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juillet 06, 2026

Un phénomène idéologique, la décroissance !

La France a un problème de croissance. Et c'est volontaire. 

En vingt-cinq ans, aucune PME française n'est devenue l'une des plus grandes entreprises cotées du pays. Au début des années 2000, 5 % des grandes entreprises italiennes, 10 % des allemandes et 17 % des américaines étaient encore des PME. On explique ce blocage par le sous-investissement, la fragmentation du marché, l'absence dans les secteurs technologiques. Ces explications sont justes, mais elles valent aussi pour l'Allemagne et l'Italie, qui font pourtant grandir leurs PME. Un facteur partagé ne peut pas expliquer un écart. Ce qui bloque la France n'est pas un manque de moyens mais un modèle mental qui traduit préférence ancrée pour le petit: la grande taille est tenue pour suspecte, la petite pour vertueuse. Ce modèle a survécu à toutes ses justifications successives, hier le social, aujourd'hui la planète. Les vocabulaires passent, la préférence demeure. Or l'absence de croissance a un coût, mais un coût invisible: le champion jamais né, le rang perdu, la cotisation sociale qui manquera. On croit alors avoir choisi la prudence, quand on a choisi le déclin, la pauvreté et la disparition de la souveraineté. Il devient donc urgent de revoir notre modèle. 


Le manque de croissance en France n’est pas technique, il est culturel

La France a un problème de croissance en général, et de ses entreprises en particulier. Si elle crée beaucoup d’entreprises, grâce à une forte énergie entrepreneuriale, celles-ci ne deviennent pas des champions: aucune PME n’est passée au rang de grande entreprise cotée en vingt-cinq ans. Les explications habituelles, investissement insuffisant, marché fragmenté, cachent l’essentiel : un modèle mental hostile à la croissance, dont les coûts, perte de souveraineté et appauvrissement, sont diffus mais réels. Or dans un monde en mouvement, la croissance n’est pas un luxe mais une nécessité si nous voulons conserver notre niveau de vie et notre modèle social. Il devient donc urgent de revoir notre modèle.

En vingt-cinq ans, aucune PME française n’est devenue l’une des plus grandes entreprises cotées du pays. C’est le message du dernier rapport McKinsey présenté aux Rencontres d’Aix et rapporté par Le Figaro, et il est d’autant plus frappant qu’il n’a pas d’équivalent ailleurs : sur la même période, 5 % des plus grandes entreprises italiennes, 10 % des allemandes et 17 % des américaines étaient encore des PME au début des années 2000. La France ne compte par ailleurs quasiment aucun de ces «disrupteurs», ces jeunes entreprises qui percent et changent brusquement d’échelle. Elle ne fait pas simplement moins bien que ses voisins, elle fait autre chose : elle ne produit pas ce passage de la petite à la grande taille que les autres économies produisent régulièrement. Elle semble bloquée.

Le rapport explique ce blocage par les facteurs habituels : sous-investissement dans le numérique, fragmentation du marché européen, concentration des gains de productivité sur une poignée de champions, absence dans les nouveaux secteurs technologiques. Il se situe dans la droite ligne du rapport Draghi. Ces explications sont justes, mais elles ont un défaut commun. Ce sont des explications de moyens, et elles sont européennes : elles valent pour la France comme pour l’Allemagne et l’Italie. Or ces deux derniers réussissent à faire passer leurs PME au rang de grandes entreprises. Un facteur partagé ne peut pas rendre compte d’un écart. Et parce que ces explications sont des explications de moyens, elles appellent des remèdes de moyens, investir davantage, consolider les secteurs fragmentés, qui sont sans doute utiles mais qui ne touchent pas à la véritable source du blocage.

Une préférence ancrée pour le petit

Ce qui produit le blocage n’est pas un manque de moyens mais une préférence profonde. J’en ai pris conscience lors d’une expérience en apparence anodine, la visite de l’incubateur d’une grande école d’ingénieurs à l’occasion des journées portes ouvertes de Parcoursup. D’entrée de jeu, son responsable a déclaré à une salle remplie de candidats accompagnés de leurs parents: « Ici, nous ne poursuivons pas la croissance pour la croissance; nous voulons créer des entreprises servant l’intérêt général ». Avant d’évoquer Elon Musk comme repoussoir.

Tout est là. La France a développé un modèle mental hostile à la croissance, qui tient la grande taille pour suspecte et la petite pour vertueuse, et qui détermine silencieusement les arbitrages : préférer le contrôle à l’expansion, la conformité à la norme à la conquête de marché. Ce modèle est ancré au plus profond de notre culture, comme l’illustre l’anecdote de l’incubateur. Il a une propriété remarquable: il a survécu à toutes ses justifications successives. Hier, on protégeait le petit au nom du social, contre les gros, contre la concentration, contre le capital. C’était l’époque de Pierre Poujade luttant contre la grande distribution dans les années 50. Aujourd’hui, on le protège au nom de la planète : on prône la ferme à taille dite « humaine » et la sobriété, et la croissance est présentée comme une fuite en avant. Les justifications passent, le modèle demeure.

Or l’absence de croissance a des coûts considérables. Le premier est la perte de souveraineté, dont l’agriculture fournit l’illustration la plus nette. Les Pays-Bas, treize fois plus petits que la France, sont devenus l’un des tout premiers exportateurs agricoles mondiaux en traitant l’agriculture comme une industrie technologique à mettre à l’échelle, quand la France, qui figurait il y a quinze ans parmi les premiers, a reculé rang après rang jusqu’à menacer de voir sa balance alimentaire devenir déficitaire. Le même mécanisme opère dans l’industrie : l’Europe ne pèse que 8 % des dix-huit secteurs d’avenir identifiés par le rapport McKinsey, et les trois premiers déficits commerciaux français, l’énergie, l’automobile et les produits informatiques et électroniques, sont précisément les domaines où aucun acteur national n’a atteint l’échelle. Sans champions, et donc sans croissance, on dépend du cloud, des puces, des médicaments, de l’IA et de l’énergie des autres, et il n’y a plus de souveraineté.

Le second coût est l’appauvrissement, que révèle le PIB par habitant. Selon l’OCDE, en pouvoir d’achat comparable, les États-Unis atteignent environ 72 700 dollars contre 55 300 pour la France, soit près d’un tiers de richesse produite en moins, un ordre de grandeur de 1 200 milliards de dollars par an rapporté aux 69 millions d’habitants. Ce n’est pas une perte budgétaire observable, mais la mesure du manque à produire cumulé, en salaires, en investissement, en recettes fiscales et en capacité à financer notre modèle social. Un pays qui refuse la croissance ne s’appauvrit pas d’un coup, il décroche année après année et l’écart se creuse lentement mais inexorablement. C’est ici que le modèle se retourne contre lui-même : notre système social, que l’on oppose volontiers à la croissance, repose entièrement sur la richesse que seule celle-ci produit. Refuser la croissance au nom de la solidarité, c’est saper ce qui la finance. Contrairement à ce que pense mon responsable d’incubateur, son dédain pour la croissance dessert l’intérêt général.

La croissance n’est pas un luxe

Comment une préférence aussi coûteuse peut-elle se maintenir ? Parce qu’elle repose sur une croyance rarement énoncée : celle selon laquelle la croissance est une forme de luxe dont on peut se passer, une forme de plaisir coupable et moralement suspect. Un peu comme la crème chantilly sur la glace: c’est bon, mais ce n’est pas fondamental et c’est mauvais pour la ligne. On refuse de croître parce que l’on pense que sans croissance, l’essentiel restera, comme si celle-ci était une option qu’on refuse sans conséquence. Le niveau de vie, le modèle social et le rang sont vus comme des acquis définitifs. C’est un biais de continuité, et il est faux. Le statu quo n’est pas un point de repos, car le monde n’est pas statique : les autres avancent, notre position relative s’érode, et la base de richesse qui finance notre niveau de vie se réduit à mesure que l’écart se creuse. L’alternative à la croissance n’est donc pas la continuité heureuse et sobre, mais le déclin. Ce biais explique aussi pourquoi les coûts du modèle restent invisibles. Les coûts de la croissance ont bien-sûr un visage : l’usine, les émissions, la concentration. Les coûts de son absence, eux, ne se voient pas directement : le champion qui n’est jamais né, l’emploi jamais créé, le rang perdu, la cotisation sociale qui manquera, la route pas construite faute de moyens. Le déclin, que l’on finit par constater tous les jours, n’est jamais rattaché aux préférences qui l’ont produit; on l’explique par un monde devenu plus dur, par l’existence de profiteurs, par un jeu truqué, par une concurrence « déloyale », mais jamais comme une conséquence de notre modèle mental. Il n’est ainsi jamais démenti par l’expérience, puisque personne n’est mis en face de ce à quoi il nous a fait renoncer. Nous sommes nos propres ennemis, mais nous les cherchons ailleurs.

On comprend alors pourquoi les remèdes habituels – un assouplissement ici, une subvention là – restent des mesures à la marge. Ils corrigent les moyens, l’investissement, la fragmentation, les seuils, sans toucher au modèle qui les a produit. Or celui-ci reconstruit ce qu’on ajuste, car le modèle finit toujours par l’emporter sur les ajustements techniques. Le travers dépasse d’ailleurs largement la question de la croissance : c’est la tentation permanente de traiter le statu quo comme un état stable, de confondre le renoncement avec la prudence, et de juger une orientation à ses coûts visibles sans jamais compter les coûts invisibles de son refus. Tant que notre regard sur la croissance n’aura pas changé, nous continuerons de croire que nous avons choisi la prudence, alors que nous aurons choisi le déclin.



Décroissance

Le mot décroissance désigne un slogan provocateur qui cherche à désagréger les idées de développement et en particulier la croissance économique, qualifiée de dogme mécaniste en contradiction avec les limites bio-géophysiques de la Terre. D'une façon succincte, c'est un mouvement qui s'inscrit dans une critique de la croissance exponentielle dans un monde limité. Nous retrouvons une pensée à mi-chemin entre Thomas Malthus et des luddistes. On retrouve ses partisans à droite comme à gauche de l'échiquier politique, même si seuls ceux de gauche se proclament le plus de cette étiquette. Les idées de décroissance trouvent un écho très favorable dans le milieu du mouvement libertaire. Dans tous les cas, on retrouve le refus du productivisme et un retour à un style de vie libéré de l'industrie et du consumérisme. Opposés à la société moderne industrielle, pour beaucoup de ses défenseurs elle se manifeste comme une contestation radicale du libéralisme, souvent associé à la rapacité du capitalisme, identifié comme l'idéologie à la source du système.

Cette condamnation du libéralisme sous forme de procès accusateur est discutable et réfutable. D'une part, l'histoire de la croissance capitaliste ne se résume pas à l'accroissement des facteurs matériels, contrairement aux esprits conformistes qui ne laissent pas de place à l'attitude en faveur du commerce et de l’innovation, les idées libérales ne résument pas le monde contemporain au matérialisme économique. D'autre part, le libéralisme refuse toute idéologie, ou dogme collectiviste qui impliquerait une ingénierie sociale de soumission des populations et donc la destruction des libertés individuelles ; les idées libérales expriment au mieux la conscience de la complexité de la nature humaine face aux problèmes environnementaux actuels. Elles ne refusent pas les critiques ouvertes et constructives. 

Origines

Suite à la publication par le Club de Rome du rapport Meadows Limits to Growth en mars (1972), le problème des limites physiques à la croissance économique et démographique a généré des controverses entre spécialistes et a fait couler beaucoup d'encre.

À l’époque, les scénarios en discussion portaient sur la course aux armements et la pauvreté. Aurelio Peccei, industriel italien fondateur du Club de Rome en 1968, invite un groupe de personnalités à réfléchir à « la création d’un système d’observation et de monitoring du monde ». En 1970 le Club a tenu sa première réunion officielle à Berne afin de proposer un modèle pour étudier la situation de l'humanité. Le modèle retenu fut celui du professeur du MIT, Jay Forrester, qui a présenté les premiers travaux du MIT (Massachusetts Institute of Technology) en dynamique des systèmes. Grâce à la modélisation informatique (World3), une équipe de plusieurs chercheurs du MIT, dirigée par le physicien américain Dennis Meadows, publie un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme.

Parmi quelques autres fondateurs du mouvement de décroissance nous pouvons citer Nicholas Georgescu-Roegen, Jacques Ellul, André Gorz et Ivan Illich.

Nicholas Georgescu-Roegen, s'appuyant sur le deuxième principe de la thermodynamique et la loi de l'entropie, ébauche une critique de la science économique moderne, notamment l'École néoclassique, pour ériger un tableau alarmiste du processus économique actuel.

En effet, la plupart des économistes semble ignorer ou ne porter aucune importance à la loi de l'entropie. Cette loi mesure le « degré de désordre » de l’énergie, plus l’entropie augmente, et plus l’énergie est « en désordre ». Le processus économique consistant à transformer de la matière et de l'énergie n'échappe pas à cette loi physique.

Un constat dont Nicholas Georgescu-Roegen tire une conclusion : la dégradation entropique continuelle, en tant que racine de la rareté économique, mène à l'épuisement irrévocable des ressources minéralogiques.

Jacques Ellul, critique du « système technicien », découvre dans sa jeunesse le protestantisme et l'œuvre de Karl Marx. Même s'il refuse de faire de Marx un fétiche, la pensée marxiste va lui servir d'outil critique. Ellul n'assimile pas la technique à la simple mécanisation, mais comme un critère de recherche d'une plus grande efficacité, devenue puissance autonome rationnelle, transformant toute chose en moyen. Étendue à tous les domaines de l'activité de l'Homme, celui-ci n'a plus de liberté de choix, il ne décide que pour ce qui donne un maximum d'efficience. Automatisation et rationalisation conduisent à l'aliénation de l'Homme.

Jacques Ellul critique également les excès de discours politiques et l'emprise grandissante de l'État dans la « société technicienne ». Ainsi il écrit : « [...] tout remettre entre les mains de l'État, faire appel à lui en toute circonstance, déférer les problèmes de l'individu à la collectivité, croire que la politique est au niveau de chacun, que chacun y est apte : voilà la politisation de l'Homme moderne. Elle a donc principalement un aspect mythologique. Elle s'exprime dans des croyances et prend par conséquent aisément une allure passionnelle ». [1]

La croissance économique est un phénomène récent à l'échelle historique. Elle est apparue avec les premières économies capitalistes, en particulier les Pays-Bas du XVIIe siècle[2]. Elle a donc soulevé régulièrement des interrogations ou inquiétudes sur sa durabilité.

Les premiers économistes ont par exemple longtemps cru que l'économie se dirigeait vers un « état stationnaire » où la croissance serait « terminée ». David Ricardo ou Thomas Malthus font partie des classiques anglais pessimistes qui croient à cet état stationnaire.

Les idées de Thomas Malthus développées dans Le Principe de Population sont très analogues à celles développées par les tenants de la décroissance. De même l'héritage du moralisme est important pour les idéologues de la décroissance. Ainsi, Jean Zin, pourtant proche idéologiquement de cette mouvance de déclarer : « je déplore une dimension moralisante beaucoup trop présente à mon goût alors qu’il s’agit d’organisation sociale. [...] C’est une conception que j’ai trouvé souvent plus morale que politique, culpabilisatrice plutôt que constructive. [...] Comme dans tous les mouvements il y a une tendance au simplisme qui me décourage et me rappelle d’anciens dogmatismes. »

Une autre source d'inspiration est le courant catastrophiste qui cherche à frapper les esprits en évoquant la possibilité de cataclysmes. Les décroissants reprennent cette exagération volontaire qui est la façon de procéder avouée des catastrophistes. Ainsi, le climatologue Stephen Schneider revendiquait le devoir pour les scientifiques de taire leurs doutes et celui d'exagérer les menaces pour frapper les esprits. Ainsi, il écrivait en octobre 1989 dans Discover Magazine[3] :

«  Nous avons besoin d'une base d'appui importante, et de capturer l'imagination du public. Bien sûr, cela inclut la couverture médiatique. Nous devons donc offrir des scénarios catastrophe (scary), affirmer des choses simplifiées et dramatiques, et faire peu mention des doutes que nous pourrions avoir. Cet « engagement à double morale » dans lequel nous nous trouvons souvent ne peut pas être résolu par une simple formule. Chacun d'entre nous doit décider de la balance précise entre l'efficacité et l'honnêteté »
    — Stephen Schneider

Quelques réflexions sur le décroissantisme

Se focalisant sur les aspects négatifs de la « société de consommation », la critique décroissantiste semble nier le principe de la souveraineté du consommateur, voyant uniquement dans le consommateur un être passif subissant la manipulation publicitaire. Respectant la liberté d'expression, mais aussi la liberté d'action volontaire des individus, un libéral ne s'oppose pas forcément à l'adhésion d'un mode de vie simple, et il est tout à fait possible d'être libéral et partisan, dans sa vie, d'une décroissance volontaire et libre. Juger la consommation de masse comme une caractéristique pour l'essentiel quantitative et excessive, tirant de là une conclusion générale et hâtive, c'est une manière de cacher quelques faiblesses dans ce mode de raisonnement. En effet, une consommation de masse est toujours qualifiée par un grand nombre de produits et services, cela ne signifiant pas l'absence de choix qualitatifs de la part des consommateurs. Néanmoins, se fixer certains objectifs et résultats extérieurs, à savoir une réduction effective de la consommation ou de la population, tout en espérant que la majeure partie de la population adhère d'une façon volontariste, n'empêcherait pas l'adoption d'une organisation d'ingénierie sociale de contrainte : elle impliquerait la prise de mesures de coercition étatiques et la suppression de libertés, tant politiques qu'économiques.

Ces conséquences ne sont nullement prônées par la majorité des partisans de la décroissance qui, comme tous les adeptes de la croyance en un état naturel abondant dont l'expression est empêchée par un principe malin (identifié ici dans la société industrielle, qui découlerait de l'idéologie libérale), pensent que l'abolition du système suffirait à guérir les maux qu'ils dénoncent. Signalons toutefois l'existence des partisans, marginaux de l'écofascisme qui visent à instaurer une dictature qui sacrifierait les libertés individuelles à la sauvegarde d'une nature idéalisée.

Ces conséquences liberticides sont malheureusement quasi obligatoires, ce qui explique les réticences nombreuses des libéraux vis-à-vis de cette idéologie.

On peut par ailleurs déceler dans la promotion de la décroissance de fortes traces de millénarisme : annoncer la venue de cataclysmes, attribuer ces cataclysmes à une humanité insuffisamment vertueuse, punie pour ses vices, appeler à une frugale repentance.

On peut encore critiquer la décroissance comme le masque d'une volonté de puissance, une façade de vertu et de désintéressement servant de justification à des objectifs moins louables. La fin vertueuse — sauver la planète, l'humanité etc. — justifie des moyens radicaux qui reposeraient entre les mains des promoteurs de cette idéologie, de sorte qu'un mauvais esprit peut considérer que la véritable fin des promoteurs de la décroissance est en réalité l'acquisition du pouvoir qui permettrait la mise en œuvre de celle-ci, un pouvoir d'ingénierie sociale total. Parallèlement, la promotion de la décroissance nie toutes les autorités qui lui barrent la route. On ne peut que constater que la décroissance est dépourvue de légitimité auprès des spécialistes. En retour, l'idéologie de la décroissance attaque les spécialistes légitimes et entend substituer les siens, ce qui se manifeste en particulier par le rejet de toute la science économique et la génération de ses propres sources d'information, qui fonctionnent en circuit fermé. Les économistes et les sources d'information traditionnelles sont discrédités comme étant à la solde du système. On signalera que le public amateur de décroissance est généralement médiocre et peu doué en économie, qu'il cherche dans les théories de la décroissance une rationalisation de sa détestation du système, à qui il préfère attribuer les maux dont il souffre plutôt qu'à lui-même, qu'il cherche des autorités qui lui disent que les spécialistes légitimes ne savent pas mais que c'est lui, Tartarin, qui sait. « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute » et le marché de la décroissance est un business qui tourne...

Les présupposés de la décroissance

L'épuisement des ressources naturelles

L'apocalypse est proclamée comme certaine selon les tenants de la décroissance, elle repose sur des prévisions relative à la fin des ressources naturelles. Quel crédit accorder à ces prévisions au vu de l'absence totale de fiabilité des prévisions passées ?

Cécile Philippe de l'Institut économique Molinari en donne de nombreux exemples dans son livre C'est trop tard pour la Terre : elle rappelle que, par exemple, dès 1914, le Bureau des mines aux États-Unis estimait que la production future de pétrole était limitée à 5,7 millions de barils, soit peut-être dix ans de consommation. Elle ajoute également, entre autres exemples, que le Rapport Meadows prévoyait en 1972 pour avant la fin du XXe siècle un épuisement de certaines ressources dont la substitution paraissait impossible[4]. À chaque fois les erreurs n'ont pas été minimes mais énormes, toujours dans un excès d'alarmisme.

De même, Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie, a montré que grâce aux réserves et aux progrès de la technologie « le monde n'est pas près de manquer de pétrole »[5]. Les techniques nouvelles permettent d'extraire davantage de pétrole des nappes et de mettre en valeur de nouveaux gisements, de sables bitumineux par exemple.

En outre, le recyclage des matières premières est une solution mise en place depuis longtemps avec succès : 50 % du fer utilisé est recyclé, 90 % du platine et 80 % de l’or[6]. Le géochimiste Claude Allègre appelle de ses vœux un développement de ces filières pour toutes les ressources terrestres : « À une économie unidirectionnelle à ressources infinies (on produit – on utilise – on jette) doit se substituer une économie cyclique à ressources finies. » [7].

Dans les deux cas, c'est... le marché qui permet le développement de ces solutions, par le mécanisme des prix.

Les décroissants croient que la croissance est toujours matérielle, et donc qu'elle s'autolimite. Ce sont des matérialistes qui s'ignorent. Mais toute nouvelle invention qui a du succès génère de la croissance et de la valeur, sans réclamer pour autant plus de ressources matérielles (au contraire elle permet souvent d'en économiser).

Limites du progrès scientifique

Searchtool-80%.png Articles connexes : Progrès et Scientisme.

Les prévisions d'épuisement des ressources sont tout le temps exagérées car elles minimisent la capacité de l'esprit humain à toujours inventer de nouvelles solutions avec le progrès scientifique, à trouver de nouvelles énergies, à toujours découvrir. On en voit un exemple avec l'intensité énergétique des pays développés.

Les sociétés libérales sont les plus à même de permettre cet éclosion du progrès scientifique, par la place à la libre critique qu'elles accordent. Comme Karl Popper l'a montré, il faut laisser la place au débat, à un cheminement par tâtonnement, avec des erreurs nécessaires.

Prenons l'exemple de Nicolas Hulot (ministre de la Transition écologique et solidaire de mai 2017 à septembre 2018). Ce dernier entendait imposer son idéologie comme une vérité supérieure, refuser toute possibilité de discussion, d'échange, de débat et il ouvrait ainsi son « pacte écologique » par ces mots inquiétants : « le temps de l’information, du débat, des controverses est révolu ». Non seulement il fait l'erreur d'embrigader la science et de faire de ses « vérités » des actes de foi, mais en outre il rend impossible tout progrès de la science, justement. Loin d'être la solution, un contrôle supérieur de l'écologiquement correct ne ferait qu'empirer les choses. Plutôt que ces mesures liberticides, c'est une plus grande liberté qu'il faut pour laisser émerger les idées les plus innovantes et efficaces.

On peut également souligner que grâce au progrès, l'intensité énergétique des économies développées a fortement décru depuis plusieurs dizaines d'années. La courbe de Kuznets offre également un fondement scientifique à cette perspective.

La malhonnêteté scientifique : le jour du dépassement

Tombant chaque année un peu plus tôt, le jour du dépassement, selon certaines ONG (Global Footprint Network), marquerait le moment où l’ensemble des ressources naturelles produites en douze mois sur la Terre a été consommé. Ce concept cherche à imposer comme un fait scientifiquement établi l'idée que nous arrivons à court de ressources, que nous devrions nous diriger vers la décroissance et la pauvreté. Il utilise la notion d'empreinte écologique, qui équivaut quasiment à l’empreinte carbone. Cette notion présente de nombreuses lacunes et n'a aucune valeur scientifique, les ressources mesurées (terres agricoles, terres urbanisées, pâturages, pêche et forêts) n'étant pas en diminution. Elle n'a qu'une valeur idéologique :

« Les créateurs de cette mesure trompent les individus à dessein. [...] Afin de répandre cette peur, ils doivent exagérer les problèmes en les combinant et en suggérant qu’ils sont la conséquence de la trop grande prospérité et du développement de l’humanité. [...] Ce moralisme écologique nous dit que nous devrions tous vivre comme dans les pays pauvres. [...] Cela n’a rien à voir avec l’écologie, c’est une volonté de gagner un pouvoir politique et économique et de moraliser notre société ! (Michael Shellenberger, Le Point, 8 août 2019[8])

La nature, un espace violé par l'Homme ? L'Homme, un parasite ?

Le présupposé principal de la décroissance est que la nature est un espace violé par l'Homme, où celui-ci ne serait qu'un intrus, un « parasite ». Les excès de l'humanité sont présentés comme une menace envers l'humanité qui doit faire preuve, désormais, de chasteté, au bénéfice d'une nature idéalisée. Voici par exemple ce qu'écrivait David Graber, un biologiste américain[9]:

«  Des chercheurs en sciences sociales me disent que l'humanité est une partie de la Nature, mais ce n'est pas vrai. Quelque part en chemin [...] nous avons rompu le contrat (qui nous unissait à la nature) et nous sommes devenus un cancer. Nous sommes devenus une peste pour nous-mêmes et pour la Terre. [...] Il n'y a plus qu'à espérer un virus dévastateur. »
    — David Graber

Cyril di Meo, élu vert, reprend cette critique de la décroissance, qui est « une défense de la Nature appuyée sur une conception biocentrique de sacralisation de la Terre […], [qui] s’appuie sur une critique de la rationalité du monde moderne perçue comme destructrice de la planète et de l’ordre du vivant »[10]. On peut souligner d'ailleurs comme l'auteur que cette « disparition de l’authenticité du monde naturel passé » est caractéristique d'une pensée foncièrement réactionnaire. Un classique de la décroissance est en effet « l’irrationalisme mystique, le spiritualisme, l’anti-positivisme et la référence au temps cyclique, qui permet de retourner au passé, de restaurer un ordre antérieur » [11].

Ce présupposé est doublement faux. D'une part, la « nature » rêvée par ces écologistes n'existe pas : la nature est en perpétuel changement, des espèces apparaissent, disparaissent. C'est l'Homme qui protège la bio-diversité bien souvent.

En outre, la nature pure et accueillante idéalisée par les environnementalistes n'existe pas, et c'est à chaque fois l'Homme qui la domestique, qui aménage les fleuves pour limiter les inondations, qui se protège de conditions difficiles, qui aménage le paysage, etc.

Inefficacité de la contrainte étatique

Les leçons que l'on peut tirer de l'histoire montrent, de façon générale, le danger que représente l'intervention étatique pour l'environnement. Cela explique l'insistance des tenants de la décroissance à présenter pour nouveau ce qui n'est que reprise d'une solution déjà essayée.

Les expériences communistes l'ont établi, les régimes fondés sur la contrainte et planification, au lieu de la liberté et responsabilité, débouchent sur une pollution bien pire. Le gigantisme des projets industriels, la course à la puissance militaire, voire nucléaire, a conduit à des situations préoccupantes. Les « solutions » collectivistes n'ont créé que de l'irresponsabilité, et donc un gaspillage des ressources que personne n'estimait avoir à protéger. La catastrophe de la mer d'Aral ou Tchernobyl n'ont pas eu lieu à l'Ouest, mais à l'Est.

Si l'on bafoue les droits de la personne humaine, alors pour quelle raison respecter la nature et l'environnement ? Pourquoi conserver un comportement humain alors qu'on considère la vie humaine comme inférieure à celle de n'importe quelle autre espèce animale ?

Une idéologie dont les plus pauvres sont les victimes

La décroissance ne saurait mener qu'à la croissance... de la pauvreté, pour les pauvres des pays riches ou des pays pauvres. C'est par exemple ce que reconnaissait François Mitterrand, déclarant dans une réunion à la Mutualité : « Nous refusons la doctrine de la non-croissance, quels que soient les problèmes qui se posent aujourd’hui sur les ressources naturelles, parce que nous savons que l’absence de croissance pénalisera d’abord les plus pauvres, les plus démunis, c’est-à-dire ceux que nous voulons défendre »[12].

Développement durable et croissance verte, une critique commune

Malgré les divergences entre libéraux et tenants de la décroissance, il existe un point de convergence qui est celui de la critique du développement durable et la notion de croissance verte.

Les solutions libérales aux questions environnementales

Dans le cadre d'une économie libre de marché, les moyens de subsistance marqués par leur rareté peuvent être gérés par des mécanismes fondés sur les droits de propriété et sur le principe de responsabilité. Tout ceci allant dans le sens de la protection et l’amélioration de l’environnement.


Citations

  • «  [Le pacte de Nicolas Hulot] conduirait la France à régresser d'un demi-siècle et enclencherait irrémédiablement son déclin. Ce catastrophisme éclairé […] créerait chaque année plusieurs centaines de milliers de chômeurs et conduirait à mettre en place un système de rationnement comme nous n'en avons pas connu depuis l'occupation allemande. Comme les Français n’accepteraient pas ces contraintes, il faudrait de plus en plus mettre en place un régime bureaucratique et policier. Rien, dans ce programme, n’est laissé à l’initiative des citoyens, sauf aux écologistes patentés. Tout est fait pour faire votre bonheur malgré vous ! […] C'est un programme de décroissance qui tourne le dos au progrès. »
        — Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, 2007[13]

  • «  Il faut prendre la doctrine de la décroissance pour ce qu'elle est […] une lubie de gosses de riches parfaitement égoïstes. Mais cela va généralement ensemble. »
        — Pierre-Antoine Delhommais, L'Obscure lubie des objecteurs de croissance, Le Monde[14]

  • «  Il m'est impossible de trouver pour qui nous devrions économiser les ressources non renouvelables. Si nous, nous ne devrions pas nous en servir, alors la génération suivante elle aussi ne devrait pas s'en servir, ni les suivantes. »
        — Harry Browne

  • «  L’histoire et la logique montrent que l’humanité est bien plus sophistiquée et sait s’adapter bien mieux qu’il y paraît, en faisant évoluer son besoin et sa consommation en ressources à la fois en nature (technologie) et en quantité (marché). Le comprendre suppose de comprendre le marché. Car le mécanisme des prix est de loin la meilleure invention humaine pour contrôler la consommation des ressources. »
        — Stéphane Geyres, Demain, la décroissance ?, Libres !!

  • «  À la limite, le seul écologiste irréprochable est celui qui met tout en œuvre pour mourir sans laisser la moindre trace de son passage sur Terre. »
        — Didier Nordon

  • «  Les services qu'une pièce de terre déterminée peut rendre pendant une période de temps déterminée sont limités. S'ils étaient illimités, les hommes ne considéreraient pas la terre comme un facteur de production et un bien économique. »
        — Ludwig von Mises, L'Action humaine, Chapitre XXII

  • «  Le plus grand problème pour la planète ce sont les gens : ils sont trop nombreux, et trop nombreux à vouloir se développer économiquement. »
        — Sir James Lovelock interviewé par la BBC

  • «  La croissance économique signifie la progression de la production économique nationale. En décroissant, une nation produit des fruits moins nombreux – phénomène observé lors des grandes crises économiques. Se pose la question du moins-disant : quels sont les citoyens, individus, familles qui verront se réduire leur niveau de vie ? Sont-ce les personnes âgées, via les retraites ? Sont-ce les « riches », la classe moyenne, tout le monde ? Faut-il instaurer un « permis de procréer », de façon à réduire rapidement et drastiquement la population ? Il ne s’agit pas de soutenir que la décroissance n’est pas l’objectif des écologistes : elle l’est. Mais cela ne fait pas un système économique. »
        — Drieu Godefridi, L'écologisme, nouveau totalitarisme

Notes et références


  • L'illusion politique (1965), Jacques Ellul, éd. La Table Ronde, coll. « La petite vermillon », 2004, p. 40

  • Henri Lepage, Demain le capitalisme, Livre de poche

  • George Reisman, The toxicology of environmentalism, 1990, [lire en ligne]

  • Cécile Philippe, C'est trop tard pour la Terre, 2006, Éditions Jean-Claude Lattès, ISBN 2709629194, p. 29.

  • « Le monde n'est pas près de manquer de pétrole : Grand angle avec Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie », Les Échos, 14 novembre 2007

  • Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, p. 144.

  • Claude Allègre, op. cit., p. 145.

  • Voir aussi Le « jour du dépassement », une théorie mensongère.

  • tel que cité par George Reisman in The Toxicity of Environmentalism, 1990

  • Cyril di Meo, La face cachée de la décroissance, L'Harmattan, 2006

  • Di Meo, op. cit.

  • cité par Claude Allègre in Ma vérité sur la planète

  • Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, 2007, page 30 de l'édition ebook

    1. « L'Obscure lubie des objecteurs de croissance », Le Monde, 30 juillet 2006, [lire en ligne]

    Voir aussi

    Bibliographie

    Articles connexes

    Liens externes

     

     

    septembre 06, 2025

    Ah les "Mozart" de la finance en France, des champions, ils font mieux que prévu, beaucoup mieux même ! Cataclysmique ...

    Ce site n'est plus sur FB (blacklisté sans motif), 

    Le déficit budgétaire français est catastrophique !
    Il s'élève à 142 milliards...
    C'est 32% de plus que ce qu'il était prévu initialement à 107.2 milliards €.
    A ce rythme là, il n'y aura pas assez de jours fériés à supprimer pour compenser.
     

     
    Les conséquences en termes simples :
    🚨 L'État doit emprunter pour couvrir la différence
    🚨 La dette publique augmente encore
    🚨 L’État paye encore plus d'intérêts chaque année (50 milliards /an)
    🚨 Les marchés financiers perdent confiance et exigent des taux d’intérêt plus élevés pour prêter à la France (4.5% sur les obligations à 30 ans, un record de 2011)
    🚨 Le financement de l’État coûte encore plus, c'est un cercle vicieux.
    Soit l'Etat prends des mesures d'austérité (comme en Grèce, sans comparaison tout de même), soit l'Europe prend les commandes.
                                                    ---------------------------------
    Ces croyances qui envoient la France dans le mur de la dette
    « La France est trop importante, elle ne peut pas faire défaut », « la dette ne se rembourse pas », « il suffit de supprimer les 211 milliards d’aides aux entreprises »… Autant de clichés qui pourrissent le débat et empêchent de regarder la réalité des finances publiques françaises. Débunk.
    par Benjamin Sire @BenjaminSire et Philippe Silberzahn @phsilberzahn
     
    La première chose qui vous est demandée lorsque vous rejoignez les Alcooliques Anonymes, c’est d’admettre votre problème avec l’alcool. Sans cet aveu, rien n’est possible. À maints égards, il en va de même concernant la réalité de la crise de la dette française : tant que le pays ne reconnaîtra pas qu’elle constitue un sérieux problème, nul salut n’est envisageable pour ses finances. Et l’illusion dangereuse dans laquelle nous vivons se perpétuera…
    Car, de cette reconnaissance, nous sommes encore très éloignés. Notamment parce qu’il persiste au sujet de la dette un certain nombre de fausses croyances, abondamment entretenues par le personnel politique et certaines sphères militantes. Soit par manque de culture économique, soit par pur cynisme, parfois pour les deux raisons. Hélas, ces fantasmes délétères rendent impossible l’établissement d’un diagnostic lucide de la situation économique du pays. Si nous persistons à croire qu’il n’y a pas de problème, il est impossible d’y remédier.
    Raison pour laquelle nous allons nous atteler à examiner un certain nombre de ces croyances et tenter de débusquer les mensonges qu’elles recèlent.
     

     
     1 – « Il est impossible que les marchés financiers refusent de prêter à la France tant elle est importante dans la zone euro. »
    Ou, dans le même ordre d’idée :
    « La France ne peut pas faire défaut, comme ce fut le cas de la Grèce en 2012. »
    Ici, la croyance – quelque peu prétentieuse – est dans la singularité d’une France capable de s’affranchir des lois de l’économie. Parce que nous sommes « un grand pays », « l’un des deux principaux moteurs de l’Europe », nous serions à l’abri de la faillite. C’est oublier que d’autres grandes nations, comme le Canada ou la Nouvelle-Zélande, ont connu de violentes crises de la dette auparavant. Mais aussi, plus près de nous, l’Italie, troisième économie de la zone euro, avec des marqueurs assez proches des nôtres au moment du désastre, en 2011*.
    Si le défaut de paiement fut loin d’être atteint dans ces trois pays, et d’autres ayant connu des situations analogues, la potion qui leur a été infligée pour résoudre la crise fut extrêmement violente. Nous l’avons déjà montré à partir de plusieurs infographies – que nous reproduisons ici – rappelant les conséquences des mesures prises pour les fonctionnaires, les retraités, les salaires, l’emploi et les entreprises, dont nombre furent confrontées à la faillite.
    Certes, la France est une économie clé de la zone euro. Mais les marchés financiers évaluent le risque sur la base de ratios comme la dette publique (113 % du PIB en 2024 selon l’INSEE) et le déficit budgétaire (5,8 % du PIB). Une dégradation de la solvabilité ou une perte de confiance, comme lors de la crise des dettes souveraines de 2010-2012, pourrait entraîner des hausses de taux d’intérêt (ce qui est déjà le cas) ou un rationnement du crédit, y compris pour la France.
    Même si un « scénario à la grecque» est encore lointain, aucun État n’est immunisé contre un défaut souverain. Si la France bénéficie encore d’un large accès aux marchés et conserve le soutien de la Banque centrale européenne (BCE), la montée des taux (passés de 1,6 % pour les remboursements actuels à 3,4 %, voire 3,6 %), couplée à la crise des liquidités que nous connaissons, est franchement de mauvais augure. Et ce, de manière encore plus évidente au regard de l’incapacité du Parlement à s’accorder sur l’adoption d’un budget, dans un contexte d’instabilité politique et de fortes tensions sociales.
     
    2 – « La dette n’aura aucun impact sur moi ! »
    Encore raté ! Une crise de la dette a un impact sur tous les citoyens. Nous l’avons vu plus haut, en prenant les exemples du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l’Italie. Nous pourrions aussi évoquer la crise espagnole de 2012, même si celle-ci est autant liée à l’explosion de la bulle immobilière locale qu’à un dérapage des finances publiques. Elle a entraîné une explosion du chômage qui a touché 1 actif sur 4 et un jeune sur 2. Un prélèvement obligatoire de 2 % sur tous les salaires a été imposé pour financer les retraites. Quant aux fonctionnaires, ils ont perdu 8 % de leur pouvoir d’achat. Enfin, les 35 heures des fonctionnaires ont été jetées aux orties, voyant le temps de travail augmenter de deux heures et demie.
    Concernant l’Italie, à partir de 2011, un dixième des emplois de la fonction publique a été sabré, tandis que le pouvoir d’achat des fonctionnaires a baissé de 10 % et celui des retraités de 5 %, tandis que l’âge de départ a été repoussé de 4 ans pour atteindre celui de 66.
    Les fonctionnaires et les retraités ne sont pas les seuls touchés. Durant les crises financières suédoise de 1992 et canadienne de 1995, les entreprises ont été soumises à rude épreuve, les faillites s’étant accumulées de manière effrayante. Chemin que la France semble désormais emprunter depuis 2024, avec 66 422 dépôts de bilan, selon la BPCE, soit une hausse de 64,5 % par rapport à 2022 et de 18 % par rapport à 2023.
    Certes, la dette publique française n’est pas la cause unique de ces faillites. Mais, couplée à l’incertitude politico-économique, elle aggrave les possibilités de financement par la limitation des aides publiques et la hausse des taux d’intérêt, faisant particulièrement souffrir les sociétés ayant contracté des prêts garantis par l’État (PGE), non encore remboursés lors de la pandémie de Covid. Chacun – particulier, entreprise, fonctionnaire – est donc bien impacté par une crise de la dette.
     

     
     3 – « Cela fait 30 ans qu’on nous dit la même chose et regardez, nous sommes toujours en vie ! »
    Ici, la croyance est le produit de ce qu’en psychologie on appelle le biais de normalité. Il consiste à nier ou minimiser des avertissements relatifs à un danger, donc à sous-estimer la probabilité d’une catastrophe. En suivant la logique d’un tel raisonnement, toute personne vivante peut se croire immortelle. On retrouve là le fameux « jusque-là tout va bien», popularisé par le film La Haine, faisant le récit des considérations d’un homme chutant d’un précipice sans avoir encore touché le sol.
    Certes, la France est toujours « en vie », mais sa dette va progressivement lui coûter très cher, après une période pré-Covid où les taux étaient particulièrement avantageux. Par ailleurs, n’oublions pas que l’histoire progresse par paliers et que les facteurs de crise mettent longtemps à produire leurs effets. Mais lorsque le drame se présente, c’est de manière soudaine et brutale. Cela n’est pas sans rappeler la fameuse citation d’Hemingway : « Comment avez-vous fait faillite ? De deux façons. Progressivement, puis soudainement. » Or, si la France continue patiemment à courir à sa perte, sans changer de trajectoire, elle risque d’y parvenir brutalement.
    Particulièrement dans un moment où la charge de la dette atteint un seuil très inquiétant (près de 70 milliards d’euros annuels prévus pour 2026) et ne cesse d’augmenter, tout comme les taux d’intérêt. Ceux de l’obligation française à 30 ans viennent d’ailleurs de franchir les 4,5 %, ce qui est très inquiétant et n’était pas arrivé depuis 2011, date de la crise de la zone euro.
     
    4 – « Pas d’inquiétude, la dette ne se rembourse jamais ! »
    Cette croyance, encore reprise dans une tribune publiée dans Le Monde il y a quelques jours, sous la plume d’économistes d’Attac et de la Fondation Copernic, est dangereuse, tant elle est couramment diffusée. Car si la dette totale semble effectivement se perpétuer sans être remboursée, ce n’est qu’une impression. Les États comme la France ne remboursent généralement pas le principal de leur dette de manière massive. Mais ils le font concernant les anciens emprunts arrivés à échéance et en contractent de nouveaux de manière continue.
    Cette pratique est standard en économie publique, permettant de maintenir la liquidité sans choc budgétaire immédiat. Problème : plus les taux d’intérêt montent, plus ces échéances et les intérêts à rembourser obligatoirement augmentent. Tant que les taux restaient sous les 2 %, cela semblait soutenable. Mais avec la dynamique actuelle de remontée des taux, conjuguée à un montant de dette global sidérant, cela change la donne en profondeur et grève considérablement les finances publiques et les marges budgétaires.
    En résumé : on rembourse les anciens emprunts à taux faible, mais on contracte les nouveaux à des taux plus élevés. Pire, cette situation peut conduire à l’introduction d’une spirale auto-réalisatrice si les marchés financiers perdent confiance, comme l’a illustré la crise italienne de 2011. À l’époque, l’Italie, avec une dette publique autour de 120 % du PIB et une croissance atone, a vu ses taux d’emprunt à 10 ans bondir à plus de 7 %, en raison d’une contagion depuis la Grèce, d’un déficit budgétaire persistant et d’une forte instabilité politique.
    Pour la France, un tel épisode pourrait survenir si le ratio dette / PIB dépasse durablement 115 % (projeté à 116 % fin 2025), entraînant une hausse des spreads obligataires (différentiel avec l’Allemagne), qui obligerait l’État à pratiquer des ajustements brutaux. C’est ce que rappellent les avertissements de la Cour des comptes, soulignant notre vulnérabilité accrue aux chocs externes.
     

     
     5 – « La dette ne pèse pas sur les enfants, mais finance un patrimoine bénéfique. »
    Cette autre croyance, figurant dans la tribune du Monde précitée, est séduisante, car la dette peut financer des actifs productifs. Mais, en réalité, elle sert surtout à couvrir des dépenses courantes. Elle ignore aussi les coûts d’opportunité : des intérêts élevés absorbent des fonds qui pourraient aller à l’éducation ou à la transition écologique.
    Avec une durée moyenne de la dette de 8 à 9 ans, les remboursements futurs (via les impôts ou de nouvelles coupes budgétaires) affecteront bien les générations futures. Surtout, les prêts que nous contractons ne financent pas des investissements, mais des dépenses de fonctionnement. En 2023, le manque à gagner de notre système de retraite, évalué à 70 milliards, a ainsi représenté quasiment la moitié du déficit public.
     
    6 – « Avec 211 milliards de cadeaux aux entreprises ces dernières années, on sait où trouver les économies budgétaires ! »
    Problème : le chiffre de 211 milliards – soit trois fois le budget de l’Éducation nationale – régulièrement avancé est faux. Il inclut de nombreux financements qui ne vont pas aux entreprises privées ou dépendent de politiques vertueuses. Par exemple, les aides à l’audiovisuel public, aux affaires maritimes, à l’agriculture, aux territoires ultramarins ou aux emplois aidés. Mais aussi des subventions environnementales, et bien d’autres.
    Ce chiffre provient d’un rapport du Sénat qui recense plus de 2 200 dispositifs en faveur des entreprises pour l’année 2023. Son montant diverge d’ailleurs d’autres évaluations officielles, comme celle du Haut-Commissariat au Plan, qui trouve 111,9 milliards en adoptant un périmètre plus précis.
    Comme l’a expliqué Benjamin Dard dans Franc-Tireur, sans ces aides, « notre économie ne résisterait pas dans la compétition internationale. Depuis les années 1990, l’État tente d’amortir le coût du travail. Pas par idéologie néolibérale, mais parce que, pour financer un modèle social à part, les entreprises françaises ploient sous les charges. C’est même le pays où le coût du travail est le plus élevé, selon l’OCDE. […] Supprimez ce dopage et bon courage pour rester compétitif face à la Chine ou à l’Allemagne. »
    Et pourtant, ces aides ne suffisent pas à « remédier aux déséquilibres mondiaux entre puissances », comme l’écrit un rapport de Rexecode (Centre de recherches pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises). D’autant que d’autres grandes nations utilisent les mêmes méthodes avec des montants variables : environ 202 milliards pour l’Allemagne, 181 milliards pour les États-Unis, 335 milliards pour la Chine, qui n’ont pourtant pas les mêmes contraintes liées aux cotisations sociales.
    Il n’est donc pas question de cadeaux, mais de dispositifs indispensables pour limiter l’impact de notre modèle social par rapport à celui des autres grandes puissances. La suppression de ces aides viendrait immédiatement renchérir le coût de fonctionnement des entreprises bénéficiaires, ce qui aurait un impact négatif sur leurs résultats et réduirait leur contribution aux finances publiques.
    Ainsi, en supprimant ces aides, l’État et les finances publiques seraient sans doute finalement perdants.
     

     
     
    Conclusion
    Tant que la question de la dette sera publiquement abordée sur le fondement de ces fausses croyances – et d’autres, voir encarts abonnés –, la France continuera à se rapprocher d’une crise majeure dont les remèdes pèseront lourdement sur le portefeuille de chacun de ses citoyens. Et cela, ni les institutions, ni les entreprises, ni les citoyens ne peuvent se le permettre.
     

     

    novembre 20, 2015

    Le désastre de la recherche et développement en France

    L'Université Liberté, un site de réflexions, analyses et de débats avant tout, je m'engage a aucun jugement, bonne lecture, librement vôtre. Je vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.




    Sommaire: 

    A) Alain Prochiantz, Collège de France : "Les choix budgétaires en matière R&D publique et privée sont désastreux" - Le Nouvel Economiste - Propos recueillis par Patrick Arnoux

    B) Innovation de Wikiberal

    C) Power to the user: comment l’innovation remet la technologie dans les mains des utilisateurs - Philippe Silberzahn






    A) "Les choix budgétaires en matière R&D publique et privée sont désastreux"




    Pour le chercheur-enseignant-patron de cette institution atypique, il faut créer les conditions matérielles et financières pour que la recherche en France reste une activité valorisée et attractive. Nous n’en prenons pas le chemin

    Cénacle de beaux esprits, loin des paillasses et des souris, les vastes bureaux et salons de boiseries blondes de l’administrateur du Collège de France viennent d’accueillir, il y a quelques semaines, un biologiste intime de ces labos travaillant sur les organismes vivant. Il est le nouveau “patron” d’un ensemble choisi de professeurs à la carrière prestigieuse enseignant dans toutes les disciplines scientifiques ou littéraires dans des amphithéâtres où se côtoient l’homme de la rue et le super-chercheur distingué. Au-delà du rayonnement de cette institution qu’il veut démultiplier grâce au numérique, c’est l’état actuel de la recherche en France qui suscite de sa part une véritable alarme. Indigné par la situation matérielle “catastrophiques” accordée aux chercheurs, au nom de la compétitivité de l’économie et des stratégies d’innovation, il plaide avec fougue pour une amélioration sensible de leur traitement et moyens. Tous les pays qui ont l’intention d’exister dans les années qui viennent augmentent leur investissement en recherche et développement (R&D). Ainsi, l’Allemagne l’a fait passer ces 20 dernières années de 2,25 % à 3 % de son PIB. La France, contrairement aux recommandations du traité de Lisbonne de 2000, en est restée au même pourcentage ,très insuffisant, de 2,25 %. Conséquence : nos voisins allemands investissent 30 % de plus que nous dans le secteur global de la R&D (public et privé), soit un différentiel de 16 milliards par an pour un PIB français de 2000 milliards. 

    “Nos voisins allemands investissent 30 % de plus que nous dans le secteur global de la R&D (public et privé), soit un différentiel de 16 milliards par an ” 

    Ces 2,25 % se répartissent à peu près en 1,4 % pour le secteur privé et 0,8 % pour le secteur public. Il serait nécessaire que la part du public passe à 1 % – soit environ 4 milliards de plus – et celle du privé à 2 %, soit à 12 milliards supplémentaires. Ce déficit d’investissement est préoccupant, car l’innovation, que précède la recherche, est indispensable pour que l’offre des entreprises ait un contenu adapté à une demande de plus en plus avide de technologie. La baisse de compétitivité de notre industrie est donc en partie explicable par la politique de R&D menée en France depuis au moins 1995. 

    Les relations Recherche publique et privée
    Les relations entre la recherche publique et celle du privé, en principe fondamentale pour l’une et appliquée pour l’autre, sont très importantes. Pour la recherche publique, une très grande liberté est nécessaire car la programmation y est difficile, voire illusoire. D’expérience, nous savons que des découvertes qui peuvent sembler ésotériques et sont d’un coût minime, se révèlent parfois sources d’innovations révolutionnaires d’intérêt sociétal et économique important. 

    “Des découvertes qui peuvent sembler ésotériques et sont d’un coût minime, se révèlent parfois sources d’innovations révolutionnaires d’intérêt sociétal et économique important” 

    Pour le privé, les grands groupes mènent toujours ou presque une recherche forte, mais elle peut être localisée, dans des proportions variées, en France ou à l’étranger. Par exemple, Sanofi a considérablement investi dans la région de Boston, un des grands sites mondiaux aujourd’hui pour la biologie, et ce n’est pas uniquement pour des raisons fiscales, même si ces raisons peuvent compter. Les investissements des petites et moyennes entreprises (PME) et des très petites entreprises (TPE) sont aussi très utiles pour augmenter la technicité de leur offre. Un exemple important de TPE est celui fourni par les start-up souvent créées par des chercheurs ou anciens chercheurs à partir de brevets pris par les laboratoires publics. Cela représente toutefois une goutte d’eau et ces initiatives, de plus en plus fréquentes, ne sont pas assez aidées, en particulier au niveau de ce qu’on appelle la preuve du concept ; d’autres disent la “vallée de la mort”. 

    Le fléchage du crédit d’impôt recherche
    On doit donc plaider pour un crédit impôt recherche (CIR) concentré sur les PME, TPE et start-up, plus les grands groupes, français ou étrangers, qui investissent en France dans le secteur R&D. En revanche, on ne voit pas à quel titre des groupes qui n’investissent pas en France, voire s’en désengagent pour investir à l’étranger, pourraient en être bénéficiaires. Le résultat global est que le passage du CIR à près de 7 milliards par an n’a pas fait bouger d’un dixième de pour cent les investissements en R&D, malheureusement. 

    “Le passage du CIR à près de 7 milliards par an n’a pas fait bouger d’un dixième de pour cent les investissements en R&D, malheureusement” 

    Cela a été rappelé par la Cour des comptes et n’est pas acceptable, sauf à dire ouvertement que le CIR est un outil d’optimisation fiscale avant d’être une incitation à l’investissement en R&D. Pour comparaison, la dotation d’État au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) est de 2,5 milliards, plus 1 milliard de fonds propres toutes disciplines confondues, avec les salaires des 24 300 agents permanents et 9 400 contractuels inclus. 

    Les rapports entre le monde académique et économique
    Les liens entre le monde académique et celui de l’entreprise sont essentiels. Pas seulement parce que les recherches fondamentales sont le plus souvent en amont des innovations industrielles, mais surtout parce que les industriels préfèrent investir là où il y a un milieu intellectuel très riche et du personnel très bien formé grâce à une recherche académique de très haut niveau. 

    “On ne favorisera pas le rapprochement nécessaire entre les deux mondes – la recherche et l’innovation – en asséchant financièrement la recherche publique” 

    Dans la région de Boston, on trouve le MIT et Harvard, et des centres de recherche industrielle et de jeunes entreprises en particulier de biotechnologies y poussent comme champignons à l’automne. Une recherche académique d’excellence crée un milieu intellectuel attractif (les industriels ne sont pas des idiots) et forme une main-d’œuvre extrêmement qualifiée qui trouve des débouchés dans le secteur de l’innovation. On ne favorisera pas le rapprochement nécessaire entre les deux mondes – la recherche et l’innovation – en asséchant financièrement la recherche publique, espérant qu’elle va ainsi se mettre à travailler pour le secteur du développement. Cette politique a été menée par tous les gouvernements français, indépendamment leur couleur politique. Cela ne marche pas comme ça ! Les relations entre recherche et développement sont beaucoup plus intimes quand d’anciens doctorants formés par les laboratoires publics vont travailler dans un laboratoire privé. Voilà comment l’on fait des rapprochements fructueux, pas en provoquant des mariages forcés fondés sur la pénurie. 

    Les universités et les Grandes écoles
    En comparaison avec la plupart des grands pays, en France, le diplôme de Docteur d’université est peu valorisé et peine à être pris en compte dans les conventions collectives. Sans oublier le problème des élites, les recrutements se faisant souvent par relation, via des associations d’anciens élèves (polytechniciens, normaliens, énarques,...) plutôt que sur le CV d’un docteur ayant fait une thèse dans un bon laboratoire. Tant que cela durera, on aura beaucoup de mal à rapprocher la recherche académique de l’industrie privée et à faire entrer une culture de la R&D dans l’une comme dans l’autre. Ce qui ne justifie pas les discours plaidant pour la suppression des grandes écoles ou leur mise sous tutelle universitaire. Il est vrai que les grandes écoles devraient avoir un secteur recherche beaucoup plus développé. Mais ce ne sont pas leurs 80 000 étudiants qui empêchent le développement d’une recherche universitaire, et surtout sa prise en compte par l’industrie. Il est clair que l’on n’investit pas assez dans l’université. Mais on ne résoudra pas le problème en supprimant les grandes écoles qui ont fait la preuve de leur efficacité, même si y introduire plus de recherche est une urgence. 

    Le politique et la recherche
    Pour les politiques français, à l’exception du général De Gaulle, la recherche n’est jamais une priorité budgétaire, alors qu’elle devrait l’être pour tout gouvernement qui a le souci des générations futures. Tout autant que le CIR, le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) aurait pu être assujetti à un certain niveau d’investissement dans le développement. Des exemples démontrent ce manque d’intérêt. On abandonne 900 millions en supprimant les portiques de l’écotaxe, on réduit la TVA des restaurateurs à 5 % – 3,5 milliards de manque à gagner pour l’État – pour la remonter à 10 % ensuite, abandonnant ainsi 2 milliards, chiffres à comparer aux 2,5 milliards de dotation du CNRS. On doit s’affliger de ces choix de court terme, parfois dictés par la crainte des lobbys ou favorisant des professions “vecteurs d’opinion”. Les chercheurs sont des gens bien élevés peu enclins aux actions violentes dont on sait qu’ils n’arrêteront jamais de travailler, mais le problème est surtout qu’ils puissent continuer leur travail. Ces choix budgétaires sont désastreux, car vous ne ferez jamais venir des chercheurs ambitieux en leur disant qu’ils vont jouer en ligue 2. Ils partiront ailleurs, vers d’autres métiers ou à l’étranger, même s’ils ont été formés, excellemment et à grands frais, en France. L’importance de la recherche pour la production de connaissances nouvelles et ses interactions avec le système éducatif doit faire comprendre que ce qui est ici en jeu, c’est notre existence symbolique, économique, voire à plus long terme politique. 

    Rappel: “On ne favorisera pas le rapprochement nécessaire entre les deux mondes – la recherche et l’innovation – en asséchant financièrement la recherche publique” 

    Ils partiront, car nous constatons déjà des départs. Le milieu scientifique est un milieu extraordinairement international. Il ne s’agit pas là de chauvinisme car il est sain que des Français partent, à la condition qu’ils reviennent ou que des étrangers de talent arrivent, attirés par notre excellence. Les chercheurs qui peuplent nos laboratoires font face à une compétition internationale qui prend en compte la formation, les salaires et la qualité de l’outil de travail. Si l’on veut que les jeunes formés dans de très bons laboratoires en France – encore cinquième ou sixième puissance scientifique au niveau mondial selon les chiffres de l’Observatoire des Sciences et des Techniques (2014) – y fassent carrière, il faut non seulement leur donner accès aux outils de recherche les plus performants, mais aussi les payer correctement. Tel n’est pas le cas. Dix ans après le début de leur travail de thèse, s’ils ont de la chance, les jeunes chercheurs auront un poste dans un organisme de recherche ou dans une université avec un salaire de 2 000 à 2 500 euros nets par mois, puis une carrière de fonctionnaire. Le format classique d’une carrière de chercheur, c’est : une thèse dans un laboratoire en France, un stage postdoctoral de plusieurs années (entre 2 et 5 ans), le plus souvent à l’étranger, puis le parcours du combattant pour trouver un poste dans un grand établissement de recherche comme le CNRS, à l’université ou dans l’industrie, dont j’ai rappelé à quel point elle était frileuse pour l’embauche de Docteurs d’université. Pourtant, ils sont recherchés dans le monde entier. Pas plus que la plupart de mes collègues, je n’ai de problème pour placer mes anciens étudiants dans les meilleurs laboratoires aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou en Suisse. Mais quand ils ont comme perspective de démarrer à trente-cinq ans avec les salaires indiqués, on comprend qu’ils peuvent choisir l’exil ou un autre métier. Les chercheurs comme les professeurs sont moins bien payés en France que dans nombre de pays développés, dont l’Allemagne, notre référence européenne. Or ils ont l’habitude de voyager et sont partie prenante d’une société scientifique internationale. Ils vont là où ils peuvent s’épanouir et se réaliser, dans une activité fondée pour une grande part sur la curiosité et la passion. Une fois partis, on peut espérer qu’ils reviennent, mais il faut créer les conditions matérielles et financières pour que la recherche en France reste une activité valorisée et attractive. Nous n’en prenons pas le chemin. 

    Le décrochage irréversible
    C’est aussi une question de culture. Du fait de sa culture scientifique très forte et très ancienne, la France garde un excellent niveau. Mais si nous décrochons sur le plan culturel, celui de la qualité et du nombre des enseignants et des chercheurs qui non seulement produisent le savoir mais le transmettent, il n’y aura pas de retour possible. Le décrochage sera irréversible. Or quand une génération de chercheurs part à la retraite, si entre-temps, de jeunes talents n’ont pas été attirés dans la recherche, on perd le fil culturel. On ne remonte pas aisément cette pente-là. Il est urgent d’embaucher dans la recherche académique des chercheurs plus jeunes à des salaires plus élevés. Soit deux ou trois ans après la soutenance de leur thèse, au lieu des 5 à 10 ans aujourd’hui. À des salaires plus élevés, soit autour de 3 000 euros de salaire net par mois, ce qui, à 30 ans et à ce niveau de compétence, est raisonnable, mais cesse de l’être quelques années plus tard. Créer cet appel d’air vers les métiers de la recherche est une priorité. 

    “Si nous décrochons sur le plan culturel, celui de la qualité et du nombre des enseignants et des chercheurs qui non seulement produisent le savoir mais le transmettent, il n’y aura pas de retour possible” 

    Les politiques, surtout les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en conviennent, mais répondent “on n’a pas d’argent”, ou plus exactement “Bercy ne veut pas” ! Cela prêterait à rire si ce n’était si grave, car cela ne coûte pas grand-chose à l’échelle du budget d’un grand pays. Un jeune chercheur aujourd’hui coûte 55 000 euros par an, charges comprises. 1 000 chercheurs de plus ne coûteraient jamais que 55 millions par an. 

    Les idées fausses sur la recherche académique
    Il faut rendre une grande liberté à la recherche publique, non seulement parce que la plupart des découvertes importantes ne sont pas programmables, mais aussi parce que c’est le moyen le plus efficace pour attirer les meilleurs chercheurs. Cette liberté a été rognée récemment par deux idées fausses. La première est qu’en incitant la recherche publique à s’orienter vers les applications, on va la rapprocher de l’industrie. En réalité, c’est tout le contraire, les industriels préférant investir dans les régions où la recherche fondamentale est forte. La deuxième est que la recherche académique doit répondre à la demande sociale dans des délais courts. Logique qui a conduit l’Agence nationale de la recherche (ANR) à aligner ses objectifs sur ceux de l’agenda 2020 de la Communauté européenne. Cette démarche, dont la logique est celle d’un “business plan”, défavorise des domaines qui ne semblent pas rapidement “porteurs d’avenir sociétal” aux décideurs. 

    “En incitant la recherche publique à s’orienter vers les applications, on va la rapprocher de l’industrie. En réalité, c’est tout le contraire” 

    Pire, elle ne marche pas pour les domaines qu’elle voudrait favoriser. Certes, si les scientifiques constatent que le pays décroche dans des domaines importants par exemple, en France aujourd’hui, la biologie synthétique –, il est nécessaire d’inciter les recherches dans ces directions. Mais pour le reste, il faut prendre le risque de la curiosité et de l’intelligence. Quel “plan cancer”, quel “plan Alzheimer” aurait financé des travaux sur la variation des couleurs des grains d’un épi de maïs ou des pétales du pétunia ? Et pourtant, ces recherches ont conduit à la découverte de l’instabilité des génomes et à celle des ARN interférents aux conséquences incalculables dans le domaine des pathologies. Voilà pourquoi l’essentiel des recherches doit être laissé à l’appréciation des scientifiques, à partir du moment où ils sont bons. C’est comme cela qu’on avance ! Ce n’est pas cher (20 milliards d’euros si on atteint 1 % du PIB), et à plus ou moins long terme, c’est indispensable à notre existence symbolique, notre compétitivité économique, notre survie politique. 

    La programmation contractuelle de la recherche
    L’Agence de financements de projets de recherche -ANR- a été créée dans le contexte d’une méfiance vis-à-vis des grands établissements publics comme le CNRS, en dépit du rôle décisif qu’ils ont joué dans notre maintien dans la cour des grands pays scientifiques. Elle répond à une logique de programmation contractuelle de la recherche qui n’a pas bonne presse à gauche, mais qui s’est révélée très utile dès lors que les 2/3 des contrats étaient “blancs”, non ciblés sur des objectifs sociétaux. Elle est la sœur jumelle de la DFG allemande dotée de 2 milliards d’euros. La très récente réduction de son budget de 800 millions à 500 millions et son alignement sur l’agenda 2020 de la Communauté européenne sont donc une catastrophe. 

    Non compensée par les financements pérennes, cette réduction a mis certaines équipes à l’os ! Beaucoup se sont félicités de la mise en cause de l’ANR. À gauche, à cause son côté contractuel, à droite par crainte de son aspect équitable. Aujourd’hui, la recherche est très souvent organisée en instituts, centres ou départements, constitués de plusieurs équipes indépendantes recrutées sur appel d’offres international par des jurys internationaux, et utilisant des plateformes technologiques mutualisées. Ces centres sont dirigés par des responsables d’équipe, le plus souvent un chercheur qui a un peu de “bouteille”. L’avantage de l’ANR est qu’une partie du financement ne passe plus par ce seul directeur, mais par des appels d’offres compétitifs. Donc pour 50 à 75 % de leur budget de fonctionnement, toutes les équipes sont à égalité, sans dépendance vis-à-vis du directeur qui lui aussi doit être compétitif. Ce mécanisme casse le mandarinat tout en étant élitiste, ce qui évidemment explique l’hostilité réunie des mandarins et des syndicats qui ont poussé à la réduction des crédits de l’ANR, avec en prime – du fait de la politique gouvernementale la réduction des programmes blancs. 

    “Beaucoup se sont félicités de la mise en cause de l’ANR. À gauche, à cause son côté contractuel, à droite par crainte de son aspect équitable” 

    Ce côté élitiste n’est réel que si le budget est faible. Supposons qu’il soit de 1,5 milliard d’euros permettant de sélectionner chaque année 20 % à 25 % des demandes pour des contrats de 3 à 4 ans, on voit immédiatement qu’à l’équilibre, 60 à 80 % des équipes sont financées. Les autres peuvent avoir recours à d’autres financements ou bénéficier de la solidarité des équipes financées. Et si certaines doivent disparaître très peu – du fait d’une qualité insuffisante, qui s’en plaindra ? On voit donc que ce financement, s’il est “blanc”, assure la liberté et l’équité et permet une solidarité et des échanges ouverts entre les équipes. A contrario avec un taux de succès divisé par 3 – les 500 millions d’euros actuels – et des programmes ciblés, c’est non seulement la fin de l’équité – le directeur pèse de tout son poids dans la distribution des crédits – et de la liberté, mais aussi l’installation de la guerre au sein d’un même centre. 

    Le caractère unique du Collège de France
    Le Collège de France n’est pas une maison comme les autres. Créé en 1530, il recrute à la fois des professeurs dont l’élection est l’aboutissement d’une carrière extraordinaire, mais aussi d’autres, certes excellents, mais qui pensent un peu “à la marge”. Un risque, mais le Collège de France n’est pas l’Institut de France dont la coupole abrite les cinq académies, et ce risque assumé est nécessaire. Sinon, le Collège pourrait se transformer en assemblée de “notables” ; ce ne serait pas honteux, mais ce n’est pas sa vocation. Cette tradition n’empêche pas l’introduction de changements importants. L’un d’entre eux a consisté à créer des chaires annuelles ou pluriannuelles de professeurs invités. L’enseignement qu’elles prodiguent permet d’agrandir et de diversifier notre offre intellectuelle au-delà de celle des chaires pérennes, dont les contraintes sont incompatibles avec l’activité “hors Collège” des titulaires de chaires temporaires. Sans parler de la difficulté, du fait des conditions matérielles actuelles de l’exercice de nos métiers, d’attirer des chercheurs étrangers de haut niveau. L’année dernière, par exemple, nous avons reçu le sculpteur Tony Cragg sur une chaire de création artistique, et nous avons actuellement dans nos murs Thomas Sterner, un économiste suédois qui enseigne dans le cadre de la chaire “Développement durable - Environnement, énergie et société” soutenue par le groupe Total. En janvier, nous accueillerons pour un an le Professeur Sahel, titulaire la chaire annuelle “Innovation technologique” subventionnée par la Fondation Bettencourt-Schueller. Une chaire annuelle “Informatique et sciences numériques” accueille aussi chaque année un spécialiste éminent du domaine, avec l’aide de l’Inria. 

    “Créé en 1530, il recrute à la fois des professeurs dont l’élection est l’aboutissement d’une carrière extraordinaire, mais aussi d’autres, certes excellents, mais qui pensent un peu “à la marge” 

    Professer ici est difficile, car il faut le faire au plus haut niveau tout en étant compréhensible par tous. En effet, notre enseignement, non diplômant, est ouvert à tout public, depuis le chercheur spécialisé dans le domaine, jusqu’à “l’homme de la rue” ; ce public exigeant, qui suit les cours dans les amphithéâtres mais aussi, et de plus en plus, sur Internet, veut savoir ce qui a été découvert très récemment. C’est le fabuleux défi d’enseigner la recherche “en train de se faire”, avec une liberté totale du contenu de l’enseignement mais l’obligation de le changer tous les ans, ce qui représente une difficulté extrême. 

    Le grand défi numérique
    Nous avons énormément investi dans le numérique afin de donner la possibilité de suivre les cours du Collège de France par Internet. Tout est filmé, traduit en anglais pour la plupart des cours, en chinois pour certains d’entre eux. Mais cet outil numérique n’est pas encore à son optimum. Nous avons l’ambition de fabriquer des objets numériques – pas simplement des cours filmés qui ne sont pas pensés pour le numérique. Un cours, c’est du théâtre vivant, du spectacle. Nous allons y travailler afin de fabriquer ces objets et les mettre à la disposition de tous les publics, les curieux, mais aussi ceux qui voudraient les utiliser à des fins variées, culturelles évidemment, mais aussi pédagogiques. Bref, il s’agit de produire des contenus de la plus haute exigence intellectuelle et de les mettre à la disposition de tous, en France comme à l’étranger, et pas seulement des auditeurs qui fréquentent les amphithéâtres. Cela correspond à notre mission, mais demande des compétences nouvelles et des financements considérables. Actuellement, les téléchargements se comptent en millions. Mais nous avons initié une étude plus analytique de l’écoute sur Internet pour affiner notre politique. Quel genre de cours intéresse le plus le public ? Quelle est la durée de visionnage ou d’écoute ? Les traductions en anglais sont-elles suivies ? Quels sont les publics en termes de tranche d’âge, de nationalité, de catégorie sociale, etc. ? Seul l’administrateur connaît la fréquentation réelle des cours. Et cette information ne sera jamais divulguée. Car le Collège de France ne se dirige pas à l’audimat. 

    La recherche au Collège de France
    Si notre enseignement est fondé sur la recherche, notre mission est aussi de développer cette dernière. Certains professeurs peuvent mener leurs travaux à l’extérieur du Collège de France, même s’ils y enseignent. Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie, a son laboratoire à Strasbourg ; Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique, a longtemps travaillé à l’École normale, tout comme Serge Haroche, lui aussi prix Nobel de physique. Jadis François Jacob et Jaques Monod, prix Nobel de médecine, aujourd’hui Philippe Sansonetti, Christine Petit et Jean-Pierre Changeux, sont à l’Institut Pasteur, Alain Fisher à Necker, Stanislas Dehaene au CEA, Edith Heard à l’Institut Curie. Mais il y a aujourd’hui du nouveau dans le domaine des sciences expérimentales : grâce à d’importants travaux de rénovation, nous avons ouvert en 2009 près de 8 000 m2 de laboratoire en biologie, qui s’ajoutent à un autre bâtiment en cours de restauration, et nous venons d’ouvrir encore 10 000 m2 de laboratoires en physique et en chimie. Du côté des sciences humaines et sociales, le Collège mène d’importants travaux de rénovation de l’Institut des civilisations qui vont démarrer pour une période de 3 ans, ce qui permettra aux professeurs et à leurs équipes de travailler dans d’excellentes conditions, avec des postes de travail nouveaux, d’accueillir de nouvelles équipes dans des bibliothèques agrandies et mutualisées, et de développer une politique active de numérisation des ouvrages et de développement des humanités numériques. Cette opération est soutenue par l’État, la région Île-de-France et le Collège, qui lui-même y engage 8 millions de fonds propres dont une part est recueillie à travers sa fondation. Les nouveaux bâtiments de biologie, chimie et physique ont nécessité des investissements de l’ordre de 60 millions d’euros de la part de l’État, mais avec une contribution du Collège, une participation de la région et l’apport de dons privés, non seulement pour la rénovation des bâtiments, mais aussi pour l’équipement des laboratoires. 

    “La dotation du Collège de France n’ayant pas augmenté pour faire face à ces nouvelles charges, il nous faut aller chercher les financements auprès des donateurs privés” 

    Cela nous a permis de développer la recherche sur le site du Collège de France avec l’arrivée de Serge Haroche, Jean Dalibard et Antoine Georges en physique, de Marc Fontecave, Clément Sanchez et Jean-Marie Tarascon en chimie, de Hugues de Thé et moi-même en biologie. Tous réinvestissent ces locaux et montent des instituts de recherche attirant de jeunes équipes recrutées sur appel d’offres international et par des jurys internationaux. C’est ainsi que la physique vient de recruter 3 jeunes équipes et que la biologie en a accueilli 18 depuis 2011. Mais l’investissement de 60 millions en surface de laboratoire et bibliothèque suppose un coût annuel d’entretien, sans compter le coût de la recherche, d’environ 3 millions d’euros. La dotation du Collège de France n’ayant pas augmenté pour faire face à ces nouvelles charges, il nous faut aller chercher les financements auprès des donateurs privés, et certains sont très généreux, en premier lieu la Fondation Bettencourt-Schueller. Mais ce n’est pas là une tradition française et ces dons, très insuffisants, ne peuvent se substituer à une augmentation de notre budget récurrent qui doit financer notre mission de service public. Ce n’est pas le cas du seul Collège de France, mais parce qu’il se considère comme le navire amiral de la recherche et de l’enseignement en France, celui-ci a le devoir, par-delà ses propres difficultés financières, de rappeler que le financement de la recherche et de l’enseignement ne constitue pas une dépense, mais bien un investissement. Faute d’un véritable sentiment d’urgence, on tarde à en tirer les conséquences budgétaires. Sans changement de politique, nous finirons par perdre notre rang et remonter la pente sera difficile, voire impossible. 

     Alain Prochiantz

    Bio express Savant, prof et patron
    Diplômé de l’École normale supérieure, Alain Prochiantz choisit après sa thèse la neurobiologie, puis devient directeur de recherche au CNRS. Il prend ensuite la direction du département de Biologie de l’École normale supérieure, puis devient titulaire de la chaire “Processus morphogénétiques” du Collège de France en 2007, dont il est élu administrateur en 2015. Auteur de nombreux articles et d’une dizaine de livres sur le cerveau, ce neuro-scientifique réputé est aussi membre de l’Académie des sciences, et préside le comité de la recherche de la Fondation pour la recherche médicale (FRM).



    B) Innovation de Wikiberal

    L'innovation est un concept qui est malheureusement largement confondu dans le langage grand public avec celui de l'invention. Or, ces deux termes complémentaires sont strictement bien différents. L'invention se rattache à la création d'un produit ou d'une idée. L'invention technologique est brevetable, celle des idées ne l'est pas. Depuis Joseph Schumpeter, dans son ouvrage, "Capitalisme, socialisme et démocratie", nous savons que ce ne sont pas les inventions mais les innovations qui engendrent le développement économique. L'innovation peut être interprétée comme l'application économique et discursive[1] d'une invention ou d'une novation d'idées. Ainsi, l'innovation est un concept beaucoup plus large que celui de l'invention.

    La théorie évolutionniste de l'innovation

    Selon la théorie évolutionniste du sentier de dépendance, le développement de la science et de la technologie est intégré dans des contextes d'utilisation spécifiques qui déterminent la direction et le calendrier de l'innovation. Les inégalités entre les chemins d'apprentissage dans les différents domaines d'expertise technologiques génèrent différentes structures de coûts et, a fortiori, produit de l'incertitude dans l'adoption et le développement des nouvelles technologies. La littérature économique sur l'innovation[2] a identifié le phénomène du processus de l'innovation, qui tout en se développant, s'inscrit comme un « modèle dominant ».
    E. Rogers considère que la diffusion d’une innovation dans une population suit le tracé d'une loi normale. Le segment des récepteurs précoces est essentiellement composé de leaders d’opinion. En général, les premiers "early adopters" correspondent à 16 % de la population. Il y a alors de fortes pressions à la conformité avec celui-ci qui s'exercent sous formes de fortes pressions psychologiques (initié par des groupes dominants) et par des pressions sociales (acquisition de légitimité de l'innovation). Les théoriciens néo-institutionnels de l'organisation (Paul DiMaggio et Walter Powell[3]) indiquent qu'il existe des pressions vers un isomorphisme, c'est à dire une similarité de comportements et de stratégies au sein des entreprises qui composent l'industrie. Trois types de forces occasionnent cette similarité.
    • L'isomorphisme coercitif : les sanctions sociales ou les lois ont un effet exogène qui imposent une certaine forme de structure et de stabilité. Les entreprises au sein de l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires en réponse à cette coercition partagée.
    • L'isomorphisme mimétique : les entreprises observent la structure et la performance de l'autre (par exemple, par une analyse comparative). Les entreprises qui réussissent au sein de l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires parce qu'elles tentent de copier les succès de leurs rivaux, souvent en réponse à des environnements avec des incertitudes élevées.
    • L'isomorphisme normatif : les valeurs sont socialisées à travers les organisations en dehors des entreprises (par exemple, par les associations professionnelles) pour encourager l'adoption de caractéristiques structurelles sélectionnés. Les entreprises au sein de l'industrie adoptent des structures et des comportements similaires parce que leurs gestionnaires adhèrent aux valeurs et aux normes professionnelles partagées par les responsables d'autres entreprises (fournisseurs, clients, concurrents, et les organismes publics et para-public de réglementation).

    Les formes de l'innovation

    Selon Joseph Schumpeter, l'innovation est un processus de destruction créatrice, donnant l'impulsion fondamentale au développement économique. Il a fourni les cinq cas suivants du concept de l'innovation :
    • (1) Un nouveau bien ou une nouvelle qualité d'un produit
    • (2) De nouvelles méthodes et procédés de production et de distribution
    • (3) L'ouverture d'un nouveau marché
    • (4) De nouvelles ressources
    • (5) De nouvelles formes d'organisation
    L'innovation est un processus de création destructrice. Elle a un effet déstabilisant sur l'économie et sur l'emploi en affaiblissant l'attractivité d'autres produits ou services. Jean Fourastié, en 1963, dans son livre, le grand espoir du XXè siècle, tout comme Alfred Sauvy[4], présentant sa théorie du déversement, montrèrent que le progrès technique est la source de la croissance économique et de la création d'emplois. L'innovation fait certes disparaître des entreprises, des procédés de production et des métiers qui y sont liés. Mais, en même temps, elle fait apparaître de nouvelles entreprises, de nouveaux procédés, de nouveaux métiers et de nouveaux emplois[5]. Dans l'histoire de l'humanité, l'innovation a toujours été globalement créatrice nette d'emplois. L'innovation est un moteur très important lors de la naissance des technologies du XXe siècle.
    Dans le cas de l'innovation de rupture (par exemple, les fibres synthétiques, les lampes à incandescence, le micro-ordinateur), une véritable création est à l'origine de l'innovation. Mais, dans d'autres cas, il peut s'agir d'une simple modification d'un produit ou d'un procédé. certaines innovations proviennent d'une transposition et d'une adaptation d'une technologie appliquée dans une autre industrie. Par exemple, le système de freinage de la navette spatiale européenne fut adaptée à l'industrie automobile pour la conception des freins ABS. Alliée à une politique marketing, l'innovation permet de relancer un produit voire un métier. Par exemple, la société Microsoft lance sur le marché tous les deux ans une nouvelle version d'exploitation Windows.
    La recherche de l'innovation, pour un entrepreneur, est une recherche d'un avantage concurrentiel durable en saisissant des opportunités. Sur un marché en concurrence, voire en hypercompétition, l'innovation fournit à l'entreprise un monopole provisoire. Ce monopole est temporaire car le marché en concurrence va faire émerger tôt ou tard, un autre entrepreneur qui va mettre au point, à son tour, une innovation pour attirer les mêmes acheteurs. Il serait illusoire de considérer que l'origine de l'innovation provient toujours du côté de l'entreprise et des ingénieurs. Eric Von Hippel a montré l'importance des consommateurs et des groupes de communautés utilisateurs qui ont un rôle important dans l'innovation.
    Empiriquement, on observe que l'innovation débouche sur un raccourcissement de la durée de vie des produits et à la prolifération des segments d'un même produit. Par exemple, l'entreprise ne fabrique plus un meuble pour s'asseoir, elle fabrique des canapés, des fauteuils, des chaises, des poufs, etc, en différentes couleurs et en différents designs. La production se complexifie sur des unités de produits de plus en plus nombreuses posant des problématiques sur l'effet d'expérience, les économies d'échelle et l'effet d'apprentissage.

    Les efforts d'investissement pour l'innovation

    L'innovation repose généralement sur un effort de recherche et développement (R & D) dépendant de la recherche fondamentale (nouvelles connaissances théoriques), de la recherche appliquée (application nouvelle de connaissances théoriques) et du développement (prototypage de produits). Au niveau d'un pays, on prend souvent l'habitude d'analyser le niveau d'innovation prospective en fonction de certains critères (dépenses de recherche en pourcentage du PIB, nombre de chercheurs pour 1000 actifs ou nombre de brevets déposés).
    La part des dépenses de recherche en pourcentage du PIB se situe pour les pays développés entre 2 et 3 % du PIB. La France est située légèrement au-dessus du niveau de 2%, devancée par l'Allemagne, les Etats-Unis et loin derrière le Japon caracolant en tête avec presque 3% du PIB consacré aux dépenses de recherche. En comparaison, également, le nombre de chercheur varie de 5 à 10 pour mille pour l'ensemble des pays développés. La France et l'Allemagne ont presque le même niveau (6 pour 1000), largement dépassés par les Etats-Unis ou le Japon (entre 9 et 10 pour mille). En ce qui concerne les brevets, les japonais déposent 30 fois plus de brevets que les français.
    La réussite de l'innovation dans une organisation implique la présence de ressources de capacités ce qui en fait un avantage concurrentiel durable. Ces ressources proviennent de la flexibilité des structures, donc de la complémentarité ou de la substituabilité du capital, l'efficacité de ses systèmes d'information et de décision et de son organisation entrepreneuriale (mise en confiance des intrapreneurs).
    Le financement de l'innovation est avancé souvent comme le premier obstacle à l'innovation. Quelquefois, le regroupement d'entreprises en coopétition (entreprises en concurrence directe) ou des alliances inter-entreprises avec des partenaires verticaux (clients, fournisseurs) permet une coopération en recherche et développement afin de partager des charges qui ne seront rentabilisées qu'à moyen terme. Certaines entreprises collaborent avec les laboratoires de recherche financés par les impôts. Diverses solutions sont présentes pour faire face au coût de l'innovation. En France, l'ANVAR a pour mission de faciliter l'innovation en apportant aux entreprises des financements avantageux. Les aides régionales et les autres aides publiques sont généralement assez présentes dès l'amorce de l'innovation. L'Etat encourage l'innovation par sa politique de crédit d'impôt-recherche en défiscalisant les charges dues à la recherche. Mais, d'autres moyens financiers, dans le secteur privé, comme les fonds de capital risque ou les sociétés d'amorçage, peuvent intervenir. Cette préoccupation des charges financières sur la pratique de l'innovation est, certes, légitime, mais elle fait oublier qu'il n'existe pas d'innovation sans une organisation entrepreneuriale et une mémoire organisationnelle, c'est à dire sans un esprit d'innovation créé et maintenu au sein de l'organisation pour maintenir sans cesse en place des innovateurs..

    L'innovation entrepreneuriale au sens autrichien

    L'innovation entrepreneuriale ne se produit pas nécessairement à cause de divergences entre la quantité demandée par les consommateurs et la quantité fournie par les entreprises sur le marché de façon globale et agrégative. L'innovation se produit parce que certains entrepreneurs estiment qu'il existe des opportunités encore inexploitées comme par exemple des écarts de prix entre produits substituables, par combinaison de produits complémentaires ou par l'apport de technologies[6] ou de nouveaux designs à certains produits ou services. Ces lacunes sont potentiellement précieuses et sont considérées avoir de la valeur aux yeux des acheteurs. Les entrepreneurs créent de la valeur en comblant ces lacunes. Cette notion se distingue de l'invention car un inventeur re-combine des connaissances anciennes et crée de nouvelles connaissances. L'innovateur n'a pas obligatoirement conscience de convertir des connaissances dans une forme d'économiquement utile. Sa problématique n'est pas d'ordre épistémologique même si elle en induit des conséquences. L'entrepreneur ne se considère pas comme un révolutionnaire qui a inventé une idée géniale. Il peut l'exprimer, certes, mais c'est en appliquant son idée qu'il devient génial, non pas en l'imaginant. Bien souvent, l'entrepreneur innovant se contente de combiner des idées existantes, de tester des expériences banales, et de saisir les connaissances locales pour créer des biens économiques, sans se comporter comme Archimède, criant "eureka" dans son bain.
    La théorie de l'innovation autrichienne[7] intègre la connaissance, l'expérience et l'importance de la liberté dans la création de toutes nouvelles catégories conceptuelles et dans les initiatives entrepreneuriales fondamentalement innovantes. Pour Friedrich Hayek, l'être humain est capable de voir plus ce qu'il ne voit. On est capable de voir ce que l'on est prêt à voir, c'est à dire que nous pouvons percevoir des phénomènes sensoriels, seulement si nous avons classé préalablement les données dans des catégories abstraites et souvent implicites qui nous sont parvenues physiologiquement. Il s'agit du processus d'apprentissage par l'utilisation de catégories préalablement créées. Cependant, l'être humain est aussi génétiquement doté d'une capacité d'innovation par la création de nouvelles catégories ou par le déplacement des données d'une catégorie à une autre, ce qui est souvent le cas lorsqu'on tente de résoudre des anomalies ou des énigmes ou lorsqu'on se pose la question si un nouveau produit rencontrera son public. La nouvelle conscience perceptive nécessaire pour les nouvelles pistes de découverte créent, à leur tour, une nouvelle catégorisation et de nouveaux horizons de perception. Cette innovation nécessite souvent non seulement la liberté de curiosité épistémique, mais aussi la liberté d'action afin d'être en mesure d'essayer différentes possibilités perceptives, d'une quantité numériquement infinie.
    Dans la plupart des modèles théoriques de l'innovation, la structure temporelle des processus d'innovation est systématiquement ignorée. La production et l'innovation semblent être des actes simultanés. Pour l'École autrichienne, la dimension temporelle et évolutionniste de l'innovation est très importante. L'innovation suppose un processus séquentiel d'apprentissage, d'essais et d'erreurs, de plans de révisions, d'échecs de coordination et d'ajustement dynamique des processus. L'innovation est fondamentalement un processus de découverte et de création de ressources.

    Erreur courante : l'innovation accroît le chômage

    Cette erreur est largement répandue, y compris chez les "élites" dirigeantes. Par exemple un homme politique a déclaré ceci :
    « Notre économie connaît des problèmes structurels attribuables au fait que beaucoup d’entreprises ont compris qu’elles peuvent être plus efficaces avec moins de travailleurs. Quand on va à la banque, on utilise le guichet automatique, on ne va pas au comptoir. À l’aéroport, on utilise la billetterie électronique plutôt que de s’enregistrer au comptoir. » (Barack Obama sur NBC en juin 2011)
    Les innovations font disparaître certains emplois (en général peu qualifiés), mais elles en créent d'autres : il faut des ingénieurs pour les concevoir, des usines pour les produire et des travailleurs pour les mettre en œuvre. Refuser le progrès, c'est refuser que la productivité puisse être améliorée, et par conséquent que les coûts et les conditions de vie des gens puissent s'améliorer (une pensée aussi rétrograde est d'ailleurs une des motivations du protectionnisme : la volonté de maintenir coûte que coûte la situation présente). 



    C) Power to the user: comment l’innovation remet la technologie dans les mains des utilisateurs

    Une des caractéristiques de l’innovation est de simplifier et de rendre plus accessible des technologies qui autrefois nécessitaient des experts pour les manipuler. J’ai évoqué dans un article précédent le cas des tests de grossesse qui illustrent bien ce phénomène: alors que dans les années 60 il fallait faire appel à un médecin pour effectuer un tel test, celui-ci est désormais disponible dans n’importe quelle pharmacie pour 5 euros. L’évolution pour une technologie donnée se traduit donc par deux facteurs: un abaissement des coûts, et une simplification. Dit autrement, parce que la technologie se simplifie et devient de moins en moins chère, l’utilisateur a de moins en moins besoin d’un expert pour résoudre son problème.

    C’est évidemment vrai dans le domaine informatique: il y a encore quelques années, développer un site Web marchand nécessitait d’engager un projet avec un budget conséquent. Aujourd’hui, avec des services comme Amazon Web Service, de nombreuses briques sont disponibles qui permettent d’abaisser considérablement le niveau technique nécessaire, et d’accélérer la vitesse de développement. Le développement d’outils, de briques prêtes à l’emploi, est un facteur supplémentaire d’abaissement des coûts et de simplification.
    La disponibilité croissante d’outils puissants et peu chers a été a l’origine d’un premier phénomène, que les américains ont appelé « BYOD », ou « Bring your own device », apportez votre propre machine, une pratique qui consiste à apporter ses outils personnels pour les utiliser dans un contexte professionnel. Une telle pratique a plusieurs origines: d’une part, le fait que la « Police de l’équipement », c’est à dire le département informatique, soit toujours en retard d’une guerre frustre les utilisateurs à la pointe de la technologie. On met du temps à certifier des tablettes, à accepter les Macs, à accepter d’autres téléphones que les Blackberry, etc. La tension existe parce que là encore, les utilisateurs sont eux-mêmes souvent devenus experts dans certains domaines, et veulent avancer plus vite que ne le peut le service informatique. Ce dernier est contraint de respecter des protocoles et dans un univers de plus en plus normalisé obligé de respecter ces normes. Le développement de la cybercriminalité accentue encore la lenteur de l’informatique de plus en plus focalisée sur la sécurité et la conformité aux normes au dépend du service aux utilisateurs. Lorsque ce service est engagé dans une migration vers une nouvelle application ou une nouvelle plate forme, c’est encore pire.

    Mais les utilisateurs ne peuvent attendre. C’est en particulier vrai des unités opérationnelles qui sont en contact avec les clients et qui n’en peuvent plus d’attendre pendant des semaines la mise à jour d’une page Web demandée au service informatique.

    A la limite se développe un second phénomène que certains ont appelé le « shadow IT », c’est à dire un système informatique développé par les unités opérationnelles de façon autonome, et qui constitue donc une ombre du système informatique officiel, généralement englué dans des procédures très complexes. Le shadow IT constitue sans nul doute un risque, car il est développé par des amateurs, mais les entreprises doivent penser ce risque au regard des avantages qu’il procure: vitesse de développement, innovation guidée par les unité opérationnelles, pertinence des solutions,… en bref tous les avantages de l’innovation guidée par les besoins des utilisateurs, et pour cause, car cette innovation est réalisée par eux-mêmes. Le shadow IT est ainsi un vrai facteur d’agilité.

    Une telle évolution ne laisse naturellement jamais les experts, qui se voient privés de leur pouvoir, et au final de leur utilité, insensibles. La dimension politique d’une telle évolution n’est donc pas à sous-estimer. L’entreprise elle fait face à un dilemme: un système échappant aux règles et méthodes validées, donc potentiellement dangereux, mais qui répond immédiatement aux besoin des unités opérationnelles. Cela étant dit il n’est pas évident que faire appel aux services d’Amazon, par exemple, soit plus dangereux qu’utiliser une application développée en interne… La vertu des outils et des briques est d’avoir été testée par beaucoup d’autres gens lorsqu’on les utilise. On bénéficie là de l’aspect de factorisation de l’outil standard.

    Au final le shadow IT est une rupture parce qu’il redistribue les cartes au sein de l’organisation entre un service informatique dépositaire de l’autorité et de l’expertise mais qui cesse de plus en plus de répondre aux besoins des utilisateurs, et ces derniers qui disposent de plus en plus des outils et des connaissances pour résoudre simplement et rapidement leurs besoins. Il est également une rupture parce que son développement est une source d’opportunité pour tous les fournisseurs de technologie et de services qui sauront comprendre cette évolution en cours. Les fournisseurs traditionnels de systèmes et solutions informatiques se sont structurés pour répondre aux demandes de services informatiques, c’est à dire d’experts techniques. Répondre aux besoins d’amateurs nécessite des compétences et un état d’esprit tout à fait différents.


    Sur la démocratisation de la technologie, lire mon article « Quand la technologie est source de rupture: le cas des tests de grossesse« . Sur l’importance des outils dans cette démocratisation, lire « Innovation: la démocratisation des outils est le vrai facteur de rupture« . Sur le shadow IT, voir l’article de Wikipedia: Shadow IT. Soir également « Bring your own device« .




    Indépendance de l’Union européenne et technologies de souveraineté. Plaidoyer pour une Europe de la recherche.

    Eric BIO-FARINA , le 1er décembre 2005.
    Pertinence recherche 114
    Le contrôle des technologies, qu’elles soient militaires, duales ou purement civiles, est l’un des enjeux essentiels des affrontements à venir. Pour être crédible et en mesure de (...) Lire la suite.



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