janvier 12, 2026

Faire confiance à la démocratie, et puis quoi encore ?

Faire confiance à la démocratie, et puis quoi encore ? La démocratie n'a jamais été rien d'autre qu'une tyrannie sophistiquée et hypocrite que nous subissons. Vous ne trouverez jamais personne en politique qui ose sortir des sentiers battus et qui veut renverser la table à ce sujet. On ne peut pas leur en vouloir. Ils sont formatés pour pérenniser le système et leur propre rémunération en dépend. Par ailleurs, d'un point de vue quantitatif les votations à Paris sont très peu populaires. 

Sur 1,3 million d'inscrits, on parle de 7,46 % de participation pour la votation à propos des trottinettes (en 2023) et 5,68 % pour celle sur les SUV (en 2024). On me dira que le besoin de se déplacer et les enjeux font baisser les scores. Sauf que le budget participatif de la ville n'affiche pas un taux beaucoup plus élevé, alors que celui-ci se fait en ligne. Le vote pour l'édition 2024 n'a rassemblé que 142 500 Parisiens par exemple, soit environ 11 % de participation. 

Les gens se disent que tout cela est vain. Ils sont pressés, stressés, occupés. Le coût d'acquisition de l'information et de décision dépasse donc les bénéfices attendus, surtout quand la probabilité que leur voix change l'issue du scrutin ou que son résultat fasse une différence dans leur vie est quasi nulle. Le parisien préfère allouer son temps à des activités plus utiles, c'est tout. Même en Suisse (l'exemple cité par Knafo), la moitié de la population décide de ne pas voter lors des référendums. 

 En fait, les démocrates convaincus fantasment la notion de « participation citoyenne ». Mais Monsieur tout-le-monde s'en cogne de participer. Il ne veut pas voter en soi, il veut améliorer son sort. Et ça n'a rien à voir ! Gagner de l'argent, le garder, avoir une vie sympa pour lui, sa femme et ses gamins, partir en week-end de temps en temps, avoir ses activités, etc. La plupart des gens seraient très heureux de ne PAS voter, dès lors qu'ils seraient inscrits dans un ordre social contractuel géré comme une entreprise, où tous les projets relèvent de phénomènes de marché.

Arthur Homines

DÉMOCRATIE

 Pour partager le pouvoir entre eux tous, laisser chacun décider également des problèmes de la Cité, de la paix et de la guerre, des lois, il faut avoir des hommes une conception bien particulière. Et c'est elle qui à mes yeux donne tout son prix au libéralisme.

Il faut d'abord considérer tous les hommes capables de jugement. Le démocrate reconnaît cette égalité : nous avons tous la capacité de dire le vrai du faux (même si nous nous trompons parfois, mais il nous arrive à tous de nous tromper). En ce sens, l'imbécile est mon égal, car s'il ne l'était pas, je ne serais pas non plus l'égal du surdoué. La vérité n'est refusée à personne. Il n'existe donc pas quelque part une avant-garde intellectuelle qui montrerait seule la bonne voie et interdirait le dialogue démocratique. Car on ne peut pas dialoguer - on ne ferait qu'endoctriner - sans avoir reconnu l'autre comme un autre soi-même, sincère et doué de raison.

Les différences de réussite sociale et de fortune entre nous ne créent aucune inégalité de Droit. Nous le verrons, nous serons toujours incapables de discerner la part des dons, du mérite et du hasard dans le succès ; de sa présence ou de son absence, on ne peut donc pas déduire une hiérarchie des talents et des efforts. Si les inégalités sociales sont des accidents, nul ne peut s'affirmer avec certitude "supérieur" ni se juger "inférieur " à nul autre. Ce "supérieur" peut avoir eu plus de chance, de savoir-faire, ou simplement, plus que cet "inférieur", il a éprouvé la soif du pouvoir, du gain ou des honneurs. Cela n'établit entre eux aucune inégalité essentielle. Il faut tout le matérialisme des socialistes pour ne considérer chez l'homme que sa position sociale. Dans l'ordre du marché et de la démocratie, toute hiérarchie est contestable, provisoire. Chaque homme peut devoir céder sa place à n'importe quel autre, si bien que dans nos rapports humains, nous avons le devoir de nous traiter a priori comme égaux et d'exiger, sans considération pour notre situation matérielle, que soit respectée notre égale dignité d'hommes.

Les marxistes soutiennent que les opinions des hommes sont déterminées par leur éducation et leurs intérêts de classe. La démocratie serait donc un leurre, le vote ne traduirait pas un jugement objectif des électeurs sur les politiques proposées. Les libéraux pensent au contraire que les hommes ont le droit de s'exprimer puisque cette expression révèle quelque chose d'eux-mêmes, de leur volonté.

Mais si les hommes sont capables de jugement et de volonté, ils sont responsables. Nous ne maîtrisons pas toutes les implications possibles d'une situation. Après chaque décision prise, nous courons le risque de découvrir que des solutions meilleures étaient possibles. Ainsi être responsable, c'est admettre que rien n'est fixé, qu'il n'y a nulle part de réponses toutes faites qu'il nous suffirait de suivre aveuglément pour échapper aux ennuis ("je n'ai fait qu'obéir aux ordres"). Nous avons toujours une élection à faire et toujours une voie nouvelle à tracer. Je ne peux donc pas laisser autrui décider à ma place ; c'est à moi de dire ce que je veux et de supporter les conséquences de mon choix.

La démocratie repose sur cette conception d'hommes responsables. A ceux-là évidemment, on n'impose pas leurs gouvernants. Alors qu'en régime monarchique, le souverain est désigné automatiquement, en dehors de toute volonté, même de la sienne, que dans la pratique socialiste, quelques apparatchiks nomment les maîtres du pays, nous estimons en démocratie libérale que chaque citoyen mérite un gouvernement dont le pouvoir soit un peu son reflet.

Si partager le pouvoir présente quelques mérites, le principal est justement de nous impliquer. Notre participation devient nécessaire. Nous devons nous informer, comprendre, vouloir. La démocratie, à travers le débat, est une éducation. Mais les citoyens ne seraient plus égaux et le débat n'aurait pas lieu si l'un d'entre eux détenait de droit la solution des problèmes : il n'y aurait plus qu'à le suivre. Les réponses, au contraire, sont à chercher, et dans le domaine des affaires publiques cette recherche est collective. Les idées vivent d'être discutées. Dans nos débats, nous ne les exposons pas seulement, inaltérables, nous les découvrons. Nous savons par la critique et la remise en cause écarter celles qui ne rendent pas compte de la réalité (au moins partiellement, car il n'est pas en notre pouvoir de connaître l'ensemble du réel, la vérité, mais le dialogue est notre façon humaine de l'approcher). La recherche de l'objectivité n'a pas droit de cité, bien sûr, dans les régimes du mensonge et des utopies socialistes ; elle est la marque de la démocratie.

Le débat prend plusieurs formes. D'abord, n'ayant pas de projet, pas d'idéal que le réel démentirait, la démocratie ne craint pas de décevoir. Elle n'a rien à cacher. Elle réclame que soient traitées publiquement les affaires publiques. Elle est le plus transparent des régimes possibles. Le gouvernement sortant est jugé sur un bilan, son opposition sur un programme. L'un et l'autre doivent être expliqués. Nous pouvons donc attendre des hommes politiques un minimum de rigueur, et l'obligation qui leur est faite de nous rendre des comptes est une assurance que ceux qui sont au pouvoir ou qui y aspirent garderont une certaine cohérence.

Ces débats, ensuite, culminent au moment des élections qui procèdent au renouvellement du personnel politique, sans crise, sans coup d'Etat, à intervalles programmés. Ce n'est pas parce qu'il recueille la "vox populi" qu'un gouvernant oeuvre nécessairement pour le bien du pays. Il est tout à fait probable qu'une élite l'administrerait mieux à certaines périodes (il y a eu de bons rois, même absolus). Mais la démocratie cherche ses dirigeants parmi l'ensemble du pays, n'excluant aucune compétence ; elle n'est pas restreinte dans ses choix à une aristocratie ou un parti groupusculaire. À l’occasion de ces élections, de nouvelles approches sont proposées. Et de savoir qu'ils ont une chance d'exercer le pouvoir et de les appliquer encourage tous les hommes politiques - et pas seulement ceux d'un parti officiel - à élaborer des réponses originales, et les citoyens à les écouter. La démocratie, considérant qu'aucun homme n'est incapable de discernement, n'oublie pas de faire appel à toutes les opinions et enrichit ses choix de leur confrontation.

Les participants à ces débats ne peuvent nourrir d'autre ambition que de convaincre, car l'Etat, qui n'est d'aucune tendance, détient le monopole de la contrainte. Le jeu démocratique ne laisse donc aux oppositions que l'issue du compromis. Le mot ici n'est pas péjoratif. Si aucun parti ne détient toutes les réponses, j'ai besoin de la réflexion des autres, et eux de la mienne, pour accéder à une approximation meilleure de la vérité.

Mais pour que ce dialogue ait lieu, il faut que tous nous adhérions à des valeurs communes - le Droit, la propriété (c'est-à-dire les Droits de l'homme), la défense du pays, etc. - et que nous acceptions, en vue de maintenir des relations ordonnées, les mêmes règles. Sans elles, dans la grève générale, les désertions massives, la désobéissance, notre communauté nationale éclaterait. Le dialogue démocratique, à travers la recherche d'opinions convergentes, pratique la référence constante, même si elle est seulement implicite, à des valeurs partagées par presque tous. Il valorise l'observance des lois. Il est facteur de sociabilité.

Mais après tout, pourquoi pratiquer l'observance des lois ? Si nous approuvons communément qu'un malfaiteur soit puni (si même nous savons le définir comme un malfaiteur), ce n'est pas parce qu'il a désobéi à l'autorité du gouvernement. Car alors cette sanction serait purement arbitraire ; au hasard des élections, un autre gouvernement aurait pu juger différemment. Nous souscrivons à la sanction parce que ce malfaiteur a enfreint des règles que nous tenons pour justes. Quel qu'il soit le gouvernement ne les crée pas, elles lui sont supérieures ; sa mission est seulement de les faire respecter. Bien sûr, le gouvernement et le parlement produisent continuellement des lois qui précisent ou complètent un corpus déjà fourni. Mais ces nouveaux textes doivent dériver de principes auxquels nous adhérons tous généralement, et c'est dans la mesure oû ils se conforment à ces principes, et pas seulement parce qu'un parlement les a votés, que nous leur reconnaissons une légitimité.

J'ajouterai ceci encore : nous n' obéissons pas à un gouvernement parce qu'une Constitution l'exige. Il faudrait demander d'où vient l'autorité de celui qui a écrit cette constitution et de quel droit il nous impose l'institution de ce gouvernement. Ce n'est pas non plus parce que cette constitution a été votée et ce gouvernement élu, même par une fraction importante de l'électorat. Nous reconnaissons sur nous la souveraineté d'un gouvernement dans le seul but de faire respecter certaines règles fondamentales, justes, et dans la mesure oû ce gouvernement les respecte lui-même. Ainsi ce n'est pas de l'autorité politique que nous tenons les notions de ce qui est juste, de ce qui est bien ou mal, permis ou interdit. Ces notions, nous les connaissons tous déjà et, même si elles sont imprécises chez beaucoup d'entre nous, elles constituent la référence extérieure et nécessaire à partir de laquelle nous pouvons juger tous les actes d'un pouvoir institué sur nous, faire nôtres ses décisions ou nous rebeller contre.

Il faut à la démocratie cette référence à des valeurs. Nous admettons une Loi qui s'impose à la fois aux gouvernants et au peuple qui les élit. Car, à moins de croire - ce qui serait faire preuve de totale cécité - que les hommes, dès qu'ils acquièrent le droit de vote, deviennent incapables de faire le mal, il faut reconnaître qu'une démocratie dont le pouvoir des élus et des électeurs n'est pas rigoureusement limité par des règles, ne constitue qu'une variante de plus du despotisme.

C'est le respect de ces règles qui garantit mes droits personnels et ceux des minorités. Que le pouvoir appartienne à la majorité ne me donne que le droit d'être lynché. La résistance à l'universalité du suffrage au xIxe siècle n'était pas qu'un défense des privilèges de telle ou telle oligarchie. Les libéraux de l'époque constataient la mauvaise, très mauvaise habitude des masses populaires de s'offrir à un démagogue. Cela était vrai il y a 150 ans et si l'on en juge par l'enthousiasme que suscitent les dictatures modernes, les élections libres qui portèrent Mussolini et Hitler au pouvoir, les Peron et les Ayatollahs largement plébiscités, la même prudence devrait nous inspirer.

C'est ensuite une erreur de croire qu'un régime démocratique, même s'il s'institue comme prévention de l'autocratie, ne peut pas exercer lui-même un pouvoir arbitraire. Cette oppression de la minorité par la majorité (que Rousseau absolvait d'un jeu de mots, souviens-toi : "chacun, en se donnant à tous, ne se donne à personne") est la plus odieuse. Car si chaque opposant peut se sentir légitimé dans son refus d'une junte privée de l'appui profond du pays, la minorité ne peut espérer, face à l'arbitraire du plus grand nombre, ni protection ni recours. A qui en appellerait-elle ? Sous la dictature des prolétariats, sous les théocraties islamiques, sa survie passe par la trahison ou l'exil. (Les Conventionnels qui rédigèrent la Déclaration des Droits de l'Homme en préambule à la Constitution de l'An I, avaient eu le courage et la sagesse d'y affirmer le droit des minorités. Leur texte souligne qu'"aucune fraction du peuple ne détient le pouvoir tout entier". Aucune fraction, c'est-à-dire ni les 51 % ni les 99 %...).

D'ici tu peux bien comprendre en quoi les libéraux se distinguent des démocrates. Pour un démocrate de stricte obédience, la source de toute autorité d'un gouvernement est chez les gouvernés, "le peuple" est le souverain absolu. Nous ne pouvons donc qu'accepter, quelles qu'elles soient, les décisions de la majorité. La seule opposition à ces décisions ne saurait être que de pure forme, si précisément à cause de manipulations ou d'usurpations, elles ne représentaient pas le voeu réel de la majorité. Pour les libéraux, il est important que les décisions du gouvernement tiennent compte de l'opinion majoritaire et, en ce sens, les libéraux sont aussi des démocrates. Mais leur considération n'est pas uniquement formelle, un pouvoir peut avoir été élu selon les règles, sa politique doit en plus se conformer à certains principes. Nous avons le droit de nous opposer à l'élection d'un gouvernement qui bafouerait ces principes, même si cette élection n'était entachée d'aucune irrégularité.

Imagine qu'une majorité de nos parlementaires vote la spoliation de tous les étrangers de notre pays. Ou la mutilation des voleurs. Ou la suppression des droits de la défense dans les procédures de flagrants délits. Ou l'élimination des incurables et des nouveau-nés mal formés. Tu serais indigné autant que moi de ces mesures. Pourtant si la démocratie, c'est la souveraineté du peuple, si ce peuple a manifesté sa volonté par des scrutins sans trucage, au nom de quoi vas-tu contester ? Il faudrait que tu en appelles au-dessus de lui à des principes que tu pourrais lui opposer, auxquels ce souverain, comme tous les autres, devrait se plier (et ces principes interdisent la spoliation d'une minorité ou même d'une majorité comme le socialisme entend l'organiser, aussitôt qu'il arrive au pouvoir).

Q. - Mais qui aurait institué ces principes et pourquoi suivre ceux-lâ plutôt que d'autres ?

R. - Précisément, personne ne les a institués et c'est pourquoi nous pouvons nous sentir libres et fiers de nous y soumettre, puisqu'en nous y soumettant, nous ne nous soumettons à personne. Ils sont notre civilisation. Aucun chef d'Etat, aucune assemblée n'a arrêté un beau jour le respect de la vie, la propriété, la famille, et qu'une parole donnée doit être tenue. Ou du moins, s'ils l'ont proclamé, ils n'instauraient rien que la quasi-totalité de leurs sujets ne sût. Ces institutions comme beaucoup d'autres (le langage, le commerce, la monnaie...), se sont élaborées au fil des générations. Si elles avaient été pensées par un unique cerveau humain, elles pourraient évidemment être repensées aujourd'hui par un autre cerveau, quelques-uns d'entre nous pourraient légitimement se sentir capables de redéfinir des institutions radicalement nouvelles et meilleures sur lesquelles reconstruire la société. Mais telles que nous les connaissons, elles sont le présent état d'un long filtrage, d'une promotion, tout au long de notre histoire, des groupes humains qui les ont adoptées. Personne ne pouvait dire à l'avance lesquelles de ces institutions s'avèreraient les meilleures - et nous ne le pouvons pas plus aujourd'hui. Il faudrait un esprit universel pour analyser les myriades de données que fournissent notre société et son environnement et conclure avec certitude que nous vivrions tous mieux en réformant complètement la famille, par exemple, ou le droit de propriété.

Dans la ville où j'habite, on se flatte d'être démocrate. Rousseau, après tout, y est né (mais comme heureusement ses préceptes n'y sont pas trop suivis, il y peu d'endroits où plus qu'à Genève, on jouisse de liberté). Sur un grand mur d'un bâtiment administratif, une plaque rappelle au passant l'alexandrin emphatique de Lamartine :

« La liberté du faible est la gloire du fort »

Toute société ne peut durer que si les forts y protègent les faibles, et d'abord les plus vulnérables de ces faibles, les enfants. Mais il y a quelque chose d'émouvant qu'à ce moment de notre histoire, nous ayons adopté un régime politique où le groupe le plus fort parce que le plus nombreux, loin d'anéantir les minoritaires qui le contestent, respecte leur présence. Mieux, ils sont encouragés à s'exprimer. Pourtant ce régime, que nous estimons si haut dans nos discours, est dévoyé.

La démocratie, devenue social-démocratie, rejette les valeurs du libéralisme, ces valeurs qui reconnaissent à l'homme (tous les hommes) une égale dignité et qui ont permis (ce n'est pas forcément l'essentiel mais pourquoi le mépriser ? Une prospérité matérielle inouïe dans l'histoire.

Égale dignité, parce que chaque homme, capable de jugement aussi bien qu'un autre, est donc susceptible d'être sanctionné - si nous étions irresponsables, tels les débiles et les malades mentaux, nous n'encourrions jamais de sanction. Mais cette responsabilité est lourde à porter. Elle nous interdit d'attendre de l'Etat, c'est-à-dire d'une contrainte sur les autres, une amélioration de notre situation, ni même que cette situation nous reste acquise. Mauvaise nouvelle, pour tous ceux qui ont besoin d'exercer un pouvoir sur leurs semblables pour donner du goût à leur vie. Des fonctionnaires toujours plus nombreux inventent toujours plus de malchanceux, d'inadaptés, de cas sociaux à prendre en charge. C'est une grande menace pesant sur le régime électif que ses propres agents, par intérêt propres, en viennent à déclarer incapables tant de citoyens. Car si tant d'entre nous ne peuvent pas choisir entre deux lessives sans un Ministère de la Consommation, s'il leur faut un Ministère de l'Agriculture pour planter des artichauts plutôt que des tomates, si l'Etat doit toujours intervenir au point qu'ils ne peuvent même pas exercer la responsabilité de mener leur propre vie, à quel titre peut-on encore leur confier la responsabilité de désigner leur Président ?

Prospérité inouïe également, car fondée sur les vertus capitalistes d'épargne et de travail. Elles sont l'aboutissement d'une longue évolution culturelle. Seuls, à les pratiquer, certains peuples se sont enrichis. Pas eu besoin pour eux de transferts de technologies ni d'apports de capitaux : les unes, ils les ont inventées et les autres, accumulés. Et le marasme du Tiers-Monde prouve a contrario que l'économie ne décolle pas si le public ne partage pas ces valeurs du libéralisme : le sens de l'effort, la solidarité, la prévoyance, la responsabilité assumée de ses actes.

Il faut de telles vertus aux démocrates pour que la démocratie survive. Mais ce n'est pas parce que nous en recevons l'ordre que nous sommes vertueux. Il serait intolérable que des hommes imposent à d'autres hommes leur façon de vivre (tout au plus la loi peut-elle proscrire certaines actions, mais pas dicter une conduite). Ainsi l'Etat libéral ne s'érige-t-il pas juge du genre de vie des gens. Il ne tient pas de discours moralisateur, par exemple, sur la dissipation et la nécessité de l'épargne. Mais en nous laissant subir les conséquences de nos choix, il nous rend tous témoins du sort échu aux imprévoyants.

A des hommes responsables, aucun homme ne dicte la morale, c'est la vie qui s'en charge. Elle sanctionne notre conduite. Non pas systématiquement (nous avons toujours une chance de réussir hors des sentiers battus, par hasard, par l'heureuse découverte d'une voie nouvelle empruntable par d'autres et le système lui-même s'en

trouve alors modifié), mais avec suffisamment de probabilité pour que nous en tirions un enseignement, au moins provisoire. A condition de ne pas fausser les règles du jeu. De ne pas obliger les uns à payer les errements des autres. D'accepter de la réalité les leçons qu'elle nous donne.

Et pour que nos conduites soient chacune une leçon, il faut que le résultat soit visible. Si telle de nos entreprises aboutit à l'échec, que cet échec soit manifeste ; si elle rencontre le succès, que nous ne le pénalisions pas. La société identifiera là des exemples à suivre et d'autres à éviter. Alors que si le gouvernement nous fait accroire qu'il n'y a plus d'échecs (en subventionnant les firmes en difficulté), ou que l'échec n'a pas de conséquence, car ceux qui le connaissent ne se portent guère plus mal que ceux qui réussissent (après impôts et transferts "sociaux"), pourquoi se donner tant de peine pour l'éviter ?

Le gouvernement ne doit pas empêcher (par la planification, par exemple) ceux qui le voudraient, d'engager une action qui lui paraît irréalisable (comment être certain qu'elle n'aurait pas été réalisée finalement ?), ou inutile (qui est autorisé à dire ce qui est utile à la société et ce qui ne l'est pas ?). Même ministre, je n'ai pas le droit de prétendre avoir plus de jugement sur ses affaires que n'importe lequel de mes concitoyens. Mais inversement, si ce concitoyen s'est trompé, il ne peut pas exiger de la collectivité qu'elle répare une erreur qu'il était seul à commettre.

Il l'exige pourtant. C'est une tentation bien humaine. Et le ministre l'accepte : ils sont complices. Tels sont les petits services qu'on se rend en démocratie lorsqu'on a la morale pas trop chatouilleuse. "Vote pour moi et je ferai payer par les autres ce dont tu as besoin". Il en sera ainsi tant que le gouvernement aura la faculté d'accorder des lois d'exception et des exceptions à la loi, tant qu'il pourra imposer à certains d'entre nous ce qu'il ne requiert pas de tous les autres. Mais pour renoncer à réclamer de nos députés un privilège légal en notre faveur (ou pour que ces députés refusent par principe de nous l'accorder), il faut de tous les citoyens une vertu, une discipline. La démocratie y voit sa condition. Elle ne peut pas donner son nom aux régimes de coercition et de marchandages où la moitié plus un des habitants (voire une minorité organisée) peut vivre aux dépens de tous les autres.

L'Etat doit appliquer à tous les mêmes règles comme un arbitre incorruptible et objectif. Il dit la loi et renvoie les hommes à leur responsabilité. Bien sûr, la solidarité nous fait une obligation en conscience de soutenir ceux qui ont reçu de la vie les coups les plus durs. Ils ont mal joué leur jeu (ou ont été imprévoyants). Mais ce devoir, pour urgent qu'il soit, est uniquement moral. Il n'est pas applicable en droit. Il ne ressortit pas aux attributions de l'Etat puisque ce serait réclamer une contrainte sur certains citoyens au bénéfice de certains autres. Etrange solidarité, qu'un gendarme vient imposer. C'est lorsqu'aucun fisc ne nous taxe, lorsque nous sommes physiquement libres chacun de partager ou pas, avec notre conscience pour seul juge, que nous pouvons parler de société fraternelle à établir. Mais elle nécessite alors notre engagement. Effort qui nous oblige à sortir de nous-mêmes, à nous tourner vers les autres, alors qu'il est si simple de s'acquitter d'impôts et de se décharger sur des fonctionnaires du devoir moral de solidarité. La participation est une vertu démocratique perdue. Autrefois, les prêtres fustigeaient en chaire ceux qu incommodait le spectacle de la pauvreté et qui envoyaient leur domestique porter des aumônes. Plus que le montant, dans la richesse du lien social, comptait le geste, l'engagement. L'aide sociale remplit assez bien ce rôle aujourd'hui d'éloigner tous ceux dont la déchéance pourrait nous préoccuper, nous réclamer un peu plus que de l'argent, et nous détourner de la recherche, si prioritaire, de notre tranquillité.

La social-démocratie est le régime de l'homme refermé sur lui-même. Parce qu'entre l'Etat et le citoyen, elle a supprimé l'autonomie de toutes les institutions que suscite un régime de liberté : la famille, l'entreprise, l'association, la commune, le syndicat, les partis politiques... Là, nous sommes appelés à agir pour les autres. Mais le prétexte altruiste est précisément ce qui sert â rationaliser le pouvoir social-démocrate et il n'est pas question qu'il en abandonne le monopole. C'est pourquoi plus son discours prône les vertus collectivistes, plus nous sommes incités à la passivité et à l'indifférence aux autres. Le rôle laissé aux associations volontaires financées par leurs membres, est quasi-nul. Clairement, l'ambition de l'école est de prendre en charge, par-dessus les parents, toute l'éducation de l'enfant, celui de la Sécurité Sociale de retirer aux familles toute attention aux plus âgés et aux malades. Le "droit du travail" s'impose à toute volonté des partenaires sociaux ; et les communes, malgré la décentralisation, n'exercent toujours que des responsabilités lilliputiennes. Face aux coups durs de la vie, l'isolement de l'individu doit être complet, afin que toujours il se tourne vers son maître, vers l'Etat et ses appareils, vers les élus, d'où seuls peuvent lui venir l'aide et la protection.

Cela, nous l'avons laissé s'accomplir. Les hommes politiques ont très bien identifié en nous cette tentation de démission, cette absence de vertu. Notre lassitude les a fait rois. En eux, la politique et le sacré se sont confondus. Nous avons passionnément cru à la divine compétence de nos dirigeants, qu'ils nous sauveraient de tous nos maux sans effort de notre part, qu'ils feraient advenir une société meilleure sans que nous ayons besoin nous mêmes de chercher le Bien. Aristote déjà expliquait inlassablement que nous ne pouvions pas espérer remettre notre sort à des professionnels de la politique, mandatés pour guider la société vers un avenir radieux, car aucun homme n'accumulera assez de sagesse pour connaître le bien de la société mieux que ses membres. Nous n'avons donc pas d'autre choix que de prendre en mains démocratiquement notre destin, et renonçant à réformer l'humanité qui n'en demande sans doute pas tant, nous attacher à faire mieux vivre notre entourage.

Christian Michel 



Démocratie totalitaire

La démocratie totalitaire est un type de démocratie par laquelle un pouvoir instaure une société totalitaire.

Ce type de démocratie peut résulter des conceptions absolutistes de Hobbes autant que de Rousseau, mises en œuvre au XXe siècle par les idéologies collectivistes (communisme, nazisme) et à un certain degré par la social-démocratie.

Définition et origine de la démocratie totalitaire

Le terme de démocratie totalitaire est utilisé pour la première fois par Bertrand de Jouvenel : c'est le titre du chapitre XIV de son livre Du Pouvoir (1945). Il rappelle que « le pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles. »

Jouvenel indique que « la compétition des partis machinisés aboutit à la dictature d'un parti, c'est-à-dire d'une équipe », succédant à une équipe précédente qui, par sa propre vision totalitaire de la démocratie, laisse à celle qui lui succède un État très étendu. La dictature est bien pire que dans les monarchies d'autrefois, car le pouvoir « démocratique » y est bien plus absolu :

«  Un homme, une équipe, disposent de ressources immenses accumulées dans l'arsenal du pouvoir. Qui les entassa successivement, sinon ces autres qui ne trouvaient jamais l’État assez développé lorsqu'ils en étaient les occupants ? Il n'existe dans la société aucune contre-force capable d'arrêter le pouvoir. Qui donc les a détruits, ces corps puissants sur lesquels les monarques de jadis n'osaient point porter la main ? »
    — Bertrand de Jouvenel, Du Pouvoir, XIV

L'historien Jacob Talmon (Les origines de la démocratie totalitaire, 1952) utilise également le terme de démocratie totalitaire (on lui en attribue parfois la paternité, par erreur). Il en voit les prémices dans la conception rousseauiste de la démocratie, puis les développements dans la Révolution française, le jacobinisme et la Terreur. La nature de la « volonté générale » rousseauiste aboutit à un assujettissement très étendu de la volonté de chacun. Selon Talmon, la démocratie totalitaire considère que la liberté ne peut être réalisée qu'à long terme, et seulement par un effort collectif, alors que pour le libéralisme la liberté est individuelle et immédiatement possible.

On rencontre parfois le mot-valise « démocrature » (Gérard Mermet, Démocrature : comment les médias transforment la démocratie, Aubier, 1987) pour désigner une dictature camouflée sous l’apparence de la démocratie.

Exemples historiques

L'histoire du XXe siècle fournit plusieurs exemples de démocraties totalitaires :

  • le nazisme a occupé le pouvoir à partir de 1933 en Allemagne en respectant strictement le processus démocratique (voir aussi : Erreur fréquente : le nazisme est antidémocratique).
  • le Régime de Vichy a été instauré après le vote du 10 juillet 1940 qui attribue les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain, président du Conseil.
  • les démocraties populaires exerçaient un pouvoir totalitaire tout en s'affirmant démocratiques, car la prise du pouvoir par la révolution violente était censée être l’œuvre du prolétariat, majorité de la population ; pour Marx, l’exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière dans son ensemble (le prolétariat) ; la majorité dans la société capitaliste est le signe d'une « démocratie politique complète »; pour Lénine, la dictature du prolétariat est « démocratie pour l'immense majorité du peuple et répression par la force, c'est-à-dire exclusion de la démocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple » (L'État et la Révolution) ; le léninisme considère que les soviets représentent la volonté démocratique de la classe ouvrière et incarnent la dictature du prolétariat ; ainsi, il n'y a rien d'étonnant à ce que les différentes Constitutions soviétiques ne contiennent aucune disposition garantissant les droits inaliénables du citoyen, puisque le prolétaire est censé avoir été libéré par la révolution.
  • en France, la sécurité sociale a été instaurée de façon autoritaire en octobre 1945 sous l’influence du Parti communiste et des syndicats, pour remplacer les assurances sociales privées qui existaient auparavant et avaient été confisquées par le Maréchal Pétain pour créer la retraite par répartition[1]. Étendue progressivement à presque toute la population, la Sécurité sociale n’a jamais été confirmée par le suffrage universel[2]. Avec ironie, on pourrait donc la taxer d'être encore moins démocratique que le nazisme !
  • pour les libertariens, les États-Unis sont emportés, depuis les débuts du XXe siècle, dans une dérive interventionniste et belliciste qui en fait une démocratie totalitaire bien éloignée du modèle des Pères fondateurs. Il en est de même pour la plupart des démocraties occidentales, où, sur fond de bonnes intentions, le pouvoir met en œuvre selon eux un « fascisme contemporain », éloigné de l'État minimal originel.

Démocratie et totalitarisme, démocratie totalitaire et libéralisme

Nuvola apps colors.png Articles principaux : Libéralisme et démocratie.

Le fait qu'il y ait des élections dans une démocratie ne change rien à la nature liberticide que peut avoir le pouvoir. Les libéraux considèrent généralement que presque toutes les démocraties actuelles sont de nature totalitaire ; elles restent « démocratiques » en raison du droit de vote qui existe toujours, mais le pouvoir s'attaque continuellement aux libertés et à la propriété :

Friedrich Hayek rappelle à ce propos la prééminence libérale du droit sur le pouvoir (et donc sur la démocratie) :

«  Il semble que partout où les institutions démocratiques ont cessé d'être contenues par la tradition de suprématie du droit, elles aient conduit non seulement à la démocratie totalitaire mais, au bout d'un temps, à une dictature plébiscitaire. Cela devrait nous faire assurément comprendre que ce qui est précieux à posséder n'est pas un certain assemblage d'institutions certes faciles à imiter, mais quelques traditions moins tangibles ; et que la dégénérescence de ces institutions peut même être inévitable, partout où la logique intrinsèque de la machinerie n'est pas bloquée à temps par la prépondérance des conceptions que l'on se fait en général de la justice. Ne peut-on penser qu'en vérité, comme il a été bien dit, croire en la démocratie implique que l'on croie d'abord à des choses plus hautes que la démocratie. »
    — Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté

Alexis de Tocqueville parlait déjà de despotisme démocratique, une forme particulière de la tyrannie :

«  Plus de hiérarchie dans la société, plus de classes marquées, plus de rangs fixes ; un peuple composé d'individus presque semblables et entièrement égaux, cette masse confuse reconnue pour le seul souverain légitime, mais soigneusement privée de toutes les facultés qui pourraient lui permettre de diriger et même de surveiller elle-même son gouvernement. Au-dessus d'elle, un mandataire unique, chargé de tout faire en son nom sans la consulter. Pour contrôler celui-ci, une raison publique sans organes ; pour l'arrêter, des révolutions et non des lois : en droit, un agent subordonné ; en fait, un maître. »
    — Alexis de Tocqueville, L'ancien Régime et la Révolution

De même, Benjamin Constant rappelle le principe libéral de pouvoir limité :

«  L'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même un seul, en possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé qu'à le déplacer. »
    — Benjamin Constant, Cours de politique constitutionnelle

L'exemple des démocraties totalitaires montre que la démocratie ne peut être une fin en soi :

«  À présenter la démocratie comme le rivage à atteindre, plutôt que la liberté elle-même, nos sociétés risquent de perdre l'une et l'autre. Par suffrage universel et élections sans trucages, les bien-pensants sous-entendent un régime plus ou moins libéral, certes, mais à ne pas le revendiquer ouvertement, ils abandonnent le champ aux adversaires de la liberté, aux intégristes religieux, aux nostalgiques de la manière forte et des milices musclées, qu'une foucade de l'électorat peut mener demain au pouvoir. Comment ces démocrates honteux de leur libéralisme pourraient-ils alors protester ? »
    — Christian Michel, La Démocratie ne Protège pas la Liberté, Libres ! 100 idées, 100 auteurs

Citations

  • «  Un sophisme fondamental de notre époque est que la démocratie serait le sésame universel vers la paix, la liberté et la prospérité. […] Mais la démocratie en elle-même ne définit ni ne garantit une société libre. »
        — Richard Ebeling

  • «  La France est bel et bien devenue ce qu'il convient d'appeler une démocratie totalitaire, c'est-à-dire un pays où l'on peut encore voter, mais où n'existe plus aucune liberté. »
        — Claude Reichman

  • «  Il convient de n'accepter la règle de la majorité comme principe fondateur d'un État démocratique que dans la mesure où elle est assortie d'un strict respect des droits naturels de l'Homme, auxquels elle n'est pas autorisée à porter atteinte.  »
        — Claude Reichman

  • «  Les gens oublient souvent que les nazis étaient des socialistes. En Union soviétique c’étaient des internationaux-socialistes, en Allemagne c’étaient des nationaux-socialistes. Ce sont deux branches du socialisme. C’est la même chose, avec seulement une légère différence d’interprétation. »
        — Vladimir Boukovski

  • «  La simple observation montre effectivement qu'il n'y a pas de relation automatique entre démocratie et liberté. Ainsi, la démocratie peut être tyrannique et une monarchie constitutionnelle peut respecter la liberté individuelle, ce qui signifie bien qu'il n'est pas suffisant de se préoccuper de la forme du gouvernement pour obtenir une organisation souhaitable de la société. »
        — Pascal Salin, Libéralisme (2000)

  • «  Qu'il se pare des vertus démocratiques ou qu'il apparaisse dans sa force brute, l’État poursuit inexorablement sa croissance, il devient nécessairement, logiquement, totalitaire. Il est bien, en ce sens, le Léviathan qui dévore les êtres ; et il y arrive même avec leur assentiment. »
        — Pascal Salin, préface à L’État, la logique du pouvoir politique d'Anthony de Jasay

  • «  Ce n'est pas parce que vous êtes nombreux à avoir tort que vous avez raison.  »
        — Bernard Werber

  • «  Les signes ne manquent pas, toutefois, que la démocratie illimitée court à sa chute et qu’elle s’effondrera, non à grand bruit mais à bout de souffle... Tôt ou tard, les gens découvriront que non seulement ils sont à la merci de nouvelles castes privilégiées mais que la machinerie para gouvernementale, excroissance nécessaire de l’État tutélaire, est en train de créer une impasse en empêchant la société d’effectuer les adaptations qui, dans un monde mouvant, sont indispensables pour maintenir le niveau de vie atteint, sans parler d’en atteindre un plus élevé. »
        — Friedrich Hayek

  • «  J'apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ? »
        — Bertolt Brecht, La Solution

  • «  La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où grâce à la consommation et au divertissement les esclaves auraient l'amour de leur servitude. »
        — Aldous Huxley

  • «  La démocratie n'est qu'un processus, si on l'érige en une fin en soi elle devient un instrument redoutable de tyrannie des masses et de collectivisme populiste. »
        — Murray Rothbard, Conservatism and Freedom: A Libertarian Comment[3]

  • «  Par définition, la démocratie ne se reconnaît pas de limite. »
        — Vladimir Volkoff, Pourquoi je suis moyennement démocrate

  • «  Quand on ne connaissait pas le socialisme, on disait toujours que la démocratie tendait naturellement au despotisme. Cela a paru changer et il a semblé qu'elle tendait au socialisme. Rien n'a changé : car en tendant au socialisme, c'est au despotisme qu'elle tend. Elle n'en a pas conscience ; car, consciemment, elle ne tend qu'à l'égalité ; mais de l'état égalitaire c'est toujours le despotisme qui sort. »
        — Émile Faguet, Le culte de l'incompétence et l'horreur des responsabilités, 1910

  • «  Les nombreuses variétés de socialisme, de syndicalisme, de radicalisme, de solidarisme, de tolstoïsme, de pacifisme, d’humanitarisme, etc., forment un ensemble que l'on peut rattacher à la religion démocratique, et qui est semblable à celui des innombrables sectes qui apparurent à l'origine de la religion chrétienne. Nous voyons maintenant croître et dominer la religion démocratique, de même que les hommes des premiers siècles de notre ère virent commencer et croître la domination de la religion chrétienne. »
        — Vilfredo Pareto, Traité de sociologie

  • «  La démocratie excite les convoitises, l'avidité, l'envie, la rage de posséder, de jouir, tout ce que Céline appelle « la prétention au bonheur ». Si les libertés individuelles peuvent paraître à bon droit souhaitables, c'est pour les artisans, les créateurs, les petits commerçants, les artistes, bref pour les gens qui aiment ce qu'ils font, et sont capables, en conséquence, de s'imposer une discipline. Les autres citoyens sont condamnés à devenir, de jour en jour, plus resquilleurs, plus revendicateurs, plus mécontents, moins gouvernables ; ils sont conduits à exiger de plus en plus de l’État et d'autrui, de moins en moins d'eux-mêmes, ce qui amène fatalement le déséquilibre économique, la faillite collective, le désarroi dans les consciences, et finalement la dictature. »
        — Pierre Gripari, L’Évangile du Rien

  • «  Son action [celle de l’État "social"] sur la société, et en réalité contre elle, même s’il n’est pas toujours facile de le percevoir, le distingue matériellement des États totalitaires en ce qu’il ne fait appel qu’en dernier recours à la violence physique. Ses moyens habituels sont autres : la propagande, l’éducation et la culture en général, les impôts prétendument redistributifs (qui augmentent le pouvoir des partis et leur capacité à contrôler le peuple par la bureaucratie) et la séduction des masses au moyen de l’offre et de la continuelle concession de droits pour plaire à tous. »
        — Dalmacio Negro Pavón, La loi de fer de l’oligarchie

  • «  La démocratie est nécessairement un despotisme, puisqu'elle établit un pouvoir exécutif où tous peuvent décider contre un seul dont l'avis est différent ; la volonté de tous n'y est donc pas exactement celle de tous, ce qui est contradictoire et opposé à la liberté. »
        — Emmanuel Kant, Vers la paix perpétuelle

Informations complémentaires

Notes et références


  • Retraites : le système par répartition, c'est à la faute à Pétain, Le Monde, 2 janvier 2020

  • La sécurité sociale française n’est donc en rien un acquis social, et elle n’a jamais été plébiscitée par quiconque. Des spécialistes comme Georges Lane parlent en ce qui la concerne de coup d’État, car les ordonnances de 1945 relèvent du non-droit (en mai 1946, la proposition de Constitution de la IVe République est rejetée par référendum ; il y a un trou constitutionnel sur la période 1945 - 1946).

  • Bibliograhie

    • 1961, J. L. Talmon, "The Origins of Totalitarian Democracy", London: Mercury

    Voir aussi

    Liens externes



    Démocratie

    La démocratie, « gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple » (Abraham Lincoln), peut être définie comme un mode d'organisation politique par lequel la souveraineté réside dans l'ensemble des citoyens (sans distinction de naissance, de fortune ou de capacité), qui expriment leur volonté par le vote, selon le principe « un homme ou une femme, une voix ».

    On peut distinguer différents types de démocratie : démocratie directe (pas de représentants), démocratie représentative (une oligarchie élue a le pouvoir) et démocratie participative (système mixte). Tous les partis et idéologues se réfèrent à la démocratie athénienne, participative, mais en fait toutes les démocraties actuelles sont représentatives (sauf la Suisse, qui est participative).

    Il est important de souligner que la démocratie ne correspond pas nécessairement à un régime libéral, ni même à un régime de liberté. Ce n'est qu'un mode de décision politique, « le pire des régimes — à l'exception de tous les autres déjà essayés dans le passé », selon Winston Churchill.

    Position libérale

    Le libéralisme entretient des positions complexes avec la démocratie et s'il la rejoint sur de nombreux points, il s'en éloigne aussi sur d'autres quand la logique démocratique est utilisée de façon dogmatique. Les libéraux prônent le recours à la démocratie sous la forme de la démocratie libérale, un système politique dont la légitimité est fondée sur la défense des libertés individuelles, moteur du dynamisme qui garantit la plus grande adéquation possible entre les besoins des sociétés humaines et les réponses apportées à ces besoins. Dans une démocratie libérale, l'État donc conserve la haute main sur ses fonctions régaliennes (police, justice, armée). Cette vision des sociétés s'est d'abord développée en Europe et en Amérique du Nord, avant de connaître un essor nouveau à la faveur de la lutte contre les modèles communistes.

    Suscité chez Hegel[1] ou Kant lors de la révolution française, l'idée d'un totalitarisme au sein de la démocratie et par la démocratie entraîne des attitudes différentes et opposées chez les libéraux européens du XIXe siècle. La première est de refuser la démocratie et la souveraineté. La seconde est une conception modérée d'une démocratie gouvernée qui ne se confond pas avec l'omnipotence du nombre[2]. La critique libérale de la démocratie trouve des expressions théoriques différentes chez Benjamin Constant, Tocqueville et Friedrich Hayek.

    Benjamin Constant a été donc l'un des premiers à s'opposer à une démocratie qui donnerait tout pouvoir au peuple ou à sa représentation, au détriment des individus et de leurs droits. Il redoutait que l'idée de souveraineté absolue, qu'elle soit exercée par un monarque ou par le peuple, ne soit un fléau pour la société de par la quantité de pouvoir qu'elle produit : « elle fait au peuple en masse l'holocauste du peuple en détail », car même exercé au nom du peuple, le pouvoir est toujours entre les mains de quelques-uns. Il ajouta également dans ses Principes de politique (1806) : « l'erreur de ceux qui, de bonne foi dans leur amour de la liberté, ont accordé à la souveraineté du peuple un pouvoir sans bornes, vient de la manière dont se sont formées leurs idées en politique. Ils ont vu dans l'histoire un petit nombre d'hommes, ou même un seul, en possession d'un pouvoir immense, qui faisait beaucoup de mal ; mais leur courroux s'est dirigé contre les possesseurs du pouvoir, et non contre le pouvoir même. Au lieu de le détruire, ils n'ont songé qu'à le déplacer ». Constant défend une démocratie censitaire : le droit de vote est lié à la propriété terrienne. Pratiquement, il faut posséder des ressources financières suffisantes, un minimum de terrain, et par conséquent un signe d'attachement de relativement long terme au territoire pour justifier la participation au corps politique.

    Alexis de Tocqueville développa ses critiques dans De la démocratie en Amérique (1835), œuvre dans laquelle il exprime la crainte de voir se développer une dictature de la majorité, qui mette en cause les droits individuels. C'est entre autres pour cela qu'il défend une démocratie censitaire, estimant qu'un minimum de propriété est nécessaire pour pouvoir prendre part aux débats démocratiques. Et Tocqueville d'écrire : « je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs [...]. Lors donc que je vois accorder le droit et la faculté de tout faire à une puissance quelconque, qu'on appelle peuple ou roi, démocratie ou aristocratie, qu'on l'exerce dans une monarchie ou dans une république, je dis : là est le germe de la tyrannie, et je cherche à aller vivre sous d'autres lois. Ce que je reproche le plus au gouvernement démocratique, tel qu'on l'a organisé aux États-Unis, ce n'est pas, comme beaucoup de gens le prétendent en Europe, sa faiblesse, mais au contraire sa force irrésistible. » L'arrivée au pouvoir d'Hitler de façon démocratique en 1933 devait confirmer a posteriori ses craintes.

    Friedrich Hayek poursuivit ces critiques dans La Constitution de la liberté. Dans le chapitre neuf, « La règle majoritaire », il s'attache à montrer ce qui relie le libéralisme et la démocratie, tout en soulignant les dangers d'une démocratie qui écraserait les individus. La démocratie n'est qu'un moyen et non une fin en soi pour Hayek. Il écrit ainsi : « Les traditions démocratique et libérale sont cependant d'accord pour dire que, chaque fois que l'action de l'État est requise, et particulièrement si des règles coercitives sont à établir, la décision doit être prise à la majorité. Elles divergent néanmoins sur le champ ouvert à l'action politique censée guidée par la décision démocratique. Alors que le démocrate dogmatique considère qu'il est souhaitable que le plus grand nombre possible de problèmes soient résolus par un vote majoritaire, le libéral estime qu'il y a des limites précises au domaine des questions à résoudre ainsi ».

    Il souligne en particulier que la démocratie ne répond pas à la question de savoir quelles sont les limites à l'intervention de l'État, elle répond à la question « qui gouverne ? », ce qui offre un spectre assez large de types de pouvoir respectant plus ou moins les droits individuels, depuis la démocratie libérale jusqu'à la démocratie totalitaire, qui supprime démocratiquement les libertés :

    En fait ce n'est qu'à un stade relativement tardif de l'histoire de la démocratie moderne, que de grands démagogues ont commencé à soutenir que, puisque le pouvoir était désormais aux mains du peuple, il n'était plus besoin de limiter l'étendue de ce pouvoir. C'est lorsqu'on prétend que dans une démocratie, est juste ce que la majorité rend légal que la démocratie dégénère en démagogie.

    Pour dépasser ces limites, il propose dans Droit, législation et liberté un nouveau système qu'il appelle démarchie et qui s'apparente au régime de démocratie libérale, système politique qui caractérise les démocraties qui fondent leur légitimité sur la défense des libertés individuelles.

    L'impasse démocratique résulte de ce que ce régime n'a pas vaincu l'absolutisme, mais l'a seulement transféré en d'autres mains. À la suite de Jean-Jacques Rousseau, la souveraineté populaire s'est substituée à celle du monarque. Ainsi que le remarque Philippe Nemo :

    « C'est l'erreur de tous les « socialismes démocratiques », qui consiste à croire que, dès lors que chacun participe au pouvoir, il importe peu que le pouvoir lui-même soit illimité et puisse contrôler tous les aspects de la vie sociale. »

    Position libertarienne

    Les libertariens contestent la démocratie et le principe représentatif. La démocratie est un système de domination politique qui effectue une distinction entre les gouvernants et les gouvernés, et entre les droits juridiques des dirigeants et ceux des gouvernés. La représentation est un mythe au nom duquel les élus usurpent massivement le pouvoir de décision de la population. En effet, comme l'explique Murray Rothbard :

    Le véritable représentant d'un individu doit toujours respecter les ordres de celui-ci, ne peut agir contre ses intérêts ou ses vœux, et peut être écarté à tout moment. Il est clair que le représentant, au sens que ce terme a dans une démocratie, ne peut jamais accomplir de telles fonctions d'agent, qui sont au contraire les seules en harmonie avec une société libertarienne.

    Dans une société libertarienne anarcho-capitaliste, où n'existe que la propriété privée, ni la démocratie représentative ni la démocratie directe n'ont de sens : les individus (ou leurs agents mandatés) défendent eux-mêmes leurs propres intérêts, par la négociation pacifique ou par voie de justice en cas de contestation. Les uns ne se prévalent pas d'un intérêt général fictif pour tenter d'imposer aux autres leur propre point de vue dans des domaines qui ne les concernent pas, en usant de la loi du plus fort. Dans une société libertarienne minarchiste à État minimal, la démocratie se limite en théorie au choix de représentants qui ont un pouvoir très limité.

    Pour les libertariens, lorsqu'une majorité décide pour tous, le droit de propriété naturelle de chacun sur sa propre personne et sur ses biens est bafoué. La démocratie sous sa forme actuelle n'est que l'institutionnalisation de la propriété collective, et de la dictature de la majorité, sous la forme étatique et nationale, succédant à la forme monarchique :

    La nuit du 4 août fut la nuit de mort des privilèges (les villes, les communes, les magistratures étaient privilégiées, dotées de privilèges et de droits seigneuriaux), et lorsqu'elle prit fin se leva l'aube du Droit, des droits de l'État, des droits de la Nation. Le despotisme n'avait été dans la main des rois qu'une règle complaisante et lâche, auprès de ce qu'en fit la « Nation souveraine ». Cette monarchie nouvelle se révéla cent fois plus sévère, plus rigoureuse et plus conséquente que l'ancienne ; devant elle, plus de droits, plus de privilèges ; combien, en comparaison, paraît tempérée la royauté absolue de l'Ancien Régime ! La Révolution, en réalité, substitua à la monarchie tempérée la véritable monarchie absolue. Désormais, tout droit que ne concède pas le Monarque État est une « usurpation », tout privilège qu'il accorde devient un « droit ». (Max Stirner, L’unique et sa propriété, 1845)

    De plus, la démocratie contribue à dissocier action et responsabilité des individus, en considérant que toute décision est tributaire de la loi majoritaire. C'est pourquoi certains auteurs s'en méfiaient grandement, dès le XVIIIe siècle :

    « Quand le poids de l'infamie est divisé entre beaucoup de gens, nul d'entre eux n'est écrasé par son propre fardeau. » (John Trenchard et Thomas Gordon, Cato's Letters, lettre du 13 janvier 1721)
    « Lorsque les citoyens réaliseront qu’ils peuvent voter pour obtenir plus d’argent, l’abolition de la République aura sonné. La Constitution finira par échouer, comme toute autre chose, et c’est la corruption générale qui la mènera à sa perte. » (Benjamin Franklin)

    Nozick considère que la démocratie n'est qu'une forme de l'esclavage, les citoyens étant esclaves de la majorité, de la collectivité, de l'État démocratique souverain.

    Pour Murray Rothbard, l'État est le principal agresseur des droits de l'Homme. Les exemples les plus dramatiques de cette agression sont :

    • la guerre, une forme d’homicide de masse qui lèse le droit à la vie.
    • la conscription, une forme d'esclavage qui lèse le droit à la libre disposition de son corps.
    • la taxation, une forme de vol qui viole le droit de propriété privée et de disposition des fruits de son travail et de ce qui s'est acquis à travers le libre consentement des autres.

    Le fait que les États dans lesquels nous vivons en Occident soient des démocraties ne change pas les choses : « la majorité n'est pas la société, elle n’est pas non plus chacun d’entre nous. La coercition de la majorité sur la minorité est toujours coercition ».

    Rothbard critique à la fois la théorie classique, selon laquelle la démocratie est la volonté du peuple, et la théorie moderne, selon laquelle la démocratie repose sur le libre choix de nos gouvernants. Il conteste l'identification que l'on opère souvent, dans la démocratie contemporaine, entre l’État et la société :

    Avec ce raisonnement, les Juifs assassinés par les nazis ne l'ont pas été : ils se sont plutôt « suicidés » puisqu'ils étaient eux-mêmes le gouvernement (choisi démocratiquement), et donc tout ce qu'ils subissaient du gouvernement était volontaire de leur part. On pourrait penser qu'il est inutile d'insister sur ce point, pourtant presque tout le monde soutient cette contrevérité à un plus ou moins grand degré.
    Par conséquent nous devons insister sur le fait que "nous" ne sommes pas le gouvernement et que le gouvernement n'est pas "nous". Le gouvernement ne "représente" en aucune façon la majorité du peuple. Mais même si c'était le cas, même si 70 % du peuple décidait d'assassiner les 30 autres %, cela resterait un meurtre et non un suicide volontaire de la part de la minorité assassinée. (The Anatomy of the State)

    Hans-Hermann Hoppe, dans son livre Democracy: The God That Failed (voir aussi [1]), dénonce trois mythes historiques entretenus autour du Léviathan démocratique :

    • l'émergence des États aurait entraîné un progrès économique et civilisationnel ; la réalité est que le monopole étatique de la justice et de la taxation produit oppression et exploitation ;
    • le passage de la monarchie à la démocratie est vu comme un progrès ; en réalité, ce n'est qu'un transfert du monopole du pouvoir au bénéfice de ceux qui se montreront les plus démagogues et favoriseront la spoliation, faisant de plus montre d'une vision à très court terme (le temps de leur mandat)
    • il n'y aurait pas d'alternative aux États-providences occidentaux actuels ; en réalité, de tels États ne sont pas économiquement stables, ils menacent de s'effondrer sous le poids du parasitisme illimité, tout comme l'URSS s'est effondrée.

    Hoppe explique que la démocratie n'a aucune légitimité ni fondement moral, elle pousse chacun à vivre aux dépens des autres et accroît indéfiniment les pouvoirs de l’État :

    Un-homme-une-voix, plus la liberté d’entrer dans l’appareil d’État, c’est-à-dire la démocratie, implique que toute personne et sa propriété personnelle est mise à la portée de toutes les autres, et ouverte à leur pillage. En ouvrant en apparence les couloirs du pouvoir politique à tout le monde, la démocratie fait du pouvoir politique une res nullius, où personne ne souhaite plus qu’il soit restreint parce qu’il espère que lui-même, ou ceux qui lui sont favorables, auront un jour une chance de l’exercer. (Hans-Hermann Hoppe[3])

    Démocratie totalitaire

    Nuvola apps colors.png Article principal : Démocratie totalitaire.

    La démocratie totalitaire est un type de démocratie par laquelle un pouvoir instaure une société totalitaire. La démocratie n'est donc pas le contraire de l'absolutisme. Les totalitaires marxistes ont d'ailleurs souvent insisté sur le fait que leur régime réalisait une vraie démocratie (démocratie populaire), puisqu'il représentait une majorité (le peuple) contre la minorité bourgeoise.

    L'illusion démocratique

    On associe très souvent démocratie et liberté ou égalité. Or il s'agit là d'une illusion :

    «  Il y a un amalgame conceptuel entre démocratie et liberté qui ne peut être qualifié que de scandaleux, en particulier venant des libéraux autoproclamés. Le fondement et la pierre angulaire de la liberté est l’institution de la propriété privée ; et la propriété privée (exclusive) est logiquement incompatible avec la démocratie (règne de la majorité). La démocratie n’a rien à voir avec la liberté. La démocratie est une variante molle du communisme, et rarement dans l’histoire des idées a-t-elle été prise pour autre chose. »
        — Hans-Hermann Hoppe

    Dans les faits, la prétention de la démocratie à installer un pouvoir qui représente la volonté de tous est battue en brèche par plusieurs paradoxes et théorèmes :

    • paradoxe de Condorcet : intransitivité de la majorité. Si une majorité d'électeurs préfère A à B, et B à C, il est faux de conclure qu'une majorité préfère A à C (exemple : selon les sondages pour la présidentielle française de 2007, chacun des deux candidats en tête au premier tour aurait été battu au second tour par le troisième candidat).
    • paradoxe de Borda : le mode de scrutin influence les résultats : par exemple, les résultats sont différents s'il y a un seul tour de scrutin ou s'il y en a deux.
    • illégitimité de la démocratie : le suffrage universel et le vote majoritaire sont en toute rigueur illégitimes car de tels modes d'élection, pour être légitimes, devraient reposer sur le consentement de tous, et donc sur une unanimité, ce qui n'est pas le cas[4].
    • théorème d'Arrow : on ne peut définir une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles[5], ce qui invalide toute idée de volonté générale ou de bien commun.
    • théorème de l'électeur médian : le programme des élus ne correspond pas en fait aux vœux de la majorité des électeurs, mais à une médiocrité médiane qui ne satisfait personne (les électeurs ne votent pas en faveur d'un programme donné, mais pour le moins pire des programmes, pour empêcher qu'un programme pire encore soit choisi)
    • paradoxe de la dette publique : la démocratie permet d'endetter les générations futures sans avoir à les consulter démocratiquement.
    • paradoxe élitiste : un peuple réputé ignorant/immoral/incapable est cependant capable de désigner une élite qui le représentera (ou qui le trompera) : « ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont choisi eux-mêmes leurs tuteurs » (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique).
    • selon la loi d'airain de l'oligarchie, toute organisation politique aboutit à une division entre une minorité dirigeante et une majorité dirigée ; la démocratie est donc une illusion, la réalité du pouvoir appartenant à une oligarchie.
    • illusion de l'équilibre : l’opposition des intérêts particuliers serait résolue par la démocratie qui trouverait un juste milieu convenant à la majorité des citoyens ; la réalité est que ce sont toujours de petits intérêts concentrés (lobbyistes, connivards...) qui prévalent et imposent leurs privilèges face à une majorité non organisée, d'où un capitalisme de connivence
    • une démocratie peut aisément dériver vers la démocratie totalitaire, qui supprime les libertés de tous avec l'accord d'une majorité.

    On peut en conclure que la démocratie est une variante de la loi du plus fort : ce n'est pas le plus fort physiquement (comme en dictature), mais le plus fort numériquement qui impose sa volonté. De plus, cette volonté n'est même pas cohérente avec elle-même, puisque ce n'est qu'une agrégation de volontés individuelles différentes (c'est pourquoi l'écrivain argentin Jorge Luis Borges définissait la démocratie comme une erreur statistique). C'est donc bien à tort qu'on associe démocratie (loi du plus fort, violence symbolique émanant d'une majorité) et liberté (respect des droits de chacun) :

    «  La simple observation montre bien qu'il n'y a pas de relation « automatique » entre démocratie et liberté. Ainsi, la démocratie peut être tyrannique et une monarchie constitutionnelle peut respecter la liberté individuelle, ce qui signifie bien qu'il n'est pas suffisant de se préoccuper de la forme du gouvernement pour obtenir une organisation souhaitable de la société. [...] Ainsi, la démocratie ne se confond pas avec la liberté. Elle doit être elle-même jugée en fonction de sa capacité éventuelle à empêcher le totalitarisme et à assurer la liberté individuelle. »
        — Pascal Salin, Démocratie et liberté, Commentaire, 1986

    «  Conçue comme liberté collective et règne de la majorité, la démocratie, qui institutionnalise la propriété collective, n’est qu’une forme de l’esclavage. »
        — Pierre Lemieux

    «  Une élection est un champ de bataille où le vote se substitue à la balle de fusil. »
        — Bertrand Lemennicier

    «  La débâcle actuelle est elle aussi le produit des idées. Elle est le résultat d’une acceptation massive, par l’opinion publique, de l’idée de la démocratie. Aussi longtemps que cette adhésion est dominante, la catastrophe est inévitable ; et il n’y aura pas d’espoir d’amélioration même après qu’elle sera arrivée. En revanche, si on reconnaît que l’idée démocratique est fausse et perverse — et les idées, en principe, on peut en changer instantanément — la catastrophe peut être évitée. »
        — Hans-Hermann Hoppe

    Le seul avantage de la démocratie est qu'elle élimine la violence physique due au seul fait du Prince, et permet d'aboutir à des décisions politiques mieux acceptées (contrairement à la dictature), même si elles peuvent être absurdes ou liberticides.

    Voir aussi : Dépasser la démocratie.

    Informations complémentaires

    Bibliographie

    • 1879, Thomas Erskine May, "Democracy in Europe", New York: Widdleton
    • 1975, J. Lively, "Democracy", Oxford, Blackwell
    • 1978, J. R. Pennock, "Liberal Democracy", Westport, CT, Greenwood Press
    • 1987, C. Savton, "The Theory of Democracy Revisited", New Jersey, Chatham House

    Notes et références


  • Hegel, Philosophie de l'esprit [Encyclopédie III], trad. Augusto Véra, Ladrange, 1867-1869.

  • Georges Burdeau, Traité de Science politique, tome I : le Pouvoir politique.

  • in A bas la démocratie, anciennement disponible sur le site Liberalia

  • « Une loi qui détermine que c'est la majorité qui décide en dernière instance du bien de tous ne peut pas être édifiée sur une base acquise précisément par cette loi ; il faut nécessairement une base plus large et cette base c'est l'unanimité de tous les suffrages. Le suffrage universel ne peut pas être seulement l'expression de la volonté d'une majorité : il faut que le pays tout entier le désire. C'est pourquoi la contradiction d'une petite minorité suffit déjà à le rendre impraticable : et la non-participation à un vote est précisément une de ces contradictions qui renverse tout le système électoral.» (Friedrich Nietzsche, "Humain, trop humain", III, Le voyageur et son ombre, §276  : Le droit de suffrage universel)

  • Voir aussi

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9mocratie

    Quand la littérature inspire les économistes : Robinson Crusoé

    Les économistes emploient souvent des modèles simplifiés pour exposer des concepts. Le personnage de Robinson Crusoé est souvent invoqué : en effet, dans le roman de Daniel Defoe, Robinson utilise les sciences et le calcul pour améliorer sa situation sur une île déserte. 
     
     

    Robinson est-il un homo œconomicus ?

    Robinson Crusoé, le roman de Daniel Defoe publié en 1719, ne fut pas seulement un mythe littéraire : il exerça une influence décisive sur les économistes, qui s'en sont emparés pour faire du personnage de Robinson le représentant emblématique de l'homo œconomicus des économies de marché. […]

    Les premiers néoclassiques lui accordent toute leur attention. [Certains auteurs comme] Alfred Marshall s'y réfèrent explicitement, pour faire apparaître […] la maximisation de l'utilité à travers les arbitrages entre loisir et consommation ou entre consommation présente et future. Robinson maximise son bien-être en comparant la peine du travail et les satisfactions procurées par la consommation des biens qu'il produit, ou le renoncement à la consommation présente au profit d'une consommation future accrue. […]

    [Robinson] incarne un idéal de calcul rationnel qui s'impose à tout agent, dans toute société.
    Claire Pignol,
    « Robinson Crusoé, usages et mésusages d'un roman », L'Économie politique n°079, 1er juillet 2018.
     

    Comment le héros du roman survit-il ?

    Robinson Crusoé entreprend de cultiver des céréales.

    Il me vint par hasard à la pensée que je ferais bien de ne pas tout semer en une seule fois, ne sachant point si alors le temps était favorable ; je ne risquai donc que les deux tiers de mes grains, réservant à peu près une poignée de chaque sorte. Ce fut plus tard une grande satisfaction pour moi que j'eusse fait ainsi. De tous les grains que j'avais semés pas un seul ne leva ; parce que, les mois suivants étant secs, et la terre ne recevant point de pluie, ils manquèrent d'humidité pour leur germination. 
     
    Daniel Defoe,
    Robinson Crusoé, 1719, Traduction française, 1836, publié en ligne par Wikisource.org. Chapitre « Souvenir d'enfance ».
     
     

    Si la figure de Robinson Crusoé a servi à illustrer de nombreuses théories philosophiques, Rousseau en premier lieu, ce fut aussi le cas de certaines théories économiques tant du côté des néoclassiques que de Marx. Nous revenons aujourd'hui sur la figure de Robinson comme agent économique.

    Avec Pignol Claire, maître de conférences en économie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, historienne de la pensée économique, ayant travaillé sur les représentations de l’économie dans la littérature

    C’est le début d’une nouvelle série dédiée aux romans de l’économie.

    Si la plupart des philosophes se sont nourris d’exemples littéraires - pour illustrer leurs théories et mieux saisir le réel - longtemps les économistes se sont couchés sans goûter au bonheur de la fiction, tout du moins dans leurs travaux.

    Quelques exceptions heureuses au tableau de l’indifférence littéraire des économistes ! De rares personnages et leurs mythes comme celui de Robinson Crusoé - le héros de Daniel Defoe, mille fois revisité par la critique littéraire et, surprise, par les économistes.

    Voilà que l’aventurier qui a échappé au naufrage, s’est retrouvé pris dans les filets des querelles théoriques économiques ! Alors que peut-on dire de l’agent économique Robinson ? Quels systèmes et mécanismes s’expriment à travers son expérience insulaire ?

    La première activité de Robinson Crusoë, c'est le travail. En cela, c'est vraiment un agent économique. Claire Pignol
     

     

    Robinson Crusoé

    L'histoire de Robinson Crusoé, écrite par Daniel Defoe en 1719, raconte l'aventure d'un homme échoué sur une île déserte après un naufrage. Robinson Crusoé doit faire face à des défis de survie, tels que la recherche de nourriture, la construction d'un abri et la préservation de sa santé mentale. L'œuvre met en lumière la capacité de l'individu à s'adapter à des conditions extrêmes et à développer des compétences pour survivre dans un environnement isolé.

    L'étude en économie de Robinson Crusoé offre une perspective intéressante sur les principes économiques fondamentaux. En observant les choix et les décisions de Robinson Crusoé dans son isolement, nous pouvons analyser les notions de production, d'échange, de valeur, d'utilité marginale et d'organisation économique. L'histoire de Robinson Crusoé fournit un cadre simplifié qui nous permet de mieux comprendre les mécanismes économiques et les comportements individuels dans des conditions limitées et autonomes. En utilisant cette approche, nous pouvons explorer les concepts économiques de base et examiner comment ils se manifestent dans un environnement isolé et sans contraintes externes. Afin d'évaluer la pertinence de ces concepts, il est primordiale de revisiter l'analyse économique dans des contextes plus complexes et interconnectés de la société contemporaine. 

    Le processus d'épargne de Robinson Crusoé

    Robinson Crusoé, célèbre naufragé, nous offre un exemple captivant du processus d'épargne et de planification dans la réalisation de biens d'investissement. En partant de sa situation initiale de subsistance basée sur la cueillette de mûres, il fait une découverte entrepreneuriale qui le pousse à renoncer à la consommation immédiate pour investir dans la fabrication d'une gaule en bois. Cette expérience nous éclaire sur l'importance de l'épargne et de la planification pour améliorer la productivité future.

    A. Situation initiale : la cueillette de mûres pour sa subsistance

    Au début de son aventure sur l'île déserte, Robinson Crusoé se retrouve confronté à la nécessité de subvenir à ses besoins essentiels, notamment en matière de nourriture. Il se tourne donc vers la cueillette de mûres, une source abondante de nourriture disponible sur l'île. À ce stade, Robinson n'a pas encore pris conscience de l'importance de l'épargne et de l'investissement dans la création de biens productifs.

    B. Découverte entrepreneuriale : l'utilisation d'une gaule en bois pour améliorer la récolte

    Au fil du temps, Robinson fait une découverte entrepreneuriale qui va changer sa perspective sur la cueillette des mûres. Il se rend compte, phénomène de l'épiphanie, que l'utilisation d'une gaule en bois lui permettrait de récolter les mûres de manière plus efficace. Cette gaule lui permettrait d'atteindre les branches les plus élevées des arbustes à mûres, augmentant ainsi son rendement de cueillette.

    C. La nécessité de l'épargne : renoncer à la consommation immédiate pour fabriquer la gaule

    Cependant, pour fabriquer cette gaule, Robinson se trouve confronté à un dilemme. Il doit renoncer à la consommation immédiate des mûres qu'il cueille afin d'économiser une partie de sa récolte. Cette épargne lui permettra d'accumuler suffisamment de ressources pour fabriquer la gaule en bois. Robinson réalise que pour améliorer sa productivité future dans la cueillette des mûres, il doit sacrifier une partie de sa consommation immédiate.

    D. Planification de l'action : économiser une partie des mûres pendant 10 jours

    Robinson Crusoé élabore alors un plan pour économiser les mûres nécessaires à la fabrication de la gaule. Pendant une période de 10 jours, il décide de mettre de côté une portion de sa récolte quotidienne. Chaque jour, il réduit sa consommation de mûres et consacre une part de ses ressources à l'épargne. Cette planification lui permettra d'accumuler suffisamment de mûres pour pouvoir se consacrer à la fabrication de la gaule sans compromettre sa subsistance.

    En somme, le processus d'épargne de Robinson Crusoé illustre la nécessité de renoncer à la consommation immédiate pour investir dans des biens productifs. Sa découverte entrepreneuriale l'a amené à comprendre l'importance de l'épargne et de la programmation entrepreneuriale dans l'amélioration de sa productivité future. Cette expérience nous rappelle l'importance de l'épargne dans le processus de création de biens d'investissement, que ce soit sur une île déserte ou dans une économie moderne.

    L'analyse de l'épargne productive à partir de Robinson Crusoé

    L'épargne joue un rôle essentiel dans le développement économique en permettant l'accumulation de ressources qui peuvent être investies dans des biens d'investissement. En différant leur consommation immédiate, les individus peuvent financer la production d'équipements, d'infrastructures et de technologies qui augmentent la productivité de l'économie et favorisent la croissance à long terme. Pour illustrer ce processus, nous examinerons l'exemple emblématique de Robinson Crusoé, le naufragé, qui met en évidence l'importance de l'épargne et du placement dans des biens d'investissement pour améliorer sa productivité et assurer sa survie sur une île déserte.

    A. L'importance de l'épargne pour la production de biens d'investissement

    L'épargne joue un rôle crucial dans la production de biens d'investissement. Lorsque les individus choisissent de différer leur consommation immédiate et d'économiser une partie de leurs ressources, ils peuvent accumuler des fonds qui seront ensuite investis dans des biens productifs tels que des équipements, des infrastructures ou des technologies. Ces biens d'investissement augmentent la productivité et la capacité de production de l'économie, stimulant ainsi la croissance économique à long terme.

    B. Illustration du processus d'épargne et de placement en biens d'investissement avec l'exemple de Robinson Crusoé

    Prenons l'exemple de Robinson Crusoé, le célèbre naufragé, pour illustrer le processus d'épargne et de placement en biens d'investissement. Au départ, Robinson se retrouve seul sur une île déserte sans aucune infrastructure ou outil de production.

    Un jour, Robinson fait une découverte entrepreneuriale : il réalise que l'utilisation d'une gaule de bois faciliterait la cueillette des mûres, une source de nourriture abondante sur l'île. Cependant, pour fabriquer cette gaule, Robinson doit renoncer à la consommation immédiate des mûres et économiser une partie de sa récolte.

    Robinson commence donc à économiser et à accumuler les mûres dans un panier. Il coordonne son comportement présent en fonction de son comportement futur : il préfère renoncer à la satisfaction immédiate des mûres pour pouvoir fabriquer la gaule et améliorer sa productivité future dans la cueillette des mûres.

    Après avoir économisé pendant un certain temps, Robinson utilise les mûres épargnées pour subvenir à ses besoins pendant les cinq jours nécessaires à la fabrication de la gaule. Pendant cette période, il réduit progressivement sa consommation de mûres et alloue une partie de ses ressources à la production de biens d'investissement.

    C. L'importance de l'épargne dans le processus de production de biens d'investissement

    Dans cet exemple, Robinson Crusoé agit à la fois en tant qu'épargnant et entrepreneur. Il comprend l'importance de renoncer à la consommation immédiate pour accumuler des ressources et les investir dans des biens d'investissement, ce qui améliore sa productivité future.

    L'histoire de Robinson Crusoé nous rappelle le rôle essentiel de l'épargne dans le processus de production de biens d'investissement. Dans une économie moderne, les individus épargnent et investissent leurs ressources dans des entreprises, des infrastructures et des technologies qui contribuent à la croissance économique à long terme. L'épargne permet de libérer des ressources pour la production de biens d'investissement et joue un rôle clé dans la prospérité économique globale.

    La coordination du comportement économique de Robinson Crusoé

    La réussite de Robinson Crusoé dans son parcours sur l'île déserte repose sur sa capacité à coordonner efficacement ses comportements présents et futurs. Cette coordination est étroitement liée à sa préférence temporelle, c'est-à-dire sa capacité à évaluer et à comparer la valeur de la consommation immédiate par rapport aux bénéfices futurs potentiels.

    A. La préférence temporelle et la coordination des comportements présents et futurs

    Robinson Crusoé est confronté à un dilemme constant entre la satisfaction immédiate de ses besoins et la nécessité de planifier ses actions en vue d'objectifs futurs. Sa préférence temporelle lui permet de peser les avantages et les inconvénients de la consommation présente par rapport aux gains potentiels à long terme. En renonçant à la satisfaction immédiate, Robinson peut épargner ses ressources limitées et les investir dans des projets qui augmenteront sa productivité future.

    B. Éviter les processus d'action trop longs ou une épargne excessive

    Dans son parcours, Robinson doit également éviter deux écueils : les processus d'action excessivement longs et l'épargne excessive. Les actions qui prennent trop de temps peuvent compromettre sa survie immédiate. Par exemple, si Robinson se consacrait entièrement à la construction d'un abri complexe sans s'occuper de sa subsistance immédiate, il pourrait mourir de faim ou devenir vulnérable aux éléments naturels. De même, une épargne excessive pourrait priver Robinson des avantages immédiats nécessaires à sa survie et à son bien-être. Il doit donc trouver un équilibre entre la préparation pour l'avenir et la satisfaction de ses besoins immédiats.

    C. Le rôle de la préférence temporelle dans la possibilité de sacrifier une partie de la consommation présente pour atteindre un objectif futur

    La préférence temporelle de Robinson lui permet de prendre des décisions éclairées quant à la gestion de ses ressources limitées. En comprenant la valeur à long terme de ses actions, il peut sacrifier une partie de sa consommation présente pour investir dans des projets qui favoriseront son bien-être futur. Par exemple, en économisant une partie de ses mûres pour fabriquer une gaule, Robinson améliore sa productivité future dans la cueillette des mûres et accroît ainsi ses chances de subsistance à long terme.

    En somme, la coordination du comportement de Robinson Crusoé dépend de sa capacité à évaluer sa préférence temporelle et à prendre des décisions qui équilibrent la satisfaction immédiate avec les bénéfices futurs. Son parcours met en évidence le rôle essentiel de cette préférence dans la planification et la réussite à long terme sur son île déserte.

    Analyse de la production dans l'isolement de Robinson Crusoé

    L'examen de la production dans l'isolement de Robinson Crusoé, nous incite à mettre l'accent sur la notion de travail et de production individuelle, ainsi que sur l'organisation de la production et les choix auxquels Robinson Crusoé est confronté.

    A. La notion de travail et de production individuelle

    1. Les activités de subsistance de Robinson Crusoé sur l'île déserte

    En tant que seul habitant de l'île déserte, Robinson Crusoé doit s'engager dans diverses activités de subsistance pour répondre à ses besoins de base. Cela comprend la chasse, la pêche, la culture de denrées alimentaires et la construction d'un abri. Ces activités de travail individuelles sont essentielles pour sa survie et illustrent la nécessité de produire directement les biens nécessaires.

    2. L'importance de l'autosuffisance dans un environnement isolé

    Étant donné l'absence de contact avec d'autres individus ou de possibilité d'échange commercial, Robinson Crusoé doit être autosuffisant. Il doit produire lui-même les biens nécessaires à sa survie, en utilisant les ressources naturelles disponibles sur l'île. Cette autosuffisance souligne l'importance de la production individuelle pour satisfaire les besoins de base en l'absence de ressources externes.

    B. L'organisation de la production et les choix de Robinson Crusoé

    1. La gestion des ressources limitées

    Étant donné les ressources limitées disponibles sur l'île déserte, Robinson Crusoé est confronté à la tâche délicate de gérer efficacement ces ressources. Il doit prendre des décisions éclairées sur l'allocation des ressources entre différentes activités de production, en considérant les priorités, les contraintes et les conséquences de ses choix.

    2. Les décisions d'allocation des ressources entre différentes activités

    Robinson Crusoé doit faire des choix quant à la répartition de son temps, de son énergie et de ses ressources entre différentes activités de production. Par exemple, il doit décider combien de temps consacrer à la chasse par rapport à la construction d'un abri, ou combien de ressources allouer à la culture de nourriture par rapport à la pêche. Ces décisions d'allocation des ressources influencent directement sa survie, sa qualité de vie et sa capacité à faire face aux défis de l'environnement isolé.

    En analysant la production dans l'isolement de Robinson Crusoé, nous comprenons l'importance du travail individuel, de l'autosuffisance et des choix rationnels dans un environnement où les ressources sont limitées. Cela nous permet d'appréhender les défis spécifiques auxquels Robinson Crusoé est confronté en termes de production et d'organisation économique, et d'explorer les concepts économiques fondamentaux qui se manifestent dans cet isolement.

    L'arrivée de Vendredi et l'émergence d'une économie de marché restreinte

    L'histoire de Robinson Crusoé, écrite par Daniel Defoe, présente un tournant intéressant lorsque Vendredi, un autre naufragé, arrive sur l'île déserte. Cette rencontre marque l'émergence d'une économie de marché restreinte, où Robinson Crusoé et Vendredi doivent faire face à de nouveaux défis et opportunités économiques. Dans cette section, nous examinerons les avantages et les défis de la présence d'un nouvel individu, ainsi que les mécanismes d'échange qui se développent entre les deux personnages. Nous étudierons la division du travail, la coordination des activités et la possibilité d'utiliser une monnaie pour faciliter les échanges. L'arrivée de Vendredi offre un aperçu fascinant de la manière dont les individus peuvent s'organiser et prospérer économiquement, même dans des environnements isolés.

    A. Les avantages et les défis de la présence d'un nouvel individu

    1. La division du travail et la spécialisation des tâches

    Lorsque Vendredi arrive sur l'île, une nouvelle dynamique se met en place. La présence d'un autre individu offre la possibilité d'une division du travail, où Robinson Crusoé et Vendredi peuvent se spécialiser dans des tâches spécifiques en fonction de leurs compétences et de leurs préférences. Cela permet d'augmenter l'efficacité de la production et d'améliorer la qualité de vie des deux individus.

    2. Les problèmes de coordination et de communication initiaux

    Cependant, l'arrivée de Vendredi présente également des défis. Les deux individus doivent surmonter les problèmes de coordination et de communication initiaux. Ils doivent trouver des moyens efficaces de se comprendre mutuellement, de partager les informations et de coordonner leurs actions pour optimiser la production et les échanges.

    B. Les mécanismes d'échange entre Robinson Crusoé et Vendredi

    1. L'établissement de systèmes de troc

    Dans un premier temps, Robinson Crusoé et Vendredi peuvent établir des systèmes de troc pour faciliter les échanges entre eux. Ils peuvent échanger les biens et services qu'ils produisent directement, en fonction de leurs besoins et de leurs préférences respectives. Cela leur permet de tirer parti de leurs spécialisations et de maximiser l'utilité qu'ils peuvent obtenir des échanges.

    2. L'émergence d'une monnaie et de valeurs d'échange

    À mesure que les échanges se développent et deviennent plus complexes, il est possible que Robinson Crusoé et Vendredi envisagent l'utilisation d'une monnaie comme moyen d'échange commun. Cette monnaie faciliterait les échanges en fournissant une unité de compte et une réserve de valeur commune. De plus, des valeurs d'échange relatives se développeraient, permettant d'établir des ratios de prix entre les biens et services échangés.

    L'arrivée de Vendredi sur l'île marque une étape importante dans l'économie de Robinson Crusoé, car elle ouvre la voie à une économie de marché restreinte. La division du travail, les mécanismes d'échange et l'utilisation éventuelle d'une monnaie créent un cadre permettant d'accroître l'efficacité économique et de tirer parti des avantages de la spécialisation. Cependant, ces développements nécessitent une coordination et une communication efficaces entre les individus pour surmonter les défis initiaux et maximiser les gains économiques mutuels.

    Analyse des concepts économiques à travers l'histoire de Robinson Crusoé

    La trépidante aventure de Robinson Crusoé sur son île déserte offre un terrain fertile pour explorer et comprendre des concepts économiques fondamentaux. Dans cette section, nous plongerons dans l'application de ces concepts à son histoire, en examinant comment la rareté, l'utilité marginale, la demande et l'offre façonnent ses choix et ses décisions économiques.

    A. La notion de rareté et d'utilité marginale

    1. L'importance des ressources limitées sur l'île

    L'île déserte de Robinson Crusoé fournit un environnement où les ressources sont limitées et précieuses. L'abondance limitée de ressources comme la nourriture, l'eau et les matériaux de construction met en lumière la notion de rareté. Robinson doit faire des choix judicieux quant à l'utilisation de ces ressources pour satisfaire ses besoins essentiels et optimiser sa survie.

    2. Les choix rationnels en fonction de l'utilité marginale

    La théorie de l'utilité marginale trouve une application directe dans les choix de Robinson Crusoé. Chaque décision qu'il prend pour allouer ses ressources doit tenir compte de l'utilité marginale qu'il obtient en échange de ces ressources. Par exemple, il doit évaluer s'il est plus avantageux de passer plus de temps à la chasse pour obtenir de la nourriture supplémentaire ou de consacrer davantage de temps à la construction d'un abri pour sa sécurité.

    B. Les concepts de demande et d'offre sur l'île déserte

    1. L'influence de la disponibilité des biens sur la demande

    L'histoire de Robinson Crusoé montre comment la disponibilité limitée de certains biens affecte la demande. Lorsque les ressources sont rares, la demande pour ces ressources cruciales, telles que la nourriture, l'eau et les abris, augmente considérablement. Cela illustre comment les niveaux relatifs de rareté façonnent la façon dont les individus évaluent et valorisent les biens.

    2. L'impact des variations de l'offre sur les prix relatifs

    Les variations dans l'offre de biens influent sur les choix de Robinson Crusoé. Par exemple, une récolte fructueuse de fruits pourrait temporairement réduire la demande de chasse pour obtenir de la nourriture. Ces variations d'offre et de demande créent des fluctuations dans les choix de production de Robinson et dans la manière dont il alloue ses ressources limitées.

    En analysant les concepts économiques à travers l'histoire de Robinson Crusoé, nous gagnons une compréhension plus profonde de leur pertinence dans des situations du quotidien. L'île déserte agit comme un laboratoire économique où les principes de rareté, d'utilité marginale, de demande et d'offre prennent vie, nous montrant comment ces concepts influencent les décisions économiques, même dans des environnements extrêmes.

    Étude des institutions économiques dans le contexte de Robinson Crusoé

    Les circonstances extraordinaires de l'île déserte de Robinson Crusoé offrent une toile de fond intrigante pour explorer les mécanismes et les impacts des institutions économiques. Dans cette section, nous analyserons comment les normes, les règles et les systèmes institutionnels émergent et interagissent dans cet environnement isolé.

    A. L'évolution des normes et des règles de la société

    1. L'émergence de contrats et d'accords entre Robinson Crusoé et Vendredi

    À mesure que Robinson Crusoé et Vendredi établissent une relation économique, des contrats et des accords informels commencent à émerger. Ces accords définissent les termes des échanges, les obligations mutuelles et les responsabilités partagées. Cela montre comment même dans un environnement isolé, les individus développent des règles pour régir leurs interactions économiques.

    2. Les mécanismes de résolution des conflits et de garantie des droits de propriété

    Face aux conflits potentiels et aux problèmes de droits de propriété sur l'île, Robinson Crusoé et Vendredi doivent mettre en place des mécanismes de résolution des conflits et de garantie des droits. Ils peuvent développer des conventions pour éviter les désaccords, ainsi que des systèmes pour déterminer la propriété légitime des biens produits. Ces mécanismes soulignent l'importance des institutions pour maintenir l'ordre économique.

    B. Les effets des institutions sur les incitations économiques

    1. L'influence des règles sur les décisions d'investissement et d'innovation

    Les règles et les institutions influencent les choix économiques de Robinson Crusoé et Vendredi. Par exemple, l'existence de règles qui protègent les droits de propriété peut encourager l'investissement dans la production de biens durables. De plus, des incitations à innover peuvent émerger si les individus sont assurés de récolter les fruits de leurs efforts.

    2. L'impact des institutions sur la confiance et la coopération entre individus

    Les institutions économiques affectent également la confiance et la coopération entre les individus. Des règles claires et équitables renforcent la confiance mutuelle, ce qui favorise la coopération dans la production et les échanges. En revanche, des institutions défaillantes ou floues peuvent entraver la collaboration économique.

    L'étude des institutions économiques dans le contexte de Robinson Crusoé nous montre comment même dans des environnements isolés, les individus développent des mécanismes pour organiser leurs interactions économiques, résoudre les conflits et créer des incitations à la coopération et à l'innovation. Cela démontre la pertinence universelle des institutions pour façonner les comportements économiques et promouvoir une organisation économique stable et productive.

    Informations complémentaires

    Bibliographie

    • 2018, Claire Pignol, "Robinson Crusoé, usages et mésusages d'un roman", L'Économie politique, Vol 2018/3, n°79), pp32-42

    https://www.wikiberal.org/wiki/Robinson_Cruso%C3%A9

     

     
     
     

    Environnement: BP et Shell ont perdu des milliards dans les énergies renouvelables ineptes !

    "BP et Shell se retirent du marché des énergies renouvelables après y avoir perdu des milliards et voilà ce que ça révèle des discours officiels sur la transition énergétique"

     
    Après avoir investi massivement pour verdir leur image, BP et Shell font marche arrière dans les énergies renouvelables, un virage qui interroge la viabilité économique de la transition énergétique telle qu’elle est aujourd’hui promue. L’échec de ces géants pétroliers met en lumière les limites d’un modèle largement subventionné, plus complexe et coûteux qu’annoncé.


    Atlantico : BP et Shell ont perdu des milliards dans les énergies renouvelables avant de faire marche arrière et de réduire leurs investissements dans le domaine. Que révèle cet échec, selon vous, sur l’affirmation souvent répétée que les énergies renouvelables seraient déjà “moins chères” et intrinsèquement plus compétitives que les énergies fossiles ?

    Les énergies renouvelables sont moins chères que les combustibles fossiles. Réalité : BP et Shell ont perdu des milliards en poursuivant des investissements dans les énergies renouvelables. Si les énergies renouvelables étaient structurellement moins chères et plus rentables, les grandes compagnies pétrolières ne se retireraient pas du secteur et ne déprécieraient pas leurs actifs.
     

    Samuel Furfari : Les difficultés de BP et Shell mettent en lumière le grand mensonge des énergies renouvelables et de tout le lobby qui les soutient. Lors du début de la promotion des énergies renouvelables à travers des contraintes administratives et des directives européennes, l’idée était d’obliger la production d’énergies renouvelables afin de faire baisser les coûts. Progressivement, elles devaient devenir compétitives. Et cela a effectivement fonctionné dans un premier temps. Ce raisonnement a conduit à la directive de 2009, qui obligeait à produire des énergies renouvelables. Avec le temps, les acteurs du secteur et les entreprises se sont toutefois rendu compte que ce n’était toujours pas rentable. En 2018, la directive a été renouvelée, puis à nouveau en 2023. Cela fait donc depuis 2009 que l’on oblige les acteurs à produire des énergies renouvelables, tout en affirmant qu’elles seraient bon marché.

    Si elles étaient réellement peu coûteuses, pourquoi faudrait-il contraindre les gens à en produire pour qu’ils gagnent de l’argent ? La contradiction est évidente, et je ne comprends pas comment ce mensonge continue d’être entretenu. Si c’était réellement un atout économique, il n’y aurait pas besoin de directives imposant la production des énergies renouvelables.

    Il faut cependant préciser une chose importante : le coût de production de l’électricité renouvelable n’est pas très élevé. Le coût marginal est faible, puisque le vent et le soleil ne coûtent rien.

    En revanche, en raison de l’intermittence et de la variabilité, les conséquences sur le réseau électrique sont considérables, et elles se répercutent directement sur les factures. Le problème est donc là : les énergies renouvelables finissent par augmenter le prix de l’électricité, contrairement à ce qui est affirmé partout.

    Tel était donc le discours tenu par les lobbyes des énergies renouvelables y compris les groupes pétroliers comme Shell, BP et bien d’autres pour la promotion des énergies renouvelables. Ils avaient besoin de verdir leur image, car en Europe on déteste les compagnies pétrolières même si tout le monde utilise leurs produits pétroliers. Le pétrole a aujourd’hui mauvaise presse, comme on peut le voir avec la crise au Venezuela. Les investissements faisaient partie de leur stratégie commerciale. Il devient donc nécessaire de se présenter comme une société « verte ».

    Pour cela, ces entreprises ont investi dans les biocarburants, l’éolien et le solaire, avec une fraction de leur budget de communication. Cela leur a permis de soigner leur image et de se présenter comme des acteurs écoresponsables. C’est aussi un moyen de disposer d’arguments face aux tribunaux, car les sociétés dans le domaine de l’énergie sont de plus en plus attaquées par les ONG écologistes pour leur manque d’efforts dans la réduction des émissions de CO₂.

    Mais cette stratégie ne peut fonctionner qu’un temps. Dans un monde globalisé, on ne peut pas continuer ainsi. Les actionnaires internationaux délaissent les entreprises européennes parce qu’ils gagnent davantage ailleurs. Par conséquent, des groupes comme Shell, BP ou Total revoient à la baisse leurs investissements dits « renouvelables ».



    Jean-Pierre Favennec : On se souvient que BP à la fin des années 90 pouvait signifier selon ses dirigeants Beyond Petroleum, au-delà du pétrole. Le sigle de BP faisait alors apparaitre du soleil symbole de cette énergie renouvelable, moins polluante. La stratégie de BP a donc été longtemps orientée vers une importance croissante donnée aux renouvelables, solaire et éolien, et à l’électricité. Son PDG de 2020 à 2023, Bernard Looney, favorisera les investissements dans les renouvelables. Il sera remplacé par Murray Auchincloss, homme du sérail qui sera chargé de redonner la priorité au pétrole et au gaz, plus rentables pour les actionnaires.

    Shell vise une croissance sélective et rentable dans les renouvelables et les solutions bas carbone mais en complément et non en remplacement de ces activités pétrole et gaz avec un recentrage sur les segments les plus rentables.

    il est difficile de chiffrer les pertes ou les manques à gagner des 2 sociétés dans le secteur des renouvelables. Il y a certainement un ralentissement des investissements dans ce secteur et un abandon de certains projets mais il n’y a pas de ligne comptable permettant de chiffrer les pertes.

    Cela ne signifie pas que les renouvelables ne sont pas intéressants. Il est certain que le coût de production de l'électricité à partir du solaire et de l’éolien est souvent plus bas que le coût de production à partir du nucléaire par exemple. Mais ces énergies sont intermittentes et lorsqu'il n'y a pas de soleil ou lorsqu'il n'y a pas de vent il faut des solutions de remplacement. Dans de nombreux pays comme l'Allemagne par exemple la solution de remplacement c'est le charbon ce qui n'est évidemment pas une solution qui permet de faire face au changement climatique. On peut également citer l'exemple de la Chine qui concentre près de la moitié des investissements dans le secteur des renouvelables mais qui continue à produire des quantités très importantes d'électricité à partir du charbon et qui met encore en service quelques nouvelles unités qui sont d'ailleurs des unités destinées à pallier l'intermittence du solaire et de l'éolien.

    Les dirigeants de BP et Shell ont justifié leur virage vert par la pression politique, médiatique et financière (ESG). Peut-on parler d’une transition énergétique pilotée davantage par l’idéologie et la communication que par les fondamentaux industriels et économiques ?

    Samuel Furfari : C’est tout à fait le cas. La transition énergétique n’était pas une exigence de l’industrie et des entreprises. Elle a été imposée par la Commission européenne, ou plus exactement par l’ensemble des chefs d’État, avec notamment le président de la République française en première ligne. Tout le monde était d’accord pour imposer une vision « verte » en affirmant : « Nous sommes les champions du monde, tout le monde va nous suivre et nous aurons une longueur d’avance ».

    Les entreprises ont été contraintes de suivre et de danser au rythme de la Commission européenne. Mais ce type de politique ne peut durer qu’un temps. La réalité finit toujours par s’imposer et les entreprises comme BP et Shell ont fait le choix de s’arrêter.

    Non seulement les entreprises pétrolières ont commencé à faire marche arrière, mais les autres suivront également. Le problème est le même, que l’on soit une entreprise pétrolière, chimique ou mécanique. À un moment donné, toute cette politique ne tient plus économiquement.

    Dans un système comme l’Union soviétique, ce serait possible, car tout cela est faisable d’un point de vue technique. La technologie le permet. Mais nous vivons dans un monde concurrentiel et ouvert. Il n’est pas possible de se permettre de ne pas être compétitif.

    Aujourd’hui, les subventions publiques arrivent à leur limite. Il n’y a plus d’argent pour continuer à financer ce système. L’écosystème des énergies renouvelables pourrait donc s’effondrer et se déliter. Il risque d’y avoir une véritable hécatombe de tout ce qui est « vert », car il est impossible de continuer ainsi, d’investir autant et de continuer à ne pas être rentable.

    L’exemple de BP et Shell montre-t-il que la transition énergétique est beaucoup plus coûteuse, plus lente et plus complexe que ce qu’annoncent les scénarios officiels de neutralité carbone à l’horizon 2050 ?

    Samuel Furfari : Oui, car les scénarios politiques sont construits pour démontrer que la décision politique est la bonne. Il ne faut pas être naïf face à ces exercices. J’ai travaillé sur des scénarios à la Direction générale énergie de la Commission européenne et je sais comment ils sont élaborés. Ils sont conçus pour dire ce que l’on souhaite leur faire dire.

    Tous les scénarios qui présentent des trajectoires optimistes de transition énergétique reposent sur des artifices de calcul. Ils n’ont aucune réalité physique et ne tiennent pas dans la durée. On observe la même logique avec les biocarburants.

    BP, par exemple, a longtemps été un champion des biocarburants. L’entreprise y a beaucoup investi en expliquant qu’elle allait se présenter comme verte, en intégrant une part de biocarburants dans ses carburants. L’idée était que le public n’accepterait pas de payer plus cher, mais serait satisfait d’acheter un produit présenté comme écologique. Or cela n’a pas fonctionné.

    Ils ont donc dû arrêter leurs programmes et leurs projets pour les énergies renouvelables, car ces stratégies se heurtent inévitablement à la réalité des marchés internationaux. Les autres entreprises pétrolières ont fait de même. C’est toute la difficulté de l’Europe : elle pourrait peut-être avoir raison si elle était seule au monde, mais dans un système ouvert et concurrentiel, elle ne peut pas se permettre ce type de politique.

    C’est exactement ce qui se passe avec l’hydrogène. Les entreprises pétrolières ont commencé par suivre Ursula von der Leyen dans cette utopie chimique de produire de l’hydrogène par électrolyse. Tant qu’il y aura une molécule de méthane, dans un monde libre personne ne va produire de l’hydrogène par électrolyse, même avec l’électricité nucléaire, puisque cela coûte par unité d’hydrogène produit sept fois plus qu’avec le méthane du gaz naturel (voir mon livre L’utopie hydrogène)

    Les compagnies pétrolières vont donc limiter et arrêter leurs investissements dans les énergies renouvelables et plus généralement la transition énergétique. Il faut également souligner un autre point essentiel. Les grands actionnaires n’acceptent plus de perdre de l’argent.

    Lorsque l’on compare les rendements des compagnies pétrolières européennes, comme Shell, BP ou Total, à ceux des groupes américains tels que Chevron ou ExxonMobil, on constate que les actionnaires européens sont en train de perdre de l’argent. Les fonds de pension américains ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas là pour financer des pertes, mais pour obtenir des rendements.

    Or, ces rendements se trouvent aujourd’hui dans les énergies fossiles, et non dans les énergies renouvelables. Ils ont donc contraint les conseils d’administration à revoir leur stratégie. Ces conseils d’administration étaient pourtant sincèrement convaincus qu’ils pouvaient réussir dans le « vert ». C’était une conviction forte en Europe. Mais face à la réalité économique, ils ont dû renoncer.

    Jean-Pierre Favennec : La transition énergétique reste évidemment nécessaire : il faut diminuer les consommations de fossiles en commençant par la consommation de charbon et développer des sources de production non carbonées.

    Il semble difficile d'imaginer que l'ensemble de nos besoins en énergie puisse être couvert par les énergies renouvelables : énergie éolienne, solaire ou hydraulique. Une partie de la solution peut venir du nucléaire il y a d'ailleurs une certaine forme de renaissance de cette industrie actuellement.

    L'éolien onshore est relativement peu coûteux mais se heurte souvent à l’opposition de la population voisine, sensible à son impact sur l’environnement. L'éolien offshore est confronté à des investissements couteux et à des problèmes de maintenance liés à l’environnement marin donc corrosif. Le solaire est en pleine expansion et les capacités mise en place chaque année augmentent de manière spectaculaire.

    Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'autres solutions existent également : l'énergie hydraulique, la capture et le stockage du CO, l'hydrogène ... Mais le potentiel de développement de l'hydraulique est désormais limité, la capture du CO 2 reste chère et l'hydrogène est une solution encore coûteuse.

    Pour faire face à l'intermittence du solaire et de l'éolien il faut donc des solutions de remplacement. Le gaz, moins émetteur de CO2 est considéré par beaucoup comme une énergie de transition. Les batteries se développent également mais elles nécessitent des métaux critiques (lithium, cobalt, nickel …) dont les ressources sont limitées et dont l’extraction est polluante.

    Enfin le développement des renouvelables modifie profondément le système de production et de transport de l'électricité et nécessite un renforcement et un développement considérable des réseaux. Ce sont des investissements très importants qu'il faudra prendre en compte.

    Ces différentes contraintes font que la transition énergétique est effectivement plus complexe et plus coûteuse que nous l'avions imaginé il y a quelques années.

    Peut-on tirer de cet épisode une leçon plus générale : la transition énergétique telle qu’elle est conçue aujourd’hui est-elle économiquement soutenable sans subventions massives, contraintes réglementaires et distorsions de marché ?

    Jean-Pierre Favennec : L'une des raisons pour lesquelles BP et Shell ont réduit leurs investissements dans le secteur des renouvelables tient aussi à la rentabilité de ce secteur qui reste plus limitée que la rentabilité que l'on peut obtenir dans le secteur pétrole et gaz. C’est pourquoi des subventions et des aides, désormais plus réduites, ont été nécessaires pour favoriser le développement du solaire et de l’éolien.

    Aussi bien Shell que BP et d'autres sociétés pétrolières continueront à investir dans les renouvelables à un niveau peut-être un peu inférieur à ce qu'il a été il y a quelques années mais les sociétés du secteur énergétique non pétrolier continueront également à investir.

    La transition énergétique est indispensable. Les énergies renouvelables ne pourront pas à elles seules faire face à nos besoins. Mais elles vont continuer à se développer. Il appartient à la puissance publique de trouver un juste équilibre, social et économique, entre la diminution de la consommation des fossiles et le développement des énergies non carbonées.

    Samuel Furfari : Lorsque l’on parle de transition énergétique, il faut se souvenir que ce sont les chocs pétroliers des années 1970 qui ont conduit à la mise en place de politiques en faveur des énergies alternatives, comme on les appelait à l’époque. Les politiciens ont découvert la transition énergétique au travers du changement climatique.

    Cela fait donc plus de cinquante ans que l’on parle de transition énergétique, et après un demi-siècle, nous en sommes toujours au même point. Ce n’est pas un manque de volonté politique qui empêche cette transition, mais la réalité de la physique. Ce n’est même plus un problème de financement : c’est une contrainte technique fondamentale.

    Toutes les solutions proposées au titre de la transition énergétique ne sont pas rentables d’un point de vue macroéconomique. Elles ne tiennent pas économiquement. Il faut donc reconnaître qu’il s’agit d’un problème technique, et non d’un déficit de volonté politique.

    La volonté politique devrait s’aligner sur la réalité et cesser de faire croire que l’on peut réaliser une transition énergétique complète telle qu’elle est présentée aujourd’hui. Il faut rappeler que, en cinquante ans, les seules énergies réellement émergentes ont été l’éolien et le solaire. Le reste existait déjà.

    Or l’éolien et le solaire représentent environ 3 % de l’énergie primaire mondiale. Si, en cinquante ans, on est parvenu à ce niveau, il est illusoire de croire que l’on atteindra 100 % d’ici 2050. Cela ne correspond tout simplement pas à la réalité.

    https://atlantico.fr/article/rdv/bp-shell-retirent-marche-energies-renouvelables-apres-avoir-perdu-milliards-voila-ce-que-revele-discours-officiels-transition-energetique-petrole-eoliennes-Jean-Pierre-Favennec-Samuel-Furfari

     


     

    Après Shell, bp jette l’éponge : le groupe se retire des renouvelables et « remet les gaz » sur les hydrocarbures !

    Mi-janvier, Black Rocks le premier investisseur mondial (10 000 milliards de dollars) se retirait du fonds vert de l’ONU. Mi-février, Shell annonçait à ses salariés stopper tous ses projets éoliens. C’est maintenant au tour du britannique Bp d’enterrer son ambitieuse stratégie climat et de réinvestir massivement…dans les hydrocarbures afin de doper des bénéfices en berne pour satisfaire ses actionnaires.

    Pourtant bp était le groupe énergétique le plus en avance dans la transition. Investissant massivement dans les ENR le géant pétrolier avait comme ambition d’arrêter toute production de pétrole et de gaz d'ici 2030. Adieu veau, vaches, cochon, couvée !

    Après la publication d'un bénéfice net 2024 réduit de…97%, bp n’a d’autre choix que « d’accroître ses investissements et sa production dans les hydrocarbures pour produire de l'énergie à forte marge dans les années à venir » et « sera très sélectifs dans ses investissements dans la transition ». bp reconnaît « trop d’optimisme sur une transition rapide : nous sommes allés trop loin, trop vite ». « Le pétrole et le gaz seront nécessaires pendant les décennies à venir ».

    Les résultats sont sans appel : réduction de 5 milliards de dollars dans les ENR et investissements de 10 milliards dans le pétrole et le gaz. Soit 90% hydrocarbures et seulement 10% ENR. BP avait annoncé en janvier 4.700 suppressions d'emplois en interne soit 5% de ses effectifs.

    Comme je le répète post après post, la transition énergétique est dans une impasse totale. Il faut impérativement poser le crayon et revoir en profondeur tous les accords internationaux (Accord de Paris, Pacte vert) devenus totalement obsolètes. Il faut en Europe revoir le rythme de décarbonation sous peine de se suicider sur l'autel de la vertu !

     Philippe Charlez


     

    https://lnkd.in/d5GUk4rA

     


     

    Philippe Charlez

    Philippe Charlez, né le 31 janvier 1956 à Mons (Belgique), est un expert en énergie français. 

    Biographie

    Philippe Charlez est ingénieur civil des Mines de la Faculté Polytechnique de Mons (promotion 1979), puis il obtient en 1983 un doctorat sur la Fracturation hydraulique à l’Institut de Physique du Globe de Paris alors dirigé par Claude Allègre. Philippe Charlez effectue la majorité de sa carrière dans l’industrie pétrolière qu’il rejoint en 1982. Expert en Mécanique des Roches durant 12 ans, il occupe ensuite différentes positions de management en France et à l’étranger (Colombie, Écosse, Angola, Kazakhstan).

    Récompenses

    Philippe Charlez a été Distinguish Lecturer de la Society of Petroleum Engineers en 2000-2001. 

    Engagements publics

    Philippe Charlez est expert énergétique pour l'Institut Sapiens. Il a publié pour ce think tank de nombreuses tribunes et études. Il est aussi membre d’ASPO France et de la Société d’Économie Politique. Il enseigne sur la thématique de la transition énergétique, de la croissance économique et du climat à Mines Paris Tech, l’ISSEP, l’Institut Galilée, Dauphine, Science Po et au Centre International de Formation Européenne.

    Il a été entre 2013 et 2017 l’expert énergie du parti centriste Nouveau Centre et de 2020 à 2021 le conseiller aux questions énergétiques du parti Les Républicains.

    Philippe Charlez est aussi chroniqueur régulier pour Valeurs Actuelles, Atlantico, Contrepoints, Les Échos, Opinion Internationale ou Causeur. Il intervient régulièrement comme expert sur des médias radio ou télévisé comme LCI ou Sud Radio.

    Prises de position

    Sur les gaz et les pétroles de schistes

    Dans Gaz et Pétroles de Schistes… en questions, Philippe Charlez aborde le sujet des hydrocarbures non conventionnelles autour de 20 questions couvrant à la fois les aspects techniques, économiques, sociétaux et environnementaux. Il y dénonce l’escroquerie du film Gasland et du robinet en feu. Selon lui, une pollution des aquifères par la « remontée d’une fracture hydraulique sur plusieurs milliers de mètres est techniquement impossible ». Selon lui, ce sont les conditions favorables américaines (et notamment sa loi minière qui confère la propriété d’un gisement à l’individu et non pas à l’État) qui ont permis le développement massif des hydrocarbures non conventionnelles aux États-Unis. Si les conditions économiques (prix du gaz trop bas) et sociétales (rejet environnemental) d’un développement des ressources non conventionnelles n’étaient pas réunies en Europe au cours des années 2010 à 2015, il considère que la flambée des prix du gaz depuis l’été 2021 puis la crise Ukrainienne rebattent les cartes et que la réouverture du dossier gaz de schiste en Europe irait de pair avec la volonté de se défaire à moyen terme du gaz russe.

    Sur la transition énergétique

    Dans Croissance, Energie, Climat. Dépasser la quadrature du cercle Philippe Charlez montre en quoi la conciliation de la croissance économique et des objectifs climatiques est un exercice d’équilibrisme. La décarbonation de la société passe par une électrification massive des usages (habitat, transports, industrie). Il ne croit pas à une croissance 100 % verte à l’horizon 2050, mais à un mix « arc-en-ciel » avec une partie significative d’énergies renouvelables, mais aussi de l’électricité nucléaire et encore 30 % à 40 % de fossiles (presque plus de charbon, moins de pétrole, mais beaucoup de gaz naturel). Il considère que la décarbonation de l’habitat sera la plus rapide, que celle des transports nécessitera de bien différencier distance et puissance (voiture électrique pour courtes distances, hydrogène et biocarburants pour longues distances et fortes puissances -camions, bateaux et peut-être avions). Le plus difficile sera de décarboner l’industrie dont les procédés (acier, ciment, verre) auront toujours besoin de la « flamme fossile ». La compensation par la capture et la réinjection du carbone dans le sous-sol sera donc incontournable pour accéder à la neutralité carbone. À plus long terme, seul le nucléaire pourra totalement décarboner la société. Le projet ITER réalisant la fusion nucléaire représente le principal espoir de libérer l’humanité de sa « geôle énergétique ».

    Sur la croissance économique et la coopération internationale

    Libéral, humaniste et Européen convaincu[1], Philippe Charlez considère que la transition énergétique passe par un juste équilibre entre les trois piliers du développement durable (économique, sociétal et environnemental). Il reste convaincu que la croissance économique et son corollaire qu’est le développement restent les meilleurs alliés de la transition énergétique. Les deux principaux ennemis de la transition sont selon lui l'écologie politique[2] qui hypertrophie le pilier climatique aux dépens de l’économique et du sociétal, et le nationalisme qui hypertrophie l’économique et le sociétal aux dépens du climat. Il pense que l’urgence climatique finira par conduire les grandes nations à une collaboration internationale.

    Sur les mouvements jeunistes face au réchauffement climatique

    Bien que climato convaincu et ayant pris des positions claires vis-à-vis des mouvements climato-sceptiques, Philippe Charlez s’inquiète de la montée des « passions tristes »[3] chez les jeunes. Sorte de melting pot entre la collapsologie, l’écologisme, le marxisme et l’anarchisme qui viserait au retour à une société vernaculaire primitive égalitariste vivant sans libertés et dans la pauvreté absolue. Il est notamment hostile aux prises de position de Greta Thunberg et de ses émules comme les collectifs Youth for Climate et Xrebellion. Le climat est selon lui instrumentalisé au profit d’une double lutte des classes à la fois économique (riches contre pauvres) mais aussi générationnelles (les baby-boomers porteraient le fardeau du réchauffement climatique). Il a appelé cette instrumentalisation le « climato gauchisme » par analogie avec « l’islamo gauchisme ».

    Selon Philippe Charlez la clé n’est pas le militantisme mais la pédagogie[4]. Il regrette notamment que la transition énergétique soit enseignée au lycée comme une photo instantanée sans la replacer dans son contexte historique depuis la révolution industrielle.

    Il s’est aussi montré très critique vis-à-vis de la Convention Citoyenne pour le Climat manipulée selon lui par une écologie de gauche[5].

    Sur les prix de l’énergie

    Dans une étude pour le compte de l’Institut Sapiens, il indique dès 2019 que les prix de l’énergie et en particulier ceux du gaz sont amenés à fortement augmenter dans un contexte de rupture structurelle offre/demande. La réduction structurelle de l’offre se lit en filigrane d’un manque d’investissements dans les nouveaux projets gaziers, tandis que l’accroissement structurel de la demande est liée à l’impossibilité des renouvelables à satisfaire la croissance de la demande électrique, et ce malgré des investissements colossaux (plus de 5000 milliards de dollars entre 205 et 2021). Les renouvelables ne peuvent satisfaire seuls l’accroissement de la demande électrique et auront besoin d’un support. Si ce n’est pas le gaz, ce ne peut être que le nucléaire. Philippe Charlez s’est donc prononcé en faveur du plan Macron décidé à relancer de façon très significative le nucléaire.

    Sur les inégalités

    Dans son ouvrage L’Utopie de la croissance verte : les lois de la thermodynamique sociale, il démontre que comme tous les systèmes présents dans l’univers (galaxie, étoiles, planètes, mais aussi êtres vivants), la société de croissance est une gigantesque structure dissipative. Elle consomme en entrée des ressources matérielles (minerai, humus) et énergétiques (dont 83 % d’énergies fossiles), produit de l’énergie libre sous forme de biens (richesse matérielle) et de services (richesse informative) et rejette dans l’environnement des déchets dont le CO2 responsable du réchauffement climatique. Comme toute structure dissipative, cette production de richesse requiert un système ouvert (libre échange), des inégalités sociales et de l’ordre (c’est-à-dire de l’autorité). Autrement dit, la création de richesses matérielles et d’information sont indissociables d’inégalités. Sans inégalités on stoppe tous les flux, qu’ils soient matériels, financiers ou informatifs et le système ne peut conduire à terme qu’à la pauvreté absolue. Contrairement à une idée imposée par la morale, la réduction de la pauvreté passe par la création de richesses et est donc indissociable d’ordre et d’inégalités. La structure dissipative recouvre les valeurs de droite comme la sélection et la compétition (système inégalitaire), le libre-échange (système ouvert) et l’autorité (système ordonné). Couvrant une infinité d’états inégalitaires possibles il est aussi synonyme de pluralisme.

    Sur la décroissance

    Proche de Jean-Marc Jancovici sur les questions énergétiques et notamment le nucléaire, Philippe Charlez est en revanche fermement opposé au décroissantisme. La décroissance correspond à une société de privations, et non pas, comme le prétend Delphine Batho, à une société du plus. Il considère que notre société de croissance est loin d’être optimisée et a encore de beaux jours devant elle. Il défend la thèse d’un développement durable s’appuyant sur une croissance soutenable. Il est de ceux considérant que nos enfants vivront mieux que nous qui avons vécu bien mieux que nos parents et nos grands-parents. Il reste un irréductible défenseur de la science, du libéralisme et de la société prométhéenne.

    Publications

    Philippe Charlez est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur l’énergie et la transition énergétique. Il publie dans de nombreuses revues scientifiques et générales en particulier La Revue de L’Énergie, la revue Risques, La Revue Parlementaire et la Revue Politique et Parlementaire[6].

    • 1991, Rock Mechanics I, Ed.Technip
    • 1997, Rock Mechanics II, Ed.Technip
    • 2014
      • Our energy future is not set in stone, Ed Technip
      • Gaz et Pétroles de schistes en questions, Ed Technip
    • 2015, The shale oil & gas debate, Ed Technip
    • 2017, Croissance, énergie et climat. Dépasser la quadrature du cercle, Ed De Boek Supérieur
    • 2021, L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale, Ed JM Laffont

    Notes et références


     

     


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