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février 18, 2026

Informations internationales - Mi-février 2026 !

Sommaire:

A) - Dernière trahison de Macron avant 2027 : le partage de la bombe française avec l’Allemagne

B) -  Hichem Haboud - Laurent Nunez à Alger : une visite sous haute tension diplomatique

C) - François-Xavier Roucaut - Trump, le fossoyeur de Fukuyama

D) - Marco Rubio à Munich : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous »

E) - Accord nucléaire civil entre les États-Unis et la Hongrie

F) - Ce qu’attend vraiment l’Afrique : Benoît Chervalier bouscule les idées reçues

 

 


 

A) - Dernière trahison de Macron avant 2027 : le partage de la bombe française avec l’Allemagne

Alors qu’il s’apprête à quitter l’Élysée en 2027 après dix années de pouvoir, Emmanuel Macron multiplie les gestes irréversibles.

Les unes se suivent et se ressemblent : après la soumission à l’OTAN, l’ouverture des frontières, la casse de l’industrie et l’endettement record, voici la dernière ligne rouge franchie.

L’annonce choc à Munich

Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, vendredi 13 février 2026, le président de la République a officiellement annoncé l’ouverture de discussions pour partager la dissuasion nucléaire française avec l’Allemagne et d’autres partenaires européens.

C’était attendu depuis des mois. Le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà « vendu la mèche » dans son discours juste avant celui de Macron. Tout un symbole. S’exprimant en anglais devant le gratin de la défense occidentale, Emmanuel Macron a déclaré :

« Depuis le tout début, la dissuasion nucléaire française a toujours eu une inspiration européenne. Le général de Gaulle, dans les années 60, parlait déjà des intérêts vitaux de la France, mais ces intérêts vitaux comprenaient aussi une dimension européenne. Tous mes prédécesseurs ont répété cette approche. Nous devons réarticuler la dissuasion nucléaire dans cette perspective. C’est pourquoi, d’ici quelques semaines, nous allons commencer un dialogue stratégique avec le chancelier Merz, mais aussi avec d’autres dirigeants européens, pour voir comment articuler notre doctrine nationale avec les intérêts de sécurité d’autres pays. Pour la première fois, cela se fera avec l’Allemagne. »

Macron a insisté : ce dialogue est « important en lui-même » et permettra « une approche holistique de la défense européenne ». Il a même confié y penser « depuis 2019 ». Traduction : la France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne continentale, s’apprête à mettre son arme ultime sur la table de négociations avec Berlin.

 


 

Le réarmement massif de l’Allemagne : un danger historique

Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement inquiétant : le réarmement accéléré de l’Allemagne. Berlin a modifié sa Constitution en 2025 pour contourner les règles de dette et débloquer des investissements militaires colossaux estimés entre 1.000 et 1.500 milliards d’euros sur dix ans. L’objectif affiché : porter les dépenses de défense à 3,5 % du PIB d’ici 2029, un niveau jamais vu depuis la Guerre froide.

Rheinmetall, géant de l’armement, a inauguré en un temps record une usine capable de produire jusqu’à 350.000 obus de 155 mm par an dès 2027. Les commandes pour l’armée allemande atteignent déjà 8,5 milliards d’euros. On parle même de rétablir le service militaire obligatoire et d’obliger les entreprises civiles à se reconvertir dans la production de défense.

L’histoire allemande montre que chaque grande phase de militarisation s’est terminée par une agression : 1870 contre la France, 1914, 1939. Avec 83,5 millions d’habitants contre 68,5 pour la France et une supériorité économique et industrielle écrasante, l’Allemagne pourrait rapidement redevenir la première puissance militaire du continent.

Partager la dissuasion nucléaire française dans ce cadre, c’est offrir à Berlin une influence directe sur l’arme la plus stratégique de l’Europe au moment précis où elle reconstitue une capacité de projection de puissance inédite depuis 1945.

Macron, facilitateur d’une Europe allemande ?

Macron, loin de s’en inquiéter, joue les facilitateurs. Il minimise les guerres mondiales en les qualifiant de « guerres civiles européennes », réécrit l’histoire pour justifier l’alliance, pousse pour une dette commune européenne de 800 milliards d’euros destinée à l’armement, et organise des dialogues stratégiques franco-allemands au plus haut niveau.

Pour beaucoup de Français, cette annonce est vécue comme une trahison ultime.

La dissuasion nucléaire, avec l’espace maritime et le siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, constitue l’un des derniers atouts réels de la France dans un monde en déclin brutal pour elle.

La brader à un voisin historiquement expansionniste, au moment où Macron prépare sa reconversion européenne post-2027 et jouit d’une cote de popularité absolument incompatible avec ce type de dédision (plus de 85 % de français le rejettent), ressemble à un marchandage personnel : céder les joyaux de la couronne en échange d’un strapontin confortable à Bruxelles.

Les souverainistes se mobilisent face à l’urgence

Pendant ce temps, les souverainistes se rassemblent. Samedi et dimanche derniers, autour de Philippe Murer puis de Florian Philippot, les appels à l’union pour 2027 se multipliaient :

« La situation est trop grave pour les chapelles. Il y a deux destins pour la France : dépérir dans l’Union européenne ou se libérer pour redevenir grande, prospère et indépendante. »

Dans quelques semaines, Emmanuel Macron prononcera un discours de fond sur la doctrine nucléaire. Tout porte à croire qu’il y officialisera ce que Munich a déjà révélé : la France de 2026 n’est plus maîtresse de son destin nucléaire. Elle le partage avec l’Allemagne.

Les Français, appauvris et affaiblis, paieront la note. Une trahison de plus. La dernière, peut-être, avant le départ. Mais dont les conséquences, elles, risquent de durer bien au-delà de 2027.

https://multipol360.com/derniere-trahison-de-macron-avant-2027-le-partage-de-la-bombe-francaise-avec-lallemagne/

 


B) -  Hichem Haboud - Laurent Nunez à Alger : une visite sous haute tension diplomatique

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, s’est rendu à Alger les 16 et 17 février pour tenter de relancer une coopération sécuritaire grippée depuis de longs mois entre Paris et Alger. Officiellement consacré à la lutte contre le terrorisme, son déplacement dépasse largement le simple cadre technique : il s’inscrit dans une relation bilatérale fragile, marquée par des crispations politiques récurrentes, des rappels d’ambassadeurs et une méfiance mutuelle devenue presque structurelle.

Fait notable, la visite intervient sans préalables publics ni gestes d’apaisement préparatoires. Un choix qui intrigue les observateurs : Paris parie manifestement sur le dialogue direct, tandis qu’Alger conserve une posture oscillant entre coopération pragmatique et confrontation mémorielle.

Le ministre était accompagné des responsables des principaux services de sécurité français – police nationale, gendarmerie et renseignement intérieur –, signe du caractère hautement opérationnel de la mission. Le programme prévoyait des entretiens avec son homologue Saïd Sayoud ainsi qu’une audience avec le président Abdelmadjid Tebboune.

Migration, terrorisme, narcotrafic : le triptyque sécuritaire

Les discussions ont porté sur trois dossiers majeurs qui structurent traditionnellement la coopération entre les deux pays :
la lutte antiterroriste et le partage de renseignement dans l’espace sahélo-maghrébin
l’immigration irrégulière et la question sensible des laissez-passer consulaires
les réseaux de trafic de drogue reliant les deux rives de la Méditerranée

Ces sujets constituent historiquement le socle le plus solide de la relation franco-algérienne. Même dans les périodes de crise diplomatique, la coopération sécuritaire n’a jamais totalement disparu. Elle fonctionne comme une nécessité mutuelle : la France dépend d’informations régionales cruciales, tandis que l’Algérie bénéficie d’un accès technologique et opérationnel européen.

Cette visite représente la plus importante séquence sécuritaire depuis celle du chef de la diplomatie française en 2025, mais intervient dans un climat politique autrement plus sensible.

Le poids du contentieux mémoriel

Au-delà des enjeux techniques, la dimension politique domine. La relation franco-algérienne traverse une nouvelle phase de tension alimentée par la question mémorielle. Le président Tebboune a récemment remis au premier plan la demande d’excuses officielles de la France pour la période coloniale, transformant un débat historique en levier diplomatique permanent.

Cette centralité de la mémoire complique toute avancée pragmatique : chaque tentative de coopération est susceptible d’être rattrapée par la symbolique historique. Paris cherche à isoler les dossiers sécuritaires du conflit mémoriel ; Alger tend au contraire à les imbriquer.

Dans ce contexte, la visite de Laurent Nunez apparaît comme un exercice d’équilibrisme. Elle vise à maintenir un minimum de coopération opérationnelle tout en évitant de nourrir une polémique politique.

Entre pragmatisme sécuritaire et méfiance politique

Le déplacement comporte donc un risque évident de faux pas diplomatique. Les coopérations ont été gelées à plusieurs reprises ces dernières années et la confiance demeure limitée. Le pouvoir algérien alterne ouverture tactique et fermeté politique, utilisant souvent la relation avec la France comme variable interne de légitimation.

Dès lors, l’objectif réel de la visite semble moins être une normalisation globale qu’une stabilisation minimale : empêcher la rupture totale dans des domaines où les deux États restent interdépendants.

Mais les contradictions persistantes de la relation franco-algérienne – coopération nécessaire d’un côté, rivalité politique de l’autre – laissent planer un doute sur la portée concrète du déplacement. Le dialogue est relancé, certes, mais sans garantie qu’il dépasse le cadre strictement sécuritaire.

En somme, cette visite illustre la nature paradoxale du lien entre Paris et Alger : une relation qui ne peut ni se rompre, ni réellement s’apaiser.

https://nouvellerevuepolitique.fr/hichem-haboud-laurent-nunez-a-alger-une-visite-sous-haute-tension-diplomatique/

 


C) - François-Xavier Roucaut - Trump, le fossoyeur de Fukuyama

L’avènement du trumpisme fait vaciller les certitudes d’une psyché occidentale qui s’était progressivement idéologisée, tout au long de cette ère du « monde unipolaire » régenté par les États-Unis. Les démocraties libérales occidentales se sont en effet progressivement muées en États libéraux, adoptant de façon incrémentielle le logiciel libéral anglo-saxon, présenté comme le sens de l’Histoire, l’incarnation du Bien et du Progrès, l’idéal vers lequel devait tendre toute société « rationnelle » et moderne.

L’État libéral repose, selon Fukuyama — qui en prophétisait l’avènement dans son célèbre essai La Fin de l’histoire et le Dernier homme —, sur deux piliers : un pilier droit, prônant la compétition économique, celle du néolibéralisme globalisé, et un pilier gauche, militant pour l’égalitarisme sociétal, « l’isothymie », selon le terme de Fukuyama, c’est‑à‑dire la quête de l’égalité pour ce qui concerne « l’économie de la reconnaissance ». L’État libéral est par ailleurs d’essence individualiste et au service de l’épanouissement de l’individu, ainsi qu’à celui de ces associations d’individus ayant une caractéristique en partage que sont les communautés. Enfin, l’État libéral, à l’instar des régimes idéologiques qui l’ont précédé – l’État fasciste (en particulier le régime nazi et son Reich appelé à durer « mille ans ») et l’État socialiste (à l’exemple des régimes communistes et de leur Internationale qui « sera le genre humain ») –, est une téléologie, censément la forme ultime et parachevée de l’organisation humaine, apportant la paix (grâce à l’isothymie) et la prospérité (grâce au néolibéralisme) à l’ensemble de l’humanité ; inaugurant dès lors l’ère de la « Fin de l’Histoire ».

Le principe de l’État libéral est donc d’associer la psyché de droite, hiérarchique, qui s’épanouit dans cette ultime compétition qu’offre le libre‑échange mondialisé, à celle de gauche, égalitaire, qui épanche sa soif de justice sociale dans l’établissement d’une « économie de la reconnaissance » administrée, au sein de laquelle individus et communautés sont placés dans une parfaite égalité en termes de représentativité, en fonction de différents paramètres sociétaux (genre, ethnie, appartenance culturelle, orientation sexuelle, morphotype, handicap…). Cette association entre libéralisme économique et libéralisme sociétal a même, ces dernières années, confiné à la synergie, avec ce phénomène nommé « capitalisme woke », selon lequel l’égalitarisme sociétal, en rendant les sociétés plus productives, inciterait les forces capitalistiques à militer pour cet égalitarisme afin de maximiser leurs profits.

L’avènement de l’État libéral est à l’origine de ces nouveaux totems et tabous qui définissent notre époque, marquant une rupture ontologique d’avec les repères hérités de l’après-guerre. Le néolibéralisme est à l’origine de la doxa libre‑échangiste, des vertus cardinales de la libre circulation (des biens, des capitaux, des services et des personnes) et du credo consumériste (à l’inverse du productivisme colbertiste qui animait autrefois la psyché française). Le consommateur est priorisé face au citoyen, les intérêts marchands le sont face aux intérêts stratégiques, tout comme les structures supranationales le sont face aux intérêts nationaux. Le libre-échange est désormais considéré comme la condition sine qua non de la prospérité, et ses freins (comme le protectionnisme) comme des abominations rétrogrades à combattre ; en particulier par une droite ayant abandonné la virtù aristocratique du gaullisme, cette « noblesse oblige » de l’élite envers un peuple dont elle est l’émanation.

L’isothymie sert de postulat idéologique aux combats de gauche de notre temps, et s’incarne dans un égalitarisme sociétal institutionnalisé, vendant à l’opinion cette nouvelle utopie des lendemains qui chantent égalitaires, succédant au socialisme. Un égalitarisme sociétal qui, dans sa forme radicale et révolutionnaire, sera affublé du terme « wokisme » (une synecdoque puisqu’il ne concernait à l’origine que l’éveil des consciences face aux inégalités liées à la race). L’isothymie représente de fait l’axiome commun à toutes ces névroses égalitaristes qui travaillent les sociétés contemporaines : du wokisme à l’islamo-gauchisme, des safe spaces aux micro‑agressions, de la critique de la « masculinité toxique » et du patriarcat à la promotion de l’écriture inclusive et du matriarcat, des comités Équité‑Diversité‑Inclusion au culte de la diversité et du métissage, de la mise au pilori d’une culture occidentale contrainte à la repentance à la célébration « völkisch » des minorités… La conversion de la gauche française à cette matrice idéologique, actée par la célèbre note du think tank Terra Nova, a donc signé la victoire de l’isothymie, partagée, à divers degrés, du centre macroniste à l’extrême‑gauche mélenchoniste, et poussée parfois jusqu’à l’absurde par des passionarias comme Sandrine Rousseau.

Enfin, l’axiome individualiste de l’État libéral érige la conquête des droits individuels comme l’ultime horizon du progrès, leur donnant désormais préséance sur toute considération collective. De la même manière, par extension, les revendications communautaristes prennent désormais le pas sur toute velléité d’assimilation, cette dernière étant désormais associée à une insupportable atteinte aux libertés individuelles. L’avènement de l’État libéral a ainsi provoqué le morcellement d’une société française autrefois culturellement homogène en une mosaïque d’individus et de communautés, une « archipélisation », selon l’expression de Jérôme Fourquet, sous l’effet double du multiculturalisme et de l’individualisme. Tout autant que le militantisme pour les droits individuels est devenu le nouvel étendard du progrès, marquant ce nouveau clivage séparant progressistes et conservateurs. Ce qui se traduit par la mise en exergue de ces thématiques qui phagocytent désormais le débat public, comme les questions du genre, de l’euthanasie ou de l’avortement ; des droits d’ailleurs libéralisés au point d’être désormais sans considération pour la réalité biologique, la mort prévisible ou la durée de gestation, au sein de ces entités ultra‑libérales que sont le Canada ou certains États américains…

L’État libéral constituait l’horizon politique indépassable de l’ère de la mondialisation. « La Révolution libérale mondiale » vantée par Fukuyama a modelé les sociétés contemporaines et imprégné jusqu’à la société française, pourtant historiquement peu encline au libéralisme anglo‑saxon. Toutefois, l’État libéral, à l’exemple des régimes idéologiques qui l’ont précédé, s’effondre à son tour sous le poids de ses propres contradictions. L’Amérique, berceau de cette révolution, amorce désormais son aggiornamento, en adoptant, dans un brutal retour de balancier, cette contre-révolution « illibérale », laquelle, selon les mots de Joseph de Maistre, ne constitue non pas « une révolution en sens contraire, mais le contraire de la révolution » qu’a été l’instauration de l’État libéral. Ainsi, de la même manière que, lors de l’effondrement des États socialistes, avait succédé au collectivisme totalitaire du communisme un capitalisme sauvage et débridé, on voit aujourd’hui se dresser face à l’isothymie autoritaire promue par le wokisme une « mégalothymie » tempétueuse et brutale, incarnée en la personne de Donald Trump.

François-Xavier Roucaut 

  François-Xavier Roucaut est psychiatre au Québec, et professeur adjoint de clinique à l’Université de Montréal. Contributeur à La Nouvelle Revue Politique, il livre une série d’analyses s’inscrivant dans une lecture psychologique du libéralisme anglo-saxon, ainsi que de la dialectique libérale-illibérale à l’œuvre au sein des démocraties occidentales.

https://nouvellerevuepolitique.fr/francois-xavier-roucaut-trump-le-fossoyeur-de-fukuyama/ 




 

D) - Marco Rubio à Munich : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous »  

L’Europe est devenue jetable, selon les analystes Glenn Diesen et Einar Tangen

Dans un entretien décapant diffusé le 16 février 2026, le professeur norvégien Glenn Diesen et le chercheur sino-américain Einar Tangen reviennent sur le discours de Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité. Leur conclusion est sans appel :

les États-Unis ont officiellement tourné la page de la multipolarité et veulent ressusciter une domination occidentale pure et dure.

L’Europe n’est plus un partenaire, elle est un pion… et un pion jetable.

Rubio à Munich : le retour assumé de l’impérialisme

Pour Diesen et Tangen, le discours de Marco Rubio (secrétaire d’État de la deuxième administration Trump) est « le plus fascinant et le plus inquiétant » de toute la conférence. Rubio y a explicitement regretté la fin des « cinq siècles de glorieux empires occidentaux », imputant le déclin de l’Occident à la Seconde Guerre mondiale, aux révolutions communistes… et surtout aux indépendances anticoloniales.

« Il ne parle plus de multipolarité, ni même d’équilibre des puissances. Il parle de restauration de la domination occidentale », résume Diesen. Rubio tend la main aux Européens : « Joignez-vous à nous pour diriger le monde, sinon nous le ferons seuls. »

Einar Tangen va plus loin : « C’est une déclaration d’intention claire. Les États-Unis ne veulent plus être le gendarme du monde pour éviter une troisième guerre mondiale. Ils ne veulent plus qu’une chose : leurs propres intérêts, même si cela signifie la loi de la jungle. »

L’Europe, « jetable » pour Washington

Les deux experts insistent sur un point particulièrement humiliant pour les Européens : dans la nouvelle stratégie américaine, l’Europe n’a plus aucune valeur stratégique réelle.

  • Elle est « brisée » (comme l’avait moqué JD Vance l’année précédente, voir ici).
  • Elle est trop dépendante, trop faible, trop coûteuse.
  • Elle n’est utile que comme force d’appoint contre la Chine.
Scholz lui-même, dans son discours à Munich l’année précédente, n’avait fait que supplier : “Emmenez-nous avec vous.” Pas d’appel à l’ONU, pas de vision d’un monde meilleur, juste “ne nous abandonnez pas”. Aujourd’hui, son successeur Friedrich Merz, qui a ouvert la conférence 2026 en tant que chancelier, n’a guère fait mieux : il a plaidé pour “réparer et raviver la confiance transatlantique” sans proposer la moindre alternative stratégique autonome.

Diesen ajoute : « Après 80 ans de partenariat junior, les Européens ont du mal à admettre qu’ils sont désormais à l’extérieur de la table. »

La Chine, partenaire de substitution pour l’Europe ?

Face à cette réalité, les deux intervenants plaident pour un rééquilibrage urgent entre l’Europe et la Chine.

L’Europe souffre d’une croissance anémique (1 % en 2024, 1,4 % estimé en 2025) contre plus du double aux États-Unis et quatre fois plus en Chine. Son énergie coûte trois fois plus cher qu’aux États-Unis et jusqu’à 25 % plus cher qu’en Chine. Les sanctions et le découplage imposés par Washington n’ont fait que renforcer la dépendance européenne aux États-Unis… tout en laissant la Chine avancer seule.

« La relation avec la Chine doit redevenir transactionnelle », explique Tangen. « Achetez les panneaux solaires les moins chers, les véhicules électriques les plus compétitifs. C’est dans l’intérêt des citoyens européens, pas dans celui des idéologues de Washington. »

Il évoque même l’idée audacieuse que l’Europe pourrait, à terme, rejoindre les BRICS ou créer des formats multilatéraux (Japon-Russie-Chine-Corée du Sud par exemple) pour traiter les questions énergétiques, alimentaires et commerciales sans passer par Washington.

La capture des élites européennes : le dossier Epstein en filigrane

Les deux hommes n’éludent pas un sujet explosif : la « capture des élites ». Einar Tangen évoque ouvertement les dossiers Epstein et le fait que de nombreuses élites européennes (et pas seulement) y apparaissent. « C’est une toile d’araignée qui mêle sexe, secrets, renseignement et chantage. Cela explique en partie pourquoi tant de dirigeants européens restent alignés sur Washington même quand cela va contre leurs intérêts nationaux. »

Diesen renchérit : « Les élites européennes préfèrent défendre un système idéologique mort plutôt que de regarder en face l’échec économique de l’Union et de la zone euro. »

Nostalgie des années 1990 contre réalité multipolaire

Pour Glenn Diesen, tout le discours occidental actuel repose sur une immense nostalgie : le moment unipolaire des années 1990, présenté comme « la fin de l’Histoire » (Fukuyama). Rubio et les néoconservateurs veulent y revenir par la force, quitte à « brûler le monde » et abandonner toutes les institutions internationales qui ne servent plus exclusivement les intérêts américains.

Tangen conclut avec lucidité : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Les années 1990 sont mortes. Accepter la multipolarité n’est pas une trahison, c’est simplement reconnaître la réalité du pouvoir aujourd’hui. C’est la seule voie vers la stabilité et la prospérité pour l’Europe. »

L’année 2026, avec les midterms américaines et les premières conséquences concrètes de la deuxième administration Trump, sera, selon eux, « très révélatrice ». L’Europe a encore le choix : continuer à suivre un empire qui la méprise… ou enfin redevenir actrice de son propre destin.

La balle est désormais dans le camp des Européens. Mais le temps presse.

https://multipol360.com/marco-rubio-a-munich-lamerique-va-restaurer-lempire-occidental-avec-ou-sans-vous/




E) - Accord nucléaire civil entre les États-Unis et la Hongrie

Budapest, 16 février 2026 – Le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó ont signé ce lundi un accord intergouvernemental de coopération nucléaire civile. Une cérémonie officielle à laquelle a assisté le Premier ministre Viktor Orbán, qui a qualifié l’événement d’entrée dans un « âge d’or » des relations américano-hongroises.

Un accord stratégique pour diversifier l’énergie hongroise

L’accord prévoit plusieurs décennies de coopération dans le nucléaire civil. Pour la première fois, la Hongrie pourra acheter du combustible nucléaire américain pour compléter ou remplacer ses approvisionnements russes actuels. Washington s’engage également à faire de la Hongrie un hub régional pour les petits réacteurs modulaires (SMR) de technologie américaine et à soutenir la gestion des déchets via des solutions proposées par des entreprises comme Holtec International.

Cet accord s’inscrit dans une stratégie claire de l’administration Trump : réduire l’influence russe dans le secteur énergétique d’Europe centrale. La Hongrie dépend en effet fortement de la Russie pour son parc nucléaire : la centrale historique de Paks utilise du combustible et de la technologie russe, tandis que le projet Paks II (deux réacteurs VVER-1200 de Rosatom) a vu couler son premier béton le 5 février 2026, malgré les sanctions occidentales (partiellement levées pour ce projet en novembre 2025).

La proximité Orbán-Trump au cœur de l’accord

L’accord est le fruit direct de la relation personnelle étroite entre Viktor Orbán et Donald Trump. Le 7 novembre 2025, Orbán a été reçu à la Maison Blanche pour un déjeuner bilatéral et est retourné dans le Bureau ovale après six ans d’absence. Trump y a salué un « nouvel âge d’or » et a apporté son soutien explicite à la réélection d’Orbán aux législatives d’avril 2026, le qualifiant de « véritable ami, combattant et gagnant ».

Marco Rubio, en visite à Budapest, a été encore plus direct : « Le président Trump est profondément engagé pour votre succès, car votre succès est notre succès. » Il a souligné que la relation personnelle entre les deux dirigeants avait permis des avancées concrètes, notamment l’exemption hongroise des sanctions américaines sur le pétrole russe.

Le sommet de Budapest qui n’a finalement pas eu lieu

Orbán avait également tenté de jouer les intermédiaires entre Donald Trump et Vladimir Poutine. En octobre 2025, un sommet Trump-Poutine à Budapest avait été annoncé pour tenter de négocier la paix en Ukraine. Le Premier ministre hongrois s’était réjoui d’accueillir les deux dirigeants sur son sol. Finalement, le sommet a été annulé par Washington en raison des exigences de Moscou pourtant préexistantes, même si Trump a finalement laissé la porte ouverte à une rencontre future. Orbán a continué à affirmer que les préparatifs étaient « toujours en cours », mais le projet n’a pas abouti.

La double proximité d’Orbán : Trump… et Poutine

Malgré ce rapprochement spectaculaire avec Washington, Viktor Orbán maintient des liens étroits avec Vladimir Poutine. Le 28 novembre 2025, il s’est rendu à Moscou pour une nouvelle rencontre avec le président russe, défendant une « position équilibrée » sur l’Ukraine et continuant à acheter du pétrole et du gaz russes. Paks II reste un projet phare russo-hongrois, financé en grande partie par un prêt russe de 10 milliards d’euros.

Cette double proximité illustre la stratégie pragmatique d’Orbán : diversifier ses sources d’énergie avec les États-Unis pour gagner en souveraineté et en technologie, tout en préservant son partenariat historique avec la Russie pour des approvisionnements bon marché et stables.

Washington, de son côté, voit dans cet accord une opportunité de grignoter le marché nucléaire européen traditionnellement dominé par Rosatom.

Avec les élections hongroises qui approchent en avril 2026, ce rapprochement américano-hongrois prend aussi une dimension politique intérieure : Marco Rubio a clairement fait passer le message que Donald Trump souhaite la réélection d’Orbán. Un soutien qui pourrait s’avérer décisif dans un scrutin serré.

L’accord signé ce 16 février marque donc un tournant : la Hongrie reste fidèle à son équilibre géopolitique atypique, tandis que les États-Unis entendent bien concurrencer la Russie sur son propre terrain historique en Europe centrale.

https://x.com/NathalieE0810/status/2023471853843701838 

https://multipol360.com/accord-nucleaire-civil-entre-les-etats-unis-et-la-hongrie/ 




 

F) - Ce qu’attend vraiment l’Afrique : Benoît Chervalier bouscule les idées reçues

Benoît Chervalier, banquier, essayiste et vice-président du Medef Afrique, était l’invité de la chaîne YouTube de la NRP pour un entretien conduit par Arnaud Benedetti. Fort de plusieurs décennies passées à parcourir le continent, il y décrypte les mutations profondes à l’œuvre en Afrique et remet en cause un certain nombre de réflexes occidentaux qu’il juge dépassés. Son dernier ouvrage, « Ce qu’attend l’Afrique », publié aux éditions de l’Aube, sert de fil conducteur à un échange dense et sans complaisance.

Au fil de l’interview, il analyse les attentes réelles des sociétés africaines, les malentendus persistants avec l’Europe et la recomposition des rapports de force internationaux. Entre aspirations à la souveraineté, exigences économiques et nouvelles alliances stratégiques, Benoît Chevalier esquisse le portrait d’un continent en pleine affirmation, qui entend désormais parler d’égal à égal avec ses partenaires.


 

 

 

 

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