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juillet 16, 2026

Le socialisme bénéficie d’un privilège intello unique : il n’est jamais jugé sur ce qu’il produit, mais sur ce qu’il promet.

TOUS LES SOCIALISTES NE SONT PAS IGNORANTS. LES PLUS DANGEREUX SAVENT TRÈS BIEN CE QU’ILS FONT.

Le socialisme bénéficie d’un privilège intellectuel presque unique : il n’est jamais jugé sur ce qu’il produit, seulement sur ce qu’il promet. Le capitalisme doit répondre de chaque faillite, de chaque inégalité, de chaque licenciement et même de chaque malheur humain survenu dans une économie où subsiste encore un marché. Le socialisme, lui, traverse les pénuries, les famines, les camps, la police politique et l’effondrement monétaire sans jamais comparaître personnellement devant le tribunal de l’Histoire. 

 Lorsque le marché échoue, on accuse le système. Lorsque le socialisme échoue, on accuse les circonstances, les saboteurs, les sanctions étrangères, la personnalité du dirigeant, le manque de ferveur révolutionnaire ou l’application imparfaite de la doctrine. 


 Ce n’était pas le vrai socialisme. 

La phrase est devenue son certificat d’innocence perpétuel. 

 Frédéric Bastiat avait pourtant identifié le mécanisme dès 1850. Dans La Loi, il expliquait que l’État cesse de protéger la vie, la liberté et la propriété lorsqu’il transforme la législation en instrument de spoliation : les groupes organisés cherchent alors à utiliser la puissance publique pour vivre aux dépens de ceux qui produisent. Bastiat appelait cela la spoliation légale. Le vol ne disparaît pas ; il change de vocabulaire, obtient une majorité parlementaire et se présente comme une politique de justice sociale. 

Le socialisme commence toujours par une inversion morale. Prendre directement le bien d’un voisin demeure condamnable ; charger l’administration de le faire devient vertueux. L’envie personnelle est méprisable, mais son organisation électorale se transforme en solidarité. Le politicien ne crée pas la richesse qu’il promet de distribuer. Il arbitre la répartition de ce que d’autres ont produit, puis exige d’être félicité pour sa générosité. 

 L’État socialiste ne donne jamais ce qu’il possède. Il distribue ce qu’il prélève, emprunte ou dévalue. 

La difficulté n’est pourtant pas seulement morale. Elle est économique. Friedrich Hayek n’affirmait pas que tout fonctionnaire était stupide ni que tout entrepreneur possédait une intelligence supérieure. Il expliquait que les connaissances nécessaires au fonctionnement d’une économie sont fragmentées entre des millions d’individus : besoins locaux, stocks disponibles, techniques particulières, préférences changeantes, occasions imprévues et usages alternatifs des ressources. Aucun bureau central ne peut rassembler continuellement cette connaissance dispersée ni remplacer le système de prix qui la transmet. La Route de la servitude, publiée en 1944, prolongeait cette critique en montrant comment la planification économique tend à concentrer le pouvoir politique et à réduire la liberté individuelle. 

Le planificateur n’est pas seulement confronté à un problème de calcul. Il se heurte à la vie elle-même. Une économie n’est pas un tableau Excel dans lequel chaque tonne d’acier, chaque heure de travail et chaque désir humain attendent d’être placés dans la bonne case. Elle est faite de personnes qui changent d’avis, innovent, prennent des risques, découvrent des besoins que personne n’avait anticipés et abandonnent des productions devenues inutiles. 

 Le marché commet des erreurs, parfois spectaculaires. Mais il dispose d’un mécanisme de correction brutal : la perte. Celui qui gaspille durablement les ressources finit par perdre son capital, ses clients ou son entreprise. Le planificateur public peut, lui, transformer son erreur en programme national, emprunter pour la prolonger et punir ceux qui signalent son échec.

Le marché sanctionne l’entrepreneur qui refuse le réel. Le socialisme sanctionne le réel qui refuse son plan. 

 C’est précisément pour cela que le pouvoir finit par se durcir. Lorsque les résultats contredisent la doctrine, deux conclusions sont possibles. La première consiste à reconnaître que la doctrine était fausse. La seconde consiste à décider que les individus n’ont pas suffisamment obéi. 

Les régimes socialistes choisissent presque toujours la seconde. 

 La production agricole s’effondre ? Les paysans sabotent. Les marchandises disparaissent ? Les commerçants spéculent. La monnaie se déprécie ? Les capitalistes attaquent la nation. La population tente de partir ? Elle trahit la révolution. 

La critique devient alors une activité contre-révolutionnaire, puisque reconnaître l’échec économique menacerait la légitimité politique de ceux qui ont organisé l’économie. La censure n’est donc pas un accident extérieur au système. Elle devient le dernier moyen de protéger le plan contre ses propres résultats. 

 Malcolm Muggeridge connut cette transformation de l’intérieur. Issu d’un milieu socialiste britannique et initialement attiré par l’expérience soviétique, il partit à Moscou avant de voyager clandestinement en Ukraine et dans le Caucase du Nord en 1933. Il découvrit une famine largement provoquée par la collectivisation et la politique soviétique, puis envoya au Manchester Guardian des reportages décrivant la dévastation qu’il avait observée. 

 Face à lui se trouvait Walter Duranty, correspondant du New York Times, beaucoup plus utile au pouvoir soviétique. Duranty avait obtenu le prix Pulitzer en 1932 pour une série d’articles publiée l’année précédente. Il minimisa ensuite la famine de 1932-1933 dans des textes que le comité Pulitzer qualifia plus tard de gravement défaillants, tout en refusant de retirer la récompense parce que celle-ci concernait formellement ses articles de 1931. 

 L’épisode devrait être enseigné dans toutes les écoles de journalisme. Le reporter qui décrit les affamés est traité en gêneur. Celui qui protège le récit officiel conserve le prestige, l’accès et la récompense. 

 Le mensonge politique ne triomphe pas seulement grâce aux policiers. Il a besoin de journalistes qui préfèrent être proches du pouvoir que proches des faits, d’universitaires capables d’expliquer que les victimes sont un détail statistique, et d’intellectuels occidentaux suffisamment fascinés par l’utopie pour ne pas regarder les charniers. 

 Muggeridge formula une observation cruelle sur le socialisme mondain : le travailleur y est l’homme au nom duquel tout est organisé, à condition qu’il ne soit jamais réellement présent dans la pièce. La bourgeoisie révolutionnaire adore le peuple sous forme conceptuelle. Le peuple concret, avec ses goûts, ses préjugés, ses ambitions, son désir de propriété et son refus d’être rééduqué, la déçoit presque toujours. 

 Le prolétaire imaginé réclame la révolution. Le travailleur réel veut souvent une maison, un véhicule, de meilleurs revenus, la sécurité pour ses enfants et le droit de conserver le fruit de son travail. Lorsqu’il ne se comporte pas comme le personnage prévu par la théorie, le socialiste ne remet pas nécessairement en question la théorie. Il accuse le travailleur d’avoir développé une fausse conscience. 

Le peuple est souverain jusqu’au moment où il vote mal. Les ouvriers sont héroïques jusqu’au moment où ils refusent le programme conçu en leur nom. Les classes populaires doivent être écoutées, sauf lorsqu’elles parlent de fiscalité, d’immigration, de sécurité, d’autorité, de propriété ou d’identité nationale. 

Le socialisme contemporain a conservé cette extraordinaire capacité à célébrer abstraitement les catégories humaines tout en méprisant concrètement les personnes qui les composent.

LeblogALupus 

@leblogALupus Époque nietzschéenne. Décryptage de la volonté de puissance contemporaine. Tech • Industrie • Géopolitique • TS2F Le Blog à Lupus. Free market Conservateur Punk

https://x.com/leblogALupus/status/2077778209752399930 

 

 


Socialisme

Le socialisme est un système économique et politique qui repose sur la propriété collective, à divers degrés et sous diverses formes, des moyens de production. Sous sa forme étatique, il implique nationalisations et planisme ; sous sa forme utopique, il préconise coopération et mutualisme.

Dans un sens plus vague, le socialisme est un ensemble de revendications et d'idées visant à améliorer le sort de la population, via le remplacement du capitalisme par une société supposée plus juste, sans nécessairement aboutir à une propriété collective des moyens de production. Il est représenté par plusieurs partis politiques sous diverses dénominations (parti socialiste, parti social-démocrate, parti travailliste, etc.). Les partis socialistes proposent généralement une fiscalité renforcée sur les grandes fortunes et les multinationales, ainsi qu'une augmentation des dépenses publiques.

Définition du socialisme

Le socialisme est une idéologie politique, qui est aussi ancienne que les premières communautés humaines. Cette forme d'organisation politique se retrouve chaque fois que les individus, appréhendés comme un unique tout (collectivisme), sont considérés soit comme les membres interchangeables d'un troupeau à guider, soit comme sujets bailleurs d'un unique propriétaire, soit encore comme administrés relevant d'une même bureaucratie. Que cela relève d'une véritable bienveillance (despotisme) provenant de l'idée que seul un ordre dirigiste ou dictatorial est nécessaire pour assurer la vie en commun des hommes (par ailleurs obligés par nature de coopérer) ou bien que cette dictature soit établie pour servir des desseins peu avouables, et ce quel que soit le régime politique choisi (monarchique, oligarchique ou démocratique), son objectif est alors d'instaurer une propriété commune du capital et une redistribution des richesses ; sinon de façon égale, tout du moins avec les seules inégalités justifiées par le prétendu intérêt public.

Or dans les faits, le socialisme aboutit toujours à devoir doubler son collectivisme économique d'un collectivisme mental (conditionnement idéologique, appel au don de soi, imposition de la fraternité et de la solidarité, morale républicaine) censé prévenir les probables dissensions causées par l'inexorable survivance de l'intérêt particulier au sein de la communauté (morale du troupeau).

On divise généralement le socialisme en cinq grands courants qui divergent sur les méthodes à suivre pour instaurer l'ordre socialiste, le sauvegarder, le degré d'étatisation et de libertés politiques :

Socialisme et communisme

Il faut noter que pour Marx et les marxistes le terme socialisme sert parfois à désigner l'abolition du capitalisme et de l'État bourgeois grâce à la socialisation des moyens de production (socialisme au sens fort, aujourd'hui défendu par les communistes), même si dans le vocable marxien il sera délaissé, à partir de 1848, au profit de celui de communisme, socialisme venant alors désigner d'autres formes de pensées crypto-communistes ou encore une phase transitoire avant l'avènement du communisme. Dû à ce flottement, ou quand on désire appuyer sur leur origine conceptuelle commune (comme ce sera ici le cas), socialisme et communisme ne sont pas dissociés (usage large).

Les socio-démocrates, nés du schisme du révisionnisme de Bernstein au début du XXe siècle, regroupés aujourd'hui dans les partis dit socialistes, y verront un moyen, par intervention directe ou indirecte de l'État, de limiter (sens faible) des maux qu'ils considèrent causés par le capitalisme et des marchés qui en sont le modus operandi (usage restreint).

Qu'un socialiste au sens faible devienne nécessairement (comme le prévoyaient des libéraux comme Hayek) un socialiste au sens fort, c'est-à-dire qu'il n'y ait pas, dans les faits, à long terme, de véritable différence de nature dans le socialisme mais seulement de degré, n'empêche pas que les uns et les autres ne poursuivent pas des buts légèrement différents, en croyant participer à des socialismes de natures différentes. Comme l'affirme crûment Ayn Rand :

«  Il n'y a pas de différence entre le socialisme et le communisme, excepté dans la façon dont ils réalisent le même but ultime : le communisme propose l'esclavage par la force, le socialisme par le vote. C'est la même différence qu'il y a entre le meurtre et le suicide. »

Une impasse rationnelle

Quand il essaye de dépasser la simple sympathie affectée et veut se donner une assise scientifique, le credo socialiste repose alors, selon Ludwig von Mises, sur trois dogmes :

  • la société (en fait, ceux qui la dirigent) est un être tout-puissant et omniscient qui transcende les individus (holisme), exempt de la faillibilité[1] et des faiblesses humaines ;
  • l'avènement du socialisme est inéluctable (par ex. thèse de « l'effondrement » du capitalisme chez Karl Marx et les marxistes);
  • l'idée que, comme l'Histoire est un progrès continu, passant de situations imparfaites à des situations plus parfaites (historicisme), l'avènement du socialisme est programmé depuis la nuit des temps.

Mises (années 1920), puis Hayek (années 1930), se sont attachés à réfuter les prétentions du socialisme à créer un ordre planifié, dans ce qu'on a appelé le débat sur le calcul économique en régime socialiste : système condamné à tâtonner dans le noir à cause de la destruction du marché comme système d'évaluation de la valeur (via le système des prix), donc faute de calcul économique, il conduit les dirigeants à créer un régime nécessairement arbitraire et autoritaire, incapable, de surcroît, de produire tout ce que l'« anarchie de la production » capitaliste réussissait.

Une tragédie pour les hommes de bonne volonté

Malheureusement pour les véritables philanthropes, l'Histoire a montré qu'à grande échelle le socialisme, ou sa version édulcorée la social-démocratie, aboutit nécessairement à une dictature politique et économique, à l'appauvrissement général, au totalitarisme, sous prétexte de planification, d'égalité économique, d'élimination du capitalisme.

Malgré la redondance des mises en garde, du bon chrétien anglais alerté par Mandeville dans la deuxième partie de La Fable des abeilles à l'humaniste généreux dont Hayek (après tant d'autres) prédisait les désillusions, toujours la volonté de bien faire associée à l'incrédulité dans l'ordre spontané des marchés, a rencontré des résultats à l'exact opposé de la vision messianique ou de l'« idéal prométhéen » (Raymond Aron) sur laquelle repose l'idéologie socialiste : capitalisme d'État, nouvelles inégalités (apparition d'une nomenklatura : apparatchiks en URSS, énarques en France), fin des libertés (voir l'histoire des régimes marxistes, l'Allemagne nazie).

Sa résistance aux faits

Si « l'Histoire du socialisme est faite d'échecs, d'abdications, et de trahisons, qui ne lui ont permis, à aucun moment au cours des deux siècles passés, de constituer un guide pour l’Humanité » (Droz 1997, IV, p.660), il faut bien cependant reconnaître sa prégnance dans les esprits[2], la question était de savoir pourquoi cela est ainsi et comment cela est possible. D'où quelques pistes :

L'irrationalité

L'essence du socialisme est, en économie, la prétention de diminuer la rareté en s'attaquant aux droits de propriété en utilisant la violence et la coercition, ce qui n'aboutit qu'à la destruction de richesses (voir aussi loi de Bitur-camember), cachée par le refus d'utiliser le calcul ou un système de prix qui mesurerait la rareté (économie non monétaire). Politiquement, il peut se cacher sous les oripeaux du libéralisme politique, alors que son mode d'action est la contrainte et la loi du plus fort.

L'inconséquence et la foi aveugle

Grâce à l'application de stratégies de fuite en avant (nouvelle théorisation et abandon de l'ancienne sans faire de bilan ni payer l'addition) ou de la méthode Coué (ça n'a pas marché, mais c'est beau, alors ça doit marcher), la plupart ne s'est pas détournée de lui, y cherchant encore une solution à la misère et à l’oppression (Id.).

La solution par défaut

En absence « d'utopie de rechange » (Hayek) le socialisme serait la seule solution apparente. Soit que :

  1. les libéraux n'aient pas su proposer un idéal véritablement humaniste du libéralisme, lui préférant (par stratégie ou par conviction) un niveau d'argumentation strictement utilitariste,
  2. soit que sur le marché des idées, ils aient été défaillants, partant avec un handicap puisque les socialistes se sont arrogés le « monopole du cœur ».

Évolutionnisme

Pour Friedrich Hayek, la persistance du socialisme prend sa source dans l'exacerbation d'instincts tribaux ancestraux. Au contraire de ceux-ci, la société libre et ouverte fondée sur la Rule of Law constitue un phénomène relativement récent, qui n'a pas eu le temps d'irriguer complètement les esprits. Pour nombre d'individus, l'appartenance (et l'obéissance) à une communauté politique fermée, décrétant collectivement les buts à atteindre, continue encore aujourd'hui d'être considérée comme un modèle de société viable. En ce sens, Hayek parle du socialisme (et en particulier du marxisme) en termes de « fabrication d'une nouvelle morale [visant à] vieux instincts ». De ce point de vue, la nouveauté du libéralisme juridique le dessert face à la fausse innovation présentée par l'idéologie socialiste qui, de son côté, n'offre rien d'autre qu'un programme littéralement réactionnaire de société close (économiquement, culturellement, spirituellement, etc.). Sur la perception négative du passage de la société close à la société de Droit, perception qui a ouvert la brèche vers le socialisme, Hayek écrit dans le tome III de Droit, législation et liberté (p. 196) :

«  Voici où se situe le grand changement qui a engendré un ordre de société de plus en plus incompréhensible pour l'homme, et dont le maintien exigea de lui qu'il se soumette à des règles apprises, souvent à ses instincts héréditaires : ce fut lorsque l'on passa de la société de face à face, ou du moins du groupe restreint composé de membres connus et reconnaissables, à la société ouverte, abstraite, qui n'était plus soudée par des buts communs, mais seulement par l'obéissance aux mêmes règles abstraites. Ce que l'homme eut le plus de mal à comprendre, fut probablement que les seules valeurs communes d'une société ouverte et libre n'étaient pas des objectifs concrets à atteindre, mais seulement des règles de conduite abstraites admises par tous, lesquelles assuraient le maintien d'un ordre tout aussi abstrait qui procurait simplement à l'individu de meilleures perspectives de réussite dans ses initiatives, mais ne lui ouvrait aucune créance sur des biens particuliers. »

Machiavélisme

La demande d'un nombre sans cesse croissant de clients de l'État, de plus en plus attirés par les privilèges et sinécures offerts, et le caractère exponentiel que ces politiques égalitaristes (égalité matérielle, égalité des chances, « justice distributive », etc.) engendrent, expliquent et la permanence des régimes collectivistes et la croissance de leur mainmise sur leurs communautés respectives.

Religion et socialisme

Bien que le socialisme collectiviste, le socialisme scientifique se targue d’origines récentes et que le communisme, accomplissement du socialisme, prétende parfois remonter au début du XIXe siècle, il est hors de doute que les différentes écoles socialistes comptent de nombreux précurseurs, surtout parmi les sectes chrétiennes du Moyen Âge. En France, en Allemagne, aux Pays-Bas et ailleurs ont abondé les socialistes ou communistes qui prétendaient tirer des idées évangéliques leurs idées d’égalité économique, de mise en commun de la richesse collective. Ils ont d’ailleurs des successeurs contemporains. Les épisodes historiques auxquels Albigeois, Vaudois, Anabaptistes, Niveleurs et bien d’autres encore ont attaché leur nom et dû de passer à la postérité en sont une preuve suffisante ; au temps de Cromwell, Winstanley le piocheur rédigeait une charte collectiviste.

«  D’ailleurs, l’idée d’égalité économique a toujours persisté, latente, parmi les chrétiens hétérodoxes : c’est une tradition qui paraît remonter loin, à l’agglomération judéo-chrétienne de Jérusalem qui, au lendemain de la disparition du fondateur du christianisme, se constituait en groupement collectiviste volontaire. Légende, peut-être, qui ne ferait que prouver l’ancienneté de la tradition. Quoi qu’il en soit, la forme scientifique du collectivisme ou du communisme contemporain n’est qu’une adaptation économique à l’esprit des temps actuels du christianisme, surtout du catholicisme. Sous une terminologie différente le socialisme et le christianisme préconisent l’amour entre les hommes, tous les hommes, qu’ils appellent chacun et tous au banquet de la vie sans réclamer d’effort autre qu’une adhésion extérieure à un programme, nous allions dire l'obéissance à un credo. C’est avec raison qu’on a pu qualifier le socialisme : « la religion du fait économique ». »
    — Émile Armand, L’Initiation individuelle anarchiste (1923), partie 1.8. « Les origines du socialisme. Les précurseurs socialistes »)

Optique libérale

Les libéraux ne rejettent pas les principes socialistes en bloc. Au contraire, la famille peut-être considérée comme un ordre communiste, soudé par l'amour filial, la solidarité, l'entraide financière et affective. De même, dans le cadre d'une association, de rapports de voisinage, certaines formes de socialisme sont viables et souvent appréciables. Seulement, ces formes doivent respecter certaines conditions: être volontaires et révocables, conformes à la volonté commune des participants, dans le respect des droits de chacun à la liberté et à la propriété. L’erreur des socialistes consiste alors à hypostasier l’amour fraternel (comme chez Hegel) à l’ensemble d’un groupe disparate, unifié par la soumission au même État, et qu’on appellera société.

Il y a pourtant une différence de nature entre un petit groupe à l’utilité commune clairement identifiable et/ou s’autorégulant grâce à la connaissance personnelle de chacun des individus, et une foule d’individus abstraits ne se connaissant pas et trop divergents pour pouvoir s’accorder sinon en étant chapeautés par un monstre froid qui maintient de force l’union au nom d’une solidarité factice et de compromis — paravent hypocrite d’un jeu où chacun essaye de tirer la couverture à soi.

Ce qui est vrai au niveau de la communauté nationale l'est aussi dans les rapports internationaux : si un socialiste se prétend humaniste, on s'aperçoit cependant qu'à défaut d'instaurer un régime mondial unique, les partis socialistes nationaux (pourtant regroupés dans une Internationale socialiste) défendent leur clientèle sans se soucier des autres (cf. négociations européennes, délocalisations, patriotisme économique, etc.), démentant de fait l'idée que la poursuite d'un intérêt général est possible en dehors d'une théorie de la violence réfrénée et du chantage permanent. On parlera alors, de ce point de vue, de social-nationalisme qui est une forme soft du national-socialisme, épurée de toute la pseudo-science raciste.

Le seul critère libéral possible qui permette de savoir si le socialisme est légitime dans les conditions où il se présente en pratique est le consentement des individus. Le socialisme s'accompagne presque toujours de coercition et de violence, les seules occasions où il se manifeste pacifiquement relèvent d'organisations volontaires telles que peut en produire par exemple le mutualisme. Certains auteurs libertariens (notamment Benjamin Tucker, Kevin A. Carson, Gary W. Chartier) voient dans le socialisme la conséquence probable de l'adoption du marché libre et de la suppression de l'État.

Socialisme libéral

Le socialisme libéral prétend concilier les idéaux du socialisme à ceux du libéralisme en revenant au libéralisme comme méthode politique d'émancipation et en affirmant que le socialisme est dans son inspiration profonde une philosophie de la liberté. Cette doctrine, qui est anti-marxiste, promeut l'autonomie de la société civile, de l'individu et de la liberté, l'idée de responsabilité sociale, l'indépendance des activités sociales et économiques par rapport à l'État, la nécessité d'institutions juridiques fortes ainsi que le pluralisme social et politique. Elle diffère du socialisme libertaire (Bakounine), communiste ou collectiviste, qui refuse toute autorité et tout exercice du pouvoir.

Monique Canto-Sperber, dans l'entrée socialisme libéral du Dictionnaire du libéralisme, cite comme favorables à cette « interprétation libérale du socialisme » les auteurs suivants : Charles Renouvier, Alfred Fouillée, Léon Bourgeois, Proudhon ("un des premiers inspirateurs de la tradition socialiste libérale"), Charles Andler, Lucien Herr, Jean Jaurès, Henri de Man, André Philip.

Les opposants à ce concept considèrent qu'il relève de l'oxymore, et définissent volontiers le socialisme libéral comme "le socialisme moins le Goulag, et le capitalisme plus l'enfer fiscal"... Ce système provoque bien souvent l'apparition d'un secteur informel[3] important dans l'économie. Cependant, les libertariens n'excluent pas a priori l'existence de communautés socialistes fondées sur le volontariat :

Il pourrait exister une société que certains socialistes appelleraient socialiste, mais qui, à mon avis, serait à la fois capitaliste et libre. Une telle société serait le fruit d’une combinaison du principe socialiste du contrôle ouvrier avec décentralisation radicale et de la structure commerciale nécessaire à cette décentralisation. Il n’y aurait aucune autorité centrale capable d’imposer sa volonté aux unités économiques individuelles. La coordination se ferait par l’échange, le commerce, par un marché. A la place des entreprises, il y aurait des coopératives ouvrières contrôlées par leurs ouvriers. (David Friedman, 1973)

Voir aussi social-libéralisme et libéralisme social.

Notes et références

  • Cf. Rousseau, Du Contrat social, chap. 2.3 : « la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l'utilité publique. » (suit une série de restrictions qui rendent tout ceci nettement improbable, mais cela n'affecte jamais l'idéologue...)

  • La question étant de savoir si l'aversion spontanée de la plupart n'est pas dû à un réflexe conditionné crée par des décennies de terrorisme intellectuel, et si beaucoup ne sont pas plus libéraux qu'ils ne le croient… et qu'ils ne redécouvrent qu'une fois leur liberté perdue (cf. Raymond Aron, Essai sur les libertés, II).

    1. A. Portes, J. Borocz, 1988, "The Informal Sector under Capitalism and State Socialism: A Preliminary Comparison", Social Justice. Dynamic of the Informal Economy, Vol 15, n°3-4, pp17-28

    Bibliographie

    • 1949, Buhram Putnam Beckwith, "Liberal Socialism: The Pure Welfare Economics of a Liberal Socialist Economy"
      • édition révisée en 1974, "Liberal Socialism: The Pure Welfare Economics of a Liberal Socialist Economy". Jericho, NY: Exposition
    • 1977, Igor Chafarévitch, Le phénomène socialiste, Le Seuil (titre original : Социализм как явление мировой истории, c'est-à-dire Le socialisme en tant que phénomène de l'histoire mondiale)
    • 1989, François Seurot, Le système économique de l'URSS, Paris : Presses universitaires de France, ISBN 2130420109, ISBN 9782130420101
    • 1993,
      • Richard J. Arneson, "Socialism as the Extension of Democracy", In: Ellen Frankel Paul, Fred D. Miller, Jeffrey Paul, dir., "Liberalism and the Economic Order" (Social Philosophy and Policy), Cambridge: Cambridge University Press, pp145-171
      • Robert Heilbroner, "Socialism", In David R. Henderson, dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp161-165
    • 1997, Jacques Droz, dir., Histoire générale du socialisme, 4 vol., PUF/Quadrige

    Voir aussi

    https://www.wikiberal.org/wiki/Socialisme

     

     


     

     

     

     

    septembre 06, 2025

    Ah les "Mozart" de la finance en France, des champions, ils font mieux que prévu, beaucoup mieux même ! Cataclysmique ...

    Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), 

    Le déficit budgétaire français est catastrophique !
    Il s'élève à 142 milliards...
    C'est 32% de plus que ce qu'il était prévu initialement à 107.2 milliards €.
    A ce rythme là, il n'y aura pas assez de jours fériés à supprimer pour compenser.
     

     
    Les conséquences en termes simples :
    🚨 L'État doit emprunter pour couvrir la différence
    🚨 La dette publique augmente encore
    🚨 L’État paye encore plus d'intérêts chaque année (50 milliards /an)
    🚨 Les marchés financiers perdent confiance et exigent des taux d’intérêt plus élevés pour prêter à la France (4.5% sur les obligations à 30 ans, un record de 2011)
    🚨 Le financement de l’État coûte encore plus, c'est un cercle vicieux.
    Soit l'Etat prends des mesures d'austérité (comme en Grèce, sans comparaison tout de même), soit l'Europe prend les commandes.
                                                    ---------------------------------
    Ces croyances qui envoient la France dans le mur de la dette
    « La France est trop importante, elle ne peut pas faire défaut », « la dette ne se rembourse pas », « il suffit de supprimer les 211 milliards d’aides aux entreprises »… Autant de clichés qui pourrissent le débat et empêchent de regarder la réalité des finances publiques françaises. Débunk.
    par Benjamin Sire @BenjaminSire et Philippe Silberzahn @phsilberzahn
     
    La première chose qui vous est demandée lorsque vous rejoignez les Alcooliques Anonymes, c’est d’admettre votre problème avec l’alcool. Sans cet aveu, rien n’est possible. À maints égards, il en va de même concernant la réalité de la crise de la dette française : tant que le pays ne reconnaîtra pas qu’elle constitue un sérieux problème, nul salut n’est envisageable pour ses finances. Et l’illusion dangereuse dans laquelle nous vivons se perpétuera…
    Car, de cette reconnaissance, nous sommes encore très éloignés. Notamment parce qu’il persiste au sujet de la dette un certain nombre de fausses croyances, abondamment entretenues par le personnel politique et certaines sphères militantes. Soit par manque de culture économique, soit par pur cynisme, parfois pour les deux raisons. Hélas, ces fantasmes délétères rendent impossible l’établissement d’un diagnostic lucide de la situation économique du pays. Si nous persistons à croire qu’il n’y a pas de problème, il est impossible d’y remédier.
    Raison pour laquelle nous allons nous atteler à examiner un certain nombre de ces croyances et tenter de débusquer les mensonges qu’elles recèlent.
     

     
     1 – « Il est impossible que les marchés financiers refusent de prêter à la France tant elle est importante dans la zone euro. »
    Ou, dans le même ordre d’idée :
    « La France ne peut pas faire défaut, comme ce fut le cas de la Grèce en 2012. »
    Ici, la croyance – quelque peu prétentieuse – est dans la singularité d’une France capable de s’affranchir des lois de l’économie. Parce que nous sommes « un grand pays », « l’un des deux principaux moteurs de l’Europe », nous serions à l’abri de la faillite. C’est oublier que d’autres grandes nations, comme le Canada ou la Nouvelle-Zélande, ont connu de violentes crises de la dette auparavant. Mais aussi, plus près de nous, l’Italie, troisième économie de la zone euro, avec des marqueurs assez proches des nôtres au moment du désastre, en 2011*.
    Si le défaut de paiement fut loin d’être atteint dans ces trois pays, et d’autres ayant connu des situations analogues, la potion qui leur a été infligée pour résoudre la crise fut extrêmement violente. Nous l’avons déjà montré à partir de plusieurs infographies – que nous reproduisons ici – rappelant les conséquences des mesures prises pour les fonctionnaires, les retraités, les salaires, l’emploi et les entreprises, dont nombre furent confrontées à la faillite.
    Certes, la France est une économie clé de la zone euro. Mais les marchés financiers évaluent le risque sur la base de ratios comme la dette publique (113 % du PIB en 2024 selon l’INSEE) et le déficit budgétaire (5,8 % du PIB). Une dégradation de la solvabilité ou une perte de confiance, comme lors de la crise des dettes souveraines de 2010-2012, pourrait entraîner des hausses de taux d’intérêt (ce qui est déjà le cas) ou un rationnement du crédit, y compris pour la France.
    Même si un « scénario à la grecque» est encore lointain, aucun État n’est immunisé contre un défaut souverain. Si la France bénéficie encore d’un large accès aux marchés et conserve le soutien de la Banque centrale européenne (BCE), la montée des taux (passés de 1,6 % pour les remboursements actuels à 3,4 %, voire 3,6 %), couplée à la crise des liquidités que nous connaissons, est franchement de mauvais augure. Et ce, de manière encore plus évidente au regard de l’incapacité du Parlement à s’accorder sur l’adoption d’un budget, dans un contexte d’instabilité politique et de fortes tensions sociales.
     
    2 – « La dette n’aura aucun impact sur moi ! »
    Encore raté ! Une crise de la dette a un impact sur tous les citoyens. Nous l’avons vu plus haut, en prenant les exemples du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’Italie. Nous pourrions aussi évoquer la crise espagnole de 2012, même si celle-ci est autant liée à l’explosion de la bulle immobilière locale qu’à un dérapage des finances publiques. Elle a entraîné une explosion du chômage qui a touché 1 actif sur 4 et un jeune sur 2. Un prélèvement obligatoire de 2 % sur tous les salaires a été imposé pour financer les retraites. Quant aux fonctionnaires, ils ont perdu 8 % de leur pouvoir d’achat. Enfin, les 35 heures des fonctionnaires ont été jetées aux orties, voyant le temps de travail augmenter de deux heures et demie.
    Concernant l’Italie, à partir de 2011, un dixième des emplois de la fonction publique a été sabré, tandis que le pouvoir d’achat des fonctionnaires a baissé de 10 % et celui des retraités de 5 %, tandis que l’âge de départ a été repoussé de 4 ans pour atteindre celui de 66.
    Les fonctionnaires et les retraités ne sont pas les seuls touchés. Durant les crises financières suédoise de 1992 et canadienne de 1995, les entreprises ont été soumises à rude épreuve, les faillites s’étant accumulées de manière effrayante. Chemin que la France semble désormais emprunter depuis 2024, avec 66 422 dépôts de bilan, selon la BPCE, soit une hausse de 64,5 % par rapport à 2022 et de 18 % par rapport à 2023.
    Certes, la dette publique française n’est pas la cause unique de ces faillites. Mais, couplée à l’incertitude politico-économique, elle aggrave les possibilités de financement par la limitation des aides publiques et la hausse des taux d’intérêt, faisant particulièrement souffrir les sociétés ayant contracté des prêts garantis par l’État (PGE), non encore remboursés lors de la pandémie de Covid. Chacun – particulier, entreprise, fonctionnaire – est donc bien impacté par une crise de la dette.
     

     
     3 – « Cela fait 30 ans qu’on nous dit la même chose et regardez, nous sommes toujours en vie ! »
    Ici, la croyance est le produit de ce qu’en psychologie on appelle le biais de normalité. Il consiste à nier ou minimiser des avertissements relatifs à un danger, donc à sous-estimer la probabilité d’une catastrophe. En suivant la logique d’un tel raisonnement, toute personne vivante peut se croire immortelle. On retrouve là le fameux « jusque-là tout va bien», popularisé par le film La Haine, faisant le récit des considérations d’un homme chutant d’un précipice sans avoir encore touché le sol.
    Certes, la France est toujours « en vie », mais sa dette va progressivement lui coûter très cher, après une période pré-Covid où les taux étaient particulièrement avantageux. Par ailleurs, n’oublions pas que l’histoire progresse par paliers et que les facteurs de crise mettent longtemps à produire leurs effets. Mais lorsque le drame se présente, c’est de manière soudaine et brutale. Cela n’est pas sans rappeler la fameuse citation d’Hemingway : « Comment avez-vous fait faillite ? De deux façons. Progressivement, puis soudainement. » Or, si la France continue patiemment à courir à sa perte, sans changer de trajectoire, elle risque d’y parvenir brutalement.
    Particulièrement dans un moment où la charge de la dette atteint un seuil très inquiétant (près de 70 milliards d’euros annuels prévus pour 2026) et ne cesse d’augmenter, tout comme les taux d’intérêt. Ceux de l’obligation française à 30 ans viennent d’ailleurs de franchir les 4,5 %, ce qui est très inquiétant et n’était pas arrivé depuis 2011, date de la crise de la zone euro.
     
    4 – « Pas d’inquiétude, la dette ne se rembourse jamais ! »
    Cette croyance, encore reprise dans une tribune publiée dans Le Monde il y a quelques jours, sous la plume d’économistes d’Attac et de la Fondation Copernic, est dangereuse, tant elle est couramment diffusée. Car si la dette totale semble effectivement se perpétuer sans être remboursée, ce n’est qu’une impression. Les États comme la France ne remboursent généralement pas le principal de leur dette de manière massive. Mais ils le font concernant les anciens emprunts arrivés à échéance et en contractent de nouveaux de manière continue.
    Cette pratique est standard en économie publique, permettant de maintenir la liquidité sans choc budgétaire immédiat. Problème : plus les taux d’intérêt montent, plus ces échéances et les intérêts à rembourser obligatoirement augmentent. Tant que les taux restaient sous les 2 %, cela semblait soutenable. Mais avec la dynamique actuelle de remontée des taux, conjuguée à un montant de dette global sidérant, cela change la donne en profondeur et grève considérablement les finances publiques et les marges budgétaires.
    En résumé : on rembourse les anciens emprunts à taux faible, mais on contracte les nouveaux à des taux plus élevés. Pire, cette situation peut conduire à l’introduction d’une spirale auto-réalisatrice si les marchés financiers perdent confiance, comme l’a illustré la crise italienne de 2011. À l’époque, l’Italie, avec une dette publique autour de 120 % du PIB et une croissance atone, a vu ses taux d’emprunt à 10 ans bondir à plus de 7 %, en raison d’une contagion depuis la Grèce, d’un déficit budgétaire persistant et d’une forte instabilité politique.
    Pour la France, un tel épisode pourrait survenir si le ratio dette / PIB dépasse durablement 115 % (projeté à 116 % fin 2025), entraînant une hausse des spreads obligataires (différentiel avec l’Allemagne), qui obligerait l’État à pratiquer des ajustements brutaux. C’est ce que rappellent les avertissements de la Cour des comptes, soulignant notre vulnérabilité accrue aux chocs externes.
     

     
     5 – « La dette ne pèse pas sur les enfants, mais finance un patrimoine bénéfique. »
    Cette autre croyance, figurant dans la tribune du Monde précitée, est séduisante, car la dette peut financer des actifs productifs. Mais, en réalité, elle sert surtout à couvrir des dépenses courantes. Elle ignore aussi les coûts d’opportunité : des intérêts élevés absorbent des fonds qui pourraient aller à l’éducation ou à la transition écologique.
    Avec une durée moyenne de la dette de 8 à 9 ans, les remboursements futurs (via les impôts ou de nouvelles coupes budgétaires) affecteront bien les générations futures. Surtout, les prêts que nous contractons ne financent pas des investissements, mais des dépenses de fonctionnement. En 2023, le manque à gagner de notre système de retraite, évalué à 70 milliards, a ainsi représenté quasiment la moitié du déficit public.
     
    6 – « Avec 211 milliards de cadeaux aux entreprises ces dernières années, on sait où trouver les économies budgétaires ! »
    Problème : le chiffre de 211 milliards – soit trois fois le budget de l’Éducation nationale – régulièrement avancé est faux. Il inclut de nombreux financements qui ne vont pas aux entreprises privées ou dépendent de politiques vertueuses. Par exemple, les aides à l’audiovisuel public, aux affaires maritimes, à l’agriculture, aux territoires ultramarins ou aux emplois aidés. Mais aussi des subventions environnementales, et bien d’autres.
    Ce chiffre provient d’un rapport du Sénat qui recense plus de 2 200 dispositifs en faveur des entreprises pour l’année 2023. Son montant diverge d’ailleurs d’autres évaluations officielles, comme celle du Haut-Commissariat au Plan, qui trouve 111,9 milliards en adoptant un périmètre plus précis.
    Comme l’a expliqué Benjamin Dard dans Franc-Tireur, sans ces aides, « notre économie ne résisterait pas dans la compétition internationale. Depuis les années 1990, l’État tente d’amortir le coût du travail. Pas par idéologie néolibérale, mais parce que, pour financer un modèle social à part, les entreprises françaises ploient sous les charges. C’est même le pays où le coût du travail est le plus élevé, selon l’OCDE. […] Supprimez ce dopage et bon courage pour rester compétitif face à la Chine ou à l’Allemagne. »
    Et pourtant, ces aides ne suffisent pas à « remédier aux déséquilibres mondiaux entre puissances », comme l’écrit un rapport de Rexecode (Centre de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises). D’autant que d’autres grandes nations utilisent les mêmes méthodes avec des montants variables : environ 202 milliards pour l’Allemagne, 181 milliards pour les États-Unis, 335 milliards pour la Chine, qui n’ont pourtant pas les mêmes contraintes liées aux cotisations sociales.
    Il n’est donc pas question de cadeaux, mais de dispositifs indispensables pour limiter l’impact de notre modèle social par rapport à celui des autres grandes puissances. La suppression de ces aides viendrait immédiatement renchérir le coût de fonctionnement des entreprises bénéficiaires, ce qui aurait un impact négatif sur leurs résultats et réduirait leur contribution aux finances publiques.
    Ainsi, en supprimant ces aides, l’État et les finances publiques seraient sans doute finalement perdants.
     

     
     
    Conclusion
    Tant que la question de la dette sera publiquement abordée sur le fondement de ces fausses croyances – et d’autres, voir encarts abonnés –, la France continuera à se rapprocher d’une crise majeure dont les remèdes pèseront lourdement sur le portefeuille de chacun de ses citoyens. Et cela, ni les institutions, ni les entreprises, ni les citoyens ne peuvent se le permettre.
     

     

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