novembre 27, 2025

Retraites, assurance chômage et Sécurité sociale: La France face à l’Europe. Huit pays, huit systèmes différents !

Retraites : l’Europe au banc d’essai 
 
La France face à l’Europe. Huit pays, huit systèmes différents. 
 
Ce qui fonctionne, ce qui échoue. 
 
Les modes de financement des retraites de la plupart de nos plus proches voisins européens, Royaume-Uni compris, au banc d’essai selon neuf critères. La semaine prochaine, nous étudierons les systèmes de sécurité sociale. 
 
 

 
 
 Si comparaison n’est pas raison, le fait que la plupart des pays du continent sont confrontés aux mêmes contraintes démographiques et de vieillissement de leurs populations permet néanmoins de juger de leurs approches respectives en matière de retraite. D’ici 2050, le ratio actifs/retraités dans l’UE devrait passer de 3,3 pour 1 aujourd’hui à moins de 2 pour 1. Face à ce défi commun, chaque pays a fourni des réponses très différentes. La France, elle, patine, et même sa dernière réforme à l’ambition limitée est suspendue sur l’autel des interminables débats budgétaires et de son instabilité politique. Et pourtant, il y aurait urgence à agir tant notre système de retraite se singularise par le poids écrasant qu’il fait peser sur les finances publiques et par un déséquilibre démographique alarmant. Si l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne peinent elles aussi avec des régimes majoritairement par répartition, sans réserves substantielles pour amortir le choc du vieillissement, la France finance presque exclusivement les pensions grâce aux actifs d’aujourd’hui. Le rapport cotisants par retraité, proche de 1,7, se dégrade plus rapidement que chez la plupart de nos voisins, rendant un système apparemment généreux profondément vulnérable à l’horizon des prochaines décennies. En contraste, la Suède, le Danemark, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont, à des degrés divers, avancé vers des régimes par points ou une capitalisation significative, qui répartissent les risques entre générations et atténuent la charge sur l’État. Même l’Italie, malgré ses faiblesses structurelles persistantes, a introduit des comptes notionnels (soit un mécanisme de retraite par répartition où les cotisations sont capitalisées fictivement puis converties en pension selon l’espérance de vie) pour injecter une dose de flexibilité. C’est dans cette mosaïque de trajectoires – où la France apparaît souvent comme l’exception la plus rigide – que s’impose la valeur d’une comparaison approfondie.
 

 
 
Critères de comparaison 
 
Les neuf critères principaux.
1 - Structure du système (répartition pure, capitalisation forte ou modèle mixte) 
2 - Âge légal de départ et âge effectif réel 
3 - Taux de remplacement brut et net (pourcentage du dernier salaire – ou revenu d’activité – de la pension de retraite versée à une personne une fois à la retraite) 
4 - Montant moyen mensuel de la pension nette 
5 - Ratio niveau de vie retraités/actifs 
6 - Capital moyen accumulé par les retraités 
7 - Dépenses publiques consacrées aux retraites 
8 - Dette implicite (soit l’ensemble des engagements futurs de l’État — retraites, soins de santé, etc. — qui ne sont pas encore comptabilisés comme dette officielle mais qu’il devra payer) 
9 - Classement Mercer 2025 (le Mercer CFA Institute Global Pension Index évalue 52 systèmes de retraite mondiaux sur plus de 50 indicateurs) 
 
Les pays retenus (France, Allemagne, Italie, Espagne, Suède, Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni) ont été choisis pour leur poids économique et la diversité de leurs modèles, avec une attention particulière aux pressions budgétaires actuelles et futures que font peser les retraites sur les États. 
 
France : une référence généreuse mais intenable 
 
- Structure : Répartition quasi exclusive + régimes complémentaires/spéciaux et légère capitalisation dans la fonction publique → Modèle historiquement protecteur, mais devenu un piège intergénérationnel. 
 
- Âge légal 2025 : 62 ans 6 mois → 64 ans d’ici 2030 → Le plus bas d’Europe continentale : un luxe que peu de pays peuvent encore se permettre. La France non plus.
 
- Taux de remplacement : ~72 % → Élevé, gage de forte générosité immédiate. 
 
- Pension moyenne nette : ~1 545 €/mois → Correcte en apparence, mais très en retrait des leaders capitalisés. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 94-96 % → Les retraités français comptent parmi les rares en Europe à ne presque rien perdre, voire à gagner légèrement par rapport aux actifs. 
 
- Capital moyen : ~288 000 € (très majoritairement immobilier) → Matelas confortable, mais largement insuffisant pour absorber le choc démographique sans l’État, indiquant une forte proportion liée à l’héritage. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~14 % du PIB → Charge écrasante qui plombe les comptes publics. 
 
- Dette implicite : > 300 % du PIB → Passif caché colossal qui hypothèque l’avenir. 
 
- Classement Mercer 2025 : B (score ~70,3 ; ~20e mondial) → Bonne adéquation immédiate, mais durabilité faible. 
 
Allemagne – rigueur et mixité modérée 
 
- Structure : Répartition par points + capitalisation privée modérée → Système pragmatique et maîtrisé. 
 
- Âge légal 2025 : 66 ans 2 mois → 67 ans → Réforme digérée depuis vingt ans, mais susceptible de se durcir. 
 
- Taux de remplacement : ~55 % → Volontairement modéré. 
 
- Pension moyenne nette : ~1 650 €/mois → Décente. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 70-75 % → Baisse notable assumée. 
 
- Capital moyen : ~236 000 € → Épargne prudente. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~11 % du PIB → Charge raisonnable. 
 
- Dette implicite : ~200 % du PIB → Élevée, mais contenue. 
 
- Classement Mercer 2025 : B (score ~67,8 ; ~25e mondial) → Équilibre correct, intégrité forte, adéquation limitée. 
 
 Italie – générosité à crédit
 
- Structure : Répartition encore très généreuse malgré les réformes → Cas d’école de la générosité à crédit. 
 
- Âge légal 2025 : 67 ans → Arrivé trop tard pour corriger les excès. 
 
- Taux de remplacement : > 82 % → Extrêmement élevé. 
 
- Pension moyenne nette : ~1 600 €/mois → Confortable, mais financée par la dette. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 90-94 % → Retraités privilégiés. 
 
- Capital moyen : ~204 000 € → Le plus faible, dépendance quasi totale à l’État. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~16 % du PIB → Record européen. 
 
- Dette implicite : > 400 % du PIB → Pire situation d’Europe. 
 
- Classement Mercer 2025 : C (score 57 ; ~40e mondial) → Durabilité catastrophique. 
 
 Espagne – un virage récent 
 
- Structure : Répartition classique, réformes en cours → Virage tardif mais réel. 
 
- Âge légal 2025 : 66 ans 8 mois → 67 ans. 
 
- Taux de remplacement : ~86 % → Très généreux, mais en baisse forcée. 
 
- Pension moyenne nette : ~1 450 €/mois → Acceptable. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 84-88 % → Élevé, en érosion. 
 
- Capital moyen : ~207 000 € → Faible. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~12,5 % du PIB → Lourd mais en correction. 
 
- Dette implicite : ~250 % du PIB → Sérieuse, mais moins que l’Italie. 
 
- Classement Mercer 2025 : C+ (score 63,8 ; ~30e mondial) → Progrès mais risques persistants. 
 
Suède – la capitalisation comme assurance-vie 
 
-  Structure : Mixte depuis 1998 (comptes notionnels + fonds obligatoires) → Réforme la plus réussie du continent. 
 
- Âge légal 2025 : 63 ans (flexible), âge effectif > 65 ans → Liberté réelle. 
 
- Taux de remplacement : ~65-70 % → Équilibré. 
 
- Pension moyenne nette : ~2 100 €/mois → Très confortable. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 85-90 % → Équilibre intergénérationnel. 
 
- Capital moyen : ~274 000 € → Correct. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~9 % du PIB → Charge maîtrisée. 
 
- Dette implicite : ~100 % du PIB → Faible. 
 
- Classement Mercer 2025 : B+ (score 78,2 ; ~6e mondial) → Très solide. 
 
Danemark – le champion nordique 
 
- Structure : Pension publique universelle + capitalisation massive → Système le plus abouti d’Europe. 
 
- Âge légal 2025 : 67 ans → 68 ans en 2030. 
 
- Taux de remplacement : ~78-80 % → Très bon. 
 
- Pension moyenne nette : ~2 850 €/mois → Plus élevée du panel. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 95-100 % → Parité quasi parfaite. 
 
- Capital moyen : ~378 000 € → Plus forte réserve privée. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~8,5 % du PIB → Charge légère. 
 
- Dette implicite : ~50 % du PIB → Très faible. 
 
- Classement Mercer 2025 : A (score 82,3 ; 3e mondial) → Parmi les premiers. 
 
Pays-Bas – numéro 1 mondial 
 
- Structure : Fonds de pension capitalisés (> 190 % du PIB) → Modèle le plus durable. 
 
- Âge légal 2025 : 67 ans. 
 
- Taux de remplacement : ~93 % → Meilleur d’Europe. 
 
- Pension moyenne nette : ~2 500 €/mois → Très élevée. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 98-102 % → Parité, voire léger avantage. 
 
- Capital moyen : ~330 000 € → Réserve importante. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~7,5 % du PIB → Plus bas du continent. 
 
- Dette implicite : < 50 % du PIB → Quasi inexistante. 
 
- Classement Mercer 2025 : A (score 85,4 ; 1er mondial) → Benchmark mondial. 
 
Royaume-Uni – l’hybride post-Brexit 
 
- Structure : Pension d’État plate + privé inégalitaire → Système à deux vitesses. 
 
- Âge légal 2025 : 66 ans → 68 ans. 
 
- Taux de remplacement : ~58 % → Faible. 
 
- Pension moyenne nette : ~2 100 €/mois → Variable. 
 
- Ratio niveau de vie retraités/actifs : 75-80 % → Décrochage marqué. 
 
- Capital moyen : ~279 000 € → Bon pour les classes moyennes. 
 
- Dépenses publiques retraites : ~6,5 % du PIB → Charge minimale. 
 
- Dette implicite : ~150 % du PIB → Moyenne, contenue. 
 
- Classement Mercer 2025 : B (score 72,2 ; ~15e mondial) → Durabilité solide, inégalités fortes. 
 
 
 
En résumé
 
Les Pays-Bas et le Danemark offrent tout ce que la France ne peut plus tenir : un niveau de vie retraités/actifs proche ou supérieur à 95 %, des pensions plus élevées, un capital privé gigantesque et une charge publique deux fois plus légère. 
 
La France, l’Italie et l’Espagne sont les derniers pays où les retraités actuels vivent encore comme des privilégiés – au prix d’une facture publique explosive et sans filet privé suffisant pour les générations suivantes. 
 
L’Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni ont déjà fait le choix de la responsabilité : un peu moins de confort aujourd’hui pour garantir la dignité demain. Même si, observé à la loupe, le Royaume-Uni présente de très sévères disparités entre catégories sociales. 
 
Quelles leçons pour la France ? 
 
La France offre aujourd’hui l’un des meilleurs niveaux de vie aux retraités actuels, mais elle se situe dans la moyenne basse des classements internationaux quand on intègre la durabilité, et surtout dans le bas du panier pour l’impact budgétaire : ses 14 % du PIB en dépenses et 300 % en dette implicite la placent en première ligne des risques européens. Les modèles danois et néerlandais montrent qu’il est possible de concilier pensions élevées et solidité financière, à condition d’accepter une part massive de capitalisation, un âge de départ plus tardif et une culture du travail prolongé – des leviers qui pourraient diviser par deux la charge publique d’ici 2050. Rester uniquement en répartition tout en maintenant un âge légal parmi les plus bas d’Europe apparaît de plus en plus comme une exception difficilement tenable à long terme, menaçant non seulement les retraites futures mais l’ensemble de l’économie. La prochaine décennie dira si la France saura évoluer vers un modèle hybride pour alléger son fardeau budgétaire ou si elle choisira de défendre jusqu’au bout son exception française au prix d’une dette explosive. 
 
À la semaine prochaine, pour un comparatif des sécurités sociales dans les mêmes pays. La France peut-elle encore s’enorgueillir du meilleur système du monde ? Suspense. 
 
Benjamin Sire
lel.media

 
En France, 14% des dépenses publiques du PIB


C’est une faute majeure. Historique. Tous les politiques au pouvoir depuis 30 ans ont une terrible responsabilité. Toutes les oppositions, tous les syndicats, tous ceux qui se sont arc-boutés sur un système qui tue le pays à petit feu, tous devraient répondre de leur inconséquence. Et je n’ose même pas évoquer ceux qui persistent aujourd’hui.
C'est même pas ça le plus choquant. Le plus choquant c'est que les fonctionnaires bénéficient depuis 20 ans déjà d'une retraite par capitalisation, dans le plus grand silence, au mépris de l'ensemble de la population française et particulièrement du secteur privé !
 
Antoine Copra
Fondateur des Électrons Libres
 

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Sécurité sociale : l’Europe au banc d’essai

 Après les retraites, la sécu. 

La France face à ses concurrents, deuxième volet de notre comparatif européen. Huit pays, huit systèmes. Les modes de financement et fonctionnement des sécurités sociales de la plupart de nos plus proches voisins du continent, Royaume-Uni compris, passés au banc d’essai, selon neuf critères. La semaine prochaine, focus sur l’assurance chômage, selon le même processus. 

La sécu ! En France, comme ailleurs en Europe, elle représente le pilier de la protection sociale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais partout, elle fait face à des défis croissants dans un contexte de vieillissement, de tensions budgétaires et d’inégalités régionales persistantes. En 2023, les dépenses sociales publiques dans l’Union européenne ont atteint en moyenne 28 % du PIB, avec une hausse notable des investissements en santé et en soins de longue durée pour répondre à l’augmentation de l’espérance de vie qui avoisine désormais 81 ans en moyenne. 

Les pays nordiques misent sur un modèle fiscal généreux favorisant les services universels, tandis que les systèmes allemands et français reposent sur des cotisations sociales paritaires, et que le Royaume-Uni opte pour un service public centralisé, hélas sous pression. Cette diversité révèle une tendance commune matérialisée par une augmentation des coûts de 3 à 5 % par an, mais aussi par des disparités en termes d’accès aux soins, avec des co-paiements plus élevés dans le sud de l’Europe comme en Italie ou en Espagne. 

Notre pays, souvent mythifié comme disposant du « meilleur système de santé du monde », cache en réalité des fragilités. Il déplore de nombreux déserts médicaux, une lourde dette de la Sécurité sociale, et une efficacité contestée par des classements internationaux comme celui de la Commission européenne, qui le place au milieu du peloton pour la qualité de ses soins primaires. La générosité française pèse sur la compétitivité sans toujours se traduire par la qualité des services, ni en termes d’espérance de vie en bonne santé. D’où notre « étonnement » face à la récente déclaration de Jean-Luc Mélenchon sur LCI : « Nous ne sommes pas le pays le plus taxé du monde : ce n’est pas vrai ! Notre Sécurité sociale coûte 5 fois moins cher que n’importe quel système assurantiel ». Un mensonge lunaire, faisant probablement référence aux modèles privés américains. Nos dépenses totales de protection sociale s’élèvent en réalité à 31,6 % du PIB en 2022, contre une moyenne de 21 % dans l’OCDE. Cette sortie ignore que la générosité française coûte cher précisément parce qu’elle est publique et universelle, contrairement aux États-Unis où 28 millions de personnes restent non assurées. Elle omet aussi que notre système repose sur des cotisations sociales parmi les plus élevées d’Europe, contribuant à un taux de prélèvements obligatoires de 45 % du PIB, deuxième plus haut de l’OCDE.

Ce débat pose finalement la question essentielle sur cette fameuse sécu. Comment concilier protection accrue et soutenabilité budgétaire dans un Europe où les déficits sociaux menacent la croissance ? 
 

 
 
Les neuf critères de comparaison et leurs sources principales 
 
1 - Couverture santé universelle : mesure l’accès à l’assurance maladie pour la population. OCDE Health at a Glance 2023 
 
2 - Dépenses de santé totale en % du PIB (2023) : évalue l’effort budgétaire public dédié à la santé. Eurostat Healthcare Expenditure 2023 
 
3 - Part des paiements directs en santé (2023) : indique le poids financier réellement supporté par les ménages. Our World in Data 2023 
 
4 - Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie (brut, ouvrier moyen, 2023) : quantifie la générosité pour les arrêts maladie courts. OCDE Health at a Glance 2023 
 
5 - Taux de remplacement des prestations d’invalidité (brut, ouvrier moyen, 2023) : mesure le soutien pour les incapacités permanentes. OCDE Pensions at a Glance 2023 
 
6 - Durée du congé maternité payé (en nombre de semaines, 2023). World Bank Gender Data 2023 
 
7 - Dépenses de soins de longue durée en % du PIB (2021) : reflète l’investissement pour les personnes dépendantes. OCDE Health at a Glance 2021 
 
8 - Le déficit ou l’excédent de chaque système. OCDE Health at a Glance Europe 2024 et sources nationales hétérogènes 
 
9 - Le classement de la qualité des soins. Celui-ci est fondé sur une synthèse de trois index. Le Legatum Prosperity Index , le Commonwealth Fund Mirror Mirror et le Numbeo Health Care Index 
 
 
France : un universalisme généreux mais sous tension 
 
 - Couverture santé universelle : La Sécurité sociale couvre 99 % de la population via la branche maladie, complétée par des mutuelles obligatoires pour 90 % des assurés. Et protection des plus précaires via la CMU-C. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 11,5 %, très élevé. L’État et les cotisations financent massivement hôpitaux et consultations, pesant sur les déficits. 
 
- Part des paiements directs en santé : 9 %, parmi les plus bas. Les Français paient peu de leur poche grâce à des remboursements de 70 à 100 %. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 50 %, modéré après carence. Mais avec un plafond bas, quand il n’est pas compensé par un maintien de salaire à la charge de l’employeur. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 50 %, complété par aides. La pension d’invalidité couvre la moitié du salaire précédent, plus l’AAH pour les plus pauvres. 
 
- Durée du congé maternité payé : 16 semaines à 100 %, incluant les trois semaines prénatales. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 1,5 %, en hausse modérée. 
 
- Déficit du système de santé : -13,8 Milliards d’euros pour la branche maladie en 2024. Le plus important. 
 
- Classement de la qualité des soins : 6ème (sur 8) Note 75/100 
 
 
Allemagne : un équilibre paritaire robuste 
 
 - Couverture santé universelle : via les assurances mutualistes. 90 % des Allemands sont couverts par des caisses maladie publiques, avec choix libre. Mais les complémentaires privées creusent des inégalités pour les hauts revenus. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 11,7 %, le plus important. Les cotisations paritaires financent un système ambulatoire fort, évitant la sur hospitalisation. Mais les hausses de cotisations pèsent sur les salaires. 
 
- Part des paiements directs en santé : 10,7 %, bien maîtrisée. Les franchises annuelles limitent les dépenses personnelles. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 100 %, plein salaire initial. L’employeur paie 100 % les six premières semaines, puis la caisse 70-90 %. Protecteur. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 66 %. Les pensions couvrent deux tiers du salaire, avec rééducation obligatoire. Durée du congé maternité payé : 14 semaines à 100 % pour pères et mères. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 1,6 %. L’assurance dépendance couvre domicile et institutions, soulageant les familles. Déficit du système de santé : -6,2 Milliards d’euros pour l’assurance maladie statutaire en 2024. Les caisses font face à une hausse des coûts de 6,8 % supérieure à celle des revenus, menant à des cotisations supplémentaires. 
 
- Classement de la qualité des soins : 4ème (sur 8) Note 77/100 
 
 
Italie : un système public sous pression régionale
 
- Couverture santé universelle : Via service national. Il couvre tous les résidents pour soins essentiels, mais des disparités Nord-Sud persistent ; cela garantit l’accès, mais les listes d’attente freinent l’efficacité. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 9,0 %. Stable mais tendu. Le financement public priorise les hôpitaux, avec coupes budgétaires récurrentes. Insuffisant face au vieillissement. 
 
- Part des paiements directs en santé : 22,3 %, le plus élevé du groupe. Les Italiens payent cher pour les médicaments et les spécialistes, aggravant les inégalités. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 50-66 %, progressif. Décent pour les courts arrêts, mais la durée limitée (180 jours max) pousse à un retour rapide. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 60 %, moyen avec contrôles. Les fraudes passées ont conduit à durcir les critères. 
 
- Durée du congé maternité payé : 21 semaines à 80 %. Les mères ont cinq mois payés, plus options parentales ; c’est généreux pour booster la natalité basse. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 1,4 %. Les régions gèrent les aides à domicile, complétées par le réseau familial. 
 
- Déficit du système de santé : non spécifié nationalement, mais sous-financement de 43 Milliards d’euros par rapport à la moyenne européenne. 
 
- Classement de la qualité des soins : 8ème (sur 8) Note 70/100 
 
 
Espagne : en progrès 
 
 - Couverture santé universelle : système national décentralisé. Il couvre 99 % de la population via les régions, gratuit pour l’essentiel. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 9,5 %. 
 
- Part des paiements directs en santé : 21 %, en diminution, soulageant un peu les ménages ; même si le coût reste élevé, surtout pour les maladies chroniques. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 60-75 %, par convention. Variable selon les secteurs, souvent 75 % ; c’est flexible, protégeant les travailleurs précaires, courants en Espagne. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 60 %, réformé récemment. 
 
- Durée du congé maternité payé : 16 semaines à 100 %. Égal pour les deux parents depuis 2021. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 0,7 %, le plus bas. Régional et sous-financé, reposant sur les familles. 
 
- Déficit du système de santé : Les régions gèrent les dépenses en hausse (santé +14,9 %), mais le système national reste proche de l’équilibre grâce à un rebond de la croissance. 
 
- Classement de la qualité des soins : 7ème (sur 8) Note 75/100 
 
 
Suède : exemplaire 
 
- Couverture santé universelle : Les comtés la financent via les impôts. Avec une importante gestion numérique. Gratuité quasi-totale. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 11,2 %, haut et efficient avec un effort de prévention. Une santé publique de premier plan. 
 
- Part des paiements directs en santé : 13,4 %, plafonné annuellement. Co-paiements max 1 200 €/an. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 80 %. Haut niveau. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 64 %, avec rééducation. Excellent pour les handicapés, avec soutien psychosocial. 
 
- Durée du congé maternité payé : 16 semaines (stricte), plus parental. Égalitaire, pour booster la natalité. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 3,4 %, leader nordique. Les services gratuits à domicile dominent. 
 
- Déficit du système de santé : -20 milliards de couronnes suédoises (environ -1,8 milliards d’euros) pour les régions en 2024. 
 
- Classement de la qualité des soins : 3ème (sur 8) Note 80/100 
 
 
Danemark : la flexisécurité en action 
 
- Couverture santé universelle : Payée par l’impôt et décentralisés via les municipalités. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 10,5 %, équilibré. 
 
- Part des paiements directs en santé : 14 %. Soins majoritairement gratuits ; protège les plus vulnérables, mais avec des plafonds. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 100 %, jusqu’à 22 semaines. Plein salaire et flexisécurité poussant au retour à l’emploi. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 60 %. Durée du congé maternité payé : 18 semaines à 100 %. Plus parental partagé. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 2,9 %, avec maintien à domicile fort. 
 
- Déficit du système de santé : non spécifié, mais dépenses en hausse de 4 % sans alerte de déséquilibre. 
 
- Classement de la qualité des soins : 2ème (sur 8) Note 83/100 
 
 
Pays-Bas : assurance privée obligatoire

- Couverture santé universelle : Privée mais régulée. Assurances obligatoires couvrent tous, choix libre ; compétitif, mais lourdeurs administratives. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 10,2 %. Des subventions assurent l’équité pour une haute qualité de soins. 
 
- Part des paiements directs en santé : 13 %, couvert par les assurances. Franchises modérées ; accessibles, via concurrence. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 70 %, par employeur. Public après deux ans. 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 75 %, haut. Généreux, mais avec contrôles stricts. 
 
- Durée du congé maternité payé : 16 semaines à 100 %. Plus six pour les pères. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 3,5 %. 
 
- Déficit du système de santé : le mix public-privé maintient l’équilibre, malgré l’augmentation des soins de longue durée. 
 
- Classement de la qualité des soins : 1er (sur 8) Note 83/100 
 
 
 Royaume-Uni : un National Health Service (NHS) sous-financé 
 
- Couverture santé universelle : Centralisée. Le NHS couvre tous, gratuitement. Mais files d’attente critiques et soins de qualité inégale. 
 
- Dépenses de santé totales en % du PIB : 10,0 %. Budget NHS tendu post-Brexit et manque de personnel. 
 
- Part des paiements directs en santé : 15 %. Mais dentaire/optique payants ; inéquitable pour bas revenus. 
 
- Taux de remplacement des indemnités journalières de maladie : 20-30 %, très bas 
 
- Taux de remplacement des prestations d’invalidité : 40 %, critique. 
 
- Durée du congé maternité payé : 39 semaines. Favorables aux familles monoparentales. 
 
- Dépenses de soins de longue durée en % du PIB : 1,2 %, sous-financé. 
 
- Déficit du système de santé : -787 livres (-930 millions d’euros) 
 
- Classement de la qualité des soins : 5ème (sur 8) Note 76/100 
 
 
 La France n’est plus un modèle 
 
La France dépense plus que presque tous ses voisins (11,5 % du PIB en santé publique, 31 % au total pour la protection sociale) mais accumule des déficits records (−13,8 milliards d’euros pour la seule branche maladie en 2024), creuse la dette et n’obtient ni l’accès ni la qualité de soins des meilleurs élèves du continent. Au surplus, indépendamment des critères analysés, 9 % de la population vit dans un désert médical, contre moins de 5 % au Danemark, en Suède ou aux Pays-Bas. Les délais explosent, les urgences saturent et les inégalités territoriales s’aggravent, alors que les indemnités maladie et invalidité sont parmi les moins généreuses d’Europe occidentale et l’espérance de vie en bonne santé inférieure à celle des pays nordiques. Bref, nous payons le prix fort pour un système qui protège moins bien les plus vulnérables qu’on ne le prétend, entretient des rigidités coûteuses et refuse les réformes qui ont permis à l’Allemagne, aux Pays-Bas ou au Danemark d’allier générosité réelle, accès rapide et bonne gestion. Sans changement profond, notre modèle continuera de s’enfoncer dans une spirale de dépenses incontrôlées et de promesses non tenues. 
 
Benjamin Sire 
lel.media
 
 

Assurance chômage : L’Europe au banc d’essai 
 
La France face à ses concurrents. Huit pays, huit systèmes. Les modes de financement et de fonctionnement des assurances chômage confrontés à la situation du marché du travail de la plupart de nos plus proches voisins du continent, Royaume-Uni compris, passés au banc d’essai selon dix critères. 
 
Dans une Europe où le taux de chômage moyen oscille autour de 6 %, sa prise en charge confronte les États membres à des défis structurels amplifiés par les mutations rapides du marché du travail, notamment sous l’impulsion de l’intelligence artificielle qui redessine les contours des emplois et accentue les vulnérabilités générationnelles. À cela s’ajoute le vieillissement accéléré des populations, avec un ratio de dépendance des seniors qui dépasse déjà 35 % dans plusieurs pays comme l’Italie et l’Allemagne et qui pourrait atteindre 50 % d’ici 2050, selon les projections d’Eurostat . Ce phénomène réduit la taille de la main-d’œuvre active, accroît la pression sur les systèmes de protection sociale et complique le financement des allocations chômage. 
 
Les pays du Sud, comme l’Espagne et l’Italie, voient leurs jeunes émigrer, aggravant le déséquilibre, tandis que les modèles nordiques compensent partiellement par une immigration ciblée et un taux d’emploi élevé des seniors. La France, avec un ratio de dépendance autour de 33 % et une fertilité persistante sous le seuil de renouvellement, doit aussi anticiper une hausse mécanique des dépenses sociales dont elle est déjà championne, d’autant plus que l’emploi des plus de 55 ans reste faible, même s’il progresse. 
 
Les habituels leaders de nos comparatifs, tels le Danemark ou les Pays-Bas, continuent de briller par leur flexisécurité, alliant indemnités généreuses et activation intensive pour des taux d’emploi records, tandis que l’Espagne et l’Italie peinent à résorber un chômage important, aggravé par des fractures régionales et une économie souterraine persistante. 
 
La France, forte de son modèle contributif protecteur et de dépenses publiques de plus en plus déraisonnables à 1,2 % du PIB, maintient une indemnisation relativement longue et (trop ?) généreuse, mais voit son taux d’emploi freiné par un chômage structurel, particulièrement chez les jeunes et les immigrés. L’émergence fulgurante de l’IA, qui automatise déjà des tâches cognitives routinières et frappe en premier lieu les postes d’entrée de gamme, notamment et paradoxalement dans la tech — avec une hausse notable du chômage des moins de 25 ans dans les métiers exposés, comme observé aux États-Unis et en écho en Europe —, menace d’exacerber ces disparités. Pourtant, cette révolution n’annonce pas un chômage de masse irréversible. Des études récentes soulignent que l’IA pourrait créer autant, sinon plus, d’emplois qu’elle n’en détruit à long terme, boostant la productivité et favorisant des rôles hybrides requérant créativité et intervention humaine. À voir néanmoins si cette tendance pourra s’observer sur le long terme. 
 
En attendant, nous avons sélectionné dix critères comparatifs pour analyser les solutions proposées par la France et ses voisins. 
 
Les voici. Les dix critères de comparaison et leurs sources principales :
 
1 - Structure du système d’assurance chômage Distinction entre modèle contributif (lié aux cotisations professionnelles) et modèle de citoyenneté (accès élargi basé sur la résidence), évaluant l’universalité et la flexibilité. Sources principales : Unédic, Europ’Info 2025 ; DARES, Comparaisons internationales des régimes d’assurance chômage ; OCDE, Unemployment Benefits 2025 . 
2 - Conditions d’éligibilité Durée minimale de cotisations ou d’emploi requise, incluant les seuils pour indépendants et précaires. Sources principales : Unédic, Panorama des systèmes d’assurance chômage en Europe 2025 ; Vie-publique.fr , L’assurance chômage en Europe : éléments de comparaison 2025 . 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage Pourcentage du salaire antérieur couvert (brut/net, pour un ouvrier moyen). Sources principales : Unédic, Europ’Info 2025 ; OCDE, Benefits in Unemployment 2025. 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation Nombre de mois d’allocations. Sources principales : Unédic, Europ’Info 2025. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes Sources principales : Unédic, Europ’Info 2025 ; DARES, Comparaisons internationales 2025. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) Sources principales : Insee, Emploi, chômage, revenus du travail 2025. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée (Global et par tranches d’âge.) Sources principales : Eurostat, Labour Market Statistics 2025; Insee, Emploi et chômage en Europe 2025
 
8 - Taux d’emploi (et part des contrats précaires) et dynamiques du marché du travail Sources principales : Insee, Emploi, chômage, revenus du travail 2025 ; Eurostat, Regional Employment 2025. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir Sources principales : OCDE/Eurostat, Informal Economy Estimates 2025 (via DARES) ; Trésor, Économie informelle en Europe 2025. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration Taux de chômage des immigrés vs natifs. Sources principales : Eurostat, Migration and Labour Market 2025 ; Insee, Activité, emploi et chômage des immigrés 2025 .


France : un rempart contributif très généreux mais trop coûteux 
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Modèle contributif classique, géré par Pôle emploi et l’Unédic, avec une assurance chômage liée aux cotisations salariales et patronales, complétée par des aides sociales pour les non-indemnisables. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : 6 mois de travail sur les 24 derniers mois requis, avec ajustements pour seniors, intermittents du spectacle et indépendants ; exclusion des démissionnaires sauf motif légitime ou rupture amiable. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 57 % du salaire journalier de référence brut pour un ouvrier moyen, dégressif après 6 mois à 57 % net, plafonné à 7 980 € net mensuels (après CSG/CRDS 6,7 % et cotisation retraite 3 %). Un record. 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : Jusqu’à 18 mois pour les moins de 53 ans, 30 mois pour les 53-54 ans et 36 mois pour les 55+, ajustée à l’ancienneté. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 1 042 € pour un profil type (salaire antérieur de 2 000 € brut), couvrant 70 % des besoins de base mais insuffisant pour les familles monoparentales. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 1,2 % en 2024, alourdi par la crise post-Covid et les réformes Macron, avec un déficit structurel de l’Unédic. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 7,6 % global (18,3 % chez les 15-24 ans, 6 % pour 25-49 ans, 6,9 % chez les 50+), avec 13,3 % de longue durée, impacté par l’IA pour les jeunes. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 68,8 % (15-64 ans), freiné par 16,8 % de contrats précaires ; disparités régionales modérées (Île-de-France 70 % vs Outre-mer 50 %), avec hausse des CDI mais précarité persistante. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : Estimée à 12 % du PIB, favorisant le cumul d’allocations et d’emplois dissimulés dans le BTP et les services, avec 500 000 cas annuels détectés. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 12 % pour les immigrés contre 7 % pour les natifs, écart de 5 points dû à la non-reconnaissance des diplômes et aux barrières linguistiques. 
 
Allemagne : une flexibilité fédérale au service de la stabilité 
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Modèle contributif fédéral via l’Agence pour l’emploi, avec une assurance chômage (ALG I) contributive et une aide sociale (ALG II) pour les bas revenus, intégrant activation via formations. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : 12 mois de cotisations sur 30 mois, accessible aux indépendants sous conditions ; sanctions rapides pour refus d’emploi. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 60 % du salaire antérieur net (67 % à l’Est pour les familles), généreux pour les bas salaires mais dégressif pour les hauts revenus. Plafonné à 3 425 € net mensuels (après déductions fiscales et sociales ~20 % sur le brut plafonné, pour classe I sans enfants). 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : 12 mois maximum (jusqu’à 24 pour les seniors), avec transition vers l’ALG II illimitée mais conditionnée à des recherches actives. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 1 500 € pour un profil type, ajusté régionalement et complété par des aides locales en Bavière ou à Berlin. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 0,8 % en 2024, soutenable grâce à un marché du travail capable d’absorber les chocs économiques grâce à l’apprentissage, au chômage partiel (Kurzarbeit), à une négociation collective flexible, à des politiques d’activation rapides et à des cotisations paritaires. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 3,9 % global (6,7 % jeunes, 3 % adultes, 2,5 % seniors), 6,6 % de longue durée. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 76 % (15-64 ans), dynamique avec 7 % de précaires ; disparités Est-Ouest (72 % vs 80 %), mais forte inclusion via l’apprentissage en alternance. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 12 % du PIB, modérée mais concentrée et assez forte à l’Est, avec contrôles stricts limitant les fraudes à 5 % des allocations. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 6,5 % pour les immigrés vs 3 % pour les natifs, écart de 3,5 points atténué par des programmes d’intégration comme les Integrationskurse. Mais débordé par les vagues migratoires récentes. 
 
 Italie : un système mixte miné par les fractures territoriales

1 - Structure du système d’assurance chômage : Modèle mixte contributif et assistance (pour indépendants), géré par l’INPS, avec une activation faible et des aides régionales variables. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : 3 mois de travail sur 48, critères laxistes pour les précaires mais excluant les saisonniers sans historique. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 75 % du salaire moyen des 4 derniers mois, dégressif à 50 % après 6 mois, plafonné à 1 550 € net mensuels (après cotisations INPS ~9-10 %). 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : De 1,5 à 24 mois selon l’ancienneté, avec de rares extensions pour les seniors malgré le chômage structurel. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 800 € pour un profil type, insuffisant face à l’inflation, aggravant la précarité au Sud. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 0,9 % en 2024, sous-financé par rapport aux besoins, avec déficits chroniques de l’INPS. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 6,1 % global (20,6 % jeunes, 5,5 % adultes, 6,5 % seniors), 11,8 % de longue durée. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 62,2 % (15-64 ans), alourdi par 16,8 % de précaires ; disparités extrêmes (Sud 15 % vs Nord 4 %), avec économie saisonnière fragile. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 15-20 % du PIB, massive au Sud (jusqu’à 30 %), alimentant le travail dissimulé dans l’agriculture et le tourisme. Sans compter la part captée par les mafias. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 13,1 % pour les immigrés vs 7,3 % pour les natifs, écart de 5,8 points exacerbé par la précarité saisonnière et les quotas restrictifs. 
 
Espagne : une protection stricte face à un chômage endémique 
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Modèle contributif, avec allocations contributives et non contributives, intégrant des aides régionales comme en Catalogne. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : 12 mois de travail sur les 6 dernières années, strict pour les jeunes mais ouvert aux indépendants via des fonds mutuels. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 70 % du salaire de base les 6 premiers mois, puis 50 %, plafonné à 1 350 € net mensuels (après retenues sociales ~6,35 % sur le brut plafonné, pour un adulte sans enfants). 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : De 4 à 24 mois selon les jours cotisés, avec prolongations pour seniors mais sanctions pour inactivité. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 1 000 € pour un profil type, couvrant à peine 60 % des besoins, avec compléments régionaux variables. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 1,7 % en 2024, niveau élevé post-crise, financé par des hausses de cotisations patronales. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 10,5 % global (25 % jeunes, 8,5 % adultes, 9 % seniors), 12,1 % de longue durée. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 66,1 % (15-64 ans), miné par 13,7 % de précaires ; fractures régionales (Andalousie 18 % vs Catalogne 8 %), avec tourisme saisonnier dominant. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 20 % du PIB, concentrée dans le Sud, favorisant l’informel avec 1 million de travailleurs dissimulés estimés. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 20 % pour les immigrés vs 10 % pour les natifs, écart de 10 points dû aux crises sectorielles, à la pression migratoire récente et à la non-intégration 
 
Suède : une universalité nordique au cœur de la flexisécurité
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Modèle de citoyenneté via l’assurance volontaire (A-kassa), complétée par une base universelle, avec activation obligatoire. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : 60 heures par mois pendant 6 mois ou 420 heures sur 6 mois consécutifs dans les 12 derniers mois, accessible à tous les résidents ; inclusion large des indépendants et migrants. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 80 % du salaire antérieur, plafonné à 2 360 € brut mensuels, avec compléments familiaux généreux. 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : Illimitée sous conditions d’activation (recherches et formations), mais limitée à 300 jours sans activité. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 1 200 € pour un profil type, soutenant un niveau de vie élevé malgré les impôts. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 0,7 % en 2024, efficace grâce à la faible durée moyenne du chômage. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 8,7 % global (23 % jeunes, 6,5 % adultes, 4,5 % seniors), 11,6 % de longue durée. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 76,7 % (15-64 ans), avec 19,5 % de précaires ; disparités urbaines modérées (Stockholm 80 % vs rural 70 %), forte mobilité. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 10 % du PIB, limitée par la transparence fiscale et les contrôles numériques. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 15 % pour les immigrés vs 5 % pour les natifs, écart de 10 points atténué par des cours de langue obligatoires. Mais en croissance avec les très fortes vagues d’immigration qui ont augmenté la population de 20 % depuis 1995 dans ce pays historiquement ouvert. 
 
Danemark : l’excellence de la flexisécurité en action 
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Modèle de citoyenneté contributive via les caisses A-kasse, avec activation intensive et filet de sécurité universel. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : Évaluation des revenus sur 3 ans, accessible aux résidents ; inclusion des indépendants via cotisations volontaires. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 90 % du salaire antérieur, plafonné à 3 359 € net mensuels (après cotisations sociales ~8 % sur le brut plafonné, pour membre à temps plein). Après épuisement, bascule vers des aides sociales moindres (kontanthjælp), conditionnées. 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : 2 ans maximum, suivis d’aides sociales conditionnées à 37 heures/semaine de recherches. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 2 000 € pour un profil type, parmi les plus élevés d’Europe. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 1,0 % en 2024, équilibré par une productivité élevée. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 6,1 % global (13,9 % jeunes, 5 % adultes, 3,5 % seniors), 10,9 % de longue durée, l’IA intégrée via upskilling massif. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 78,8 % (15-64 ans), dynamique avec 24,3 % de précaires mais forte rotation ; disparités régionales minimes. 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 8 % du PIB, faible grâce à la digitalisation des déclarations. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 10 % pour les immigrés vs 4 % pour les natifs, écart de 6 points réduit par des formations ciblées. 
 
Pays-Bas : un équilibre contributif-assistance innovant
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Hybride contributif (WW) et assistance (bijstand), géré municipalement avec activation stricte via l’UWV. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : 6 mois de travail sur 36, avec sanctions immédiates pour refus ; ouvert aux indépendants. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : 75 % les 2 premiers mois, puis 70 %, plafonné à 4 741 € net (après cotisations sociales ~27 % sur le brut plafonné, pour les 2 premiers mois à 75 %). 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : De 3 à 38 mois selon l’âge et l’ancienneté, avec transition vers aides locales. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 1 400 € pour un profil type, complété par des subventions régionales. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 0,8 % en 2024, optimisé par la décentralisation. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 4,0 % global (8,8 % jeunes, 3,5 % adultes, 2,5 % seniors), 22 % de longue durée (atypique en raison de la flexibilité), l’IA dynamisant les services. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 82,3 % (15-64 ans), record avec 42,2 % de temps partiel ; disparités Nord-Sud (85 % vs 78 %). 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 9 % du PIB, contrôlée par des audits municipaux. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 7,9 % pour les immigrés vs 4,1 % pour les natifs, écart de 3,8 points géré par activation stricte. 
 
Royaume-Uni : service minimum… 
 
1 - Structure du système d’assurance chômage : Système forfaitaire hybride via Universal Credit, remplaçant les allocations contributives par un crédit universel conditionné. 
 
2 - Conditions d’éligibilité : Revenus récents évalués, accessible sans durée minimale stricte mais avec recherche obligatoire. 
 
3 - Taux de remplacement des allocations chômage : Forfait fixe de 400 £ (environ 470 € brut) par mois, indépendant du salaire antérieur, complété pour les familles. 
 
4 - Durée maximale d’indemnisation : 6 mois pour l’allocation contributive, puis illimitée via Universal Credit sous sanctions. 
 
5 - Montant moyen mensuel des allocations nettes : 458 € net fixes, trop modeste mais indexé sur l’inflation, avec compléments régionaux en Écosse. 
 
6 - Dépenses publiques en assurance chômage (% du PIB) : 0,5 % en 2024, minimal au regard du faible taux d’indemnisation. 
 
7 - Taux de chômage et de chômage de longue durée : 4,3 % global (13,3 % jeunes, 3,5 % adultes, 3 % seniors), 6,5 % de longue durée, l’IA favorisant la gig economy. 
 
8 - Taux d’emploi et dynamiques du marché du travail : 75 % (15-64 ans), fluide avec 19,6 % de précaires ; disparités (Londres 78 % vs Nord 70 %). 
 
9 - Taille de l’économie souterraine et travail au noir : 10 % du PIB, concentrée dans les services, avec contrôles accrus post-pandémie. 
 
10 - Chômage lié à l’immigration : 6 % pour les immigrés vs 3,5 % pour les natifs, écart de 2,5 points réduit par le marché libéral. 
 
Pour conclure
 
La France, avec sa générosité proverbiale en matière d’indemnisation, se distingue comme un rempart social dans un paysage européen où les modèles nordiques privilégient la flexibilité pour contenir le chômage sous les 7 %, au prix d’une précarité assumée via le travail à temps partiel. Si le taux d’emploi français de 68,8 % pâtit d’un chômage structurel à 7,6 %, particulièrement virulent chez les jeunes (18,3 %), il surpasse toutefois l’Italie et l’Espagne, engluées dans des disparités régionales abyssales et une économie souterraine vorace (15-20 % du PIB), qui minent l’efficacité des aides et gonflent le travail dissimilé au détriment d’une vraie solidarité. 
 
Les leçons de ce benchmark pour l’Hexagone devraient l’inspirer à adopter un système mieux contrôlé, plus en phase avec le marché du travail, à pratiquer une baisse du plafond des indemnités et à investir massivement dans des formations ciblées pour les jeunes, les seniors et les nouveaux arrivants — comme en Allemagne ou au Danemark — afin d’anticiper les transitions imposées par l’IA et de booster un taux d’emploi vers les 75 % européens. 
 
Au fond, la France pourrait hybrider sa protection haute avec une dose de flexisécurité, enrichie d’une stratégie proactive face à l’intelligence artificielle. Mais surtout s’efforcer de transformer son filet social en trampoline vers l’emploi durable, et ainsi reconquérir une compétitivité qui, aujourd’hui, la relègue derrière les locomotives nordiques tout en la préservant des pièges méditerranéens et de la dureté britannique. 
 
Épisodes précédents : Retraites Sécurité sociale À l’année prochaine, avec notre épisode suivant sur les marchés du logement…

Benjamin Sire 
lel.media

 

 

 

 

 
 

novembre 26, 2025

L'étouffement des économies européennes par des niveaux d'imposition exorbitants !

Les chaînes gouvernementales entravent l'Europe 
 
 La dérive politique alarmante qui éloigne toujours plus la liberté en Europe doit être replacée dans le contexte d'une coercition économique pratiquée depuis des décennies sur le Vieux Continent. 
 
Il ne s'agit absolument pas de la situation de sociétés occidentales dotées d'économies libres et dynamiques, où soudainement la vie privée et la liberté d'expression seraient menacées. Il s'agit d'une situation où la liberté économique recule depuis des décennies, notamment en raison d'augmentations insidieuses et régulières de la pression fiscale, qui atteint désormais des niveaux quasi insoutenables pour une vie économique saine dans de nombreux pays européens. 
 
 

 
 L'étouffement des économies européennes 
 
En Occident, la liberté est considérée comme acquise et, pour beaucoup d'Européens, elle passe même après la démocratie. Pourtant, il est difficile de qualifier une société de « libre » sous l'écrasante pression fiscale qui étouffe les économies européennes. Les taux marginaux d'imposition effectifs les plus élevés en Europe sont tout simplement exorbitants. Mais le plus frappant est peut-être que, dans de nombreux pays, les salariés moyens ne conservent même pas la moitié de ce que leur entreprise leur verse (charges patronales comprises). 
 
Lorsque les entreprises européennes sont contraintes de reporter, de réduire ou d'annuler leurs investissements en raison du poids des charges sociales et de l'impôt sur les sociétés, c'est toute la société qui en pâtit économiquement : stagnation des salaires, hausse du chômage, démotivation au travail et frein à l'innovation. Bien que d'autres facteurs entrent également en jeu, comme le coût de l'énergie et les lourdeurs administratives, les effets de la fiscalité se font sentir. Comme l'écrivait Murray Rothbard dans *Power and Market* (1970) : « L'imposition est un acte coercitif et improductif ; elle transfère des ressources des producteurs vers les non-producteurs et, par conséquent, diminue la production. »
 
L’Europe ne peut donc être qualifiée de zone de « liberté » économique, malgré les indices généralement excessivement élevés attribués aux pays européens par la Heritage Foundation. De plus, la courbe de Laffer démontre ce que nombre de responsables politiques européens semblent incapables de comprendre : au-delà d’un certain seuil d’imposition, les recettes fiscales diminuent à mesure que ce parasitisme étatique affaiblit progressivement la société. Comme le disent les rares libertariens français : « trop d’impôt tue l’impôt ». 
 
Lorsque l’État s’empare d’une part importante de la richesse produite par une société et en redistribue une partie de manière inefficace, tout en dilapidant le reste de diverses manières par des moyens bureaucratiques, on ne peut parler de liberté économique, même si certains prétendent qu’il s’agit de « justice sociale ». Ainsi, Rothbard, dans <i>Power and Market</i> (1970) : « Tout impôt impose une charge excessive – une perte d’utilité et de bien-être supérieure au montant des recettes fiscales.» 
 
 Le consentement des gouvernés ? 
 
Les citoyens européens ont vaguement conscience de cette situation, mais sont persuadés que ce qu'ils perdent en liberté économique, ils le gagnent en sécurité et autres avantages sociaux. C'est le vieux compromis qui consiste à substituer la sécurité à la liberté, une pente glissante vers l'autoritarisme et une ingérence toujours plus grande de l'État dans la société. 
 
Cette position est erronée tant sur le plan pratique que moral. D'un point de vue pratique, il est évident pour la plupart des gens que la sécurité assurée par l'État est aujourd'hui pour le moins inégale. La criminalité et l'insécurité sont en hausse en Europe, ce qui confirme que le concept fallacieux de « contrat social » n'a rien à voir avec un véritable contrat, puisque l'une des parties à ce faux « contrat » – l'État, celui qui détient les lois et les armes – peut le violer, et le viole effectivement, en toute impunité. 
 
En effet, la redistribution massive des richesses des citoyens par l'État s'effectue sans le consentement explicite des principaux contributeurs à la société, les travailleurs européens, et met ainsi à nu la supercherie du « contrat social ». Un « consentement des gouvernés » implicite est évidemment inadmissible, puisqu'il est obtenu – lorsqu'il l'est – par des formes subtiles de propagande. 
 
Les Européens feraient bien de se souvenir du slogan des colons américains : « Pas d'impôt sans représentation ». Pourtant, le principe du consentement populaire en matière fiscale est d'origine européenne et remonte à la Magna Carta de 1215. Bruno Leoni écrivait dans *Liberté et Droit* (1961) : « Une version médiévale ancienne du principe “pas d'impôt sans représentation” signifiait “pas d'impôt sans le consentement de l'individu imposé” ». 
 
Même au XIXe siècle, la plupart des États percevant des impôts étaient encore bien plus proches qu'aujourd'hui de l'idéal de « fiscalité consensuelle », tel que formalisé par l'article 14 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789).
 
Tout citoyen a le droit de s'informer, personnellement ou par l'intermédiaire de ses représentants, de la nécessité de la contribution publique, d'y consentir librement, d'en contrôler l'utilisation et d'en déterminer le montant, l'assiette, le mode de recouvrement et la durée. 
 
 Il convient de noter que ce texte fait partie intégrante de la Constitution française depuis 1971. Afin de contourner cette « obligation » embarrassante, les théoriciens étatistes modernes distinguent deux formes de consentement fiscal : le consentement à l'imposition, qui représente l'acceptation sociale du principe d'imposition ; et le consentement à l'imposition, qui représente l'acceptation politique et juridique de l'imposition. Mais cette distinction paraît artificielle, car l'État est la seule entité politique habilitée à imposer la société. 
 
 Pourtant, la question du consentement à l'imposition reste un casse-tête constant pour les administrations européennes, car de nombreux fonctionnaires craignent, à juste titre, que la population ne s'oppose à la forte pression fiscale. Au lieu d'appliquer strictement l'article 11 de la Constitution, les théoriciens étatistes modernes ont tendance à privilégier une approche plus nuancée. Contrairement à ce qui est préconisé au point 14 ci-dessus, et au lieu de laisser les majorités européennes exprimer leur opinion sur le niveau acceptable d'imposition dans différents domaines et d'ajuster les dépenses publiques en conséquence, la réaction instinctive des administrateurs étatiques consiste à tenter d'accroître le consentement populaire à l'imposition, tout en augmentant les taux d'imposition. 
 

 
Une liberté unique et indivisible 
 
En réalité, la liberté économique est aussi éminemment politique ; il n'existe qu'une seule liberté, même si elle peut être qualifiée de différentes manières selon le sujet. Liberté politique et liberté économique ne sont que les deux faces d'une même réalité, car les revenus personnels et les revenus des entreprises constituent une propriété. C'est la définition même de la liberté comme droit de propriété ; ou, formulée négativement, comme absence de coercition étatique. 
 
Ceci nous amène directement à la dimension immorale de l'imposition. Car, en l'absence de consentement explicite à l'imposition des revenus, celle-ci doit être perçue comme un vol légalisé, quoique insidieux, de la propriété. Rothbard écrit encore dans L'Homme, l'économie et l'État (1962) : « Toutes les actions gouvernementales reposent sur l'acte immoral fondamental de l'imposition, qui est la prise de propriété par la coercition. »
 
L'ironie amère du manque de liberté économique en Europe aujourd'hui réside dans le fait que des penseurs européens l'ont perçu et exprimé dans leurs travaux. Cantillon, Quesnay, Hume, Smith, Turgot, Bastiat, Spencer et Mises, pour ne citer que les plus importants, ont compris que les menaces à la liberté dans la société proviennent exclusivement de l'État. Frédéric Bastiat qualifiait l'impôt de pillage légal : « Lorsque le pillage devient un mode de vie pour un groupe d'hommes dans une société, ils finissent par se créer un système juridique qui l'autorise et un code moral qui le glorifie. » 
 
Pourtant, cette longue tradition intellectuelle de la liberté en Europe a été reléguée au second plan au tournant du XXe siècle, remplacée par des conceptions socialistes et étatistes promouvant toujours plus de « droits » pour tous. Le concept de « droits » a été élargi au fil des décennies de politiques étatiques fondées sur la confusion, souvent intentionnelle, entre liberté, démocratie et égalité. Ce que la majorité des Européens finiront peut-être par comprendre à leurs dépens, c'est que la liberté doit être à nouveau chérie et défendue afin d'enrayer le déclin économique et politique de leurs sociétés. La seule solution pour que l'Europe reste compétitive et connaisse une croissance naturelle est de lever la contrainte fiscale. Il s'agit de libérer les travailleurs européens du joug du fisc afin de dynamiser leurs économies. 
 
Concrètement, cela implique une réduction massive des principaux taux d'imposition, une diminution encore plus drastique des dépenses publiques et un désengagement progressif de l'État. Un tel programme permettrait non seulement d'accroître la liberté en Europe, mais aussi de stimuler l'investissement, l'esprit d'entreprise, la créativité et l'optimisme, trop longtemps étouffés. Tel un ressort comprimé, l'Europe peut se libérer, pourvu qu'on la délivre du joug fiscal.
 
 

Finn est un libertarien suédois vivant en France.
 
Les niveaux d’imposition exorbitants en Europe sont une cause majeure de la stagnation des économies européennes, ainsi que le symptôme par excellence de la gloutonnerie étatique. 

Le féminisme individualiste avec Wendy McElroy

L’Individualisme : une nouvelle vision du féminisme par Wendy McElroy

Les femmes sont les égales des hommes et doivent être traitées de même.Pour la plupart des gens la déclaration ci-dessus est le principe de base du féminisme. Mais que signifie égal ? Comment définissons-nous l’égalité ? Par exemple, est-ce que cela signifie l’égalité devant les lois existantes et la parité dans les institutions existantes ? Ou est-ce que cela comprend l’égalité socio-économique – une redistribution des richesses et du pouvoir – qui, à son tour, requiert de nouvelles lois et un renversement des institutions existantes.


 

Cela pourrait aussi impliquer l’égalité culturelle par laquelle on accorderait aux femmes le même degré de respect qu’aux hommes en ce qui concerne les lois sur le harcèlement sexuel, par exemple, en imposant ce respect.

La manière, selon laquelle le mot "égalité" se retrouve défini, est un test révélateur qui permet de différencier les mouvements féministes les uns des autres.

Au cours du 19ème siècle, le courant principal du féminisme définissait l’ « égalité » comme un traitement et une représentation égale des deux sexes au regard des lois et des institutions.
Les féministes les plus radicales protestèrent que les lois et institutions existantes étaient source d’injustices et, comme telles, ne pouvaient pas être réformées. Le système dans son entier devait être balayé pour que les droits des femmes puissent enfin être obtenus.

En bref, les deux traditions les plus révolutionnaires appartenaient au féminisme socialiste, duquel l’actuel radical féminisme s’inspire énormément, et le féminisme individualiste, qui est quelquefois appelé féminisme libertaire. Ces deux traditions diffèrent totalement dans leur approche de l’égalité.

Pour le féminisme socialiste, l’égalité devenait une issue socio-économique. Les femmes ne pouvant l’obtenir qu’à la condition que la propriété privée et les échanges économiques qu’elle engendrait – c'est-à-dire le capitalisme – ne disparaissent. L’égalité était aussi un objectif culturel. Un parallèle peut être tracé entre le 19ème et le 20ème s. dans la rébellion contre la culture masculine blanche – contre la pornographie par exemple – que l’on trouvera au 19ème s. sous forme de croisades puritaines pour la tempérance, modération. Ces croisades ou campagnes tentaient d’imposer la « vertu » – c'est-à-dire, imposer un comportement moral vertueux à la société au travers des forces légales – de manière très similaire au politiquement correct du féminisme actuel.

Pour le féminisme individualiste, la recherche égalitaire s’achevait quand les droits individuels des femmes étaient pleinement reconnus par les lois protégeant identiquement la propriété et la personne des hommes aussi bien que des femmes. Aucune référence à l’égalité économique ou sociale, seulement à une justice - traitant également femmes et hommes - gouvernant la société en protégeant les personnes et la propriété.

Dans une société idéale, le système légal ne ferait aucune distinction reposant sur des ca- ractéristiques secondaires, tel que le sexe, mais protègerait également les droits de chaque individu. Les femmes ne seraient ni opprimées, ni privilégiées, au regard de la loi. Cette société n’existe pas.

Aussi longtemps que les lois feront une distinction entre les sexes, les femmes devront se lever et réclamer leurs droits entiers et égaux. Rien de plus, rien de moins. Cette revendication est le fer de lance ( ou le point crucial NDT ) du féminisme individualiste.

Ce présent article converge sur deux formes de féminisme révolutionnaire qui sont radicalement opposés idéologiquement et définit les deux extrêmes du féminisme : le radical et l’individualiste.

Aujourd’hui, comment définissent-ils l’égalité ? Pour le Féminisme radical, l’égalité est socio-économique et culturelle . Ce qui veut dire que les distinctions de positions entre les genres doivent être éliminées afin qu’hommes et femmes puissent jouir d’une parité sociale, économique, politique et sexuelle. Obtenir cela signifie qu’il est nécessaire de balayer le patriarcat qui est une combinaison de la culture blanche masculine et du capitalisme.

Pour le Féminisme individualiste, l’égalité signifie aussi même traitement des deux sexes au regard des lois qui protègent individus et propriétés. Mais, Le Féminisme individualiste, ne dit rien au sujet de la richesse engrangée et de sa répartition égale entre les sexes. Ce genre de partage ne peut être achevé qu’à travers les lois, par intervention de l’Etat dans la vie des personnes et de leurs biens. C’est précisément le point d’opposition du Féminisme individualiste : le recours à l’Autorité dans la société.

Laissez-moi vous donner un exemple de pourquoi cet argument est aussi révolutionnaire. Considérons le mariage. Le courant principal du Féminisme dit : « Réformez les lois sur le divorce pour les rendre plus justes ». Le Féminisme individualiste dit : « la simple existence des lois sur le mariage/divorce est une injustice parce que l’Etat n’a pas autorité naturelle pour intervenir dans ce qui doit rester un contrat privé entre individus. »

Le mot "juste" entre en lice. Brièvement, je voudrais considérer comment ces deux formes de féminismes entendent le concept de justice.

Le Féminisme radical comprend la justice comme un but ; j’entends par là, qu’il apporte une image particulière de comment serait une société juste. Une société juste serait celle qui n’a ni patriarcat ou capitalisme, dans laquelle l’égalité socio-économique et culturelle des femmes s’exprimerait pleinement. En d’autres mots, la justice devient un objectif en soi dans lequel la société incarne une économie, une politique et des aménagements culturels, tous spécifiques. Cela signifie que les employeurs devront payer hommes et femmes à égalité, personne ne devra éditer de la pornographie et les commentaires sexistes seront interdits sur les lieux de travail.

Au contraire, l’approche de la justice par le Féminisme individualiste s’oriente sur les moyens : c'est-à-dire qu’il se réfère en premier à la méthodologie. Cette méthodologie est « quoique ce soit qui soit pacifique ». Le seul objectif envisagé par le Féminisme individualiste est la protections des personnes et des propriétés : ce qui signifie l’éradication de la contrainte et de la fraude dans la société.
Autrement dit, le concept de justice ne s’incarne pas dans un objectif particulier : quoique devienne la société, puisqu’elle est le choix de la volonté libre et paisible des individus qui la composent, elle sera, politiquement parlant, une société juste. Les aspects de cette société ne seront peut-être pas moraux et, les Féministes individualistes pourraient avoir à utiliser l’éducation, la revendication, le boycott et la conscientisation – l’éventail entier des stratégies convaincantes – pour tenter de modifier cela. Mais ce qu’elles ne feront pas, c’est utiliser la coercition légale afin de restreindre les choix sereins.

Les opinions contradictoires sur la justice entre Féminisme radical et Féminisme individualiste mettent en lumière une des majeures différences dans leurs approches des problèmes sociaux : à savoir, la volonté du Féminisme socialiste ou radical d’en appeler à l’Etat. Cette différence n’est pas surprenante quand vous réalisez que l’idéal de justice du Féminisme radical * peut * être établi par la contrainte de l’Etat. Vous pouvez, par exemple, imposer un arrangement économique spécial à la société. Vous pouvez sanctionnez des personnes pour dépassement de tarifs ou pour une infraction à l’embauche. Mais vous ne pourrez pas contraindre une société à naître authentiquement libre de ses options : ce serait contradictoire dans les termes.
*

Quittant la théorie, je désire apporter un aperçu de l’histoire unique du Féminisme individualiste en Amérique.

En tant que force organisée, le féminisme remonte au mouvement abolitionniste qui vit le jour au début de l’année 1830. Et les deux influences idéologiques dominantes sur le Féminisme qui débutait étaient le Quakerisme et l’individualisme. Bien des femmes courageuses améliorèrent le statut des femmes avant cette date. Citons, au 17ème s., Anne Hutchinson qui conduisit la première attaque organisée contre les Puritains orthodoxes du Massachussetts Bay Colony. Mais ces femmes-ci se faisaient entendre personnellement plutôt que comme militantes d’un mouvement qui serait consciemment voué à la défense des droits des femmes.

L’abolitionnisme était le mouvement radical anti-esclavage qui réclamait l’arrêt immédiat de l’esclavage arguant que chaque être humain s’appartenait à lui-même : chaque humain ayant la compétence morale sur sa personne.

Progressivement, les femmes abolitionnistes commencèrent à appliquer le principe de propriété de sa personne à elles-mêmes. Abbie Kelley, féministe abolitionniste remarquât : « Soyons reconnaissantes à l’esclave dont nous avons embrassé la juste cause pour les bénéfices obtenus par nous-mêmes, en travaillant pour lui. En luttant pour lui ôter les chaînes, nous avons découvert que nous étions également menottées. »

Dans le milieu abolitionniste, les droits des femmes activaient de brûlants débats. Il se peut que l’avocat des droits des femmes le plus déterminé fut le libertaire William Lloyd Garrison, éditeur du Liberator, insistant sur le fait que l’abolition de l’esclavage était une bataille pour les droits humains, pas seulement les droits masculins.

C’est alors que se produisit un évènement décisif : la Conférence mondiale de 1840 sur l’anti- esclavage à Londres en Angleterre. La féministe abolitionniste Elizabeth Cady Stanton, qui participait à cette Conférence, fut mortifiée par le rejet hautain que les femmes durent essuyer de la part d’hommes Anglais moins progressistes. Garrison, présent lui aussi, fut si courroucé qu’il quittât la salle principale pour l’alcôve fermée de rideaux où l’on avait reléguée les femmes.

Plus tard, avec la Quaker Lucretia Mott, Stanton conçut la Convention Seneca Falls de 1848 débattant des droits des femmes. C’est là que la question pour le vote des femmes fut introduite : « Considérant, qu’il est du devoir des femmes de ce pays d’obtenir pour elles-mêmes le droit inviolable et exclusif d’accéder aux urnes ». La proposition rencontrat une sévère résistance de la part de Mott et autres membres de la vieille garde des féministes abolitionnistes qui étaient profondément opposées à ce que l’on fasse usage du gouvernement pour résoudre des problématiques sociales. Mais la résolution passât.

Malheureusement pour la tradition individualiste américaine – dans toutes ces manifestations – la Guerre Civile surgit. Si « la guerre est la richesse de l’état » comme le clamait Randolph Bourne, il n’en reste pas moins que c’est la mort de l’individualisme. Il y a plusieurs raisons à cela ; l’une d’elles étant que l’individualisme est, par ses racines, une idéologie anti-étatique, et que la guerre implique, elle, l’accroissement du pouvoir de l’Etat, lequel pouvoir ne semble jamais revenir à son niveau d’avant-guerre lorsque la paix est déclarée.

Après la guerre, le point clé du féminisme devint la Constitution ; les femmes souhaitaient prendre part dans la formulation des 14ème et 15ème amendements ayant pour but d’assurer la liberté des Noirs. Le 14ème amendement introduisait le mot "mâle" dans la Constitution des Etats-Unis. Le 15ème amendement certifiait que le droit de vote ne pourrait être abrogé pour des raisons de « race, couleur, ou la précédente condition de servage ». Il ne faisait aucune référence au sexe. Les femmes abolitionnistes se sentir trahies. Susan B. Antony écrivit, « Nous bannissons la consultation masculine à jamais ». Cette occasion devint le pivot à partir duquel le courant principal du féminisme se détachât définitivement des hommes.

A ce point critique, le mouvement féministe se diversifiât, le principal courant concentrant ses efforts sur le droit de vote. Les autres féministes restant sceptiques sur les solutions politiques applicables aux problèmes sociaux.

Le Féminisme individualiste trouvât son expression dans une variété de mouvements sociaux, particulièrement l’amour libre, la libre pensée, et l’anarchie. Là, les féministes fonctionnaient comme segment radical où elles représentaient et poursuivaient les intérêts des femmes.

Le vecteur le plus important était le mouvement de l’Amour Libre qui cherchait à séparer l’Etat des questions sexuelles comme le mariage, l’adultère, le divorce et le contrôle des naissances. L’amour Libre réclamait que ces affaires soient laissées à la responsabilité des concernées. Considérons l’amour libre, très brièvement…

En 1889, une femme qui venait de risquer sa vie dans une fausse-couche qu’elle avait provoquée écrivît au périodique libertaire, Lucifer le Porteur de Lumière, s’excusant : « Je sais que je suis terriblement perverse, mais je suis certaine d’avoir été obligée de risquer ma vie pour être libre, et je ne peux le supporter. Connaissez-vous n’importe quel dispositif qui m’évitera de concevoir à nouveau ? S’il existe une telle chose fiable, vous sauverez ma vie en me le disant. »

Cette femme écrivit à Lucifer – publié et édité par Moses Harman – car, à la fin de l’année 1800, c’était l’un des peu nombreux forums qui encourageaient ouvertement le contrôle des naissances. Moses Harman affirmait qu’une femme s’appartenant à elle-même le faisait en totale connaissance de cause et dans toutes les mesures sexuelles.

Coup du sort, Harman vînt à se heurter à la loi Comstock (1873), qui interdisait les courriers contenant des questions jugées obscènes, mais sans définir en quoi consistait l’obscénité. Quoique ce fût, cela incluait précisément l’information sur les contraceptifs et le contrôle des naissances. Une chasse aux sorcières commençât.

C’est sur cet arrière-plan, qu’Harman commençât sa politique de la « parole libre » par laquelle il se refusait à ne pas publier les courriers qui contenaient un langage explicite. Harman soutenait : « Les mots ne sont pas les faits, et ce n’est pas du ressort de la loi civile d’entreprendre des mesures préventives contre de lointaines ou possibles conséquences de ces écrits, quelque soit leur violence ou leur subversivité ». Et continuât à débattre ouvertement de la contraception.

En 1887, l’équipe du Lucifer fut arrêtée pour la publication de trois lettres et inculpée sur la base de 270 chefs d’obscénité. Une des lettres décrivait la condition d’une femme dont le mari l’obligeait à avoir des rapports malgré le déchirement des coutures suite d’une récente opération. C’est un des tout premiers cas de sexe par contrainte reconnu comme un viol.

Les combats légaux d’Harman contre les lois Comstock se poursuivirent de 1887 à 1906. Lors de son dernier emprisonnement, pendant lequel il passât un an aux travaux forcés, cassant souvent des pierres huit heures par jour dans la neige de l’Illinois, il était âgé de 75 ans.

Curieusement, quand les autorités vinrent arrêter Harman en 1887, sa fille de 16 ans n’était pas présente. Elle était elle-même en prison, ayant été interpellée parce que s'étant mariée clandestinement, c'est-à-dire un mariage privé où ni l’Eglise, ni l’Etat n’avait de rôle à jouer. A cette même cérémonie, Moses avait refusé l’usage commun de donner sa fille en mariage, précisant qu’elle était la propriétaire de sa propre personne.

L’épisode Harman n’est pas devenu un récit du F individualiste parce qu’il s’était fait l’avocat du contrôle des naissances. Nombre de traditions l’ont fait. Harman était un F individualiste à cause de l’idéologie et de la méthodologie qu’il utilisait. Ses arguments étaient basés sur l’appropriation par les femmes de leurs corps et de ses fonctions, sexuelles et économiques. Il refusait toute ingérence de l’Etat dans les relations personnelles parce qu’il considérait cela comme l’institutionnalisation de la contrainte légale dans la société.

Moses Harman – tout comme Voltairine de Cleyre – sont les figures proéminentes du 19ème s. Dans leur propre époque, des personnes comme Harman étaient accrédités par leurs radicaux contemporains. Emma Goldman, dans son autobiographie « Vivre ma vie » le reconnaissait comme un pionnier qui lui permit de réaliser librement son travail sur le contrôle des naissances.

En 1907, quand on demandât à Georges Bernard Shaw pourquoi il ne visitait pas l’ Amérique, répliquât que si les « brigands » pouvaient emprisonner Moses Harman pour l’expression de ce qui était après tout la même vision qu’il portait sur scène, dans sa pièce, « Man et Superman » il ne ressentait aucun enthousiasme à y aller tester sa chance. C’est peut-être la raison pour laquelle il est oublié aujourd’hui. (cette dernière phrase est très approximative dans sa traduc. NDT )


Maintenant, après ce petit intermède historique, retournons à la théorie.


Indubitablement, le plus important des concepts du féminisme d’aujourd’hui est la position sociétale. Il y a des hommes, il y a des femmes, ils sont dans des positions différentes…c’est ainsi que la théorie l’établit.

Ce dernier point de vue est différent de la traditionnelle « guerre des sexes ». Cette guerre se réfère au fait que, dans les mêmes circonstances, les hommes et les femmes désirent des choses différentes et, ainsi, entrent en conflit. Par exemple, lors d’un rendez-vous, il est couramment admis que les hommes sont branchés sexe alors que les femmes recherchent plutôt une relation plus complice, dialectique. Ce n’est pas à ce différend que je me réfère. Je parle de la guerre des genres.

Une position sociétale n’est rien de plus que le groupement arbitraire d’entités qui partagent les mêmes caractéristiques, comme déterminé d’un point de vue épistémologique soit disant infaillible. En clair, ce qui constitue une position ou classe de gens est défini par les intentions, les objectifs du dit définisseur. Par exemple, un chercheur qui étudie l’accoutumance aux drogues pourrait classer la société en utilisateurs et non-utilisateurs des drogues. Les positions peuvent être ainsi définis par n’importe quel facteur prépondérant au yeux du définisseur.

Pour les féministes radicales, le genre est le facteur prépondérant. Bien des tentatives d’investigation se servent de la biologie comme d’une ligne séparatrice. Par exemple, la médecine sépare souvent les sexes en vue de leur trouver des traitements et techniques différentes. Chez les femmes on recherche le cancer du sein et chez les hommes les problèmes de prostate. La différence est que la médecine ne proclame pas que les intérêts de base des deux sexes sont en conflit ou même divergent. Les deux sexes partagent une base biologique qui requiert la même approche en ce qui concerne la nutrition, les pratiques, et les choix de vie raisonnables. En résumé, bien que la biologie des sexes ne soit pas identique, ils partagent les mêmes objectifs de bonne santé, qui peuvent être envisagés et pratiqués approximativement de la même manière.

Par contre, le Féminisme radical défend la théorie de conflits fondamentaux de classes reposant sur le genre. Elle proclame que les hommes ne partagent pas seulement l’identité biologique, mais aussi l’identité politique et sociale. Les intérêts politiques des hommes sont donc nécessairement en conflit avec ceux des femmes.

La conception du conflit des classes est largement associée avec Karl Marx, qui la popularisat comme outil de prévision des comportements sociaux et des intérêts politiques des individus. Une fois que l’on connaissait la classe à laquelle l’individu appartenait, son comportement devenait prévisible. Pour Marx, le point prépondérant pour définir l’appartenance d’un individu à une classe était l’interaction qu’elle entretenait avec les moyens de production : était-ce un capitaliste ou un ouvrier ? Voici une forme d’analyse de la relation de classes en termes d’inter-activité avec l’institution.

Le F radical a adapté cette théorie. Catherine se réfère à cette adaptation comme « post-Marxist ». Elle entend par cela que le F radical comprend beaucoup d’aspects du Marxisme mais rejette son insistance à ce que le statut économique, et non le genre, soit le facteur politique prédominant qui détermine une classe. Ainsi, le Féminisme radical se constitue avec des idées Marxiste/socialiste comme le « travail excédentaire » au travers duquel une classe est sous-entendue utiliser la mondialisation pour commettre un vol économique sur une autre. (Un exemple de travail excédentaire en Féminisme radical est le travail ménager non rétribué). La classification « homme » devient si signifiante qu’elle prédit et détermine comment les individus de cette classe se comporteront. C'est pourquoi, les Féministes radicales se permettent de traiter des hommes non-violents de « violeurs » car ils bénéficient de la « culture du viol » établit par le patriarcat.

Afin de prévenir l’oppression des femmes, il se révèle nécessaire de déconstruire les institutions qui contrôlent les femmes au travers des hommes – des institutions comme l’ouverture des marchés ( mondialisation sous réserve, NDT ).

Cette analyse de la relation de classes n’a pas de signification dans le cadre du Féminisme individualiste qui proclame lui que tous les humains ont des intérêts politiques communs.

L’individualisme a une longue et divergente tradition d’analyse des relations de classes à son actif. Le facteur prédominant par lequel elle catégorise les personnes est l’usage qui est fait ou non de l’exploitation sur les individus vivant en société. Obtiennent-ils leurs ressources ou pouvoir grâce au mérite et à leur propre productivité ou utilisent-ils l’agression, sous forme légale, pour s’approprier les ressources et le pouvoir des autres ? Exprimer simplement, le Féminisme individualiste demande : « faites-vous partie des dirigeants ou des dirigés » ? Ceci est également une forme d’analyse des relations de classe parce que la question qui se pose est : « Quel est votre interaction, votre relation à l’Etat » ?

L’analyse des relations de classe du Féminisme individualiste n’a pas pour objectif de prévoir les comportements des individus. Les femmes comme les hommes peuvent utiliser les voies politiques. Un individu peut changer de classe à volonté, rejetant l’exploitation de ses semblables pour utiliser d’autres formes de rentabilité. En bref, les positions de classe dans le Féminisme individualiste sont mouvantes. Ce n’est pas le cas dans l’analyse du Féminisme radical qui est fondée sur la biologie. Dans le féminisme radical, les classes sont figées.

Cette différence suppose plusieurs conséquences. L’une d’entre elles est que l’analyse de classe du Féminisme individualiste n’offre aucune valeur de prévision. Le fait qu’un individu aura été membre d’une classe politique dans le passé n’offre aucune garantie de ce qu’il ou elle continuera à y adhérer dans le futur.

Cette malléabilité possède une autre conséquence. A savoir : il n’y a pas nécessairement de conflit de genres. Le fait que les hommes aient opprimé les femmes dans le passé ne veut pas dire qu’ils le feront obligatoirement dans le futur. Savoir si un individu masculin est oppresseur ou ami dépend de savoir comment il se situe lui politiquement, choix dont il a la responsabilité consciente. Les hommes ne sont pas l’ennemi.


Conclusion

Les féminismes radical et individualiste sont les deux extrêmes du mouvement féministe. L’un défend le contrôle par l’Etat ; l’autre, le contrôle par soi-même. L’un considère les hommes comme l’ennemi, l’autre les considère comme des partenaires estimables.

Mais la marque la plus importante de l’idéologie divergente est l’insistance du Féminisme individualiste qui applique le principe personnel fondamental « corps de femme, droit de femme » contre vents et marées, dans toutes les circonstances.

Wendy

http://zetetics.com/mac/articles/ihsif.html


Wendy McElroy, née en 1951, est une disciple canadienne de Murray Rothbard. Elle est reconnue pour avoir fait avancer la cause des femmes dans le cadre de la pensée libertarienne. Elle a puisé dans les auteurs de l'anarcho-individualiste comme Benjamin Tucker, les réflexions nécessaires pour comprendre la position des femmes dans un contexte anarcho-féministe. Elle affirme que l'anarcho-capitalisme est le digne et unique héritier de l'anarcho-individualisme du XIXe siècle. Les femmes n'ont donc pas à souffrir du progrès du capitalisme pour faire avancer leurs causes. Elle a écrit et édité plusieurs ouvrages concernant le féminisme dont une biographie sur la féministe et anarchiste d'extrême-gauche, Queen Silver. Les deux femmes avec leurs grandes différences politiques ont su tout de même marquer leur respect mutuel avec une grande intelligence. Wendy McElroy est également intégrée au réseau de la faculté FEE (Foundation for Economic Education) où elle fait profiter les étudiants de sa grande culture libertarienne. 

L'histoire du féminisme remonte aux racines de l'anarchisme individualiste

Dès l'âge de cinq ans, Wendy McElroy a commencé à prendre un stylo et à écrire ses pensées sur son cahier du jour. Sa précocité philosophique a tout de fois attendu le début des années 1980 pour être exposée au grand public. Elle s'est d'abord intéressée au mouvement de l'anarchisme individualiste du XIXe siècle sur le sujet de la propriété intellectuelle. Elle a continué ses recherches sur Benjamin Tucker et a rassemblé les différents numéros de sa revue Liberty dans un ouvrage d'index utile pour les chercheurs en histoire des idées politiques de l'anarchisme individualiste. Puis elle s'est penchée sérieusement sur le sujet du féminisme dont les activistes d'extrême gauche avaient monopolisé la revendication.

Le livre que Wendy McElroy dirige en 1982, Liberté, féminisme et l'État : un aperçu du féminisme individualiste, retrace le féminisme individualiste depuis ses premières racines jusqu'à nos jours. Il reprend certains textes d'autrices féministes et libertariennes défuntes (dont celui d'Angelina Grimké, de Voltairine de Cleyre, Rose Wilder Lane ou de Sarah Grimké). Et le reste du groupe de contributeurs et de contributrices (dont Lynn Kinsky, Sharon Presley) lance un appel retentissant aux femmes pour qu'elles retrouvent leur héritage individualiste. Il démontre que l'État est le véritable obstacle empêchant les femmes d'accéder à la liberté personnelle et à l'égalité des droits pour quasiment toutes les questions quotidiennes et vitales qui vont de l'activité sexuelle, du contrôle des naissances, de l'entrepreneuriat et jusqu'à la science. Le socialisme, déclame Wendy McElroy, a envahi les idées du féminisme dans les médias au point de faire oublier le rôle des femmes dans la liberté économique. De nombreuses féministes croient que l'État est l'allié naturel du mouvement des femmes. Cependant, ce livre démontre le contraire. L'État a longtemps été un oppresseur majeur des femmes et de leurs droits. Par conséquent, tel qu'il est présenté sur les plateaux télé, le féminisme n'est pas une nouvelle force politique. Ses origines remontent au mouvement abolitionniste avant la guerre civile américaine. En luttant pour mettre fin à l'esclavage, les femmes ont pris conscience de leurs propres handicaps juridiques. À partir de ces racines anti-étatistes, le mouvement des femmes s'est finalement divisé sur des questions telles que le sexe, la famille et la guerre. 

Citations

  • « Le vote n'est pas un acte de liberté politique. C'est un acte de conformité politique. Ceux qui refusent de voter n'expriment pas leur silence, mais crient dans l'oreille des politiciens : "vous ne me représentez pas ! Ma voix n'est pas prise en compte dans ce système. Je ne vous fais pas confiance !" »

Informations complémentaires

Publications

Pour une liste détaillée des œuvres de Wendy McElroy, voir Wendy McElroy (bibliographie)

Littérature secondaire

Liens externes

 


 

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