cette rupture. Les chiffres demeurent discutés et varient selon que l’on comptabilise les morts au combat, les exécutions, les massacres, les décès en détention ou ceux provoqués par les maladies dans les armées, mais un ordre de grandeur peut être avancé : entre 1789 et 1799, les violences politiques, la répression et les guerres civiles auraient causé en France autour de 200 000 à 300 000 morts, tandis que les guerres révolutionnaires engagées à partir de 1792 auraient coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de soldats français – probablement autour de 350 000 à 450 000 sur l’ensemble de la décennie révolutionnaire, maladies comprises.

À elle seule, la guerre de Vendée aurait fait environ 170 000 morts parmi les habitants de la « Vendée militaire », et près de 200 000 victimes au total selon certaines estimations. La qualification de « génocide vendéen », défendue notamment par Reynald Secher, demeure toutefois vivement contestée par une partie importante de l’historiographie, Jean-Clément Martin parlant de crimes de guerre et de violences de masse sans reconnaître l’existence d’un génocide au sens historique et juridique du terme.

La persécution religieuse alourdit encore ce bilan : prêtres réfractaires, religieux et fidèles furent exécutés, massacrés, emprisonnés ou déportés ; 223 ecclésiastiques furent notamment tués lors des massacres de Septembre et plus de 500 prêtres moururent dans les seules conditions effroyables des pontons de Rochefort. Faute de catégorie statistique homogène, il n’existe cependant aucun chiffre scientifique consensuel permettant d’isoler l’ensemble des chrétiens morts spécifiquement en raison de leur foi.

Au total, en croisant les estimations disponibles tout en évitant les doubles comptes entre catégories parfois imbriquées, on peut raisonnablement retenir un ordre de grandeur de 600 000 à 750 000 morts français directement ou indirectement liés aux violences intérieures et aux guerres de la décennie révolutionnaire. Ce bilan demeure nécessairement approximatif, d’autant que certaines évaluations portent sur l’ensemble des guerres révolutionnaires jusqu’en 1802, mais il suffit à mesurer l’ampleur du choc démographique, militaire et politique subi par la France en l’espace de quelques années.

Quelques années seulement après avoir contribué à vaincre la Grande-Bretagne en Amérique, la France mobilisait désormais une part considérable de son énergie à poursuivre ses ennemis extérieurs, à combattre ses adversaires intérieurs et à éliminer ses propres révolutionnaires.

Dans le même temps, la France entre en guerre contre l’Europe. Il serait toutefois historiquement faux de présenter cette guerre comme une simple agression des monarchies étrangères contre une Révolution pacifique : le 20 avril 1792, c’est bien la France révolutionnaire qui déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », c’est-à-dire à l’Autriche. Les responsabilités de l’embrasement sont multiples, entre peur de la contagion révolutionnaire chez les monarchies européennes, ambitions françaises, calculs des Girondins et volonté de certains acteurs de résoudre la crise intérieure par la guerre extérieure.

Pour Londres, le spectacle est d’abord observé avec un mélange de fascination, d’inquiétude et bientôt d’opportunisme. Voir la principale rivale continentale et maritime de la Grande-Bretagne s’enfoncer dans la crise ne pouvait évidemment pas constituer une mauvaise nouvelle stratégique. La France qui avait contribué quelques années auparavant à arracher l’Amérique à la Couronne britannique mobilisait désormais son énergie contre elle-même. Pour un rival, il existe des victoires que l’on remporte sans avoir à tirer le premier coup de canon.

Il faut cependant être rigoureux sur un point qui nourrit depuis deux siècles une abondante littérature : même si des historiens sérieux l’affirment, aucune preuve historique solide ne permet d’affirmer que Londres, la City ou la franc-maçonnerie anglaise auraient organisé ou financé la Révolution française de 1789 comme une opération clandestine destinée à détruire la monarchie française. Les théories du complot maçonnique ont été largement contestées par l’historiographie. La franc-maçonnerie a certes participé à la circulation des idées des Lumières et nombre d’acteurs de l’époque fréquentaient les loges, mais cela ne démontre nullement l’existence d’un centre de commandement britannique de la Révolution.

En revanche, lorsque la guerre franco-britannique commence en 1793, les opérations clandestines deviennent une réalité documentée. Londres développe des réseaux d’espionnage, finance des opérations contre la République et soutient différentes forces contre-révolutionnaires susceptibles d’affaiblir la France de l’intérieur. Autrement dit, la thèse d’une Angleterre ayant fabriqué 1789 n’est pas établie ; celle d’une Grande-Bretagne exploitant ensuite méthodiquement le chaos français relève, elle, de la logique la plus élémentaire des puissances et de pratiques historiques bien réelles.

Les Britanniques ne seraient d’ailleurs pas les derniers à agir ainsi. Les grandes puissances n’ont jamais eu pour habitude d’observer passivement les crises de leurs adversaires lorsqu’elles peuvent les exploiter. Londres excellera bientôt dans l’art de financer les coalitions continentales contre la France, laissant souvent les autres fournir les soldats pendant qu’elle mobilise sa flotte, son crédit et ses ressources financières. En 1805 encore, la diplomatie britannique contribue puissamment à la formation de la Troisième Coalition et engage des sommes considérables pour soutenir l’effort militaire de ses alliés.

La Révolution a ainsi produit un paradoxe extraordinaire. En détruisant une partie de l’ancien ordre, elle affaiblit d’abord profondément l’État français. Mais en libérant des forces sociales et nationales nouvelles, elle lui donne bientôt les moyens de mobiliser la population à une échelle inconnue sous la monarchie. La France perd son ancien équilibre, mais découvre la guerre de masse. C’est cette énergie nouvelle que Bonaparte saura bientôt capter.

Napoléon : le formidable sursaut d’une puissance qui tente de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789

La Révolution aurait pu conduire à l’effacement durable de la France. Elle produit finalement Napoléon.

Le jeune général corse, issu lui-même de cette Révolution, hérite d’un pays épuisé, mais aussi d’une armée aguerrie par des années de guerre, d’une administration profondément transformée et d’une mobilisation nationale, voire d’un certain fanatisme, que l’Ancien Régime n’aurait probablement jamais pu obtenir à une telle échelle. Il comprend mieux que quiconque comment transformer l’énergie révolutionnaire en puissance étatique.

Le Consulat puis l’Empire restaurent l’autorité, réorganisent l’administration, stabilisent les finances et donnent à la France des institutions dont certaines structurent encore le pays. Sur le champ de bataille, Napoléon transforme la puissance démographique française en instrument militaire. Les soldats de la Grande Armée ne sont pas tous des fanatiques révolutionnaires, loin de là, mais beaucoup appartiennent à une génération née dans la rupture de 1789, nourrie par la promotion au mérite, la gloire militaire et l’idée que l’ordre ancien ne reviendra jamais tout à fait.

Pour Roland Lombardi : « Napoléon représente ainsi le formidable sursaut, comme les fins d’Empire en produisent toujours dans l’Histoire. Napoléon est un sursaut militaire fulgurant et flamboyant d’une puissance qui ne veut pas mourir et qui tente de récupérer en vingt ans ce qu’elle avait commencé à perdre en 1789 ».

Et, pendant un temps, il y parvient.

À la paix d’Amiens en 1802, la France retrouve une position exceptionnelle. Talleyrand pourra écrire qu’elle jouissait alors d’une puissance, d’une gloire et d’une influence auxquelles « l’esprit le plus ambitieux » n’aurait rien pu souhaiter de plus. Quelques années plus tard, après Austerlitz, Iéna et Friedland, Napoléon domine l’Europe continentale. 

Mais cette domination contient sa propre contradiction. La France triomphe sur terre tandis que la Grande-Bretagne conserve la maîtrise des mers. Trafalgar ferme durablement la perspective d’une domination maritime française. Le Blocus continental échoue à étouffer Londres et contribue à épuiser l’Empire. L’Espagne devient une plaie ouverte, la campagne de Russie une catastrophe et les coalitions successives finissent par accomplir ce qu’aucune puissance n’aurait pu réaliser seule.

En 1815, Waterloo clôt moins une bataille qu’une époque.

Talleyrand, personnage insaisissable que l’Histoire française a souvent présenté comme l’archétype du traître, accomplit alors l’un des plus remarquables tours de force de notre histoire diplomatique. Au Congrès de Vienne, il exploite les rivalités entre les vainqueurs, invoque le principe de légitimité et parvient à réintroduire la France vaincue dans le concert des grandes puissances. Il ne « sauve » pas seul le pays d’un découpage qui aurait été formellement arrêté, mais il contribue puissamment à empêcher son déclassement définitif et à restaurer sa capacité d’action diplomatique. La France peut même conclure, en janvier 1815, une alliance secrète avec la Grande-Bretagne et l’Autriche contre les ambitions russo-prussiennes : quelques mois seulement après la chute de Napoléon, le vaincu était déjà redevenu un acteur du jeu européen.

Ce prodige diplomatique ne doit cependant pas masquer la rupture fondamentale. Et Roland Lombardi d’ajouter : « après Napoléon, rien ne sera véritablement comme avant. La France restera une grande puissance et connaîtra encore plusieurs sursauts remarquables. Napoléon III tentera de lui rendre une politique mondiale et une influence décisive en Europe avant le désastre de 1870. De Gaulle, un siècle plus tard, restaurera dans des circonstances presque miraculeuses le rang d’une France vaincue en 1940, lui donnera l’arme nucléaire et cherchera à préserver son indépendance entre les deux blocs. Mais la prépondérance est définitivement perdue ».

Le XIXᵉ siècle sera britannique. Londres domine les mers, la finance mondiale et bientôt une part considérable du commerce international. La révolution industrielle renforce encore cette avance, tandis que la France, malgré sa puissance, ne retrouvera jamais la position relative qui était la sienne au cœur du XVIIIᵉ siècle.

La Révolution a-t-elle affaibli la France ou inventé le monde moderne ?

Réduire la Révolution française à un suicide géopolitique serait pourtant aussi faux que d’en faire une pure épopée lumineuse.

Car si la France perd progressivement sa prépondérance, elle impose au monde une partie de ses idées.

La Révolution puis les armées napoléoniennes diffusent ou accélèrent l’égalité civile, l’abolition de nombreux privilèges, la rationalisation administrative et de nouvelles conceptions de la souveraineté. Le Code civil survivra aux victoires comme aux défaites. Dans plusieurs territoires européens, les transformations institutionnelles imposées ou inspirées par la France auront des effets durables. 

Mais cette révolution politique porte également en elle une force qui bouleversera les XIXᵉ et XXᵉ siècles : le nationalisme.

La souveraineté cesse progressivement d’appartenir seulement au monarque pour être attribuée à la nation. Les peuples commencent à se penser comme des acteurs politiques. Les conquêtes napoléoniennes exportent les principes révolutionnaires, mais provoquent également, par réaction, l’éveil de nationalismes allemand, espagnol, italien et d’autres encore. La nation moderne devient à la fois un principe d’émancipation et une formidable machine de mobilisation politique et militaire. 

De cette matrice sortiront les mouvements nationaux du XIXᵉ siècle, les unifications italienne et allemande, les révolutions de 1830 et de 1848, puis, sous des formes radicalisées, certaines des grandes confrontations du XXᵉ siècle. Il serait absurde d’attribuer les guerres mondiales à la seule Révolution française ; il serait tout aussi absurde de nier que 1789 a profondément transformé la manière dont les peuples européens pensent l’État, la nation, la citoyenneté et la guerre.

C’est peut-être là le paradoxe ultime.

La France révolutionnaire puis napoléonienne a perdu la bataille de la puissance, mais elle a en partie gagné celle des idées. La Grande-Bretagne dominera le XIXᵉ siècle matériel ; une grande partie du monde continuera pourtant à parler le langage politique né de la rupture française.

Le 14 Juillet mérite donc mieux que les légendes, qu’elles soient révolutionnaires ou contre-révolutionnaires. La prise de la Bastille ne fut ni le commencement miraculeux de la liberté humaine, ni la seule cause du déclin français. Elle fut le symbole d’un basculement beaucoup plus vaste, dont les conséquences échappèrent rapidement à ceux qui l’avaient provoqué.

En 1789, la France était le premier royaume d’Europe continentale. En 1815, elle sortait de vingt-six années de révolution et de guerre, vaincue mais encore debout grâce à sa puissance profonde et au génie de quelques hommes. Entre les deux, elle avait changé le monde, terrorisé l’Europe, perdu un roi, dévoré plusieurs régimes, fait surgir Napoléon et contribué, presque malgré elle, à ouvrir le siècle britannique.

Et Roland Lombardi de conclure : « les révolutions ont cette particularité : ceux qui les commencent savent rarement où elles finiront. Celle de 1789 donna au monde une partie de son vocabulaire politique moderne. Mais pour la France, le prix géopolitique fut immense. Après Napoléon, elle connaîtra encore des heures de grandeur et quelques sursauts exceptionnels mais malheureusement éphémères. Et au final, elle ne redeviendra jamais, la puissance qu’elle avait été avant que l’Histoire ne bascule, un certain 14 juillet 1789… »

Le Diplomate

https://lediplomate.media/histoire-14-juillet-1789-revolution-francaise-suicide-geopolitique-premier-royaume-europe/

 

 

 

 
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