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novembre 06, 2026

Dossier H3 - Libertarien royaliste radical, Liechtensteinois...

" Dans une petite communauté, il n’y aurait pas de « politiquement correct » ni de « wokisme » tels qu’on les observe aujourd’hui. Leurs partisans seraient tenus à l’écart, ostracisés, et relégués dans une sorte de colonie hippie."

Hans Hermann HOPPE 

 

 

 La tentative ratée d'un écrivain égocentrique de faire porter le chapeau à autrui

 Extrait de LewRockwell.com.

Mise à jour : « Cranky Yearnings » de Curtis Yarvin : « Parallèlement au libertarisme radical de Yarvin — qui, selon lui, mènera à l’épanouissement humain —, il est convaincu qu’il n’existe pas d’ordre spontané. L’anarchisme lui est insupportable ; il estime que l’ordre doit être imposé par un État strictement défini mais inattaquable. Il cite le penseur victorien Thomas Carlyle, qu’il décrit comme un « libertarien royaliste », comme source d’inspiration de cette position. Et le revirement de Yarvin, qui l’a conduit à rejeter la démocratie au profit de la monarchie, a été en partie inspiré par un autre libertarien radical, Hans-Hermann Hoppe, qui affirmait que les démocrates suivaient naturellement des incitations à court terme et, ce faisant, faisaient courir des risques incessants à l’État. Les rois, en revanche, sont libres de planifier à plus long terme et sont donc supérieurs. »

 

La tentative ratée d’un écrivain égocentrique de me faire porter le chapeau par association

Par Hans-Hermann Hoppe

9 juin 2025


Il y a quelques mois, l’échange suivant a eu lieu. Je savais bien sûr de quel genre de publication il s’agissait avec *The New Yorker*, et dès la toute première question, j’étais certain que mon nom serait mentionné, quoi qu’il arrive. C’est pourquoi, afin de prévenir toute déformation éventuelle de mes propos, j’ai décidé de répondre. Mais j’ai refusé de me contenter d’une conversation orale et j’ai insisté pour que tout se fasse par écrit, afin de pouvoir prouver ultérieurement ce qui avait été dit et ce qui ne l’avait pas été.


Cher professeur Hoppe,

Je suis rédacteur au New Yorker et je travaille actuellement sur un article consacré au blogueur politique Curtis Yarvin. M. Yarvin m’a décrit comme l’une de ses plus grandes influences. Je viens de terminer la lecture de *Democracy: The God That Failed*, et l’influence de cet ouvrage sur son travail est évidente. Je vous serais reconnaissante de pouvoir m’accorder un entretien pour cet article, afin d’évoquer votre philosophie et son influence sur le mouvement néoréactionnaire ici, aux États-Unis. Auriez-vous un créneau disponible cette semaine ?

Cordialement,

Ava Kofman

 

Chère Madame Kofman,

Je sais que j’ai eu une certaine influence sur Yarvin et nous nous sommes d’ailleurs brièvement rencontrés il y a plusieurs années. Je n’ai pas suivi son parcours de près depuis lors. À mon goût, son style d’écriture a toujours été un peu trop fleuri et décousu.

En ce qui concerne votre demande, je vis en Europe, je ne suis pas très à l’aise avec la technologie et je suis actuellement alité, atteint d’une sorte de grippe. Je pourrais toutefois répondre à quelques questions par e-mail.

Cordialement,

HHH


Cher Monsieur Hoppe,

Merci beaucoup pour votre message. J’espère que vous vous êtes remis de votre grippe, et je vous envoie ci-joint quelques questions par e-mail. N’hésitez pas à les compléter ou à les modifier comme bon vous semble, bien sûr !

1) J’ai regardé votre récente conférence de mars. Voyez-vous certaines de vos idées concernant la transformation de la taille et de la nature de l’État se concrétiser dans des initiatives contemporaines telles que DOGE aux États-Unis ?

2) Quand avez-vous entendu parler pour la première fois du blog de Curtis Yarvin ou quand l’avez-vous lu ? Où vous êtes-vous rencontrés, et comment s’est déroulée cette rencontre ?

3) Yarvin a appelé non seulement à un souverain doté de pouvoirs étendus, de préférence un monarque, mais aussi à un « monarque-PDG ». Je me demandais ce que vous pensiez de son utilisation de la culture de la Silicon Valley et des start-ups comme modèle de gouvernance pour un nouveau régime libertaire réactionnaire : y a-t-il des aspects de ce modèle d’entreprise qui vous semblent convaincants ou non ?

4) Je me demande si vous souhaiteriez ajouter quelque chose ou partager vos réflexions concernant l’influence croissante de penseurs néo-réactionnaires tels que Yarvin ici aux États-Unis, et s’il existe des facteurs auxquels vous attribueriez cette influence.

Je vous remercie vivement et vous adresse mes meilleures salutations,


Ava


 


Chère Madame Kofman,

Je ne regarde pas mes propres vidéos et je ne me souviens pas en détail de ce que j’ai dit ou non.

Quoi qu’il en soit, je vais essayer de répondre succinctement à vos questions.

Je ne constate pas beaucoup de progrès dans la direction que j’aimerais voir prendre les choses. À mon sens, le plus grand danger pour la liberté et la prospérité réside dans la centralisation politique qui ne cesse de s’accentuer. La possibilité de décentralisation, de sortie et de sécession est essentielle à la préservation de la liberté humaine. Doge permettra peut-être d’éliminer quelques excès stupides, politiquement corrects ou « woke » d’un État-providence de plus en plus démesuré, mais cela ne touche même pas au cœur du problème : les dépenses publiques totales et la dette – l’ensemble du complexe militaro-industriel – continuent de croître et d’augmenter sans interruption.

 Mon idéal est un monde composé de milliers et de milliers de Liechtenstein : de petits territoires dirigés par un monarque ou un membre de l’élite naturelle, ayant un intérêt patrimonial établi et à long terme dans son pays (faible préférence temporelle), autofinancé (ne vivant pas lui-même des impôts), doté d’un droit de veto, difficile mais pas impossible à destituer de sa fonction, et autorisant les sous-unités de son pays à faire sécession si elles le souhaitent. (Recherchez « Constitution du Liechtenstein » sur Google).

Cela diffère évidemment considérablement de l’idée selon laquelle les acteurs de la Silicon Valley prendraient le contrôle du gouvernement actuel pour le diriger comme une entreprise (ce que certains partisans de Trump semblent avoir en tête). Mais les États, à l’instar des États-Unis, sont des « bandits sédentaires », des organisations fondées et reposant sur la violence agressive (impôts, expropriations et guerre). Nous ne voudrions pas que ce genre d’organisations soit géré efficacement, tout comme nous ne voudrions pas qu’un camp de concentration soit géré efficacement. Nous voudrions plutôt qu’elles disparaissent.

Comme je l’ai déjà indiqué, je ne suis pas de près les écrits de Yarvin – trop décousus à mon goût. Mais d’après le peu que j’ai pu en retenir, il ne précise pas suffisamment s’il prône le modèle du Liechtenstein ou celui de la Silicon Valley.

C'est un ami qui m'a fait découvrir Yarvin et le fait qu'il m'avait mentionné sur son blog « Unqualified Reservations », il y a peut-être une dizaine d'années, et je l'ai rencontré une fois à peu près à cette époque. Peter Thiel m’avait invité à intervenir sur l’échec de la démocratie, les différences entre les structures d’incitation des propriétaires et celles des locataires ou des gestionnaires, la préférence temporelle, etc. (Thiel avait manifestement lu mon livre sur la démocratie) et Yarvin faisait partie des participants à ce petit rassemblement exclusif.

Quant à la partie « réactionnaire » de votre question : j’entends par là essentiellement rien de plus qu’un retour à la normalité : les hommes sont des hommes, les femmes sont des femmes, une famille normale se compose d’un père, d’une mère et d’enfants, les individus et les groupes sont différents et ont des capacités différentes, chacun est responsable de sa propre vie et de ses propres actes, il ne faut pas rejeter la faute de ses propres échecs et erreurs sur les autres, il faut être aimable et poli, récompenser la réussite et ne pas punir l’échec – oui, il y a des exceptions, mais ce sont des exceptions et non la règle. Les absurdités, les perversions et les déviations par rapport à cet état normal des choses que nous observons partout autour de nous aujourd’hui sont le résultat de l’État-providence actuel, hypertrophié, qui permet à un nombre bien trop élevé d’excentriques et de fous de mener une vie parasitaire aux dépens d’un nombre sans cesse décroissant de personnes productives. Il n’y aurait ni politiquement correct ni « woke-isme » du genre de ceux que nous voyons aujourd’hui dans une petite communauté. Leurs partisans seraient rejetés, mis au ban de la société et relégués dans une sorte de colonies hippies. – À cet égard, je constate quelques progrès. De plus en plus de gens en ont assez des absurdités bien trop évidentes propagées et promues par la « gauche progressiste ». Trump et les personnalités de la Silicon Valley – dont Yarvin, l’un de leurs influenceurs – ont certainement contribué à cette évolution, ce qui n’est pas négligeable ni à sous-estimer, mais ce n’est pas grand-chose non plus. Et de toute façon, la modestie, qui caractérise une personne honnête, un gentleman, n’est certainement pas la force du plus grand « négociateur » du monde. 

J'espère que cela vous aidera. Mes meilleures salutations,

HHH


Cher Monsieur Hoppe,

Merci pour cette réponse très réfléchie. Je suis d'accord pour dire que les travaux de Yarvin semblent osciller entre la vision d'un « patchwork » de mini-États que vous décrivez (avec de nombreux Lichtenstein) et celle d'un gouvernement conçu comme une entreprise. Je ne vois pas comment la « Sovereign Corporation » toute-puissante qu'il décrit ne finirait pas par simplement s'emparer d'autres « SovCorps » plus petites. Je crois avoir entendu parler de cette réunion ou de quelque chose de ce genre. Était-ce après l’élection de Trump, chez Thiel à Los Angeles ? Ou à un autre moment ?

Mes meilleures salutations et merci,

Ava


La réunion a eu lieu environ un an avant le début du premier mandat de Trump, à la résidence de Thiel à San Francisco.

HHH

 And here, then, is The New Yorker.

 

The Best of Hans-Hermann Hoppe

Hans-Hermann Hoppe [send him mail] is distinguished fellow at the Mises Institute and founder and president of the Property and Freedom Society. His books include Democracy: The God That Failed and The Myth of National Defense. Visit his website.

 https://hanshoppe.com/2025/06/ego-maniacal-writers-guilt-association/

 

Europe fédérale ? Non. Il est temps de passer à l'Europe des mille Liechtenstein.

 


« Je rêve d’une Europe de 1000 Liechtenstein. »

Interviewer: Je voudrais souhaiter la bienvenue au studio à notre deuxième invité. Il s’agit du philosophe et économiste de renommée internationale Hans-Hermann Hoppe. Ravi de vous rencontrer, M. Hoppe.

Le rêve d’une Europe unie, l’éternelle nostalgie de l’empire. Faites-vous aussi ce rêve ?

Hans-Hermann Hoppe: Non. Je ne rêve pas du tout de cela. Mon rêve, c’est le rêve d’une Europe composée de 1000 Liechtenstein. Je vais aussi essayer d’expliquer cela. Tout d’abord, il faut se rendre compte qu’il y a une différence entre les États et les entreprises privées. Les États sont des organisations qui ne gagnent pas leur argent en produisant quelque chose que les gens veulent acheter volontairement ou en offrant des services que les gens veulent volontairement. Les États vivent de prélèvements obligatoires, de taxes et de l’impression de leur propre argent. Pour cette raison, les États sont les institutions de l’exploitation. Pour cette raison, les économistes les ont appelés des bandits stationnaires.

I.: bandits stationnaires?

H.: bandits stationnaires. Ils restent au même endroit. Il y a aussi des bandits itinérants qui seraient …

I.: … seraient des bandits de grand chemin. Des bandits de grand chemin institutionnalisés, pour ainsi dire, c’est ça l’État ?

H.: Voilà. Ils sont institutionnalisés. Et, bien sûr, les États, en tant qu’organisations de bandits, ont intérêt à augmenter leur butin. Eux, y compris l’ensemble de la fonction publique, vivent aux dépens des personnes productives. Mais lorsque cette exploitation devient trop sévère, les gens ont tendance à migrer vers d’autres régions.

Par conséquent, les États ont tendance à étendre leur territoire. Une des façons dont ils tentent de s’étendre est de faire la guerre. Après tout, ils peuvent répercuter les coûts de la guerre sur la population, alors qu’une personne ou une organisation privée devrait supporter elle-même les coûts de l’agression. Les États sont donc par nature plus belliqueux que les organisations de droit privé.

I.: Si je peux me permettre, M. Hoppe. Vous appelez en fait à une Europe de mille Liechtenstein. La Suisse est probablement déjà trop grande pour vous.


H.: Trop grande !

I.: Trop grande comme organisme. Dans ce paradigme, nous sommes, pour ainsi dire, la superpuissance imaginaire. Mais cette atomisation de l’Europe n’est-elle pas une invitation pour les États prédateurs, qui ont aussi des prédateurs dans leurs armoiries ? Comme la Russie, par exemple, avec un aigle bicéphale dont les griffes peuvent saisir le terrain de tous les côtés. Cette parcellisation, cette fissuration de l’Europe à travers les mille Liechtenstein n’est-elle pas une invitation aux potentats qui ont malheureusement toujours existé dans l’histoire ?

H.: La réponse serait alors que nous ne pouvons nous défendre contre ces grands États qu’en devenant nous-mêmes un grand État.

I.: Exactement.

H.: Mais les guerres deviendraient alors de très grandes guerres. Les petits États mènent tout au plus de petites guerres relativement inoffensives. Les grands États qui ont émergé des guerres font la guerre comme nous le voyons aujourd’hui.

I.: Vous avez vécu aux États-Unis. Vous vivez maintenant en Turquie. Vous connaissez les grands États ; vous connaissez aussi la logique des grandes puissances. Soyez honnête maintenant : Les grandes puissances ont toujours menti pour trouver une raison de conquérir les petits pays. Elles ont créé de toutes pièces des systèmes métaphysiques ou idéologiques. Alors, n’est-ce pas précisément cette désintégration, cette fragmentation de l’Europe, qui est la chose la plus dangereuse dans la situation actuelle ?

H.: Même les grands États doivent s’assurer du soutien de leur propre population pour les guerres qu’ils entreprennent. Il faut être en mesure d’expliquer clairement la cause de l’attaque à sa propre population. On a souligné, non par hasard, que le plus gros problème pour Poutine n’est probablement pas les événements militaires immédiats, mais le fait que la Russie est un pays où il y a peu d’enfants. Les mères qui perdent maintenant leurs enfants dans la guerre veilleront à ce que le soutien à leur propre pays continue de diminuer.

I.: Et votre argument soutient la thèse selon laquelle Poutine ne peut rien dire ou doit même interdire d’appeler cette guerre une guerre, parce qu’il a peur de perdre le soutien de son pays.

H.: Il faut donc conseiller aux petits États de mener une politique de neutralité stricte. Bien sûr, ils devraient s’armer. Une attaque contre eux ne devrait pas être sans coûts. Néanmoins, si vous savez qu’il n’y a aucune chance de gagner une guerre contre une puissance étrangère, vous devez envisager de vous rendre, car vous voyez qu’il n’y a guère qu’une bande corrompue échangée contre une autre bande corrompue. Par exemple, la guerre en Ukraine : ce n’est pas le cas que l’Ukraine aura été un État occidental démocratique exemplaire. Sur les indices de corruption, ils étaient pires que la Russie. La productivité économique par personne en Ukraine est inférieure à la productivité économique par personne en Russie. Les dirigeants ukrainiens sont corrompus.

I.:Oui. Je peux vous suivre sur le principe : le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Et plus le pouvoir est grand, plus la corruption est grande. Il y a le principe du « small is beautiful », donc peut-être qu’un petit pays est plus facile à gouverner. Mais restons-en à cette volonté de défendre pour le moment. Comment les petits pays sont-ils censés se défendre lorsqu’un grand État assoiffé de pouvoir, assoiffé d’idéologie a soudainement le sentiment qu’il peut écraser certaines régions ? Comment peuvent-ils se défendre ?

H.: Une réponse serait que nous devons aussi former un grand État. Mais un grand État exploite particulièrement lourdement sa population nationale. Voulez-vous que ce soit la réponse à une éventuelle attaque d’un autre grand État ? L’autre variante est bien sûr que les petits États concluent une série d’alliances avec la possibilité d’agir ensemble contre un ennemi. Un droit de veto serait nécessaire, parce qu’on voit le danger, dans l’OTAN, que les petits États – disons les États baltes – parce qu’ils se sentent en sécurité…

I.: … parce qu’ils sont devenus trop confiants.

H.: … se comportent de manière particulièrement effrontée. Et par conséquent, ils pourraient entraîner tout l’Occident dans des guerres, pour ainsi dire.

I.: Maintenant, un tout autre défi : il y a aussi la discussion sur le changement climatique et les réfugiés. Si je vous comprends bien, vous plaidez en fait pour un modèle intergouvernemental coopératif. Il faudrait alors essayer de lutter contre le changement climatique, peut-être par le biais d’une alliance de petits États. Comment voyez-vous le modèle des petits États à la lumière de ces autres prétendus défis mondiaux ?

H.: Je ne suis pas du tout sûr qu’il s’agisse d’un défi mondial ou qu’il ne s’agisse pas d’un problème inventé. Personne n’a nié l’existence d’une chose comme le changement climatique. La question est la suivante : quelle est la contribution humaine à ces problèmes ? Il n’y a en aucune manière une seule réponse. On nous fait croire qu’il existe un consensus scientifique sur les causes exactes de ce phénomène. Cela ne tient pas la route. L’alternative est, si les défis sont tels que le temps se réchauffe, les différentes régions vont naturellement se gouverner différemment parce que la crise se présente différemment dans les différentes régions. Le Groenland est affecté différemment par le réchauffement climatique que les Maldives. Cette idée qu’il devrait y avoir une température mondiale correcte, pour ainsi dire, est complètement absurde.

 

I.: En principe, on pourrait dire que toute cette question du climat est presque une sorte de présomption idéologique de pouvoir.

H.: Ils veulent centraliser et ont choisi ce sujet. Chaque personne s’adapte individuellement à de telles situations. Soit on achète plus de réfrigérateurs, soit on achète plus de climatiseurs, ou quelque chose comme ça. Mais je n’arrive même pas à me mettre d’accord avec ma femme sur la température de la chambre à coucher. Je la voudrais plus froide. Elle l’aimerait plus chaude. Jusqu’à quel point faut-il être mégalomane pour que des personnes, dont l’éducation se situe un peu plus qu’au niveau de la maternelle, croient qu’elles savent elles-mêmes quelle doit être la température moyenne de la planète. Ils présument savoir comment y parvenir en intervenant dans l’économie dans tous les domaines. Ils disent : vous ne pouvez pas manger ça, vous devez boire ça. Vous n’avez pas le droit d’aller là. Mais vous devez aller là, et ainsi de suite.

I.: Eh bien, je pense que beaucoup de gens (en tout cas moi) vous suivent dans cette critique du pouvoir et de l’omniprésence bureaucratique. Mais je dois néanmoins vous mettre un peu au défi ici aussi, M. Hoppe. N’est-il pas vrai que la fondation de l’État fut un succès culturel ? Le célèbre politologue, le grand libéral Dahrendorf a dit : l’État-nation, cette entité un peu plus grande, est toujours le seul cadre approprié pour l’État de droit et la démocratie – qu’avez-vous à dire à Ralf Dahrendorf ? Vous, en tant qu’ancien élève de Habermas.

H.: L’Allemagne fut unifiée par des guerres. L’Italie fut unifiée par des guerres. Même la Suisse est issue d’une guerre.

I.: Une guerre très courte.

H.: Certes, mais toujours à partir d’une guerre, même courte, la guerre du Sonderbund, et un groupe a été obligé d’obéir à l’autre groupe. Vous nous obéissez maintenant ! Bien qu’en soi, la demande était qu’il y ait un accord unifié de tous les cantons, qui en fait n’existait pas. Alors pourquoi devrait-on accepter une déclaration selon laquelle les États-nations sont une grande invention, alors qu’une guerre fut nécessaire pour créer une telle chose à l’origine ?

I.: Mais vous étiez aux États-Unis et les États-Unis sont l’un des rares exemples où l’on peut dire qu’aux XVIIIe et XIXe siècles, l’État-nation libéral a très bien fonctionné, presque comme une entité impériale nationale libérale.

H.: Non, non plus.

I.: Diriez-vous aussi que les États-Unis doivent à nouveau se diviser ?

H.: En Amérique, il y a eu une guerre, une guerre extrêmement brutale, qui, comparée à ce que fait actuellement Poutine en Ukraine, était probablement pire parce qu’ils ont délibérément ciblé la population civile qu’ils voulaient détruire. Aujourd’hui encore, il y a une grande partie du Sud américain qui pense que c’était la guerre d’agression du Nord. Avant cela, l’opinion était similaire à celle de la Suisse : les États individuels pouvaient quitter l’union des États-Unis. Cela a été réglé depuis.

I.: Bon, j’ai aussi échoué ici à vous déséquilibrer quelque peu. Dernière question de notre conversation : Où voyez-vous l’avenir de l’Union européenne ? Où allons-nous maintenant, sous la direction de Mme Guérot : République européenne, entité plus grande, ou bien croyez-vous que le paradigme Hoppéen d’une UE régionaliste plus délocalisée est l’avenir ?

H.: Les États veulent avoir ce que Mme Guérot a dit, bien sûr.

I.: Que va-t-il se passer ?

H.: Je suis sûr que l’idée de base de la communauté européenne est de réduire la concurrence entre les pays. Une politique fiscale commune est introduite, ce qui enlève toute raison aux entités économiques de se déplacer d’un endroit à l’autre. Avec l’euro, la concurrence monétaire a été supprimée, ce qui empêchait auparavant les pays d’imprimer de l’argent à volonté. Ils avaient peur de dévaluer leur monnaie. Avec l’euro, cette crainte n’a plus lieu d’être. La cohésion actuelle de la communauté européenne est essentiellement due au fait que les chefs de bande des États leaders corrompent pratiquement les chefs de bande des États moins solvables. Dès que la puissance économique de l’Europe diminuera en punissant de plus en plus les productifs, ces soutiens ne seront plus possibles. Alors l’Union européenne se disloquera.

I.: Une conclusion qui donne à réfléchir. Si je vous ai bien compris, vous ne croyez pas au fonctionnement de ces institutions d’une Union européenne. Nous sommes déjà arrivés au terme de notre discussion et je vous remercie beaucoup de votre visite au studio.

H.: Merci beaucoup.

 [Note de la rédaction : Au début du mois, le Dr. Hans-Hermann Hoppe est apparu sur SERVUS TV pour un débat intitulé « Sur l’Etat, la guerre, l’Europe, la décentralisation et la neutralité ». Une traduction anglaise de la transcription fut préparée par Leonhard Paul, un étudiant en droit allemand].

Source:  Institut Mises France


 

Hans-Hermann Hoppe....Joyeux anniversaire - 25 hommages en lecture dans l'Université Liberté......!

Hans-Hermann Hoppe fête aujourd'hui ses 77 ans.  

Peu de penseurs vivants ont poussé la théorie libertaire aussi loin que lui. Économiste et philosophe allemand qui a étudié avec Jürgen Habermas avant de passer à l’école autrichienne, Hoppe est devenu l’élève le plus important de Murray Rothbard. Il a pris la praxéologie misésienne et les droits naturels rothbardiens et a essayé de leur donner une base plus solide. Dans son « éthique de l’argumentation », il soutenait que l’acte même de débat raisonné présuppose la propriété de soi et le principe de non-agression. Argumenter, c’est déjà admettre que les personnes, et non les collectifs, sont les unités morales de base. 


Son livre le plus célèbre, Democracy: The God That Failed, attaquait une piété que presque personne, à droite ou à gauche, ne voulait examiner. La démocratie, a-t-il affirmé, n’est pas la couronne de la liberté mais un système qui raccourcit les horizons temporels. Un monarque héréditaire est incité à préserver la valeur capitale du royaume ; un élu est un gardien temporaire qui peut le piller. De ce point de vue, la démocratie de masse récompense la consommation actuelle, la forte préférence temporelle et les politiques de redistribution. L’argument est facile à caricaturer. Il est plus difficile de l’ignorer une fois que l’on remarque le comportement des coalitions en matière de dette publique, d’expansion monétaire et de protection sociale. 

 La conclusion politique de Hoppe est l’anarcho-capitalisme : le droit et la défense sont assurés par des agences privées et des communautés d’alliance plutôt que par l’État. De la même logique du droit de propriété, il a tiré une défense farouche de la liberté d’association – y compris le droit des communautés à l’exclusion. Son influence s’étend à travers le paléolibertarisme et une génération qui traite l’État non pas comme un arbitre mais comme le principal agresseur. Il n’est pas nécessaire d’accepter toutes les conclusions, mais il est impossible de nier que Hoppe a forcé la question que la théorie la plus polie évite : si la propriété privée est le fondement de la paix, quelle part de l’État démocratique moderne est compatible avec elle ?


Creative Deduction 
@CreativeDeduct 
Paléolibertarianisme. Anarcho-capitalisme. École autrichienne d'économie. Substack : http://substack.com/@creativededuction

Joyeux anniversaire à Hans-Hermann Hoppe (77 ans), ce géant de la Liberté qui a su donner à l'anarcho-capitalisme ses fondements logiques les plus inébranlables par le biais de son axiomatique de l'argumentation. Pour ainsi dire!
 
Il a proposé le travail le plus abouti contre la démocratie (lire "Démocratie, le Dieu qui a échoué"), qui passe encore trop souvent pour un régime de Liberté. Hoppe démontre au contraire que la démocratie participe activement au processus de décivilisation (le grignotage du droit naturel).
 
 
 
On lui doit aussi de précieuses lignes sur les ordres naturels de pleine propriété, reposant sur un régalien en concurrence dans une mosaïque de mille Liechtenstein. La voie pour penser et établir la société post-étatique est désormais plus que balisée grâce à lui, dans le sillage du génial Murray Rothbard.
 
À notre tour de faire une différence !
 
Arthur Homines

 



https://x.com/HoppeQuotes/status/2095259007929790746?s=20



HISTOIRES & TENDANCES de Hans Herman HOPPE ! 

Monnaie et intégration monétaire : la croissance des villes et la mondialisation des échanges - HHHOPPE

Au-delà de l’être et du devoir être ! (Murray Rothbard sur Hans-Hermann Hoppe) 

La Société de la Propriété et de la Liberté de Hans-Hermann HOPPE ( Expression 2) 

Dissonance, Hoppe - Mises Institute ! L'Anarcho-capitalisme phagocyté par les "libéralopithèques" ?

L'abandon du libéralisme classique avec Hans-Hermann Hoppe

Plus de Liberté moins d'état ! Entre démanteler les fondements étatique comme les mythes au sein de la plèbe !

La démocratie, une forme d'État dans laquelle une majorité se sert habilement aux dépens d'une minorité 

Hoppe : « Mon rêve est celui d'une Europe composée de 1 000 Liechtenstein. »

Monarchie contre démocratie, Hans Hermann Hoppe

Philosophie libertarienne avec Stéphane GEYRES 

Europe fédérale ? Non. Il est temps de passer à l'Europe des mille Liechtenstein.

La cleptocratie (ou kleptocratie) est le gouvernement (ou le pouvoir) des voleurs.!! Selon HH.HOPPE 

Étatisme, égalitarisme vs Libéralisme: François-René Rideau l'entretien avec Grégoire Canlorbe 

Le libéralisme avec Hans-Hermann Hoppe 

Il faut s'attendre qu'une autre crise(2008), plus grave encore, surviendra. Hans Hermann HOPPE ! 

Pouvoir et marché - Un « grand penseur » à l'œuvre MILEI - Ni "autrichien"; ni libertarien !! 

Contre les médias fiduciaires - Hans-Hermann Hoppe

Hans-Hermann Hoppe : L' État et son coronavirus !! 

Philosophie et méthodologie: L'économie de la gouvernance mondiale - Hans Hermann Hoppe 

Libéralisme et monarchie, compatibilité ? 

Praxéologie - La futilité de l'utilitarisme !

À propos de l'ordre naturel et de son renversement, voire extinction - Hans-Hermann Hoppe

Ma découverte de *L'Action humaine* et de Mises en tant que philosophe Hans-Hermann Hoppe 

À LA MÉMOIRE DE MURRAY ROTHBARD de Joann et Hans-Hermann HOPPE ! 

 

 

Hoppe : « Mon rêve est celui d'une Europe composée de 1 000 Liechtenstein. »

« Les États ont tendance à étendre leur territoire. L'un des moyens qu'ils utilisent pour y parvenir est de mener des guerres. Après tout, ils peuvent répercuter le coût de la guerre sur la population. »
 
« Mon rêve est celui d'une Europe composée de 1 000 Liechtenstein. »

 

 


 
Interviewer : J'ai le plaisir d'accueillir notre deuxième invité en studio. Il s'agit du philosophe et économiste de renommée internationale Hans-Hermann Hoppe. Enchanté, Monsieur Hoppe. Le rêve d'une Europe unie, l'éternel désir d'empire… Partagez-vous ce rêve ? 
 
 Hans-Hermann Hoppe : Non. Je ne rêve absolument pas de cela. Mon rêve, c'est celui d'une Europe composée de mille Liechtenstein. Je vais tenter de vous l'expliquer. Il faut d'abord comprendre la différence entre les États et les entreprises privées. Les États sont des organisations qui ne gagnent pas leur argent en produisant des biens ou des services que les gens souhaitent acheter volontairement. Les États vivent des prélèvements obligatoires, des impôts et de la création monétaire. C'est pourquoi les États sont des institutions d'exploitation. Les économistes les ont qualifiés de « bandits stationnaires ». 
 
 

 
 
 I. : Des bandits stationnaires ? 
 
H. : Des bandits stationnaires. Ils restent au même endroit. Il y a aussi des bandits itinérants qui seraient… 
 
 I. : …des brigands de grand chemin. Des brigands institutionnalisés, en quelque sorte, c’est-à-dire l’État ? 
 
 H. : Exactement. Ils sont institutionnalisés. Et, bien sûr, les États, en tant qu’organisations de bandits, ont intérêt à accroître leur butin. Ils vivent, y compris l’ensemble de la fonction publique, aux dépens des personnes productives. Mais lorsque cette exploitation devient trop sévère, les gens ont tendance à migrer vers d’autres régions. Par conséquent, les États ont tendance à étendre leur territoire. L’un des moyens qu’ils utilisent pour y parvenir est de faire la guerre. Après tout, ils peuvent répercuter le coût de la guerre sur la population, alors qu’un particulier ou une organisation privée devrait supporter elle-même le coût de l’agression. Les États sont donc par nature plus belliqueux que les organisations de droit privé. 
 
 I. : Si je peux me permettre, Monsieur Hoppe, vous appelez en quelque sorte à une Europe de mille Liechtenstein. La Suisse est probablement déjà trop grande pour vous. 
 
H. : Trop grande. 
 
 I. : Une organisation trop vaste. Nous sommes, pour ainsi dire, la superpuissance imaginaire de ce nouveau paradigme. Mais cette atomisation de l'Europe n'est-elle pas une invitation faite aux États prédateurs, dont les armoiries arborent d'ailleurs des prédateurs ? Comme la Russie, par exemple, avec son aigle bicéphale aux serres acérées, capable de s'emparer du territoire de toutes parts. Ce morcellement, cette fissuration de l'Europe à travers les mille Liechtenstein, n'est-elle pas une invitation aux potentats qui, malheureusement, ont toujours existé dans l'histoire ? 
 
H. : Alors la seule façon de nous défendre contre ces grands États est de devenir nous-mêmes un grand État.

I. : Exactement. 
 
H. : Mais alors, les guerres deviendraient de très grandes guerres. Les petits États mènent tout au plus des guerres mineures et relativement inoffensives. Les grands États issus de conflits armés font la guerre comme on la connaît aujourd'hui. 
 
 I. : Vous avez vécu aux États-Unis. Vous vivez maintenant en Turquie. Vous connaissez les grands États ; vous connaissez aussi la logique des grandes puissances. Soyez honnête : les grandes puissances ont toujours menti sur les raisons de conquérir les petits pays. Elles ont inventé de toutes pièces des systèmes métaphysiques ou idéologiques. Alors, n'est-ce pas précisément cette désintégration, cette fragmentation de l'Europe, qui est le plus dangereux dans la situation actuelle ? 
 
 H. : Même les grands États doivent s'assurer du soutien de leur population pour les guerres qu'ils entreprennent. Il faut pouvoir expliquer clairement la cause de l'attaque à sa population. Ce n'est pas un hasard si l'on a souligné que le plus gros problème pour Poutine n'est probablement pas les événements militaires immédiats, mais le fait que la Russie soit un pays où il y a peu d'enfants. Les mères qui perdent aujourd'hui leurs enfants à cause de la guerre contribueront à l'érosion du soutien populaire dans leur pays. 
 
 I. : Votre argument confirme que Poutine ne peut rien dire, voire doit interdire de qualifier cette guerre de guerre, par crainte de perdre le soutien de son électorat. 
 
H. : Il faut donc conseiller aux petits États de mener une politique de neutralité stricte. Bien sûr, ils doivent s'armer. Les attaquer ne doit pas être sans conséquences. Néanmoins, s'il est impossible de gagner une guerre contre une puissance étrangère, il faut envisager la reddition, car on constate qu'on ne remplace qu'une bande de corrompus par une autre. Prenons l'exemple de la guerre en Ukraine : l'Ukraine n'a jamais été un modèle de démocratie occidentale. Sur les indices de corruption, elle était pire que la Russie. La productivité économique par habitant en Ukraine est inférieure à celle de la Russie. Les dirigeants ukrainiens sont corrompus. 
 
I. : Oui. Je partage votre avis sur ce principe : le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Et plus le pouvoir est grand, plus la corruption est grande. Il y a le principe selon lequel « petit est beau », alors peut-être qu'un petit pays est plus facile à gouverner. Mais revenons à cette volonté de se défendre pour le moment. Comment les petits États sont-ils censés se défendre lorsqu'un grand État, ivre de pouvoir et d'idéologie, se croit soudainement autorisé à s'emparer de certaines régions ? Comment peuvent-ils se défendre ? 
 
H. : Une solution serait de former nous aussi un grand État. Mais un grand État exploite particulièrement sa population. Est-ce vraiment ce que l'on souhaite en réponse à une éventuelle attaque d'un autre grand État ? L'autre possibilité est que les petits États forment une série d'alliances leur permettant d'agir ensemble contre un ennemi. Un droit de veto serait nécessaire, car on voit le danger au sein de l'OTAN : les petits États – disons, les pays baltes – se sentent en sécurité… 
 
 I. : … et deviennent trop confiants. 
 
 H. : … se comportent de manière particulièrement téméraire. Et, de ce fait, ils pourraient entraîner tout l'Occident dans des guerres, pour ainsi dire.
 
I. : Voici un tout autre défi : la question du changement climatique et des réfugiés. Si je comprends bien, vous préconisez un modèle intergouvernemental de coopération. Il faudrait alors lutter contre le changement climatique, peut-être par le biais d'une alliance de petits États. Comment envisagez-vous ce modèle face à ces autres défis dits mondiaux ? 
 
 H. : Je ne suis pas du tout certain qu'il s'agisse d'un défi mondial, ni même d'un problème inventé. Personne ne nie l'existence du changement climatique. La question est : quelle est la part de l'humanité dans ces problèmes ? Il n'y a pas de réponse unique. On nous laisse croire qu'il existe un consensus scientifique sur les causes exactes. C'est faux. L'alternative est la suivante : si de tels défis existent, comme le réchauffement climatique, les différentes régions se gouverneront naturellement différemment, car la crise se manifeste différemment selon les zones. Le Groenland est affecté différemment par le réchauffement climatique que les Maldives. L'idée qu'il devrait exister une température mondiale « idéale » est, pour ainsi dire, totalement absurde. 
 
 I. : En principe, on pourrait dire que toute cette histoire de climat relève presque d'une présomption idéologique du pouvoir. 
 
H. : Ils veulent centraliser et ont choisi ce sujet. Chacun s'adapte individuellement à ce genre de situation. On achète plus de réfrigérateurs, plus de climatiseurs, etc. Mais je n'arrive même pas à me mettre d'accord avec ma femme sur la température de la chambre. J'aimerais qu'il fasse plus frais. Elle, qu'il fasse plus chaud. Il faut être sacrément mégalomane pour que des gens, dont le niveau d'instruction est plus que celui d'un enfant de maternelle, croient savoir quelle devrait être la température moyenne mondiale. Ils prétendent savoir comment y parvenir en intervenant dans l'économie, dans tous les domaines. Ils disent : « Tu ne peux pas manger ça, tu dois boire ça. Tu n'as pas le droit d'aller là. Mais tu dois aller là-bas », et ainsi de suite. 
 
 I. : Eh bien, je pense que beaucoup de gens (moi en tout cas) partagent votre critique du pouvoir et de l'emprise bureaucratique. Mais je me dois néanmoins de vous interpeller un peu, Monsieur Hoppe. N'est-il pas vrai que la fondation des États est une réalisation culturelle ? Le célèbre politologue et sociologue, le grand libéral Dahrendorf, disait : l'État-nation, cette entité plus vaste, demeure le seul cadre adéquat pour l'État de droit et la démocratie. Qu'avez-vous à répondre à Ralf Dahrendorf ? Vous, ancien élève d'Habermas. 
 
H. : L'Allemagne a été unifiée par les guerres. L'Italie aussi. Même la Suisse est née d'une guerre. 
 
I. : Une guerre très courte. 
 
 H. : Mais tout de même, d'une guerre très courte, la guerre du Sonderbund, et un groupe a été contraint d'obéir à l'autre. Vous nous obéissez maintenant ! Or, la revendication initiale impliquait un accord unifié de tous les cantons, accord qui, en réalité, n'existait pas. Dès lors, comment accepter que les États-nations soient une grande invention, alors qu'une guerre a été nécessaire pour les créer ?

I. : Mais vous étiez aux États-Unis, et les États-Unis sont l'un de ces rares exemples où l'on pourrait dire qu'aux XVIIIe et XIXe siècles, l'État-nation libéral a très bien fonctionné, presque comme une entité impériale nationale libérale.

 


 

H. : Non. 
 
 I. : Diriez-vous également que les États-Unis doivent se scinder à nouveau ? 
 
H. : En Amérique, il y a eu une guerre, une guerre d'une brutalité inouïe, qui, comparée à ce que Poutine fait actuellement en Ukraine, était probablement pire, car les belligérants ont délibérément ciblé la population civile qu'ils voulaient anéantir. Aujourd'hui encore, une grande partie du Sud américain considère qu'il s'agissait d'une guerre d'agression du Nord. Auparavant, l'opinion était similaire à celle de la Suisse : les États pouvaient quitter l'Union américaine. La question a été tranchée depuis. 
 
 I. : Bon, je n'ai pas réussi à vous déstabiliser. Dernière question : quel est, selon vous, l'avenir de l'Union européenne ? Où allons-nous maintenant, suivant la voie tracée par Mme Guérot : une république européenne, une entité plus large, ou croyez-vous que le paradigme hoppéen d’une UE régionaliste plus cloisonnée représente l’avenir ? 
 
H. : Les États souhaitent bien sûr ce qu’a décrit Mme Guérot. 
 
 I. : Que va-t-il se passer ? 
 
H. : Je suis convaincu que l’idée fondamentale de la Communauté européenne est de réduire la concurrence entre les pays. Une politique fiscale commune est instaurée, ce qui supprime toute raison pour les entités économiques de se déplacer d’un endroit à l’autre. Avec l’euro, la concurrence monétaire a été abolie, ce qui empêchait auparavant les pays d’imprimer de la monnaie à leur guise. Ils craignaient de dévaluer leur monnaie. Avec l’euro, cette crainte n’est plus justifiée. La cohésion de la Communauté européenne actuelle repose essentiellement sur le fait que les dirigeants opportunistes des États les plus prospères corrompent, de fait, les dirigeants opportunistes des États les moins solvables. Dès que la puissance économique de l’Europe s’affaiblira, du fait de la sanction croissante infligée aux pays productifs, ces aides financières deviendront impossibles. L’Union européenne se désintégrera alors. 
 
I. : Une conclusion qui donne à réfléchir. Si je vous ai bien compris, vous ne croyez pas au fonctionnement de ces institutions de l'Union européenne. Notre discussion est maintenant terminée et je vous remercie beaucoup pour votre visite à l'atelier. 
 
H. : Merci beaucoup.
 
 
Hans-Hermann Hoppe est un économiste de l'école autrichienne et un philosophe libertarien/anarcho-capitaliste. Il est le fondateur et…
[Note de l’éditeur : Plus tôt ce mois-ci, le Dr Hans-Hermann Hoppe est apparu sur SERVUS TV pour une discussion intitulée « État, guerre, Europe, décentralisation et neutralité ». Une traduction anglaise de la transcription a été préparée par Leonhard Paul, un étudiant en droit allemand.]  
 



Le Pragmatique – Les faits. La compréhension. L'action. Direct. Le nouveau talk-show de ServusTV, chaque premier dimanche du mois. Retrouvez des versions longues exclusives et bien plus encore dans la médiathèque de ServusTV On : https://www.servustv.com/aktuelles/b/... Ni les menaces ni la diplomatie n'ont été efficaces : la guerre d'agression menée par la Russie en Ukraine est déjà considérée comme un tournant. L'Union européenne doit prendre conscience des nouveaux défis qui se posent dans de nombreux domaines, tels que la politique de défense et de sécurité, mais aussi l'énergie, le climat et la politique des réfugiés, et qui exigent une approche collective. Cependant, des dissensions apparaissent au sein des États membres quant à la manière d'y parvenir. L'UE, sous sa forme actuelle, est-elle dysfonctionnelle ? Des réformes profondes sont-elles nécessaires ? Comment l'Europe peut-elle rester compétitive face aux grandes puissances, les États-Unis et la Chine ? Et quelle voie empruntera l'Europe pour l'avenir ? L'animateur Roger Köppel aborde ce sujet en studio avec les invités suivants : • Ulrike Guérot, politologue et auteure à succès • Hans Hermann Hoppe, économiste libéral • Ulrich Menzel, politologue Roger Köppel mène l'entretien Pragmaticus avec : • Sir Michael Leigh, ancien directeur général de l'élargissement à la Commission européenne

 

HISTOIRES & TENDANCES de Hans Herman HOPPE !

Hoppe nous raconte quelques histoires qui expliquent le monde actuel...

A lire impérativement..... La compréhension de monde en toute honnêteté est entre vos mains !

 

 


 

Schémas historiques et tendances selon la perspective Austro-libertarienne

C.-à-d., je souhaite vous raconter quelques histoires, disons, qui expliquent le monde actuel.

Et l’histoire consiste en trois sous-histoires. Elles sont toutes interconnectées, se déroulent d’une certaine façon, en parallèle, mais bien sûr, je les présenterai l’une après l’autre.

Une première, puis la deuxième, enfin la troisième, et elle se complèteront mutuellement pour former une image complète qui, j’espère, vous fera mieux comprendre le monde actuel.

La première histoire, qu’aujourd’hui les gens appellent le premier narratif, concerne l’origine des États, les changements d’États, ou les constitutions des États, au cours du temps. Elle est similaire à une reconstitution historique.

Et la deuxième histoire concerne la concentration des États, traite les problèmes de la guerre et de l’impérialisme.

Et la troisième histoire qui complète alors l’image d’ensemble, traite de la monnaie, des banques et de la centralisation monétaire.

 


Je commencerai donc par la première. Je vous lirai une page tirée d’un de mes travaux qui explique les fondations mêmes du libertarianisme, ses principes mêmes, puis j’élaborerai plus librement à partir de là.

Sans rareté dans ce monde, il n’y aurait pas de conflit entre les gens. Mais la rareté existe. Depuis notre départ du Jardin d’Eden, les choses sont rares, en pénurie. Et parce qu’elles sont rares, on peut en venir à se battre pour elles. Je veux faire quelque chose d’un certain objet, mais vous pourriez vouloir faire autre chose de ce même objet. Donc, si l’on veut vivre en paix mutuelle, il faut que toutes les choses rares soient dans les mains d’individus distincts. C’est-à-dire qu’on a besoin de la propriété privée pour éviter les conflits. De telle sorte que je possède certaines choses et j’en fais ce que je veux. Et vous possédez d’autres choses, et vous en faites ce qui vous passe par la tête. C’est la seule solution pour éviter les conflits, à moins d’une parfaite harmonie de tous les intérêts ; autrement dit, sauf si chacun veut que les autres fassent exactement ce qu’il attend d’eux. Mais évidemment, on ne vit pas dans un tel monde. Dans un monde où chacun a une idée différente de ce qu’on devrait faire, de ce qui rend heureux ou malheureux, il nous faut la propriété privée pour faire ce que qu’on veut sans entrer en conflit avec d’autres gens.

Hans-Hermann Hoppe

Alors, la question est : comment décider qui possède quoi, et qui ne possède pas ? Et la réponse libertarienne est la suivante : la prémisse est, bien sûr, que chacun possède son propre corps physique. Vous faites ce que vous voulez de votre corps, je peux faire ce que je veux du mien, je n’interfère pas envers votre corps et vous n’interférez pas envers le mien. Quant aux objets externes, afin de ne pas entrer en conflit, la règle d’acquisition de la propriété, la propriété privée, est : celui qui le premier vient à s’approprier ce qui était auparavant non possédé en devient le possesseur. Parce que seule le premier peut évidemment s’approprier ces choses sans déclencher un conflit. Le second ne peut faire cela. Si elle est déjà appropriée par l’un, le second alors, s’il veut s’approprier la même chose, ferait entrer en conflit. Et puis bien sûr, la propriété peut être transmise via des accords librement consentis. Je peux vous transmettre ce que je me suis préalablement approprié, et vous pouvez transmettre tout ce que vous vous êtes approprié à la personne suivante.

Ce sont là des règles très simples, intuitives et sensées, et qui en gros constituent le programme libertarien. Voilà comment on acquiert la propriété privée, et voilà comment on évite les conflits. Même si on suit généralement ces règles, bien sûr aussi des gens les enfreignent. Des gens qui volent la propriété [d’autrui]. Ou qui n’attendent pas que je leur transmette cette propriété, mais qui la prennent sans mon consentement. Alors que faire des contrevenants ? Tant que l’humanité sera ce qu’elle est, il y aura des contrevenants. Qui décide quand les règles sont enfreintes, qui a raison ou tort ? Qui devient le juge, l’arbitre ?

Maintenant, imaginez que quelqu’un propose : « Oh, j’ai la solution pour résoudre ce problème : à chaque cas de conflit, y compris ceux où je suis impliqué, c’est moi qui décide qui a raison ou tort. » Y a-t-il une chance quelconque que quiconque accepte cette règle ? Et je parie que personne n’accepterait jamais une telle règle, car tout le monde saurait ce qui se passerait alors. Si telle était la règle, cela signifierait au fond que je pourrais initier un conflit avec vous, je pourrais vous voler quelque chose, vous frapper à la tête si je le veux, puis vous vous en plaindriez, « pourquoi m’avez-vous volé ? », « pourquoi m’avez-vous frappé à la tête ? », et que je dirais alors : « je suis celui ayant le dernier recours dans cette affaire, et il était bien sûr entièrement justifié que je me conduisis ainsi ».

Une telle règle serait évidemment considérée comme ridicule. Maintenant, vous réalisez bien sûr que c’est précisément ainsi que les États se conduisent partout dans le monde. C’est-à-dire qu’ils peuvent initier un conflit : ils peuvent vous exproprier, ils peuvent enfreindre ces règles simples que j’expliquais au début. Et si vous vous plaignez, qui décide qui a raison ou tort ? Un juge, qui est employé de l’État. Alors la question est : comment une institution aussi folle que l’État a pu être rendue possible ? Une chose qui, à première vue, ne fait aucun sens quelconque ! Je veux simplement [ici] reconstruire ce qui l’a rendu possible.

 


Initialement, vers la période du Moyen Âge, les gens exposaient leurs conflits réciproques à ce qu’on appellerait des aristocrates ou des nobles. On ne choisit pas comme juges des gens sans influence, ou non respectés par le reste des gens, car en fin de compte il faudra faire appliquer le verdict prononcé par le juge. Et ce n’est qu’en ayant des gens éminents, ayant réussi, qui sont respectés par le public, qu’on rend possible l’application du verdict, que les gens pourront l’accepter : voilà le jugement juste, et voilà la manière de résoudre le problème. Et il n’y avait pas rien qu’une personne, une seule institution, à qui s’adresser pour résoudre les conflits, mais plusieurs. Plusieurs personnalités éminentes, des aristocrates ou autres, des gens grandement respectés, parmi lesquels choisir.

Et personne n’était le juge ultime. Même si un juge prenait telle ou telle décision, sa décision n’était pas définitive, il n’avait pas le dernier mot, on pouvait toujours aller chez un autre. Et on considérait que tous, tous les juges, suivaient le même droit. Personne n’avait de position de monopole sur ce point. On pouvait même faire appel : aller voir le Roi, en appeler au Pape. Et même le Pape n’était pas le juge suprême car les Papes aussi perdent leur emploi. Il y avait donc concurrence entre les postes d’arbitre de la façon dont les conflits devaient être réglés.

De grandes étapes [furent] alors franchies, et la plus décisive fut celle où l’un de ces juges choisis librement, encore en concurrence face à d’autres juges pour le respect, s’éleva pour prendre le monopole de juge. « Ma parole a le dernier mot. Et ma décision est sans appel. Personne n’est au-dessus de moi, ma décision est définitive et c’est ainsi. » On pourrait appeler cela un roi absolu. Il élimine tous ses concurrents potentiels, tous les autres nobles et juges auprès de qui faire appel si l’on n’est pas satisfait de la première décision telle que rendue.

Comment parvinrent-ils à ce virage ? D’une part, en soudoyant quelques-uns de leurs juges concurrents en disant : « Ok, je vous donnerai quelque poste subalterne dans mon tribunal ». Et l’autre chose qu’ils disaient, en s’adressant aux gens, la population en général, était : « Écoutez, il pourrait bien y avoir des obligations et des contrats vous liant à d’autres gens que vous regrettez d’avoir conclus ; et bien je vous libérerai de ces obligations. » Et ainsi obtinrent-ils le soutien public pour passer de juges en concurrence à un seul juge en monopole.

Historiquement, ce processus prit plusieurs siècles. Il démarra à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, quand les États se constituèrent là où il n’existait rien de tel. Il existait des centres d’autorité en concurrence, mais pas d’autorité suprême. Donc plusieurs siècles furent nécessaires pour que quelques-uns atteignent ce poste de juge suprême. Alors, dès que ce poste fut occupé, deux institutions émergèrent. La première fut que, soudain, des impôts furent pris de force aux gens. Auparavant, mêmes les riches, les nobles etc. devaient demander à leurs suzerains d’accepter leurs impôts. Et s’ils refusaient, il n’y avait pas d’impôt. Mais désormais, puisque monopoleur, on peut dire : « Ok, vous me devez ceci ou cela ». Et si les gens protestent, on dira : « Écoutez, je suis le juge suprême, et je vous dis : vous me devez ceci, c’est ainsi. Et si vous ne faites pas ce que je vous dis, vous en serez puni ».

La seconde [institution] à naître fut, pour la première fois, cette chose qu’on appela « législation ». Auparavant, les lois n’étaient pas faites. Les lois étaient considérées comme découvertes et appliquées à tous exactement de la même manière. Ces lois que j’ai mentionnées au tout début : comment la propriété est établie. Ce n’était pas là des lois créées par quelqu’un, c’était des lois naturelles. Naturelles au sens où, si on veut éviter le conflit, alors voilà les lois naturelles, et elles ne peuvent être différentes, sinon il y aura conflit. Mais désormais, avec l’établissement de rois absolus, on a une situation où on peut faire des lois, inventer des lois. Vous devez faire ceci ou cela. Vous avez telle ou telle obligation.

Ainsi, fiscalité et législation vinrent à exister. D’abord bien sûr en faible portions, pas de fiscalité massive, et pas de législation lourde, mais lentement, lentement, l’impôt sera prélevé et les taxes seront augmentées et lentement, lentement, les lois seront faites. Et bien entendu, les lois seront faites évidemment pour bénéficier au dirigeant. Et la cour qu’il rassemble autour de lui.

Le roi René d’Anjou.

Et puis la dernière étape de l’évolution, qui nous rapproche de l’époque actuelle, est que le poste de roi est remis en cause par des gens divers. Surtout par les intellectuels. Dans le style : « Oui, mais n’est-ce pas là une violation du principe d’égalité devant la loi, s’il y a un seul gars, le roi, qui peut faire les lois ? N’est-il pas un privilégié ? N’y a-t-il pas désormais deux types de lois ? Les lois s’appliquant aux gens normaux, et les lois s’appliquant au roi ? Il est au-dessus de la loi s’appliquant aux gens normaux. Cela doit cesser ! C’est une violation des principes de justice ! »

Et quelle fut la réponse à ceci ? La réponse fut de dire que ce qu’on doit faire, c’est rendre possible que n’importe qui devienne le roi ! C’est-à-dire qu’on crée la démocratie. Ce n’est pas le roi seul qui devrait avoir le droit de faire cela, tout le monde devrait en avoir le droit. Tout le monde devrait pouvoir être le roi, pour ainsi dire. La question toutefois est : ce pas franchi induit-il que tous devinrent égaux devant la loi ? La réponse est : non, bien sûr que non. Qu’on élise un président, un premier ministre ou quel qu’en soit le nom, il peut faire les mêmes choses qu’un roi pouvait faire avant.

Rappel, deux types de droit existent encore. Un type de droit est ce qu’on appelle le droit privé, s’appliquant à tous dans les affaires privées, et l’autre type de droit, qu’on ne nommerait même pas droit, est le droit [public]. Le droit [public] est le droit qui protège et s’applique aux gens démocratiquement élus à la tête de l’État. Donc, deux types de droit existent en démocratie, tout comme deux types de droits existaient sous un roi absolu.

Dès lors, qu’implique ce changement de la monarchie vers la démocratie ? À nouveau, pour indiquer à peu près quand cela se produisit historiquement, ce processus débuta avec la Révolution Française, où la monarchie subit pour la première fois une lourde attaque, disons, et la fin du processus est, du moins pour l’Europe Occidentale, la fin de la Première Guerre Mondiale, quand presque toutes les monarchies furent abolies et que la démocratie devint le principe d’organisation de toutes les sociétés occidentales.

Ainsi, la signification de cette transition est la suivante. Quelqu’un comme un roi, qui considère son pays comme sa propriété et les gens y vivant comme ses locataires, est remplacé par un administrateur temporaire. Le roi pouvait vendre une partie de son royaume ou le transmettre aux générations futures. Il avait ce qu’on pourrait appeler une basse préférence temporelle, soit un horizon lointain de planification précisément parce qu’il se considérait comme « une sorte de propriétaire de tout ce truc ». Un politicien démocratiquement élu en charge du pouvoir ne se considère pas comme propriétaire de l’endroit mais comme un administrateur temporaire. Il ne peut vendre quoi que ce soit ni en conserver les fruits, ni les transmettre à la prochaine génération.

Cela fera-t-il la différence dans sa manière de conduire son affaire ? La réponse est : oui, cela fera une énorme différence. J’essaie toujours d’expliquer ceci à mes étudiants de la manière suivante. Imaginez que vous possédez une maison. Vous pouvez la transmettre via héritage, vous pouvez la vendre, ainsi de suite. Ou alors, vous avez la même maison et pendant quatre ans vous en faites ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas la léguer, vous ne pouvez pas la vendre et garder les produits de la vente. Prendrez-vous soin de la maison de la même manière ?

La réponse est : non, bien sûr que vous ne prendrez pas soin de la maison de la même manière. Si vous n’en êtes qu’un gardien temporaire, vous tenterez de tirer le maximum de la maison dans le temps le plus court possible, parce qu’après quatre ou cinq ans, vous pourriez bien ne plus en être le gardien, et la maison pourrait bien être alors en ruine. Feriez-vous de même en tant que propriétaire de la maison ? La réponse est : il est très peu probable que vous le fassiez. Je ne l’exclus pas, il y a parfois des fous dans le monde, en réalité il y a vraiment beaucoup de fous dans le monde, mais il est bien moins probable que les gens fassent cela s’ils possèdent l’endroit.

 


La démocratie est donc un système qui mène à la consommation systématique du capital. C’est-à-dire où les gens consomment dans le présent parce qu’ils ne connaissent pas leur situation future, au lieu d’accumuler du capital et de planifier à long terme. Je dois mentionner autre chose. En démocratie, parce les gens sont élus, on pourrait dire : « N’est-il pas mieux d’avoir une course pour savoir qui sera le dirigeant plutôt que l’absence de concurrence quand un roi gouverne le pays ? » Et la réponse ici est : non, la concurrence est bonne quand elle concerne la production de biens, c.-à-d. la production de choses dont les gens veulent.

Mais la concurrence n’est pas bonne pour les choses mauvaises, malfaisantes, celles dont les gens ne veulent pas. Les gens ne demandent pas à être taxés. Ils ne diront pas : « hé, taxez-moi, taxez-moi, taxez-moi, j’aime être taxé ! » Ils ne demandent pas : « Faites une autre loi, faites une autre loi, cela vous bénéficie et me fait du mal ! » Ils en ont peur. Mais puisque l’activité des États est de taxer et légiférer, donc faire de mauvaises choses, des choses malfaisantes, la concurrence en la matière est une mauvaise chose ! On ne veut pas de concurrence dans « qui est le meilleur meurtrier ? », « qui est le meilleur dirigeant de camp de concentration ? » Pour cela, on est heureux d’avoir des gens incompétents, stupides, des gens inefficaces. Mais la démocratie, précisément, produit les plus grands démagogues, et les plus grands escrocs s’élèveront jusqu’au sommet.

Imaginez-vous diriger une campagne et dire, « Hé, je veux que la propriété privée soit protégée en toutes circonstances. Je ne veux subir aucun impôt, je ne veux aucune redistribution de revenus et de richesses, et ainsi de suite. On doit cesser de faire des lois, sauf les principes que j’ai évoqués au tout début. » Quel succès auriez-vous lors d’une telle campagne ? C’est ça, vous n’auriez pas beaucoup de succès. Parce que bien sûr, la démocratie permet aux gens d’utiliser leur vote pour [l’appropriation] de la propriété d’autres gens. Dans l’histoire de la pensée politique, on ne trouve presque personne ayant jamais fait promotion de la démocratie.

Jusqu’à très récemment, mais dans le passé, les gens s’en rendaient compte : la démocratie est un moyen pour les gens qui ont moins, qui n’ont rien, de s’arroger par le vote la propriété de ceux qui ont plus et qui s’en tirent mieux qu’eux. Elle promeut l’immoralité. La démocratie pourrait fonctionner dans de très petits villages. Parce que tout le monde y connaît tout le monde. Vous savez, Mr X est un gentil gars, et Mr Y est un sale type. Et on aurait honte d’essayer de voler la propriété d’autrui, car les gens se connaissent l’un l’autre. Mais avec des États faits de millions et de millions de gens, on ne connaît pas qui on vole. Donc l’inhibition subie sinon envers le vol de son prochain disparaît tout simplement.

Un mot à propos des rois, peuvent-ils aussi être de parfaits malfaisants ? Oui, c’est possible. Mais parce qu’ils héritent de leur fonction, qu’ils ne sont pas élus, ils peuvent aussi être parfois de bonnes personnes. Les dirigeants démocratiques ne peuvent être de bonnes personnes, parce qu’ils sont le fruits d’élections, de la concurrence entre eux, [entre menteurs].

Voici donc la première histoire, comment les États évoluent. Et comment la structure, la constitution des États, a changé au cours de combien de milliers d’années. Maintenant, j’en viens à la deuxième histoire qui en un sens complète la première, forme une image plus complète que celle que j’ai développée jusqu’ici.

Dans une situation où il n’y a aucun État, on a bien sûr des combats et des activités guerrières entre différents groupes et autres, différents gangs, différentes familles se combattant. Ce n’était pas une situation où tout était absolument paisible, et merveilleux, paradisiaque. Mais avant le développement de l’État, à chaque fois qu’on s’engageait dans l’agression d’autres gens, une fois des gens en conflit avec un autre groupe, il fallait payer le coût soi-même d’être un agresseur. Agresser des gens n’est pas sans coût. Il faut en avoir les moyens, il faut l’argent pour cela, il faut les armes pour cela, il faut des alliés, etc., qu’il faut payer pour se battre.

Alors il fallait toujours y réfléchir, pour entrer en conflit avec d’autres, se battre contre d’autres gens, il fallait toujours considérer ce que ça pourrait coûter pour soi. Vais-je gagner ? Vais-je perdre, etc. ?

Dès qu’on a l’institution de l’État, faire la guerre devient une tout autre affaire. Parce que désormais, on peut faire payer à d’autres le coût de son agression et de sa pulsion agressive envers d’autres gens. Rappelons-le encore, on peut recourir aux impôts. Des gens, qui pourraient vouloir ne rien avoir affaire avec votre guerre, doivent la payer. Imaginons que disons M. Bush, quand il débuta sa guerre au Moyen-Orient, ait eu à financer lui-même sa guerre, et à recruter ses copains et amis pour leur dire : « Voulez-vous contribuer à financer cette guerre ? »

Eh bien, il aurait pu trouver quelques personnes prêtes à contribuer, mais tous les Américains auraient-ils dit : « Hé, merveilleux, bonne idée, voici mon argent, allez-y » ? Et la réponse est : non ! Des millions de gens auraient dit : « Qu’est-ce que j’en ai à affaire, des Iraniens ? Qu’est-ce que j’en ai à faire, des Afghans ? C’est votre guerre ! Payez-la vous-même, et laissez-nous en dehors de ça ! »

 


Donc la probabilité de la guerre augmente gravement dès qu’on peut en externaliser le coût sur des gens qui en réalité ne s’y intéressent pas du tout. Alors, si des États déclenchent des guerres contre d’autres États, et ils ne s’en privent pas, et ils le font plus volontiers que des personnes privées lancent des conflits armés, la question est alors bien sûr : « qui tend à gagner ces guerres ? » aussi, réalisez aussitôt que les guerres sont des compétitions éliminatoires entre États.

C’est-à-dire que sur chaque territoire, il ne peut y avoir qu’un seul monopole de fiscalité et de législation. On ne peut avoir différentes organisations qui légifèrent et qui taxent sur le même territoire. Chaque État est le seul à pouvoir le faire sur son territoire. Et bien sûr, chaque État a un intérêt à étendre son territoire : plus il contrôle de gens, autrement dit plus il taxe de gens, plus il peut imposer sa loi sur ces gens. Alors vient la question : « qui gagnera ce genre de guerres ? »

Alors évidemment, de très petits États n’entreront probablement pas en guerre contre de très grands États, parce qu’ils savent qu’ils perdront. Mais si les États sont de tailles et de populations similaires, alors on découvre une sorte de paradoxe. Évidemment, toute guerre a besoin de ressources. Armes, soldats, munitions, matériel logistique, etc. Plus la guerre dure, plus la richesse de la société dont tel ou tel État tire ses ressources devient cruciale.

Et la chose qu’il est intéressant de découvrir, c’est que ce sont les États les plus « libéraux », libéraux au sens européen, c’est-à-dire pas tout à fait aussi mauvais que d’autres, qui disposent de plus grandes ressources. Parce que les sociétés plus libérales sont plus riches. Elles permettent plus d’accumulation de capital, elles permettent à plus de gens de s’enrichir, etc. Il y a donc une tendance qui pourrait nous frapper comme paradoxale : que les plus libéraux, les meilleurs États pour ainsi dire, sont ceux qui tendent à être les États les plus agressifs, les plus tournés vers l’impérialisme au cours de l’Histoire.

Prenons un premier pays tels les Pays-Bas, par exemple, la première société capitaliste ayant réussi, qui devient une puissance coloniale majeure. Puis cette place revient à l’Angleterre. À nouveau, un pays très libéral, très riche, devenant un lieu de domination mondiale. Avec des endroits contrôlés par les Britanniques partout dans le monde. Puis les États-Unis héritent finalement de cette place, à partir de la Première Guerre Mondiale, avec un point culminant à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Pourquoi les États-Unis ? Parce qu’il s’agit de loin du plus riche pays. C’est aussi celui ayant le plus grand empire jamais construit.

Encore un mot sur guerre et démocratie. Sur les guerres royales, entre rois. Leur motivation était le plus souvent quelque désaccord d’héritage, avec une implication comparativement faible de la population civile. Les guerres démocratiques, à partir de la Révolution française, et bien sûr de la Première et la Seconde Guerres Mondiales, les guerres démocratiques sont de véritables guerres entre nations. Pour la première fois, elles introduisent la conscription. À savoir, puisque les gens sont supposés se gouverner eux-mêmes en démocratie, alors que c’est leur État [qui le fait], tous ont désormais l’obligation de participer à la guerre.

Même la population civile est entraînée dans la guerre. Les guerres deviennent plus totalitaires, plus totales que les guerres royales le furent jamais. Les guerres royales étaient en gros… parce que les armées se rencontraient en plein champ puis se percutaient, et la population générale en était plutôt peu affectée. Bien entendu, ceci prit fin d’abord avec la guerre de Sécession américaine, puis déjà avec Napoléon, avec les deux guerres mondiales bien sûr, tous les États recoururent à la conscription. Tous les gens devaient y participer. Personne ne peut échapper à la participation à l’entreprise de guerre.

On prend alors conscience que cette tendance étatique à aller en guerre et d’essayer d’agrandir son territoire finirait en présence d’une puissance unique dominant le monde. Ce n’est pas nécessaire ; que c’est… et ceci est pour ainsi dire le but des États-Unis, oui ; les États-Unis ont quelque chose comme plus de cent cinquante bases militaires dans le monde, dans toutes sortes de pays.

Mais ils sont loin d’atteindre cette position finale, ils pourraient bien ne jamais l’atteindre, mais il faut savoir reconnaitre qu’il y a une tendance dans cette direction. Voici donc la deuxième histoire à propos de la centralisation du pouvoir étatique. Avec, comme on peut facilement l’imaginer, la finalité logique d’un État mondial, un gouvernement mondial.

 


Laissez-moi souligner un argument (j’y reviendrai plus tard) ; tandis que certains pensent que ce serait [idéal] (même certains philosophes pensent que la situation parfaite serait celle d’un État mondial) c’est une grossière erreur de penser cela. Parce qu’avec un seul État mondial, on aurait la même structure de lois, la même législation, la même structure réglementaire, partout dans le monde, avec presque aucune possibilité pour que les gens votent avec leurs pieds, fuient un endroit pour rechercher autre chose de mieux. Et puisque les gens ne peuvent s’enfuir, un État mondial n’aurait pratiquement plus aucun problème à opprimer encore et encore sa propre population, parce qu’après tout elle n’a aucune alternative, elle ne peut que rester là où elle est. Et tout endroit est légiféré et réglementé de la même manière.

J’en viens maintenant à la troisième partie de l’histoire, qui une fois encore se déroule en parallèle des deux décrites jusqu’ici et qui complète l’image. Elle concerne le développement de la monnaie. La monnaie émerge sur le marché comme effet de la division du travail dans laquelle les gens se lancent. La monnaie est définie comme un moyen d’échange commun. C’est le bien le plus vendable et le plus largement accepté de tous les biens. Pour faciliter l’échange. Aucun autre bien n’est accepté aussi facilement et par autant de gens que la monnaie, et aucun autre bien n’est aussi facilement vendu. À l’origine, la monnaie est une marchandise, quelque bien ayant pris cette fonction d’être le bien le plus facile à échanger de tous les biens.

Évidemment, les États découvrirent immédiatement qu’il serait de la plus haute importance pour eux (à savoir pour augmenter le pouvoir et la puissance des États) de mettre la main sur la monnaie d’une manière ou d’une autre. Comment y sont-ils parvenus ?

D’abord, en monopolisant la frappe des pièces d’or et d’argent ou qu’importe la matière en usage. Et en la monopolisant, c’est-à-dire en étant le seul sur ce territoire à pouvoir produire des pièces d’or ou d’argent, en les monopolisant, ils firent ce qui s’appelle du rognage de la monnaie. Ils dirent simplement, « Envoyez-moi vos pièces, j’y frapperai une nouvelle effigie, un nouveau roi, une nouvelle effigie », et ils retirèrent un peu de l’or et de l’argent de chaque pièce, rendirent le même nombre de pièces aux gens, mais ce qu’ils avaient retiré, l’or rogné ou l’argent rogné de chacune de ces pièces, fut autant de monnaie supplémentaire qu’ils gardèrent pour eux. Ainsi fut réduit le pouvoir d’achat de la monnaie et les dirigeants, les États, produisirent de la monnaie en volant depuis les pièces existantes.

Eh bien, les gens finirent par découvrir l’astuce. L’étape suivante fut que, parce que les gens ne portent pas toujours leurs pièces d’or et d’argent, il existait aussi ce qu’on appelle des substituts de la monnaie. Ce sont des bons qui confèrent un droit à une certaine quantité de monnaie. C’était plus facile à transporter, simplement des bons, pas besoin de se remplir les poches de lourdes pièces d’or, mais les bons étaient des titres donnant droit à des pièces d’or ou d’argent. Alors, ils monopolisèrent l’émission des bons.

Au début, de nombreuses banques et autres émirent leurs propres bons [des billets de banque]. Et chacune de ces banques s’assurait qu’à chaque fois qu’on lui présentait un bon, elle avait [en coffre] l’or ou l’argent dont le billet conférait le titre de propriété. Alors désormais, les billets sont monopolisés. Seuls les billets émis par l’État peuvent être utilisés pour recouvrer leur valeur en or ou argent. Et l’étape suivante du processus fut de se débarrasser entièrement des pièces d’or et de n’utiliser que les billets.

Ce processus fut quelque peu complexe, et je n’entrerai pas dans les tous détails de la façon dont cela se produisit, mais tous les États sortirent typiquement à un certain point, souvent en temps de guerre, de l’étalon-or, de l’étalon-argent et dirent « écoutez, nous gardons tout l’or, donnez-nous tout l’or, donnez-nous tout l’argent, si vous ne le faites pas vous serez punis, et vous recevrez des billets en échange. Mais nous ne convertirons plus vos billets en or ou argent. »

Ce fut une fois de plus un long processus qui s’acheva en 1971. En 1971, le dernier lien avec l’or fut coupé. Jusqu’en 1971, il était possible, au moins pour les banques centrales, d’aller aux États-Unis et de dire : « Voici, j’ai 35 dollars-papier, 35, ils me donnent droit à une once d’or. » Mais les États-Unis avaient tellement imprimé de billets-papier, de dollars-papier, qu’ils étaient incapables de payer en or pour respecter les termes de leur accord. Et ce fut le président Nixon qui dit en 1971 : « Nous sortons complètement de l’étalon-or. Dès maintenant, gardez vos billets-papier, et nous gardons l’or. »

 


On réalise qu’une fois dans cette situation, où il n’y a plus aucune attache à une marchandise quelconque, on peut augmenter la quantité de monnaie à volonté. De nos jours, on peut simplement presser un bouton et doubler, tripler, quadrupler la quantité de monnaie en existence. D’évidence, on ne peut pas faire de même au sein d’un étalon-or ou argent. Bien, il est important de réaliser ici qu’une hausse de la quantité de monnaie existante ne rend pas la société plus riche. Elle réduit simplement le pouvoir d’achat de chaque unité de monnaie.

Si, en imprimant de la monnaie-papier, on pouvait améliorer le sort de la société, alors demandez-vous : « pourquoi y a-t-il encore des pays pauvres dans le monde ? » Même les pays les plus cinglés du monde peuvent imprimer à volonté, n’importe quelle quantité de monnaie. Pourquoi y a-t-il encore un seul pauvre sur terre, si par simple augmentation de la quantité de monnaie existante on pouvait créer de la richesse ? Et la réponse est : c’est impossible.

Mais si on pose la question à n’importe quel banquier central dans le mode, ils croient tous en cette idée insensée qu’on lit dans les journaux tous les jours. « Quantitative Easing! » [assouplissement quantitatif !] Ceci ne signifie rien d’autre que : « On imprimera plus de monnaie et le pouvoir d’achat de chaque unité monétaire diminuera. » Mais en imprimant de la monnaie, si l’on ne peut rendre la société plus riche, on peut faire ceci : rendre plus riche ceux qui perçoivent cette monnaie en premier. Parce que ceux qui la perçoivent en premier peuvent encore acheter aux bas prix de la période précédente, et alors à mesure que la monnaie se diffuse dans l’économie et que les prix montent, ceux qui touchent la monnaie tardivement paient déjà des prix plus élevés pour tout.

Il y a donc une redistribution de revenus opérant, vers ceux percevant la monnaie en premier, qui en bénéficient, au détriment de ceux percevant la monnaie en dernier. Ceux-là sont les personnes à revenus fixes, par exemple. Si vous avez un revenu fixe, et que le pouvoir d’achat de la monnaie décline, alors vous êtes floué. Donc, qui perçoit la monnaie en premier ? La réponse est : ceux qui perçoivent la monnaie en premier sont les banques centrales qui l’impriment ! Puis les institutions étatiques. Et les premiers clients des banques centrales. Qui sont les grandes banques privées. Puis les clients des grandes banques privées. Mais ni vous ni moi ne sommes un de ceux-là.

Alors quand les gens se plaignent : « Oh, les inégalités de revenus ne font que croître ! » L’une des principales raisons en est précisément cette hausse constante de la quantité de monnaie existante. Puis, pour conclure l’histoire ici (et la monnaie nous renvoie encore à ce que j’ai dit avant sur la guerre et l’impérialisme), le pays le plus puissant est celui qui produit ce qu’on appelle la monnaie de réserve. Le dollar américain est la monnaie de réserve utilisée par presque tous les pays.

Les Américains, qui impriment des dollars, des dollars, des dollars et les autres pays, qui vendent des biens aux États-Unis, gagnant ainsi des dollars, ne dépensent pas toujours ces dollars pour acheter ou investir aux États-Unis. Ils les gardent en réserve, pour y adosser leurs propres monnaies. Les étrangers qui vendent des biens aux États-Unis sont payés avec du papier pour ainsi dire, et les Américains reçoivent des biens réels. La consommation américaine est donc largement financée par les gens des autres pays. Ce qu’on pourrait appeler de l’impérialisme monétaire.

Il reste encore aujourd’hui un problème, même pour les Américains. C’est que le dollar n’est pas la seule monnaie papier dans le monde. Il existe encore d’autres monnaies : l’Euro, le Yen japonais, le rouble russe… Et si les Américains devaient dépasser les bornes à l’imprimer la monnaie, le danger serait que les gens aillent vers d’autres monnaies. Il y a donc aussi une tendance à éliminer cette concurrence avec d’autres monnaies, et une de ces tentatives par exemple, un grand pas dans cette direction, fut l’établissement de l’Euro.

Avant que l’Euro fût établi, vers 2000, il y avait encore d’autres monnaies fortement concurrentes, comme le Mark allemand par exemple. Le Mark allemand n’était pas spécialement fort grâce à quelque vertu allemande, mais l’Allemagne avait deux fois souffert d’hyperinflation parce qu’elle avait perdu deux guerres. Et grâce à cette expérience, les Allemands étaient plus conscients de l’inflation, que l’inflation est le danger. À cause de cela, la banque centrale allemande était relativement modeste dans son impression de Marks. Les Américains n’aimaient pas cela. Et promurent l’établissement de la banque centrale européenne. Et au conseil d’administration de la banque centrale européenne siègent des Espagnols, des Italiens, des Grecs ; et tous ces pays ont la main lourde sur l’émission de monnaie. L’Euro est donc une monnaie bien plus faible que l’était le Mark auparavant. Et le mieux du point de vue des intérêts américains serait bien sûr que le monde entier accepte un étalon-dollar.

Encore une fois, on tend vers un pouvoir mondial, et on tend vers l’établissement d’une monnaie papier mondiale. Une monnaie papier mondiale serait bien sûr une monnaie plus inflationniste que tout ce que vous avez connu auparavant. Parce que s’il ne reste qu’une monnaie, on n’a plus la peur qu’elle se dévalue par rapport à d’autres, peur qui réduit la tentation d’en imprimer toujours plus. Je ne suis pas certain qu’au final on en viendra à cette monnaie mondiale, comme je ne suis pas certain qu’à la fin on en viendra à un État mondial. Mais pour comprendre le monde actuel, il faut être conscient que ces deux tendances sont en progression. Que des forces, des forces influentes, travaillent constamment dans cette direction.

 


Ce que je vous ai dit jusqu’ici est quelque peu similaire à la théorie marxiste du développement social et de l’histoire. Je me rends compte que vous êtes surtout des gens relativement jeunes, donc vous pourriez ne pas être bien versés dans la théorie marxiste. Je suis bien plus vieux que vous, je viens d’avoir 70 ans cette année, et j’ai eu une expérience de première main du communisme ; ma mère fut expropriée par les Russes en Allemagne de l’Est, je suis né en Allemagne de l’Ouest, mais la plupart de ma famille vivait à l’Est.

J’ai donc vu moi-même le chaos causé par le socialisme, l’appauvrissement sans espoir des gens. Et j’ai bien sûr étudié (j’étais de gauche dans ma jeunesse), j’ai étudié la théorie marxiste : j’en sais probablement plus que la plupart d’entre vous sur la théorie marxiste. Je veux vous faire percevoir une certaine similitude entre ce que je dis et ce que les marxistes disaient, et pointer du doigt ce qui fut leur erreur majeure.

La théorie marxiste est quelque chose… il y a une exploitation à l’œuvre, c’est l’exploitation par les capitalistes qui exploitent les travailleurs ! Cependant, il existait une théorie de l’exploitation et des classes bien avant Marx. C’était une théorie libérale, ou autrichienne, de l’exploitation. C’est-à-dire que les organisations qui exploitent sont les États. L’impôt est de l’exploitation. Les intérêts des travailleurs et des capitalistes sont en harmonie. Plus l’entreprise tourne bien, plus les salaires des travailleurs augmentent, c’est une association volontaire. Si un travailleur ne veut pas travailler pour elle, il n’a pas à travailler pour elle.

Mais l’exploitation existe dans ce monde. L’exploitation, c’est l’impôt. Et puis les marxistes [disent]… les entreprises se concentrent ! Les entreprises deviennent de plus en plus grosses jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une entreprise mondiale, pour ainsi dire. Oui, mais ce ne sont pas les entreprises qui grossissent. Ce sont les États qui grossissent. Une concentration se déroule en effet. Mais pas celle des entreprises, celle des États, dont la taille grandit toujours.

Que peut-on espérer ? On peut espérer un processus de décentralisation. En unités de plus en plus petites, dans la direction d’une société sans État. Complètement. Autrement dit, l’Union Européenne est un désastre. Le Brexit fut une bonne idée. L’Allemagne devrait se retirer. Les provinces d’Allemagne devraient se retirer. Dans de nombreux discours en Europe j’ai toujours, j’ai pour ainsi dire inventé l’expression : « Ce qu’il nous faut en Europe, c’est un millier de Liechtensteins. »

Le Liechtenstein a 36.000 habitants. Au Liechtenstein, le Prince permet aux six ou sept villages qui le composent de faire sécession, de devenir indépendants du Liechtenstein, ou de rejoindre l’Autriche, ou de rejoindre la Suisse. Ce qu’ils veulent. Pourquoi cela serait-il bon ? Pourquoi promouvoir des mouvements de sécession ou la décentralisation ? Parce que s’il faut avoir des États, et tant qu’il devra y avoir un État, il vaut mieux pour nous qu’il y en ait le plus possible, car alors ils devront se concurrencer pour garder leur population et éviter qu’elle déménage. Ils doivent correctement traiter leur peuple, sinon il disparaîtra purement et simplement.

De petits États sont aussi moins enclins à se lancer dans des conflits armés. De petits États sont presque obligés de consentir à de l’échange libre avec le reste du monde. Car imaginez qu’un État comme le Liechtenstein avec ses 36.000 habitants dise : « Nous prenons des mesures protectionnistes. Nous ne voulons plus que des biens étrangers entrent ici. » La population mourrait en une ou deux semaines. Ils sont obligés de se lancer dans le libre commerce.

Au contraire, si un énorme État comme les États-Unis disait : « Ok, nous construisons une sorte de mur commercial autour des États-Unis », cela abaisserait bien sûr le niveau de vie, mais pas aussi dramatiquement et pas aussi vite que pour de petits États, parce qu’il existe encore un marché intérieur conséquent. Les milliers et millions d’entreprises sur le territoire des États-Unis peuvent produire presque tout, peut-être pas aussi efficacement ni aussi rapidement ni aussi bien que s’ils commerçaient aussi avec le reste du monde. Mais ils pourraient s’en tirer pendant un moment.

Et comme dit plus haut, plus les États sont petits, plus il devient difficile pour les gens de jouer à « je vole mon voisin en votant pour ceci ou cela. » Parce que les gens se connaissent et qu’il y aurait plus de contrôle social. Donc, le but des libertariens sur la route d’une société complètement dépourvue d’État est : d’abord, de travailler le plus dur possible, avec les meilleurs arguments qu’il nous soit possible de trouver, à un processus de décentralisation, voire de sécession.

Merci beaucoup.>>

Hans-Hermann Hoppe

 


Notre équipe a traduit il y a quelques temps une conférence donnée en octobre 2019 par Hans-Hermann Hoppe, figure contemporaine de l’école autrichienne, que nous considérons comme majeure pour mieux comprendre le monde actuel et comment l’analyse praxéologique permet de lire l’histoire et les grandes tendances dans lesquelles nous devons être acteurs pour la Liberté.

Nous reproduisons ici le texte intégral de cette traduction, pour référence et pour commentaires éventuels.

L’Institut Mises France

 

 

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