juillet 02, 2026

La passion des socialistes....une maladie ?

Pourquoi le socialisme gagne-t-il en popularité en Amérique ? 

 Parce qu’il s’appuie sur la morale traditionnelle. Depuis leur plus jeune âge, presque tous les enfants ont entendu dire qu’être moral, c’est servir les autres de manière désintéressée. On l’entend à la maison, au catéchisme, à l’école primaire, à l’université, dans les livres, les films, à la télévision, et dans tous les aspects de la culture. Cette idée est omniprésente. 

 


 

 L’une de ses principales sources est la Bible : « Je vous ordonne d’être généreux envers vos frères, envers les pauvres et envers les nécessiteux de votre pays », dit Dieu par la bouche de Moïse (Deutéronome 15,11). « Malheur à ceux qui… détournent le pauvre », avertit Dieu par la bouche d’Isaïe (Isaïe 10,1-2). « Donnez à celui qui vous demande, et si quelqu’un prend ce qui vous appartient, ne le réclamez pas. » – « Vends tout ce que tu possèdes et distribue-le aux pauvres. » – « Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu », dit Jésus (Luc 6.30 et 18.22 ; Matthieu 19.24). « Ne faites rien par égoïsme », écrit Paul, « mais, dans l’humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous-mêmes. » – « Que personne ne recherche son propre intérêt, mais celui de son prochain », précise-t-il, car « de tels sacrifices plaisent à Dieu » (Philippiens 2.3 ; 1 Corinthiens 10.24 ; Hébreux 13.16). Et ainsi de suite. 

La Bible regorge de tels commandements. Compte tenu de ces impératifs, quel est le type de société idéal que les hommes devraient établir et maintenir ? L'Écriture est on ne peut plus claire à ce sujet. La société biblique idéale ressemble à celle décrite dans les Actes 4-5, où, conformément à la volonté de Dieu, le peuple « avait tout en commun… et l’on distribuait à chacun selon ses besoins ». 

Si cela vous semble familier, c’est normal. Karl Marx a ensuite repris ces principes, les a sécularisés et les a condensés en le principe fondamental du socialisme : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »… [suite ci-dessous »»] 

Craig Biddle

La passion des socialistes

Pourquoi le socialisme suscite-t-il autant de ferveur, alors que le capitalisme en suscite relativement peu ? Une étudiante m'a récemment posé cette question. Elle a ajouté que les partisans du socialisme défendent leur position avec une certitude morale affirmée, tandis que les défenseurs du capitalisme — lorsqu'ils s'expriment — le font avec une certaine appréhension morale. Elle a fait remarquer, en outre, que cela confère au socialisme un avantage considérable. 

C'est effectivement le cas. Le socialisme suscite une telle ferveur parce qu'il a la morale traditionnelle de son côté. 

Considérons le contexte psychologique et moral dans lequel les étudiants et les jeunes adultes en général abordent la question du système social à soutenir. 

Pratiquement tout le monde a entendu dire, dès le plus jeune âge, qu'être moral consiste à servir les autres de manière désintéressée. Nous l'entendons à la maison, au catéchisme, à l'école primaire, à l'université, dans les livres, au cinéma, à la télévision et dans tous les autres aspects de la culture. Cette idée est omniprésente. 

L'une de ses sources principales est la Bible : « Je te donne ce commandement : ouvre ta main à ton frère, au pauvre et à l'indigent de ton pays », dit Dieu par la bouche de Moïse (Deutéronome 15:11). « Malheur à ceux qui... écartent les indigents », avertit Dieu par la bouche d'Isaïe (Isaïe 10:1–2). « Donne à quiconque te demande, et si quelqu'un prend ce qui t'appartient... ne le réclame pas » ; « Vends tout ce que tu as et distribue-le aux pauvres » ; « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu », dit Jésus (Luc 6:30 et 18:22 ; Matthieu 19:24). « Ne faites rien par esprit de rivalité », écrit Paul, « mais considérez avec humilité les autres comme supérieurs à vous-mêmes » ; « Que personne ne cherche son propre intérêt, mais celui d'autrui », précise-t-il, car « de tels sacrifices sont agréables à Dieu » (Philippiens 2:3, 1 Corinthiens 10:24, Hébreux 13:16). 

Et ainsi de suite. La Bible regorge de tels commandements. 

Compte tenu de ces impératifs supposés, quel est le type de société idéal que les hommes devraient instaurer et préserver ? Sur ce point aussi, les Écritures sont on ne peut plus claires. 

La société biblique idéale ressemble à celle décrite dans les Actes des Apôtres (chapitres 4 et 5) où, conformément à la volonté de Dieu, les croyants « mettaient tout en commun » et où « l'on faisait des distributions à chacun selon ses besoins ». Si cette idée vous semble familière, c’est tout à fait normal. Karl Marx a par la suite repris ces concepts, les a sécularisés et les a résumés dans le principe fondamental du socialisme : 

« De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins »1. 

Selon le socialisme, cette approche est moralement juste — et, par conséquent, politiquement correcte. Qui pourrait contester cette vision socialiste ? Certainement pas un défenseur de la morale biblique. Ni un partisan de l’altruisme laïque. 

 Le philosophe laïque Auguste Comte — qui a inventé le terme « altruisme » — l’a créé pour exprimer l’idée que la moralité consiste à vivre pour autrui. (« Alter » signifie « autre » en latin ; « altruisme » désigne donc le fait de se tourner vers l’autre.) Il a également précisé ce que cela impliquait au regard du principe des droits. 

Puisque « vivre pour autrui » constitue pour nous tous un « devoir constant » et « la formule définitive de la morale humaine », écrivait Comte, il en découle que « tous les hommes honnêtes et sensés, quel que soit leur parti, devraient convenir, d’un commun accord, d’éliminer la doctrine des droits ». 

 L’altruisme, soulignait-il, « ne saurait tolérer la notion de droits, car celle-ci repose sur l’individualisme ». Ainsi, en se fondant sur le principe de l’altruisme, les droits apparaissent « aussi absurdes qu’immoraux... Il faut donc rejeter totalement cette notion »2. 

 Cette version laïcisée de l’altruisme a été reprise par de nombreux autres philosophes et penseurs politiques, notamment John Stuart Mill — une figure très influente qui a non seulement adhéré à l’altruisme, mais a aussi insisté sur la nécessité de l’inculquer aux enfants par l’éducation. 

« Cultiver directement l’altruisme et subordonner l’égoïsme à celui-ci », écrivait Mill, « devrait être l’un des principaux objectifs de l’éducation. » Les étudiants, disait-il, doivent « prendre l’habitude et développer le désir d’être utiles aux autres et au monde… indépendamment de toute récompense et de toute considération personnelle. » 

Idéalement, soutenait-il, toute personne vivant d’un travail utile devrait être habituée à se considérer non comme un individu œuvrant pour son propre profit, mais comme un fonctionnaire ; et son salaire, quel qu’il soit, non comme la rémunération ou le prix de son travail, qui devrait être donné librement, mais comme la contribution de la société lui permettant de l’exercer. 3

 Peu après que Mill et ses camarades utilitaristes eurent rejoint ce mouvement grandissant de sacrifice, le philosophe pragmatiste John Dewey s’y consacra également. Dewey appelait à « imprégner les élèves de l’esprit de service » et à faire de « chacune de nos écoles un lieu de vie communautaire en gestation » 4. 

Il insistait sur le fait que chaque élève devait participer à des « activités sociales » lui permettant de « se concevoir du point de vue du bien-être du groupe » 5. 

 À l’instar de Mill, Dewey ne cherchait pas simplement à promouvoir la politique du socialisme. Cet objectif banal est réservé aux politiciens et aux voyous armés. Ces philosophes altruistes et collectivistes connaissaient le pouvoir des idées profondes et de l’endoctrinement précoce. Dewey et les autres acteurs du mouvement dit de « l’éducation progressiste » comprenaient non seulement que la politique découle de la culture, mais aussi que la culture découle de l’éducation de la petite enfance. Ils savaient où s’adresser et comment procéder pour faire progresser le socialisme à grande échelle. Ils s’attachaient à inculquer le socialisme à l’esprit et à l’âme des enfants.

Comme l'a dit Dewey : 

 « On débattra longtemps du socialisme matériel, du socialisme envisagé comme une question de répartition des ressources matérielles de la communauté ; mais il existe un socialisme sur lequel il ne saurait y avoir de telles controverses : le socialisme de l'intelligence et de l'esprit. Élargir et enrichir le partage des ressources intellectuelles et spirituelles de la communauté, voilà le sens même de la communauté… Ainsi, l'école doit devenir un centre social. L'école, en tant que centre social, implique la promotion active et organisée de ce socialisme.»⁶ 

Les écoles américaines sont aux mains des « progressistes » depuis près d'un siècle. Et ces derniers y promeuvent essentiellement la même morale d'abnégation et d'opposition aux droits que celle que les enfants reçoivent de la Bible. 

 Compte tenu de la conception biblique largement acceptée selon laquelle la moralité consiste à servir autrui de manière désintéressée – et du consensus laïque général sur ce point – et du corollaire logique selon lequel les droits doivent donc « être complètement abolis » –, et sachant que tout cela a été profondément inculqué aux enfants pendant plusieurs décennies dans les écoles américaines, faut-il s'étonner que les jeunes Américains soient si passionnés par le socialisme et si peu par le capitalisme ? À quoi d'autre pouvait-on s'attendre ? 

 (Pour une solution à ce problème, voir « Ayn Rand : la philosophe du retour en grâce de l'Amérique » ; « Capitalisme et supériorité morale » ; et « Héros et méchants de l'éducation américaine ».) 

Craig Biddle


 

Auteur de *Loving Life*, *Rational Egoism* et de centaines d'essais ; animateur du podcast *Under Standing* ; directeur exécutif de l'Objective Standard Institute ; rédacteur en chef de la revue *The Objective Standard* 

https://www.theobjectivestandard.com/p/the-passion-of-socialists

 

 1 Karl Marx, Critique du programme de Gotha, partie 1 (1875), http://www.marxists.org/archive/marx/works/1875/gotha/ch01.htm. 

 2 Auguste Comte, <i>Catéchisme de la religion positive</i>, traduit par Richard Congreve (Londres : John Chapman, 1852), p. 309, 313, 332-333 (italiques supprimés). 

3 John Stuart Mill, <i>Auguste Comte and Positivism</i> (Ann Arbor : University of Michigan Press, 1961), p. 146, 148. 

 4 John Dewey, <i>The School and Society</i> (Carbondale : Southern Illinois University Press, 1980), p. 19-20. 

5 John Dewey, « My Pedagogic Creed », <i>School Journal</i> 54 (janvier 1897), p. 77-80, http://dewey.pragmatism.org/creed.htm. 

6 John Dewey, The Middle Works of John Dewey, Volume 2, 1899–1924: Journal Articles, Book Reviews, and Miscellany in the 1902–1903 Period, and Studies in Logical Theory and The Child and the Curriculum, 1st ed., edited by Jo Ann Boydston (Carbondale, IL: Southern Illinois University Press, 2008), 93.

Gustave Le Bon

Gustave Le Bon : Le prophète des foules et le penseur oublié du monde moderne

Peu d’auteurs du XIXe siècle peuvent se targuer d’être encore lus, cités ou redécouverts plus d’un siècle après leur mort. Gustave Le Bon appartient à cette catégorie rare. Médecin de formation, voyageur, anthropologue, sociologue avant l’heure et observateur passionné des civilisations, il est surtout l’auteur d’un ouvrage devenu légendaire : Psychologie des foules, publié en 1895. Écrit à une époque où n’existaient ni la radio, ni le cinéma, ni la télévision, ni Internet, ce livre demeure pourtant d’une actualité saisissante. Bien avant l’avènement des médias de masse et des réseaux sociaux, Le Bon avait compris une vérité fondamentale : l’individu ne pense pas de la même manière lorsqu’il est seul que lorsqu’il est plongé dans une foule. À travers son œuvre se dessine une réflexion toujours pertinente sur le pouvoir, les émotions collectives, les idéologies et les fragilités de la démocratie moderne.


 

Un explorateur des civilisations à l’âge des empires

Gustave Le Bon naît en 1841 dans une France qui entre progressivement dans l’ère industrielle.

Le XIXe siècle est alors le siècle des nations, des révolutions, des empires coloniaux et des découvertes scientifiques.

Curieux de tout, Le Bon voyage énormément.

Il parcourt l’Europe, le Moyen-Orient, l’Inde, l’Asie centrale et l’Afrique du Nord.

Ces voyages le marquent profondément.

Contrairement à de nombreux intellectuels de son époque, il observe les sociétés réelles avant de bâtir des théories.

Il s’intéresse aux religions, aux coutumes, aux croyances, aux comportements collectifs et aux différences entre les civilisations.

Bien avant Samuel Huntington, Fernand Braudel ou Arnold Toynbee, Gustave Le Bon développe une réflexion fondée sur le temps long, les héritages culturels et les mentalités collectives. Il considère que les peuples ne sont pas uniquement façonnés par les institutions ou l’économie, mais aussi par des traditions, des croyances et des réflexes psychologiques profondément enracinés.

À une époque dominée par la foi dans le progrès, il demeure sceptique.

Il observe avec inquiétude la montée des idéologies de masse, des passions politiques et des mouvements révolutionnaires.

Les souvenirs de la Révolution française, des journées de 1848 et de la Commune de Paris nourrissent sa réflexion.

Le Bon comprend que le XIXe siècle n’est pas seulement celui du progrès technique.

C’est aussi celui de l’entrée des masses dans la vie politique.

La psychologie des foules : le livre qui annonça le XXe siècle

Lorsque paraît Psychologie des foules en 1895, l’Europe vit encore sous l’illusion de la stabilité.

Pourtant, Le Bon pressent déjà les bouleversements à venir.

Sa thèse est simple mais révolutionnaire.

Selon lui, lorsqu’un individu rejoint une foule, il cesse en partie d’être lui-même.

Son esprit critique diminue.

Ses émotions prennent le dessus.

Il devient plus réceptif aux slogans, aux symboles et aux discours simplificateurs.

Le Bon observe que les foules raisonnent rarement ; elles ressentent. Elles sont sensibles aux images, aux mythes, aux mots d’ordre et aux émotions bien davantage qu’aux démonstrations rationnelles.

Cette intuition paraît aujourd’hui évidente.

Elle ne l’était absolument pas à son époque.

Et c’est précisément ce qui rend son œuvre fascinante.

Car Le Bon écrit tout cela avant la radio de masse, avant le cinéma, avant les affiches de propagande du XXe siècle, avant la télévision et bien sûr avant Internet.

D’une certaine manière, Gustave Le Bon annonce l’ère moderne de la communication politique. Il comprend avant tout le monde que les sociétés démocratiques seront de plus en plus influencées par ceux qui sauront parler aux émotions collectives plutôt qu’à la raison individuelle.

Son livre influence rapidement des personnalités très diverses.

Des chefs d’État, des militaires, des publicitaires, des révolutionnaires et des stratèges s’y intéressent.

Theodore Roosevelt le lit.

Charles de Gaulle le connaît.

Winston Churchill s’intéresse à ses travaux.

Plus tard, certains propagandistes du XXe siècle puiseront également dans ses analyses. Et surtout, Le Bon sera la principale source d’inspiration des travaux d’Edward Bernays, le père du marketing et de la communication modernes.

Cette postérité ambiguë contribue d’ailleurs à sa réputation controversée.

Cette influence fut considérable. Les travaux de Gustave Le Bon furent étudiés par de nombreux dirigeants et stratèges du XXe siècle. Lénine s’intéressa aux mécanismes de mobilisation révolutionnaire des masses. Staline comprit très tôt l’importance des symboles, des mythes et de la propagande dans la conquête puis la conservation du pouvoir. Plus directement encore, Adolf Hitler lut attentivement Psychologie des foules et Joseph Goebbels, son redoutable ministre de la Propagande, s’inspira largement des mécanismes décrits par Le Bon pour élaborer certaines techniques de communication politique du IIIe Reich. Cette filiation ne fait évidemment pas de Le Bon le père de ces régimes, mais elle démontre la puissance et parfois l’ambivalence de ses intuitions : comme toute connaissance des mécanismes humains, ses analyses pouvaient servir aussi bien à comprendre les foules qu’à les manipuler.

Des foules de la rue aux réseaux sociaux : une actualité troublante

C’est sans doute ici que réside la force de Gustave Le Bon.

Plus d’un siècle après sa mort, ses analyses continuent d’éclairer notre époque.

Les réseaux sociaux ont créé des foules numériques permanentes. Là où Le Bon observait les rassemblements physiques du XIXe siècle, nous observons aujourd’hui des foules virtuelles capables de s’enflammer, de s’indigner, de condamner ou d’encenser en quelques heures seulement.

Les mécanismes restent pourtant étonnamment similaires.

Recherche du conformisme.

Contagion émotionnelle.

Simplification des débats.

Polarisation.

Recherche du bouc émissaire.

Besoin de symboles et de récits.

Autant de phénomènes que Le Bon avait déjà identifiés.

Le Bon aurait sans doute été fasciné par ce que nous appelons aujourd’hui les effets de mode, les phénomènes viraux ou encore les tendances collectives qui se propagent à la vitesse de la lumière sur les réseaux sociaux. Car derrière les technologies nouvelles, il aurait immédiatement reconnu des mécanismes anciens : l’imitation, le conformisme, le besoin d’appartenance et la contagion émotionnelle. Une idée, une indignation, une mode vestimentaire, une cause politique ou un mouvement culturel peuvent désormais conquérir des millions d’individus en quelques heures seulement.

Certains observateurs contemporains utilisent également la notion d’« égrégore » pour décrire cette forme de conscience collective qui semble parfois émerger des foules humaines. Sans employer ce vocabulaire, Gustave Le Bon fut l’un des premiers à décrire ce phénomène : lorsqu’un grand nombre d’individus se rassemble autour d’une même croyance, d’une même émotion ou d’un même objectif, il se crée une dynamique psychologique propre qui dépasse les volontés individuelles. La foule acquiert alors une sorte de personnalité autonome, capable d’entraîner ses membres vers le meilleur comme vers le pire.

Des engouements financiers aux paniques boursières, des révolutions politiques aux phénomènes de mode, des mouvements religieux aux emballements médiatiques contemporains, Le Bon nous rappelle que l’être humain agit rarement seul. Il pense, ressent et agit souvent au sein d’un groupe dont il adopte inconsciemment les codes, les passions et parfois les aveuglements.

À bien des égards, les algorithmes des plateformes numériques exploitent aujourd’hui les mêmes ressorts psychologiques que ceux décrits dans Psychologie des foules. L’émotion circule plus vite que la raison ; l’indignation davantage que l’analyse ; le slogan mieux que l’argumentation.

Cette réalité dépasse largement la politique.

Elle concerne les marchés financiers, les modes culturelles, les paniques collectives, les crises sanitaires ou les phénomènes médiatiques.

Le Bon nous rappelle que l’être humain demeure profondément un animal social.

Et que les foules, quelles que soient les technologies utilisées, continuent d’exercer une puissance considérable.

C’est également l’une des raisons pour lesquelles son œuvre demeure précieuse pour les géopolitologues. Derrière les institutions, les armées ou les économies, il existe toujours une dimension psychologique du pouvoir. Les peuples, les nations et les civilisations ne sont jamais uniquement gouvernés par des intérêts matériels ; ils le sont aussi par des représentations, des émotions et des imaginaires collectifs.

Le réalisme contre les illusions

Gustave Le Bon fut souvent caricaturé.

Certains l’ont présenté comme un pessimiste.

D’autres comme un réactionnaire.

La réalité est plus complexe.

Il fut avant tout un observateur lucide de la nature humaine.

Son immense mérite est d’avoir compris que le progrès technique n’entraîne pas automatiquement le progrès politique ou moral. Les machines évoluent rapidement ; les passions humaines beaucoup moins.

À l’heure des chaînes d’information en continu, des réseaux sociaux, des influenceurs et de l’intelligence artificielle, cette leçon mérite d’être méditée.

Car derrière les technologies les plus sophistiquées continuent d’agir les mêmes ressorts psychologiques qu’au temps des foules révolutionnaires du XIXe siècle.

Plus d’un siècle après sa publication, Psychologie des foules demeure ainsi l’un des livres les plus utiles pour comprendre le monde contemporain. Peu d’auteurs auront observé avec autant de clairvoyance la rencontre explosive entre les passions collectives, la politique et le pouvoir.

Et peut-être est-ce là la véritable grandeur de Gustave Le Bon :

Avoir compris avant tout le monde que l’Histoire n’est pas seulement faite par les peuples et les foules, mais surtout par les grands hommes ou les grandes idées, qui savent les mobiliser et les exalter…

Le Diplomate


 

https://lediplomate.media/portrait-gustave-bon-prophete-foules-penseur-oublier-monde-moderne/

 

 

 

Gustave Le Bon

Gustave Le Bon, né le 7 mai 1841 et mort le 13 décembre 1931, est un auteur polygraphe, médecin, anthropologue, psychologue social et sociologue français.

La Psychologie des foules (1895) est son œuvre la plus célèbre. Il y montre que le comportement d'individus réunis n'est pas le même que lorsque les individus raisonnent de manière isolée — il explique ainsi les comportements irraisonnés des foules, leur irresponsabilité, leur tendance à la tyrannie (elles suivent aveuglément un meneur), au conservatisme

Citations de Gustave Le Bon

  • « Pour comprendre la force actuelle du socialisme, il faut le considérer surtout comme une croyance ; on constate alors qu’il repose sur des bases psychologiques très fortes. Il importe peu à son succès immédiat que ses dogmes soient contraires à la raison. L’histoire de toutes les croyances, des croyances religieuses surtout, montre suffisamment que leur succès a été le plus souvent indépendant de la part de vérité ou d’erreur qu’elles pouvaient contenir. »
  • « Semblable aux animaux, l’homme est naturellement imitatif. L’imitation constitue un besoin pour lui, à condition, bien entendu, que cette imitation soit facile, c’est de ce besoin que naît l’influence de la mode. Qu’il s’agisse d’opinions, d’idées, de manifestations littéraires, ou simplement de costumes, combien osent se soustraire à son emprise ? Avec des modèles, on guide des foules, non pas avec des arguments. A chaque époque, un petit nombre d’individualités impriment leur action que la masse inconsciente imite. Ces individualités ne doivent cependant pas s’écarter beaucoup des idées reçues. Les imiter deviendrait alors trop difficile et leur influence serait nulle. C’est précisément pour cette raison que les hommes trop supérieurs à leur époque n’ont généralement aucune influence sur elle. L’écart est trop grand. » (Psychologie des foules, 1895)
  • « Si la jalousie, l'envie et la haine pouvaient être éliminés de l'univers, le socialisme disparaîtrait le même jour. »
  • « Le socialisme actuel est un état mental bien plus qu’une doctrine. Ce qui le rend si menaçant, ce ne sont pas les chan­ge­ments encore très faibles qu’il a produits dans l’âme populaire, mais les modifi­ca­tions déjà très grandes qu’il a déterminées dans l’âme des classes dirigeantes. La bourgeoisie actuelle n’est plus sûre de son droit. Elle n’est d’ailleurs sûre de rien et ne sait rien défendre. Elle écoute ce qui se dit et tremble devant les plus pitoyables rhé­teurs. Elle est incapable de cette volonté forte, de cette discipline sévère, de cette com­munauté de sentiments héréditaires, qui sont le ciment de toute société. » (Psychologie du Socialisme, 1898)
  • « Assailli de toutes parts, l'État se défend comme il peut. Mais, sous la pression unanime du public, il est bien obligé malgré lui de protéger et de réglementer. C'est de tous côtés qu'on lui demande d'intervenir, et toujours dans le même sens, c'est-à-dire dans celui de la restriction de l'initiative et de la liberté des citoyens. Les lois de ce genre qu'on lui propose chaque jour sont innombrables : lois pour décider le rachat des chemins de fer et les faire administrer par l'État, lois pour s'emparer du monopole de l'alcool, loi pour accaparer la gestion de la Banque de France, lois pour réglementer les heures de travail dans les manufactures, lois pour empêcher la concurrence des produits étrangers, lois pour donner une pension de retraite à tous les ouvriers âgés, lois pour obliger les adjudicataires de fournitures publiques à n'employer que certaines catégories d'ouvriers, lois pour réglementer le prix du pain, lois pour imposer les célibataires de façon à les obliger à se marier, lois pour accabler d'impôts les grands magasins au profit des petits, etc., etc. Tels sont les faits. » (Psychologie du Socialisme, 1898)
  • « L’État collectiviste fera tout diriger par une immense armée de fonctionnaires destinés à réglementer les moindres actes de vie des citoyens. »
  • « La nécessité de se soumettre à une foi quelconque, divine, politique ou sociale, constitue pour beaucoup d'âmes un très impérieux instinct. Elles ont besoin de croyances pour diriger machinalement leur vie et s'épargner tout effort de raisonnement. C’est à l’esclavage de la pensée, et non à la liberté, que la plupart des hommes aspirent. » (Psychologie Politique)
  • « Si le socialisme est si puissant aujourd’hui, c’est qu’il constitue la seule illusion qui soit encore vivante. Malgré toutes les démonstrations scientifiques, il continue à grandir. Sa principale force est d’être défendu par des esprits ignorant assez les réalités des choses pour oser promettre hardiment à l’homme le bonheur. L’illusion sociale règne aujourd’hui sur toutes les ruines amoncelées du passé, et l’avenir lui appartient. Les foules n’ont jamais eu soif de vérités. Devant les évidences qui leur déplaisent, elles se détournent, préférant déifier l’erreur, si l’erreur les séduit. Qui sait les illusionner est aisément leur maître ; qui tente de les désillusionner est toujours leur victime. »
  • « Les foules s'imaginent volontiers que leurs gouvernants appartiennent à une humanité supérieure infaillible. De là leurs fureurs dès qu'une défaillance révèle l'homme derrière l'idole. » (Hier et demain-Pensées brèves, 1918)
  • « En réalité, ils se soucient fort peu des doctrines. Ce qu'ils rêvent, c'est de créer par des moyens violents une société où ils seraient les maîtres. Leurs récriminations égalitaires ne les empêchent nullement d'avoir un mépris intense pour la canaille qui n'a pas, comme eux, appris dans les livres. Ils se croient très supérieurs à l'ouvrier et lui sont fort inférieurs en réalité par le défaut de sens pratique et par l'exagération de leur égoïsme. »
  • « Cette haine des socialistes pour l’intelligence est assez fondée, car c’est précisément l’intelligence qui sera l’obstacle éternel devant lequel se briseront leurs idées égalitaires. »
  • « Rien n’est plus funeste pour un État que de subir sans cesse la volonté irréfléchie et mobile des foules. Si l’on doit faire beaucoup pour elles, il faut agir très peu par elles. Ce serait déjà un immense progrès de renoncer à nos perpétuels projets de réforme, à l’idée que nous devons changer sans cesse nos constitutions, nos institutions et nos lois. Avant tout nous devrions limiter, et non toujours étendre, l’intervention de l’État, de façon à obliger les citoyens à acquérir un peu de cette initiative, de cette habitude de se gouverner eux-mêmes qu’ils perdent par la tutelle perpétuelle qu’ils réclament. »
  • « Un dictateur n’est qu’une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables. »

https://www.wikiberal.org/wiki/Gustave_Le_Bon

juillet 01, 2026

Le « droit-de-l’hommisme » : la mort comme religion civile

L’euthanasie, ou le suicide promu au rang de service public

On nous présente l’euthanasie comme la conquête d’un nouveau droit : le « droit de mourir dans la dignité ». Mais un droit qui ne peut s’accomplir que par l’intervention des pouvoirs publics, et qu’il faut protéger par un délit d’entrave, n’est pas un droit. C’est un faux droit. Le symptôme le plus avancé du « droit-de-l’hommisme ». Et derrière le vocabulaire de la compassion se cache une opération bien réelle : transformer le suicide en service public, géré, financé et bientôt recommandé par l’État.


La question décisive : qu’est-ce qu’un vrai droit ?

Le débat sur l’euthanasie est presque toujours posé comme un débat de compassion contre cruauté. C’est une erreur de cadrage. La vraie question est philosophique, et elle est antérieure : qu’est-ce qu’un droit ?

Suivons ici Murray Rothbard et la tradition du droit naturel. Un droit authentique est un droit négatif : il n’exige d’autrui qu’une abstention. Mon droit à la vie m’assure que personne ne me tuera ; il ne contraint personne à me nourrir. Ma liberté d’expression oblige les autres à ne pas me bâillonner ; elle n’oblige personne à m’imprimer. Ces droits découlent tous de la propriété de soi (self-ownership) : je suis propriétaire de mon corps, donc nul ne peut en disposer sans mon consentement.

Le critère est limpide. Un vrai droit peut être exercé par tous, en même temps, sans rien prendre à personne. Il se réalise par le silence et l’inaction des autres.

Appliquons ce critère au suicide. Ai-je le droit de disposer de ma propre vie ? Du point de vue de la propriété de soi, on peut le soutenir. Mais alors ce droit est déjà entier, et il n’a besoin de personne. Celui qui veut se suicider aura toujours les moyens de le faire. Le suicide n’a jamais requis l’autorisation, ni le concours, ni le budget de l’État.

D’où vient donc l’euthanasie comme revendication politique ? Précisément du fait qu’on ne réclame pas la liberté de mourir — on l’a déjà —, mais un service. On réclame que la collectivité organise, finance et administre la mort. Et c’est ici que le droit bascule dans son contraire.

Du droit négatif au faux droit positif

Car « l’aide médicale à mourir » n’est pas un droit négatif. C’est un droit-créance, un droit positif. Il n’exige pas que les autres s’abstiennent : il exige qu’ils agissent. Il faut un médecin pour injecter, un budget public pour payer, une bureaucratie pour évaluer, des contribuables pour financer. On retrouve exactement la critique que Rothbard adressait à la Déclaration universelle : avoir mêlé les droits authentiques aux pseudo-droits sociaux, qui ne peuvent se réaliser qu’en imposant par la force une obligation à des tiers.

La conception socialiste pose que « ma liberté ne peut s’accomplir que par l’intervention de la société ». On donne alors au médecin de la Sécu le pouvoir de vie et de mort sur quiconque en exprime le besoin, et l’on crée un délit d’entrave à l’euthanasie.

Le délit d’entrave est le révélateur. Songez-y : on ne crée jamais de délit d’entrave pour protéger un droit négatif. Personne ne saurait « entraver » ma liberté de me taire ou de rester chez moi. On crée un délit d’entrave quand on veut forcer la participation de ceux qui refusent. Le délit d’entrave, c’est l’aveu que le prétendu droit ne tient pas debout tout seul : il faut briser les consciences récalcitrantes pour le faire exister.

Un droit qui ne peut s’accomplir que par l’intervention des pouvoirs publics, et qu’il faut défendre par un délit d’entrave, est un faux droit. Ce n’est pas une liberté qu’on protège, c’est un service qu’on impose.

Le « droit-de-l’hommisme » : la mort comme religion civile

Cette inversion porte un nom, c’est le droit-de-l’hommisme : la mutation des droits de l’homme en religion séculière. À l’origine, les droits de l’homme protégeaient un peuple contre son gouvernant. Retournés, ils deviennent un dissolvant : une fabrique de droits subjectifs illimités, déconnectés de tout devoir et de tout ordre social.

L’euthanasie d’État en est l’illustration parfaite. Le droit subjectif de l’individu à sa propre mort devient une créance sur la collectivité tout entière, qui doit désormais s’organiser autour de la production de la mort. Le serment d’Hippocrate — « d’abord, ne pas nuire » — est réécrit dans un sens orwellien : il vaut mieux tuer le patient. Une forme de « nihilisme thérapeutique ».

Il existe un libéralisme humaniste qui nous libère de la tyrannie en garantissant la propriété de soi ; et un faux libéralisme antihumaniste qui prétend nous libérer de la réalité elle-même — de la biologie, de la finitude, de la nature humaine. L’euthanasie érigée en droit relève du second. Elle repose sur l’idée que l’homme n’a pas de nature : à lui de décider jusqu’à ce qu’il est, et donc jusqu’à sa propre suppression. C’est la même matrice que l’animalisme ou le transhumanisme. Une fois la nature humaine niée, plus rien n’arrête la « libération ».

Que voulons-nous vraiment ?


Revenons à la question initiale : veut-on vraiment que le suicide devienne un service public ?

La position libérale classique n’est ni la cruauté ni l’acharnement. Elle est une distinction. Que l’individu souverain puisse, dans le secret de sa conscience, disposer de sa propre vie, c’est une chose — et nul État n’a jamais pu l’en empêcher. Que la collectivité s’organise pour administrer cette mort, la financer, la recommander et punir ceux qui s’y refusent, c’en est une tout autre. Ce n’est pas le rôle de la société de gérer la mort des individus.

La frontière est claire. La liberté de mourir n’a besoin de personne. Le « droit » à l’euthanasie a besoin de tout le monde — de gré ou de force. Le premier est une liberté. Le second est un pouvoir donné à l’État sur la vie des innocents, déguisé en compassion.

Conclusion

L’euthanasie d’État n’est pas l’aboutissement des droits de l’homme : elle en est la caricature. Elle transforme une liberté négative, que chacun possède déjà, en un service public assorti d’un délit d’entrave. Or un droit qui exige l’action d’autrui, qui réquisitionne le médecin et le contribuable, qui se protège en sanctionnant les objecteurs, n’est pas un droit. C’est un faux droit. Du droit-de-l’hommisme à l’état pur.

La vraie question n’est donc pas « avez-vous le droit de mourir ? » — vous l’avez toujours eu. Elle est : voulez-vous remettre à une bureaucratie, dont tous les intérêts poussent à la mort, le pouvoir de décider quelles vies ne valent plus la peine d’être financées ? Une civilisation se reconnaît à ce qu’elle protège ses faibles plutôt qu’elle ne les solde.

Damien Theillier

Damien Theillier est un philosophe et libéral français, fondateur de l'Institut Coppet et de l’École de la liberté, un site de cours en ligne. Il est professeur de philosophie, diplômé de l'université Paris-Sorbonne, co-auteur de Culture Générale (Pearson) et de Un chemin de liberté, la philosophie de l'Antiquité à nos jours, (Berg International). Il est directeur de publication de la revue Laissons Faire.Il fait partie des 100 auteurs et du comité de rédaction des livres Libres ! 100 idées, 100 auteurs et Libres !! - 100 idées / 100 auteurs / 100 feuillets. Il est co-auteur du livre Libéralisme et liberté d'expression (sous la direction d’Henri Lepage, Texquis, mai 2015).

Liens externes

https://beefandbitcoin.substack.com/p/leuthanasie-ou-le-suicide-promu au?utm_source=share&utm_medium=android&r=6et7zo&utm_id=97758_v0_s00_e0_tv2_a1dennhaw0acp3&triedRedirect=true

Euthanasie

À l'origine, l'euthanasie (grec ancien : ευθανασία, bonne mort) désigne le fait d'avoir une mort douce, que cette mort soit naturelle ou provoquée. Le mot a été créé par le philosophe anglais Francis Bacon, qui estimait que le rôle du médecin était non seulement de guérir, mais d'atténuer les souffrances liées à la maladie et, lorsque la guérison était impossible, de procurer au malade une mort douce et paisible. Du point de vue du droit, l'euthanasie désigne l'acte d'un médecin qui provoque (euthanasie active) ou permet par son inaction (euthanasie passive) la mort d'un malade incurable pour abréger ses souffrances ou son agonie. 

L'euthanasie comme un droit individuel

L'euthanasie, en tant que décision prise par le patient, est un droit fondamental de l'être humain (comme le suicide), car elle relève de la liberté de chaque individu. Chacun est libre d'agir comme bon lui semble tant qu'il n'agresse personne. En ce sens, tant qu'elle relève de la volonté du malade, l'euthanasie ne constitue pas un acte offensif - quel que soit le jugement moral que l'on porte sur ce comportement.

Chaque individu doit être libre d'utiliser son corps (pour courir, dormir, etc.), d'en tirer profit (en louant sa force de travail, en se prostituant, en vendant ses organes, etc.) et d'en abuser (en se droguant, en se suicidant, en se mutilant, en consommant trop de sel ou de sucre, en devenant obèse, en ne pratiquant aucun sport, etc.). Si une loi punit des médecins qui pratiquent l'euthanasie à la demande de leur malade, une telle sanction est illégitime au regard des droits naturels.

L'euthanasie comme le droit de tuer ?

À ce titre, toute intrusion de l'État dans un domaine aussi sensible d'un point de vue éthique ne peut mener qu'à des dérives inacceptables. On se souvient ainsi que les nazis parlaient d'euthanasie pour l'extermination des handicapés. Lorsque le choix de prolonger la vie implique une forte dépense, et que la bureaucratie a confisqué pour elle-même le pouvoir d'ordonner ou d'interdire cette dépense, le bureaucrate, qu'il soit médecin de la Sécurité sociale ou simple fonctionnaire, a le pouvoir de vie et de mort sur quiconque a le malheur de tomber malade entre ses mains. On peut lire sous la plume de certains étatistes des justifications de l'euthanasie pour réduire « les coûts pour la collectivité ».

De telles propositions découlent de façon naturelle des thèses collectivistes : votre vie ne vous appartient pas, elle appartient à la collectivité, qui vous soigne et veille sur vous. Donc pourquoi prolonger votre vie, si vous n'apportez rien à la communauté ? L'utilitarisme peut aussi conduire à de telles conclusions, puisque l'euthanasie, par suppression de la souffrance, peut conduire à une augmentation du bonheur agrégé. On est bien loin de l'euthanasie comme choix individuel face à la souffrance, mais bien près du totalitarisme dans toute son inhumanité.

Il faut donc distinguer deux sens possibles (et opposés) pour le terme d'euthanasie : le droit de mourir dans la dignité, choix volontaire, et ce que Murray Rothbard appelle « le droit de tuer dans la dignité », exercé pour des raisons comptables ou utilitaristes par des administrations, des médecins, voire approuvé par la justice, qui fait totalement fi du consentement du patient.

Euthanasie active

L'euthanasie active désigne l'acte de tuer une personne à sa demande. En général, cet acte est interdit par le droit positif dans tous les pays.

Les arguments en faveur de l'euthanasie active sont les suivants :

  • le droit à disposer de soi-même d'une personne : il n'y a pas vraiment de différence entre décider de se tuer soi-même et demander à quelqu'un d'autre de le réaliser parce qu'on est dans l'impossibilité de le faire (par exemple cloué sur un lit d'hôpital) ;
  • l'euthanasie active n'est pas davantage une atteinte à la dignité humaine que de maintenir en vie quelqu'un contre sa volonté ;
  • la frontière est très floue entre euthanasie active, euthanasie indirecte, assistance au suicide, soins palliatifs, sédation palliative ; l'euthanasie active est plus transparente et facile à contrôler que les autres types d'euthanasie. De ce fait elle devrait être autorisée comme un moyen parmi d'autres.

Les arguments en défaveur de l'euthanasie active sont les suivants :

  • l'euthanasie active enfreint le serment fait par le médecin de soigner et trouble la relation de confiance patient-médecin ;
  • risque de ne pouvoir protéger un patient atteint de démence ou plongé dans le coma des visées égoïstes de ses proches ;
  • risque de voir se généraliser l'euthanasie active pour des raisons d'économies en comparaison avec des alternatives plus coûteuses (médecine palliative).

Citations

  • « L'État n'a pas à faire mourir un individu, mais il n'a pas non plus le droit de l'empêcher de ne plus vivre. » (Ulrich Genisson, Euthanasie : le droit au choix, Libres ! 100 idées, 100 auteurs)
  • « Si mon enfant était atteint de rage et qu'il n'existât aucun remède permettant d'alléger ses souffrances, je considérerais comme de mon devoir de lui donner la mort. Le fatalisme a des limites. Nous devons nous en remettre au sort uniquement lorsque nous avons épuisé tous les remèdes. L'un des moyens, qui est définitif, de soulager un enfant dans les affres d'une atroce souffrance, est de lui donner la mort. » (Mohandas Gandhi, Young India, 18 novembre 1926)
  • « Que vous souhaitiez vivre ou mourir comme Prométhée ou comme Job relève de votre décision, ou à défaut de celle de ceux qui vous aiment, et non de quelqu'un d'autre par l'intermédiaire de la loi étatique ou par un autre biais. » (Sigrid Fry-Revere[1])
  • « Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. » (Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)
  • « Ce qui est un bien, ce n’est pas de vivre, mais de vivre bien. » (Sénèque[2])
  • « L’argument principal des partisans de l’euthanasie – qui n’est pas antipathique aux libéraux – est que seules les personnes qui le souhaitent sont euthanasiées. Pourtant, cet argument ne résiste pas à l’analyse. Le débat porte déjà sur l’extension de l’euthanasie aux personnes qui ne sont pas et plus en mesure d’exprimer leur volonté : on ne saurait mieux dire qu’il s’agit d’euthanasier des personnes qui, par définition, n’en émettent pas, voire n’en ont jamais émis, le souhait. » (Drieu Godefridi, L'écologisme, nouveau totalitarisme)

Informations complémentaires

Notes et références

  • Sigrid Fry-Revere, Article « Euthanasia », The Encyclopedia of Libertarianism

    1. Lettres à Lucilius, Livre VIII, Lettre 70

    Bibliographie

    • 1992, "Manifeste pour une mort douce", Roland Jaccard, Michel Thévoz - Grasset
    • 2018, Peter Kurti, "Euthanasia: Putting the Culture to Death?", Connor Court: Redland Bay QLD, Australie

    Voir aussi

    Liens externes

     

     

     

     

    Le rapport du Sénat "Les masculinismes"

    "Les masculinismes"

    C'est littéralement un cheval de Troie pour justifier la fin de l'anonymat sur Internet, la création d'amendes pour des opinions, imposer l'EVARS+ et censurer les gens de droite à l'approche de 2027.

     

    Le postulat de départ ? Il existe un continuum entre le discours et la violence, qui relie des opinions vaguement associées au masculinisme (on revient sur sa définition juste après) et l'ultra-droite/l'internationale réactionnaire/intersectionnalité des haines... 

     

    La vraie cible de ce rapport n'est pas tant le masculinisme que la pensée de droite, voire spécifiquement la pensée chrétienne qui est visée explicitement et mise dans la définition du "masculinisme" avec un fourre-tout de groupes assez éloignés de ce que ce terme évoque.



     

    Selon les chiffres repris d'un sondage déclaratif du HCE, 22 millions de français sont sexistes... Donc vous avez presque une chance sur deux d'être dans le lot... surtout si vous avez déjà partagé un mème ou un terme de la culture internet et même si vous êtes "néolibéral". 


     

    Le rapport maintient un double discours tout du long : les droits des femmes sont immensément menacés par un péril urgent mais ce backlash est la conséquence d'une évidence qui est que les féminisme n'a jamais été aussi puissant au point d'être un "féminisme d'Etat".

     

    Pour dissimuler la faiblesse des catégorisations proposées (dont les rapporteurs constatent bien qu'elles manquent de cohérence), le terme de "bar à salade" idéologique est employé. Ce qui justifie que le mot fourre-tout est flou à cause d'une stratégie masculiniste.



    En s'appuyant sur cette catégorisation, le rapport en vient à amalgamer les religieux tradis (chrétiens visiblement) dans le même sac que les influenceurs crypto ou fitness et les coachs en séduction (accusés d'être des "brigades du contournement du consentement").


    Les faits sont néanmoins minces pour appuyer l'alarmisme dont il est fait question. La DGSI aurait déjoué un attentat au couteau en 2025 à Saint-Etienne, et plusieurs victimes de cyber-harcèlement sont nommées.


     



    Pourtant, le rapport pousse nettement pour des signalements et de la surveillance : il faut des référents sexisme capables de signaler les individus suspects, il faut une doctrine de sécurité similaire à celle du terrorisme, une association féministe de signalement à l'ARCOM. 


     

     On envisage aussi un fort renforcement de l'EVARS qui doit servir de "pilier de la prévention des adhésions masculinistes" et les idées de haine. Une intervenante évoque le chiffre stratosphérique d'un budget de 622 millions d'euros à débloquer.


     

    Le deuxième axe c'est celui de la répression. Le rapport postule qu'il est nécessaire d'interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, ce qui se traduit par une disparition de l'anonymat. De même, il est proposé une amende pour des "outrages sexistes en ligne"



     Pour les créateurs de contenus, il est recommandé de procéder à un renforcement du DSA pour notamment inclure les discours dans "des zones grises" et procéder à une démonétisation des propos...


     

    Le paragraphe le plus inquiétant à mon sens est celui qui nous introduit le concept de contenu non illicite mais générant un risque systémique. Autrement dit, un contenu pour lequel il est impossible, en soi, de caractériser une infraction, mais qui contribue à "un risque". 

    Je constate donc que ce rapport crée une catégorie mal-caractérisée (potentiellement 1/4 des adultes français), qui s'apparente surtout aux anti-wokes et libéraux/conservateurs/chrétiens, et à laquelle il faudrait appliquer littéralement la même surveillance qu'au djihadisme...

    L'incitation à la surveillance, à la censure et aux répressions semblent délirantes pour un objet d'étude aussi flou. Ce qui me conduit à penser qu'il s'agit surtout d'une offensive contre littéralement tout influenceur conservateur/libéral/chrétien/de droite à la veille de 2027. C'est dans la lignée des loi sur la diffamation et l'injure publique, interdire des propos même si ils sont vrais

     

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