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août 07, 2026

Que de l'émotion, pas de raison; Écologisme est devenu l’ennemi de l’écologie

La forêt française est en flammes, le sage montre du doigt l’idéologie verte, mais le fou regarde le capitalisme. Et pourtant combien de ces ONG écologistes pourraient être tenues indirectement responsables de la situation? Mon analyse dans le @FigaroVox
Jean-Paul Oury
 

«Feux de forêts, l’occasion de s’intéresser au pouvoir sans limite des ONG ?»

Alors que la France est encore en proie aux flammes, le consultant et essayiste pointe la part de responsabilité des ONG environnementales dans cette situation. Pour lui, elles servent davantage à imposer des idéologies qu’à combattre les vrais problèmes climatiques.
 
«Ces associations sont en contradiction avec les forestiers qui défendent les pratiques rurales traditionnelles et soutiennent que ces méthodes permettraient d’éviter les feux de forêt» nmann77 / ADOBE STOCK
 

La forêt française est en flammes, le sage montre du doigt l’idéologie verte, mais le fou regarde le capitalisme. Et pourtant combien de ces ONG écologistes pourraient être tenues indirectement responsables de la situation ? Notamment celles qui militent pour la libre évolution des forêts et sont favorables à des mesures telles que l’absence de coupe de bois, l’interdiction de pâturage, de ramassage de bois mort, d’entretien des sous-bois et contre toute intervention extractive ou intrusive. Toutes des causes d’accumulation de «combustibles» qui provoquent l’enfer que subissent nos forêts. L’ONG ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages), par exemple, veut créer des «Réserves de Vie Sauvage» où la nature est laissée en libre évolution stricte. Elle promeut publiquement le retrait de l’homme : pas de sylviculture, pas de pastoralisme, pas de prélèvement de bois mort, pas d’entretien actif. Selon les thèses de ses membres des forêts en libre évolution résistent mieux aux incendies. Enfin elle s’est associée à Canopée et la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) pour mener des actions en justice contre certains aspects des obligations légales de débroussaillement lorsqu'ils entrent en conflit avec la protection d’espèces. D’autres ONG tiennent des positions similaires : le réseau FRENE (Forêts en Évolution Naturelle), soutenu notamment par France Nature Environnement (FNE) ; l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire (vision de grandes forêts sans intervention humaine) ; et certains collectifs locaux, types SOS Forêt ou Canopée (plus focalisés sur l’opposition aux coupes rases et à la sylviculture intensive qu’à l’abandon total de toute gestion).

Bien évidemment, ces associations sont en contradiction avec les forestiers qui défendent les pratiques rurales traditionnelles (pâturage, exploitation du bois de chauffage, entretien des sous-bois) et elles soutiennent que ces méthodes permettraient d’éviter les feux de forêt. Et bien souvent ce sont elles qui sont appliquées, la parole des associations environnementales semblant prioritaire. Un quiproquo qui nous invite à nous interroger sur ces instruments de pouvoir que sont les ONG.

Ces ONG environnementales influencent les lois, organisent des campagnes de pression, mais échappent largement aux mécanismes de contrôle qui s’imposent aux entreprises ou même aux administrations.

Jean-Paul Oury

 


 

Le cas de Canopée est édifiant. Cette association, qui se présente comme le chevalier blanc des forêts vivantes, a fait l’objet d’une enquête de Erwan Seznec révélant qu’elle avait acquis une douzaine de balises GPS entre 2020 et 2024. Plusieurs de ces boîtiers ont été retrouvés fixés sur des engins de chantier forestiers, notamment en Limousin. L’objectif était clairement de suivre les déplacements de machines utilisées par des professionnels exerçant une activité légale. Autrement dit, des mouchards posés pour espionner et contrôler de simples quidams qui font leur boulot. L’association se dit indépendante, financée uniquement par des dons de particuliers et de fondations privées telles que la fondation Charles Léopold Meyer, la fondation Léa Nature, ou encore la fondation Nature et Découvertes. Elle refuse les subventions publiques et l’argent des entreprises. Mais lorsqu’une organisation se met à tracker des citoyens dans l’exercice de leur métier, la question de qui la contrôle et de qui la finance devient incontournable. L’enquête judiciaire ouverte après la découverte de l’une de ces balises a été classée sans suite, faute de lien établi avec des dégradations. Les faits n’en demeurent pas moins troublants.

Ce n’est pas un cas isolé. L214, figure de proue de la cause animale, a bâti sa notoriété sur des infiltrations dans des abattoirs et des élevages, caméras cachées à l’appui. Les images sont ensuite diffusées massivement, souvent sans distinction fine entre pratiques illégales et fonctionnement normal d’une filière strictement réglementée. Résultat : des professionnels mis au pilori, des entreprises fragilisées, des filières entières stigmatisées, parfois jusqu’à la fermeture. Les méthodes d’investigation de L214 relèvent d’une stratégie de confrontation permanente. Quant aux Soulèvements de la Terre, leur combat contre les «mégabassines» – ces réserves d’eau destinées à sécuriser l’irrigation agricole – prend des formes toujours plus radicales. Occupations de chantiers, destructions de matériel, confrontations violentes avec les forces de l’ordre, notamment à Sainte-Soline. Le sabotage y est revendiqué comme méthode légitime de «désarmement» d’infrastructures jugées nuisibles. Des agriculteurs, des élus locaux et des habitants se retrouvent ainsi pris pour cible au nom d’une idéologie qui se place au-dessus des lois et du débat démocratique ordinaire.

Dans de Gaia à l’IA (VA Éditions, décembre 2024), je montre comment les ONG piétinent le principe de subsidiarité. Ce principe fondamental veut que les problèmes soient traités au niveau le plus proche des citoyens : l’individu, la famille, la commune, l’État, et seulement en dernier ressort l’échelon européen ou international. Or, les grandes ONG écologistes ont inversé cette logique. Elles imaginent des normes souvent utopiques, les injectent dans les agences de l’ONU, les font adopter par l’Union européenne, puis les imposent aux États via un lobbying intense, des contentieux stratégiques et une pression médiatique redoutable. Les gouvernements deviennent les otages d’un processus qu’ils ne maîtrisent plus. Les élus, censés représenter le peuple, se retrouvent à appliquer des agendas qu’ils n’ont pas choisis et sur lesquels les citoyens n’ont jamais été consultés.

Plus troublant encore : ces organisations agissent parfois comme des relais d’intérêts qui dépassent largement la simple défense de l’environnement. Elles disposent d’un accès privilégié aux institutions internationales (plus de 4 000 ONG ont un statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU), d’une capacité médiatique considérable et d’une influence réelle sur les textes législatifs. Elles se présentent comme la «société civile», alors qu’elles en sont devenues un substitut irresponsable, sans mandat électoral et sans obligation de résultat. Le citoyen, lui, subit les conséquences dans son quotidien – sur le prix de l’énergie, sur l’agriculture, sur l’industrie, sur l’emploi, et comme on l’a vu la mauvaise gestion de la forêt – sans avoir jamais été consulté. Comme le souligne l’ancien haut fonctionnaire européen Samuele Furfari, les gouvernements de l’UE sont devenus les otages de ces organisations, coincés de toutes parts et privés de liberté.

Dans une société ouverte, telle que la concevait Karl Popper, tout pouvoir doit rendre des comptes. Or les ONG environnementales imposent leurs idéologies en recourant à tous les instruments de pouvoirs possibles – judiciaire, médiatique, normatif – sans véritable contre-pouvoir. Elles engagent des contentieux contre l’État, influencent les lois, organisent des campagnes de pression, mais échappent largement aux mécanismes de contrôle qui s’imposent aux entreprises, aux partis politiques ou même aux administrations. Comme le rappelle Yves d’Amécourt, une démocratie vivante a besoin de corps intermédiaires. Mais un principe doit accompagner toute montée en puissance : la transparence.

Il est temps d’exiger la transparence des financements (origine exacte des fonds, part des dons défiscalisés, frais de collecte, budgets réellement consacrés au lobbying et aux contentieux) ; il faut scruter la légalité des méthodes : jusqu’où peut-on aller dans le tracking, l’infiltration ou le sabotage sans tomber dans l’illégalité ? Il faut davantage d’informations sur les réseaux d’influence et les éventuels conflits d’intérêts. Des enquêtes récentes, notamment sur Greenpeace, ont déjà levé une partie du voile sur les frais de collecte élevés, l’usage de dons défiscalisés.

La liberté d’association demeure un pilier de la démocratie mais nul ne peut s’arroger le droit de contrôler la vie des autres sans lui-même être contrôlé. La démocratie ne tolère pas les pouvoirs sans contre-pouvoirs.

Jean-Paul Oury 


 

Jean-Paul Oury est docteur en histoire des sciences et technologies, consultant et essayiste. Dernier ouvrage paru : « De Gaïa à l’IA » (VA Éditions, 2024).

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/jean-paul-oury-feux-de-forets-l-occasion-de-s-interesser-au-pouvoir-sans-limite-des-ong-20260806

 

 

 

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Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, né à Verdun en 1971, est un essayiste français.


Biographie

Il étudie à la faculté des lettres de Nancy puis suit un DEA en histoire des sciences, obtenu en 1996 à l'université de Strasbourg I. Il est également titulaire d'un doctorat en histoire des sciences et technologies obtenu à Paris Jussieu.

C'est un observateur critique du mouvement écologiste contemporain et de ses contradictions. Dans une tribune dans Le Figaro en octobre 2022, il se réjouit ainsi du ralliement, tardif, de Greta Thunberg au nucléaire comme réponse au réchauffement climatique[1]. Pour cet historien des sciences, le rôle majeur que peut avoir la science sur les sujets contemporains est injustement minoré, au profit de discours politiques.

Il a été engagé en politique, comme candidat d’Alternative Libérale aux élections législatives 2007 dans la 2e circonscription de Meurthe et Moselle.

Il est aujourd'hui directeur de publication du site Europeanscientist.com et consultant. 


Citations

  • « [Nous vivons le] sacrifice de la science prométhéenne sur l'autel de l'écologisme: le second a eu la peau de la première en rendant tabou la possibilité de modifier le vivant, de fissionner l'atome, de diffuser des ondes et de synthétiser des molécules. »[1]
  • « La science et la technologie n'ont plus pour finalité de libérer l'humanité des déterminismes que lui impose la nature ; elles sont désormais au service des politiques qui s'appuient sur elles pour créer de nouvelles contraintes. »[1]

Notes et références

 
Publications

Liens externes

 
La photographie jointe est de 2011, elle illustre les « brûlages dirigés » organisés au Camp du Poteau (terrain militaire à cheval Landes/Gironde), où j’étais chargé de mission Natura 2000 et avais pour mission dans ce cas d’expertiser la technique et d’évaluer son intérêt écologique et stratégique. Le pompiers (militaires et SDIS) pratiquaient dans ce cadre leur formation aux feux tactiques

Incendies de forêt : au-delà du débat climatique, les enseignements de Fontainebleau et de l’Aquitaine

Cet article a initialement été rédigé à l’issue des feux de Fontainebleau. Puis sont survenus les incendies en Gironde, et dans les Landes. Passer outre ces feux « hors normes » eut été un manquement à l’objectivité de la problématique.

Un incendie est un phénomène multifactoriel. Chercher une cause unique, quelle qu’elle soit, conduit presque toujours à une mauvaise compréhension du phénomène.

L’objectif de cet article n’est pas d’alimenter une polémique. Il est de rappeler qu’un incendie majeur résulte toujours d’une combinaison de facteurs et que réduire son explication au seul réchauffement climatique conduit à négliger d’autres causes sur lesquelles il est possible d’agir.

1. Fontainebleau 

L’incendie qui a frappé la forêt de Fontainebleau en juillet 2026 a immédiatement été présenté comme une illustration du réchauffement climatique. La sécheresse exceptionnelle et les températures élevées ont effectivement favorisé la propagation du feu. Mais réduire l’explication à ce seul facteur revient à ignorer plusieurs siècles d’histoire forestière.

Les archives montrent que Fontainebleau a connu de grands incendies bien avant l’époque actuelle.
L’ONF (Office national des forêts) rappelle que le massif enregistre chaque année plusieurs dizaines de départs de feu, essentiellement liés à l’activité humaine (feux de bivouac, imprudences, etc.). L’établissement met en œuvre des moyens spécifiques, tels des drones, afin de pouvoir détecter au plus vite les points de chaleur anormaux, et suivre également les feux en temps réel.
Des incendies importants sont documentés, sans atteindre toutefois les superficies brûlées en 2026.
L’existence de ces événements historiques montre que le massif était déjà vulnérable aux grands feux alors que la question climatique actuelle n’était pas encore écrite.

Une forêt naturellement inflammable

Fontainebleau possède plusieurs caractéristiques qui favorisent les incendies :

Des sols sableux très filtrants,
Des chaos rocheux qui compliquent l’intervention,
Une fréquentation parmi les plus fortes au niveau des forêts françaises,
Une végétation adaptée aux sols relativement pauvres et acides.

La forêt est largement dominée par le pin sylvestre sur les secteurs sableux. Les résineux contiennent davantage de résines et de composés volatils qui favorisent la combustion. Les aiguilles forment également un tapis sec particulièrement inflammable, ceci en complément d’un sous-bois lui aussi fortement combustible. À l’inverse, les feuillus, et notamment les hêtraies, sont généralement moins sensibles au feu en raison d’une humidité plus élevée, d’un couvert plus fermé, et d’une inflammabilité moindre.
Cette différence entre essences est connue depuis longtemps en écologie forestière et ne dépend pas du réchauffement climatique.

2. Un contexte de forte fréquentation anthropique

Le climat ne crée pas le feu ! Les départs de feu sont presque toujours d’origine humaine.

Ce sont les conditions météorologiques qui induisent éventuellement des conditions favorables à sa propagation. Mais n’oublions pas que la foudre constitue un facteur naturel majeur de départs d’incendies.

Les départs de feu proviennent très majoritairement :
D’imprudences humaines,
De feux de camp,
De travaux (forestiers ou non),
D’actes volontaires ; Il est fréquemment avancé par les professionnels de la lutte contre les incendies que les actes malveillants représentent une part importante des départs de feu, même si leur quantification est difficile lorsque l’origine demeure indéterminée.
Par ailleurs, des départs de feux sont souvent observés à proximité du réseau routier, mais aussi des voies ferrées, des lignes électriques…

L’ONF indique que la très forte fréquentation du massif (plusieurs millions de visiteurs chaque année) explique une grande partie des départs de feu. La prise de conscience du fait que tout feu est proscrit en forêt en période sèche ne semble pas être intégrée par la population, d’autant plus que la notion d’apport de feu s’applique également aux fumeurs !

3. L’exemple de la forêt landaise et des forêts du Sud

Nous aborderons plus loin les incendies de 2026, et posons ici une présentation générale de la problématique.
La forêt landaise a beaucoup brûlé par le passé, et encore récemment des incendies majeurs se sont produits, ceux de 2022 en Gironde en sont l’illustration. De même, le Sud est régulièrement soumis à des feux, parmi lesquels bon nombre d’origine criminelle. Là encore, le réchauffement climatique est mis en avant, comme ce fut le cas en 2017 ou bien en 2020 en Australie, sans parler des incendies de Los Angeles de 2025, dont la similarité avec ceux d’Aquitaine en 2026 concerne hélas la destruction de zones urbanisées (billet n° 34 sur mon site, les autres articles s’y trouvent également). Les contextes sont certes différents, mais les causes réelles restent les mêmes et pas uniquement recentrées autour du réchauffement atmosphérique.

Pour toutes ces situations, on va retrouver des points communs ayant conduit aux désastres constatés :
– une situation météorologique conduisant à une sécheresse,
– des vents forts,
– un manque de prévention,
– des contradictions dans les moyens et les conduites des luttes contre les feux.

En revenant sur l’exemple de la forêt landaise, où l’on a tout comme à Fontainebleau une essence puissamment combustible (le pin maritime vs le pin sylvestre à Fontainebleau) et des sols sableux. Sur le littoral landais, la fréquentation humaine est également importante durant la saison touristique. Mais, tout comme je l’avais déjà relevé dans les articles cités supra, la prévention n’est peut-être pas toujours suffisante, et des pare-feu et voies d’accès (pistes DFCI) n’offrent pas toujours un maillage suffisant. L’accessibilité, la possibilité d’attaquer le feu en sécurité pour les feux tactiques (« contre-feux ») et un accès à l’eau à proximité, sont des critères qui peuvent faire la différence dans la maîtrise des feux.

On notera que sur la côte landaise, la question de la densité des coupures de combustible et des pistes DFCI mérite d’être posée. Les réflexions seraient à mener au cas par cas, afin d’apprécier si leur maillage permettrait de répondre à des incendies de grande ampleur.

4. Mais qu’entend-on par prévention ?

La prévention concerne l’aménagement de la forêt mené en vue de sécuriser au maximum les peuplements au regard du feu. Ceci implique bien souvent la coupe de bois afin d’ouvrir les voies d’accès, les pare-feu, etc. Aujourd’hui, le forestier est souvent confronté à une certaine contestation de ces coupes rases des bois à des fins de sécurisation, par des pressions sociales, comme ce fut le cas à La Teste.

Elle repose par conséquent sur plusieurs éléments indissociables :

Les pistes d’accès (pistes DFCI et autres),

Les pare-feu, aux dimensions variables et au maillage établi selon les caractéristiques de la forêt. On peut également évoquer les types de pare-feu, qui peuvent être à sable blanc (végétation extraite), avec de la végétation basse contrôlée (fauche). Une coupure de combustible peut intégrer ces critères, ou bien être constituée d’arbres moins combustibles (feuillus)

Les zones débroussaillées, notamment en bordure des routes, des zones urbaines, des sentiers,

Les réserves d’eau : forages, bornes incendies, mares, lacs, etc. Ce point est important car les pompiers ont souvent recours aux agriculteurs pour éviter les ruptures d’approvisionnement, comme ce fut le cas à La Teste (et sur bien d’autres feux).

La surveillance : de nombreux moyens existent actuellement, et la détection des feux repose également sur la mise en œuvre d’une technologie élaborée : drones, postes d’observation avec ou non des systèmes de détection automatique, suivi des foudroiements en temps réel, etc.

Un dernier élément s’applique à la prévention : la communication et la sensibilisation. Face à une population de plus en plus éloignée du milieu rural ou forestier, il est nécessaire d’informer le public pour lui faire prendre conscience des dangers inhérents à des comportements qui peuvent conduire à des incendies. Et de rappeler que la réglementation existe, et qu’en matière d’incendie, elle peut être sévère. Pour exemple, un incendie allumé volontairement peut être considéré au regard de la Loi comme criminel.

Si j’ai évoqué plus précisément la forêt landaise, c’est qu’en réalité, les incendies de 2022 en Gironde, ont amené notamment l’ONF à étendre les formations DFCI aux forêts plus nordiques, et en particulier à celle de Fontainebleau, car jusque-là, le massif n’était pas considéré comme prioritaire face au risque incendie.

5. Et le climat dans tout cela ?

Le réchauffement de l’atmosphère, qui est dûment constaté, contribue bien sûr à augmenter la combustibilité potentielle. Le risque incendie dépend avant tout des conditions météorologiques des semaines précédentes (pluie, humidité, vent, température). La variabilité climatique naturelle est probablement en mesure de modifier la fréquence de certaines situations météorologiques, mais ce sont des situations météorologiques concrètes qui conditionnent directement le comportement d’un feu, à l’instar des « blocages anticycloniques » susceptibles d’engendrer des sècheresses et canicules.

Par conséquent, attribuer un incendie particulier au seul changement climatique serait simplificateur.

6. Quels sont les facteurs intervenant dans un feu ?

– La météorologie, et surtout les périodes de sécheresse, de vent, et d’orages (foudre),
– À ce niveau le vent joue un rôle majeur, il accélère la progression des fronts de flamme, peut contrarier la lutte aérienne,
– L’humidité des sols et de la végétation : c’est là encore l’absence de précipitations (facteur météo) qui va conduire à cet assèchement. On peut également rajouter qu’un excès de drainage des sols (fossés notamment) conduit à une moindre disponibilité des réserves en eaux souterraines durant les périodes sèches,
– La nature des essences : les résineux sont plus combustibles que les feuillus. Le caractère monospécifique de peuplements résineux accroît la sensibilité au feu des peuplements. Par ailleurs, certaines essences feuillues, comme les eucalyptus, présentent un potentiel de combustibilité très fort.
– La topographie : l’accessibilité et la stratégie de lutte sont différentes s’il existe du relief,
– L’origine du départ de feu : s’il s’agit de pyromanes, il faut toujours s’attendre à ce qu’ils interviennent à plusieurs endroits, ce qui déstabilise la lutte active,
– La rapidité de détection : un feu détecté précocement, associé à une intervention rapide sera facilement maîtrisable ; une détection/intervention plus tardive demandera beaucoup plus de moyens, surtout s’il y a du vent,
– L’accessibilité du terrain : ceci rejoint la prévention : pour lutter contre le feu, les pompiers doivent pouvoir accéder facilement, et en sécurité (possibilité de repli en cas de changement de vent par exemple),
– Les moyens de lutte : on rejoint ici la discussion sur l’insuffisance des moyens ou plus exactement sur la disponibilité des moyens en temps réel (réactivité) en cas de feu majeur. Cela concerne en particulier les moyens aériens.

C’est la combinaison de ces facteurs qui détermine l’ampleur finale d’un incendie.

7. Aquitaine 2026 : la stratégie de prévention était-elle opérationnelle ?

Dans des articles précédents, j’avais attiré l’attention sur le risque de survenue d’un feu majeur en Aquitaine, notamment à proximité du littoral et des zones urbanisées, arguant que les moyens de prévention me semblaient insuffisants. Les feux de juillet viennent hélas corroborer mon analyse.

Je vais rappeler ici les insuffisances suspectées ayant conduit au désastre, et au décès de pompiers dans l’exercice de leur indispensable et dangereuse fonction.

A-t-on tiré les enseignements des incendies de 2022 en Gironde ? Non. Au regard de ce que j’ai écrit plus haut, voici une analyse technique des mesures qui seraient à engager.

Voies de circulation : elles devraient être encadrées par des pare-feu (au moins 20 m de part et d’autre), puis d’une gestion différenciée des peuplements sur une cinquantaine de mètres afin de réduire la combustibilité (débroussaillements, priorisation des feuillus, réduction de la densité des pins, etc.). À noter que dans le cas des incendies de Biscarrosse (2026) et de La Teste (2022), initiés par un fourgon ayant pris feu, cette mesure aurait probablement limité l’extension prise par les incendies.

Pare-feu, coupures de combustible : un maillage plus important de pare-feu significatifs au sein des parcelles de pins, associé aux pistes DFCI, constituerait une zone d’appui pour les pompiers, qui pourraient ainsi plus aisément guider ou contrer le feu, en limitant les sautes de feu. Cela permet aussi aux moyens aériens d’optimiser l’effet des largages d’eau ou de retardant, en particulier dans le cas de feux de cimes. Il s’agit également de dispositifs indispensables pour la mise en œuvre des feux tactiques, sachant que pour les engager, il est important que les pompiers puissent se retirer en sécurité en cas de changement de vent.
Ces mesures de coupes de bois (coupes rases) sont de plus en plus contestées par des mouvements ou associations, comme on a pu le voir à La Teste, la coupe d’arbres étant par certains décriée comme « écocide » (voir article supra).

L’accès à l’eau : des mesures ont été engagées, mais restent insuffisantes, l’objectif étant ici de réduire la distance pour faire rapidement le plein d’eau des camions de pompiers. Ici encore, les agriculteurs travaillent toujours de concert avec les pompiers, apportant leurs tonnes à eau pour arroser les zones critiques. Ce point mérite d’être souligné, à l’heure où les agriculteurs sont pointés du doigt par la réglementation et par des idéologies.

Les moyens : les incendies de l’été 2026 ont, une nouvelle fois, mis en évidence les limites des moyens nationaux de lutte. Plusieurs avions bombardiers d’eau étaient indisponibles pour maintenance ou réparation, tandis que le recours aux capacités européennes s’est révélé difficile en raison de la simultanéité des incendies dans plusieurs pays. Cette situation relance inévitablement la question du dimensionnement de la flotte aérienne française et de sa capacité à faire face à des crises de grande ampleur.
Au-delà des seuls moyens aériens, ces événements interrogent les priorités de l’action publique. La France consacre aujourd’hui des ressources considérables à la transition énergétique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (la « lutte pour le climat »). Ces politiques sont inscrites dans une stratégie de long terme, alors même que la France représente environ 1 % des émissions mondiales de CO₂ et que la croissance des émissions demeurera durablement pendant des décennies, et sera principalement portée par les grands pays émergents.
À l’inverse, les investissements consacrés à la prévention et à la lutte contre les incendies apparaissent souvent insuffisants au regard des enjeux. Pourtant, leurs bénéfices sont immédiats, tangibles et directement mesurables : des vies sauvées, des habitations protégées, des forêts préservées et des dépenses de reconstruction considérablement réduites.
Cette interrogation renvoie plus largement au débat entre atténuation et adaptation. La politique actuelle en France donne la priorité à l’atténuation (réduction des émissions) en y affectant des budgets conséquents. Certains scientifiques, parmi lesquels Steven Koonin, ancien conseiller scientifique de l’administration Obama, estiment que les politiques d’adaptation aux risques naturels mériteraient une place plus importante dans les politiques publiques, considérant qu’elles peuvent produire des bénéfices concrets à un coût souvent inférieur à celui des politiques de réduction des émissions. Sans trancher ce débat, les incendies récents montrent qu’un renforcement significatif des moyens de prévention et de lutte constitue une nécessité difficilement contestable.
Cette réflexion concerne également certaines réglementations applicables aux matériels de secours. Les véhicules d’incendie restent soumis aux dispositifs de fiscalité énergétique applicables aux carburants, alors même que leur usage relève exclusivement d’une mission de sécurité civile. De même, les motorisations répondant aux dernières normes environnementales, notamment celles utilisant un système de dépollution par AdBlue, ont parfois suscité des difficultés de disponibilité ou de maintenance signalées par plusieurs services d’incendie et de secours. Il serait légitime de s’interroger sur l’opportunité d’adapter ces contraintes techniques aux exigences de disponibilité permanente des moyens opérationnels.

La gestion de l’hydraulique : l’habitude est prise, notamment en zone humide, ou en bordure de routes et pistes, d’ouvrir des fossés pour évacuer l’eau. L’expérience montre que ces fossés conduisent à un affaissement de la nappe phréatique, et nuisent à la disponibilité en eau de la végétation en période sèche. Enfin, ces fossés sont infranchissables par les engins de secours, et ont même conduit à la perte de matériel. Il existe néanmoins une solution ayant l’avantage de ne pas affecter la nappe plio-quaternaire présente dans les Landes et en Gironde, et de permettre le franchissement sans risque par les camions : les cunettes. Fossés de 40 cm de profondeur et de 4 m en gueule (largeur), les cunettes sont moins onéreuses tant en création qu’en entretien, et offrent des avantages écologiques en se rapprochant du ruissellement naturel, mais aussi économiques puisqu’elles évitent le recours aux busages (ou ponts) pour leur franchissement.

La politique et l’économie: chaque kilomètre de piste DFCI créé ou entretenu, chaque hectare de coupure de combustible aménagé représente un investissement relativement modeste au regard du coût humain, écologique et économique des grands incendies. Quelques dizaines de milliers d’hectares détruits, des habitations perdues, des activités économiques durablement affectées et le déploiement de moyens terrestres et aériens exceptionnels engendrent des dépenses sans commune mesure avec celles qu’exigerait une politique ambitieuse de prévention. Un « plan Marshall » de la forêt en quelque sorte !Aujourd’hui, un arrêté préfectoral impose aux propriétaires d’habitations situées en lisière de forêt de débroussailler à leur frais sur une profondeur de 50 mètres autour de leur maison, ainsi que le long des voies d’accès. Dans les faits, cette obligation reste imparfaitement appliquée, en raison de son coût, de sa complexité et de son caractère souvent mal accepté. Par ailleurs, plusieurs incendies récents ont montré que cette largeur réglementaire peut s’avérer insuffisante lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes.
Ce dispositif présente également une limite structurelle : il fait reposer une mission de protection collective sur une multitude de propriétaires privés dont les intérêts, les moyens financiers ou les capacités d’action sont très variables. Cette fragmentation rend difficile la constitution d’une véritable ceinture de protection continue autour des zones habitées.
Une réflexion de fond paraît aujourd’hui nécessaire. La prévention des incendies constitue une mission d’intérêt général relevant de la sécurité civile. À ce titre, la création et l’entretien de véritables pare-feu périphériques autour des secteurs urbanisés pourraient être planifiés, financés et coordonnés par l’État et les collectivités territoriales, en concertation avec les propriétaires concernés. Une telle approche permettrait d’assurer une continuité des ouvrages de protection qu’il est difficile d’obtenir par la seule juxtaposition d’obligations individuelles.
Pour les propriétaires forestiers dont une partie des peuplements serait durablement affectée à ces infrastructures de défense contre l’incendie, il serait judicieux d’étudier des mécanismes de compensation. Ceux-ci pourraient prendre la forme d’allègements fiscaux ou d’autres dispositifs tenant compte de la perte de valeur économique des surfaces transformées en pare-feu.
Enfin, les incendies récents ont mis en évidence une problématique nouvelle liée au développement des centrales photovoltaïques implantées sur d’anciennes parcelles forestières. Lorsqu’un incendie menace ces installations, les services de secours peuvent être conduits à adapter leur stratégie afin d’éviter leur destruction, ce qui mobilise des moyens supplémentaires dans un contexte déjà très contraint. Au-delà de cet aspect opérationnel, il convient de s’interroger sur les effets à long terme de la conversion de certaines surfaces forestières en centrales solaires [1]. Si les incitations économiques conduisaient progressivement à réduire les espaces boisés, cette évolution pourrait modifier l’organisation de la forêt et, localement, les conditions de gestion du risque incendie. La destruction éventuelle de panneaux photovoltaïques soulève également la question des pollutions susceptibles d’être générées.
En revanche, les affirmations selon lesquelles certains incendies seraient volontairement provoqués afin de favoriser l’urbanisation ou l’implantation de centrales photovoltaïques ne reposent, à ce jour, sur aucun élément établi. Seules les enquêtes judiciaires en cours permettront, le cas échéant, de confronter ces affirmations à la réalité, en déterminant les causes exactes des départs de feu.
 
8. En conclusion

 L’incendie de Fontainebleau, et ceux d’Aquitaine et du Sud, ne peuvent être expliqués par une cause unique. Comme tous les grands feux de forêt, ils résultent de la convergence de plusieurs facteurs : un départ de feu, des conditions météorologiques favorables à leur propagation, la nature des peuplements forestiers, la topographie, la rapidité de la détection, les moyens d’intervention et, en amont, les choix de prévention et d’aménagement du massif.

Le réchauffement atmosphérique constitue vraisemblablement un élément susceptible d’accroître le niveau de risque lors des périodes de sécheresse. Il serait toutefois réducteur d’en faire l’unique explication d’un événement aussi complexe. Une telle approche pourrait conduire à négliger des leviers d’action concrets, tels que la prévention des départs de feu, l’adaptation de la gestion forestière, l’amélioration des infrastructures DFCI ou encore la sensibilisation du public.

La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut opposer le climat aux autres facteurs, mais comment intégrer l’ensemble de ces paramètres dans une politique cohérente de prévention. L’histoire de la forêt de Fontainebleau montre que le risque incendie n’est pas nouveau, et quant aux feux aquitains sa connaissance est bien plus ancienne. En revanche, les moyens de mieux s’y préparer existent. C’est sans doute sur ce terrain, plus que dans la recherche d’une cause unique, que doivent désormais porter les efforts.

Le réchauffement climatique n’allume pas un incendie. Il peut rendre le combustible plus sec. Mais sans combustible disponible, sans source d’ignition et sans conditions favorables de propagation, il n’y a pas de grand incendie. C’est pourquoi la prévention doit agir sur les facteurs que l’homme maîtrise : les causes de départ de feu, la gestion des combustibles et l’organisation de la lutte. Cette stratégie ne peut pas être menée sans le soutien de l’État, garant de la sécurité du territoire, des biens et des personnes.

Granereau Gilles,
Ancien météorologiste, puis chef de projets environnement, aménagements forestiers et tourisme à l’ONF. Spécialisé dans la gestion du littoral (fixation des dunes, gestion de l’érosion marine, etc.), dans les aménagements forestiers à caractère « extensif », dans les aménagements touristiques en milieux sensibles, botaniste. Chargé de mission Natura 2000 pour les dunes d’Arcachon (La Teste) à Tarnos, et pour le grand site militaire du Camp du Poteau (9500 hectares), où j’ai pu travailler entre autres dans la stratégie et la typologie des pare-feu.

_____________________________________________

Note

[1] Un fait ignoré et passé sous silence : les fermes solaires situées en zones boisées sont régulièrement responsables de départs de feu. Plusieurs dizaines d’hectares brûlés par exemple fin juillet dans les Landes. De plus, les pompiers ne peuvent intervenir au sein des systèmes photovoltaïques du fait des hautes tensions induites par les panneaux.

Addendum

Pour aller plus loin avec l’auteur : https://www.affaireclimatique.fr

Science, Climat, Energie a déjà abordé le thème des incendies

https://www.science-climat-energie.be/2021/09/10/incendies-de-forets/

https://www.science-climat-energie.be/2021/07/30/sce-info-encore-des-incendies/

 

 


 

juillet 15, 2026

Campagnes de désinformation ; Censure !!

Concept d'ingérence intérieure

Ce rapport (d'une médiocrité rare) repose sur... Attention... Le projet conduit par Science Feedback avec plusieurs organisations de fact-checking, qui sont, toutes, des organes OUVERTEMENT politiques et militants. Eux-mêmes producteurs de fausses informations. Dont la méthodologie est biaisée, et invalide. Je suis sidérée par l'absence totale de sérieux @L_Lafon , @AgnesEvren et @Sy_robert
 
 

 
 
 
Le consortium réunit Science Feedback, Newtral, Demagog SK, Pravda, Check First et l’Universitat Oberta de Catalunya. Le Sénat qualifie leur travail d’ "évaluation scientifique", puis d’"évaluation objective", sans établir cette objectivité autrement que par l’identité des organismes qui l’ont réalisé.
 
C’est un raisonnement circulaire : des instances politiques et militantes, auto-désignées "professionnels de la lutte contre la désinformation", produisent une mesure de la désinformation, puis cette mesure sert à démontrer qu’il faut renforcer leurs pouvoirs... 
 
Ces structures, sans aucune légitimité ni expertise : - Définissent ce qui relève de la désinformation. - Choisissent les sujets et comptes examinés. - Classent les sources entre "haute" et "faible crédibilité", sans critères précis. - Militent pour certaines politiques de modération. - Vont bénéficier directement ou indirectement de ces politiques (y compris financièrement.)
 

 
 
Science Feedback n’est ni un laboratoire universitaire, ni un observateur extérieur des politiques de lutte contre la désinformation. C’est une association militante d’intervention dans l’espace informationnel, dotée d’une filiale commerciale, financée depuis plusieurs années par les plateformes qu’elle évalue, les institutions européennes et les réseaux internationaux du fact-checking. Son fondateur concentre la présidence, la direction exécutive et l’arbitrage éditorial. Ses équipes mêlent scientifiques, journalistes, influenceurs, commerciaux, publicitaires, militants politiques... 
Elle produit des qualifications éditoriales et normatives sur la crédibilité des sources, la qualité des raisonnements et les récits jugés problématiques. La présenter, comme le font @L_Lafon , @agnesevren et @Sy_robert , comme l’auteur d’une "évaluation scientifique objective", sans caractériser cette évaluation, sans interroger sa méthodologie (qui n'est pas reproductible, évidemment), sans exposer ces liens, ces conflits d' intérêts et cette doctrine constitue une faute majeure. Pour mémoire, voici une liste d'affirmations que cette officine qualifie de "désinformations" - et dont la plupart sont rigoureusement vraies.
 
Rappel de 2024
Géraldine Woessner, co-auteur de «Les illusionnistes» (Robert Laffont), est l'invitée de Vincent Roux dans Points de Vue.
 
 
Ce sujet est important. Il mérite qu'on s'y attaque sérieusement. Pas en déléguant paresseusement l'analyse à des officines militantes.
 
Il n'y a, dans cette liste de 19 affirmations, que 5 authentiques contre-vérités. Et quelques vérités incontestables. Ce que prétendent faire ces sénateurs est gravissime.
 
Géraldine Woessner 
 
@GeWoessner 
Red chef service Société au Point. Transitions, éco/pol. Ex-correspondante aux US. Welcome tweets from outside of the box. Last book : Les Illusionnistes.
 
 
 
 

 

CRITIQUES !

Main dans la main, LR, PS et En Marche ressuscitent la Pravda ! Sous couvert de lutter contre la « désinformation », ils viennent de déposer au Sénat une loi liberticide, applicable dès la rentrée : Définition officielle de la « désinformation », classement des contenus par « niveau de risque », surveillance renforcée des sujets climat/santé, contrôle accru des créateurs et podcasts, pouvoirs élargis de l’Arcom (suspension d’algorithmes et de contenus en période électorale avec l’aval de Bruxelles), création d’un Observatoire de la désinformation intérieure. Pire : ce texte désigne comme menaces les personnalités et partis qui défendent leur projet politique sur les réseaux. Parler d’immigration ou critiquer l’UE sera bientôt une « ingérence intérieure ». À Paris comme à Bruxelles, les technocrates s’attaquent à nos libertés à quelques mois d’une élection vitale pour la France. Reconquête s’y opposera toujours.
 
Eric Zemmour 
@ZemmourEric 
Ecrivain, Président de @Reconquete_off
 
 

STOP à la censure au nom de l’« ingérence intérieure » !

Le Sénat veut dicter une vérité officielle aux Français et faire taire les opposants politiques avant la présidentielle 2027. Signez et partagez la pétition maintenant.


Madame, Monsieur,

C’est un véritable projet à la Big Brother.

Juste avant la présidentielle 2027.

Une alliance PS, LR et centristes au Sénat vient de publier un rapport extrêmement préoccupant pour les Français.

Et ils annoncent déposer une proposition de loi dès la rentrée de septembre pour modifier le droit français avant les élections de 2027.

Sous couvert de lutter contre les « fake news » et de se préoccuper d’intelligence artificielle, ces sénateurs veulent créer un « observatoire indépendant de la désinformation interne ».

Ils utilisent un discours orwellien en conférence de presse en désignant une « ingérence intérieure » comme pendant aux ingérences extérieures.

Ils décrivent comme une menace le fait que des personnalités, courants de pensée ou partis politiques utilisent les réseaux sociaux pour diffuser leurs idées.
N’est-ce pas simplement cela la liberté d’expression ?

Ils appellent « ingérence intérieure » ce qui n’est que désaccord politique en démocratie.

Nous avons affaire à un véritable contrôle de l’information pour faire taire toute parole critique et dicter une vérité officielle.
Pour s’attaquer aux partis politiques qui ne sont pas au pouvoir.
Pour censurer les Français sur les réseaux sociaux.

Ces censeurs ne savent même pas clairement ce qu’ils veulent faire puisqu’ils ne citent pas d’objectif précis – ne jamais oublier cette possibilité !

Ou ils savent très bien ce qu’ils veulent faire : censurer les Français, faire taire toute opinion dissidente, conserver le pouvoir.

Choisissez.

Dans tous les cas, vous devez agir maintenant pour les empêcher de vous censurer.
Pour les empêcher de bâillonner les Français… juste avant la présidentielle !

Signez la pétition maintenant !

Nous n’avons que quelques jours pour faire reculer le Sénat.
À la rentrée, il sera déjà trop tard.

Si vous n’agissez pas, personne ne pourra le faire à votre place.
Et le pouvoir sera toujours davantage confisqué aux Français.

Alors signez et partagez la pétition maintenant.

Un grand merci pour votre action.

L’équipe Damoclès

https://damocles.co/stop-censure/ 

 

« 15 milliards de vues pour les fake news et les tweets complotistes ces 5 dernières années. » 
 
 Ce chiffre astronomique n'est-il pas, en lui-même, la première des fake news ? Quelle en est la source scientifique ? Agnès Evren (LR) ( @AgnesEvren ) s'est-elle levée un matin pour compter ces 15 milliards de tweets un par un ? Évidemment, elle passe sous silence la propagande institutionnelle de l'Union européenne, les mensonges d'État et les lignes éditoriales manipulatrices des médias mainstream. Que certains messages sur X déplaisent ou bousculent la bien-pensance, c'est le prix à payer pour la liberté d'expression et d'opinion. Le but de ce tintamarre liberticide est clair : museler les Français, abattre les médias alternatifs et réduire au silence les voix politiques qui dérangent. La chape de plomb qui s'abat actuellement sur l'Europe est une menace existentielle extrêmement dangereuse pour nos libertés.
 
Brane 
@Branech


Il y a quelque chose de plus grave qu'une fake news : une fake news énoncée avec l'autorité de la République. 
 
Lors de la présentation du rapport sénatorial sur les « zones grises de l'information », @L_Lafon , @AgnesEvren et @Sy_robert ont avancé le chiffre censé justifier tout l'édifice : « 15 milliards de vues pour les fake news et les tweets complotistes ces 5 dernières années ». Une question simple : l'ont-ils vérifié ? Tout indique que non. Ce chiffre vient de Thomas Huchon, fils de Jean-Paul Huchon — comme je l'ai dénoncé dès le 11 avril. Son « auteur » vend des rapports sur les fake news aux institutions mêmes qui le citent. Comment fabrique-t-on un tel chiffre ? En agrégeant dans de grandes « catégories » des contenus parfaitement hétérogènes sur des audiences mondiales. Sans jamais citer une seule « fake news » précise. Et pour cause : une grande partie des contenus visés sont des opinions, ou des informations fondées sur des faits documentés. Thomas Huchon est un pornographe de la data. Vous l'avez invité le 14 avril dernier pour qu'il vous serve votre alibi. Là est la faute morale : des élus qui reprennent sans vérification un chiffre aussi mal construit, pour justifier un encadrement de la parole publique, commettent exactement ce qu'ils prétendent combattre. On ne défend pas la vérité avec des chiffres faux. On ne protège pas le débat public en le caricaturant. Un sénateur n'est pas un influenceur. Sa parole engage l'institution ; citer un chiffre, c'est en répondre. Vous aviez le devoir de vérifier — vous avez préféré l'effet d'annonce. Ce faisant, vous ne combattez pas la désinformation : vous lui donnez le visage de l'État. Le débat public mérite mieux que des « experts » autoproclamés et des données invérifiables. Il mérite de la méthode, du contradictoire, des chercheurs — ceux-là mêmes qu'on n'invite jamais. @L_Lafon , @AgnesEvren , @Sy_robert sont précisément les ennemis de l'intérieur qu'ils prétendent combattre. cc @gerard_larcher
 
JBG 🇫🇷 
@j_bg


Parler d’ingérence intérieure dans une démocratie est extrêmement grave. 
 
Cela revient à présenter des citoyens, des médias ou des partis français comme une menace dès lors qu’ils influencent fortement l’opinion. Or convaincre, contester le pouvoir et peser sur une élection ne relèvent pas de l’ingérence : c’est l’exercice normal de la liberté politique. Ce que défendent Laurent Lafon, Agnès Evren et Sylvie Robert est donc gravissime. Cela heurte tous les grands principes républicains : la souveraineté populaire, puisque l’État prétendrait protéger les électeurs contre l’influence de leurs propres concitoyens; le pluralisme, puisque certains courants pourraient être traités comme des menaces; la liberté d’expression, puisque des comptes pourraient être neutralisés avant même qu’une infraction soit établie et l’État de droit, puisqu’une autorité administrative commencerait par désigner le danger avant l’intervention du juge. Dans une République, ce n’est pas au pouvoir de décider quelles opinions ont le droit de peser sur une élection. C’est aux citoyens. C’est comme si le maire de Fontainebleau incendiait lui-même sa ville pour être certain qu’elle échappe au feu. cc @BrunoRetailleau @AgnesEvren @L_Lafon @Sy_robert 
 
Pierre Sautarel 
@FrDesouche


Un concept révolutionnaire vient de naître dans la bouche de quelques sénateurs : l’ingérence intérieure. 
 
Traduction : des citoyens pourraient s’organiser, défendre leurs idées, peser sur le débat public et utiliser les réseaux sociaux pour convaincre. Partis politiques, syndicats, associations, médias, collectifs : tout cela n’a toujours servi qu’à une chose : influencer l’opinion et le pouvoir. Mais lorsqu’un régime en pleine décomposition ne supporte plus la contradiction, il invente des mots nouveaux pour désigner de vieilles pratiques. « Ingérence intérieure » est l’un de ces mots. Le mot ancien était plus honnête : censure. Je ne sais pas qui sont ces imbéciles au service d’un pouvoir à bout de souffle, mais ils ne semblent même pas comprendre l’énormité de ce qu’ils proposent : criminaliser l’influence politique dès lors qu’elle ne vient pas du bon camp. Rien n’est plus dangereux que des médiocres convaincus de détenir seuls La Vérité, surtout lorsqu’ils disposent des moyens de faire taire les autres. 
 
 Jean Mizrahi 
@JeanMizrahi 
Entrepreneur, teacher, former senior civil servant (30+ y ago). "La Force et la Liberté" author, available in open source : http://force-liberte.fr
 
 
Je l’écrivais il y a déjà plusieurs mois : défendre la liberté d’expression est devenu un devoir politique prioritaire. Ce rapport, avec ses préconisations imprécises et liberticides, confirme l’urgence du combat. On ne protège pas la démocratie en organisant la bureaucratie de la vérité.
 
David Lisnard 
@davidlisnard 
 
 
Parce que les moyens politiques employés depuis toujours en dehors des réseaux sociaux ne sont pas une arme ? 
 
Ah mais non suis-je bête, les médias traditionnels étant sous contrôle public ou détenus par des copains du pouvoir, ils répondent à toutes les exigences. Alors que les réseaux sociaux échappent encore trop au contrôle étatique. Quelle horreur ! L'arnaque est connue par coeur. Prétexter un danger pour la "souveraineté nationale", avant de réglementer. L'État va donc tout faire pour cadenasser les réseaux afin de mettre à l'écart tout individu ou mouvement qui pourrait être considéré comme dérangeant. Il suffit que la définition d'ingérence intérieure soit un peu large pour que de purs lambdas soient visés pourvu qu'ils commencent à gêner. L'intensification de la répression ne fait aucun doute depuis des années. Quand les États commencent à boire la tasse par le fait de leur propre existence, ils accélèrent dans le sens de la coercition. 
 
Arthur Homines 
@arthurhomines 
Vers la souveraineté individuelle - Droit/Économie - Réflexions au fil de l'eau - Mon telegram : https://t.me/arthurhomines
 
 
 

Le masque tombe définitivement. 
 
Face à un peuple qui n'écoute plus leurs JT et leurs médias subventionnés, les élites sénatoriales viennent de publier un rapport sur la « régulation du numérique » qui pose les bases d'un totalitarisme étatique décomplexé. Regardez comment le système organise sa survie en planifiant le contrôle absolu de vos écrans.
 
🚨 Une véritable police politique de l'information : le cauchemar d'Orwell devient réalité
 
Ce ne sont plus des recommandations techniques, c'est l'acte de naissance du Ministère de la Vérité. Le Sénat propose pas moins de 56 mesures pour administrer la visibilité sur Internet. Au programme : définition officielle de la « désinformation » par des technocrates, invisibilisation ciblée d'utilisateurs juste avant les élections, et manipulation directe des algorithmes de YouTube, TikTok ou Instagram. Ce projet de loi ne vise pas à punir des délits, il cherche à instaurer une police politique pour trier ce que vous avez le droit de voir, d'entendre et de penser. George Orwell n'avait rien inventé, le Sénat est en train de l'appliquer.
 
🔍 Leur narratif s'effondre : la censure comme seule arme face à une réalité trop flagrante
 
Pourquoi une telle dérive autoritaire aujourd'hui ? La réponse est simple : leur narratif leur échappe totalement. Les élites ont perdu le contrôle du récit national. La réalité quotidienne des Français – qu'il s'agisse de l'insécurité, de l'immigration ou du déclassement économique – est devenue trop flagrante pour être dissimulée par les pirouettes des plateaux TV. Comme plus personne ne croit à leurs fables et que le public déserte massivement les médias traditionnels, la caste au pouvoir panique. Faute de pouvoir changer la réalité, ils décident de censurer ceux qui la filment et qui la dénoncent.
 
📉 Vers un totalitarisme d'État : imposer les médias officiels par la force algorithmique
 
Ce dispositif franchit un pas de plus vers la dictature technocratique. Ne pouvant plus séduire, l'État va contraindre. Les plateformes seront obligées de modifier leurs algorithmes pour mettre en avant des médias d'« intérêt général » désignés par le pouvoir, et même de subventionner des « influenceurs d'État » validés par le système. Pire encore, les budgets publicitaires et les amendes de l'Arcom serviront à financer cette presse officielle aux ordres. C'est le cœur même du totalitarisme : étrangler financièrement les voix dissidentes, couper le sifflet aux citoyens indépendants, et gaver l'opinion publique d'une propagande d'État que personne ne veut plus consommer librement.
 
Pensez-vous que ce rapport du Sénat marque l'entrée officielle de la France dans un régime de censure d'État ? 
Les élites peuvent-elles réussir à masquer la réalité en modifiant les algorithmes d'Internet ?
💬


 
La liberté d'expression n'a jamais été aussi menacée. 
 
Tour d'horizon  
 
EN FRANCE  
 
1 - Le centre, LR et le PS viennent de s'unir au Sénat autour d'un concept inédit : « l'ingérence intérieure ». Comprenez bien : « l'ingérence intérieure », ce n'est pas Moscou ni Pékin. C'est vous. C'est le citoyen qui parle d'immigration, qui critique l'euro numérique, qui conteste l'Union européenne. Un opposant légal requalifié en menace, écarté du débat sans passer par un juge.  
 
2 - La proposition de loi de Bruno Retailleau contre le séparatisme, adoptée au Sénat le 5 mai et en attente à l'Assemblée. Son article 6 permet de geler, sans condamnation pénale, sans procès, les fonds de toute personne dont les propos « contribuent à la discrimination, à la haine ou à la violence ». Des contours si flous que défendre la préférence nationale pourrait suffire.  
 
3 - Le projet de loi Nuñez contre l'entrisme prévoit, lui aussi, des dissolutions et des gels d'avoirs, ainsi que l'interdiction de livres par les ministres de l'Intérieur et de la Culture « dans un délai très court ». La rédaction est si large qu'elle pourrait viser tout groupement jugé contraire au « vivre ensemble ». Plus personne n'est à l'abri.  
 
4 - La proposition Yadan a été retirée, mais le gouvernement a annoncé un texte porté par Aurore Bergé, prévoyant une peine d'inéligibilité obligatoire pour tout élu condamné pour propos jugés haineux. Demain, un discours jugé offensant pourrait vous empêcher de représenter vos concitoyens. Qui décide ce qui est offensant ? Pas vous.  
 
5 - Le député Renaissance Paul Midy veut encadrer le temps de parole des politiques sur les réseaux sociaux, comme à la télévision. Concrètement : l'État déciderait combien de fois vous avez le droit de tweeter.  
 
6 - L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est votée, portée par Macron, soutenue par le RN et la quasi-totalité de la classe politique. Elle impose de vérifier l'âge de tous les utilisateurs, donc d'associer une identité à chaque compte. Demain, avant de poster un message, vous présenterez votre carte d'identité. Vos opinions seront liées à votre nom. Vos prises de position traçables. C'est la fin de l'expression anonyme et le début d'un fichage des opinions.  
 
7 - François Ruffin annonce qu'il fermerait CNews s'il arrivait au pouvoir. Mélenchon qu'il démantèlerait le groupe Bolloré. La gauche ne débat plus avec ses adversaires. Elle veut les supprimer.  
 
8 - Un Français se voit refuser une habilitation à la DGSI au seul motif de ses opinions souverainistes. Le tribunal administratif valide. Quand l'État filtre ses propres agents sur leurs idées, la frontière avec le maccarthysme est ténue.  
 
À BRUXELLES  
 
9 - L'UE exige, elle aussi, la vérification d'âge pour accéder aux réseaux sociaux. Ursula von der Leyen a lancé en fanfare son application européenne, présentée comme « la plus sécurisée du monde ». Elle a été contournée intégralement 48 heures plus tard. Voilà comment ils comptent protéger vos données.  
 
10 - Le projet Chat Control revient à la charge. Scan automatisé de tous vos messages privés et de vos photos, sous prétexte de protéger les enfants. Votre smartphone deviendrait un espion dans votre poche.  
 
11 - Le « Bouclier européen de la démocratie » : des milliards pour subventionner des médias « indépendants », des ONG et un réseau européen de fact-checkers chargés de définir la vérité officielle. Des médias « indépendants » financés par la Commission. Cherchez l'erreur.  
 
Onze projets. Une même logique. À chaque fois, une bonne raison : 
 
Les enfants, la démocratie, la République, le vivre ensemble, les ingérences. À chaque fois le même résultat : moins de liberté pour vous. Ils ont compris que plus vous parlez, plus vous convainquez. Ils ont choisi leur arme : vous faire taire. 
 
Nous ne nous tairons pas.
 
 
 
 

 
 LA FAUSSE MENACE DES «INGÉRENCES INTÉRIEURES» 
 
— anatomie d'une supercherie Contre quoi arme-t-on l'État ? 
Laurent Lafon l'avoue au Figaro : il n'est « pas en mesure de donner d'exemple précis »
Aucun cas. 
Aucun précédent. 
Il faut juste « être prêt si cela se produit »
 
On ne légifère plus contre des faits. On légifère contre une hypothèse. 
 
Pour habiller le vide, un chiffre. Devant la commission, Thomas Huchon lâche : « 15 milliards de vues » de fake news sur X en cinq ans. Méthode ? Non publiée. Données ? Non publiées. Un chiffre invérifiable pour une menace introuvable. 
 
Et la science derrière tout ça ? 
 
Le rapport fondateur de la Fondation Descartes classait les sources « fiables » et « non fiables ». Qui décidait ? 
Storyzy, un sous-traitant privé. Sa base ? 
Secrète, « en raison de la nature de ses clients ». Celle de la Fondation ? 
D'abord « obsolète », puis « supprimée ». Les données ont disparu. 
Hasard. 
 
Reste le maillon final : 
 
La preuve qu'une fake news change un vote. Elle n'existe pas. Depuis 2016, la recherche dit l'inverse : exposition marginale, concentrée sur des convaincus, effet persuasif indétectable. 
 
 La supercherie tient en quatre étages. Une ingérence qu'on ne peut pas montrer. Un chiffre qu'on ne peut pas vérifier. Une méthode qu'on ne peut plus consulter. Un effet qu'on n'a jamais démontré. 
 
 Qu'importe : 
 
L'outil, lui, est prêt. La Fondation dévoilera en septembre « Ivrei », sa plateforme de veille des récits. Il ne manquait que la commande de l'État. 
 
Le rapport Lafon vient de la rédiger. Le rapport sur les « zones grises » n'est pas une erreur de sémantique. Ni un accident du législateur. C'est un service commandé. Et il faut y voir la main de l'Élysée. 
 
Le 18 février, à New Delhi, Emmanuel Macron lâchait le fond de sa pensée :
 
 « Free speech is pure bullshit ». La liberté d'expression, de la « foutaise » — dès lors qu'elle circule sur des réseaux qu'il ne contrôle pas. La loi fake news de 2018, la loi Avia de 2020, la commission Bronner, Viginum, la loi SREN, la loi Miller sur la l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, à Bruxelles le soutien français au DSA et à Chat Control et maintenant l'observatoire Lafon : huit ans d'une même obsession. Chaque brique porte la même signature. 
 
Restons-en à la bonne vieille loi de 1881. La restriction de la liberté d'expression doit peser sur la loi, et sur elle seule. Sous le contrôle du juge. Jamais de l'administration. 
 
Voilà le vrai bilan : 
 
Incapable de résultats sur la dette, l'école, la sécurité ou l'hôpital, le pouvoir consacre son énergie à contrôler ce qui se dit de lui — à défaut de régler les problèmes, Macron cherche un bouton « OFF » pour toute contestation.

 
 

La vérité sous surveillance

Qui décidera demain de ce que vous aurez le droit de croire ? Trop souvent, la lutte contre la désinformation conduit le législateur à vouloir imposer la vérité d’en haut. La réponse passe pourtant par l’intelligence collective : faire confiance aux citoyens plutôt que de les brider.

Doit-on s’appuyer sur un « arbitre de la vérité » pour lutter contre la désinformation ? La commission de la culture du Sénat semble le croire, puisqu’elle vient d’adopter à l’unanimité un rapport qui préconise la création d’un observatoire indépendant de la désinformation. Celui-ci serait chargé de repérer les manipulations et de les signaler aux plateformes du Web. Renforcement de l’Arcom, mobilisation du juge des référés, droit européen plus offensif : cet arsenal doit déboucher sur une proposition de loi dès la fin de l’été.
Le diagnostic n’est pas absurde. Effondrement du modèle économique de la presse, amplification algorithmique, faux contenus générés par l’IA, érosion de la confiance, campagnes d’influence, risques d’ingérence étrangère et débat public biaisé par les fake news : tous ces phénomènes sont réels et menacent la qualité de notre vie démocratique.
Hélas, à partir de ce constat, les rapporteurs Laurent Lafon (Union centriste), Sylvie Robert (PS) et Agnès Evren (LR) proposent un dispositif miné par une contradiction majeure. Pour mesurer « objectivement » la désinformation, ils s’appuient sur les chiffres de SIMODS, un consortium piloté par l’association française Science Feedback.
Or, Science Feedback évalue la responsabilité des grandes plateformes tout en entretenant avec elles des liens financiers. Sa filiale commerciale travaille avec Meta, propriétaire de Facebook et d’Instagram, ainsi qu’avec TikTok. L’association elle-même a participé, de 2019 à 2025, au programme rémunéré de vérification de Meta.
Science Feedback bénéficie aussi du label de l’International Fact-Checking Network, précieux sésame pour accéder à certains contrats et financements, tandis que SIMODS reçoit une subvention du Fonds européen pour les médias et l’information. Autrement dit, Science Feedback dépend financièrement à la fois des plateformes qu’elle évalue et des institutions qui la soutiennent. Le conflit d’intérêts est manifeste, l’indépendance toute relative.
Plus inquiétante encore, la notion d’« ingérence intérieure », d’une plasticité orwellienne. Où s’arrête l’influence légitime ? Où commence l’ingérence ? Et surtout, qui aura le pouvoir d’en décider ? Un think tank, une association militante, un organisme déjà juge et partie ?
Et ce, alors que ces prétendues vigies de la désinformation en sont souvent les plus évidentes pourvoyeuses. Prenons l’hydrologue Emma Haziza, régulièrement invitée sur les plateaux du supposé service public. Dans l’émission C dans l’air, sur France 5, elle affirme que plus de la moitié de l’eau prélevée en France sert à refroidir les centrales nucléaires et que cette eau serait ensuite rejetée dans les rivières à une température suffisante pour condamner « tout le vivant ». Elle confond deux réalités très différentes : l’eau prélevée pour refroidir les centrales, dont 97 % sont restitués au milieu naturel, et l’eau réellement consommée. Quant aux rejets thermiques, les suivis disponibles n’ont pas mis en évidence d’impact durable sur les écosystèmes. Et lorsqu’un scientifique la contredit de longue date, sa réponse n’est pas scientifique, mais judiciaire.
C’est ce qu’a subi notre contributeur, le climatologue et physicien François-Marie Bréon, qui avait osé rappeler qu’Emma Haziza n’est pas chercheuse et qui a été victime d’une procédure-bâillon, cette action qui ne vise pas tant à gagner qu’à épuiser, à intimider et à faire taire. Emma Haziza a été déboutée, mais a décidé de faire appel, ce qui est son droit. Mais cela signifie beaucoup. Celle dont les affirmations ne résistent pas à l’examen mobilise la justice pour interdire qu’on le dise, quand le scientifique qui la contredit doit, lui, provisionner des frais d’avocat.
Ce n’est pas un cas isolé, c’est une méthode. Nous l’avons dénoncée il y a un an déjà, que nous signions avec notre consœur Géraldine Woessner et avec François de Rugy. Quarante-quatre parlementaires venaient d’appeler à « légiférer contre la désinformation climatique » en reprenant les thèses de l’association Quota Climat, pourtant épinglée lors d’une commission parlementaire pour sa propension à soutenir cette même désinformation. Sous couvert de protéger le droit à l’information, on installait une police de la pensée, chargée de décider ce qu’il est raisonnable d’écrire. Nous rappelions alors l’exemple de l’acétamipride, insecticide autorisé par l’Autorité européenne de sécurité des aliments dans toute l’Union, et que la loi Duplomb proposait simplement de réaligner sur le droit commun européen. Un débat légitime, traité comme un délit d’opinion.
Voilà le glissement redoutable qui s’opère actuellement. De l’observatoire qui signale à la plateforme le compte qu’elle doit invisibiliser, du signalement au référé, du référé au procès, la même logique se déploie : celle qui substitue au débat contradictoire un label officiel de vérité. Or, une démocratie ne se protège pas en déléguant le tri de l’information à des officines empêtrées dans des conflits d’intérêts. La clarté doit apparaître grâce à davantage de transparence sur les financements et les méthodes, ainsi qu’à une meilleure exposition d’un débat contradictoire fondé sur la nuance et les faits.
La désinformation existe et elle abîme. Mais le pire service qu’on puisse rendre à la vérité, c’est de la confier à ceux qui se croient déjà en sa possession. La réponse ne viendra pas d’une autorité chargée de décréter le vrai, mais d’un processus ouvert où chacun peut contribuer à sa construction. Dans le flot d’innovations, pas toujours heureuses, qui ont suivi le rachat de la plateforme par Elon Musk, les Notes de la communauté sur X sont sans doute les plus intéressantes. Une note n’est affichée que lorsqu’elle est jugée utile par des contributeurs aux sensibilités suffisamment différentes, ce qui limite les effets de meute, le biais idéologique et la tentation d’une vérité imposée d’en haut. Cette intelligence collective offre une voie bien plus prometteuse que la délégation de la vérité à quelques arbitres autoproclamés.
C’est précisément cette bataille autour des faits que nous racontons dans notre nouveau livre, . Comment la vérité est tordue, déformée et mise, sous couvert de pureté militante, au service d’intérêts économiques ou politiques. Comment certains médias s’en font les relais dociles, parfois par idéologie, souvent dans une quête désespérée du buzz. Et comment des organisations plus radicales encore, en rupture avec le réel, infiltrent et instrumentalisent cet écosystème…
 
 

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