septembre 04, 2026

Le double verrou, entre jeu étatique et patience !

Sommaire:

A) - Vous êtes nommé ministre du Budget. Votre mission : réduire le déficit.

B) - Le double verrou

C) - Jusqu'où la patience est-elle infinie ? 

D) - Budget 2027 : « Encore plus de mauvaise foi »… Pourquoi la présidentielle rend la tâche de Lecornu impossible

 

 


 

A) - Vous êtes nommé ministre du Budget. Votre mission : réduire le déficit.

Problème : 

 🏥 l’Hôpital veut plus d’argent 

🎓 l’Éducation aussi 

👴 les retraités refusant les économies 

🏛️ les ministres défendent leur budget 

🇫🇷 les Français refusent les hausses d’impôts 

💣 et la dette explose. 


 Bienvenue dans La Bataille du Budget. Un jeu où chaque décision vous rapproche du succès… ou de la crise. 

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Quel sera votre premier arbitrage ?

Quel dircab choisir-vous en général ? Je vous présente en-dessous les avantages de chaque profil ⤵️

🤝Le dealmaker 39,5 %  

📓Le technocrate 39,2 %  

🎙️Le spin doctor 21,3 %


Le technocrate a pour principal avantage de débloquer chaque début d’année une réforme structurelle : retraites, santé, fonction publique, collectivités, fiscalité… Au total, une dizaine de réformes structurelles à débloquer qui peuvent générer de grosses économies budgétaires… ou échouer lamentablement !

Rayan Nezzar 
@Rayan_Nezzar 
Professeur des universités associé à @Univ_SPN , haut-fonctionnaire, ex-conseiller ministériel @Matignon @Education_Gouv @Economie_Gouv , milieu de terrain

Le jeu est juste. C’est même ça qui gêne.


Il ne décrit pas une panne de courage. Il décrit un système qui fonctionne comme il a été conçu : chacun défend ce qu’il reçoit, personne n’accepte ce qu’il paie, et le ministre du Budget est chargé de réconcilier l’irréconciliable jusqu’à la prochaine échéance.

Les retraites sont « intouchables » parce que le coût d’y toucher est immédiat et nominatif, tandis que le coût de ne pas y toucher est lointain et anonyme. L’hôpital et l’école veulent plus d’argent pour la même raison. Une dépense visible crée des alliés. Une économie crée des ennemis. Dans ces conditions, le déficit n’est pas un échec. C’est le résultat.

On vous demande de ramener les comptes à 3 %. Comme si le problème était un écart de gestion.
Le jeu montre autre chose : tant que l’État promet plus qu’il ne prélève, le ministre n’arbitre pas entre le bien et le mal. Il choisit seulement qui sera mécontent aujourd’hui, et qui le sera plus tard.

C’est pour cela que le jeu est bon. Il ne ment presque pas sur les contraintes. Il ment seulement sur la victoire. Gagner ici, c’est durer dans les règles actuelles. 

Redresser vraiment le pays, ce serait changer de jeu. 


B) - Le double verrou

La France est trop endettée pour être maître de son propre destin. Si l’on n’agit pas vite, le budget 2027 sera déjà entre les mains du Rassemblement national (RN), qui en fera un désastre, et d’ici 2034, la France n’aura plus son mot à dire sur la manière dont est dépensé le budget européen. Ma nouvelle chronique pour @lesechos est en ligne. Le double verrou Lien dans la bio. https://attali.com/geopolitics/the-double-lock/ 

                             Image : L'Écluse de Jean-Honoré Fragonard, tableau vers 1777-1778

En écoutant les débats en France aujourd’hui – qui, pour le moment, ressemblent davantage à ceux qui ont précédé l’élection d’un maire de village en 1920 qu’à une campagne présidentielle en 2026 – j’ai l’impression que trop peu de candidats comprennent, ou sont prêts à admettre publiquement, quelle est la véritable situation du pays : malgré ce que pourraient affirmer ceux qui l’ont récemment dirigée – et tous ceux qui prétendent la diriger demain –, la France n’est plus, dans le monde d’aujourd’hui, capable de prendre une décision véritablement souveraine. C’est, en réalité, le cas pour presque tous les pays du monde, et il serait tragique de continuer à le nier. 

La France n'est plus cette heureuse province agricole autosuffisante, à l'abri de toute menace, capable de survivre à une occupation, une guerre ou une épidémie. Elle est prise dans un réseau mondial dont aucun des régionalismes extrémistes qui la menacent ne pourra la libérer. Plus encore : elle ne peut plus revendiquer sa souveraineté tout en vivant aux crochets de ses voisins. 

À cela s'ajoutent désormais au moins deux nouvelles contraintes qui viennent de s'abattre sur elle : 

La première est celle imposée par les six pays les plus économes de l'Union européenne : l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas et la Suède. Réunis le jeudi 27 août 2026 à Berlin, sous l'impulsion du chancelier allemand Friedrich Merz, ils ont pris des décisions historiques passées presque inaperçues : en l'absence des autres dirigeants européens – et notamment de la France, exclue pour la première fois d'une réunion en petit comité des principaux États membres de l'Union –, ces six dirigeants ont décidé de l'avenir des finances européennes. Ils ont rejeté le budget de 2 000 milliards d’euros sur sept ans (2028-2034) proposé par la Commission européenne comme cadre financier pluriannuel (qui aurait représenté une augmentation de 60 % en prix courants par rapport au cadre actuel (2021-2027)) ; ils ont exigé (voire insisté) une réduction de plusieurs centaines de milliards d’euros de ce budget et ont rejeté toute nouvelle dette commune au niveau européen ; autrement dit, ils ont décidé de mettre un terme à l’émission d’euro-obligations. Autant de mesures auxquelles la France était très attachée et dont elle a absolument besoin pour financer sa dette. Ce diktat des pays frugaux peut être considéré comme l’acte fondateur d’un nouveau « cercle restreint de l’euro », remplaçant le duo franco-allemand dans ce rôle. De plus, ces six pays (sur 27 États membres), qui financent à eux seuls près de 40 % du budget de l’Union européenne, exigent désormais un contrôle précis de l’utilisation de ces fonds et souhaitent réorienter l’intégralité des décaissements vers la compétitivité, la maîtrise des migrations, le soutien à l’Ukraine et la sécurité de l’Union face à la menace d’une attaque russe imminente contre un pays européen – quitte à consacrer une part importante de ces fonds à l’achat d’armes américaines, qu’ils présentent comme les seules disponibles en cas d’urgence. Toutes les autres priorités (agricoles, industrielles, technologiques, scientifiques, environnementales, sociales, culturelles ou d’aide au développement) chères à la France seront reléguées au second plan. En bref, d’ici à 2034, la France n’aura plus voix au chapitre quant à l’utilisation du budget européen.

Le second obstacle est celui que le Rassemblement national (RN) peut (et va probablement) imposer au budget de 2027. Ce budget ne peut être adopté que de deux manières : soit par ordonnances (une procédure inédite, manifestement antidémocratique puisqu’elle contourne la responsabilité première du Parlement, et qui témoignerait de l’impuissance radicale d’un gouvernement moribond) ; soit par le recours répété à l’article 49.3, ce qui ne peut réussir que si le RN s’abstient. Or, le RN s’apprête sans aucun doute à faire de son abstention une monnaie d’échange très coûteuse : on imagine déjà Marine Le Pen expliquer que, certaine d’être élue en mai prochain, elle est déterminée à ne pas perdre une minute et exige que le budget 2027 s’aligne sur ses priorités politiques, puisqu’il lui sera impossible de le modifier avant septembre 2027, date à laquelle le budget 2028 devra être présenté. Par conséquent, en échange de son abstention lors du vote du budget 2027, elle exigera l’inclusion des mesures phares de son programme : une réduction de 50 % de la contribution de la France au budget européen, la suppression des aides sociales pour tous les étrangers en situation irrégulière, le retour à la retraite à 60 ans pour les carrières longues, 125 milliards d’euros d’économies et des droits de douane sur les importations industrielles — y compris celles provenant de pays de l’Union européenne. Si le gouvernement cédait à de telles mesures, la France romprait avec ses engagements européens, ce qui est précisément ce que recherche le Rassemblement national (RN). Il lui serait alors facile de soutenir que la France n’est plus souveraine et qu’il faut y remédier au plus vite. C’est un argument de campagne puissant, surtout face au « diktat » des pays du Nord évoqué plus haut. 

Ces deux obstacles — dont l’actuel gouvernement français porte la responsabilité première et qui viennent s’ajouter à tous les autres — subsisteront même en cas d’élection de Marine Le Pen. Ils lui donneront toutes les raisons de provoquer une crise avec nos partenaires les plus « frugaux », une crise qui ne pourra se solder que par sa soumission ou par un « Frexit ». 

Il est encore temps d’éviter ce double piège, en commençant enfin à assainir nos finances et en s’abstenant de promettre des miracles pour l’après-2027. Les Français sont prêts à l’entendre.

Jacques Attali  

Jacques Attali est docteur en économie, diplômé de l'Ecole Polytechnique et conseiller d'Etat. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 spécifiquement consacrés à l'analyse future), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur aux journaux financiers Les Echos et Nikkei, après l'avoir été également à L'Express. Jacques Attali dirige également régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/en/geopolitics/the-double-lock/




C) - Jusqu'où la patience est-elle infinie ?

Pourquoi le même acte change-t-il de nom selon celui qui le commet ? 

Ici : légitime défense. 

Là : crime de guerre. 

Ici : démocratie. 

Là : propagande. 

Ici : une victime dont le monde doit connaître le visage. 

Là : une statistique. 

Et si le véritable sujet était devenu notre capacité à appliquer les mêmes principes à tous ?


 Il existe des questions auxquelles on peut répondre librement. Et d’autres que l’on préférerait que vous ne posiez même pas. « Peuple élu ». Khazars. Gaza. Russie. Macron. Doubles standards. Censure. Je ne vous demande pas d’être d’accord avec moi. Je vous demande de regarder les faits et d’oser poser les questions.

Bertrand SCHOLLER 

@55Bellechasse




D) - Budget 2027 : « Encore plus de mauvaise foi »… Pourquoi la présidentielle rend la tâche de Lecornu impossible

Le Premier ministre Sébastien Lecornu mise sur un nouveau « compromis » pour faire adopter ses textes budgétaires, mais la campagne présidentielle pourrait s’inviter lors des débats dans l’hémicycle

  • L'essentiel

  • Sébastien Lecornu a réuni cette semaine son gouvernement pour un séminaire de rentrée consacrée au budget 2027.

  • Le Premier ministre vise à faire adopter un budget de « compromis », un an après avoir échappé à la censure grâce à un accord avec les socialistes.

  • Mais cette année, en pleine campagne présidentielle, les stratégies des différents camps politiques pourraient lui compliquer la tâche.

 

Le retour de l’infernal casse-tête pour Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a réuni ce lundi son gouvernement pour un séminaire de rentrée. Avec un seul sujet au programme, et non des moindres, la préparation du budget 2027. Après un exercice 2026 périlleux et le recours à de multiples 49.3, la tâche s’annonce encore plus délicate. Car les débats budgétaires se feront ces prochains mois dans un contexte de campagne présidentielle explosif. Au point de menacer Sébastien Lecornu et son gouvernement d’une censure ?

Les difficultés budgétaires de l’automne sont désormais une rengaine depuis la réélection d’Emmanuel Macron en 2022. Faute de majorité, aucun Premier ministre n’a réussi à faire adopter un budget sans l’utilisation de l’article 49.3. « La réalité, c’est qu’il y a onze familles politiques à l’Assemblée. Faire adopter un budget dans ces conditions est une chose complexe… », résume Prisca Thévenot, députée Renaissance des Hauts-de-Seine. « Sébastien Lecornu fait du mieux qu’il peut, mais trouver une majorité pour adopter un budget ne tient aujourd’hui que d’un point de vue philosophique », ajoute l’ex-porte-parole du gouvernement Attal.

Une difficulté se rajoute cette année à cette mission quasi-impossible. Pas moins de neuf candidats ou potentiels candidats à la présidentielle seront dans l’hémicycle lors des échanges budgétaires : les chefs de file de Renaissance et du Rassemblement national, Gabriel Attal et Marine Le Pen, l’ex-insoumis François Ruffin, l’écologiste Delphine Batho, quatre candidats à la primaire socialiste, et l’ancien président de la République, François Hollande. « Il faudra s’accorder sur un budget, même minimaliste, pour la stabilité du pays. Mais est-ce que les uns et les autres seront capables de sortir de leurs postures présidentielles et feront passer l’intérêt des Français avant l’intérêt de leur propre écurie ? », interroge Xavier Albertini, député Horizons de la Marne.

Une primaire PS qui chauffe à blanc

Le Premier ministre aimait se présenter l’année passée comme « le jaune d’œuf dans la mayonnaise ». Autrement dit, comme un « liant » entre les différents groupes politiques pour arriver à un compromis. Mais la mayonnaise pourrait cette fois-ci tourner au vinaigre. Car les socialistes, qui avaient topé pour un accord de non-censure l’année dernière, vont bientôt batailler pour remporter leur scrutin interne. Et à l’université de rentrée du Parti socialiste, le week-end dernier, Olivier Faure a donné le ton : « Je ne vois pas comment Gabriel Attal ou Édouard Philippe se mettraient cette année à chercher le moindre compromis avec la gauche. Le suspense, il est faible, vous connaissez la fin, il y aura une censure », a prévenu le Premier secrétaire et candidat à cette primaire, organisée à la mi-octobre.

« Nous jouerons le jeu, mais si la copie présentée par le gouvernement n’est pas acceptable, nous n’aurons pas la main qui tremble », confirme le député socialiste Romain Eskenazi. « Peut-être que le magicien Lecornu y arrivera, mais dans le contexte de campagne présidentielle, il y a le risque que chacun veuille avancer ses pions et campe sur ses positions », ironise l’élu du Val-d’Oise. « La présidentielle va tout compliquer, on l’a déjà vu avec les déclarations tapageuses de Lecornu et Faure. Il y aura cette année encore plus de mauvaise foi et de calculs… », soupire un élu proche de Raphaël Glucksmann.

Le RN en arbitre ?

Le gouvernement a tenté de mettre la pression sur les groupes politiques, rappelant le contexte économique morose, et le risque de dérapage du déficit public, au-delà de l’objectif fixé à 5 % du PIB. « On est actuellement dans le brouillard, avec des vents contraires. Mais le scénario catastrophe n’est bon pour personne. Et ce, quelle que soit couleur du futur gouvernement en 2027 », prévient Xavier Albertini. Le gouvernement chiffre à environ 15 milliards d’euros un « scénario catastrophe » où la France n’aurait pas de budget en fin d’année. Une facture qui ne manquera pas d’atterrir sur le bureau du futur locataire de l’Elysée. « On considère aussi que la dette est un problème, mais si le débat mène encore à la suppression de l’AME [aide médicale d’Etat] pour sauver la France, ce sera sans nous », prévient Eskenazi.

Si les socialistes rejoignent l’ensemble de la gauche sur la censure, le destin de Sébastien Lecornu pourrait dépendre de l’attitude du Rassemblement national. Marine Le Pen, la cheffe des députés RN et quadruple candidate à la présidentielle, risquera-t-elle de provoquer l’instabilité en pleine campagne ? « Le cap pour le pays sera fixé dans huit mois, mais ce budget n’est pas non plus un exercice superflu. Nous aurons des lignes rouges et tout dépendra de l’attitude du gouvernement », prévient le député RN de l’Yonne, Julien Odoul, qui ajoute : « Pour l’instant, celui qui a les cartes en main, c’est Sébastien Lecornu. » Pas certain que son jeu suffise empêcher sa chute.


Dette : alerte rouge en France... et dans le monde
 
Ce sont des chiffres qui donnent le vertige. Aux États-Unis, le taux des emprunts à dix ans a récemment flirté avec les 5 %. Au Japon, il vient de franchir les 3 %, un niveau que le pays n’avait plus connu depuis trente ans. Au Royaume-Uni, il atteint 5, 22 %. Et en France, le coût de la dette ne cesse de grimper. Elle a payé mercredi 4,27 % de taux d'intérêt pour les emprunts qu'elle devra rembourser d'ici dix ans. C'est plus que la Grèce, et du jamais vu depuis 2008. 
 
Après des années d’argent presque gratuit, le monde découvre une nouvelle réalité : emprunter coûte cher, et cela change tout. Alors pourquoi les taux d’intérêt flambent-ils ? Chocs géopolitiques à répétition, inflation et bataille pour l’épargne disponible entre États endettés et géants de la tech… Jusqu’où cette remontée des taux peut-elle aller ? Et avec quelles conséquences en cascade ?
 
Pour les ménages, les crédits immobiliers vont coûter plus cher. En France, les taux moyens de ces crédits sont déjà passés en août à 3,23 % sur 15 ans (+ 0,07 point en un mois), 3,43 % sur 20 ans (+ 0,13) et 3,53 % sur 25 ans (+ 0,10), détaille Cafpi dans une note publiée mardi. Plus largement, les populations paient de plus en plus cher pour emprunter, avec le risque de plonger les Etats dans la récession.
 
Derrière cette remontée mondiale des taux, il y a aussi une autre menace : l’inflation. La guerre et les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, peuvent provoquer de nouvelles flambées des prix de l’énergie et des matières premières. Et une énergie plus chère se transmet rapidement au prix des transports, de l’alimentation et de nombreux biens et services. Un scénario que les banques centrales redoutent : une inflation qui repart alors même que les économies ralentissent. 
 
Et la France est particulièrement exposée à cette équation complexe. Car la remontée des taux va aussi augmenter la charge des intérêts de la dette qui dépasse désormais les 3 500 milliards d’euros. Elle devrait atteindre 64 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année 2026, anticipait le ministre de l’Économie Roland Lescure fin juin, avant le passage des 4 % à dix ans. En 2027, elle pourrait atteindre environ 74 milliards d’euros. Une somme vertigineuse, supérieure au budget consacré à certains ministères régaliens, que le gouvernement doit intégrer dans la préparation du budget 2027 particulièrement difficile. D’autant que le calendrier électoral rend la situation encore plus explosive. 2027 sera l’année de l’élection présidentielle. La dette comme le pouvoir d’achat devrait s’imposer comme l’un des grands sujets de la campagne. Avec une question qui sera impossible à éviter : qui doit payer ?
 
Pendant ce temps, sur le terrain, les entreprises commencent à payer le prix de cette conjoncture. Là encore, les chiffres sont préoccupants. Plus de 70 000 défaillances d’entreprises ont été enregistrées sur douze mois à la fin du premier semestre 2026. Les procédures collectives restent à des niveaux élevés et continuent de progresser. Pour les entreprises les plus fragiles, la remontée des taux peut être le choc de trop. Nos journalistes sont allés à la rencontre d’un entrepreneur qui se bat depuis plusieurs mois pour éviter le dépôt de bilan.

http://bit.ly/EmissionCdanslair.

 


septembre 03, 2026

Revenu universel : la fausse bonne idée, un piège où l'État réside !

Sommaire:

A) - Revenu universel : la fausse bonne idée

B) - Le piège du revenu universel

C) -  Allocation universelle

 

A) - Revenu universel : la fausse bonne idée

Elon Musk prédit qu’avec l’IA et la robotique, le travail pourrait devenir optionnel et qu’un "revenu élevé universel" finirait par émerger. Sam Altman défend lui aussi depuis longtemps l’idée d’un revenu universel face aux bouleversements technologiques. Le sujet revient donc au premier plan, porté cette fois par la crainte d’une automatisation massive du travail. Pourtant, le débat est ancien : Friedman défendait l’impôt négatif, Hayek acceptait un revenu minimum garanti, Buchanan réfléchissait à une allocation générale. Ces propositions ont de solides arguments libéraux en leur faveur. Elles soulèvent aussi des difficultés majeures de financement, d’incitation et de dépendance à l’État qui en font, à mes yeux, une fausse bonne idée.


Le revenu universel est souvent rangé à gauche. L’histoire du libéralisme raconte quelque chose de plus intéressant. Dès 1947, au sein de la Société du Mont-Pèlerin, le revenu garanti divise les défenseurs du marché. Friedman, George Stigler, Aaron Director ou Karl Popper soutiennent différentes formes de revenu minimum. Ludwig von Mises, Henry Hazlitt, Peter Bauer puis Murray Rothbard les combattent. Cette fracture porte autant sur les incitations économiques que sur la liberté, la responsabilité et la dépendance.
 
Il faut distinguer trois mécanismes. Le revenu universel verse une somme à chacun indépendamment de ses ressources. Le revenu minimum garanti assure un plancher aux faibles revenus. L’impôt négatif de Friedman fonctionne comme un continuum fiscal : au-dessus d’un seuil, on verse l’impôt ; en dessous, le fisc verse une fraction de la différence.
 
Tous répondent à la même question : comment protéger contre la pauvreté tout en conservant une économie libre ?
 
1. Pourquoi l’idée séduit certains libéraux

Friedman part d’une critique très juste de l’État-providence. Les systèmes sociaux accumulent prestations, critères d’éligibilité, administrations, contrôles et effets de seuil. Il propose une mécanique beaucoup plus simple : mesurer le revenu, verser directement une somme lorsqu’il devient trop faible, puis laisser l’individu choisir.
 
Imaginons un système garantissant 1 000 euros avec un taux de retrait de 50%. Une personne sans revenu reçoit 1 000 euros. Elle retrouve un emploi rapportant 500 euros : son allocation diminue de 250 euros et son revenu total atteint 1 250 euros. Chaque euro gagné continue d’améliorer sa situation.
 
Le point essentiel est que Friedman envisage ce système comme un remplacement de l’État social existant. En 1967, il explique que l’impôt négatif coûterait moins cher, réduirait la bureaucratie, préserverait davantage les incitations et restituerait aux bénéficiaires la liberté d’utiliser leur argent. Il précise même que son soutien serait bien plus faible dans une société où l’assistance relèverait déjà largement de la charité privée.
 
Stigler développe une intuition proche concernant le salaire minimum. Lorsque la loi impose un coût du travail supérieur à la productivité d’un salarié peu qualifié, l’entreprise peut renoncer à l’embaucher. Compléter directement son revenu permet théoriquement de soutenir son niveau de vie tout en maintenant son accès à l’emploi.
 
Hayek fournit l’argument moral le plus puissant. Dans Law, Legislation and Liberty, il considère "un certain revenu minimum pour chacun" comme une protection légitime contre des risques susceptibles de frapper tout individu. Il pense notamment aux personnes incapables de vivre du marché après un accident, une maladie, l’âge ou un bouleversement économique. Sa position reste plus prudente que celle de Friedman : lors des premiers débats du Mont-Pèlerin, il se méfie d’une prestation monétaire fondée uniquement sur le revenu et craint qu’elle encourage une "liberté de ne pas travailler".
 
L’argument est sérieux. Une société libérale valorise la responsabilité individuelle tout en reconnaissant le hasard et l’incertitude. Un filet minimal peut alors être conçu comme une assurance collective contre la chute extrême.
 
2. Les difficultés reviennent par les chiffres
 
Henry Hazlitt attaque le point faible du modèle : tout minimum sous condition de ressources crée un taux marginal implicite.
 
Reprenons notre garantie de 1 000 euros. Avec un retrait de 50%, gagner 100 euros supplémentaires réduit l’allocation de 50 euros. Le revenu disponible augmente donc de 50 euros avant les autres prélèvements et les coûts liés au travail. Avec un retrait de 80%, la dépense publique diminue rapidement, tandis que 100 euros gagnés améliorent la situation de seulement 20 euros. Avec un retrait de 20%, l’incitation devient meilleure, mais l’allocation continue d’être versée beaucoup plus haut dans l’échelle des revenus.
 
Hazlitt met ainsi en évidence un triangle difficile : niveau de garantie, incitation au travail et coût budgétaire.
 
 

 
Le revenu universel semble résoudre cet effet de retrait puisque chacun conserve l’allocation quel que soit son salaire. Il déplace alors le problème vers son financement. Verser 1 000 euros par mois à 50 millions d’adultes représente 600 milliards d’euros annuels. Des prestations peuvent être supprimées et une partie des sommes récupérée par l’impôt, mais le volume des flux reste colossal. L’État prélève, redistribue à tout le monde, puis reprend fiscalement une partie de ce qu’il vient de verser.
 
Mises formule une objection plus fondamentale. Il refuse l’idée d’un revenu durablement dissocié de la production. Dans une économie de marché, le revenu provient d’un travail, d’un capital, d’un échange ou d’un transfert volontaire. Le revenu garanti ajoute une créance institutionnelle sur la richesse produite par d’autres. Cette conception explique une partie de son hostilité au projet de Friedman dès les premiers débats du Mont-Pèlerin.
 
Le revenu garanti simplifie éventuellement la redistribution. Il conserve ses trois difficultés fondamentales : financement, incitations et dépendance.
 

3. La politique finit par rattraper le modèle

Rothbard pousse la critique sur le terrain institutionnel. Son objection morale est connue : financer le revenu de certains par l’impôt impose un transfert de propriété. Son argument politique me paraît encore plus décisif.
 
Le système de Friedman fonctionne à plusieurs conditions : les prestations antérieures disparaissent réellement, le montant reste maîtrisé et les gouvernements résistent à la création de nouvelles aides. Or la vie politique produit des incitations opposées.
 
Imaginons que l’impôt négatif remplace l’essentiel des prestations. Une crise du logement survient : une aide spécifique réapparaît. Une campagne électorale conduit à créer un supplément familial. Une récession justifie une majoration exceptionnelle. Les étudiants obtiennent ensuite un régime particulier. Chacune de ces mesures répond à une difficulté réelle et trouve ses défenseurs. Vingt ans plus tard, le revenu garanti demeure tandis qu’une nouvelle architecture sociale s’est reconstruite autour de lui.
 
Rothbard voit précisément ce danger dans le caractère automatique du système : une assistance simple et efficace devient aussi plus facile à étendre et plus difficile à supprimer.
 
Buchanan tente de répondre à ce problème par la règle constitutionnelle. Une allocation générale associée à des règles fiscales générales limiterait les privilèges catégoriels et la recherche de rente. L’intuition de Public Choice est forte. Elle repose toutefois sur la capacité durable du système politique à préserver la règle initiale malgré les crises, les intérêts organisés et les coalitions électorales.
 
C’est ici que l’idée cesse de me convaincre. Le revenu garanti veut simplifier l’État social. Il risque surtout de lui fournir un socle plus robuste, plus lisible et politiquement plus confortable.

Je comprends l'intuition de Friedman : puisqu'une solidarité publique existe, autant rendre l'aide simple, lisible et librement utilisable. Je comprends aussi Hayek lorsqu'il admet qu'une société prospère puisse protéger ses membres contre le dénuement extrême. Le problème commence lorsqu'on transforme cette protection ultime en revenu permanent. Hazlitt montre les effets sur le travail et le coût, Mises rappelle qu'un revenu durable suppose une production préalable, Rothbard comprend surtout qu'une prestation automatique finit par créer sa propre légitimité politique, ses bénéficiaires et ses défenseurs.
 
Ma priorité est donc exactement inverse : rendre aux individus les moyens de construire leur sécurité par le travail, l'épargne, la capitalisation, l'assurance, l'entreprise et les solidarités volontaires. Moins l'embauche coûte cher, moins le travail est taxé, plus l'économie produit et plus les individus disposent de ressources propres, moins la dépendance aux transferts devient nécessaire. Le revenu garanti promet de rationaliser l'État social ; dans la réalité politique, il risque surtout de lui offrir un socle permanent sur lequel chaque gouvernement pourra ajouter de nouvelles dépenses.
 
Une fausse bonne idée reste une mauvaise idée, même lorsqu'elle est signée Friedman.
 
GRM 
@grm_off

B) - Le piège du revenu universel

Un revenu universel financé par l’État comme réponse à l’IA ? Une fausse bonne idée, en réalité même désastreuse.

Récemment Elon Musk a partagé un tweet dans lequel il appelle à la mise en place d’un revenu universel pour protéger les individus qui perdraient leur travail à cause de l’IA. Cette idée, sponsorisée par l’état, pose de nombreux problèmes économiques. On essaye de faire le point.

Universal HIGH INCOME via checks issued by the Federal government is the best way to deal with unemployment caused by AI.

AI/robotics will produce goods & services far in excess of the increase in the money supply, so there will not be inflation

Le problème des incitations

Un revenu garanti sans contrepartie de production sur le marché détruit une chose essentielle : l’incitation à produire. L’incitation à l’action productive et intentionnelle est pourtant le moteur fondamental de l’action humaine, et donc de l’échange, de la coopération, de la concurrence et du progrès. Un revenu sans condition dévalorise donc non seulement le travail, mais aussi l’intérêt de la coopération productive au sein du marché, et brouille le signal prix du temps humain.

C’est un problème dont Ludwig von Mises parlait déjà en 1922 dans son livre Socialisme. Dans ce livre, il démontre l’impossibilité du calcul économique sans propriété privée, mais il explique également que des revenus fixes et décidés arbitrairement sont contre-productive. Pourquoi ? Car dans une économie de marché, les salaires, par exemple, reflètent la productivité marginale des individus et la demande de leurs compétences par les entreprises.

Comme les prix sont un signal sur la rareté relative des biens, les salaires sont également un signal sur les compétences et la spécialisation des individus. Une réalité importante et cruciale dans la division du travail. Ainsi, l’égalité des salaires (et même l’existence d’un salaire minimum légal) brouille le signal et empêche une bonne répartition et allocation des talents et compétences dans l’économie.

La conséquence logique est une mauvaise allocation du capital le plus important dans l’économie : le temps humain. La conséquence ? Une baisse globale de la productivité dans la société, et donc une baisse du niveau de vie des individus.

Le problème du coût d’opportunité de la monnaie

Un revenu universel retire à la monnaie son coût d’opportunité, c’est-à-dire qu’on l’obtient sans avoir renoncé à quelque chose en contrepartie. En tant que bien unique sur le marché, la monnaie est précisément échangée, accumulée et détenue pour sa capacité à différer des échanges et à conserver une option ouverte. Ces options s’arbitrent dynamiquement et quotidiennement, ce qui donne un « coût » à la monnaie, qu’on perd inévitablement quand celle-ci tombe du ciel. À l’échelle du marché, l’absence de coût, donc de prix donné à la monnaie, brouille le calcul économique et donc l’allocation efficace du capital rare. La quantité de monnaie n’est jamais neutre, pas plus que les effets inégaux liés à sa distribution sur le marché.

Hayek l’avait parfaitement compris : le système des prix est le seul mécanisme capable de transmettre une information dispersée et subjective à l’ensemble des acteurs du marché. Distribuer de la monnaie sans contrepartie productive, c’est injecter du bruit dans ce système d’information. C’est saboter le seul outil que la société possède pour allouer efficacement ses ressources rares.

Le problème plus profond : la nature du marché, c’est la déflation

Dans un contexte de gains de productivité continus permis par le marché libre, les prix tendent naturellement vers leur coût marginal de production. C’est la promesse réelle du capitalisme, celle de produire plus, mieux et moins cher. Comme le dit Jeff Booth dans son livre Le Prix de demain, le capitalisme est une machine à créer de l’abondance à partir de la rareté. Avec une monnaie saine, ancrée dans la rareté, ces gains se traduisent mécaniquement par une appréciation du pouvoir d’achat de celle-ci, c’est mécanique, c’est historique. Dans un tel contexte de monnaie libre et non manipulée, il n’y a pas besoin de revenu universel distribué par l’État providence. La monnaie elle-même devient le revenu universel. Chose géniale : contrairement à l’inflation monétaire, tous les détenteurs de la monnaie sont touchés globalement et instantanément par ce phénomène.

C’est d’ailleurs ce qu’illustre l’histoire du 19ème siècle sous étalon-or : une déflation douce et continue, portée par les gains de productivité de la révolution industrielle, qui a élevé le niveau de vie de l’ensemble de la population sans qu’aucun État providence ne soit nécessaire pour y parvenir.

Le problème du système monétaire actuel

L’argument sur l’inflation monétaire révèle une incompréhension profonde du système monétaire et bancaire actuel. Les banques centrales ne laisseront jamais les gains de productivité permis par l’IA entraîner une hausse du pouvoir d’achat de la monnaie. Leur mandat hypocrite de « stabilité des prix » est précisément conçu pour neutraliser cette déflation naturelle, le tout pour favoriser les débiteurs, États en tête. C’est toute l’histoire monétaire du 20ème siècle : celle du vol continu du temps et de l’énergie des individus au profit de l’État.

Pour les banques centrales, l’IA représente donc l’opportunité historique colossale. Bien plus importante que l’entrée de l’ancien bloc soviétique, de l’Asie ou même de la Chine dans l’économie mondiale : une pression déflationniste d’une ampleur inédite à absorber par l’impression monétaire. Chaque gain de productivité sera confisqué, chaque baisse de prix sera neutralisée. C’est cette fameuse bataille des forces contraires entre le marché libre et l’État qui cherche à vivre des richesses créées par les classes productives.

L’effet Cantillon à l’échelle de l’IA

Contrairement à ce que Musk pense, l’inflation sera toujours bien présente, massive, mais invisible. De manière contre-intuitive, on le verra dans des prix qui demeurent stables, au lieu de baisser. Le résultat ne sera pas l’inflation des prix classique visible. Ce sera la concentration du capital vers les premiers bénéficiaires de la monnaie créée.

Ce sera l’effet Cantillon à une échelle que nous n’avons jamais connue : les cantillonnaires achèteront les actifs financiers et ressources en masse, ils écraseront les petits entrepreneurs, bloqueront durablement l’ascenseur social fantastique qu’est le marché libre. En bref, ils captureront l’intégralité des gains permis par l’IA. Les inégalités n’auront jamais été aussi violentes, malgré le revenu universel.

En fait, le revenu universel dissimulera certainement le plus grand vol et la plus grande captation de richesse de l’histoire de l’humanité.

Café Viennois

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C) -  Allocation universelle

L'allocation universelle (Guaranteed minimum income, Basic Income Guarantee, etc.) se présente comme un revenu de base versé à tous, d'un montant permettant de vivre, indépendamment du besoin qu'en a celui qui la reçoit, et sans obligation de travail en contrepartie.

L'idée est ancienne et remonte à Thomas Paine, Jeremy Bentham, voire le De subventione pauperum sive de humanis necessitatibus de l'humaniste judéo-catalan Joan Lluís Vives i March (1526)...

Même si ce concept n'est pas purement libéral, certains libéraux le jugent préférable aux allocations actuelles (comme le « revenu minimum d'insertion » en France, devenu ensuite « revenu de solidarité active ») qui sont des trappes à pauvreté. En effet, l'allocation universelle n'entraîne pas un phénomène de désincitation au travail, puisqu'elle est versée sans conditions (pour ceux qui ont des revenus suffisants, elle se traduit par une baisse de l'impôt équivalente). Il est donc toujours avantageux de travailler plutôt que de se contenter de l'allocation. C'est à cette fin qu'un parti comme Alternative Libérale proposait un revenu d'existence (ou revenu de liberté) inconditionnel. Milton Friedman ne proposait pas exactement un revenu minimal, mais un « impôt négatif ».

Dans certaines propositions libérales, comme celle de Philippe van Parijs, le salaire minimum serait diminué ou supprimé en contrepartie de l'allocation universelle, ce qui permettrait d'abaisser le coût du travail et de relancer l'emploi. D'autres proposent un revenu minimum du travail (RMT) qui viendrait compléter le revenu mensuel de tout salarié en dessous d'un certain niveau de salaire, avec en contrepartie la suppression du salaire minimum[1]

Critique libertarienne

Étonnamment, pour certains libéraux l'allocation universelle ne serait pas du vol en raison de son universalité ! Or il s'agit bien d'une redistribution issue de l'impôt, donc de la coercition, celui qui ne paie pas d'impôt étant assisté par celui qui en paie[2]. Les inconvénients de cette allocation sont les mêmes que pour d'autres formes d'assistanat, avec des désavantages supplémentaires :

  • encouragement à la paresse d'une partie de la population, qui choisira de vivre aux dépens des actifs (et pourra trouver en cas de besoin des compléments de revenu dans le travail non déclaré)[3] ; des sondages montrent que si une telle allocation existait, une proportion importante de la population (30 à 40 %[4]) choisirait de moins travailler ;
  • cette population assistée aura tendance à toujours croître, et comme on ne pourra décemment diminuer l'allocation, les impôts devront être augmentés d'autant ;
  • par effet d'aubaine, l'allocation attirera de nombreux nouveaux résidents, pauvres ou riches (ces derniers pourront toujours avoir à l'étranger des revenus ou une fortune non déclarés[5])
  • cette allocation pourrait être conçue, d'un point de vue libéral pragmatique, comme une mesure temporaire avant une suppression complète de l'assistanat (c'est dans cet esprit que Milton Friedman la défendait, pour éviter l'empilement actuel d'allocations sociales) ; en réalité, sous la pression de la démagogie, elle risque au contraire d'être le début d'un engrenage redistributeur social-démocrate préparé par des libéraux naïfs.

Alain Wolfelsperger juge immorale l'allocation universelle, d'une part parce que « les laborieux sont injustement exploités par les paresseux », d'autre part parce que cette allocation n'impose en contrepartie aucune obligation aux bénéficiaires[6] :

« Ce qui choque, à cet égard, dans l'allocation universelle c'est justement qu'elle exonère explicitement les bénéficiaires de toute obligation de réciprocité et non pas qu'elle est contraire à on ne sait quelle éthique puritaine du travail. Ce n'est pas la sacralisation du "droit à la paresse" qu'on peut lui reprocher mais la condamnation de facto du principe de réciprocité (ou de non-exploitation) qu'elle implique. [...] [Le projet d'allocation universelle] repose sur une contradiction, pour ainsi dire, constitutionnelle : d'un côté il fait vaguement appel à la conscience morale des plus favorisés sur cette Terre pour accepter les sacrifices qu'implique sa mise en place mais, de l'autre, il conduirait au rejet formel de certains des principes les mieux universellement inscrits dans cette conscience morale. »
    — Alain Wolfelsperger

Henry Hazlitt, qui avait proposé en 1939 un « subside décroissant » (tapering subsidy : une allocation réduite progressivement, proportionnellement au revenu), indiqua avoir abandonné l'idée quand il se vit confronté à un dilemme : toute allocation de type « impôt négatif » (negative income tax) se révèle insuffisante pour les plus pauvres, et excessive pour les plus riches.

Arguments des libéraux de gauche

Pour les libéraux de gauche, l'allocation universelle ne doit son existence qu'à un contrat dont l'objet est le système monétaire choisi. Étant un système monétaire librement choisi, donc un libre contrat institué entre les hommes qui acceptent de l'utiliser, l'argument libertarien qui affirme que la monnaie est une affaire privée est respecté. Il n'est ainsi pas d'obligation pour aucun homme de rejoindre un système monétaire à allocation universelle, et chacun peut donc librement refuser cette allocation.

L'allocation universelle n'est pas l'objet d'une redistribution qui prendrait aux uns pour distribuer aux autres mais est donc fondée sur un choix de paradigme lié à la création monétaire et au libre choix d'un tel système monétaire.

Si en effet on produit de plus en plus un même objet avec les gains de productivité, son prix unitaire peut baisser et par ailleurs la somme totale des objets ainsi produits peut voir sa valeur globale monter. Il n'en n'est pas autrement dans ce paradigme pour l'instrument d'échange universel qu'est la monnaie. Elle se crée sur la base des individus et uniquement des individus, et ce faisant, si sa valeur unitaire peut baisser (quoique cela dépendra de la production en regard qui peut augmenter ou baisser elle même) et sa valeur globale peut monter puisqu'en contre-partie chaque individu peut choisir de devenir un producteur autonome avec le libre choix des ressources qu'il utilise pour cela.

En sus, et cet argument compte depuis au moins 1791 dans les droits de l'Homme de Thomas Paine, les individus sont mortels et n'ont pas de comptes à se rendre au-delà d'un temps égal à l'espérance de vie. Il n'y a donc aucune raison devant les libertés que les individus morts aient choisi qui serait propriétaire des ressources après eux, créant un biais inacceptable devant l'appropriation des ressources originelles des uns au détriment des autres. Ce qui rejoint aussi le proviso lockéen, en intégrant la succession continue des générations.

Thomas Paine[7] expliquait déjà cela selon les termes suivants :

« Ceux qui ont quitté ce monde et ceux qui n'existent pas encore sont à la plus grande distance les uns des autres que l'imagination humaine puisse concevoir : quelle possibilité d'obligation peut-il donc y avoir entre eux ? Quelle règle ou quel principe peut-on poser pour que deux êtres imaginaires dont l'un a cessé d'être et l'autre n'existe pas encore, et qui ne peuvent jamais se rencontrer dans ce monde, l'un soit autorisé à maîtriser l'autre jusqu'à la consommation des siècles ? »

De ce point de vue, l'allocation universelle est donc bien loin d'un assistanat, mais la condition même de la liberté de tout individu nouveau né, en mesure de ce fait d'utiliser les ressources de son choix pour produire et échanger de façon autonome sur la base d'une monnaie véritablement commune et ne faisant l'objet d'aucun impôt, étant créée non pas une seule fois, mais sur la seule base du flux de renouvellement des individus au sein de l'espace économique considéré.

On peut donc ainsi considérer que l'allocation universelle est fondée sur l'homme lui-même et rien d'autre, instituant ainsi que seul l'homme lui-même et son temps d'existence sont valeurs reconnues par les co-contractants. On considère alors que toute valeur étant relative à l'homme qui l'estime seule la monnaie basée sur l'homme est celle sur laquelle ils peuvent s'accorder pour un instrument d'échange. Il s'agit donc d'un contrat monétaire librement choisi qui par essence reconnaît que tout homme est émetteur fondamental de rien d'autre que des valeurs subjectives hors une seule, la monnaie, non-subjective parce qu'objet d'un contrat entre eux, donc que tout homme est émetteur fondamental de la monnaie.

Pour les libertariens, la création monétaire devrait être une affaire totalement privée, confiée au marché ; on ne peut par ailleurs, en régime libéral, disposer des ressources appropriées sans le consentement de leurs propriétaires. Si une communauté veut instaurer librement une monnaie privée avec « dividende universel », pourquoi pas ? La viabilité d'un tel projet est cependant très douteuse, car faire bénéficier tout le monde de la création monétaire ex nihilo de façon égale est un jeu à somme nulle du point de vue du « bénéficiaire », l'allocation n'étant qu'une illusion de richesse compensée en fait par l'inflation, et une utopie d'un point de vue économique : un tel système, prétendument basé sur un libre contrat mais offrant une forme de gratuité illusoire, s'il était viable, serait déjà en place et prospèrerait (comme les SELs ou certaines monnaies privées). There Is No Free Lunch !

Citations

  • « Ils prétendent que tout homme a le droit de vivre sans travailler et, en dépit des lois de la réalité, qu’il a droit à un "minimum vital" - un toit, des aliments et des vêtements -, sans faire aucun effort, comme un privilège de naissance. Qui doit lui fournir tout cela ? Mystère. » (Ayn Rand, Atlas Shrugged, discours de John Galt)
  • « L'homme, comme tous les êtres organisés, a une passion naturelle pour l'oisiveté. (...) Toute mesure qui fonde la charité légale sur une base permanente et qui lui donne une forme administrative crée donc une classe oisive et paresseuse, vivant aux dépens de la classe industrielle et travaillante. C'est là, sinon son résultat immédiat, du moins sa conséquence inévitable. » (Alexis de Tocqueville, Mémoire sur le paupérisme)
  • « Ma principale objection contre le revenu minimum garanti s'enracine dans la sagesse du choix public : par défaut d'incitation, la structure étatique nous assure que les bonnes intentions et les théories élégantes se traduisent rarement par de bons résultats en politique publique. Le plus gros risque à mettre en place un revenu garanti est qu'il ne remplace pas complètement - ni même partiellement - les programmes d'assistance existants, mais qu'il consiste seulement à rajouter une nouvelle couche de dépenses au-dessus des couches existantes. » (Véronique de Rugy[8])
  • « L’assurance d’un certain revenu minimum pour tous, une espèce de plancher en-dessous duquel personne ne devrait tomber même lorsqu’il n’arrive pas à s’auto-suffire, apparaît non seulement comme une protection tout à fait légitime contre un risque commun à tous, mais un élément nécessaire de la Grande Société dans laquelle l’individu n’a plus de demande spécifique pour les membres d’une communauté particulière dans lequel il est né. » (Friedrich Hayek, Droit, législation et liberté)
  • « Le socialisme, d’après ce qu’il est possible de saisir dans l’ensemble de ses propositions, veut faire de la société une immense ruche dont chaque alvéole recevra un citoyen auquel il sera enjoint de rester coi et d’attendre patiemment qu’on lui fasse l’aumône de son propre argent. Les grands dispensateurs de cette aumône, percepteurs suprêmes des revenus universels, formeront un état-major, passablement renté, qui, en se levant le matin, daignera satisfaire l’appétit public ; et qui, s’il dort plus longtemps que de coutume, laissera trente-six millions d’hommes sans déjeuner. » (Anselme Bellegarrigue)
  • « Je suis pour un revenu de base financé uniquement par ceux qui y sont favorables... » (Thierry Falissard)
  • « Ce concept est le prototype des droits créances consistant à faire croire à chacun qu'il peut exiger des autres le paiement d'une dette qu'ils n'ont jamais contractée. Cette illusion dénature les rapports sociaux en contribuant à leur déséquilibre et en favorisant des revendications infondées. » (Jean-Philippe Delsol[9])
  • « Le revenu de base inconditionnel est d’abord critiquable sur le plan éthique : il représente une attaque frontale contre la dignité et l’autonomie humaines. Il officialise la destruction d’un droit fondamental, le droit de propriété, qui implique que chacun est propriétaire de son capital humain et conserve les fruits de son travail. Le revenu de base inconditionnel légalise de facto le vol : il confère un droit de vivre sur le dos d’autrui, en contradiction avec la morale la plus élémentaire. En mettant en avant les besoins matériels de chacun, plutôt que la création de richesse à travers l’échange, il aboutit à la paupérisation de la société. Mais il crée avant cela l’illusion que l’être humain peut vivre aux dépens des efforts des autres. » (Pierre Bessard[10])
  • « Pour s'assurer du soutien des masses, les nouveaux pouvoirs populistes leur promettront, comme d'aucuns le proposent déjà, une « allocation universelle », payée à toute personne qui se donne la peine de vivre, qu'elle travaille ou non, quels que soient son âge, son état de fortune, sa condition ou ses mérites. On offrira, pour la première fois depuis l'expulsion d'Adam et Eve du jardin d'Eden, le droit de vivre sans travailler, certes médiocrement et sans fleuves de lait. Cela vaudra bien la peine de « faire payer les riches », même si, une fois que ceux-ci auront disparu, ou seront devenus pauvres, on ne sait qui financera le futur Paradis social. L'expérience communiste a montré que le seul mérite du socialisme était toujours la répartition à peu près égale de la misère. » (Thierry Afschrift[11])

Notes et références

  • Voir Libéraliser le Marché du Travail, Gabriel A. Giménez-Roche, Libres ! 100 idées, 100 auteurs.

  • "Le pillage réciproque n'en est pas moins pillage parce qu'il est réciproque" (Frédéric Bastiat).

  • Ce phénomène est à relativiser en fonction des barèmes de l'impôt sur le revenu. Il sera moindre dans les pays où l'impôt ne s'applique qu'à partir d'un certain montant minimal de revenu (ce qui fait qu'en France la moitié des foyers ne paient pas d'impôt).

  • Revenu garanti, « la première vision positive du XXIe siècle »

  • Le cas s'est déjà vu pour des Anglais résidant en France et déclarant leur revenu au Royaume-Uni : ils perçoivent en France des aides sociales puisqu'ils n'y ont aucun revenu.

  • L’allocation universelle, une immoralité ?, Contrepoints

  • « Thomas Paine et le revenu de base »

  • Véronique de Rugy, Reason, mars 2014

  • Jean-Philippe Delsol, Le revenu universel ou l'assistanat à vie, Les Échos, 22 mars 2016

  • Pierre Bessard, L'AGEFI, 30 mars 2016

    1. Thierry Afschrift, La Tyrannie de la redistribution, 2016

    Bibliographie

    • 2013,
      • Zachary Caceres, Michael Strong, "BIG in Free Cities", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp201-220
      • Troy Camplin, "BIG and the Negative Income Tax: A Comparative Spontaneous Orders Approach", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp99-122
      • Daniel Kuehn, "The BIG as a Helicopter Drop “with Austrian Characteristics", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp65-79
      • Cameron Weber, "Taming Leviathan with a Basic Income", In: Guinevere L. Nell, dir., "Basic Income and the Free Market: Austrian Economics and the Potential for Efficient Redistribution (Exploring the Basic Income Guarantee)", New York: Palgrave Macmillan, pp81-96
    • 2015, "A Philosophical Economist’s Case against a Government-Guaranteed Basic Income", The Independent Review, Vol XIX, n°4, pp489–502

    Liens externes


    https://www.wikiberal.org/wiki/Allocation_universelle

     

     

     
     

     

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