janvier 11, 2026

Iran "libéré" et puis après ?

Le gouvernement iranien adresse un avertissement direct au président Trump et aux États-Unis, déclarant qu'il est prêt à frapper les bases militaires américaines, les navires américains et même Israël si les États-Unis attaquent l'Iran. 
L'Iran affirme également que les frappes préventives ne sont pas exclues, laissant entendre qu'il pourrait être prêt à frapper le premier. Téhéran dénonce une manipulation violente des troubles 
 
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, tranche sans ambiguïté : 
👉 Les événements récents en Iran ne relèvent plus de la contestation sociale. 
👉 Une organisation violente et structurée a détourné des tensions économiques réelles pour semer la terreur. Selon lui, ces groupes ont mené des actes extrêmes — assassinats, incendies, décapitations — avec des méthodes comparables à celles de État islamique. 
 
📌 Conclusion officielle : assimiler ces crimes à des manifestations légitimes est une faute d’analyse grave. Ce qui est à l’œuvre ici n’est pas une protestation populaire, mais une stratégie de chaos organisé depuis l’extérieur. 
 
Les miliciens de Khamenei ont pris le contrôle de tous les hôpitaux de Téhéran pour arrêter tous les blessés par balles sans même leur laisser le temps d’être soignés ! 
 
Si le monde continue son silence des dizaines de milliers d’iraniens seront massacrés !! 
On est déjà à plus de 2000 jeunes tués en 48h ! 
Des milliers ont déjà perdu un œil ou les deux parce que les miliciens visent les visages avec du plomb. 
 

 
Les États-Unis surveillent de près les signes indiquant que les manifestations en Iran pourraient faire tomber le régime. 
 
Jeudi, des manifestants iraniens ont envahi les rues de Téhéran et d'autres villes. Des images de bâtiments gouvernementaux en flammes et de coupures d'internet par les autorités ont circulé, sans toutefois parvenir, pour l'instant, à rétablir l'ordre. Le point crucial : en début de semaine, les services de renseignement américains estimaient que les manifestations manquaient d'ampleur pour menacer la stabilité du régime, ont déclaré des responsables américains à Axios. Mais cette analyse est en cours de révision au vu des événements récents. « Les manifestations sont sérieuses et nous continuons de les surveiller », a déclaré un haut responsable américain. Contexte : les manifestations ont pris de l'ampleur et se sont étendues au cours des douze dernières nuits, celle de jeudi soir étant la plus importante à ce jour. 
 
Elles sont principalement alimentées par la crise économique que traverse le pays, qui s'est aggravée suite à la volonté du président Trump de renforcer les sanctions et aux dégâts causés par la guerre de douze jours en juin. Selon plusieurs médias, certains manifestants scandaient ouvertement jeudi des slogans réclamant la chute du régime. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, réformateur au sein du régime théocratique, a admis ces derniers jours que le gouvernement iranien n'avait pas de solution à la crise. Jeudi, il a ordonné aux forces de sécurité de ne pas s'en prendre aux manifestants pacifiques, mais a fait une distinction pour les émeutiers armés ou violents. Les médias d'État iraniens minimisent l'ampleur des manifestations. 
 

 
 
Par ailleurs, l'accès à Internet a été quasi totalement coupé dans tout le pays jeudi, selon NetBlocks. Trump a averti à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient recourir à la force militaire si l'Iran tuait des manifestants. Cependant, il s'est montré relativement mesuré lors d'une interview jeudi dans l'émission « The Hugh Hewitt Show ». Trump a affirmé que certains des plus de 30 manifestants tués jusqu'à présent étaient morts à cause de « problèmes de gestion des foules ». Il a également refusé d'apporter son soutien à Reza Pahlavi, fils du Shah, destitué lors de la révolution islamique de 1979. Pahlavi a tenté de s'emparer du devant de la scène politique et a appelé à de nouvelles manifestations vendredi à 20h, heure locale. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde descendre dans la rue et nous verrons qui en sortira vainqueur », a déclaré Trump, ajoutant qu'il ne serait pas forcément « approprié » pour lui de soutenir Pahlavi. 
 
À suivre : D'importantes manifestations ont eu lieu en Iran en 2022, affaiblissant le régime sans toutefois le faire tomber. Certaines personnalités intransigeantes à Washington espèrent que, cette fois-ci, le régime s'effondrera véritablement. Le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud) a appelé les Iraniens à intensifier les manifestations et a souligné que Trump les soutiendrait. « Les voyous, les dictateurs, les brutes et les assassins qui défient le président Trump ne font pas long feu. Rendons sa grandeur à l'Iran », a-t-il écrit sur X.
 
 

 
Les visions d'après avec  Cédric Labrousse:

 "Rare intervention de cadres israéliens qui, s'ils notent une mobilisation dans la rue iranienne en augmentation, ne voient pas le régime des mollahs être déstabilisé ou en phase d'effondrement pour le moment. On ne pourra pas les accuser d'être des paillassons de Khamenei. 
 
Notons que cela converge avec le postulat du renseignement américain, confirmé hier par des révélations de l'agence Axios. Et, parce que j'ai quelques oreilles qui traînent, du renseignement français. Notons que le renseignement turc a également, via Fidan, fait ce constat. 
 
Rappelons que les Israéliens ont un des meilleurs réseaux d'espionnage et d'infiltration au sein de la société iranienne, y compris dans des strates du régime. Ils l'ont encore prouvé en juin 2025. Ils peuvent donc jauger au mieux de la réalité d'une chute du régime. 
 
Il faut vraiment que l'on garde à l'esprit, oui pas simple car il y a l'enthousiasme de voir disparaître l'un des pires régimes installés au siècle dernier, que les réseaux sociaux sont des miroirs déformants. Ce n'est pas casser l'ambiance. C'est revenir aux faits. 
 
L'effondrement du régime en Iran serait plus que bienvenu. Les mieux préparés à cela sont les kurdes qui disposent déjà de partis, d'une plateforme commune et de groupes armés prêts à organiser l'autonomie de facto de leur région. Faisons un point précis. A force de ne braquer le projecteur que sur la transition au pouvoir à Téhéran, que l'on ne peut qu'espérer au demeurant, nous oublions que l'Iran est un pays qui dispose déjà, sur son sol, de plusieurs forces armées et politiques, très investies et organisées, localement. 
 
Quatre minorités disposent d'outils prêts à s'auto-gouverner, et encore loin de partager un agenda avec l'opposition nationale. 
1) Les baloutches (groupes armés et politiques). 
2) Les azéris (politiquement). 
3) Les arabes de l'Ahwaz (groupes armés et politiques). 
 

Les kurdes d'Iran. 
Ce sont probablement ceux qui disposent des outils les plus complets pour pallier à l'effondrement du régime iranien. Avec plusieurs partis politiques, capables de s'entendre via une plateforme commune, et de nombreux combattants actifs. 
 
Tout d'abord, il faut noter le sérieux de l'opposition kurde. Qui dispose d'une plateforme commune réunissant la majorité des partis kurdes iraniens. Le Centre de Coopération des Partis Politiques du Kurdistan Iranien est actif depuis plusieurs années. Gage de sérieux. Le contraste est terriblement saisissant entre l'amateurisme des oppositions nationales, qui n'ont jamais réussi à planifier une seule plateforme commune depuis des décennies, et encore moins depuis le soulèvement de 2022. Et cette plateforme réunissant le spectre kurde. Cet avantage est crucial pour les kurdes d'Iran : ils pourront, certes avec des rivalités qui pourraient éclater très rapidement entre eux (ne soyons pas naïfs), établir un panorama clairement identifiable par les chancelleries. Mais également peser sur le nouveau pouvoir. De plus, avec le Kurdistan autonome irakien, les forces kurdes iraniennes ont toujours disposé, historiquement, et encore maintenant, d'une puissante base arrière leur permettant d'agir mais également de sécuriser leur survie politique et armée. 
Excellente stratégie. 
 
Maintenant, regardons factuellement ce qu'il en est ces derniers jours.
Et bien les forces kurdes sont déjà engagées dans des combats avec les forces du régime des mollahs. Comme cette attaque du PAK à Nurabad, dans le Lorestan. 

 
 
 
Le PAK est, par ailleurs, le parti le plus investi politiquement et militairement depuis le début des récents évènements. Quand bien même il n'est pas le plus important, ni celui disposant du plus d'hommes via sa branche armée, la SMK (Armée nationale du Kurdistan). 
 

L'acteur pour lequel il faudra être très attentif est le PJAK. C'est la branche iranienne du PKK. Il dispose d'une branche armée, les YRK (dont l'iconographie rappelle très clairement celle des YPG en Syrie, pour le PYD). C'est le groupe disposant d'un arsenal militaire conséquent et de troupes très bien formées, ayant disposé des enseignements des engagements du PKK en Turquie et en Irak, ou encore des YPG en Syrie.
 
Le groupe est souvent la cible des forces du régime iranien. Récemment encore, le PJAK et ses bases furent bombardés par l'aviation iranienne fin novembre 2025. Et près de 11 combattants du groupe furent tués dans cette opération. Le PJAK est souvent vu comme un adversaire des plus déterminés par les mollahs de Téhéran. 
 
 
 
 
Le PDKI est également un parti d'importance. Un des plus anciens partis d'autodétermination kurde présents en Iran, fondé en 1945 peu de temps avant l'éphémère République de Mahabad que ce parti participation à établir). Il dispose également d'une branche armée. 
 

 
 
Notons que le PDKI, quinacvepte un principe d'Etat fédéral autant que d'autonomie ou d'indépendance, est membre d'une plateforme commune avec d'autres minorités présentes en Iran. Le Congrès pour les Nationalités d'un Iran fédéral a été créé à Londres en 2005. "
 
 

 
 

 
 
 
"  Vous avez apprécié le point sur les kurdes iraniens, à même de prendre rapidement le contrôle de leurs régions en cas de chute du régime, grâce à leur organisation préalable.
 
Parlons donc des forces d'une autre communauté qui pourraient sauter sur l'occasion : les baloutches. 
 

Cette minorité ethnique, linguistique et religieuse est présente dans le sud-est de l'Iran. Elle est également (et plus massivement) implantée dans au Pakistan et, dans une moindre mesure, en Afghanistan).
La résistance baloutche à des pouvoirs remonte à plusieurs siècles...
Cependant, le nationalisme baloutche, qui peut être autonomiste ou indépendantiste, est plus récent. Remontant à la seconde moitié du XXème siècle. Mais dès les années 1930, l'apparition de la Société pour l'unité baloutche et le Baloutchistan annonçait un regain. Depuis, de nombreuses factions politiques et / ou armées ont fait leur apparition. Allant de revendications d'autonomie régionale (en Iran dans le cas qui nous intéresse) jusqu'au principe d'une scission nette avec Téhéran pour entamer une construction nationale. 
 

 
En 2026, plusieurs de ces forces sont toujours actives en Iran et / ou au Pakistan. À l'instar des kurdes, profitant d'une zone montagneuse mal contrôlée entre la Turquie et l'Irak pour leurs bases arrières, les forces baloutches d'Iran profitent du Pakistan comme appui. J'oublie de dire en quoi c'est une minorité religieuse en Iran. Près de 90 % de la population iranienne est, grosso modo, considérée comme chiite (s'ils ne sont pas religieux, au moins de culture). Les baloutches, comme de nombreux kurdes, sont... sunnites. Bref, continuons. Plusieurs forces armées également politiques composées de baloutches ou revendiquant une identité baloutches sont actives en Iran. A l'instar des kurdes disposant déjà de groupes armés, d'armes et de représentations politiques depuis des décennies. 
 

Commençons par l'Armée de Libération du Baloutchistan.
Ce groupe armé, désigné terroriste par les Etats-Unis par ailleurs, est principalement actif au Pakistan mais dispose de base et d'hommes en Iran, dans la région du Sistan-Baloutchistan. Ce groupe dispose de plusieurs milliers d'hommes (et de femmes) combattant(e)s dans une zone à cheval sur la frontière irano-pakistanaise.
Il est l'héritier du Front de Libération du Peuple Baloutche qui fut écrasé en 1973 par une alliance irano-pakistanaise. Comme vous venez de le lire, la lutte des pouvoirs centraux iraniens contre les ambitions d'autodétermination baloutche est ancienne. Et pas uniquement liée au régime des mollahs. Ici, on remonte à l'époque du Shah (père du si médiatique @PahlaviReza). Cependant, ce n'est pas l'Armée de Libération Nationale qui pourrait être la plus active à profiter de l'effondrement du dispositif militaire et sécuritaire si le régime venait à s'écrouler.
Mais un autre groupe, bien plus actif et engagé sur le terrain iranien...
 
 
En effet, un groupe armé s'est constitué en 2012 sur les cendres d'une précédente organisation islamiste sunnite baloutche : Jund Allah.
La Jaysh al-Adl défend un calendrier radical : indépendance du baloutchistan et établissement d'une gouvernance islamique. Vous vous en doutez : le groupe est bien évidemment classé terroriste. Aussi bien en Iran qu'aux États-Unis ou encore en Chine et en Russie.
Il dispose d'au moins plusieurs centaines de combattants, avec une capacité de recrutement pouvant évoluer en cas de crise du régime. Jaysh al-Adl est un véritable problème pour tous les pouvoirs centraux iraniens. Actuels comme à venir. Pour vous donner un exemple, le groupe a été visé dans des opérations de bombardements massifs en 2024 de la part de l'Iran et du Pakistan. 
 

L'éventuelle faillite du système sécuritaire et militaire du régime iranien, dans la perspective de sa chute / dislocation dans le chaos, ouvrirait en grand les portes de nombreuses structures militaires (dépôts d'armes, munitions, véhicules...) pour Jaysh al-Adl et d'autres. Pourquoi d'autres ? Car oui, plusieurs groupes sont également actifs dans la zone baloutche.
Je n'en citerai qu'un seul supplémentaire : Ansar al-Furqan.
Il est bien plus radical (jihadistes ouvertement) que Jaysh al-Adl. Et il a mené plusieurs attentats (ex : 2018). Bref. Je pourrais continuer.
 


Mais cela de vous donner à voir, de nouveau, que l'effondrement, souhaitable, du régime des mollahs posera bien des difficultés. Notamment en cas d'effondrement du système sécuritaire et militaire du pays. C'est tout l'enjeu de sortir de l'amateurisme terrible de l'opposition iranienne en exil que de s'emparer également de ces sujets déterminants. La chute du régime des mollahs est une chose. Gérer cette chute en est une autre, bien plus complexe.
Il est évident que l'Azerbaïdjan va jouer des coudes en cas d'effondrement. Notons que les deux pays entretiennent des relations très tendues, notamment depuis le conflit avec l'Arménie. L'Iran des mollahs ayant soutenu l'Arménie tandis qu'Israël soutenait l'Azerbaïdjan."
 
 
"La dernière déclaration de Reza Pahlavi est désastreuse. Si le propos de base est intéressant (il comprend que le régime sordide des mollahs tient grâce à l'industrie pétrolière), la fin est catastrophique : j'arriverai quand vous aurez fait le travail... C'est terrible...
 
"Mes chers compatriotes, Votre courage et votre détermination ont suscité l'admiration du monde entier. Votre présence, une fois de plus glorieuse, dans les rues d'Iran vendredi soir a été une réponse cinglante aux menaces du chef traître et criminel de la République islamique. Je suis certain qu'il a vu ces images depuis sa cachette et qu'il a tremblé de peur. Maintenant, grâce à votre réponse décisive au premier appel, je suis certain qu'en ciblant davantage notre présence dans la rue et, simultanément, en coupant les circuits financiers, nous mettrons complètement à genoux la République islamique et son appareil de répression usé et fragile. À cet égard, j'appelle les travailleurs et les employés des secteurs clés de l'économie, notamment des transports, du pétrole, du gaz et de l'énergie, à entamer un processus de grève nationale. Je vous invite également tous à descendre dans la rue aujourd'hui et demain, samedi et dimanche (10 et 11 janvier), dès 18h, munis de drapeaux, d'images et de symboles nationaux, afin d'occuper l'espace public. Notre objectif n'est plus seulement de manifester dans la rue ; il s'agit de nous préparer à conquérir et à défendre les centres-villes. Pour atteindre cet objectif, déplacez autant de voies de circulation que possible vers les centres-villes et reliez les populations dispersées. Parallèlement, préparez-vous dès maintenant à rester sur le terrain et à assurer l'approvisionnement nécessaire. Aux jeunes de la Garde éternelle iranienne, et à toutes les forces armées et de sécurité qui ont rejoint la Plateforme de coopération nationale, je dis : Ralentissez et perturbez encore davantage la machine de répression afin que, le jour promis, nous puissions la désactiver complètement. Je me prépare également à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche. L'Iran qui perdure !"
 

 
Il pourrait déjà s'installer dans un pays voisin pour y superviser, tout en réunissant des opposants de tout bord, près de la frontière de son pays, la situation. Et non pas rester dans le confort des luxueux appartements américains. La Turquie pourrait l'accueillir. Il gagnerait en crédibilité en étant à quelques kilomètres des frontières du pays. C'est ainsi que, même si elle a échoué lamentablement, la Coalition Nationale Syrienne était tout de même crédible un tant soit peu : elle était de l'autre côté de la frontière, en Turquie.  
Mais l'opposition iranienne, dans sa globalité, bien au delà de la base de Pahlavi (donc 'es autonomistes arabes, kurdes, les indépendantistes baloutches, les réformistes religieux, les radjavistes, etc...), ne va pas attendre d'un potentiel dirigeant en... télétravail. Au bout d'un moment, il doit aussi montrer des gages. Et pas seulement aux iraniens. 
Mais aussi aux Occidentaux dont il cherche désespérément le soutien. Donc, première étape : abandonner son confort bâti depuis des décennies sur la fortune familiale et se rendre en Turquie." 
 
"Les services US sont bel et bien les mieux informés au monde, avec les services israéliens, de la situation en Iran. Et, pour le moment, même s'ils mettent à jour leurs évaluations, ils ne voient pas de perspectives claires. Quand Reza Pahlavi, comme d'autres, appelle Donald Trump à frapper le régime iranien ce jour, il oublie que ce n'est pas si simple. Comme lors de la guerre des douze jours. Israël, ennemi intime des mollahs, n'a jamais été jusqu'à viser les plus hauts cadres du régime. Pourquoi ? On va s'entendre dire que Trump et Netanyahou sont des agents iraniens eux aussi parce qu'ils n'agissent pas encore davantage que ce qu'ils ont fait jusque là ? (certains opposants iraniens en ligne seraient capables de le dire...) Bien des réponses...La première, c'est que l'opposition iranienne en exil n'est pas prête à gouverner. Et c'est dramatique car elle est terriblement amatrice. Elle a eu des décennies pour s'organiser, dialoguer entre différentes forces, créer une coalition unique, mais elle n'a rien fait. Pahlavi, par exemple, visage le plus connu en Occident comme candidat à gouverner, clame qu'il est rallié par des milliers de déserteurs potentiels. Dans les faits, jamais un seul cadre n'a déserté pour le rallier. Pas même un obscure ambassadeur iranien au Vanuatu. Donald Trump l'a ainsi rappelé : c'est un "nice guy" mais il n'est pas apte à gouverner dans les faits actuellement. Et pourtant, depuis des années de manifestations où il a parlé des heures, jamais il n'a participé à une vaste entreprise d'union de l'opposition. Pour les manifestants, en Iran, c'est la même chose. Ils manquent d'organisation. L'effet de masse est une chose, mais il n'y a pas de leadership (et, oui, le régime fait tout pour l'éviter). En Syrie, il y avait eu la Coordination nationale Syrienne et les Comités locaux. L'avantage de telles organisations claires, c'est qu'elles sont identifiables et permettent à terme d'obtenir des relais dans cette opposition. In fine, on a un paysage d'oppositions complètement éclaté et disparate. Et cela effraie les US, Israël et bien des pays. Pour gagner en sérieux politique, l'opposition en exil devrait déjà fournir une plateforme claire et diversifiée pour être l'interlocutrice future : incluant Pahlavi, Radjavi, les réformistes religieux issus du régime, des autonomistes des minorités, etc...En Egypte, nous savions que les Frères Musulmans étaient organisés depuis des décennies malgré leur répression. Et la chute du régime de Moubarak fut ainsi accompagnée sans difficulté par les occidentaux. Et nous savions que l'armée resterait (elle fit un coup d'Etat après). 
 
Ce n'est qu'un exemple mais c'est la démonstration que, pour l'Occident, avant de s'engager dans une posture (le soutien à Maïdan en Ukraine fut logique mais également lié au fait que l'opposition étaient prête), il faut d'abord voir qui sont les acteurs à même de suivre. Or, pour le moment, en Iran, nous ne disposons d'aucun panorama clairement établi, et surtout en capacité réelle, de prendre la suite. Et nos services de renseignement et de diplomatie, en Israël, aux US ou encore en Europe, ont besoin de ce panorama pour évoluer davantage. Donc, puisque Pahlavi veut jouer des coudes politiquement, qu'il prenne l'initiative d'inviter, à un évènement public, des représentants de toute l'opposition iranienne : religieuse comme laïque, de gauche comme de droite, Radjavi comme réformistes, autonomistes kurdes, etc. Et, oui, alors, il aura probablement une bien meilleure assise pour demander davantage d'attention de la part de Washington ou de Paris et Londres. L'opposition doit gagner, très rapidement, en maturité politique et en maîtrise politique, pour qu'elle ait davantage de poids. Certes, sortir d'une révolution après une dictature est toujours un moment compliqué (la France a mis 80 ans, entre 1789 et 1870, pour stabiliser la république) et de manière générale les gouvernements craignent les conséquences des déstabilisations. " 

Cédric Labrousse
 


@CdricLabrousse
Fils de marin-pêcheur. Doctorant sur la Syrie. Régionalisme, libéralisme, a bossé dès 16 ans. Opinions personnelles. Fondateur : http://votreprofesseur.fr




janvier 09, 2026

Vilfredo Pareto: L'avenir de l'Europe : une perspective italienne 1925

L'avenir de l'Europe : une perspective italienne
 
 [Note de l'éditeur : Vilfredo Pareto est surtout connu pour ses travaux d'économiste. Bien qu'il n'appartienne pas à l'École autrichienne, Rothbard souligne qu'il était également un théoricien politique radical, influencé par Gustave de Molinari et Herbert Spencer. À ce titre, il mérite d'être mentionné, notamment pour son excellent travail sur la « circulation des élites » et la théorie libérale classique de l'exploitation. Le texte ci-dessous est un article mineur de Pareto, écrit pour The Living Age en 1925, dans le cadre d'une série de tribunes consacrées à l'évolution de l'Europe dans la décennie qui suivit la Première Guerre mondiale. On y perçoit l'approche très directe de Pareto en matière politique, ainsi que son excellent flair pour l'économie. Il y démontre sa compréhension des enjeux politiques de l'inflation monétaire et comprend que le traité de Versailles allait engendrer un nouveau conflit en Europe.] 
 
Extrait de : The Living Age, samedi 25 novembre 1922, p. 447-450.
 
 

 
« Puisque nous n'avons pas pu instaurer une nouvelle ère économique dans les faits, nous avons insisté pour qu'elle en soit l'apparence. Nous avons donc augmenté les salaires et les revenus nominaux, mais nous les avons versés en monnaie fictive… » 
 
 Vilfredo Pareto

Notre société présente, sous certains aspects, des analogies frappantes avec la société romaine à la fin de la République. L'une d'elles réside dans le contrôle exercé sur les affaires du monde par une ploutocratie démagogique. Les autocrates de Rome achetaient, lors de leur élection, le privilège d'exploiter les provinces, et, grâce aux profits extorqués aux provinciaux, ils s'assuraient ensuite le soutien des électeurs dans leur propre ville. De même, nos ploutocrates dépensent sans compter pour obtenir des faveurs législatives. Les dépenses de campagne aux États-Unis sont tout aussi élevées qu'elles l'ont jamais été à Rome. 
 
Les impôts prélevés sur le peuple par le biais de droits de douane élevés et autres artifices politiques modernes sont plus réguliers, moins arbitraires et moins illégaux que les exactions des proconsuls romains, mais tout aussi profitables aux classes exploiteuses. 
 
Lorsque Rome entreprit la série de guerres étrangères qui soumirent le bassin méditerranéen et entraînèrent le triomphe d'une ploutocratie démagogique, le peuple hésita à approuver cette politique. Tite-Live nous rapporte qu'en 200 avant J.-C. La proposition de déclarer la guerre à la Macédoine fut rejetée dès le premier tour de scrutin par la quasi-totalité des siècles. Ce fut le sentiment spontané d'hommes las et épuisés par les fatigues et les dangers d'une guerre longue et ardue. Le tribun Quintus Babius accusa les sénateurs de déclencher des guerres qui n'engendraient que de nouveaux conflits, afin d'empêcher le peuple de jouir des bienfaits de la paix. Lors d'une seconde élection, le Sénat rallia le peuple à sa cause. De nos jours, les rivalités des grands intérêts commerciaux ont joué un rôle non négligeable dans le déclenchement et la prolongation de la Première Guerre mondiale ; et il y a lieu de craindre que ces mêmes intérêts ne préparent aujourd'hui le terrain à de nouveaux conflits. 
 
En considérant le sujet d'un point de vue plus général, nous sommes frappés par le peu de changements survenus en plus de 2 000 ans dans les forces qui façonnent et animent la société. Nous espérions un avenir meilleur après la Première Guerre mondiale. Nous rêvions que la haine et les conflits entre les peuples prennent fin et qu'une ère de paix et de prospérité s'ouvre. 
 
Malheureusement, ces espoirs se révélèrent illusoires. La prostration de l'Allemagne, le chaos en Russie, la résurgence menaçante de l'islam et d'autres maux mortels pèsent lourdement sur le monde. La prospérité économique en retarde sans cesse l'avènement. Nous parlons avec éloquence de la reconstruction de l'Europe, mais nous ne prenons aucune mesure concrète pour y parvenir. 
 
 Il faut bien admettre que certains de nos espoirs prématurés étaient irréalisables. Comment pouvions-nous espérer que le peuple travaille moins et consomme davantage après l'immense destruction de richesses causée par la guerre ? Le traité de Versailles, s'il avait permis cela, aurait fait paraître le miracle de la multiplication des pains comme une simple broutille. 
 
Puisque nous n'avons pas pu instaurer une nouvelle ère économique réelle, nous avons insisté pour en avoir l'apparence. Nous avons donc augmenté les salaires et les revenus nominaux ; mais nous les avons versés dans une monnaie fictive, de sorte que leur pouvoir d'achat était inférieur à celui d'avant-guerre. Cela a profité à certains en leur permettant de rembourser d'anciennes dettes avec une monnaie dépréciée. Cela a transféré la propriété d'une classe sociale à une autre. Et cela a engendré une prospérité artificielle qui, bien que transitoire, a permis de maintenir temporairement l'ordre social et politique. 
 
Nous constatons aujourd'hui les premiers signes d'une réaction à cette situation anormale et illusoire. La journée de huit heures est remise en question ; les salaires se stabilisent peu à peu à leur niveau normal ; les transferts de richesse entre individus et classes sociales sont moins rapides qu'auparavant. En un mot, nous semblons revenir lentement à un équilibre économique.
 
Cependant, cela ne s'applique pas encore au commerce et aux transports. La prospérité du XIXe siècle était principalement due à une expansion anormale du commerce, rendue possible par des moyens de transport bon marché. Il ne suffit pas de produire à bas prix ; il faut aussi pouvoir commercialiser à bas prix. Par conséquent, lorsque nous érigeons des obstacles à la libre circulation des marchandises, nous nous attaquons à la prospérité à la racine même de son existence. 
 
Face à ces questions, l'Europe est tombée dans des contradictions inexplicables. Nous savons pertinemment qu'aucun pays ne peut honorer d'importants paiements périodiques à un autre pays s'il ne peut exporter ses marchandises. Pourtant, nous exigeons de l'Allemagne qu'elle verse des sommes considérables à ses voisins, alors même que nous l'empêchons d'exporter le fruit de son travail, de peur qu'elle n'inonde nos marchés. Certes, chaque pays cherche simplement à éviter que ses propres marchés ne soient inondés ; mais lorsque tous les gouvernements adoptent la même politique, l'industrie allemande se retrouve bloquée sur son propre territoire… 
 
 Essayons de comprendre pourquoi le monde est confronté à ces contradictions. Il faut d'abord distinguer l'intérêt public de l'intérêt privé. Les grands capitaines d'industrie, les financiers internationaux et les hommes politiques à leur solde pourraient bien tirer profit des contradictions politiques que nous venons de décrire… Après chaque grande guerre, par exemple, on observe une nouvelle ère de droits de douane élevés. Herbert Spencer a constaté ce phénomène après la guerre franco-allemande de 1870-1871. Il est particulièrement frappant aujourd'hui. Chaque pays s'efforce de s'isoler, non seulement économiquement, mais aussi intellectuellement. Naturellement, certains hommes et certains groupes cherchent à exploiter ces tendances à leur avantage. Comme ces états d'esprit évoluent très lentement, il faut s'attendre à la persistance de ces conditions, et de l'esprit qui les anime, jusqu'à la fin du cycle actuel de la ploutocratie démagogique. 
 
Un phénomène parallèle se produit sur le plan politique. Une illusion naïve nous a fait croire que la Grande Guerre serait suivie d'une ère de stabilité politique : « Magnus ab integro saeculorum nascitur ordo » (Magnus ab integro saeculorum nascitur ordo). Malheureusement, ces espoirs ont été déçus. Les mêmes conflits d'intérêts et rivalités qui existaient autrefois se manifestent aujourd'hui. La Conférence de Gênes était à bien des égards une copie du Congrès de Vienne de 1815, ou du Congrès de Vérone de 1822. Les parallèles entre eux sont frappants. Le désaccord entre l'Angleterre et la France concernant la reconnaissance du gouvernement soviétique trouvait un écho dans le désaccord qui, à la même époque, portait sur la reconnaissance des nouvelles républiques espagnoles d'Amérique. Même des détails mineurs, comme la distinction que les délégués tentaient d'établir entre reconnaissance de jure et reconnaissance de facto, se répètent. 
 
 Cette coïncidence n'est pas fortuite. Les mêmes motivations animaient l'Angleterre il y a un siècle qu'elles animent ses hommes d'État aujourd'hui. Son peuple est plus entreprenant sur les plans commercial, industriel et spéculatif que le peuple français ; et il avait déjà compris, il y a un siècle, les avantages matériels que pouvaient offrir les marchés américains. Aujourd'hui, l'attitude britannique à l'égard du marché russe est exactement la même.
 
Nous savons que les avantages escomptés de l'ouverture des marchés américains se sont révélés illusoires, et la grande crise économique de 1825 s'en est suivie. Il se pourrait que la même chose se produise avec l'ouverture du marché russe. Or, nous constatons une situation paradoxale : les Soviétiques perdent la confiance des socialistes et des ouvriers d'Europe occidentale précisément au moment où ils semblent regagner celle de nos capitalistes. La raison en est facile à comprendre : les affaires sont les affaires… 
 
Ainsi, nos visions d'une ère de prospérité après la guerre se sont avérées vaines ; et le mirage d'une ère de concorde politique universelle s'évanouit dès que nous tentons de le saisir. De sombres nuages ​​s'amoncellent à l'horizon oriental. L'Allemagne ne se repent pas et n'abandonnera pas ses projets de vengeance. Les efforts visant à ramener la Russie dans l'orbite des États bourgeois occidentaux sont peu prometteurs. Des intérêts politiques communs feront tôt ou tard de l'Allemagne et de la Russie des alliés. Une invasion armée de l'Europe occidentale par ces pays n'est pas à craindre dans l'immédiat, mais elle demeure une menace future. 
 
 L'histoire ne cesse de présenter d'étonnantes uniformités. Le Rhin, par exemple, mérite amplement son surnom de « Fleuve de Sang ». Depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, des peuples et des civilisations rivales se sont livrés à des combats sanglants sur ses rives. Il n'y a pas la moindre chance que le cours de l'histoire change désormais. Tacite, décrivant les peuples qui vivaient au-delà du Rhin, disait : « Puisse la haine mutuelle continuer à régner entre ces nations, faute d'amitié pour nous-mêmes ; car, accablés par les soucis de l'Empire, la Fortune ne peut nous offrir de meilleur cadeau que la discorde de nos ennemis. » 
 
C'est un principe que les hommes d'État de la première Révolution française, et des gouvernements de Napoléon Ier et Napoléon III, semblent avoir oublié. Leurs successeurs ont renforcé l'unité allemande par le traité de Versailles et suivent une voie qui jettera l'Allemagne et la Russie dans les bras l'une de l'autre. On a été prêt à compromettre l'avenir pour obtenir un avantage immédiat, ou à éviter un effort considérable alors qu'il aurait pu porter ses fruits. C’est ainsi qu’Athènes permit à la Macédoine de prospérer, jusqu’à soumettre le monde hellénique. C’est ainsi que les nations du bassin méditerranéen permirent à Rome de s’élever jusqu’à devenir la maîtresse du monde antique. Le progrès du monde a peut-être été favorisé par les causes qui ont ruiné Athènes et détruit Carthage. Si nous considérons l’état actuel du monde d’un point de vue plus large et plus philosophique, il est impossible de prévoir l’issue finale des circonstances auxquelles nous assistons. Toute tentative en ce sens relèverait de la vaine spéculation.
 

 
Vilfredo Federico Damaso Pareto (1848-1923) était un ingénieur, économiste et politologue italien.









Vilfredo Pareto

Vilfredo Pareto, né à Paris (France) le 15 juillet 1848 et décédé à Céligny (Suisse) le 19 août 1923, était un sociologue et économiste italien. Il a apporté de nombreuses contributions importantes dans ces deux matières, particulièrement dans l'étude de la distribution du revenu et dans l'analyse des choix individuels. Il a introduit le concept de l'efficacité et aidé le développement du champ de la microéconomie avec des idées telles que la courbe d'indifférence. Il est successeur de Léon Walras à la Chaire d'économie politique de l'université de Lausanne. 

Biographie

Vilfredo Pareto est né en 1848 à Paris, l'épicentre des révolutions populaires de cette année. Son père était un ingénieur italien, noble, exilé d'Italie comme partisan de Mazzini, républicain et anti-piémontais, sa mère était française. Le grand-père paternel, Giovanni Benedetto Pareto avait été fait baron de l'Empire par Napoléon.

Pendant son enfance en Italie Pareto a vécu dans un milieu de classe moyenne, et reçu une éducation de niveau élevé.

En 1870 il est diplômé en ingénierie de l'université polytechnique de Turin. Sa thèse était intitulée « Principes fondamentaux de l'équilibre des corps solides ». Son intérêt dans l'analyse de l'équilibre en économie et sociologie y fait ses premières manifestations.

Pendant quelques années, il travaille comme ingénieur, d'abord pour la compagnie italienne des chemins de fer, publique, puis dans l'industrie privée et devient directeur des Ferriere italiane. Son travail lui permet de voyager.

En 1886 il devient maître de conférence à l'université de Florence. Son séjour à Florence fut marqué par son activité politique, largement alimentée par ses frustrations contre les régulateurs étatiques. Libéral, il attaque le socialisme, le militarisme et le protectionnisme du gouvernement.

En 1889, après la mort de ses parents, Pareto change de style de vie : il quitte son travail et se marie à une Russe, Alessandra Bakounine. Il commence à écrire de nombreux articles polémiques contre le gouvernement, ce qui lui attire beaucoup d'ennuis comme l'interruption d'une de ses conférences par la police ou le refus d'une autorisation d'enseigner l'économie politique.

En 1893 il est nommé maître de conférence en économie à l'université de Lausanne en Suisse à la place de Walras qui le lui a proposé. Il y reste jusqu'à la fin de sa vie.

En 1898, il héberge des socialistes italiens fuyant la répression des émeutes.

En 1902, sa femme le quitte. Il vivra jusqu'à sa mort avec Jeanne Régis.

En 1906, il fait la fameuse observation selon laquelle 20 % de la population possédait 80 % de la propriété en Italie, observation à l'origine de la loi qui porte son nom.

En 1917, l'université de Lausanne organise son jubilé.

En 1923, il conseille aux fascistes d'adopter une politique libérale.

Il meurt à Céligny (Suisse) la même année.

Sociologie

Actions logiques et non-logiques

Son apport dans le domaine de la recherche sociologique se situe autour des concepts d'actions logiques étudiées à travers l'économie et des actions non-logiques étudiées par la sociologie. Les actions non-logiques étant constituées de résidus, c'est-à-dire tous les affects inhérents à l'homme. Tout son développement se trouvant dans son principal ouvrage: Traité de sociologie générale, publié en 1916 en italien, et en 1917 en français.

Masse et élite

Pareto distingue les classes sociales entre masse et élite, l'élite elle-même est séparée entre élite non gouvernementale et gouvernementale. De la masse montent perpétuellement de nouvelles élites que l'élite en place a le choix de combattre ou d'intégrer jusqu'à sa défaite et son remplacement. C'est cette lutte qui fait l'histoire. L'étude de la circulation des élites est souvent réduite à la fameuse phrase « L'histoire est un cimetière d'aristocraties ».

La distinction entre élite et masse s'applique à toutes les sociétés dans des proportions similaires, et la répartition des richesses est inégalement la même partout : la seule façon d'enrichir les plus pauvres est donc d'enrichir la société tout entière, plus vite qu'elle ne s'accroît.

Épistémologie

À l'encontre des préjugés scientistes de son époque, Pareto dénie à la science la faculté de définir un système politique, une morale, une religion idéaux. Le scientisme dénature la science en la surestimant : la science ne peut déterminer les fins humaines.

Le cynisme et le pessimisme de Pareto attaquent de front l'optimisme et le rationalisme d'Émile Durkheim. Illusions sont les tentatives d'organiser rationnellement la société, illusion de croire l'Homme animé par la raison, illusion de croire que la vertu progresse avec l'accroissement de la raison.

Pareto critique également les moralistes qui développent vainement des théories pour accorder les intérêts particuliers et collectifs. Le maximum d'utilité pour la collectivité n'est pas le maximum d'utilité de la collectivité.

Politique

Pareto est l'auteur d'une étude du socialisme dans son ouvrage Les Systèmes socialistes.

Pareto critique tout au long de son œuvre la faiblesse des élites en fin de règne qui cause leur perte : « Toute élite qui n'est pas prête à livrer bataille, pour défendre ses positions, est en pleine décadence, il ne lui reste plus qu'à laisser sa place à une autre élite ayant les qualité viriles qui lui manquent. C'est pure rêverie, si elle s'imagine que les principes humanitaires qu'elle a proclamés lui seront appliqués : les vainqueurs feront résonner à ses oreilles l'implacable vae victis. Le couperet de la guillotine s'aiguisait dans l'ombre quand, à la fin du siècle dernier (ndlr : fin XVIIIe), les classes dirigeantes françaises s'appliquaient à développer leur sensibilité. Cette société oisive et frivole, qui vivait en parasite dans le pays, parlait, dans ses soupers élégants, de délivrer le monde de la superstition et d'écraser l'infâme, sans se douter qu'elle-même allait être écrasée. » (Les Systèmes socialistes T.I, p.40-41)

Les régimes autoritaires

Les fascistes italiens se sont réclamés de Pareto, mort en 1923, et on dit souvent de lui qu'il justifie les régimes autoritaires.

Réduisant la théorie de Pareto sur les élites, ils justifient leur violence comme nécessaire pour maintenir l'ordre social. Le pouvoir qu'exerce l'élite, minoritaire, n'ayant in fine pas de fondement moral, la force peut être utilisée sans complexe, et le régime trouve dès lors sa justification dans son succès.

Pareto vit dans l'avènement du fascisme une réaction contre la décadence bourgeoise et son humanitarisme, un gage d'ordre. D'abord très hostile, il accueille favorablement l'avènement de Mussolini mais met en garde les fascistes contre « les aventures guerrières, la restriction de la liberté de la presse, la surimposition des riches et des paysans, la soumission à l'Église et au cléricalisme, la limitation de la liberté d'enseignement » (Gerarchia, revue fasciste, dans un article intitulé « Liberta »).

Pareto est élevé représentant de l'Italie à la Commission du désarmement de la SDN en décembre 1922 et sénateur en mars 1923. Il meurt peu après, bien avant la proclamation des lois fascistissimes.

Le libéralisme

Sur le plan économique, il estime que le libéralisme est le système le plus producteur de richesse et par conséquent celui qui enrichit le plus la société tout entière.

Sur le plan des idées politiques, Pareto semble préférer un régime fort et libéral, c'est-à-dire capable de faire respecter les libertés.

Maurice Allais voit en Pareto un grand libéral qui a cherché à réduire au maximum et dans la mesure du possible la contrainte qu'exerce la collectivité sur l'individu.

L'étatisation

Pareto annonce avec justesse l'interventionnisme croissant des États dans l'économie qui se produira au XXe siècle qui verra l'avènement de sociétés collectivistes. La bureaucratisation se substitue à la libre initiative. Pareto compare cette évolution à celle de Byzance et à celle du Bas-Empire.

Les outils statistiques Pareto

Il demeure célèbre pour son observation des 20 % de la population qui possèdent 80 % des richesses en Italie, généralisée plus tard (par Joseph Juran et d'autres) en distribution de Pareto. Cette observation a été étendue à d'autres domaines sous le terme de loi de Pareto. Par extension, on appelle diagramme de Pareto un type d'histogramme où les classes sont représentées par ordre décroissant de fréquence, ce qui permet de mettre en évidence les classes les plus importantes ; ce diagramme est utilisé en gestion de la qualité, où les classes représentent les défauts.

Il définit la notion d'optimum paretien comme une situation d'ensemble dans laquelle un individu ne peut améliorer sa situation sans détériorer celle d'un autre individu. Dans la théorie des jeux de John Forbes Nash, la situation est un optimum paretien si les agents sont satisfaits de leur choix et que les gains sont maximisés. Ces gains étant optimaux, si la situation d'un agent s'améliore, celle d'un autre doit se détériorer pour préserver l'équilibre. Un optimum de Pareto est également un équilibre de Nash (où la notion d'optimum n'intervient pas), l'inverse n'est pas vrai.

Le concept d'optimum de Pareto se démarque des thèses utilitaristes qui ne se préoccupent que de la quantité totale de « bien-être » de la société (et négligent le fait que le bien-être des uns peut se faire au détriment de celui d'une minorité).

Économie

Représentant du courant néoclassique, et plus particulièrement avec le Français Léon Walras de l’école de Lausanne, Vilfredo Pareto a laissé à la littérature économique plusieurs ouvrages majeurs comme son Cours d'économie politique (1896) et son Manuel d’économie politique (1909).

Un des ses plus importants apports a été de modifier les principes de la valeur-utilité chez les néoclassiques. Auparavant, un des postulats néoclassiques était l'existence d'une fonction d'utilité cardinale : l’individu rationnel est capable de déterminer le niveau absolu d’utilité d’un produit. Pareto lui substitue le principe plus réaliste d'utilité ordinale : l’individu rationnel est en fait capable de hiérarchiser ses préférences, de dire s’il préfère le produit A au produit B ou inversement.

Ce raisonnement le pousse à l’utilisation des courbes d’indifférence imaginées par Francis Edgeworth. Le principe de la courbe d'indifférence représente l’ensemble des combinaisons de deux produits, permettant d’obtenir une utilité donnée.

La généralisation de ses raisonnements à l’échelle de la société permet de déterminer la situation où l’utilisation des ressources est optimale. L’optimum de Pareto est la situation dans laquelle l’utilité (le bien-être) d’aucun individu ne peut être augmentée sans que ne soit réduite l’utilité d’un autre individu. Ce point est obtenu par l’intersection de la droite représentant les contraintes matérielles (ressources/budget) et de la courbe d’indifférence la plus élevée possible.

La référence à l'optimum de Pareto a permis aux économistes néoclassiques de démontrer mathématiquement la supériorité théorique de la concurrence pure et parfaite sur les modèles économiques alternatifs, à partir de leurs postulats.

Citations

  • La tendance à personnifier les abstractions, ou même seulement à leur donner une réalité objective, est telle que beaucoup de personnes se représentent la classe gouvernante presque comme une personne, ou au moins comme une unité concrète qu'ils lui supposent une volonté unique, et croient qu'en prenant des mesures logiques, elle réalise les programmes. C'est ainsi que beaucoup d'antisémites se représentent les sémites, beaucoup de socialistes les bourgeois. (Traité de sociologie générale, §2254)
  • Si en France on établit l’impôt sur le revenu, on commencera avec un taux progressif fort supportable, et puis, chaque année, à l’occasion du budget, on l’augmentera.[1]
  • Il est doux de prendre sa part d'un impôt qu'on ne paie pas.
  • Tous les révolutionnaires proclament à leur tour que les révolutions précédentes ont fini par tromper le peuple ; c'est leur révolution seule qui est la vraie révolution. « Tous les mouvements historiques précédents », déclarait le Manifeste communiste de 1848, « étaient des mouvements de minorités ou dans l'intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement conscient et indépendant de l'immense majorité, dans l'intérêt de l'immense majorité ». Malheureusement, cette vraie révolution, qui doit apporter aux hommes un bonheur sans mélange, n'est qu'un mirage trompeur qui ne devient jamais une réalité. Elle est apparentée à l'âge d'or des millénaristes : toujours attendue, elle est toujours perdue dans les brumes du futur, échappant toujours à ses adeptes au moment où ils pensent la tenir.
  • Même si on démontrait d'une façon tout à fait évidente que la protection entraîne toujours une destruction de richesse, si on arrivait à l'enseigner à tous les citoyens, tout comme on leur apprend l'ABC, la protection perdrait un si petit nombre de partisans, le libre-échange en gagnerait si peu, que l'effet peut en être à peu près négligé, ou complètement. Les raisons qui font agir les Hommes sont tout autres. (Manuel d'économie politique)

Citations sur Vilfredo Pareto

  • Vilfredo Pareto, peut-être le fondateur d’une approche explicitement positiviste en économie, était le champion des deux erreurs. Rejetant l’approche de la préférence démontrée comme tautologique, il cherchait d’un côté à éliminer les préférences personnelles de la théorie économique, et de l’autre à étudier et à mesurer des échelles de préférences indépendamment de toute action réelle. Pareto est donc, à plus d’un égard, l’ancêtre spirituel de la plupart des théoriciens contemporains de la valeur. (Murray Rothbard, Toward a Reconstruction of Utility and Welfare Economics)
  • Prophétique, il avait annoncé quelques traits de la crise européenne d’aujourd’hui. Par exemple, que l’élite dirigeante d’aujourd’hui, composée presque uniquement de « renards », hommes de ruse et d’expédients, déracinés et toujours enclins à la nouveauté – Emmanuel Macron en est un bel exemple -, a perdu la confiance des masses, mais croit encore pouvoir résoudre tout problème par des combinaisons médiocres. Affaiblie par un humanitarisme sans vigueur, elle recule devant l’emploi de la force, dessinant ainsi le paysage politique que nous avons sous les yeux. Pareto est l’auteur d’une sentence qui est restée gravée dans tous les esprits : « L’Histoire est un cimetière d’aristocraties. » (Roland Jaccard, Causeur, été 2020)

Œuvres

  • 1892,
    • a. “Considerazioni sui principii fondamentali dell’economia politica pura”, Giornale degli economisti, maggio 1892: 389-420, reproduit en 1982, in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
    • b. "La teoria dei prezzi dei signori Auspitz e Lieben e le osservazioni del professore Walras", ("La théorie des prix de Monsieur Rudolf Auspitz et de Monsieur Richard Lieben et les observations du professeur Léon Walras"), Giornale degli economisti: Rivista mensile degli interessi italiani, Vol 4, pp201-239
  • 1895, “La legge della domanda”, Giornale degli economisti, janvier 1895 : 59-68, reproduit en 1982, in Vilfredo Pareto, Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1896, La courbe de la répartition de la richesse, Université de Lausanne, Recueil publié par la Faculté de Droit à l’occasion de l’exposition nationale suisse, Genève, 1896, reproduit en 1967, in Vilfredo Pareto, Écrits sur la courbe de la répartition de la richesse, in OEuvres complètes, tome III, Genève
  • 1896, Cours d’économie politique, Lausanne : Rouge, 1896-7, reproduit en 1964, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, Genève : Librairie Droz
  • 1900, “Sul fenomeno economico, lettera a Benedetto Croce”, Giornale degli Economisti, août 1900: 139-162, p. 144, reproduit en 1982 in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 1903, “Anwendungen der Mathematik auf Nationalökonomie”, Encyklopädie der mathematischen Wissenschaften mit Einschluss ihrer Anwendungen, Leipzig, vol. I, n° 7, traduction française en 1966, in Statistique et Économie Mathématique, OEuvres Complètes de Vilfredo Pareto, t. VIII, Genève : Librairie Droz
  • 1906, Manuel d’économie politique, Piccola Bibliotheca Scientifica, Milano : Società Editrice Libraria,
- 1ère édition française en 1909, Paris : Giard et Brière, 1909,
- 4ème édition en 1966, in OEuvres Complètes de Vilfredo Pareto, Genève : Librairie Droz
  • 1908, “Economia sperimentale”, Giornale degli Economisti, juillet : 6-18,
- Traduction française en 1976, in Faits et Théories, Genève : Librairie Droz
  • 1916, "Trattato di Sociologia Generale", Florence: Barbera
    • Traduction en anglais en 1963, "The Mind and Society: A Treatise on General Sociology", 4 vols. New York: Dover (Volume 1: Non-logical Conduct. Volume 2: Theory of Residues. Volume 3: Theory of Derivations, Volume 4: The General Form of Society)
    • Traduction française en 1968, réédition in "Œuvres Complètes de Vilfredo Pareto", Genève : Librairie Droz
  • 1918, “L’interpolazione per le ricerca delle leggi economiche”, Giornale degli economisti, maggio 1907: 366-385,
- Reproduit en 1982 in Ecrits d’économie politique pure, in Vilfredo Pareto, OEuvres complètes, tome XXVI, Genève: Librairie Droz
  • 2008, Le Péril socialiste, recueil d'articles, éditions du Trident
  • 2009, "The application of mathematics to political economy", History of Economic Ideas, Vol 17, n°1, pp158-179

Littérature secondaire

  • 1944,
    • Joseph Spengler, "Pareto on Population", Part I, The Quarterly Journal of Economics, Vol 58, n°4, pp571-601
    • Joseph Spengler, "Pareto on Population", Part II, The Quarterly Journal of Economics, Vol 59, n°1, pp107-133
  • 1968, S. E. Finer, "Pareto and Pluto-Democracy: The Retreat to Galapagos", American Political Science Review, 62 (2), pp440–450
  • 1997, Fiorenzo Mornati, "The pure economics of Pareto before the 'Cours d'économie politique", History of Economic Ideas, Vol 5, n°3, pp=9-102
  • 1999,
    • Alban Bouvier, dir., Pareto aujourd'hui, Presses Universitaires de France, Paris
    • Carlo Lottieri, Elitisme classique (Mosca et Pareto) et élitisme libertarien: analogies et différences, In: Alban Bouvier, dir., Pareto aujourd'hui, Presses Universitaires de France, Paris, pp199-219
  • 2000, Fiorenzo Mornati, "Pareto e il socialismo sino alla vigilia della pubblicazione dei Systèmes socialistes: una ricognizione dei testi", ("Pareto et le socialisme jusqu'à la veille de la publication des Systèmes socialistes : une étude des textes"), In: Marco E.L. Guidi, Luca Michelini, dir., "Marginalismo e socialismo nell'Italia liberale, 1870-1925", ("Marginalisme et socialisme dans l'Italie libérale, 1870-1925"), Giangiacomo Feltrinelli Editore, Milano
  • 2001, Patrik Aspers, "Crossing the Boundary of Economics and Sociology: The Case of Vilfredo Pareto", American Journal of Economics & Sociology, Vol 60, pp519-545
  • 2006,
    • Richard Bellamy, "Vilfredo Pareto", In: J. Scott, dir., "Fifty Key Sociologists: The Formative Years", Routledge, pp128-131
    • Philippe Steiner, "Vilfredo Pareto et la révision du libéralisme économique classique", In: Philippe Nemo et Jean Petitot, dir., Histoire du libéralisme en Europe, Collection Quadridge, Presses Universitaires de France

Notes et références


  1. Repris par Alain Laurent et Claude Reichman in Théories contre l'impôt, Les Belles Lettres, 2000, ISBN 2251390324

Informations complémentaires

Articles connexes



 


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