Affichage des articles dont le libellé est Staline. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Staline. Afficher tous les articles

octobre 29, 2025

Histoire - Shoah - Babi Yar - Nazisme - Conflit en Ukraine - Stalinisme !!

Le massacre de Babi Yar, qui s'est déroulé sur deux jours en septembre 1941, reste l'un des exemples les plus horribles de massacres commis pendant la Shoah. 
 
 

 
À Kiev, en Ukraine, près de 34 000 Juifs, hommes, femmes et enfants, ont été rassemblés par les Einsatzgruppen nazis (unités mobiles d'extermination) et des collaborateurs ukrainiens locaux. Ils ont été conduits jusqu'au ravin de Babi Yar, à la périphérie de la ville, où ils ont été contraints de se déshabiller, conduits au bord du ravin et abattus de sang-froid. Leurs corps ont été abandonnés dans des fosses communes. 
 
Cette atrocité marqua le début des exécutions massives systématiques en Union soviétique occupée et préfigura des massacres encore plus répandus en Europe de l'Est. L'ampleur brutale du massacre fut aggravée par le fait qu'il eut lieu au cœur d'une grande ville, au vu et au su des civils et des habitants des environs. 
 

 
 
Malgré les tentatives des autorités soviétiques d'effacer la mémoire de Babi Yar et de ses horreurs, le massacre est finalement devenu un symbole de la brutalité et de la collaboration nazies. Il a été immortalisé dans la littérature, l'art et l'histoire, rappelant brutalement l'ampleur de la cruauté humaine pendant l'Holocauste.
 
 
Sur cette photo fournie par le bureau de presse présidentiel ukrainien, le président ukrainien Volodymyr Zelensky assiste à une cérémonie lors de la Journée de commémoration de la Shoah au monument aux victimes juives des massacres nazis du ravin de Babi Yar, à Kiev, en Ukraine, le 27 janvier 2025. (Bureau de presse présidentiel ukrainien via AP)

84 ans après le massacre de Babi Yar, les noms de 1 000 victimes ont été révélés

Malgré l'invasion russe, les chercheurs ont numérisé des artefacts de la vie juive en Ukraine, avec de nouvelles informations sur l'assassinat de 33 771 Juifs à Kiev en septembre 1941

 Ce lundi, lorsque les institutions commémoratives de la Shoah se sont réunies à l’occasion du 84e anniversaire du massacre de Babi Yar, au cours duquel les nazis et leurs collaborateurs ont exécuté plus de 33 000 Juifs en l’espace de deux jours, les noms d’un millier de victimes jusque-là non identifiées ont, pour la toute première fois, été lus grâce aux découvertes faites dans de nouveaux documents d’archives.

Depuis février 2022, date du début de l’invasion russe, l’Ukraine a largement ouvert ses archives gouvernementales, par ailleurs cibles de bombardements russes, explique au Times of Israel Natan Sharansky, président du Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar. Cela a permis à une équipe internationale de chercheurs de rassembler des données éparses et de découvrir ces noms, poursuit-il.

« L’Ukraine est riche de centaines d’années d’histoire juive, sans compter ses plus de 20 millions de documents sur la vie juive », poursuit Sharansky, ancien refuznik russe et politicien israélien par ailleurs président de l’Institut pour l’étude de l’antisémitisme et de la politique mondiale (ISGAP) et du Mouvement de lutte contre l’antisémitisme.

« En partenariat avec la Bibliothèque nationale d’Israël, nous avons déjà numérisé plus de 7 millions de pages issues de plusieurs fonds. Cela nous donne des informations non seulement sur la Shoah mais aussi sur les mariages, les décès, les procédures judiciaires et tous les aspects de la vie juive. »

Lundi, le Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar et la Marche internationale des vivants ont lu 1 031 noms découverts il y a peu sur le site du massacre à Kiev, lors d’une cérémonie qui a fait la part belle à un Kaddish.

À la Bibliothèque nationale de Jérusalem, une lecture similaire a eu lieu suivie d’une discussion sur la question de la mémoire de la Shoah en temps de guerre avec Sharansky, le président de Yad Vashem, Dani Dayan, le président de la Bibliothèque nationale, Sallai Meridor, et l’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk.

La base de données du Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar contient à ce jour 29 671 noms de victimes, d’un âge compris entre neuf mois et 102 ans, avec des détails tels que l’adresse, les parents, la profession et les circonstances du décès.

Babi Yar, ce ravin situé dans la capitale ukrainienne, est le plus grand champ de bataille de la Shoah en dehors des camps de concentration nazis et le site de l’un des massacres les plus sanglants de la guerre.

Une photo d’archive de 1944 d’une partie du ravin de Babi Yar, dans la périphérie de Kiev, en Ukraine, où l’Armée rouge a déterré les corps de 14 000 civils tués par les nazis en fuite, en 1944. L’Einsatzgruppe C est responsable de l’un des massacres les plus notoires, la fusillade de près de 34 000 personnes à Babi Yar, un ravin situé au nord-ouest de la ville ukrainienne de Kiev, les 29 et 30 septembre 1941. (Photo AP, fichier)
 

Les 29 et 30 septembre 1941, à la veille de Yom Kippour, 33 771 Juifs ont été assassinés en l’espace de deux jours.

Durant 36 heures, les Juifs des environs ont reçu l’ordre de se diriger vers le ravin, où ils ont été déshabillés, abattus et enterrés. De nombreuses victimes – essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées – ont été forcées de s’allonger face contre terre sur d’autres cadavres ensanglantés afin que leurs assassins n’aient pas à les déplacer.

Dans les deux années qui ont suivi, ce ne sont pas moins de 70 000 personnes qui ont été assassinées dans ce ravin – Juifs, Roumains, nationalistes ukrainiens ou prisonniers de guerre soviétiques – ce qui porte le nombre de victimes assassinées par les Allemands et leurs collaborateurs locaux à plus de 100 000.

Les opérations de mise à mort ont été interrompues en 1943, lorsque Berlin a ordonné que tous les sites d’exécutions de masse soient fouillés afin que les cadavres soient détruits mais les nouvelles technologies ont récemment permis d’identifier l’emplacement exact de ces atrocités.

« Babi Yar est la plus grande fosse commune d’Europe, le symbole de la Shoah par balles », rappelle Sharansky en utilisant le terme consacré pour désigner les 1,5 million de Juifs tués à l’époque par les forces nazies ou leurs collaborateurs dans l’Union soviétique occupée et ses républiques.

Natan Sharansky à la synagogue symbolique fondée par le Centre commémoratif de Babi Yar (Centre commémoratif de Babi Yar)
 

Après la guerre, l’Union soviétique a tenté de murer la mémoire de Babi Yar, en exhumant les corps et en construisant par-dessus, poursuit Sharansky.

« Ils ont interdit aux gens d’y organiser des cérémonies commémoratives afin qu’ils ne connaissent pas l’histoire. Moi qui suis né là-bas et qui y ait grandi, quand on m’a approché il y a de cela 10 ans pour y ériger un centre commémoratif, cela m’a parlé », confie-t-il.

Pour l’heure, le site du Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar comprend des monuments en hommage à son passé, dont une synagogue originale, conçue pour s’ouvrir et se re fermer à la manière d’un livre, utilisée lors d’occasions spéciales. Plus de 300 000 personnes, dont des dirigeants étrangers et des citoyens ukrainiens, s’y sont rendus depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, en 2022, selon l’institution.


 

Les travaux de construction de ce qui veut être un vaste musée, plus grand encore que Yad Vashem et d’autres mémoriaux internationaux, ont commencé il y a plusieurs années, mais la guerre les a mis entre parenthèses.

Pour autant, le Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar redouble d’efforts pour développer ses archives, aidé par l’accès aux archives gouvernementales.

Le Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar souhaite créer les archives les plus complètes du genre en Europe de l’Est, avec des chercheurs travaillant dans plus d’une dizaine d’endroits, souvent sous le feu des critiques, pour protéger les documents.

Au-delà des 1 031 nouveaux noms, plus de 2 000 documents ont été mis à jour et corrigés depuis le début de la guerre, souligne le Centre commémoratif de la Shoah de Babi Yar.

Parmi les documents récemment découverts figurent des demandes d’adoption d’enfants rendus orphelins par l’assassinat de leurs parents à Babi Yar, des pétitions de citoyens demandant la reconnaissance légale de la mort de parents à des fins d’héritage, de remariage ou d’aide financière, et des certificats de naissance des années 1920 et 1930 qui ont aidé à identifier les enfants assassinés en même temps que leurs parents.

Conséquences du massacre de Babi Yar à Kiev, en Ukraine, les 29 et 30 septembre 1941, où 33 771 Juifs ont été assassinés en deux jours. (Domaine public)
 

« Dans certains cas, on a trouvé des correspondances entre des certificats de naissance d’un endroit et des noms écrits dans les registres d’autres villes », explique Sharansky. « Les chercheurs d’Odessa et d’ailleurs sont entravés dans leur action par la guerre mais ils savent que c’est sans doute la dernière occasion de sauvegarder ces documents. »

En atteste ce dossier judiciaire de 1946 qui reprend in extenso le plaidoyer de Zindel Kravetsky, qui demande la reconnaissance de la mort de sa femme et de ses trois enfants – Aron, 8 ans, Zoya, 6 ans, et Vova, 4 ans – tous assassinés à Babi Yar. Un autre document évoque le cas de Rakhil Meirovna Kravets, née en 1863, qui a fui Korosten pour se rendre à Kiev au début de la guerre, avant d’y être assassinée dans le ravin de la mort.

Pour Sharansky et tant d’autres, la préservation de ces souvenirs est autant un acte d’autodéfense qu’une commémoration du passé.

« La mémoire est une arme morale contre le déni, l’oubli et la distorsion, [et] la guerre en Ukraine est une guerre idéologique tout autant qu’une guerre de territoire », conclut Sharansky.

« Nous faisons face à des tentatives flagrantes de distordre l’histoire et même de l’effacer. C’est justement en temps de guerre que l’obligation de défendre la vérité se fait plus forte. »

29 septembre 2025

https://fr.timesofisrael.com/84-ans-apres-le-massacre-de-babi-yar-les-noms-de-1-000-victimes-ont-ete-reveles/ 

 


Babi Yar, 1941. Le massacre des Juifs de Kiev restitué dans un documentaire exceptionnel

Les 29 et 30 septembre 1941, 33.771 Juifs sont exécutés à Babi Yar, près de Kiev, en Ukraine. Sorti en 2022, le documentaire « Babi Yar. Contexte » restitue de manière sobre et précise ce massacre perpétré par l’Allemagne nazie avec le concours de la Police auxiliaire ukrainienne. L’historien Christian Ingrao nous avait livré son analyse.
Le 28 septembre 1941, les Juifs de l’agglomération de Kiev reçoivent l’ordre de se présenter le lendemain au lieu-dit de Babi Yar avec papiers d’identité, argent, objets précieux et quelques vêtements. Ceux qui n’obéiraient pas seraient punis de mort. Pensant qu’ils seraient déportés, envoyés au travail forcé, ils obtempèrent. Mais conduits par petits groupes au bord d'un ravin, les 33.771 hommes, femmes, vieillards et enfants juifs sont tous exécutés à l’arme à feu, en 36 heures, par des unités de la SS, de la Wehrmacht et de la Police auxiliaire ukrainienne. À la libération, l’Ukraine retombe dans le giron de Staline et les soviétiques occultent la nature spécifiquement antisémite du massacre qui aurait selon eux visé des « citoyens soviétiques pacifiques ». En 1952, ils comblent le ravin.
 
 
Joseph Stalin fut l’un des dictateurs les plus redoutés du vingtième siècle, et son régime laissa un héritage de répression, de terreur et de millions de victimes. Sous son commandement, l’union soviétique devint une puissance mondiale, mais le prix fut la souffrance humaine, les goulags et les purges politiques qui anéantirent opposants et innocents. Le côté le plus sombre de Stalin se révèle dans sa capacité à transformer la peur en arme politique. Les camps de travail forcé furent remplis de paysans, d’intellectuels et de soldats accusés de trahison sans preuves réelles. Ces pratiques laissèrent des cicatrices profondes dans l’histoire russe et la mémoire collective de millions de familles. Aujourd’hui, en se remémorant cette période sombre, on ne peut ignorer comment le culte de la personnalité de Stalin masquait les horreurs derrière son image. Son portrait de dirigeant fort reste débattu, mais son héritage le plus sombre demeure un avertissement des excès du pouvoir absolu.
 
 
Le documentaire du cinéaste ukrainien Sergueï Loznitsa restitue le contexte du massacre de Babi Yar, perpétré trois mois après l’attaque de l’URSS par l’Allemagne nazie en juin 1941. Quand la Wehrmacht marche sur Kiev, alors soviétique, les Ukrainiens sont de longue date pris en étau entre différentes puissances impérialistes voisines…
Christian Ingrao1. En effet. Il y a alors en Ukraine des mouvements nationalistes, comme l’Organisation nationaliste ukrainienne (OUN), créée en 1929. Ces mouvements sont initialement nés pour obtenir l’indépendance de l’Ukraine et résister aux pressions de l’État polonais qui tentait de « poloniser » ces territoires. Puis la résistance se retourne contre l’Union soviétique qui a annexé l’Ukraine occidentale en 1939. Sa population subit alors une invasion, immédiatement suivie de la collectivisation, à partir de laquelle les Ukrainiens combattent l’occupant avec acharnement et ce, d’autant plus qu’ils étaient parfaitement informés de la manière dont l’URSS traitait l’Ukraine orientale. Soviétique depuis 1919, celle-ci avait déjà subi la collectivisation des terres agricoles qui conduisit à la famine des années 1932-1933 et à ses 3,5 millions de morts.
    
Cela explique-t-il l’accueil enthousiaste que les nazis reçoivent en Ukraine en juin 1941 ?
C.I. Cela explique d’abord que les Ukrainiens haïssent alors majoritairement le pouvoir soviétique et qu’ils espèrent que les Allemands vont leur octroyer l’indépendance. Il faut aussi souligner que les mouvements nationalistes ukrainiens entretiennent une étroite proximité idéologique avec le nazisme, avec lequel ils partagent un anticommunisme et un antisémitisme ataviques. Ils sont donc ravis de voir arriver les Allemands et profitent du désarroi du pouvoir stalinien pour fomenter des révoltes et des pogroms contre les Juifs. Mais quand la Wehrmacht entre dans Kiev, l’idée des autorités allemandes n’est pas de procéder à l’élimination immédiate des Juifs. Si les Einsatzgruppen visent les juifs, les francs-tireurs, les saboteurs, les communistes…, c’est d’abord parce qu’ils sont considérés comme une menace pour la sécurité.
 
 
Accueil des soldats de la Wehrmacht par la population ukrainienne à l'été 1941, quand l’Allemagne nazie entre en URSS malgré le pacte germano-soviétique signé en 1939
 

Alors, qu’est-ce qui va conduire au massacre de Babi Yar ?
C.I. En août 1941, les nazis considèrent que la « solution finale de la question juive » nécessite de déporter tous les Juifs d’Europe au nord de l’Union soviétique, dans le cercle polaire. Pour installer ceux d’Europe occidentale et méridionale sur les territoires de l’Est au cours de leur transit, les logisticiens nazis estiment qu’il faut d’abord faire « de la place » en exterminant la population juive soviétique.

(…) une série d’explosions meurtrières joue le rôle de déclencheur. Des bataillons de destruction et de sabotage, laissés sur place par l’Armée Rouge, ont miné les rues du centre de Kiev. (…) Les nazis rejettent immédiatement la faute sur la population juive de la ville (…)

À partir de la fin de l’été, les Einsatzgruppen se mettent donc à fusiller aussi les femmes et les enfants juifs dont ils croisent la route. En ce qui concerne Babi Yar, cependant, c’est une série d’explosions meurtrières, le 24 septembre, qui joue le rôle de déclencheur. Des bataillons de destruction et de sabotage, laissés sur place par l’Armée Rouge, ont miné les rues du centre de Kiev. Deux états-majors de la Wehrmacht sont décimés, le documentaire en montre d’ailleurs des images exceptionnelles que je n’avais encore jamais vues. Les nazis rejettent immédiatement la faute de ces attentats sur la population juive de la ville et décident que toutes et tous doivent être exterminés immédiatement. La volonté de vengeance et de représailles précipite ainsi l’extermination exhaustive déjà en préparation. Et conduit au massacre de Babi Yar.

« Le 24 septembre 1941, deux états-majors de la Wehrmacht sont décimés à Kiev, le documentaire en montre d’ailleurs des images exceptionnelles que je n’avais encore jamais vues », commente l’historien Christian Ingrao
 

C’est donc l’ensemble de la population juive de Kiev qui est massacrée ?
C.I. Oui, il s’agit des 33 771 juifs encore présents à Kiev à ce moment-là, sachant qu’avant la guerre, en 1937, on en recensait 224 000. Dans l’intervalle, les soviétiques ont en effet évacué le plus possible d’entre eux, conscients de l’entreprise allemande de décimation systématique et massive des juifs soviétiques. La mise en œuvre du massacre, parfaitement documentée, a impliqué la coordination d’équipes extrêmement diverses. Les unités de propagande de la Wehrmacht ont organisé le rassemblement des juifs les 29 et 30 septembre, les Einsatzgruppen sont chargés de la surveillance et des fusillades, (tandis que des unités de la police auxiliaire ukrainienne contribuent à « sécuriser » l’opération en surveillant les Juifs rassemblés, afin que personne ne s’échappe et n’aille raconter ce qui était en train de se passer. Ce qui ne manqua pas d’arriver, la nouvelle du massacre se diffusant discrètement dans toute l’Europe, Ndlr). Des groupes d’infanterie ou des unités de pionniers ont ensuite effondré les parois du ravin pour recouvrir les corps.
    
Pourquoi Babi Yar, massacre des Juifs d’Ukraine, est-il devenu le visage du génocide des Juifs à l’Est où un million et demi d’entre eux ont été exterminés entre 1941 et 1943 ?
C.I. Babi Yar devient un symbole en raison de son caractère inaugural et de son ampleur : comprenez que toute la communauté juive de la troisième ville soviétique est massacrée en une opération de deux jours. Il y aura d’autres fusillades par la suite, mais aucune aussi meurtrière et sordide. Du côté nazi, on peut penser que Babi Yar est une forme de test, un essai d’extermination massive et exhaustive par fusillade. À ce moment-là, les commandements exterminateurs envisageaient de systématiser la méthode partout où ils veulent tuer des juifs. Mais un mois à peine après Babi Yar, les rapports des Einsatzgruppen considèrent que les fusillades massives ne fonctionnent pas assez bien : lorsque leurs équipes retournent sur les lieux, elles retrouvent toujours des survivants.

Babi Yar est le visage du génocide des Juifs à l'Est mais de nombreux autres massacres eurent lieu, comme ici à Lubny, le 16 octobre 1941, où ils sont convoqués, sommés d'abandonner leurs affaires avant d'être assassinés
 

La propagande russe actuelle martèle un passé nazi de l’Ukraine pour légitimer l’invasion du pays, débutée en février dernier. Dans ce contexte, comment jugez-vous le film de Sergueï Loznitsa, réalisé avant l’invasion ?
C.I. Le documentaire adopte une position équilibrée et nuancée. C’est un Ukrainien qui dit aux Ukrainiens : « Il nous faut regarder notre passé en face ». (Pour se venger de la mainmise soviétique, le nationalisme ukrainien s’est vendu au nazisme. Les bataillons d’auxiliaires ukrainiens ont participé sans réserve au massacre des juifs dans une indifférence quasi générale. La population ukrainienne a toutefois payé un lourd tribut à l’occupation et a massivement participé à la libération de son territoire et à la victoire contre le nazisme, Ndlr). Le problème est de voir cette démarche critique et progressiste aujourd'hui pervertie de façon délétère par le régime russe.

Le problème est de voir cette démarche critique et progressiste aujourd'hui pervertie de façon délétère par le régime russe. En Ukraine, certains courants critiquaient ainsi le film, jugeant que son discours fait le jeu de Moscou. Or (…), le réalisateur n’a montré aucune ambiguïté dans son soutien à son pays.

En Ukraine, certains courants critiquaient ainsi le film, jugeant que son discours fait le jeu de Moscou. Or, dans ses prises de position depuis l’invasion, le réalisateur Sergueï Loznitsa n’a montré aucune ambiguïté dans son soutien à son pays. Tandis que les Ukrainiens critiques défendaient, eux, un récit antirusse marqué par le nationalisme ukrainien dont le film s’attache justement à montrer la face sombre. Par ailleurs, le cinéaste est totalement à contre-courant du récit soviétique. Son travail montre que les juifs n’ont pas été tués en tant que citoyens soviétiques : ils l’ont été parce qu’ils étaient juifs. (Le découpage du film traduit bien la volonté soviétique de refaçonner ce crime : il montre les différentes modifications du site jusqu’en 1960, qu’il s’agisse de glissements de terrain ou du comblement du ravin opéré par les soviétiques grâce à une décharge voisine, Ndlr).

Exécutions de masse de Juifs par les Einsatzgruppen (« Groupes mobiles d'intervention » du IIIe Reich allemand), en Ukraine, à l’automne 1941
 

Qu’est-il reproché d’autre au documentaire ?
C.I. De ne s’intéresser qu’aux juifs morts à Babi Yar, alors que quelque 100 000 personnes y ont été tuées entre 1941 et 1943, parmi lesquelles des prisonniers de guerre soviétiques, des Roms ainsi que 400 militants nationalistes. C’est un discours auquel je n’adhère pas. Même si on peut reprocher à Sergueï Loznitsa certaines ellipses, son propos s’oppose fondamentalement au vieux récit stalinien qui subsume toutes les victimes en une seule catégorie. Il permet de restituer la singularité du destin des juifs de Kiev. Son film est une exceptionnelle leçon d’histoire alors que la mémoire ukrainienne demeurait jusqu’à peu pour le moins lacunaire : des trois projets de mémorial évoqués depuis 2000, aucun n’a vu le jour, pour des raisons devenues très complexes, sur fond de potentielles tentatives d’instrumentalisation.
     
Dépourvu d’entretien et de commentaire en voix-off, le film adopte dans sa forme un parti pris radical. Quelle impression en gardez-vous ?
C.I. J’en garde un souvenir très fort car j’ai pu le découvrir sur les lieux mêmes du massacre, dans le ravin de Babi Yar, lors de la commémoration des 80 ans, en octobre 2021. J’apprécie aussi le film pour sa rigueur et sa valeur scientifique : le discours, très précis, s’appuie sur une extraordinaire et unique recherche documentaire. Je salue le choix de Sergueï Loznitsa de ne jamais tomber dans la surenchère émotionnelle en évitant de montrer des images dont la violence pourrait submerger le spectateur. Ces images existent pourtant. Celles des exactions perpétrées dans les pogroms en Ukraine glacent le sang. En choisissant de ne pas les inclure au film, le réalisateur laisse à chacun la possibilité de se faire un point de vue. L’absence de commentaires, au profit de simples cartons situant la chronologie et la géographie des événements, contribue à ce soin particulier.

                                      Le film inclut le témoignage d’une survivante au massacre.

Comment ce sombre épisode de l’histoire a-t-il croisé vos recherches ?
C.I. Mes premiers travaux de recherche portaient sur les intellectuels enrôlés en tant qu’officiers dans la SS et à la tête d’organes de répression (Gestapo, Service de sécurité, Einsatzgruppen), or certains d’entre eux étaient présents à Babi Yar et ont contribué au massacre. Vous savez, ce que la recherche en histoire travaille à établir aujourd’hui concerne plutôt l’enchaînement des événements, car les faits eux-mêmes, les violences nazies, sont clairement établis : on est en mesure de reconstituer pratiquement jour par jour les massacres commis… Il s’agit donc plutôt de comprendre la logique qui sous-tend certaines décisions, comme par exemple celle, prise en trois jours, de clôturer le ghetto de Minsk, en Biélorussie, puis de fusiller tout le monde en octobre 1941.
      
Les archives ouvertes après la chute du Mur de Berlin, les témoignages, et les sources judiciaires ont permis de faire énormément de progrès dans ce sens depuis vingt-cinq ans. Mais de grandes interrogations subsistent. Par exemple, on manque encore d’une vision précise de la façon dont s’agençaient les relations des différents organes de répression du IIIème Reich avec les administrations des camps de concentration. On ne retrouvera jamais la majorité des sources produites à l’époque, 90 % d’entre elles ont été détruites par les bombardements alliés ou par les nazis eux-mêmes. ♦
     
Pour en savoir plus :
Le documentaire « Babi Yar. Contexte »(link is external), réalisé par Sergueï Loznitsa, est sorti dans les salles le 14 septembre 2022. Il a reçu le Prix spécial du Jury de l’œil d’or au Festival de Cannes 2021.

Notes
  • 1. Christian Ingrao est historien, spécialiste des violences nazies, directeur de recherche au CNRS au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (unité CNRS/EHESS).

https://lejournal.cnrs.fr/articles/babi-yar-1941-le-massacre-des-juifs-de-kiev-restitue-dans-un-documentaire-exceptionnel

 

septembre 09, 2025

La survie de la gauche ! Médiatiser pour désinformer...Donner pour reprendre....CQFD !

Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), 

 

Les biologistes expliquent comment les organismes s'adaptent à leur environnement physique, mais les idéologues s'adaptent également à leur environnement social. Le fait le plus fondamental concernant les idées de la gauche politique est qu'elles ne fonctionnent pas. Il ne faut donc pas s'étonner de la trouver concentrée dans des institutions où les idées n'ont pas besoin de fonctionner pour survivre.


Le monde universitaire est le terrain de jeu des idées bancales, à l'exception des domaines où des épreuves décisives sont nécessaires, comme les sciences, les mathématiques, l'ingénierie, la médecine et le sport. Dans tous ces domaines, chacun à sa manière, il arrive un moment où il faut accepter ou se taire. Il n'est pas surprenant que tous ces domaines constituent des exceptions notables à la domination totale de la gauche sur les campus à travers le pays.


Dans les sciences humaines, par exemple, le test du déconstructionnisme ne consiste pas à savoir s'il peut produire des résultats tangibles, mais s'il reste en vogue. Tant que c'est le cas, les professeurs habiles dans l'art de la prestidigitation verbale peuvent s'attendre à continuer de percevoir des salaires à six chiffres.

On pourrait penser que l'effondrement du communisme dans toute l'Europe de l'Est serait considéré comme un échec décisif pour le marxisme, mais les marxistes universitaires américains ne se laissent pas décourager. Leurs salaires et leur titularisation ne sont pas affectés. Leurs théories continuent de fleurir dans les salles de classe et leurs revues continuent d'encombrer les étagères des bibliothèques.

Le socialisme en général a un bilan d'échecs si flagrant que seuls les intellectuels peuvent l'ignorer ou l'esquiver. Même les pays qui étaient autrefois plus prospères que leurs voisins se sont retrouvés beaucoup plus pauvres que ces derniers après seulement une génération de politiques socialistes. Que ces pays voisins soient le Ghana et la Côte d'Ivoire ou la Birmanie et la Thaïlande, l'histoire est la même partout dans le monde.

 Discréditées ailleurs, les recettes miracles de la gauche continuent de vivre à la télévision publique.

Et l'échec économique n'est pas le pire. Les millions de personnes massacrées par Staline, Mao et Pol Pot pour des raisons politiques constituent une réalité encore plus sinistre.

Les personnes qui vivent et travaillent dans un monde où il y a des résultats financiers à atteindre, des tableaux d'affichage sportifs, des champs de bataille militaires ou des opérations chirurgicales où il est question de vie ou de mort peuvent avoir du mal à apprécier pleinement la différence entre ce type de monde et un monde où le seul critère décisif est de savoir si vos collègues apprécient ce que vous dites.

Le monde universitaire n'est qu'un des domaines où règnent des critères entièrement subjectifs et où les gauchistes prédominent. Les institutions dotées de fonds, telles que les fondations et les musées, ne sont souvent soumises à aucun autre critère que ce que des personnes partageant les mêmes idées trouvent « passionnant » et ce qui permet à ceux qui dirigent ces institutions d'éprouver le sentiment grisant de « faire la différence ». Il en va de même pour les institutions culturelles soutenues involontairement par les contribuables, telles que le Smithsonian ou le National Endowments for the Arts and the Humanities.

La radio et la télévision « publiques » financées par les contribuables sont également coupées de la réalité et dominées par la gauche, non seulement aux États-Unis, mais aussi dans d'autres pays. Toutes les recettes miracles de la gauche qui ont affamé des millions de personnes dans des pays qui avaient autrefois des excédents alimentaires à exporter, toutes les belles paroles et les réalités sordides qui ont poussé des millions d'autres personnes à fuir leur terre natale, ces recettes miracles perdurent à la télévision publique, un peu comme les vieux films classiques dont les répliques familières peuvent être récitées par les amateurs en même temps que les personnages à l'écran.

Ces institutions privilégiées et isolées, souvent méprisantes envers les valeurs de la société américaine et de la civilisation occidentale, ne sont pas les seuls bastions de la contre-culture de gauche. Hollywood et Broadway le sont également. Bien que le monde du spectacle soit confronté à la nécessité financière d'attirer un public, la véracité de ce qu'il représente n'est guère cruciale. S'il parvient à rendre ses productions percutantes et sexy, ceux qui se plaignent des inexactitudes historiques et des préjugés idéologiques peuvent être écartés comme des pédants insignifiants. Pourquoi les gauchistes parviennent-ils à évincer les autres types de personnes de ces lieux ? Parce que ceux qui sont prêts à se soumettre à l'épreuve de la réalité, qu'ils soient hommes d'affaires sur le marché ou chirurgiens dans une salle d'opération, ont beaucoup d'autres endroits où travailler et vivre. Ils n'ont pas besoin de niches protégées spéciales pour se cacher et chérir leurs précieuses idées.

L'adaptation darwinienne à l'environnement s'applique non seulement à la nature, mais aussi à la société. Tout comme on ne trouve pas d'aigles vivant dans l'océan ou de poissons vivant au sommet des montagnes, on ne trouve pas de gauchistes concentrés là où leurs idées doivent faire leurs preuves. 

  • Le socialisme a un record d'échecs si flagrant que seul un intellectuel pourrait l'ignorer.
Thomas Sowell

 


Le Dr Thomas Sowell est économiste et chercheur principal à la Hoover Institution de Stanford, en Californie.

https://www.forbes.com/forbes/1997/0908/6005128a.html?sh=44d00e08c4c3



juin 02, 2019

Histoire 1939 - Entente socialo-communiste et socialo-nationaliste !!


Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), alors n'hésitez pas à le diffuser au sein de différents groupes ( notamment ou j'en étais l'administrateur), comme sur vos propres murs respectifs. D'avance merci. L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses. Librement vôtre - Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste. N'omettez de lire par ailleurs un journal libéral complet tel que Contrepoints: https://www.contrepoints.org/ Al, PS: N'hésitez pas à m'envoyer vos articles (voir être administrateur du site) afin d'être lu par environ 3000 lecteurs jour sur l'Université Liberté (genestine.alain@orange.fr). Il est dommageable d'effectuer des recherches comme des CC. Merci



Les originaux soviétiques du pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne sont publiés.

Les scans du pacte original de non-agression soviétique entre l’Union soviétique et l’Allemagne du 23 août 1939 et son protocole additionnel secret ont été publiés pour la première fois. Auparavant, seules les photocopies d'originaux allemands de ces documents étaient à la disposition des historiens. Les scans ont été fournis par le Département d'histoire et de documentation du Ministère des affaires étrangères de la Russie et publiés dans la publication scientifique «La coalition anti-hitlérienne 1939: la formule de l'échec» publiée par l'Institut d'études et d'initiatives de politique étrangère.



Document numéro 1. Pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. 23 août 1939 Original soviétique en russe.

Document numéro 2. Pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. 23 août 1939 Original soviétique en allemand.




Document numéro 3. Protocole additionnel secret au pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. 23 août 1939 Original soviétique en russe.




Document numéro 4. Protocole additionnel secret au pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. 23 août 1939 Original soviétique en allemand.


 
Document numéro 5. Explication du protocole additionnel secret au traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. 28 août 1939 Original soviétique en russe.
 

Document numéro 6. Explication du protocole additionnel secret au traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. 28 août 1939 Original soviétique en allemand. ( ci-haut)

 
 
 
 
 
Pour plus d'informations sur le traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne et ses conséquences, voir: A. Dyukov. "Pacte Molotov-Ribbentrop" en questions et réponses. M.: La Fondation de la mémoire historique, 2009. 176 p. (pdf)







Powered By Blogger