novembre 21, 2025

Informations du côté d' Alain Madelin !

 News Madelin

𝐋𝐀 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐅𝐀𝐑𝐂𝐄 𝐅𝐈𝐒𝐂𝐀𝐋𝐄 : 𝐋’𝐄𝐌𝐏𝐑𝐔𝐍𝐓 𝐅𝐎𝐑𝐂𝐄́ 
 
Le PS n’a pas réussi à faire voter la taxe Zucman. Raté. 
Mais ses dirigeants ont leur drapeau : « 𝐟𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐩𝐚𝐲𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐢𝐜𝐡𝐞𝐬 ». Ils voudraient éviter d’avoir à censurer le Gouvernement. Pour éviter une crise à la France bien sûr. Et aussi pour éviter une dissolution dont ils sortiraient lessivés. 
🎯 Il leur faut donc – Matignon le sait – décrocher un trophée de plusieurs milliards. Avoir l’air de faire payer les riches, un ersatz de taxe Zucman. L’idée d’un emprunt sur les très riches a germé entre le PS et Matignon. Quel emprunt ? Un emprunt, de force, sans intérêt, d’au moins 6 milliards. La durée ? Disons 4 ans. Combien de personnes ? 20 000 personnes. Peu importe, ce qui compte, c’est d’afficher de gros milliards. 5-6 milliards, pas moins. 
 

 
🤝 Le Gouvernement regarde cette idée « 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐛𝐢𝐞𝐧𝐯𝐞𝐢𝐥𝐥𝐚𝐧𝐜𝐞 ». Il est « prêt à étudier ses modalités ». La manœuvre ? Cousue de fil rose : lâcher quelques milliards aux socialistes en échange de leur complaisance finale. 
🔎À regarder de près, l’État emprunte 6 milliards. Mais aux riches, et de force, à taux zéro, remboursable dans quatre ans. Qu’y gagne l’État ? Pas 6 milliards, il devra les rendre. Il gagne… les intérêts qu’il ne versera pas. À 2,37 %, c’est-à-dire 142 millions par an, c’est 7 000 euros par personne. C’est tout, c’est maigre, mais c’est 𝐝𝐮 𝐭𝐡𝐞́𝐚̂𝐭𝐫𝐞. 
🎬 Un récit que chacun pourra vendre. Gagnant-gagnant, croit-on. Le PS : « nous avons fait payer les riches », le Gouvernement, en aparté aux riches : « ne vous inquiétez pas, vous vous en sortez bien ». 
 
 ❌ En réalité 𝐩𝐞𝐫𝐝𝐚𝐧𝐭-𝐩𝐞𝐫𝐝𝐚𝐧𝐭 : le monde entier y voit que la France est un pays qui fait payer les riches non pas pour ce qu’ils font mais pour ceux qu’ils sont. Il est temps que le Gouvernement et les parlementaires mettent un terme à ces farces et attrapes. La France y perd : elle attend qu’on baisse les dépenses et qu’on favorise la croissance. 
 
𝐋𝐀 𝐉𝐔𝐒𝐓𝐈𝐂𝐄 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐄 𝐒𝐀𝐍𝐒 𝐙𝐔𝐂𝐌𝐀𝐍 
 
Dernier texte dans notre série sur les « drôles de calculs » du professeur @gabriel_zucman . La taxe Zucman n’a pas été votée. Certes. Mais la question de la justice sociale demeure. D’ailleurs nombreux sont ceux qui rivalisent de propositions pour « taxer les riches ». Le débat n’est pas clos, il ne fait même que commencer. Je n’ai pas de leçons de justice sociale à recevoir. La taxe Zucman est un projet politique, pas un projet social. Ce qui compte avant tout, c’est l’efficacité sociale. Je défends ici une justice sociale dynamique qui offre un maximum de croissance et un maximum de chances pour les plus faibles et les plus vulnérables. Comment partager le capital ? Telle est la bonne question. Vous trouverez mes réponses. Likez, commentez, partagez. #zucman #taxman -- Il faudrait presque dire merci au professeur Zucman d’avoir réouvert le débat de la justice fiscale et sociale. Certes sa taxe a été rejetée mais le débat n’est pas clos. Pour gagner, le Gouvernement a invoqué deux arguments : elle serait inconstitutionnelle et elle rapporterait moins qu’on ne le croit. C’était peut-être suffisant pour remporter un vote à l’Assemblée. Ce n’est pas suffisant pour gagner la bataille de la justice sociale. Le débat reste plus que jamais ouvert. Que disait le professeur Zucman ? « Les milliardaires paient moins d’impôts qu’une infirmière » « Les milliardaires paient deux fois moins d’impôts que les Français » Ces deux raccourcis sont faux comme nous l’avons montré (voir posts précédents). Qu’importe, ils font mouche. La gauche y a trouvé là un étendard qu’elle n’est pas prête d’abandonner. Pour elle, désormais, « 𝐢𝐥 𝐲 𝐚 𝐜𝐞𝐮𝐱 𝐪𝐮𝐢 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐢𝐚𝐫𝐝𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐜𝐞𝐮𝐱 𝐪𝐮𝐢 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞 ». Faire croire que « les riches paieront » est la meilleure recette pour poursuivre le « toujours plus » de dépenses publiques et toutes ses belles promesses. Conspuer le grand capital est le plus sûr moyen de faire grossir le capital électoral d’une gauche accusée d’avoir trahi les classes populaires. La piège se referme : nombreux sont ceux qui, à droite et au centre, voulant se racheter d’avoir contré la taxe Zucman, rivalisent de propositions pour avoir l’air - eux aussi - de taxer les riches. Le débat sur la justice sociale mérite mieux ! 
 
𝐃𝐄𝐑𝐑𝐈𝐄𝐑𝐄 𝐋𝐀 𝐓𝐀𝐗𝐄 𝐙𝐔𝐂𝐌𝐀𝐍 𝐔𝐍 𝐏𝐑𝐎𝐉𝐄𝐓 𝐏𝐎𝐋𝐈𝐓𝐈𝐐𝐔𝐄 
 
Aujourd’hui bien sûr, les inégalités de fortune, le décalage entre la prospérité et la misère, peuvent provoquer un sentiment d’injustice. Rien n’est plus simple pour les démagogues que d’attiser le sentiment d’injustice : ils se nourrissent de l’ignorance économique autant que d’un désir de revanche sociale. Il suffit de regarder ces cortèges où les pancartes réclamant la taxe Zucman voisinent avec des images de guillotines. On objectera ici que la taxe Zucman n’est qu’un simple projet d’équité fiscale. Non, elle est bien plus que cela. @PikettyWIL , son mentor intellectuel, fait de l’impôt sur le capital la première étape d’une transformation profonde de la société. 2 % à ses yeux, ce n’est qu’un début. Pourquoi pas 10 % et plus ? L’objectif, c’est de « démarchandiser » la société. C’est-à-dire en clair « collectiviser ». Augmenter toujours plus la part de l’Etat. Au nom du toujours plus d’égalité, il propose même de tirer au sort les étudiants admis à l’université. Dans « Le triomphe de l'injustice », le professeur Zucman explique que taxer le capital est une question de principe… même si cela doit réduire les recettes fiscales. C’est dire que sa taxe relève davantage de l’idéologie que de l’efficacité sociale. 
 
 𝐋’𝐄𝐅𝐅𝐈𝐂𝐀𝐂𝐈𝐓𝐄 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐄, 𝐕𝐎𝐈𝐋𝐀 𝐋𝐄 𝐕𝐑𝐀𝐈 𝐃𝐄𝐁𝐀𝐓 
 
Le débat sur la justice sociale n’oppose pas ceux qui ont une conscience sociale et ceux qui n’en auraient pas. La vrai opposition porte sur l’efficacité sociale, c’est-à-dire sur les moyens de parvenir à plus de justice dans la société. 𝐈𝐥 𝐲 𝐚 𝐝’𝐮𝐧 𝐜𝐨̂𝐭𝐞́ ceux qui font une photo instantanée de la société. La photo peut choquer : il y a des très riches et aussi des très pauvres. D’autant plus que cette photo est truquée par le professeur Zucman… - (voir post « Les drôles de calcul du Professeur Zucman ») Alors on propose de retoucher l’image et de taxer le capital par exemple. C’est là une vision étroite et statique de la justice sociale. 𝐃𝐞 𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐨̂𝐭𝐞́, il y a ceux qui préfèrent inscrire la justice sociale dans le film en continu de la société et de l’économie. C’est le film de la croissance. Dans ce film, le capital sert d’abord à investir, développer des entreprises, créer des emplois, augmenter les revenus…et aussi les recette fiscales. C’est ainsi que l’on peut offrir à chacun un maximum de chances et dégager les moyens d’une protection sociale efficace. Il y a là une vision dynamique de la justice sociale. 𝐋’𝐞𝐫𝐫𝐞𝐮𝐫 𝐜𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐥𝐞 𝐝𝐮 𝐫𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐢𝐭𝐚𝐫𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐚 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞 𝐬’𝐨𝐛𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐜𝐡𝐚𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐩𝐡𝐨𝐭𝐨, 𝐚𝐥𝐨𝐫𝐬 𝐪𝐮’𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞́𝐩𝐞𝐧𝐝 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐝𝐲𝐧𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐝𝐮 𝐟𝐢𝐥𝐦.
 
 

 𝐏𝐀𝐒 𝐃𝐄 𝐋𝐄𝐂𝐎𝐍𝐒 𝐃𝐄 𝐉𝐔𝐒𝐓𝐈𝐂𝐄 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐄 𝐀 𝐑𝐄𝐂𝐄𝐕𝐎𝐈𝐑 
 
Non, il n’y a pas d’un côté ceux qui auraient une conscience sociale et de l’autre les prétendus défenseurs des milliardaires. Au plus profond de eux-mêmes, les libéraux ressentent les douleurs d’une France meurtrie. Celles des galères quotidiennes, des fins de mois difficiles, des travailleurs pauvres, des parents honteux de ne pouvoir offrir à leurs enfants un meilleur sort… Ils les ressentent d’autant plus qu’ils ont dénoncé avant bien d’autres les causes profondes de la panne de l’ascenseur social, des bas salaires et de la smicardisation de la société. Ils savent que nous aurions pu éviter beaucoup de ces malheurs si nous avions engagé la réforme de l’Etat et la refondation sociale. Si nous n’avions pas fait peser sur nos entreprises une surcharge fiscale et réglementaire qui a étouffé la croissance. Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ne sont pas le résultat de réformes libérales mais le produit de leur absence.

𝐔𝐍𝐄 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐀𝐏𝐏𝐑𝐎𝐂𝐇𝐄 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐉𝐔𝐒𝐓𝐈𝐂𝐄 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐄 
 
À l'aube de la grande transformation du monde, l'idée même de justice sociale se transforme. Voici qu'elle s'inscrit dans le film d'un progrès économique et social sans précédent. Mariant la morale et l'efficacité, elle s'appuie sur 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐞𝐬 : maximiser à la fois la croissance et les chances offertes aux plus faibles et aux plus vulnérables. Maximiser la croissance. La justice sociale a besoin de la croissance, et la croissance a besoin de libertés. Nous savons d'expérience que les libertés politiques et économiques sont le socle de la prospérité. Concrètement, cela signifie que les droits fondamentaux constitutifs d'une démocratie libérale -comme les libertés de créer, de travailler, de produire, d'échanger, de contracter et de s'associer- se doivent d'être protégés et respectés. Nous savons aussi que dans la grande mutation du monde, l'idée même de croissance se transforme. Les indicateurs du PIB ou de la productivité reflètent mal la réalité d'une société d'innovations accélérées qui transforment le travail et développent aussi des richesses non marchandes. 
 
𝐌𝐚𝐱𝐢𝐦𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐯𝐮𝐥𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬. La morale se construit dans la relation avec l'autre. C'est ce qu'avaient pressenti naguère quelques philosophes et ce que l'on découvre aujourd'hui avec les sciences du cerveau. Lorsqu'une personne souffre, les zones de son cerveau qui s'activent s'allument aussi en partie dans le nôtre. La morale commence lorsque l'émotion de l'autre devient un peu la nôtre. C'est de cette résonance commune que naît la conscience morale. Il existe une « règle d'or » de la morale que l'on retrouve dans tous les temps, sur tous les continents, dans toutes les religions - le confucianisme, le judaïsme, l'évangile, l'islam, le bouddhisme... comme dans les morales laïques. Elle nous dit : « Ne fais pas à l'autre ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse » ; « Agis comme si l'autre était toi ». « Se mettre à la place de l'autre », c’est l’idée morale féconde qui va nous aider à construire la justice sociale de notre nouveau monde. Dans la transformation accélérée du monde, nous rencontrerons bien des difficultés, et nous devrons relever bien des défis. Nous aurons plus que jamais besoin de sécurités sociale. Si la nouvelle croissance va nous facilitera cette tâche, les progrès de la science et des technologies vont enrichir l’idée même de justice sociale. D’abord parce que ces progrès font reculer chaque jour un peu plus 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐨𝐧 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐢𝐭 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬, celles de la naissance et des accidents de la vie. Nous entrons dans un monde où l’on ne se contente plus de soigner la maladie : on répare le corps, on régénère les cellules, on rajeunit les tissus, on corrige l’ADN, on protège le cerveau et on prévient avant meme que la maladie n’apparaisse… 
 
 Il y a aussi 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐮𝐥𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 : un chômage violent, une séparation qui dévaste, la santé qui lâche ou la dépendance qui s’impose, un enfant qui décroche, une dépression qui étouffe, une pauvreté qui s’installe. Bien sûr il y a les filets de sécurité que nous avons construits au fil du temps. Mais trop souvent ils enferment dans l’assistance plutôt que d’aider à rebondir. Alors revient notre question : « Et si c’était moi dans une telle situation – qu’est-ce que j’aimerais que l’on fasse pour m’en sortir vraiment ? » « Et si c’était mon enfant coincé dans une école qui ne lui convient pas – qu’est-ce que je voudrais faire pour lui ? » « Et si c’était moi ou un proche qui devait attendre trois mois pour une consultation vitale, qu’est-ce que j’aimerais pouvoir faire ? » On ne se demande pas alors « qu’est-ce que j’aimerais recevoir à sa place ? » mais « qu’est-ce que je voudrais pouvoir faire ? ».
 
Les plus faibles et les plus vulnérables, ce qui souvent semblent se résigner à leur sort, sont en fait ceux qui ont perdu le pouvoir d’agir sur leur vie. La vraie justice sociale ne consiste pas à distribuer des droits mais ouvrir des possibilités, à offrir des libertés. Cette approche doit être la nôtre dans l’agencement même de nos institutions et notre société. La bonne institution n'est pas celle qui corrige après coup les inégalités, mais celle qui s'organise en amont pour donner aux plus faibles et aux plus vulnérables le maximum de chances. Pour chaque grand choix public, nous retrouvons ici notre question « si j’étais à leur place, est-ce que j’aimerais que cette institution fonctionne ainsi ? » Puisqu’il nous faut réinventer l’Etat et nos protections sociales, faisons de cette question le test de la justice sociale. 
 
𝐋𝐀 𝐂𝐑𝐎𝐈𝐒𝐒𝐀𝐍𝐂𝐄 𝐃’𝐀𝐁𝐎𝐑𝐃 
 
Dans ce film, la croissance est donc la meilleure amie de la justice sociale. Problème : la croissance est en panne. Avec 1 % et moins de croissance, et même moins, comme c’est le cas aujourd’hui en France, la richesse par habitant double tous les 72 ans ou plus. La société semble figée. On a peur de l’avenir. On a le sentiment d’une économie à somme nulle. Dans une telle société, le profit des uns apparaît comme la perte des autres. C’est le retour des vieilles idéologies, celles de la lutte des classes, de l’affrontement entre les exploiteurs et les exploités, entre les dominants et les dominés. On entre dans une société de rivalité et de tensions sociales propres à toutes les aventures démagogiques. Quand la croissance est là, tout change. Avec 3 %, la richesse par habitant double tous les 24 ans, c’est-à-dire en une génération. Avec 4 %, la richesse par habitant double tous les 18 ans. On ne reste pas sur le quai, on monte dans un train à grande vitesse. Les inégalités ne sont acceptables que si elles tirent la croissance et offrent le maximum de chances aux plus faibles. 
 
𝐌𝐚𝐢𝐬 𝐥𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐞𝐬𝐬𝐞𝐮𝐫 𝐙𝐮𝐜𝐦𝐚𝐧 𝐧𝐞 « 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝 𝐧𝐢 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐨𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐧𝐢 𝐥’𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞 », comme l’a noté son ami le prix Nobel @Ph_Aghion . La taxe Zucman n’est pas qu’une erreur fiscale, c’est une erreur de diagnostic sur le monde. La justice sociale a besoin de la croissance, et la croissance a besoin du capitalisme. Il ne s’agit pas ici de demander d’aimer LES capitalistes mais de faire comprendre et aimer LE capitalisme pour ce qu’il est : la plus sûre recette connue du progrès économique et social. Bien sûr, le capitalisme est loin d’être parfait. Il faut savoir combattre le capitalisme de connivence, veiller au maintien de la concurrence pour éviter cartels et monopoles. Mais le capitalisme est perfectible, il évolue sans cesse, et déjà nous sommes au cœur d’une grande mutation du capitalisme.

𝐁𝐈𝐄𝐍𝐕𝐄𝐍𝐔𝐄 𝐃𝐀𝐍𝐒 𝐔𝐍 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐀𝐔 𝐂𝐀𝐏𝐈𝐓𝐀𝐋𝐈𝐒𝐌𝐄 
 
Le film s’accélère. Nous voici au cœur d’une grande transformation du monde : 𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐚𝐬𝐬𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐢𝐧𝐝𝐮𝐬𝐭𝐫𝐢𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐢𝐚𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢𝐬𝐬𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐧𝐮𝐦𝐞́𝐫𝐢𝐬𝐞́𝐞. Nous sommes aux pieds d’un Himalaya de progrès tiré par la science et les technologies. La décennie qui vient s’annonce fabuleuse. La société industrielle reposait sur la rareté des facteurs de production. Le nouveau monde repose lui sur la connaissance, un bien sans limite. Le cœur de la croissance, c’est le progrès numérique. Et ce progrès devient exponentiel. Le nouveau monde n’est pas celui des rendements décroissants, au contraire. L’innovation peut se diffuser à la planète toute entière. Et le coût marginal d’un utilisateur supplémentaire est souvent nul. Les promesses du futur sont exaltantes, elles se multiplient, elles s’accélèrent. Elles sont tirées par une galaxie d’entrepreneurs, grands et petits, qui imaginent, créent, prennent des risques pour participer à la belle aventure du progrès. On voit des empires se constituer, réunir de grandes coalitions de talents et de capitaux, capables de lever des dettes considérables ancrées dans les promesses d’un futur exponentiel. Ils font rêver le monde et insufflent l’optimisme. Un nouveau capitalisme se dessine. Toutes les entreprises et tous les entrepreneurs sont embarqués dans la même accélération. Des startups se lancent. Des PME s’emparent des innovations et trouvent des applications. Beaucoup les intègrent dans leur développement pour transformer l’économie réelle. Toutes participent à leur façon à la nouvelle économie d’un nouveau monde. Ce nouveau capitalisme est un multiplicateur de croissance. On avance les chiffres les plus fous : 7 %, 10 %, 20 % ? Ce qui est sûr, c’est que la croissance de demain ne sera pas celle d’hier. Elle ne se mesurera pas que par des chiffres. Elle ira sans doute au-delà de l’économie. Elle nous invite à tout repenser, à commencer par la place de l’homme dans ce nouveau monde, à imaginer un nouvel humanisme. A repenser aussi bien sûr l’idée même de justice sociale.
 
𝐔𝐍𝐄 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐀𝐏𝐏𝐑𝐎𝐂𝐇𝐄 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐉𝐔𝐒𝐓𝐈𝐂𝐄 𝐒𝐎𝐂𝐈𝐀𝐋𝐄 
 
À l'aube de la grande transformation du monde, l'idée même de justice sociale se transforme. Voici qu'elle s'inscrit dans le film d'un progrès économique et social sans précédent. Mariant la morale et l'efficacité, elle s'appuie sur 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐞𝐬 : maximiser à la fois la croissance et les chances offertes aux plus faibles et aux plus vulnérables. Maximiser la croissance. La justice sociale a besoin de la croissance, et la croissance a besoin de libertés. Nous savons d'expérience que les libertés politiques et économiques sont le socle de la prospérité. Concrètement, cela signifie que les droits fondamentaux constitutifs d'une démocratie libérale -comme les libertés de créer, de travailler, de produire, d'échanger, de contracter et de s'associer- se doivent d'être protégés et respectés. Nous savons aussi que dans la grande mutation du monde, l'idée même de croissance se transforme. Les indicateurs du PIB ou de la productivité reflètent mal la réalité d'une société d'innovations accélérées qui transforment le travail et développent aussi des richesses non marchandes. 
 𝐌𝐚𝐱𝐢𝐦𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐟𝐚𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐯𝐮𝐥𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬. La morale se construit dans la relation avec l'autre. C'est ce qu'avaient pressenti naguère quelques philosophes et ce que l'on découvre aujourd'hui avec les sciences du cerveau. Lorsqu'une personne souffre, les zones de son cerveau qui s'activent s'allument aussi en partie dans le nôtre. La morale commence lorsque l'émotion de l'autre devient un peu la nôtre. C'est de cette résonance commune que naît la conscience morale. Il existe une « règle d'or » de la morale que l'on retrouve dans tous les temps, sur tous les continents, dans toutes les religions - le confucianisme, le judaïsme, l'évangile, l'islam, le bouddhisme... comme dans les morales laïques. Elle nous dit : « Ne fais pas à l'autre ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse » ; « Agis comme si l'autre était toi ». « Se mettre à la place de l'autre », c’est l’idée morale féconde qui va nous aider à construire la justice sociale de notre nouveau monde. Dans la transformation accélérée du monde, nous rencontrerons bien des difficultés, et nous devrons relever bien des défis. Nous aurons plus que jamais besoin de sécurités sociale. Si la nouvelle croissance va nous facilitera cette tâche, les progrès de la science et des technologies vont enrichir l’idée même de justice sociale. D’abord parce que ces progrès font reculer chaque jour un peu plus 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐨𝐧 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐢𝐭 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬, celles de la naissance et des accidents de la vie. Nous entrons dans un monde où l’on ne se contente plus de soigner la maladie : on répare le corps, on régénère les cellules, on rajeunit les tissus, on corrige l’ADN, on protège le cerveau et on prévient avant meme que la maladie n’apparaisse… 
 Il y a aussi 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐮𝐥𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 : un chômage violent, une séparation qui dévaste, la santé qui lâche ou la dépendance qui s’impose, un enfant qui décroche, une dépression qui étouffe, une pauvreté qui s’installe. Bien sûr il y a les filets de sécurité que nous avons construits au fil du temps. Mais trop souvent ils enferment dans l’assistance plutôt que d’aider à rebondir. Alors revient notre question : « Et si c’était moi dans une telle situation – qu’est-ce que j’aimerais que l’on fasse pour m’en sortir vraiment ? » « Et si c’était mon enfant coincé dans une école qui ne lui convient pas – qu’est-ce que je voudrais faire pour lui ? » « Et si c’était moi ou un proche qui devait attendre trois mois pour une consultation vitale, qu’est-ce que j’aimerais pouvoir faire ? » On ne se demande pas alors « qu’est-ce que j’aimerais recevoir à sa place ? » mais « qu’est-ce que je voudrais pouvoir faire ? ».

 
𝐀𝐋𝐎𝐑𝐒, 𝐓𝐀𝐗𝐄𝐑 𝐋𝐄 𝐂𝐀𝐏𝐈𝐓𝐀𝐋 𝐎𝐔 𝐋𝐄 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐀𝐆𝐄𝐑 ? 
 
 L’idée de taxer le capital, celle du professeur Zucman, Piketty et d’autres part d’un constat : 𝐥𝐞 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐚𝐮𝐠𝐦𝐞𝐧𝐭𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐯𝐢𝐭𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐧’𝐚𝐮𝐠𝐦𝐞𝐧𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐚𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞𝐬. C’est indiscutablement vrai aujourd’hui. Et ce n’est qu’un début. Dans l’économie de l’exponentielle, nous voyons – et nous allons le voir de plus en plus – les bâtisseurs du futur accumuler d’immenses fortunes. Alors, taxer le capital au profit de l’Etat avec le risque de le freiner ? Ou le partager, en permettant à tous de devenir copropriétaire du nouveau capitalisme ? Si l’on veut que tous profitent de l’élan du super capitalisme, il n’y a qu’une bonne réponse : 𝐩𝐚𝐫𝐭𝐚𝐠𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥. Certains suggèrent de taxer l’IA, les robots ou les grandes entreprises, et même de placer les résultats de ces ponctions fiscales dans un grand fonds capitaliste d’Etat pour pouvoir verser un revenu de base à chacun. Ceci ne ferait que renforcer l’Etat providence et promouvoir une société d’assistance. Des idéologues de la Silicon Valley y voient même le moyen d’assurer une paix sociale entre les nouveaux maîtres du monde et de nouveaux ilotes. Charmante perspective. La seule voie compatible avec la responsabilité, la liberté et l’innovation, c’est de partager le capital. Alors comment partager ? On pense bien sûr aux 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐬 𝐝𝐞 𝐩𝐞𝐧𝐬𝐢𝐨𝐧 qui sont l’outil privilégié de cet accès au capital. Il ne reste qu’à les mettre en œuvre en France. Mais dans ce nouveau monde, il ne s’agit pas seulement de préparer sa retraite. Il faudra surement aller plus loin. Et 𝐢𝐧𝐯𝐞𝐧𝐭𝐞𝐫 𝐛𝐢𝐞𝐧 𝐝’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐮𝐥𝐞𝐬. Chacun devrait pouvoir, à côté de ses activités, faire travailler un capital, en disposer et en toucher les dividendes à sa guise. On peut penser, parmi d’autres moyens, à la création de 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥𝐢𝐬𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐨𝐧𝐧𝐞𝐥𝐬. Des fonds individuels qui vous suivent toute votre vie, alimentés en permanence et investis dans la croissance du super capitalisme mondial. De tels fonds devrait être indépendants de l’Etat. Car nous avons besoin d’acteurs en concurrence pour obtenir les meilleures performances possibles. Cette indépendance de gestion est essentielle aussi pour éviter toutes les injonctions étatiques visant à privilégier telles ou telles catégories d’investissements au détriment de la performance. L’utilité collective et sociale de ces fonds est évidente et ils se devraient donc d’être pleinement défiscalisés. A la sortie bien sûr, car l’Etat n’a pas à profiter de l’effort personnel d’accumulation des Français. A l’entrée aussi car il faut d’urgence favoriser l’accumulation primitive du capital. S’il devait y avoir une taxation à l’entrée, elle se devrait d’être différée. 𝐀𝐬𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐚𝐮 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐭𝐨̂𝐭 𝐥𝐚 𝐩𝐥𝐮𝐬 𝐥𝐚𝐫𝐠𝐞 𝐜𝐨𝐩𝐫𝐨𝐩𝐫𝐢𝐞́𝐭𝐞́ 𝐝𝐮 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐛𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐫𝐞́𝐩𝐨𝐧𝐬𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐞́𝐟𝐢𝐬 𝐝𝐮 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐞. Nous y travaillons.
 
 𝐅𝐄𝐔𝐈𝐋𝐋𝐄 𝐃𝐄 𝐏𝐀𝐈𝐄 : 𝐋𝐀 𝐕𝐄𝐑𝐈𝐓𝐄 
 
Dans la tradition sociale française, le salaire se divise en deux. 
 𝐋𝐞 𝐬𝐚𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐫𝐞́𝐞𝐥𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐞𝐫𝐜̧𝐮. Et 𝐥𝐞 𝐬𝐚𝐥𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐞́𝐫𝐞́, 𝐢𝐧𝐝𝐢𝐫𝐞𝐜𝐭, qui est fait de toutes les cotisations payées - que ce soit directement par le salarié ou à travers de l’entreprise - sur la valeur totale de son travail. Il n’appartient pas à l’Etat, il appartient au salarié qui devrait y regarder de plus près. Exigez d’abord la feuille de paie vérité pour reprendre vos affaires en main.

Du libéralisme à l’intelligence artificielle : Alain Madelin ne lâche rien !

Inlassable chantre des idées libérales, Alain Madelin revient en première ligne. Face aux ravages de l'étatisme, l'ancien ministre de l'Économie et des Finances troque la théorie pour l'offensive, avec le projet Kairos. 
 
Connaissez-vous Pascal Brutal ? Cette bande dessinée de Riad Sattouf, parue en 2006 chez Fluide Glacial, imagine une France dystopique présidée par Alain Madelin, élu de justesse face au trotskiste Olivier Besancenot. Dans cette fiction, la politique du nouveau président a provoqué toutes sortes de désastres, dont le moindre n’est pas l’autonomie de la Bretagne.
 
 

Cette France « ultra-libérale » est un pays orwellien où les inégalités explosent. Les « ultra-riches » se retranchent derrière des murailles, tandis que les laissés-pour-compte pleurent la disparition d’un État réduit à peau de chagrin.

Madelin y est évidemment présenté sous les traits du grand méchant. Un rôle d’épouvantail que la gauche lui a sciemment collé dès ses débuts en politique. Rarement caricature fut plus vaine. Fils d’un OS chez Renault et d’une dactylo, ayant grandi (comme Eddy Mitchell) sur la colline de Belleville, Alain Madelin s’est élevé par le travail et n’a jamais renié son milieu d’origine.

Un enfant de Belleville

Il l’expliquait déjà devant Thierry Ardisson dans son émission Tout le monde en parle, en 2005 : « On est dans un pays où ceux qui connaissent l’économie ne s’occupent pas des pauvres et où ceux qui s’occupent des pauvres ne connaissent rien à l’économie. J’aimerais marier les deux ! » 

C’est toujours son combat, comme il l’explique aujourd’hui à Valeurs actuelles : « La gauche tente de renouer avec le peuple grâce à la taxe Zucman. C’est une vision particulièrement démagogique et archaïque. L’appliquer serait mettre l’économie en panne et dans une société sans croissance, il ne peut pas y avoir de justice sociale. »

Un souci qui transparaissait à l’écran le 14 septembre dernier. Invité de LCI, le théoricien n’a pu retenir son émotion en évoquant, d’une voix soudainement étranglée, le sort des classes populaires : « Vous avez 10 % des Français qui sont à 20 ou 30 euros près. Allez voir une caisse de supermarché enfin de mois et vous verrez des hésitations, pour quelques euros, d’une famille. Ça donne envie de faire quelque chose ! »

Longtemps caricaturé en Cassandre, il fait preuve d’un optimisme étonnant

Ce “quelque chose” s’appelle le projet Kairos. Référence au dieu grec de l’opportunité, celui qui surgit lorsqu’il faut saisir sa chance et passer à l’action. Made lin façonne ses nouveaux projets depuis ses bureaux de la rue de Bourgogne, à deux pas de l’Assemblée nationale. À ses côtés, notamment, ses partenaires de feu “la bande à Léo” : les anciens ministres Gérard Longuet et Hervé Novelli.

Nous ne cherchons pas seulement à sortir de l’impasse actuelle, mais à déverrouiller l’avenir.

Armé d’une curiosité jubilatoire, le cérébral fait pièce à sa réputation de Cassandre : « Je suis très optimiste. Même s’il faudra surmonter bien des difficultés, nous sommes à l’orée des dix années les plus fabuleuses de l’histoire de l’humanité. Grâce aux innovations, nous allons entrer dans l’ère de l’exponentielle, avec un hyper-capitalisme qui va transformer nos sociétés. Voilà pourquoi nous ne cherchons pas seulement à sortir de l’impasse actuelle, mais à déverrouiller l’avenir. »

En clair, Alain Madelin et sa fine équipe s’appliquent à mettre l’intelligence artificielle au service du libéralisme. Il faut le voir, avec des allures de professeur Nimbus, présenter leur nouvel algorithme maison : un outil destiné à tester les arguments libéraux auprès de chaque segment de la population, pour les affiner, les polir, les rendre toujours plus percutants.

Il y a quelque chose de savoureux à observer ce presque octogénaire – entré au gouvernement en 1986 – distribuer des leçons de modernité à un “nouveau monde” qui l’avait oublié depuis sa déroute du premier tour de la présidentielle de 2002, lorsqu’il s’était abîmé à 3,91 %.

Faire turbuler le système

Au sujet de la classe politique du moment, Madelin se montre évidemment sévère : « Il y en a quelques-uns qui se soignent, mais ils ne sont pas tous guéris. » Et de pronostiquer un franc renouvellement dans les années à venir. Sans surprise, David Lisnard, qui lui a succédé dans le rôle de héraut du libéralisme, est celui qui l’intéresse le plus : « Heureusement qu’il est là ! » Sophie de Menthon (Je suis pour David Lisnard, Bernard Cazeneuve, Manuel Valls, Bruno Retailleau… Sans oublier Alain Madelin, qui m’a convertie au libéralisme lorsque j’avais 35 ans.) souligne pourtant ce qui les distingue : « Madelin est un homme d’idées, un macroéconomiste, là où Lisnard est un maire, quelqu’un qui a les pieds sur terre. L’idéal serait qu’ils fassent un ticket ! »

La dirigeante du mouvement patronal Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance) se souvient d’un homme aussi détonnant que précurseur : « Je suivais de près Idées action, qui était davantage un mouvement qu’un parti politique, que j’ai contribué à monter avec lui dans les années 1990. Il y avait un côté Macron avant Macron. Je me souviens notamment avoir conseillé Alain Madelin de s’inspirer des réunions Tupperware pour organiser des réunions militantes chez les gens ! »

S’il juge que vous n’êtes pas assez intéressant ou à son niveau, il vous oublie rapidement. Mais lorsqu’on a la chance de le connaître vraiment, on découvre un homme d’une grande générosité intellectuelle, capable de beaucoup de sensibilité et d’un humour surprenant.

Sophie de Menthon fait la description d’un caractère bien trempé : « C’est un homme plutôt froid au premier abord, qui peut parfois sembler méprisant, très conceptuel ou intellectuellement dominateur. S’il juge que vous n’êtes pas assez intéressant ou à son niveau, il vous oublie rapidement. Mais lorsqu’on a la chance de le connaître vraiment, on découvre un homme d’une grande générosité intellectuelle, capable de beaucoup de sensibilité et d’un humour surprenant. »

Notre présent économique confirme ses analyses d’hier

De colloques en débats, Alain Madelin est aujourd’hui un expert réclamé, au point d’être parfois comparé à un prophète. Peut-être parce que notre présent économique confirme ses analyses d’hier. Pour le président du groupe Union centriste au Sénat, Hervé Marseille : « L’homme a pour mérite de toujours assumer une ligne claire. Aux côtés de François Léotard et de quelques autres, il fut dès les années 1980 l’un de ceux qui portaient des idées innovantes et audacieuses, incarnant une sensibilité différente de celle des dirigeants de la droite de l’époque, Chirac et Giscard. »

Frédéric Masquelier, maire Les Républicains de Saint-Raphaël, a ainsi accueilli Alain Madelin, début novembre, lors des Rencontres de l’Avenir, organisées dans sa commune.

Un geste qui tenait lieu d’hommage pour l’édile varois, venu à la politique lors d’un meeting du candidat libéral en 1994, à Nice : « Il fait partie des rares hommes politiques à avoir de vraies convictions, une matrice intellectuelle solide. Aujourd’hui encore, il joue le rôle d’indispensable aiguillon des idées libérales. C’est aussi un homme engagé contre le totalitarisme. Lors des Rencontres de l’Avenir, il a pu discuter avec des descendants de victimes des Khmers rouges, ou encore avec le fils du commandant Massoud. »

À son côté, Madelin s’est recueilli devant le monument dédié aux victimes du communisme, le seul en France, que le maire avait inauguré en août dernier, malgré les protestations fielleuses de la gauche locale. Instant grave, traversé par une idée simple, presque obstinée. La liberté, encore et encore .

La suite ici: 

https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/du-liberalisme-a-lintelligence-artificielle-madelin-ne-lache-rien 


 

Alain Madelin

Alain Madelin, né le 26 mars 1946 à Paris, est un homme politique français, candidat libéral à l'élection présidentielle de 2002. 
 

Biographie

Fils de Gaétan Madelin, ouvrier spécialisé de Renault et d'Aline, femme de ménage, il passe son enfance à Belleville, à Paris.

Choqué par les accords d'Évian, il s'engage dès 16 ans pour la cause nationaliste et devient familier des bagarres avec les militants d'extrême gauche. En 1963 il est à la Fédération des Étudiants Nationalistes où il est responsable de l'action militante. Il sera blessé à l'entrée du lycée Turgot dans une bagarre entre lycéens communistes et membres de la FEN. En 1964, alors qu'il étudie le droit à Assas, il est l'un des fondateurs du mouvement Occident, mouvement étudiant d'extrême droite, avec Gérard Longuet et Patrick Devedjian. Revenant sur cette époque, il déclare qu'il s'agit d'un :

« anticommunisme militant, extrême et passionné, qui a accompagné une bonne partie de ma vie d'étudiant. Et comme à ce moment-là, la France de l'anticommunisme était marginalisée, nous avons été systématiquement confinés à l'extrême droite. En face, ils étaient pour Mao et Pol Pot, pour les Gardes rouges et pour les Khmers rouges. Je ne regrette pas de ne pas avoir choisi ce camp-là.[1] »

Le 12 janvier 1967, Occident opère une action commando contre des militants d'extrême gauche qui distribuent des tracts à la faculté de Rouen. Le commando, dont fait partie Madelin, laisse sur le carreau cinq blessés dont un grave, crâne fracturé et même percé d'un coup de clé à molette. Ironie du sort, ce blessé grave n'est autre qu'un futur journaliste du journal Le Monde, Serge Bolloch.

Les militants d'Occident affrontent les manifestants de mai 68 ; le groupuscule est dissous à l'issue de la crise.

À l'automne 1968, Alain Madelin retourne à la faculté de droit d'Assas, et adhère aux Républicains indépendants de Valéry Giscard d'Estaing. Il obtient une licence de droit. L'avocat prête serment en 1971, mais ne coupe pas vraiment les ponts. Il travaille dans différents instituts et organismes patronaux, notamment avec Georges Albertini, un ex-lieutenant du collaborationniste Marcel Déat, qui fut un des derniers ministres du maréchal Pétain.

Il intègre l'état-major de Valéry Giscard d'Estaing, qui est élu président en 1974. (idem en 1981)

En 1978, Alain Madelin est élu député d'Ille-et-Vilaine et devient vice-président du Conseil régional de Bretagne ; il fait sensation en arrivant sans cravate dans l'hémicycle.

Lorsque la droite gagne les élections législatives en 1986 et que débute la première cohabitation, Jacques Chirac le nomme ministre de l'Industrie, des Postes et Télécommunications et du Tourisme. Le scénario se répète lorsque la droite gagne les élections législatives en 1993 et qu'Édouard Balladur, Premier ministre de la seconde cohabitation, nomme Alain Madelin ministre des Entreprises et du Développement économique.

Son passage laisse deux traces notables : d'une part les contrats de retraite dit « Madelin », permettant aux non-salariés de se constituer une retraite par capitalisation ; d'autre part une simplification des démarches de création d'entreprise, avec la mise au point du statut d'entreprise unipersonnel (EURL et EARL).

En 1995, Alain Madelin est élu maire de Redon.

Lorsque l'UDF se range derrière Édouard Balladur à l'élection présidentielle de 1995, il choisit de soutenir Jacques Chirac. Élu, ce dernier le nomme ministre de l'Économie et des Finances, mais ses positions le mènent à la démission au bout de trois mois, et il est remplacé par Jean Arthuis. Lors de son passage au ministère, il ne fait pas montre d'un libéralisme excessif : il approuve une hausse importante des impôts ; il signe avec d'autres ministres la Loi anti-Reichman, destinée à empêcher les gens de s’assurer librement en dehors de la Sécurité sociale (loi jamais appliquée en l'état, et rapidement remaniée, puisque contraire aux dispositions communautaires).

À la victoire de la gauche en 1997, il prend la tête du Parti républicain. À l'été 1997, il renomme ce parti Démocratie Libérale.

Il se présente à l'élection présidentielle de 2002, mais ne parvient pas à atteindre le seuil de 5 % des voix qui lui permettrait de se faire rembourser ses frais de campagne : financièrement acculé, il rejoint avec son parti l'UMP en 2002, et se retire rapidement de la vie politique.

La vie post politique

Avec Henri Lepage, il a fondé dans les années 1990 le (futur cyber) Institut Euro 92, qui constitue depuis lors une réserve inestimable d'articles portant sur des sujets aussi variés que la monnaie, l'environnement, la santé, ou encore l'histoire des idées libérales. Il aussi a continué à prendre part à la vie intellectuelle française avec les cercles libéraux.

Il est aujourd'hui avocat au barreau de Paris, divorcé, et a trois enfants.

Depuis novembre 2007, il préside le Fonds mondial de solidarité numérique créé en 2005 sous l'égide du président sénégalais Abdoulaye Wade. En 2011, il a cofondé le fonds de Private Equity Latour Capital.

Il reste un observateur attentif de la vie politique française. À la primaire de la droite en 2016, il soutient Alain Juppé, et manifeste une certaine approbation des propositions d'Emmanuel Macron pendant la campagne de 2017.

En 2025, il s'inscrit sur X (anciennement Twitter).

Fonctions et carrière politique

Mandats électifs

  • Député d'Ille-et-Vilaine (1978-1986, 1988-1993 et depuis 1995).
  • Parlementaire européen (1989, 1999-2002).
  • Conseiller régional de Bretagne (1992-1998).
  • Conseiller général du canton de Redon (Ille-et-Vilaine, 1994-1995).
  • Maire de Redon (Ille-et-Vilaine, 1995-2001).

Responsabilités exercées

  • Ministre de l'industrie, des postes et télécommunications et du tourisme (1986-1988).
  • Vice-président de l'Union pour la Démocratie française, UDF (1991-1996).
  • Ministre des entreprises et du développement économique, chargé des petites et moyennes entreprises et du commerce et de l'artisanat (1993-1995).
  • Ministre de l'Économie et des finances dans le gouvernement Juppé (18 mai-26 août 1995).
  • Président de Démocratie libérale (1997-2002).

Sanction disciplinaire

  • 02/02/1984 Infraction : « Injures ou menace envers le président de la République française » (Article 73 du Règlement de l'Assemblée nationale) Peine: « Censure simple » (privation pendant un mois de l'indemnité parlementaire). Contexte : pendant le débat portant sur la loi visant le groupe Hersant, François d'Aubert, Alain Madelin et Jacques Toubon avaient mis en cause l'honneur du président François Mitterrand en rappelant les relations que le chef de l'État avait entretenues, au sein d'une revue féminine intitulée Votre Beauté, avec d'anciens responsables du CSAR (la Cagoule).

Publications

  • 1987, "Non au désarmement idéologique", In: Henri Lepage et Serge Schweitzer, dir., De l'ancienne économie à la nouvelle économie, Librairie de l'Université, Aix-en-Provence, pp297-302
  • 1988, "Actualité de Frédéric Bastiat", In: "Un libéral : Frédéric Bastiat", Presses de l’IEP de Toulouse, Rencontres de Sorrèze, 19 et 21 février 1987, ISBN 2-903847-24-10
  • 1997,
    • a. dir., "Aux sources du modèle libéral français", Paris: Perrin
    • b. "Préface. Le modèle libéral français", In: Alain Madelin, dir., "Aux sources du modèle libéral français", Paris: Perrin, ppi-viii

Citations

Sur Madelin

  • Madelin, - le "grand libéral français", qui restera dans l'histoire de France le ministre des finances qui a le plus augmenté les impôts. (Claude Reichman)
  • La démission d’Alain Madelin de son poste de ministre des Finances et de l’Économie est un événement politique majeur dont les conséquences se feront sentir de manière durable. (...). Le ralliement d’Alain Madelin a apporté à Jacques Chirac l’appui décisif dont il avait besoin, grâce au vote d’un grand nombre de Français qui ont vraiment cru au changement, qui ont vraiment pensé qu’on allait enfin mettre fin à la dérive monstrueuse du tout-État et redonner sa place à la discipline de la responsabilité individuelle. Tous ces hommes et ces femmes qui, jour après jour, s’épuisent à produire et à créer en dépit d’obstacles réglementaires et fiscaux croissants espéraient sincèrement la reconnaissance à laquelle ils ont droit. Ils sont aujourd’hui victimes d’une terrible trahison. (Pascal Salin, Le vrai libéralisme: Droite et gauche unies dans l'erreur, 2019)

De Madelin

  • "Bien souvent au lieu de réclamer « moins d'État », nous devrions en fait demander «plus de droit ». Telle est la vraie démarche libérale". Alain Madelin, 1997, "Préface. Le modèle libéral français", In: Alain Madelin, dir., "Aux sources du modèle libéral français", Paris: Perrin, pv
 

Référence

Liens externes

 

La modernité de la pensée libérale....

par Alain Genestine 22 Janvier 2008, 22:39 Politique

Par formation, par tradition, le français ne serait pas fait pour un libéralisme qui, par nature, nous-dit on, correspond beaucoup mieux aux particularités historiques et sociologiques du monde anglo-saxon qu'au nôtre.

Propos d'Alain MADELIN

Il s'agit-là d'une idée reçue. Nous avons perdu de vue le rôle central joué par les auteurs libéraux français des 18ème et 19ème siècles dans la fomation, la conceptualisation et la diffusion des idées libérales. Sans leurs apports, le libéralisme serait sans doute resté une pensée inachevée.

 Rien n'est plus habituel, par exemple, que de faire remonter les sources de la pensée économique libérale à Adam Smith. Le philosophe écossais serait non seulement le fondateur de la science économique, mais plus encore le véritable inventeur, le " découvreur " du libéralisme économique. Présenter les choses ainsi occulte tous les apports d'une tradition française qui, tout au long du 18ème siècle, a produit des ouvres essentielles. Elle minimise notamment le rôle fondamental de Turgot dans la formation des concepts de base de la pensée économique libérale moderne. Des travaux scientifiques ont récemment révélé l'ampleur des emprunts qu'Adam Smith avait réalisé auprès de son illustre contemporain français.


De même, on oublie que la grande littérature libérale des Etats-unis s'inscrit directement dans la tradition d'une école d'économie politique américaine fondée au début du 19ème siècle par l'ancien Président Thomas Jefferson sur la base d'un manuel qui n'était autre que la traduction réalisée par lui d'un ouvrage d'un auteur français, le comte Destutt de Tracy. Ainsi, bien des idées qui nous reviennent aujourd'hui d'outre-Atlantique ne sont en fait que des reformulations et développements modernisés de concepts ou d'analyses dont les prémisses ont généralement été posées par des auteurs bien français : par exemple toute l'analyse moderne des mécanismes de la croissance de l'Etat que l'on retrouve déjà anticipée chez les auteurs libéraux de la Restauration (Charles Comte, Charles Dunoyer, Augustin Thierry), et plus encore chez Frederic Bastiat et les collaborateurs du Journal des Economistes.
 

Sur un plan scientifique, beaucoup d'économistes seront sans doute étonnés d'apprendre qu'il existe actuellement un courant anglo-saxon qui vise à réhabiliter l'oeuvre de ces économistes français du 19ème siècle en démontrant que leurs jugements se fondaient sur une démarche scientifique incomparablement supérieure à celle de leurs rivaux britanniques, les fameux Manchestériens (Ricardo, Malthus...) présentés dans tous les cours d'université comme les fondateurs, à la suite d'Adam Smith, de la vraie science économique. Alors que ces derniers éprouvaient encore beaucoup de mal à résoudre le problème des origines de la valeur ? et contribuaient ainsi à entretenir les germes de ce qui allait plus tard former le coeur de la doctrine marxiste ?, les économistes français rejetaient déjà résolument les ambiguités de la théorie de la valeur-travail pour adopter (malheureusement sans être encore en mesure de l'expliciter clairement) une conception "subjective" et très moderne de la valeur.


Enfin, il est à la mode d'accuser les libéraux contemporains du péché d'économicisme, et de leur reprocher de ne plus accorder suffisamment d'attention aux vraies valeurs de l'Humanisme européen. En faisant le procés de l'Etat-étouffe-tout, en appelant à la régression des dépenses publiques, en condamnant les nationalisations et les excès de l'économie administrée, en dénonçant les abus de la protection socialisée, en se faisant les défenseur de la propriété, les libéraux "à l'anglo-saxonne" trahiraient les idéaux humanistes de leur tradition. Le libéralisme présenterait le défaut rédhibitoire de conduire à la victoire des comportements individualistes, au détriment de tout ce qui peut incarner la présence de valeurs de solidarité ou d'identités collectives.


Ce procès de l'individualisme n'a rien de nouveau. C'était déjà ce que socialistes et conservateurs reprochaient de concert aux libéraux français du 19 ème siècle. Les travaux de ces derniers prouvent pourtant à quel point ce reproche est infondé, et résulte plus de fantasmes idéologiques et politiques que d'une analyse réelle de la pensée de ceux qui étaient concernés.


Que Benjamin Constant ou Alexis de Tocqueville échappent généralement à cette opprobe n'empêche pas que les autres partageaient le plus souvent la même conviction sur l'importance du rôle des traditions, du respect des valeurs et des solidarités communautaires, mais que c'était précisément au nom de la préservation de celles-ci qu'ils s'attaquaient aux monopole de l'Etat moderne avec une virulence très souvent bien au-delà de ce que l'on trouve aujourd'hui dans la pensée libérale même la plus agressive. Excellents prophètes de ce qui allait s'enchaîner avec l'avènement des Etats providence contemporains, et en raison même des leçons qu'ils avaient eux-mêmes tirées de leur expérience révolutionnaire, les libéraux français du 19ème siècle ont été les premiers à comprendre que c'est l'excès d'Etat qui conduisait paradoxalement à l'anomie sociale aujourd'hui si fréquemment mise au débit du libéralisme.


Les vrais contours du libéralisme

Ces remarques sur l'histoire de la pensée libérale dans notre pays me conduisent tout naturellement à préciser une nouvelle fois les contours de cette pensée libérale, ainsi que les contributions qu'elle apporte tant au progrès social qu'au progrès économique. La pensée libérale est très souvent assimilée à un certain nombre de recettes économiques qui asservissent l'homme et le mettraient au service exclusif des chiffres. En réalité, cela n'a aucun sens. La pensée libérale, avant d'être une pensée économique, est une pensée philosophique, juridique et politique de la libération de l'homme.

Un libéralisme philosophique et politique

Le libéralisme correspond d'abord et avant tout à l'idée que l'homme est un être moral, un être de conscience, un être libre, libre de faire le bien comme le mal. Et c'est précisément cette liberté de choisir en conscience de faire l'un ou l'autre, l'un plutôt que l'autre, qui fonde sa responsabilité; responsabilité vis-à-vis de Dieu son Créateur pour les uns, vis à vis des exigences de sa raison pour les autres. A son tour, c'est parce que le libéralisme voit d'abord et avant tout dans chaque être individuel ce qu'il y a de responsable, qu'il en conclue que tous les hommes sont moralement égaux, et qu'il pose ainsi le principe de l'égale dignité de tous les êtres humains.


Défini de cette façon, le libéralisme est le produit d'une longue histoire philosophique qui débute en Grèce il y a vingt cinq siècles, est ensuite portée par le grand souffle du christianisme, et se trouve finalement consacré par les déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, véritable charte des libertés individuelles. C'est une doctrine qui, par construction, se déclare l'ennemie irréductible de toutes les thèses qui prônent l'inégalité des hommes ou des races.


Concrètement, cela veut dire que pour les libéraux il existe au-dessus de tout pouvoir humain, qu'il soit d'essence autocratique ou démocratique, une autre loi, fruit de la nature de l'homme, de son histoire et de notre civilisation, qui s'impose à lui comme à tous les autres hommes, et qui limite ce qu'il peut naturellement faire ? par exemple violer les droits des autres. Au nom de ce principe essentiel je suis de ceux qui considèrent que si 51 % des français, ou même 99 % votaient la suppression des droits de l'homme, cela n'empêcheraient pas ceux-ci de continuer à exister, et donc de s'imposer à tous comme un devoir moral.


Pour moi, c'est d'abord cela être libéral. C'est un refus farouche de la loi du plus fort; et donc de ramener le droit à la simple expression du choix des plus forts, ou des plus nombreux.


Un libéralisme juridique

Il s'ensuit qu'aux yeux d'un libéral la démocratie ne peut se réduire à l'exercice du seul principe majoritaire. La loi de la majorité doit se trouver équilibrée par un principe de limitation du pouvoir qui protège les droits des minorités ? à commencer par ceux de la plus petite de ces minorités, l'individu.


C'est ainsi que la conception libérale de la démocratie repose sur la présence de limites constitutionnelles délimitant les pouvoirs du législateur et du gouvernement. Dans la démocratie libérale, la loi ne saurait se réduire à la volonté et aux caprices d'une majorité d'un jour. La loi ne peut être que le produit de procédures complexes où s'inscrit l'héritage accumulé d'une longue histoire juridique et culturelle.


Le libéralisme est donc une approche des relations humaines et politiques fondées sur la priorité de l'ordre juridique.


Il existe deux méthodes pour assurer l'ordre social : la première consiste à donner des ordres, à en user et à en abuser, en étendant indéfiniment le pouvoir des contraintes de l'Etat. La seconde cherche non pas à commander les hommes au moyen d'une autorité dite supérieure, mais à établir les droits et les obligations réciproques des individus. C'est la méthode juridique, la méthode libérale.


Bien souvent au lieu de réclamer "moins d'Etat", nous devrions en fait demander "plus de droit". Telle est la vraie démarche libérale.


Un libéralisme économique

Le libéralisme économique est bien évidemment indissociable des deux caractéristiques précédentes. C'est l'ordre juridique d'une société d'hommes libres, citoyens d'un Etat soumis au droit ? l'Etat de droit ?, qui est la source de la croissance et de la prospérité économique.

L'essor des disciplines macro-économiques nous a habitué à raisonner en termes de "demande", de "capital", "d'investissement", de "productivité"... Mais à manier les équations de plus en plus complexes, nous en sommes arrivés à perdre de vue l'essentiel : à savoir qu' "il n'y a de richesse que d'hommes".

Pour le libéral que je suis, la croissance, l'emploi n'ont en définitive d'autre origine que l'homme, sa liberté et sa créativité. Ce n'est pas dans l'étude de la macro-économie que se trouve le secret de la prospérité économique, mais dans les institutions et la manière dont elles stimulent sa créativité en faisant appel à sa liberté et à son sens de la responsabilité.

A cet égard la référence du libéralisme au "laissez faire" est la source d'immenses malentendus. Ce n'est pas le libéralisme en soi, mais la trahison des grands principes de droit par des Etats qui ne conservent plus que les apparences de l'ordre libéral qui est la cause des grands dérèglements économiques et sociaux.

Historiquement, le "laissez faire, laissez passer" constituait une réaction contre le colbertisme, son dirigisme étouffant, et ses privilèges sclérosants. C'était, prioritairement, un revendication de responsabilité. "Laissez faire, laissez passer", c'était une façon de permettre l'ascension des individus, la liberté d'épanouissement des originalités personnelles.

C'est ainsi une erreur que de laisser croire que la pensée libérale réduit l'homme au rôle de simple agent économique dont la seule fonction serait de produire, de consommer ou d'investir. Pour un libéral, l'économie est d'abord et avant tout faite d'hommes et de femmes plus ou moins incités à faire preuve d'initiative, à entreprendre, à innover, à travailler, à faire preuve de responsabilité dans des structures sociales qui favorisent plus ou moins le meilleur de chacun.

La dimension sociale du libéralisme

Celle-ci est encore plus mal connue. L'étiquette libérale a trop servi dans le passé à couvrir des marchandises frelatées et diverses formes de conservatisme qui n'avaient rien à voir avec le libéralisme.

C'est ainsi que le libéralisme est trop souvent identifié à une absence de générosité sociale, une loi de la jungle où le fort triompherait aisément des faibles. Ce n'est pas exact.

Certes, pour les libéraux, la confiance dans les libertés économiques est le plus sûr moyen pour conduire à la prospérité. Mais les libéraux sont les premiers à reconnaître que s'il y a dans l'homme un besoin de liberté, il y existe aussi bien entendu un besoin de sécurité.

Cette vérité d'évidence, vous la retrouverez très clairement exprimée chez les libéraux français du 19ème siécle. Chez Frédéric Bastiat par exemple, qui a consacré de très belles pages à montrer que le besoin de sécurité est fondamental dans l'âme humaine, et qu'il faut travailler à donner aux hommes les moyens d'assurer leur sécurité car cela ne se fait pas tout seul.

C'est pourquoi les libéraux du 19ème siècle furent les initiateurs de nombreuses institutions de protection sociale sous forme d'assurances ou de sociétés de secours mutuels ; institutions destinées à prévenir la maladie, le chômage, ou la vieillesse, à permettre aux ouvriers de se créer un patrimoine au travers de caisses d'épargne. C'est un libéral, l'économiste Gustave de Molinari, qui, joignant l'acte à la parole, tenta par exemple le premier en France de créer des "Bourses du travail". Bien des expériences et réalisations qui ont marqué l'évolution de notre société et de son environnement social à la fin du 19ème siècle, furent en fait le produit d'initiatives libérales.

La grande différence avec la pensée sociale contemporaine est que les libéraux mettent l'accent sur le rôle prioritaire des associations et du monde associatif. La pensée libérale est une pensée d' équilibre, une pensée qui considère que si l'on veut éviter l'oppression des faibles par les forts il existe une autre voie que le recours à la loi ou à l'Etat : la libre association. Le libéral est quelqu'un qui, à une intervention de l'Etat préfère, chaque fois que cela est possible, une intervention des intéressés eux mêmes, spontanément associés.

C'est ainsi, là encore, qu'au 19ème siècle, ce sont les libéraux qui, en France, demandaient la liberté des syndicats, syndicats libres et libre entreprise étant à leurs yeux deux formes complémentaires d'un même ordre social. Pour autant toutefois que ces syndicats respectent eux-mêmes le jeu des libertés, et n'utilisent pas l'Etat pour passer d'un ordre de contrats volontaires à un nouvel ordre d'essence réglementaire construit sur une pyramide d'alibis quasi-contractuels.

La pensée du 21ème siècle

Pour terminer, je voudrais montrer que ces idées, bien qu'elles soient illustrées par la pensée de gens d'hier, sont en réalité plus actuelles que jamais.

A la veille de notre entrée dans le 21ème siècle, nous sommes en effet confrontés à un formidable changement. Après la révolution agricole, puis la révolution industrielle, voici que se profile la troisième grande vague de changement dans l'histoire de l'Humanité.

La mondialisation de l'économie, la réduction des distances et l'accélération du temps, la révolution des technologies de l'information et de la communication annoncent une nouvelle civilisation. A la civilisation de l'usine va succéder celle du savoir.

Nous vivons la révolution d'une économie globale où capitaux et informations ne connaissent plus de frontières. Une économie où ce ne sont plus seulement les matières premières ou les sources d'énergie qui comptent, mais, de plus en plus, le savoir, le travail, l'organisation. Nous entrons dans un monde où, plus que jamais, ce qui va compter, ce sont les talents, les capacités d'imagination et de créativité des hommes.

Ainsi esquissé, ce 21ème siècle, porte en lui une formidable promesse. Le 20ème siècle a été le siècle des Etats avec ses deux guerres mondiales, puis celui de l'Etat-providence et du pouvoir montant des bureaucraties. Depuis le grand évènement que fut la chute du mur de Berlin, le 21ème siècle apporte au contraire avec lui la promesse d'un monde qui fera davantage confiance à l'homme, d'un monde qui remet l'homme au coeur de la société.

Les nouveaux horizons de la science apportent non seulement de nouvelles chances de prospérité, d'emplois et de croissance, mais encore une croissance d'un type nouveau : une croissance plus soucieuse de l'homme et de son environnement, lui offrant de nouvelles possibilités d'être et d'apprendre. Une croissance créatrice de nouveaux produits, de nouveaux services, donc de nouveaux métiers, et porteuse d'une culture plus accessible.

Simultanément, cette plus grande ouverture au monde suscite un besoin de proximité, la nécessité de repères sécurisants et d'espaces à taille humaine, et la possibilité de s'épanouir au sein de multiples communautés ? dont la plus naturelle reste la famille ?, d'associations volontaires, de solidarités professionnelles et culturelles.

Ce 21ème siècle sera un siècle de citoyens plus libres et plus responsables, plus autonomes mais aussi plus solidaires au sein d'une société de plus grande harmonie; un siècle donnant davantage de place à une société civile infiniment plus riche.

Bien évidemment, je ne dis pas que cette mutation ira sans problème. J'en déduis néanmoins que ce siècle sera marqué par un grand choix libéral, par le retour en force de systèmes de valeurs et de cohésion sociétale beaucoup plus proches des valeurs libérales auxquelles j'adhère que cela n'a jamais été le cas depuis bien longtemps.

Voilà pourquoi il est si important aujourd'hui de renouer avec les racines historiques et intellectuelles du libéralisme, et notamment du libéralisme français, sans doute le plus riche de tous. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer ces premières université populaires libérales, pour mieux faire connaître les sources et les fondements de la pensée libérale, et montrer leur grande modernité.

 


 

Cliquez et lire ici:

Alain Madelin news et archives

Sommaire:

A) « La maîtrise de la dépense publique passe essentiellement par une redéfinition des frontières de l’État » - Dossier : Finances Publiques - Alain Madelin - Charlotte Cabaton

B) Alain Madelin : l'UMP, le libéralisme et moi -

C) Alain Madelin et tous les posts de l'Université Liberté

D) La nouvelle prime d’activité ne résout en rien l’empilement des aides sociales françaises, alors que la création d’un impôt négatif permettrait de le faire - Libre échange avec Alain Madelin

E) Alain Madelin et tous les posts de Contrepoints

F) "De quel Droit ?", conférence Alain Madelin - Par Institut Turgot

G) Alain Madelin dresse un constat de la loi éponyme vingt ans après sa création. - par AG2R La Mondiale

 

Alain Madelin, ses visions pour aider les entreprises !

 Sommaire:

A) Alain Madelin : "ce que je ferai pour aider les entreprises" - par Isabelle Jouanneau - Entreprendre

B) Différents liens sur des posts de l'UL qui concerne Alain Madelin

C) Différents liens sur des posts de l'UL qui concerne l'Entreprise

 

"La vraie facture de l’assistanat c'est celle des entreprises (150 milliards de subventions)" A Madelin

Alain MADELIN et le "Libéralisme" en 2014/15 - Un "Libéral complet" !!

La politique pro-croissance d'Alain MADELIN, est-ce bien libérale ?

Sommaire:

A) Une politique pro-croissance et pro-capital est nécessaire et possible - Détroyat Associés, Alain Madelin

B) Alain Madelin : "La fiscalité la plus juste est une fiscalité pro-croissance"- Par - Le Point

C) UNE FISCALITÉ PRO-CROISSANCE - Alain Madelin

D) Croissance économique de Wikiberal

E) Mitch McConnell, paradoxal nouvel homme fort à Washington - Par
IA et libéralisme, Kairos, le projet fou d’Alain Madelin 
 
L’ancien ministre de l’Industrie travaille secrètement à un outil qui s’appuie sur l’intelligence artificielle pour faire infuser le libéralisme dans l’opinion. ➡️ https://l.lepoint.fr/AdV

 

 

La démocratie directe ?

Pour en finir avec la démocratie directe

Emmanuel Macron réfléchit à changer la Constitution afin d'élargir les possibilités de référendum. À cette occasion, Contrepoints republie trois articles qui proposent différentes réflexions libérales sur la thématique de la démocratie directe. Ici, une vision plutôt critique de la démocratie directe sous la plume de José Lopez-Martinez.

Il n’y a pas lieu de chercher à substituer à la démocratie représentative une forme de démocratie supposée supérieure que serait la démocratie directe. Il suffit de voir comment votent généralement la Suisse francophone ou la Californie pour comprendre que la démocratie directe en France se traduirait par un recul significatif de la liberté.

 


 

En contrepoint de l’article de Jacques Legrand : Français, savez-vous ce que vivre en démocratie directe voudrait dire ?

Régulièrement, aussi bien du côté de l’extrême gauche que de l’extrême droite qui s’imaginent toujours représenter le pays réel, et récemment de manière curieuse chez quelques libéraux, on voit resurgir ce serpent de mer qu’est la demande de l’instauration de la démocratie directe ou semi-directe dans le système politique français. Une manière de Graal électoral qui devrait permettre d’exaucer le vœu de Lincoln d’un gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple.

Dans des articles parus dans Contrepoints, Jacques Legrand ainsi que Jacques Garello revenaient sur cette antienne et rompaient donc une lance en faveur de cette option qui rendrait au citoyen son pouvoir de décision et sa souveraineté. L’argumentaire est bien connu. Fondamentalement, il s’agit d’une critique frontale du système représentatif où le peuple délègue sa souveraineté au parlement, au gouvernement et à l’autorité judiciaire.

En décrivant l’expérience historique, nos zélotes montrent que les représentants élus ont tendance à s’émanciper de l’intérêt général pour ne servir que le leur. Une oligarchie détiendrait dès lors l’essentiel du pouvoir, en cheville avec différents groupes d’intérêts et de pression. Le tout au détriment du pouvoir législatif et même du pouvoir judiciaire. Car dans les faits, l’exécutif devient le seul auteur principal des lois et la séparation des pouvoirs n’existe plus guère.

Au final, le citoyen est cantonné au rang de spectateur de la vie politique, confisquée par les partis.

Dans son article, Jacques Legrand, à la suite d’Yvan Blot, d’Étienne Chouard, d’Antoine Chollet, d’Alain Cotta et bien d’autres en France, appelle donc à l’avènement d’une nouvelle société qui passerait par une réforme des institutions fondées sur une subsidiarité ascendante. Une société qui ferait appel à l’engagement des citoyens là où ils peuvent agir, et qui les doterait de droits supplémentaires afin d’augmenter leur participation politique, et de les mettre au même niveau décisionnel que les représentants élus. À l’instar de ce qui existe en Suisse et, dans une moindre mesure, dans les États qui ont introduit dans leur système politique des outils de la démocratie directe (référendum, plébiscite, initiative populaire, pétition, destitution de mandataires, etc.).

En temps de crise, le sujet revient à la mode.

Comme aujourd’hui en France, avec la gestion calamiteuse du gouvernement Hollande, un président « mal élu », choisi par une minorité de la population si l’on tient compte du nombre des abstentions. La question de l’introduction d’une simili initiative populaire est d’ailleurs à l’étude au Parlement.

C’est donc une bonne occasion de tordre le cou une fois pour toutes à cette vraie fausse bonne idée qu’est la démocratie directe. Même si certains libéraux, comme Pierre Chappaz, croient y trouver une voie d’avenir en faisant, par exemple, référence au scrutin du 24 novembre en Suisse.

 


 

Les failles de la démocratie directe

Commençons donc par l’expérience historique.

Généralement, les thuriféraires de la démocratie directe aiment s’étendre sur les cas qui fonctionnent ou semblent fonctionner relativement bien. Comme la Suisse. Cas emblématique, il est vrai. Ou les New England Town Meetings aux États-Unis, déjà vantés en son temps par Tocqueville. Ou quelques référendums en Italie, etc.

Malheureusement, l’expérience historique de la démocratie directe, c’est surtout l’histoire d’échecs répétés et souvent sanglants. À commencer par la Grèce antique où la démocratie directe, la seule forme démocratique connue alors, se solda plusieurs fois par des guerres sociales dans plusieurs cités. Ce qui donna matière à réflexion aux philosophes d’alors, qui forgèrent à ce propos le concept d’ochlocratie.

Plus près de nous, plusieurs autres expériences de démocratie directe furent tentées : la Commune de Paris en 1871, les soviets russes après la chute du régime tsariste, les conseils ouvriers en Allemagne et en Italie après la Première Guerre mondiale, les communautés anarchistes en Espagne durant la guerre civile, le Chiapas, au Mexique, contrôlé un temps par l’Armée zapatiste de libération nationale.

Certes, des événements extérieurs y mirent fin, mais la manière dont elles s’étaient déroulées laisse peu de place au regret. Et si l’on voulait faire preuve d’un peu de mauvaise foi, on citerait, comme autre exemple peu reluisant de la démocratie directe, la Jamahiriya, cet « État des masses » instauré par Kadhafi en Libye à partir de 1977.

Le second point mis en avant en faveur de la démocratie directe est sa représentativité, qui serait supérieure au système de la démocratie représentative et, partant, plus légitime. Ainsi, par exemple, face à un président comme Hollande choisi par moins de 40 % des électeurs inscrits, par défaut, pour faire sortir son rival politique, on oppose la légitimité du peuple qui voterait directement, donnant en masse son avis sur une question précise.

Sauf que, encore une fois, l’expérience montre que cette supposée représentativité supérieure est loin d’être acquise.

On sait déjà en effet qu’aux États-Unis, les taux de participations aux scrutins sont extrêmement faibles, comparés aux scores européens, là où règne la démocratie représentative. Mais également en Suisse – l’exemple canonique de la démocratie semi-directe – la participation des citoyens aux consultations populaires est des plus réduites : de près de 70 % au début du XXe siècle, elle est tombée à moins de 30 % à la fin du siècle.

Alors qu’est-ce qui serait le plus légitime d’un point de vue démocratique : l’élection d’un représentant avec 40 % des suffrages ou l’adoption d’une initiative populaire par 15 % du corps électoral ?

Autre exemple récent et médiatisé : quelles sont la représentativité et la légitimité démocratique du nouveau projet de constitution islandaise rédigé par 25 citoyens choisis au hasard, en collaboration avec la population via Internet, et approuvé en octobre 2012 par 66 % des suffrages exprimés, mais avec un taux d’abstention supérieur à 50 % et l’opposition de toute une partie du spectre politique ?

Il y a peu, les différentes « assemblées populaires » apparues au sein de mouvements « Occupy » qui ont vu le jour à travers le monde (New York, Madrid, etc.) nous ont également montré que la démocratie directe n’offre absolument aucune garantie de représentativité supérieure par rapport à la classique démocratie représentative et qu’elle est tout autant, sinon plus, sujette à la démagogie, au dérapage populiste et à la tyrannique confiscation du pouvoir par une minorité active et bruyante selon l’effet Olson.

Mais le grand argument avancé par les partisans de la démocratie directe, à tout le moins par ceux qui veulent vendre ce programme aux libéraux, c’est, comme le font Legrand ou Garello, de nous assurer que ce système politique permettrait de limiter la taille de l’État, et de mieux préserver nos droits et libertés. Et dans la foulée, de nous décrire comment la Suisse est le cinquième pays le plus libre économiquement au monde. Et comment, en 1980, le référendum initié par le major Jarvis, la célèbre Proposition 13, limita la croissance des dépenses publiques en Californie et conduisit Reagan à la Maison blanche.

Mais une fois de plus, une étude plus approfondie doit nous faire déchanter.

Alors, s’il est bien vrai que la Proposition 13 permit, très momentanément, de réduire un peu le train de vie de l’État de Californie, il ne faut pas oublier que la plupart du temps la démocratie directe a servi aux États-Unis à alourdir le poids et à renforcer l’interventionnisme de l’État (législation sur le travail dans l’Oregon, le Colorado, l’Arkansas, système public de retraites dans l’Arizona, prohibition de l’alcool dans plusieurs État avant le Volstead Act, instauration de mesures de discriminations positives, protection de l’environnement en Californie, etc.).

Et actuellement, malgré le fait que la Californie soit sans doute l’État américain où est le plus appliqué la démocratie directe, on a pu observer depuis des années un envahissement sans précédent de l’État dans tous les domaines de la vie et une multiplication des atteintes aux libertés individuelles.

Quant à la Suisse, s’il est vrai qu’elle se trouve, en compagnie des États-Unis, dans le top 10 des pays les plus libres économiquement, cela ne doit pas occulter le fait que les huit autres pays premiers du classement ne pratiquent pas ou de manière parfaitement anecdotique la démocratie directe. Le lien de causalité non seulement n’est pas prouvé, mais fortement contredit par la pratique référendaire suisse qui, comme aux États-Unis, a surtout été un facteur d’étatisation et d’interventionnisme plutôt que de protection des droits et libertés.

Ainsi, quand on passe en revue la liste des près de 200 initiatives populaires fédérales qui furent soumises à l’approbation des Suisses depuis 1891, on constate que deux tiers des propositions visaient à augmenter l’intervention de l’État ou à réduire la liberté (« droit au travail », impôt sur la fortune, « mesures contre la spéculation », protection des locataires, temps de travail, lutte contre l’alcoolisme, contre le tabagisme, lutte « contre l’emprise étrangère », expulsion d’étrangers, construction de logements sociaux, système de pension publique, limitation du secret bancaire, politique de transports publics, limitation de la vitesse, diminution du trafic routier, contrôle des prix, santé publique, etc.) Chose qui ne doit pas étonner outre mesure quand on sait que le champion toutes catégories des promoteurs d’initiatives populaires est le Parti socialiste suisse, qui devance de très loin tous les autres partis ou groupes d’intérêt ou ad hoc constitués à cet effet.

Et même si, au final, l’écrasante majorité de ces propositions fut rejetée par la population suisse, il n’en demeure pas moins vrai que sur les 20 initiatives populaires qui furent approuvées, douze se sont bien traduites par un accroissement du poids de l’État, et une diminution des droits et libertés suisses (prohibition de l’absinthe, interdiction des maisons de jeu, contrôle des prix, protection de l’environnement, interdiction des OGM, restriction dans la construction immobilière, limitation des « rémunérations abusives », violations de la liberté de culte et atteintes aux pratiques religieuses inspirées par l’antisémitisme et l’islamophobie, etc.)

Bref, si la Suisse est un pays bien plus libre que la moyenne, c’est plutôt malgré la démocratie directe que grâce à elle. Et l’explication de ce degré de liberté doit être recherché ailleurs, à commencer par son système de strict fédéralisme et de décentralisation extrêmement avancé.

Non, la démocratie directe n’est pas la panacée, même pas une amélioration, juste un dangereux pis-aller.

Non seulement elle n’apporte aucune solution plus satisfaisante que la classique démocratie représentative, mais elle peut se révéler plus redoutable encore.

Car fondée sur le même vice : la règle majoritaire.

Comme prévenait Ludwig von Mises :

« La résurgence moderne de l’idée de collectivisme, cause principale de tous les tourments et désastres de notre temps, a eu un succès si complet qu’elle a relégué dans l’oubli les idées essentielles de la philosophie sociale libérale. Aujourd’hui, même parmi les partisans des institutions démocratiques, nombreux sont ceux qui ignorent ces idées. Les arguments qu’ils invoquent pour justifier la liberté et la démocratie sont teintés d’erreurs collectivistes ; leurs doctrines sont plutôt une distorsion du libéralisme véritable qu’une adhésion. À leurs yeux les majorités ont toujours raison simplement parce qu’elles ont le pouvoir d’écraser toute opposition ; la règle majoritaire est le pouvoir dictatorial du parti le plus nombreux, et la majorité au pouvoir n’est pas tenue de se modérer elle-même dans l’exercice de sa puissance ni dans la conduite des affaires publiques. Dès qu’une faction est parvenue à s’assurer l’appui de la majorité des citoyens et ainsi la disposition de la machine gouvernementale, elle est libre de refuser à la minorité ces mêmes droits démocratiques à l’aide desquels elle-même a précédemment mené sa lutte pour accéder à la suprématie. »

 

La tyrannie de la majorité

Une analyse déjà faite il y a bien longtemps par les Pères Fondateurs américains qui s’opposaient autant à la monarchie qu’à la démocratie directe.

Comme John Adams :

« L’idée que le peuple est le meilleur gardien de sa liberté n’est pas vraie. Il est le pire envisageable, il n’est pas un gardien du tout. »

Ou James Madison :

« Une pure démocratie ne peut céder à aucune revendication de l’opposition. Lorsqu’une orientation ou un intérêt commun est ressenti par la majorité, il n’y a plus qu’à sacrifier la partie la plus faible. De là vient que les démocraties ont toujours été jugées incompatibles avec la sécurité des personnes ou avec le droit de propriété… »

De bien noires prédictions qui se sont révélées globalement exactes au regard de l’expérience historique.

Cependant, même si la démocratie directe n’est pas le remède souhaitable, le diagnostic n’en reste pas moins correct et la maladie, bien réelle : érosion grandissante des libertés, étouffement sous le poids de l’État ventripotent, hommes politiques déconnectés de la population, corruption généralisée du système, désaffection des gens de la chose publique, etc.

Mais si l’on veut résoudre ce problème du point de vue libéral, il faut bien se souvenir de ce qu’est le libéralisme : ce n’est pas un système de production de lois ou de normes de comportement ; non, il vise à la protection des droits naturels des individus. Et, comme Albert Camus, il faut se rappeler que la démocratie libérale, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. Or, la démocratie directe n’offre aucune garantie à ce sujet.

Quelles solutions, donc ? Pour protéger les droits naturels des individus et pour limiter la taille et l’action de l’État, on peut évoquer rapidement plusieurs pistes, qui demanderaient, bien sûr, de plus longs développements.

Tout d’abord, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, et conservons une modalité de la démocratie directe, la négative.

C’est-à-dire non pas celle qui permet aux électeurs de participer à la confection et/ou l’approbation de normes d’application obligatoire à l’ensemble de la population puisque cette voie conduit à plus d’étatisme et moins de liberté, mais celle qui leur permet de rejeter une législation ; historiquement, c’est d’ailleurs la première forme de la démocratie directe suisse, apparue dans le canton de Saint-Gall en 1831, et qui consistait seulement en une possibilité offerte à la population de rejeter une loi votée par le Parlement. On conserverait ainsi de la démocratie directe uniquement le veto de la population et la destitution de mandataires politiques (comme, par exemple, le recall aux États-Unis).

Ensuite, pour protéger plus efficacement les droits de la minorité et limiter l’invasion de l’État, on pourrait concevoir que si une loi, pour être adoptée par le Parlement, pourrait se contenter d’être approuvée par une majorité simple, ou même relative selon les cas, cette même loi pourrait être abrogée si une minorité significative (un tiers, par exemple) des parlementaires ou même de la population la rejetait. De fait, une norme repoussée par une minorité importante de la population ne peut être ni bonne ni légitime.

On pourrait également prendre le problème sous un autre angle, sans rapport aucun avec le vote démocratique.

Ainsi, afin d’éviter les collusions incestueuses des représentants du peuple avec l’État, les lobbys, etc. et pour favoriser leur zèle à contrôler de manière critique le gouvernement, on pourrait supprimer la rémunération publique des mandataires politiques (comme c’était inscrit dans la très libérale constitution belge de 1831).

Sans attache pécuniaire liant les représentants du peuple à l’État, on peut espérer de leur part un travail de contrôle plus rigoureux de l’action gouvernementale et une écoute plus attentive de leurs électeurs à qui ils devront leur salaire (via les cotisations des membres des partis politiques, de syndicats, de dons, etc.). Parallèlement, on peut miser sur une véritable décentralisation avancée et une réelle subsidiarité établie au niveau local le plus bas possible, afin de placer le centre de décision du pouvoir au plus près de la population et de ses préoccupations. Et si l’on opte pour la voie judiciaire, on pourrait instaurer une exception de contrôle de constitutionnalité des lois que pourrait soulever n’importe quel tribunal.

D’autres voies sont certainement possibles qui pourraient être envisagées dès lors qu’elles visent bien à la protection des droits et des libertés des individus et non pas à donner la possibilité à une partie de la population d’imposer ses vues à la minorité.

 

En conclusion

Comme le rappelait Raymond Boudon, il n’y a pas lieu de chercher à substituer à la démocratie représentative une forme de démocratie supposée supérieure que serait la démocratie directe.

Il suffit de voir comment votent généralement la Suisse francophone ou la Californie pour comprendre que la démocratie directe en France se traduirait par un recul significatif de la liberté (un avant-goût :  « 77 % des Français veulent une loi interdisant les retraites chapeau »).

Par contre, il faut bien toujours chercher à améliorer la démocratie représentative et à lutter contre la tyrannie des groupes d’influence et la confiscation du pouvoir. Et ce travail consistera à appliquer de manière rigoureuse les principes fondamentaux du libéralisme politique, à commencer par le principe de la séparation des pouvoirs. Et non pas donner libre cours aux gens pour s’immiscer dans la vie de leurs voisins, même au travers d’un vote démocratique.


Article publié initialement le 2 décembre 2013.

Lire l’article de Hadrien Gournay : La démocratie représentative aujourd’hui

Lire l’article de Jacques Garello : Les bienfaits de la démocratie directe

José Lopez-Martinez

Ancien secrétaire de l'association Libéraux.org, José Lopez-Martinez a été tour à tour gestionnaire de contentieux dans une compagnie d'assurance, comptable d'une société métallurgique, statisticien, bibliothécaire, couteau suisse... Il est actuellement webmaster. 
 
 


Démocratie directe

Définition

En démocratie directe, le pouvoir provient également de tous et s'exerce également sur tous, on dit que le peuple est souverain, c'est-à-dire qu'il détient tous les pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire).
Il n'y a donc pas ou presque pas de représentants politiques (ministres, maires, parlementaires, etc).

On peut concevoir l'organisation des pouvoirs dans une hypothétique démocratie directe ainsi :

La nation est le pouvoir législatif :
En effet elle détient l’initiative législative par le droit de pétition et toutes les lois doivent être votées par un suffrage direct véritablement universel, c'est-à-dire qui nécessite l’existence d’un vote obligatoire.

La nation est le pouvoir judiciaire dans la limite de la raison et de l’instruction que possède chaque individu :
La justice doit être populaire dans le plus de domaines où cela est possible et obligatoirement dans les affaires de droit commun.
C'est-à-dire rendue par des gens choisis aléatoirement parmi les citoyens n’ayant jamais été reconnus coupables de crimes ou de délits. Ce système n’est garant de l’impartialité que si l’instruction du peuple, notamment en matière de droit, est la mission première de la communauté. Cependant cette mission de service public peut pour partie ou pour tout être déléguée à d’autres organismes dès lors que ceux-ci sont soumis à un strict contrôle par des commissions populaires.

La nation a un contrôle absolu sur le pouvoir exécutif :
D’une part pour que le gouvernement représente toujours la volonté du peuple tous les mandats doivent être courts et conférés au suffrage universel direct, ainsi à tout moment une motion de censure contre le gouvernement doit pouvoir être engagée. Il est impératif que si une large majorité du peuple considère qu’une faute grave (non-respect des principes fondateurs de la république, alliances diplomatiques inacceptables) a été commise, le gouvernement soit destitué dans les plus brefs délais.
D’autre part, pour empêcher tout abus de pouvoir, le cumul des mandats doit être impossible et l’initiative législative dont dispose le pouvoir exécutif ne peut se traduire que par des référendums. Pour permettre le bon déroulement de la vie des citoyens, le nombre de lois pouvant être instituées sur une certaine période de temps doit être limité (ex : maximum un référendum par semaine). Une telle mesure permet d’empêcher l’inflation législative, un des grands maux des « démocraties représentatives », par l’usage de décrets gouvernementaux (mesure de faible importance non soumis au vote populaire). Évidemment ces décrets peuvent être abrogés par pétition comme toutes les autres lois.

La démocratie directe est un processus collectif de décision qui se fonde sur une organisation horizontale, plutôt que hiérarchique, de la société humaine. Elle est, tout comme le régime représentatif, un concept. Théoriquement, elle peut-être appliquée au niveau du régime politique d'un pays comme au niveau des processus collectifs de décision de tous types d'associations locales ou virtuelles (via Internet).

Aspect historique et sémantique

La démocratie, au sens étymologique de pouvoir (kratos) du peuple (demos) ne peut être que directe. L'expression de « démocratie représentative » peut être considérée comme un leurre car c'est seulement dans une démocratie directe que le pouvoir est le reflet exact des aspirations du peuple. C'est à partir de la naissance de régimes représentatifs parlementaires à la fin du XVIIIe siècle que la classe politique, constituée presque exclusivement de personnes appartenant aux classes sociales aisées, a, pour justifier moralement sa fonction, détourné la définition sémantique du terme démocratie en l'assimilant au régime représentatif/parlementaire.

La démocratie directe, au sens d'un régime dans lequel la nation est souveraine, n'a réellement existé que dans l'Athènes du VIe siècle avant JC avec les réformes successives de Solon (-594) et Clisthène (-508) :
La nation était effectivement souveraine avec un vote des lois par tous les citoyens réunis, et le tirage au sort des magistrats (pouvoir exécutif) ainsi que des juges qui recevaient des mandats d'un an. Des indemnités journalières de présence étaient même octroyées aux plus pauvres pour leur permettre d'assurer leurs fonctions civiques.
Cependant les femmes étant considérées comme d'éternelles mineures et les esclaves comme des biens ils étaient exclus de la communauté civique. Le système athénien comportait donc des défauts inhérents à son époque et qui vont à l'encontre de notre conception moderne de la démocratie : religion officielle, avilissement de la femme, économie fondée sur l’esclavage.

Bien que la démocratie directe ne se concrétisa jamais par un système plus égalitaire dans l'histoire, si ce n'est dans l'esprit de Jean-Jacques Rousseau qui justifia sa nécessité dans Du Contrat Social (1762) et entama même une ébauche d'une Constitution de démocratie directe pour la Corse en 1764, l'utopie de l'instauration d'une démocratie directe moderne existe toujours.

Démocratie directe et services publics

La démocratie directe n'implique pas nécessairement la suppression de l'État on ne peut donc pas l'assimiler à une forme d'anarchisme. Les missions des services publics et leur fonctionnement sont collectivement décidés par la communauté civique.

Allocation du budget public

Des sondages ont montré que si le budget alloué aux services publics était déterminé collectivement, l'allocation de ce budget serait très différente de ce qu'elle est en régime représentatif. Par exemple, le budget de l'armée et des services secrets serait réduit au profit des budgets alloués à des services tels que les pensions ou les transports en commun.

Contrôle des services publics

Par exemple les attributions de contrats publics à des entreprises privées (source importante de détournements de fonds publics au profit d'intérêts privés, via des représentants politiques corrompus) pourraient être collectives, de la conception à l'octroi jusqu'au suivi de réalisation. La publication, entres autres sur Internet, de tous les documents relatifs aux contrats publics, permettrait théoriquement à chacun de procéder aux vérifications qui dans un régime représentatif sont opérées par des représentants politiques ou des agents de l'administration publique. Ce principe de contrôle de la corruption se retrouve dans la démocratie participative.

Justice

Comme dit plus haut, le principe de démocratie directe appliqué dans le domaine judiciaire correspond à l'instauration de tirages au sort pour former des jurys populaires. Un tel système suppose un encadrement strict pour empêcher un manque d'objectivité du jury du à une influence extérieure : médias, parcours personnel des jurés, etc. Il paraît difficilement concevable de déléguer intégralement le pouvoir judiciaire aux citoyens ordinaires à cause de la complexité de certaines affaires nécessitant des connaissances dans des domaines très précis : droit international, droit commercial, scandales médicaux et bioéthique.

Condition à l’application effective de la démocratie directe

Pour des considérations techniques évidentes un régime de démocratie directe ne peut être instauré dans des États tels que nous les connaissons. En effet leur trop grande taille empêche l’existence d’un débat réel entre chaque citoyen, et la mobilisation fréquente d’une importante population pour des votes générerait certainement des problèmes d’organisation en apparence insoluble. Certains considèrent aujourd’hui que le vote électronique à domicile pourrait supprimer cet empêchement. Cependant d'autres pensent qu’un tel système en banalisant le vote pourrait amener à l’instauration de lois liberticides, voire de dictatures sous l’influence de médias de propagande et de démagogues. C’est pourquoi la solution classique imaginée par de partisans de la démocratie directe, dont Rousseau, est toujours avancée :

Tout d’abord pour des considérations techniques un vote de toute la nation ne semble possible que dans un État à faible population, pourtant le modèle de la démocratie directe se veut universel.

Le problème n’est donc soluble que si l’on postule l’instauration de communautés démocratiques comprenant au maximum 500 000 habitants, mais pouvant être de taille beaucoup plus réduite (minimum 30 selon certains sociologues). De telles entités étatiques auraient l’avantage supplémentaire d’être au plus près des besoins du citoyen, notamment en termes d’aménagement du territoire et d’infrastructures.

Toutefois la naissance de ces communautés démocratiques semble impossible du fait qu’elle sous-entend la dissolution des États existants et va ainsi à l’encontre du droit fondamental des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette condamnation hâtive provient d'une incompréhension de l’objectif de ces communautés, qui n’est pas de se substituer à l’identité nationale pour leurs théoriciens. La culture et la langue propre à chaque peuple n’est pas remise en cause dans cette nouvelle organisation, puisque rien n’empêche des coopérations renforcées entre différentes communautés démocratiques, dès lors que ces coopérations respectent les principes de la démocratie directe, c'est-à-dire ont été soumises à l’approbation des citoyens et sont — comme tout dispositif législatif — abrogeables par pétition.

La seconde attaque que subit ce modèle vise sa supposée faiblesse militaire auquel les partisans de la démocratie directe répondent par la création d’un fédéralisme souple entre les démocraties « classiques » et directes régi par les principes démocratiques les plus stricts (vote à la majorité simple requérant la représentation de toutes les nations membres). Cette structure se doit d’être à géométrie variable, fonction seulement de la volonté de chaque nation.

Limites

Le concept de démocratie a ses propres limites en matière morale puisqu'il revient aussi à l'oppression d'une partie de la population par une autre partie, la démocratie reconnaissant implicitement à une majorité de la population le droit d'imposer sa volonté à la minorité. Cette dictature démocratique fut notamment dénoncée par Emmanuel Kant (partisan du despotisme éclairé) et Jean-Jacques Rousseau (partisan de la démocratie directe) puis Alexis de Tocqueville (grand penseur libéral).

C'est parce que la démocratie repose sur le principe implicite d'oppression de la minorité par la majorité certains revendiquent moralement le droit à la désobéissance civile. Cependant d'autres considèrent qu'une liberté de circulation absolue des personnes permet à la minorité non représentée par le gouvernement démocratique en place de ne pas subir la dictature de la majorité en lui laissant la possibilité de quitter son pays.

La démocratie directe n'offre aucune garantie de sauvegarder les libertés, ni de protéger les minorités, car elle peut entraîner un accroissement du poids de l’État et une diminution des droits individuels. Elle offre seulement les avantages suivants :

  • possibilité de rejeter une loi votée par le parlement (droit de veto) ;
  • possibilité de destituer des mandataires politiques.

Voir aussi

Citations

  • La démocratie directe, qui amène l’électeur à se prononcer sur des thèmes économiques, conduit à des décisions très critiquables sous l’angle économique. Les économistes l’expliquent par ce qu’ils nomment « la recherche de rentes de la part des groupes d’intérêts ». (Emmanuel Garessus)
  • En tant que libéral, la démocratie directe comporte quantité d’avantages, mais elle ne protège pas l’individu. Il ne sert à rien d’en faire le critère ultime. A l’extrême, elle peut mener à une dictature de la majorité. (Emmanuel Garessus)
https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9mocratie_directe

 

 

novembre 20, 2025

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Minarchisme : la pire forme d'idolâtrie d'État !

Minarchisme : la pire forme d'idolâtrie d'État

Est-ce qu'un peu pluvieux signifie qu'il pleut encore ? La réponse semble évidente. Mais pour beaucoup, la réponse correcte – qu'ils défendent avec véhémence – est qu'« un peu pluvieux ne signifie pas qu'il pleut ».

Je parle, bien sûr, du minarchisme et de l’étatisme. Ces deux positions proposent une organisation de la société, garantie par le monopole de la force et de la violence. Leur différence réside dans le degré d’« humidité » qu’elles appliquent. Or, leurs tenants veulent nous faire croire qu’il y a bien plus qu’une simple différence de degré. Ils prétendent qu’il s’agit d’une question de principe, et non d’ampleur.

De mon point de vue anarchiste, c’est à la fois risible et navrant. Un État est un État, quelle que soit sa taille. Il possède une nature intrinsèque. Et cette nature demeure, indépendamment de la manière dont on choisit de mesurer sa taille ou son impact. Il est important de s’en souvenir, et cela doit être au cœur de la philosophie libertaire. 


 Walter Block a posé la question suivante : quelle serait la véritable position libertarienne si l’on avait le choix entre, d’une part, une hausse des impôts générant moins de recettes pour l’État et, d’autre part, une baisse des impôts (un taux d’imposition plus faible) qui, en raison de la courbe de Laffer, augmenterait les recettes de l’État ? Les deux options semblent avoir des effets à la fois libertariens et contraires aux principes libertariens. Dès lors, faut-il privilégier une baisse des impôts ou une diminution des recettes de l’État si les deux options sont incompatibles ?

Bien que je comprenne la démarche de Walter face à ce prétendu dilemme, la réponse n'est pas binaire. Les options révèlent l'erreur fondamentale qui consiste à soumettre ses principes à un raisonnement incrémentaliste. En l'occurrence, le principe est celui du droit de propriété privée – le droit de l'individu à ce qu'il a légitimement acquis et accumulé. Dans les deux options, le droit de propriété privée est violé par l'État. Alors, l'une des options est-elle préférable à l'autre ? 
 
La réponse est : cela dépend. Votre choix final dépend de votre situation personnelle – de vos préférences. Mais vos préférences diffèrent du principe. Vous pourriez préférer un taux d'imposition plus élevé ou plus bas selon son impact sur vous. Il s'agit de défendre ce qui vous appartient. Mais les deux options sont mauvaises. Vous choisissez donc probablement ce que vous considérez comme le moindre mal. Mais le moindre mal reste un mal. 
 
 La véritable réponse libertarienne à la question de Walter est que nous nous opposons aux violations du droit de propriété privée – surtout lorsqu'elles sont institutionnalisées, centralisées et monopolisées par un État. L'ampleur du vol n'est pas un facteur déterminant pour qualifier un vol de tel. Le principe est clair : le vol est un crime. 
 
 Certes, le vol à l'étalage ou le larcin à la tire sont moins intrusifs et imposent une charge moindre au propriétaire qu'un impôt qui, par exemple, ampute régulièrement un tiers de ses revenus. On peut donc préférer le premier. Mais il s'agit bel et bien d'un vol. Le fait que le voleur ait dérobé une somme moins importante ne diminue en rien la gravité du vol. 
 
En ce sens, les droits sont binaires : soit ils sont violés, soit ils ne le sont pas. C'est une question de culpabilité et de responsabilité. Il ne s'agit pas de faire du mieux l'ennemi du bien. La pratique consistant à faire respecter, à défendre et à faire appliquer les droits prend en compte l'ampleur du préjudice et applique des sanctions et des conséquences adaptées à chaque cas particulier. Mais elle repose sur une évaluation binaire de la violation ou non d'un droit. Sans violation de droits, il n'y a pas de sanction. Or, la sanction dépend de la gravité du crime.
 
Quel est le rapport avec la pluviométrie et le minarchisme ? De même qu'il faut distinguer la violation des droits et les sanctions, il faut séparer principes et préférences. Certains libertariens peuvent préférer un taux d'imposition plus élevé car il diminue les recettes fiscales de l'État. D'autres peuvent préférer un taux plus bas, même si cela signifie des recettes accrues pour l'État. Mais aucune de ces positions n'est une question de principe. Dans les deux cas, les droits de propriété sont violés – par l'État. 
 
Autrement dit : on ne peut défendre l'une ou l'autre de ces positions par un argument libertarien de principe. L'argument libertarien de principe s'oppose à l'impôt. Il s'oppose également à l'État, puisque l'existence même de ce dernier viole les droits des individus. 
 
 Les minarchistes se considèrent généralement comme libertariens, même s'ils peuvent utiliser d'autres termes comme objectivisme. Mais ils adhèrent, ou du moins affichent, une position de principe de non-agression. Les libertariens, y compris les minarchistes, soutiennent que nul n'est autorisé à violer les droits d'autrui, que ce soit directement ou par la lâcheté d'un tiers. 
 
Mais qu'en est-il alors de l'État ? C'est là que les minarchistes commettent une erreur fondamentale qu'ils refusent d'admettre. Selon eux, un État de petite taille perd tout le pouvoir néfaste d'exercer un monopole sur la violence. Or, pourquoi ? Se pose non seulement la question de la définition de « petit État » – pour reprendre l'exemple hypothétique de Walter, un petit État est-il celui qui perçoit un taux d'imposition plus faible mais des recettes fiscales plus importantes, ou est-ce l'État au taux d'imposition plus élevé et aux recettes moindres qui est simplement plus petit ? Se pose également la question de savoir pourquoi la nature même de l'État ne s'applique plus.
 
Certes, les minarchistes ont imaginé toutes sortes de stratagèmes censés limiter le pouvoir de l'État. Certaines tentatives, plus honnêtes, reconnaissent que l'État cherchera toujours à accroître sa puissance, son influence et son emprise sur la société. À l'instar des Pères fondateurs américains, ils conçoivent donc différents types de freins institutionnels pour contenir cette machinerie. L'histoire a déjà tenté l'expérience, sans succès. La raison en est simple : l'État est pouvoir, force et violence. C'est son principe fondamental ; c'est ce qui le définit, ce qui le distingue des autres types d'organisations. Le monopole de la violence. 
 
Défendre cette machinerie, c'est défendre ce qu'elle est. On peut certes préférer un type particulier d'État. C'est précisément le cœur du raisonnement minarchiste. Leur État idéal est petit, inoffensif et étroitement surveillé. Il n'en reste pas moins un État. Et à ce titre, il viole les droits, a le pouvoir de les violer et est incité à devenir puissant et menaçant – et à se libérer de toute entrave. 
 
La solution anarchiste est simple : l'éliminer. Sans autorité, point de crainte. Et sans autorité, nous sommes libres de trouver nous-mêmes les solutions à nos problèmes. 
 
Ce qui est fascinant, c'est que les minarchistes refusent même d'envisager cette solution, ce qui devrait pourtant aller de soi au regard du principe libertarien de non-agression. Nombre d'entre eux s'y opposent d'ailleurs farouchement. Pourquoi ? Ne serait-il pas plus judicieux de consacrer le temps, les efforts et l'énergie que les minarchistes investissent dans des projets censés limiter le pouvoir de l'État, à trouver des solutions sans lui ? 
 
 La raison, même si les minarchistes refusent de l'admettre, est qu'ils ne peuvent concevoir un monde sans État. Pour eux, l'État n'est pas seulement une solution à un problème, mais une garantie. L'État garantit la protection, la défense et le respect des droits des individus. Il est la garantie de la justice, de la paix et de la liberté dans la société. Interrogez n'importe quel minarchiste, et il vous dira clairement que c'est l'incapacité de l'anarchisme à fournir une telle garantie qu'il conteste. Il ne peut ni concevoir ni accepter qu'une société puisse fonctionner sans dessein ni autorité centrale.
 
C'est là, en réalité, le cœur même de l'illusion étatiste. Qu'ils prônent un État « grand » ou « petit », les partisans de l'État croient fondamentalement à l'idée fantasmée que nous ne pouvons nous en passer. La seule différence entre les minarchistes et les partisans d'un État omniprésent réside dans le fait qu'ils reconnaissent que l'État ne remplit pas sa fonction de garant dans d'autres domaines de la société. Or, prétendent-ils, il doit garantir nos droits. En maintenant son monopole sur la violence et en empêchant les citoyens de résoudre leurs propres problèmes. 
 
Personnellement, je préférerais vivre sous un État minarchiste plutôt que sous d'autres formes, comme l'État nazi, communiste ou l'État-providence. Mais, par principe, c'est une abomination. Il faut l'abolir. 
 
Enfin, je tiens à préciser que les minarchistes ne sont ni nos compatriotes ni nos compagnons de lutte pour la liberté. Ils sont en réalité la pire forme d'étatisme. Non seulement ils acceptent le principe de l'État, fondamentalement anti-libertaire, mais ils en ont une vision idéalisée et irréaliste. D'autres partisans de l'État considèrent, à juste titre, l'État comme une source de pouvoir qu'ils utiliseront pour imposer la structure sociale qu'ils souhaitent. Ils reconnaissent souvent qu'il s'agit d'un moyen d'atteindre leur fin et qu'ils s'en serviront comme d'une arme. Pour les minarchistes, en revanche, l'État est le garant indispensable de tout ce qui est bon : le protecteur, le défenseur et le garant de nos droits naturels. Autrement dit, il est le vecteur de la liberté, de la paix et de la justice. 
 
Difficile d'être plus étatiste.
 

 
Per Bylund, PhD, is a Senior Fellow of the Mises Institute and Associate Professor of Entrepreneurship and Johnny D...  

 
 

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