septembre 19, 2025

Le programme Jean Monnet de l’UE ( Toute une histoire parfois oublié, entre ses États Unis de l'Europe et sa divergence avec De Gaulle ) & l’affaire Evghenia Gutul

 

Le programme Jean Monnet de l’UE : excellence académique ou outil de propagande ?

Un rapport publié cette semaine par le centre de réflexion MCC Brussels accuse le programme Jean Monnet de l’Union européenne (UE) d’être une « machine de propagande » financée par les contribuables, transformant les universités en vecteurs d’influence pro-UE. Intitulé Professors of Propaganda: How the EU’s Jean Monnet Programme Corrodes Academia, ce document rédigé par le journaliste Thomas Fazi soulève un débat vif sur la frontière entre soutien à la recherche et ingérence idéologique. Alors que l’UE vante le programme Jean Monnet comme un pilier de l’éducation européenne, ses détracteurs y voient une menace pour la liberté académique. Retour sur cette polémique, alimentée par des financements massifs et des critiques récurrentes.


Qu’est-ce que le programme Jean Monnet ?

Lancé en 1989 et intégré depuis 2014 au programme Erasmus+, ce programme vise à promouvoir l’enseignement, la recherche et le débat sur l’intégration européenne dans les établissements d’enseignement supérieur du monde entier. Selon le site officiel d’Erasmus+, il soutient des chaires, modules et centres d’excellence dédiés aux études sur l’UE, ses institutions, sa politique et son histoire, avec un budget annuel estimé à 25 millions d’euros.

L’objectif déclaré est de « stimuler l’enseignement et la recherche sur l’intégration européenne » et de « sensibiliser les étudiants et la société aux enjeux de l’UE ».

Parmi ses réalisations, le programme a financé plus de 2.500 projets dans plus de 100 pays, formant des milliers d’académiciens et étudiants. Des initiatives comme les chaires Jean Monnet – attribuées à des professeurs pour développer des cours sur l’UE – ou les réseaux d’excellence sont présentées comme des outils pour « favoriser l’excellence dans les études européennes ». Par exemple, l’Université d’Oradea en Roumanie ou l’Université d’État de Sumy en Ukraine mettent en avant son rôle dans l’élévation du niveau de connaissance sur l’UE. L’UE insiste sur le fait que ces actions ne sont pas limitées aux États membres, mais visent une diplomatie publique globale, en transformant les professeurs en « ambassadeurs » de l’intégration européenne.

Les accusations de propagande : un rapport qui fait des vagues

Le rapport de Thomas Fazi, publié le 17 septembre 2025 par MCC Brussels – un think tank proche du gouvernement hongrois de Viktor Orbán –, dépeint le programme Jean Monnet comme un « réseau mondial de propagande financé par les contribuables ».

L’auteur argue que ce programme, loin d’être neutre, injecte des narratifs pro-UE dans les salles de classe, en alignant la recherche sur les priorités de Bruxelles et en marginalisant les voix dissidentes, comme l’euro-scepticisme ou les critiques de l’intégration.

« Ce n’est pas une initiative académique neutre, mais un instrument puissant pour ancrer la propagande pro-UE », écrit Thomas Fazi, soulignant que les fonds publics – environ 25 millions d’euros par an – transforment les universités en « véhicules de propagande institutionnelle ».

Thomas Fazi dénonce un « complexe UE-ONG-médias-académie » où le programme récompense la conformité idéologique : les projets financés doivent promouvoir une « identité européenne » et combattre la « désinformation » anti-UE, au détriment de l’enquête critique. Il cite des exemples de chaires qui intègrent des thèmes comme la lutte contre le populisme ou la promotion de l’unité européenne, arguant que cela érode la liberté académique en décourageant les recherches non alignées. Le rapport s’appuie sur des analyses antérieures, comme celles de l’auteur sur la « hijacking » de l’Europe par une élite, et appelle implicitement à une révision du financement public pour préserver l’intégrité scientifique.

Sur les réseaux sociaux, le rapport a rapidement fait le buzz, avec de nombreux partages et  commentaires qui le relie à des critiques plus larges sur l’autonomie des universités. Certains ironisent sur le fait que « personne n’est surpris » par ces allégations.

Réponses et contre-critiques

Le rapport n’a pas tardé à susciter des réactions vives. Alberto Alemanno, professeur « Jean Monnet » en droit européen à HEC Paris, l’a qualifié de « pseudo-rapport » issu de la « machine de propagande de Viktor Orbán », accusant MCC Brussels de discréditer systématiquement les initiatives pro-UE. « Ne manquez pas cela : la machine de propagande d’Orbán a publié un rapport pseudo-scientifique qualifiant tous les professeurs Jean Monnet de ‘propagandistes' », a-t-il tweeté le 18 septembre. (Voici tout de même son pédigee : Alberto a été nommé Young Global Leader par le Forum économique mondial de Davos en 2015, Ashoka Fellow en 2019 et Social Innovation Thought Leader par la Fondation Schwab pour l’entrepreneuriat social en 2022 – Source).

Cette critique n’est pas isolée. Un article des Times Higher Education de 2004 rapportait des appels à « fermer les outlets de propagande euro » financés par les universités et les contribuables. Des études académiques, comme celle de Federica Bicchi sur le rôle du Jean Monnet en diplomatie publique, admettent que le programme utilise les professeurs comme « proxies » pour promouvoir l’UE, mais le présentent comme un outil légitime de soft power plutôt que de la propagande.

D’un autre côté, un rapport du Parlement européen de 2023 sur la liberté académique dans l’UE ne mentionne pas explicitement le Jean Monnet comme une menace, mais souligne des pressions plus larges sur l’autonomie universitaire, y compris via des financements européens. Des défenseurs du programme, comme le site de la Cultural Relations Platform, insistent sur son impact positif : promotion de l’excellence et sensibilisation sociétale sans contrainte idéologique (SIC).

Un débat plus large sur le financement et la neutralité

Cette polémique s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes autour du financement public de la recherche. Alors que l’UE alloue des milliards via Horizon Europe et Erasmus+ pour des priorités stratégiques – comme la transition verte ou la souveraineté numérique –, des voix critiques y voient une forme de conditionnalité idéologique. Le programme Jean Monnet, avec son focus flagrant sur l’intégration européenne, cristallise ces débats : est-il un vecteur d’éducation ou un moyen de « combattre l’euro-scepticisme » au prix de la pluralité ?

De son côté, l’UE maintient que le programme est évalué sur des critères d’excellence et non d’alignement politique.

En conclusion, comme le met en lumière le rapport de Fazi, le programme Jean Monnet opère comme un réseau de propagande financé par les contribuables, érodant la liberté académique en favorisant une conformité idéologique pro-UE au détriment des perspectives critiques et pluralistes.

Cette instrumentalisation des universités appelle à une révision urgente des financements privés et publics pour restaurer l’intégrité et la neutralité de la recherche académique.

https://multipol360.com/le-programme-jean-monnet-de-lue-excellence-academique-ou-outil-de-propagande/ 

Histoire: Qui est Jean Monnet ? 

Jean Monnet est né le 9 novembre 1888 à Cognac en Charente dans une famille de négociants en cognac. Son père Jean-Gabriel, fils de viticulteurs, s’était hissé au rang convoité de négociant et avait pris la tête en 1897 d’une coopérative de petits producteurs qu’il avait progressivement rachetée pour former une société familiale, JG Monnet Cie.

La Charente est ouverte sur l’extérieur depuis le 12éme siècle, exportant très tôt du sel puis du vin vers les îles Britanniques. Depuis le 19ème siècle, ses eaux-de vie sont appréciées à travers le monde et il est significatif que les principaux producteurs de l’époque, Hennessy et Martell, sont tous deux d’origine Britannique. La région de Cognac avait donc très tôt pris conscience de la taille du monde. On y était naturellement plus intéressé aux affaires internationales, dont dépendait le commerce, qu’à ce qui pouvait se passer en France.

C’est dans ce cadre que grandit le jeune Jean Monnet. Il voit défiler à la table familiale clients et associés de tous horizons, parlant toutes les langues et rapportant des nouvelles du monde. L’adolescent est fasciné par leurs récits d’autant que, bien que bon élève, il goûte peu l’apprentissage théorique des choses.

1905 – Découverte du Nouveau Monde

En 1905, à tout juste seize ans, Jean Monnet part pour « la City » de Londres où il se forme à l’anglais et aux affaires auprès de l’agent local de son père. A dix-huit ans, le jeune homme se sent prêt à affronter l’Amérique et s’embarque pour la première de ces grandes traversées transatlantiques qu’il affectionnera toute sa vie. Son père lui conseille : «N’emporte pas de livres. Personne ne peut réfléchir pour toi. Regarde par la fenêtre. Parle aux gens ».

L’Amérique est une révélation pour le jeune Jean : les espaces infinis, la simplicité des contacts, l’esprit d’entreprise le fascinent. Il y tisse tôt des liens d’amitié et de confiance et s’y découvre de grands talents de négociateur. A 22 ans, le jeune Monnet signe pour les cognacs familiaux un important contrat de distribution exclusive sur l’ouest du Canada avec la puissante Hudson Bay Company. Il établit à cette occasion des liens personnels forts avec les dirigeants de cette société qui dispose notamment de ressources financières conséquentes et d’une importante flotte de navires marchands.

1914 – Les comités interalliés

C’est en juillet 1914 en gare de Poitiers, de retour du Canada, que Jean Monnet apprend la mobilisation générale. Réformé en 1908 pour des problèmes pulmonaires, il n’est pas mobilisable, mais il entend contribuer comme il le peut à l’effort de guerre. Fort de son expérience d’affréteur et de sa connaissance de l’Angleterre, le jeune négociant constate l’utilisation désordonnée et non concertée des flottes marchandes françaises et anglaises, catastrophique gâchis en ces temps de guerre. Il est convaincu d’être capable de proposer des solutions et de mettre à profit ses relations avec la Hudson Bay Company. Son père, auquel il confie son constat et son intention de rencontrer le Président du Conseil René Viviani pour lui exposer ses vues, tente de le raisonner : « Même si tu avais tout à fait raison, ce n’est pas à ton âge, ni à Cognac, que tu changeras ce que nos grands chefs décident à Paris ».

La suite lui donna tort car après avoir obtenu une audience en pleine bataille de la Marne auprès de René Viviani replié à Bordeaux, le jeune Monnet se retrouve propulsé à Londres pour mettre ses idées en œuvre et la Hudson Bay Company signe un important contrat d’assistance maritime et financière avec le gouvernement français. Jean Monnet se consacre alors à la mise en place, à partir de Londres, de comités d’approvisionnement franco-anglais, action dont Jean-Baptiste Duroselle n’hésite pas à écrire dans La grande guerre des français : « En un sens, on peut dire que la flamboyante victoire de Foch a été facilitée et même rendue possible par l’action obscure de Jean Monnet».

A la fin de la guerre, Jean Monnet tente, en vain, de préserver l’organisation économique de guerre pour organiser la transition entre la guerre et la paix.  Il regrette de voir les comités alliés démantelés car il est convaincu que les structures de coordination franco-britanniques si utiles en temps de guerre peuvent également l’être à l’heure de la reconstruction.  Ayant acquis en quelques années une solide réputation d’organisateur et une grande influence, Monnet se voit confier des nouvelles fonctions dans le cadre du problème de ravitaillement de l’Allemagne vaincue et de l’administration de la Rhénanie occupée.   

1919 – La Société des Nations

Dés 1919, Jean Monnet contribue à la création de la Société Des Nations, voulue par le Président américain Woodrow Wilson, première organisation internationale consacrée au maintien de la Paix. A sa création en 1920, le jeune homme âgé alors de trente et un an, est nommé Secrétaire Général Adjoint de l’organisation. Il en est le numéro deux en charge de son fonctionnement opérationnel, sa véritable cheville ouvrière. Monnet s’attache en particulier à régler le conflit entre l’Allemagne et la Pologne portant sur la délimitation des bassins charbonniers de la Silésie et de la Sarre et travaille au sauvetage économique de l’Autriche.

Cependant, le Secrétaire Général Adjoint est déçu du fonctionnement de l’organisation qu’il anime. Il regrette que les gouvernements et leurs représentants recherchent plus la défense de leurs intérêts propres que la résolution des problèmes communs auxquels ils sont confrontés. Le droit de véto est pour lui le symbole et la cause de l’impuissance à dépasser les égoïsmes nationaux.

 


 

1926 – Banquier aux Etats-Unis

C’est sans amertume que Jean Monnet démissionne de la SDN en décembre 1922 pour rejoindre Cognac et aider son père à remonter l’affaire familiale mise à mal par la prohibition américaine. Sa jeune soeur Marie-Louise l’ayant convaincu que son retour était indispensable, l’ancien dirigeant de la SDN trouve effectivement à Cognac une situation difficile. Son père Jean-Gabriel rechigne à se défaire de ses vieux cognacs qui n’ont plus la faveur d’un public à la recherche d’eaux de vie plus jeunes et moins chères. En quelques mois, aidé par la reprise des cours, Monnet remet l’entreprise familiale sur pied en sacrifiant notamment le vieux stock de cognac de son père au profit d’eaux de vie plus jeunes.

Très vite, les affaires de Cognac ne lui suffisent plus, et lorsqu’il est approché en 1926, par une banque d’investissement américaine, Blair & Co, pour monter un bureau à Paris, Monnet n’hésite pas longtemps. Les banques américaines, en pleine expansion, souhaitaient alors profiter de la période de reconstruction en Europe pour financer des grands emprunts industriels et nationaux. Jean Monnet a le profil parfait. Il a participé à des programmes de sauvetage d’économies et de monnaies nationales dans le cadre de la SDN, en Autriche notamment, comprend le fonctionnement des administrations, et il bénéficie d’un réseau et d’une réputation solides. C’est donc dans le cadre de la banque Blair & Co que le jeune banquier (il n’a pas encore quarante ans) est amené à jouer un rôle déterminant dans le sauvetage du Zloty de Pologne et du Leu de Roumanie.

En 1929, avant le crash d’Octobre, Jean Monnet part aux Etats-Unis pour prendre la vice-présidence d’une banque américaine résultant de la fusion de sa banque et d’une grande banque locale, la Transamerica. En quelques mois, il gagne puis perd beaucoup d’argent. On lui attribue ce mot à propos de cette période : « j’ai gagné beaucoup d’argent sans plaisir et je l’ai perdu sans regret ». Il retient de la crise de 1929, dont les risques étaient visibles de longue date, que « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise ».  Jean Monnet continue ses activités de banquier aux Etats-Unis jusqu’en 1934, fonde un cabinet d’affaire, Murnane & Co, puis part pour Shanghai. 

Il se rend en Chine à la demande de TV Soong, Ministre des Finances, pour mettre sur pied un plan de reconstruction capable d’attirer des capitaux chinois et étrangers.  Mais lorsqu’il part pour Shanghai, sa vie a radicalement changé. Il s’apprête à épouser Silvia de Bondini, une jeune italienne de dix neuf ans sa cadette, rencontrée à Paris en 1929. 

 


1929 – Mariage à Moscou

En août 1929, à quelques mois de la grande crise, Jean Monnet avait fait la rencontre qui allait changer sa vie. Lors d’un diner chez lui à Paris auquel participe René Pleven, il avait rencontré Silvia, la jeune femme d’un homme d’affaire italien. L’affaire est compliquée car Silvia est mariée sous la loi italienne et son mari lui refuse le divorce. La solution proposée par son ami Ludwig Rajchman, ancien directeur de la section d’hygiène de la SDN,  est audacieuse : il s’agit pour la jeune Silvia de se rendre à Moscou, prendre la nationalité soviétique, profiter d’une disposition de la loi russe pour divorcer unilatéralement, et épouser Jean Monnet. C’est ainsi que l’affaire se déroule. Monnet arrive à Moscou de Shanghai par le transsibérien en avril 1934 pour épouser Silvia. Jean Monnet qualifiera dans ses Mémoires cet épisode de “plus belle affaire de sa vie”.  En effet, l’union de Jean et Silvia Monnet dura 45 ans, jusqu’à sa mort en 1979 et fût une source essentielle de bonheur, de stabilité et de sérénité.  Ensemble, il eurent deux filles : Anna née en 1931 et Marianne née à Washington DC en 1941.

 


 

1934 – Conseiller de Tchang Kai-Chek

La mission de Jean Monnet en Chine aurait pu se dérouler sous l’égide de la Société des Nations mais le Japon s’y oppose et Jean Monnet part pour Shanghai à titre privé sous la raison sociale Monnet-Murnane & Co., société créée pour l’occasion avec George Murnane, un ami américain. Dans ce cadre privé, Monnet continue néanmoins à collaborer étroitement avec des anciens de la SDN comme ses amis Arthur Salter et Ludwig Rajchman. En Chine, la question fondamentale est la même que celle à laquelle Monnet a été confronté dans d’autres entreprises financières de redressement ou de reconstruction : comment créer localement les conditions d’émission d’emprunts internationaux à même d’attirer les capitaux étrangers nécessaires à la reconstruction de l’industrie et des infrastructures chinoises. Pour cela il facilite la création de la China Finance Development Corporation (CFDC) à laquelle il rallie les plus grandes banques chinoises.  L’objectif est de drainer des capitaux étrangers sous forme de crédits et de les allouer aux secteurs privé et public chinois. C’est un succès, la  CFDC se développe et obtient de nombreux soutiens, notamment pour le financement des chemins de fer.  Sa progression n’est stoppée que par la guerre en 1939.

L’expérience est riche pour Jean Monnet, la Chine est un nouvel horizon. Il y côtoie les personnalités les plus influentes du pays : T.V.Soong, Ministre des Finances, ses trois sœurs dont deux sont mariées à Sun Yat Sen (fondateur du parti nationaliste chinois) et à Tchang Kai-chek.  Tchang Kai-chek lui-même exerce alors son pouvoir sur la Chine et rien ne se fait sans son soutien. Jean Monnet établit peu à peu une relation de confiance avec le dirigeant chinois qui lui confie un jour « qu’il ferait un bon général s’il n’était pas si faible avec ses amis » et – ultime compliment – qu’il y a « quelque chose de chinois en lui ».  Monnet développa au cours de ce séjour à Shanghai une grande admiration pour la Chine et pour les Chinois dont il écrira dans ses Mémoires qu’il lui parurent «beaucoup plus intelligents et subtils que les Occidentaux ».  Il admettra cependant aussi ne jamais les avoir vraiment compris. 

1938 – Des avions pour la France

A son retour de Chine en 1936, Jean Monnet s’installe en famille aux Etats-Unis. Depuis 1933, il connait bien l’administration Roosevelt au sein de laquelle il compte de nombreux amis. Monnet est convaincu depuis plusieurs années de la menace que pose Hitler et dès 1938 il s’inquiète comme d’autres de l’infériorité manifeste de l’aviation française. Il est clair que seule une aide américaine conséquente permettra à la France de combler ce retard. Le profil de Monnet le destine naturellement à jouer un rôle d’intermédiaire entre le gouvernement français et l’administration Roosevelt. Sur les conseils de l’Ambassadeur William Bullitt, il est chargé par Edouard Daladier, Président du Conseil, de négocier l’achat d’avions américains. Jean Monnet rencontre à cette occasion le Président Franklin Delano Roosevelt pour la première fois. Il lui est présenté par Bullitt, comme « l’homme qualifié pour traiter cette question d’avion, ami intime de longue date en qui j’ai confiance comme en un frère». Monnet doit convaincre les américains de contourner le Neutrality Act qui les contraint et trouver en France les moyens de financer ces achats. Roosevelt obtient la levée de l’Act et une solution audacieuse est identifiée pour le financement des avions : réquisitionner l’or non-déclaré détenu par les français aux Etats-Unis.

Jean Monnet parviendra à commander plus de 400 avions après les accords de Munich, qui ouvriront la voie à d’autres commandes, mais jusqu’à la déclaration de guerre la France ne parviendra hélas pas à se procurer des avions en quantité suffisante. Il reste que Jean Monnet est maintenant rentré de plein pied dans la guerre et dans l’action publique qu’il ne quittera plus. Dans la continuité du rôle qu’il a joué pendant la première guerre, Monnet préside, à partir de décembre 1939, le comité franco-anglais d’approvisionnement. Hélas, le temps manque et lorsque Hitler lance son offensive le 10 mai 1940, la France manque encore d’avions.

 


 

1940 – L’Union totale franco-britannique

En Juin 1940, Jean Monnet refuse la défaite. Lui qui a depuis la première guerre mondiale le réflexe de l’action collective reprend à son compte une proposition aussi audacieuse que désespérée. Par une note intitulée « Anglo French Unity », il convainc Churchill, son cabinet, et de Gaulle, acculés par la debâcle, de l’intérêt d’une fusion immédiate et totale de la France et du Royaume-Uni. Un seul Parlement et une seule armée pour faire face ensemble à l’Allemagne.  Le dimanche 16 juin, le général de Gaulle en mission à Londres dicte lui-même au téléphone le texte de la note à Paul Reynaud, Président du Conseil. Mais le projet est enterré rapidement car le même jour, Paul Reynaud est remplacé par Philippe Pétain, et celui-ci propose l’armistice à Hitler.

Dans ses Mémoires, Jean Monnet note à propos de cet épisode : « Si c’est sans romantisme que j’envisageais la fusion de deux pays et la citoyenneté commune de leurs habitants (…) ces jours de 1940 agirent fortement sur ma conception de l’action internationale ». Il avait fait à nouveau l’expérience, de façon plus cruelle encore qu’à la SDN, des limites de la seule coordination quand l’union totale est nécessaire. Sur le plan de la méthode, Monnet avait une nouvelle fois démontré sa capacité à se saisir d’une idée radicale – fût elle déjà formulée par d’autres – à la formaliser et à s’atteler à convaincre au moment précis où il sait que les esprits seront prêts à l’accepter.

Le lendemain, le 17 juin au soir, Jean Monnet reçoit à son domicile londonien le général de Gaulle, qui prépare son appel du 18 juin. Les deux hommes refusent tous deux la défaite mais ils ont  une appréciation différente de la situation et tout les oppose sur le plan de la personnalité. Le général de Gaulle voit son propre destin dans celui de la France alors que Jean Monnet cherche une solution globale au conflit, dont il sait qu’elle inclura les alliés.

L’armistice de juin 1940 a rendu caduque le Comité franco-anglais d’approvisionnement que dirige Jean Monnet.  Il offre alors ses services à Winston Churchill. Le Premier Ministre Britannique lui demande de repartir pour Washington pour y reprendre sa tâche d’approvisionnent, cette fois au nom de son gouvernement qui continue le combat contre l’Allemagne nazie.

1941 – Le Victory Program

En Août 1940, Jean Monnet arrive à Washington. Il y retrouve une Amérique isolationniste qui ne dispose à l’évidence pas de l’appareil industriel nécessaire à la production d’armes en quantités suffisantes pour assurer la victoire des Alliés. La production d’avions notamment n’est pas au niveau compte tenu de la supériorité de la Luftwaffe.  Se pose également à nouveau la question du financement des approvisionnements.

 


 

Jean Monnet, son équipe et ses amis de l’administration Roosevelt s’attachent à évaluer précisément les besoins de matériel et à les comparer aux capacités de production américaines pour faire apparaitre clairement le déficit à combler. Ils utilisent pour cela un outil que Monnet mettra en œuvre à de nombreuses reprises dans sa carrière : la fameuse « Balance Sheet ». La conclusion est sans appel : les programmes de production américains sont insuffisants, et il faut au moins les doubler.  Jean Monnet, loin d’être lui-même un technicien, se fait l’apôtre de la production à outrance et répète sans cesse qu’il vaut mieux avoir dix mille chars de trop qu’un de manquant.  Il convainc ainsi l’administration américaine de doubler leur programme de production, ce qui fera des Etats-Unis, selon le mot du Président Rooselvelt, « l’arsenal des démocraties ».   Monnet joue également un rôle essentiel dans la mise en place du « Combined Production and Ressources Board », un système d’optimisation des allocations de matériel entre Américains et Britanniques sur les mêmes principes que ceux qui avaient été mis en place dans les conseils Franco-Britanniques de 1916 et  1939. 

Le rôle de Jean Monnet dans le succès du Victory Program a été décisif.  L’économiste anglais John M. Keynes dira de Monnet qu’il avait par son action à Washington en 1941 probablement raccourci la guerre d’un an. Felix Frankfurter, alors juge à la cour suprême qualifiera Monnet de «  force créative et dynamisante dans le développement de notre programme de défense » et un autre haut fonctionnaire américain en poste en 1941 jugera que « Jean Monnet fut un maître à penser pour notre département de la défense ».


 

1943 – Le Comité Français de la Libération Nationale d’Alger

Le débarquement des alliés en Afrique du Nord en Novembre 1942, marque le début de la phase de libération. Jean Monnet est convaincu que l’aide américaine sera essentielle à la reconstruction de la France et de l’Europe et qu’il faut rassurer les Etats-Unis sur le caractère légitime et démocratique de l’entité qui sera amenée à assumer le pouvoir en France au moment de la libération. A cet égard, ni l’Amiral Darlan récemment rallié à Alger, ni le Général de Gaulle toujours basé à Londres, ne font l’affaire aux yeux de Jean Monnet et du Président Roosevelt.

Le Général Giraud semble initialement un bon compromis ; il commande les forces françaises d’Afrique du Nord et a les faveurs de l’administration américaine.  Par contraste, celle-ci se méfie du Général de Gaulle dont elle craint les tendances autoritaires.  Après l’assassinat de Darlan, le Général Giraud prend la tête du « commandement en chef civil et militaire ». C’est à ce moment que Jean Monnet arrive à Alger, mandaté par le Président Roosevelt avec l’accord de Churchill, afin de s’assurer que sont réunies les conditions du soutien américain au nouveau commandement français. En particulier, la question des références continues au gouvernement de Pétain et du maintien de certaines lois antisémites, inacceptable pour Jean Monnet, sont des questions à régler en priorité. Monnet a l’avantage aux yeux des Américains et les Britanniques d’être un civil neutre n’aspirant à aucun pouvoir pour lui-même et, selon l’expression de Roosevelt « un homme représentant le mieux en Amérique du Nord la France et l’esprit français».

D’abord bien disposé vis-à-vis du général Giraud, Monnet le juge assez rapidement avec sévérité : il se révèle être un piètre politique et ses idées sont jugées réactionnaires.  Lorsque de Gaulle se rend finalement à Alger, le Comité Français de la Libération Nationale (CFLN) est établi, co-présidé par les deux généraux.  Jean Monnet en devient membre, en charge du ravitaillement et du réarmement. Là, il se rend progressivement à l’évidence : en dépit de ses réserves sur le personnage, seul le général de Gaulle est à la hauteur de la tâche qui demande stature et sens politique. Dés lors, Jean Monnet s’attèle à faciliter le processus de stabilisation du Comité au  profit de de Gaulle dont il continue néanmoins de regretter la conception éminemment personnalisée du pouvoir. De cet épisode d’Alger, Monnet écrira dans ses Mémoires «J’ai fait cent fois dans ma vie l’expérience que les questions de personnes étaient des obstacles majeurs à l’organisation commune et au progrès de l’action ».

 


 

Dés cette époque, les divergences de vue sur l’Europe deviennent claires entre Jean Monnet et le général de Gaulle. En 1944, Jean Monnet repart à Washington pour y obtenir l’aide prêt-bail, l’aide dont la France aura besoin pour sa reconstruction et solliciter la reconnaissance du gouvernement provisoire du général de Gaulle par l’administration Roosevelt. Il s’agit également d’exprimer clairement aux Américains – au nom du gouvernement provisoire – le refus des Français de les voir exercer une quelconque tutelle sur la France à la libération. Monnet s’oppose en particulier aux plans américains d’imprimer les billets qui seront mis en circulation en France à la libération. Se joignent à Monnet à Washington des Français sur lesquels il s’appuiera largement plus tard, comme René Mayer, Hervé Alphand, et Robert Marjolin. Ensemble, ils oeuvrent, non sans difficulté, à la reconnaissance par les Etats-Unis du gouvernement provisoire et négocient puis supervisent des accords d’approvisionnement d’une valeur fabuleuse pour l’époque de 2.5 milliards de dollars.  Le 8 mai 1945, l’Allemagne est vaincue et le temps de la reconstruction commence. Le gouvernement provisoire, dirigé par de Gaulle, prend les rênes du pays.

C’est à Alger que Jean Monnet formule pour la première fois ses convictions – largement muries à Washington en 1942 au sein de la communauté européenne qui s’y trouvait – sur la façon dont les nations européennes doivent se reconstruire pour assurer leur prospérité future et éviter que ne se reproduisent les drames du passé : « Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstruisent sur une base de souveraineté nationale » écrit-il dans une note fondatrice datée du 5 août 1943. Dans cette note, il exprime également sa conviction que « les pays d’Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité (…) et qu’il leur faut des marchés plus larges (…) ». Et de conclure : « De la solution du problème européen dépend la vie de la France ».

 


 

1945 – Reconstruire et moderniser la France

Après la guerre, le temps est à la construction. Jean Monnet recommande au général de Gaulle de mettre en place un plan ambitieux de reconstruction et de modernisation de l’économie française. : «vous parlez de grandeur, lui dit-il, mais aujourd’hui la France est toute petite». Malgré leurs différences passées, le général de Gaulle a confiance dans les talents d’organisation de Monnet et il le nomme Commissaire Général du Plan. Jean Monnet s’installe dans sa maison d’Houjarray dans les Yvelines où il vivra jusqu’à a mort en 1979.

La vision que Monnet et sa petite équipe élaborent, consiste à se fonder sur des analyses chiffrées inattaquables, identifier les quelques secteurs clé sur lesquels se concentrer, et organiser le travail en commun des partenaires sociaux et des techniciens du plan. C’est la naissance de ce que l’on appellera « la planification souple à la française ». La rigueur de la méthode et la clarté des plans contribueront à l’attribution des aides Marshall à la France d’après-guerre.

janvier 1947, après une longue série de consultations, souvent confidentielles avec près d’un millier d’acteurs de l’économie (patrons, syndicalistes et fonctionnaires), un plan est présenté au gouvernement de Léon Blum. La force de ce plan, c’est d’être l’affaire de tous et d’être soutenu par tous les syndicats ouvriers (CGT, CFTC), les syndicats agricoles et le CNPF.  Le succès du modèle repose en grande partie sur l’adhésion de tous les acteurs économiques du pays unis derrière un but unique : reconstruire la France et relancer son outil de production. Jean Monnet fait à nouveau, dans un contexte très différent, l’expérience de la force de l’action collective concertée et de la façon dont les hommes peuvent oublier leurs différences, lorsqu’ils s’attèlent ensemble à un but commun.

Le plan Monnet a largement contribué à la reconstruction et à la modernisation de la France, à la reprise de la croissance et la réduction du chômage pendant la période d’après-guerre. D’après France Stratégie, l’héritier du Commissariat au Plan, « les objectifs du premier Plan, ou Plan Monnet ont été largement atteints et la priorité accordée aux secteurs de base s’est révélée efficace. (…) Le Plan a insufflé un nouvel état d’esprit parmi les chefs d’entreprise, sans porter atteinte à l’initiative privée »[1].

1950 – La CECA – L’Europe en marche

Pendant ces années d’après-guerre, Jean Monnet se rend souvent aux Etats-Unis pour faire valoir le plan français de modernisation et solliciter des aides car la situation économique française reste extrêmement précaire. Il réalise et s’inquiète de la dépendance extrême dans laquelle la France et l’Europe se trouvent vis-à-vis des Etats-Unis. L’administration Truman de son côté s’inquiète de voir les pays européens affaiblis à la merci du communisme soviétique et commence à considérer la renaissance de l’Allemagne de l’Ouest comme un gage de stabilité future.

Monnet exprime à nouveau en 1948 sa conviction que pour faire face aux périls et défis auxquels les pays européens sont confrontés, et qui peuvent faire craindre l’imminence d’un nouveau conflit, les mécanismes de coordination intergouvernementale du passé sont insuffisants. La renaissance d’une Allemagne forte et potentiellement à nouveau dominante l’inquiète, de même que le déséquilibre des forces avec les Etats-Unis et l’émergence de nouveaux blocs face auxquels une Europe désunie pèsera peu.  Monnet est convaincu que le moment est venu pour les pays d’Europe de prendre leur destin en  main, de s’unir et de créer ensemble les conditions d’une paix durable et prospère. Il est temps, par une action décisive, d’enclencher ce processus d’unification. Monnet se rapproche d’abord naturellement de la très familière Grande Bretagne à laquelle il propose en 1949 une gestion commune, supranationale, des aides Marshall. Devant le refus des Britanniques, très arrimés aux Etats-Unis, fiers de leur Empire et jaloux de leur souveraineté, Monnet se tourne vers l’Allemagne. Il a conscience de la nécessité de trouver une solution à la question de la renaissance rapide de l’Allemagne qui engendre des tensions grandissantes en Europe. Les Américains eux-mêmes, qui financent largement la reconstruction européenne et rappellent volontiers qu’ils sont déjà intervenus par deux fois pour régler des conflits mondiaux d’origine franco-allemande, sont soucieux de trouver un moyen d’opérer un rapprochement entre les deux nations.

Avec ce sens du moment qui lui est inné, Jean Monnet saisit cette opportunité pour proposer à Robert Schuman la mise en commun des ressources de charbon et d’acier des deux ennemis d’hier, sous l’autorité d’une entité indépendante. Cette proposition, qui donnera naissance à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) est rédigée par Jean Monnet avec ses collaborateurs à l’occasion d’une longue séance de travail dans sa maison d’Houjarray dans les Yvelines.  Evoquant les obstacles se dressant sur la voie de l’union, cette note historique à Robert Schuman, datée du 28 avril 1950, explique : «La voie pour les surmonter est de porter immédiatement l’action sur un point limité mais décisif : la mise en commun de production de charbon et d’acier assurerait immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la fédération européenne (…) ».  Le Ministre des Affaires Etrangères voit tout de suite la portée historique de cette proposition et accepte de la porter politiquement et auprès de l’opinion publique. Du côté allemand, l’offre est inespérée : elle équivaut à une réintroduction instantanée de l’ennemi d’hier dans le camp des nations « fréquentables », fut-ce au prix de concessions importantes.  En effet, le plan donne accès à la France et aux autres signataires futurs du traité à d’importantes ressources allemandes. Le chancelier Adenauer perçoit néanmoins lui aussi la portée historique de la proposition et l’accepte immédiatement.
 
 

 

Le 9 mai 1950, Robert Schuman fait une déclaration solennelle annonçant le projet de CECA et invitant tous les pays intéressés à poser avec la France et l’Allemagne « les premières bases concrètes d’une fédération européenne ». L’Italie et les pays de Benelux se joignent à eux pour créer la première communauté européenne. Le traité de Paris de 1951 entérine la création de la Haute Autorité, l’Assemblée des Six, une Cour de Justice qui veille au respect du Traité, et un Conseil des Ministres qui assure l’harmonisation des politiques des États membres. Les bases institutionnelles de la première communauté européenne sont jetées, et la méthode communautaire aussi appelée méthode Monnet ou Monnet-Schuman, est née.

 


 

Jean Monnet devient en août 1952 le premier président de la Haute Autorité de la CECA installée à Luxembourg. Dès 1953, le charbon et l’acier circulent librement en Europe pour le plus grand avantage des consommateurs et des producteurs. A tous Monnet répète inlassablement le fond de sa méthode : « nous sommes là pour accomplir une œuvre commune, (…) non pour négocier des avantages, mais pour rechercher notre avantage dans l’avantage commun». Jean Monnet conçoit la CECA comme le début de l’unification européenne qu’il appelait de ses vœux dans la note d’Alger du 5 août 1943. Il ne s’y trompe pas, comme l’indique une note personnelle manuscrite daté du 5 août 1953 dans laquelle il écrit « Ma vie commence seulement maintenant, tout à présent n’a été qu’essais, tentatives, éducation ».

 


 

1954 – L’échec de la CED

Jean Monnet et son équipe prévoyaient que le principe de fonctionnement de la CECA s’étendrait en temps voulu à d’autres secteurs, créant des solidarités de fait menant progressivement à une fédération européenne. La question de l’armée est bien sûr dans leur esprit, mais ils n’anticipaient pas que cette question si sensible se poserait aussi tôt. L’invasion de la Corée du Sud du 25 juin 1950 vient accélérer les choses. Elle attise encore la crainte d’une invasion soviétique et pose de façon plus pressante la question de la participation de l’Allemagne de l’Ouest à la défense européenne.  La France et les autres pays d’Europe ne sont pas encore prêts à accepter la renaissance d’une armée allemande et Jean Monnet propose à René Pleven, Président du Conseil, de porter le projet de la mise en place d’une armée européenne dans le cadre d’une Communauté Européenne de Défense (CED).

Le projet est délicat, d’autant qu’il progresse en parallèle de celui de la CECA dont rien ne doit venir menacer la ratification.  La CED entraine des débats et des déchirements politiques à la mesure de l’enjeu de la création d’une armée européenne si tôt après la fin de la guerre et en pleine guerre d’Indochine. Approuvée par quatre des six pays de la Communauté dont l’Allemagne, le projet est finalement rejeté par le Parlement français en 1954. Devant cet échec dont il jugea qu’il était probablement dû à ce que l’idée était prématurée, Monnet éprouve de la déception. Il mesure à nouveau la difficulté inhérente au principe consistant à « demander à la souveraineté de déléguer la souveraineté » en dehors d’une situation de crise se prêtant à des solutions extrêmes. Sans doute les esprits n’étaient-ils pas encore prêts pour une telle initiative, que l’absence de communauté politique aurait rendu en tout état de cause très difficile à mettre en œuvre.

Pour ce qui est de Jean Monnet, l’échec de la CED lui signale la nécessité de se consacrer tout entier à la construction de l’édifice européen. Il démissionne donc de son poste à la Haute Autorité en déclarant à ses collaborateurs : « Ce qui est en voie de réussir pour le charbon et l’acier des six pays de notre communauté, il faut le poursuivre jusqu’à son aboutissement : les Etats-Unis d’Europe (…). Nos pays sont devenus trop petits pour le monde actuel, à l’échelle des moyens techniques modernes, de l’Amérique et de la Russie d’aujourd’hui, de la Chine et de l’Inde demain ».

 


 

1955 – Le Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe

Jean Monnet avait constaté au Plan puis à la CECA la puissance de l’approche consistant à s’appuyer sur les forces organisées de la nation pour élaborer puis exécuter un plan commun. C’est la même idée qui sous-tend la composition du Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe. Fort de son immense crédit, Jean Monnet convainc en quelques mois la grande majorité des partis progressistes et syndicats représentatifs des six pays membres d’adhérer au Comité et de participer à ses travaux. En France, seuls les communistes et le gaullistes ne s’y joignent pas. Ce que certains appelleront plus tard le « miracle » du Comité est pour Monnet une formule très simple : il s’agit de créer les conditions de débats constructifs entre des hommes que tout sépare dans leur vie politique nationale en leur faisant oublier leurs oppositions pour les faire travailler à l’identification de solutions communes à des problèmes communs.

Pour faire fonctionner le comité, Monnet réunit autour de lui une équipe légère de collaborateurs fidèles et efficaces, aux premiers rangs desquels François Fontaine, Max Kohnstamm, François Duchêne et Jacques van Helmont. La petite équipe s’installe dans un appartement de l’avenue Foch prêté par le frère de Silvia Monnet. Le principe de fonctionnement du comité est d’être principalement financé par ses membres, ce qui garantit son indépendance. Ses statuts lui permettent néanmoins d’accepter des dons et des legs extérieurs.  Ainsi par exemple la Fondation Ford, qui finance à cette époque de nombreuses initiatives européennes dans le domaine de la recherche en sciences sociales et économiques (dont par exemple le CERI, organe du CNRS), contribuera également indirectement aux travaux du comité à travers de subventions versées au centre de documentation du comité établi à Lausanne par le Professeur Rieben.

La première séance du comité d’action se tient en janvier 1956. Le dossier auquel ils s’attaque est celui d’Euratom dont l’objectif est d’unir les forces européennes sur le modèle de la CECA pour combler le retard nucléaire de l’Europe par rapport aux grandes puissances et faciliter sa future indépendance énergétique. Convaincu que les deux traités doivent être signés simultanément, le comité d’action s’attache à faire progresser en parallèle celui du Marché Commun. Les deux traités, Euratom et le Marché Commun, sont signés à Rome le 25 mars 1957 et ratifiés par l’Allemagne le 5 juillet.  La France ratifie les deux traités peu après.  Selon Monnet, la réconciliation franco-allemande était à cette date « scellée dans toutes ses parties».

En cette fin 1957, les problèmes purement français rattrapent Jean Monnet : les finances du pays sont exsangues et le jeune Président du Conseil Félix Gaillard se tourne naturellement vers Jean Monnet, son ancien mentor, pour l’aider à solliciter des crédits américains. La mission de Jean Monnet à Washington est couronnée de succès et à son retour, il exprime dans une note de mars 1958 à Félix Gaillard une certitude qui inspirera le Système Monétaire Européen de 1972: « l’objectif serait la création d’un marché financier et monétaire européen, avec une banque et un fonds de réserve européen, l’utilisation en commun d’une partie des réserves nationales, la convertibilité des monnaies européennes, le libre mouvement des capitaux entre les pays de la Communauté, enfin l’établissement d’une politique financière commune». Comme beaucoup d’idées lancées par le comité d’action de Monnet, elle chemina longtemps avant de trouver le bon moment pour s’exprimer.

 


 

Monnet-de Gaulle, deux visions opposées de l’Europe

Les années 1957-1959 sont des années de relative convergence entre Jean Monnet et le général de Gaulle. Le général soutient le Marché Commun, Jean Monnet de son côté soutient le retour du général, vote en faveur de la cinquième République, et approuve l’approche de la question algérienne. Ce rapprochement ne résistera pas au volontarisme de Monnet sur les questions européennes. Après la ratification d’Euratom et du Marché Commun, le comité d’action de Monnet se concentre sur trois objectifs : l’élargissement de la Communauté à la Grande Bretagne, le développement de nouveaux domaines d’action (comme l’agriculture), et la construction politique de la Communauté dont les principes sont résumés dans cette formule simple : « délégation de souveraineté et exercice en commun de cette souveraineté déléguée ». Les bases d’une confrontation avec le général de Gaulle sont jetées. Celui-ci appelle en effet ouvertement de ses vœux une construction européenne basée sur la souveraineté inaliénable des Etats.

La conférence de Paris de 1961, présidée par le gaulliste Christian Fouchet, et consacrée à la façon d’institutionaliser l’union politique des six, n’aboutit pas malgré des débuts prometteurs. En mai 1962, De Gaulle fait une déclaration dans laquelle il rappelle son soutien à une Europe des nations et suggère que le modèle d’intégration soutenu par le comité de Monnet est inspiré par les Etats-Unis, véritable « fédérateur de l’Europe » et qu’il va à l’encontre des intérêts des pays européens. Plusieurs ministres, dont Pierre Pflimlin, démissionnent pour exprimer leur désaccord avec les déclarations du général de Gaulle. Le comité d’action de Jean Monnet jouit à ce moment d’un grand prestige et d’une forte influence du fait des personnalités que Monnet y a associées et qui considèrent véritablement le Comité comme l’instrument de la réalisation de leur vision du monde et de l’Europe. Les vues du comité sont solidement représentées au sein du large éventail de partis et de syndicats européens qui le composent.

Le comité se doit donc de réagir contre la caricature gaullienne de son action et il publie en juin 1962 une déclaration qui se veut pédagogique et a un grand retentissement. Dans celle-ci, il explique son approche et sa méthode.  « La méthode d’action communautaire est un dialogue permanent entre un organisme européen responsable de proposer des solutions aux problèmes communs et les gouvernements nationaux qui expriment les points de vue nationaux (…).. C’est cette méthode qui est le véritable fédérateur de l’Europe. En dehors de ce cheminement difficile et peut-être lent mais inéluctable et sûr, le comité considère qu’il n’ y a pour nos pays séparés qu’aventure et maintien de l’esprit de supériorité et de domination qui a failli hier entraîner l’Europe à sa perte et pourrait maintenant y entrainer le monde »

Bien sûr, Monnet apprécie que demander à des pouvoirs nationaux de partager volontairement une partie de leur souveraineté est une tâche ardue qui prendra du temps. Mais il est également convaincu que la méthode est la bonne et il n’est pas pressé.

La crise provoquée en juin 1965 par le Général de Gaulle, dite « de la chaise vide » pour s’opposer à la mise en place de la politique agricole commune et du vote à la majorité met à nouveau la construction européenne à l’épreuve. Jean Monnet annonce publiquement son intention de ne pas voter pour le général de Gaulle aux élections présidentielles de décembre 1965 qui le verront soutenir Jean Lecanuet au premier tour et François Mitterrand au second.

Pour Monnet, la politique de de Gaulle était fondamentalement contradictoire : elle affaiblissait l’Europe et en affaiblissant l’Europe elle affaiblissait cette France même qu’il voulait forte.

 


 

La Grande Bretagne et la Communauté

Jean Monnet, anglophile depuis son adolescence passée à Londres, a toujours souhaité et n’a jamais douté du ralliement ultime du Royaume-Uni au processus d’intégration, dès lors que celui-ci aurait prouvé son efficacité. La Grande Bretagne doit à son sens apporter à l’Europe sa vue mondiale, sa science du gouvernement, ses capacités inventives, et ses ressources. Il a conservé un lien fort avec l’administration britannique et maintenu un dialogue continu et patient, qui laisse la porte ouverte à une adhésion au moment opportun. Les Britanniques de leur côté s’étaient ralliés au principe d’une zone de libre-échange mais restaient méfiants vis-à-vis de la Communauté dont ils observaient pourtant les premiers succès. Pour Monnet, la tentation d’un libre-échange «sauvage» non régulé est dangereuse et peut mener à une tentation de domination de l’Angleterre en Europe. Il conçoit la Communauté comme une méthode pour réunir les peuples alors que le libre-échange n’est qu’un arrangement commercial. En 1961, les Britanniques déclarent être prêts à déposer une demande d’adhésion et les négociations commencent, menées par Edward Heath. Alors que les discussions progressent, de Gaulle prend ouvertement et unilatéralement position contre l’adhésion du Royaume Uni à la Communauté. Jean Monnet, choqué par ce qu’il perçoit comme de la désinvolture de la part du général de Gaulle écrit pour lui-même : « Nous sommes entrés dans le temps de la patience ».

Au printemps 1967, la Grande Bretagne renouvelle sa candidature à l’entrée au Marché Commun. A nouveau de Gaulle se prononce contre son adhésion mais le comité d’action formule une résolution approuvée par les parlements des six et ouvrant la voie aux négociations. Le départ du leader de la France Libre et l’arrivée de Georges Pompidou en 1969 marquent une reprise de la dynamique européenne. L’accession de Willy Brandt à la Chancellerie allemande est également un facteur positif ; il apporte son soutien à plusieurs propositions importantes du comité d’action, dont l’union économique et monétaire, le fonds monétaire européen, et le commencement d’une union politique.

L’adhésion de la Grande Bretagne à la Communauté, signée en 1972 et finalement acquise par un vote populaire en 1975, n’aura pas été chose facile. Les Britanniques eux-mêmes avaient longtemps hésité et souvent douté. Dans ses Mémoires, Jean Monnet relate cet épisode qui peut paraitre aujourd’hui prémonitoire : « Un douanier anglais me reconnût un jour et me demanda : ‘Je voudrais être sûr de ceci monsieur : lorsque nous serons rentrés dans votre Europe, pourrons-nous en sortir’ ? »  Cette question traduisait pour Monnet une crainte atavique britannique de l’engagement.

 


 

Structurer les relations Europe – Etats-Unis

Les obstacles rencontrées en France dans les années 60 par le comité d’action de Monnet sur le front de l’adhésion du Royaume Uni et de la construction d’une Europe politique sont l’occasion de se focaliser sur les Etats-Unis. Jean Monnet pense que les relations entre l’Europe et les Etats-Unis doivent être plus structurées et prendre la forme d’un partenariat entre entités distinctes mais de puissance égale. Monnet continue à se rendre souvent à Washington où il compte de nombreux amis et il retrouve dans la nouvelle administration Kennedy l’ambiance stimulante et dynamique de l’administration Roosevelt.  Le Président Kennedy le séduit ; il est jeune, simple, direct, intelligent et très bien disposé vis-à-vis de la construction européenne. Au retour de l’une de ses visites à Washington, Jean Monnet partage ainsi avec Konrad Adenauer : « Tout le monde aux Etats-Unis est désormais convaincu que l’organisation de l’Ouest est nécessaire et urgente pour régler les grands problèmes du monde et que la Communauté européenne doit en être l’armature ». Deux conditions cependant, qui rejoignent les objectifs du comité d’action : que l’Europe s’organise politiquement et que la Grande Bretagne la rejoigne.

L’assassinat du Président Kennedy, aux obsèques duquel il se rend, affecte énormément Jean Monnet. Le jeune président américain dans lequel il avait mis beaucoup d’espoir lui avait écrit ces mots chaleureux en début d’année : « sous votre inspiration, l’Europe a en moins de vingt ans  progressé vers l’unité plus qu’elle ne l’avait fait depuis mille ans ». Avec la mort de Kennedy s’envole l’espoir de Jean Monnet de créer avant longtemps le partenariat Europe-Etats-Unis qu’il souhaite si ardemment

1970 – Relance de l’Europe politique

Le début des années 70 est propice à une relance de l’union politique en Europe. Les dirigeants Pompidou et Brandt soutiennent la construction européenne, et l’opinion publique française est majoritairement favorable à l’idée d’un gouvernement européen et à l’élection du Parlement Européen au suffrage universel. En Octobre 1972, la Conférence de l’Europe reprend à son compte les propositions du comité d’action de Monnet pour une union économique et monétaire et pour la création d’un fonds monétaire européen. Ces propositions se heurtent cependant au Conseil des Ministres des pays membres qui, pour Monnet, agissent en les rejetant non pas dans l’intérêt commun de l’Europe mais en fonction de leurs seuls intérêts nationaux.

En 1974, Jean Monnet soutient avec succès l’idée, puissamment soutenue par le nouveau Président français Valéry Giscard d’Estaing, de la formalisation d’un Conseil Européen des Chefs d’Etat décidant à la majorité et le principe de l’élection du Parlement Européen au suffrage universel. Pour lui, une étape fondamentale vient d’être franchie sur le chemin de l’union politique de l’Europe. Sans doute voit-il à ce moment-là en Helmut Schmidt, le chancelier allemand, et Valéry Giscard d’Estaing, le Président français, les hommes qui seront en mesure de continuer son œuvre, redonner un élan à la construction européenne et réaliser sa vision.

 


 

Citoyen d’Honneur de l’Europe

anniversaire de la Déclaration Schuman, le Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe est officiellement dissout. Jean Monnet a 87 ans et il se retire dans sa maison d’Houjarray pour y écrire ses Mémoires. François Fontaine l’assiste assidûment et sans doute le livre n’aurait-il jamais vu le jour sans lui. Le but des Mémoires n’est pas pour Monnet de relater les évènements de sa vie, qu’il rechigne à partager, ni de jeter un regard nostalgique vers le passé. Le but du livre est de «tenter, comme il l’écrit, d’éclairer ceux qui vont (le) lire demain sur la nécessité profonde de l’unification européenne dont les progrès se poursuivent sans relâche à travers les difficultés ».  

Quand on a accumulé une certaine expérience de l’action, écrit-il, c’est encore agir que de s’efforcer de la transmettre aux autres et le moment arrive où le mieux qu’on puisse faire est d’enseigner à d’autres ce qu’on croit être bien. Il y a une méthode pour construire l’Europe – il n’y en a pas deux dans un temps donné. Nous ne sommes pas sortis du temps de la Communauté européenne, du temps de la délégation de souveraineté à des institutions communes, seul moyen d’assurer le progrès et l’indépendance de nos peuples et la paix de cette partie du monde ».

En 1976, Jean Monnet reçoit le titre de Citoyen d’Honneur de l’Europe, titre décerné depuis à Helmut Kohl et Jacques Delors.  Il décède le 16 mars 1979 dans sa maison d’Houjarray et ses cendres sont transférées au Panthéon en 1988.

 


 

Bibliographie :

Gérard Bossuat, Andreas Wilkens, Jean Monnet, l’Europe et les chemins de la paix, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997.

Gérard Bossuat (dir.), Jean Monnet et l’économie, Bruxelles, Peter Lang, 2018.

François Duchêne, the First Statesman of Interdependence, New-York, Londres, Norton, 1994.

Pascal Fontaine, Jean Monnet, l’Inspirateur, Paris, Grancher, 1988.

Jean Monnet, Mémoires, Paris, Fayard 1976.

Clifford P. Hackett, A Jean Monnet chronology 1888-1950, Washington DC, Jean Monnet Council 2008.

Richard Mayne (compiled by Clifford Hackett), The Father of Europe. The life and times of Jean Monnet, Lausanne, Fondation Jean Monnet pour l’Europe, 2019.

Eric Roussel, Jean Monnet , Paris, Fayard, 1996.

A l’écoute de Jean Monnet, Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Lausanne, 2004.


[1] https://www.strategie.gouv.fr/actualites/premier-plan-de-modernisation-dequipement#_ftn3

 https://institutjeanmonnet.eu/jeanmonnet/biographie/

 

L’UE poursuit sa purge en Moldavie : l’affaire Evghenia Gutul

Le 10 septembre 2025, une conférence de presse a été organisée à l’hôtel Napoléon, dans le 8e arrondissement de Paris, pour alerter l’opinion internationale sur le sort d’Evghenia Gutul, gouverneur de la région autonome de Gagauzia en Moldavie. Animée par ses avocats, Maître William Julier et Gonzalo Boyer, cette initiative vise à dénoncer des violations graves des droits fondamentaux lors de son procès en première instance. Condamnée à sept ans de prison pour des allégations de financement illégal de campagne électorale, la dirigeante moldave conteste une décision qu’elle qualifie de persécution politique.

Cette affaire, qui oppose une région pro-russe à un gouvernement central pro-européen, met en lumière les tensions géopolitiques en Europe de l’Est.

Un contexte géopolitique tendu en Moldavie

La Moldavie, pays enclavé entre la Roumanie et l’Ukraine, est au cœur des rivalités entre l’Union européenne (UE) et la Russie. À la chute du Mur de Berlin en 1989 et à la dissolution de l’Union soviétique en 1991, de nombreux pays d’ex-URSS se sont retrouvés orphelins, sans le cadre politique et économique qui les unissait auparavant.

Ces États ont alors été courtisés par deux camps : d’un côté, la Russie, soucieuse de conserver de bonnes relations et une influence sur ses anciens satellites pour maintenir une sphère d’influence post-soviétique ; de l’autre, l’Union européenne, qui a vu une opportunité d’étendre son empire, renforçant ainsi sa suprématie économique et politique, et surtout celle de l’OTAN, en intégrant ces nations dans des structures occidentales pour contrer l’influence russe.

Ce tiraillement géopolitique, amplifiée par la guerre en Ukraine, divise des pays comme la Moldavie, la Géorgie ou l’Arménie entre orientations pro-est et pro-ouest.

En Moldavie, ces tensions se manifestent au niveau national. L’ancien président Igor Dodon, au pouvoir de 2016 à 2020 et leader du Parti des Socialistes, avait opté pour une position neutre, cherchant à équilibrer les relations avec la Russie et l’UE en travaillant avec les deux camps pour préserver la souveraineté moldave. Souvent perçu comme russophile, Igor Dodon a été écarté du pouvoir lors de l’élection présidentielle de 2020, perdue face à Maia Sandu, sur fond d’accusations de corruption et de scandales qui ont mené à des poursuites judiciaires post-mandat. Ces procédés, qualifiés par beaucoup de « persécutions juridiques », sont dorénavant devenus courants dans les « transitions pro-européennes », où des opposants jugés pro-russes font face à des enquêtes et procès politiquement motivés pour consolider le virage vers l’Occident.

Depuis l’élection de la présidente Maia Sandu en 2020 sur un programme pro-européen, le pays s’oriente vers une intégration à l’UE, soutenue récemment par des visites de dirigeants comme Emmanuel Macron, le chancelier allemand et le Premier ministre polonais. Cependant, cette trajectoire n’est pas partagée par tous. La région autonome de Gagauzia, située à l’extrême est du pays et frontalière de l’Ukraine, bénéficie d’un statut spécial depuis 1994, garanti par la Constitution moldave. Cette province à majorité turcophone et russophone abrite une population qui rejette massivement l’adhésion à l’UE.

Élue gouverneur fin 2023, Evghenia Gutul incarne cette opposition. Deux référendums locaux ont révélé que près de 95 % des habitants de Gagauzia ne souhaitent pas rejoindre l’UE. Proche d’Ilan Shor, un leader politique moldave exilé et accusé d’ingérences russes, Evghenia Gutul est vue comme une figure de la dissidence. Son parti, dissous en 2023 par les autorités moldaves, représentait un électorat prorusse. Arrêtée en mars 2025 et condamnée le 5 août suivant à sept ans d’emprisonnement pour complicité dans le financement de campagnes par une organisation criminelle, elle reste légalement en fonction. Ni son élection ni son mandat n’ont été invalidés, mais son incarcération l’empêche d’exercer ses responsabilités, après une période d’assignation à résidence pendant le procès.

Des violations flagrantes du droit à un procès équitable

Maître William Julier, avocat au barreau de Paris spécialisé en droit pénal international et droits de l’homme, dénonce un procès biaisé. L’enquête, menée sur près de trois ans depuis fin 2021, a abouti à un dossier de 16.000 pages. Lors de la mise en accusation, les avocats de Evghenia Gutul n’ont eu que 15 jours pour le consulter sur place, sans copies numériques autorisées (Rappelant la marque de fabrique de l’UE pour la consultation des contrats Pfizer par les eurodéputés de l’opposition à von der Leyen …)

« C’est une façon d’empêcher la défense de s’exercer », insiste Maître Julier, citant une condamnation récente de la Turquie par la Cour européenne des droits de l’homme pour un cas similaire impliquant 17.000 pièces en 20 jours.

Le procès, qui a duré un an et demi, a été marqué par d’autres irrégularités. Sur 200 témoins demandés par la défense, seuls 18 à 20 ont été entendus, sans justification pour les refus. Le jugement de 400 pages consacre 200 pages aux preuves de l’accusation, contre une fraction pour celles de la défense. Evghenia Gutul est accusée non seulement d’infractions électorales – comme des dons anonymes ou étrangers, interdits en Moldavie comme en France – mais aussi de liens avec une « organisation criminelle », une qualification vague pointant vers le cercle d’Ilan Shor. Pour William Julier, ces poursuites relèvent d’une « chasse aux sorcières » contre les opposants à l’intégration européenne.

Au-delà du cas individuel, des discriminations systémiques touchent Gagauzia : suppression de la langue locale dans l’enseignement, réduction des fonds publics pour les infrastructures, et atteintes à l’autonomie judiciaire, comme la dissolution de la cour d’appel régionale ou la nomination d’un procureur centralisé. Ces mesures rappellent les tensions en Ukraine, où les régions russophones de l’Est ont subi des restrictions linguistiques et culturelles avant le conflit de 2014, menant à des mouvements séparatistes.

Une ligne de crête entre politique et justice

Maître Julier insiste sur le caractère non politique de sa défense : « Nous militons pour le respect des droits fondamentaux, c’est notre éthique. » Pourtant, le dossier illustre un glissement vers la « gouvernance des juges » pour régler des comptes politiques, comme en Roumanie avec l’éviction récente de Călin Georgescu, candidat souverainiste. La Moldavie, qui aspire à l’UE et à ses prétendues valeurs démocratiques, est accusée d’hypocrisie : « Les actes doivent correspondre au discours« , martèle l’avocat, appelant à un appel équitable avec observateurs internationaux.

Un nouveau procès est attendu dans les semaines à venir à Chișinău. La conférence de Paris (ci-dessous) et des interventions médiatiques visent à mobiliser l’attention internationale pour « redresser le cap ». En pleine ère de polarisation Est-Ouest, l’affaire Evghenia Gutul pose une question cruciale : la justice peut-elle rester impartiale face aux enjeux géopolitiques ?

Maître William Julié et Maître Gonzalo Boye commentent la situation de l'une de leurs clientes, Madame Evghenia Gutul, gouverneure de Gagauzie en Moldavie, condamnée à une peine de sept ans d'emprisonnement aux termes d'une procédure marquée par de graves atteintes à ses droits fondamentaux

https://www.youtube.com/watch?v=LY1iczUUI48 

https://multipol360.com/lue-poursuit-sa-purge-en-moldavie-laffaire-evghenia-gutul/

 

 

septembre 18, 2025

À ce jour, la pétition de Philippe de Villiers sur l’immigration dépasse les 1,5 million de signatures

 

Cependant une pétition pour un référendum sur l'immigration, il faudrait l'effectuer sur une plateforme à audimat national, non spécieuse !
Nonobstant en donner la question qui sera posée au référendum !
 
 

 
Quelques slogans:
« Si demain je prends les rênes du pays, dès le matin je claque les frontières. Je n’ai besoin de personne pour ça, et peu importe l’impératrice Von der Leyen. Ma seule priorité, ce sont les Français ! »
"J’ai lancé cette pétition pour deux raisons :
- Le courrier abondant que j’ai reçu, toujours avec les mêmes mots : « On n’est plus chez nous », « Soyez notre porte-parole ».
-" La gravité de la situation : le peuple historique français sera, dans quelques décennies, minoritaire chez lui. On n’arrête plus les arrivées — 500 000 par an — et on est incapable d’expulser les OQTF (130 000 depuis un an). Un pays qui ne sait plus contrôler ses frontières meurt à petit feu : c’est une urgence vitale. Il faut passer par un acte de contournement de la société médiatique, qui pèsera dans le débat."
youtu.be/rW48HBRs5Gw Mise en ligne le week-end dernier, cette pétition nationale a déjà dépassé les 830.000 signataires ce dimanche. → https://l.lefigaro.fr/vIc Ce chiffre a été atteint plus vite que pour la pétition pour la loi Duplomb. Néanmoins, il est difficile à certifier. → https://l.lefigaro.fr/osy
 
 
 
Eh bien voilà, ce que malheureusement je subodorais :
La « pétition » de Philippe de Villiers sur l’immigration a encore plus de failles que ce qu’on pensait
Alors que le compteur de signatures enfle et agite l’extrême droite médiatique, de nombreuses étrangetés apparaissent.
Par Romain Herreros
Branle-bas de combat dans les médias de Vincent Bolloré. Ses têtes de gondole, Pascal Praud en tête, hurlent au scandale démocratique. La raison ? Le peu d’écho médiatique que rencontre la pétition mise en ligne par Philippe de Villiers réclamant un référendum sur l’immigration, et dont Le HuffPost avait déjà révélé les (multiples) défauts la semaine dernière.
À mesure que le compteur de signatures enfle sur la page d’accueil du site lancé par le fondateur du Puy de Fou (la barre du million est très largement franchie ce mardi à la mi-journée), de nombreuses bizarreries apparaissent au sujet de cet objet de marketing mediatico-politique.
Ce vendredi, Le HuffPost avait montré que l’on pouvait voter à plusieurs reprises, en entrant différentes adresses valides. Or, comme le souligne BFMTV ce mardi 16 septembre, il est même possible de signer virtuellement cette pétition via des adresses fictives (en changeant simplement une lettre dans son adresse), puisqu’il n’existe aucun système de vérification. Un boulevard pour ceux qui auraient l’idée de faire gonfler artificiellement le nombre de signataires, ou pour des puissances étrangères désireuses de parasiter notre débat public. D’autant qu’il existe des services de bots spécialement conçus pour ce genre de manipulation.
Soi-disant signée par… Mélenchon
Autre défaut souligné par nos confrères : le fait que l’on puisse vérifier si une personne a déjà signé (ou non) en entrant son adresse. Ce qui, au-delà du fait que cela pose un sérieux problème de confidentialité, donne lieu à des situations plus que loufoques. Comme celle repérée par un journaliste de L’Opinion, qui a montré sur le réseau social X qu’une adresse attribuée à… Jean-Luc Mélenchon avait apporté sa signature à la pétition. Ce qui illustre au passage que l’on peut signer la pétition pour d’autres, sans qu’ils soient au courant.
Ainsi, des internautes s’amusent à signer avec des noms farfelus, comme « Arnaque de Villiers », quand d’autres le font avec les adresses mails de personnalités de CNews. Un défaut majeur et surtout une hérésie pour les pétitions en lignes. À titre d’exemple, il est impossible de faire de telles manœuvres sur le site spécialisé Change.org : puisqu’un e-mail de vérification est envoyé au signataire afin de confirmer qu’il s’agit bien d’une initiative de sa part.
Par ailleurs, la dimension marketing de l’objet mis en ligne par le polémiste d’extrême droite commence à être mise en évidence. Notamment la coche que le signataire est invité à signer, et qui indique : « Je consens à ce que Philippe de Villiers communique mon adresse e-mail à la société Lagardère Media News afin qu’elle m’adresse des informations, offres, bons plans et avantages promotionnels pour les titres JDD et JDNews ».
On est ici plus proche de la campagne d’abonnements que de la requête initiale, consistant à réclamer un référendum sur l’immigration. D’autant que le site mis en ligne par Philippe de Villiers est situé 2 rue des Cévennes… Soit le siège de Lagardère Media News, sous contrôle de Vincent Bolloré.
« Une pseudo-pétition politique »
À gauche, certains commencent à dénoncer de cette manipulation politique. « Donc un groupe de presse qui touche de l’argent public est derrière une pseudo-pétition politique (sans aucune vérification des adresses par ailleurs) ? Et ça ne dérange personne ? À quand la fin de la collusion avec l’empire médiatique de l’extrême droite ? », dénonce Manuel Bompard, coordinateur national de la France insoumise.
D’autres, au contraire, soutiennent l’initiative. À l’image du RN, qui dit partager le combat mené par l’ex-eurodéputé, ou le chef des députés LR Laurent Wauquiez, qui a indiqué sur le réseau social X avoir signé la pétition. Peut-être que le député de Haute-Loire voulait seulement profiter des opérations promotionnelles du JDD…

 


Les frontières semblent se dissoudre au nom d’un multiculturalisme imposé, l’immigration massive émerge comme le problème du siècle pour les nations occidentales. En France, la pétition lancée par Philippe de Villiers sur referendum-immigration.com, qui a récolté plus d’1,5 million de signatures en quelques jours,

n’est pas un caprice souverainiste : c’est le cri d’un peuple las de voir son identité, son économie et sa sécurité érodés par une vague migratoire incontrôlée.

Ce n’est pas de la xénophobie, mais un ras-le-bol légitime face à une immigration subie, non choisie, qui pèse sur les épaules des populations autochtones. De l’Angleterre à l’Australie, en passant par l’Allemagne et les États-Unis, la tendance est claire : les citoyens en ont assez. Et pourtant, les élites minimisent, comme si ignorer la colère pouvait la faire disparaître. Cet article explore ce phénomène croissant, en s’appuyant sur des faits irréfutables, pour plaider en faveur d’une immigration choisie – comme le pratiquent déjà le Canada ou l’Australie et bien d’autres pays – plutôt que cette submersion migratoire qui menace drastiquement la cohésion sociale.

La France au bord du gouffre : quand le peuple réclame sa voix

En France, l’immigration n’est plus un sujet tabou ; c’est une urgence vitale. Avec un solde migratoire net estimé à plus de 300.000 personnes par an (chiffre très difficile à confirmer car, les statistiques sont volontairement trafiquées et/ou interdites), le pays voit ses villes se transformer, ses services publics saturés et ses quartiers gangrénés par une délinquance souvent liée à des flux incontrôlés. Les populations autochtones – ces Français de souche ou d’intégration ancienne – supportent le poids : hausse des loyers due à la pression démographique et indisponibilité des habitations à loyer modéré, concurrence sur l’emploi pour les classes moyennes et populaires, et une insécurité croissante. Selon des enquêtes récentes, près de 60 % des Français estiment que l’immigration est un danger pour l’identité nationale, un chiffre qui grimpe à 80 % chez les ouvriers et les ruraux.

La pétition de Philippe de Villiers, lancée le 14 septembre 2025, cristallise cette exaspération. Son manifeste dénonce une « mécanique infernale de l’effacement national » : accords de Schengen qui ont démantelé les frontières, aides sociales inconditionnelles attirant les flux, et une UE qui confisque la souveraineté en imposant des quotas.

« L’immigration est la question centrale qui commande toutes les autres », écrit Philippe De Villiers, évoquant une « submersion migratoire » qui menace le « peuplement » et l’ « art de vivre » français.

Avec plus d’1,5 million de signatures en quatre jours, cette initiative dépasse les clivages partisans : des Patriotes l’exhorte à plus d’ambition via un Frexit, et même des modérés y voient un appel à la démocratie directe.

Pourtant, les médias mainstream et le gouvernement minimisent : France Info doute de l’authenticité des signatures, les qualifiant d’ « emballement bien préparé » par le groupe Bolloré. C’est une tactique classique : discréditer le messager pour ignorer le message. Mais les chiffres parlent : les hôpitaux parisiens débordés par des patients sans couverture, les écoles où le français n’est plus la langue dominante, et une criminalité qui explose – avec 70 % des détenus étrangers pour un 10 % de la population. Les autochtones paient : impôts plus élevés pour financer l’accueil, quartiers invivables, et un sentiment d’aliénation culturelle. L’immigration subie n’enrichit pas ; elle appauvrit et divise.

L’Angleterre en ébullition : un million de voix étouffées par Londres

L’exemple le plus frappant vient d’outre-Manche, où une manifestation monstre a secoué Londres le 13 septembre 2025. Organisée par Tommy Robinson, figure de l’extrême droite britannique, elle a réuni entre 110.000 et 150.000 personnes selon Scotland Yard, bien que les organisateurs avancent le chiffre d’un million – un gonflement typique, mais qui reflète l’ampleur réelle du ras-le-bol. Sous des banderoles « Stop the Boats » et des drapeaux anglais, les manifestants ont défilé contre l’immigration illégale, scandant « We want our country back ». C’était un cri contre les traversées de la Manche : plus de 50.000 migrants en 2025, souvent via des passeurs, qui saturent les hôtels réquisitionnés et coûtent des milliards aux contribuables.

Le régime de Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024, minimise outrageusement : la manifestation est qualifiée de « rassemblement pour la liberté d’expression », comme si les slogans anti-migrants étaient un détail anodin. Neuf arrestations pour troubles, mais pas un mot sur les causes profondes – la pression sur le NHS (santé publique), les logements en pénurie, et une délinquance juvénile liée à des bandes issues de l’immigration.

Cette rage est alimentée par des scandales comme les grooming gangs pakistanais de Telford, Rotherham et Rochdale, où des milliers de jeunes filles ont été victimes de viols organisés depuis les années 1980, perpétrés par des gangs d’origine pakistanaise. Ces abus, couverts par le mutisme ou la complicité de la police, des services sociaux et de politiciens « carriéristes et lâches », ont été étouffés par peur d’accusations de racisme, renforçant le sentiment d’abandon des autochtones face à une immigration non intégrée. Les Anglais autochtones, ces classes populaires des Midlands et du Nord, en ont marre : « I don’t want to pay for them anymore », clame un manifestant dans un hôtel transformé en centre d’accueil. Les sondages montrent 65 % des Britanniques favorables à des restrictions drastiques, un chiffre qui explose chez les Blancs britanniques (80 %).

Cette manifestation n’est pas isolée : depuis juillet 2025, des émeutes anti-immigration secouent le pays, avec des hôtels incendiés et des affrontements. Starmer promet un « accord de retour » avec la France pour accélérer les expulsions, mais c’est faux – les traversées continuent, et les coûts explosent.

Comme en France, les élites londoniennes – élitistes, cosmopolites – vivent dans des bulles sécurisées, ignorant le quotidien des autochtones qui voient leurs communautés se déliter.

Minimiser cette colère, c’est la radicaliser : Tommy Robinson n’est pas un monstre ; il est le porte-voix d’un peuple trahi.

Une tendance mondiale : de l’Australie à l’Allemagne, le ras-le-bol des hôtes

Ce phénomène n’est pas franco-britannique ; il est global. Partout où l’immigration massive frappe, les populations autochtones se soulèvent contre une vague perçue comme violente et ingrate. En Allemagne, une résolution parlementaire de janvier 2025, soutenue par l’AfD (extrême droite), appelle à des restrictions draconiennes : quotas annuels, expulsion automatique des délinquants. Des milliers ont marché à Berlin en février contre ce « crackdown », mais les sondages montrent 55 % des Allemands favorables – un basculement post-2015, quand Merkel ouvrit les vannes à un million de réfugiés, suivi d’une explosion de la criminalité (agressions sexuelles à Cologne) et d’une pression sur les ZUS (quartiers sensibles).

Aux États-Unis, les « immigration-related demonstrations » en 2025 sont en hausse de 30 % : bien que 97 % soient pro-immigrants (selon un rapport de Princeton), les anti-immigration – comme les caravanes à la frontière texane – mobilisent des foules enragées contre les « sanctuary cities » submergées. Trump, réélu en 2024, promet un mur géant et des expulsions massives, porté par 70 % des Blancs ruraux qui voient l’immigration comme une « invasion ». En Australie, les boat people sont stoppés net depuis 2013, mais 2025 voit des manifestations contre les visas temporaires qui saturent Sydney : « No more boats, no more burdens », scandent les autochtones, las d’une délinquance importée.

 


 

En Italie, Giorgia Meloni expulse des milliers via des accords avec la Tunisie et la Libye, mais les arrivées via Lampedusa persistent – 150.000 en 2025. Les Italiens du Sud, autochtones appauvris, en ont assez : manifestations violentes contre les centres d’accueil qui « volent » les emplois agricoles. Même au Canada, bastion du multiculturalisme, les sondages de 2025 montrent 60 % des Canadiens pour geler l’immigration, face à une hausse des loyers de 20 % et une criminalité en hausse dans Toronto. Partout, la violence – émeutes, agressions – et l’ingratitude perçue (refus d’intégration, revendications immédiates) alimentent la colère. Les autochtones ne haïssent pas les migrants ; ils haïssent d’être forcés d’accueillir sans filtre, au détriment de leur bien-être.

La preuve ultime : les pays d’origine qui claquent la porte

La meilleure illustration de cette immigration toxique ? Les pays d’origine refusent de reprendre leurs ressortissants expulsés, transformant l’Europe en « bagne mondial ». L’UE, dans son Pacte sur la migration adopté en 2024 et renforcé en 2025, propose une liste de « pays sûrs » – Égypte, Tunisie, Bangladesh, Colombie, Inde, Kosovo, Maroc – pour accélérer les reconduites. Mais ces nations freinent des quatre fers : pas de documents, refus de charters, négociations interminables pour des aides européennes. En 2025, seulement 20 % des ordres d’expulsion sont exécutés, selon la Commission : le Maroc bloque les vols pour ses délinquants, la Tunisie conditionne les retours à des milliards d’euros, et l’Algérie renvoie les bateaux.

C’est l’ironie cruelle : ces migrants, souvent « ingrats » envers l’hôte européen (demandes d’asile frauduleuses, criminalité), sont vus comme un fardeau par leurs propres pays. Le Kosovo, listé « sûr », refuse 70 % des reconduites ; l’Inde exige des preuves irréfutables pour des fraudeurs. Résultat ? Les autochtones européens paient : prisons surpeuplées, coûts judiciaires exorbitants, et une impunité qui encourage les flux. C’est un piège géopolitique où l’Occident perd sur tous les tableaux.

Vers une immigration choisie : la seule voie de sauvegarde

Face à ce chaos, la solution est claire : passer d’une immigration subie à une immigration choisie. Comme au Canada avec son système à points (compétences, langue, intégration), ou en Australie (visas qualifiés, quotas stricts), la France et l’Europe doivent filtrer : priorité aux talents, aux familles unies légalement, et zéro tolérance pour la délinquance. Un référendum, comme celui réclamé par Philippe de Villiers, rendrait la parole au peuple – pas aux élites bruxelloises.

Les autochtones ne demandent pas la fermeture totale ; ils veulent le contrôle. Ignorer cela, comme Starmer à Londres ou Macron à Paris, c’est risquer l’implosion sociale.

L’immigration choisie enrichit ; la subie détruit. Il est temps que les nations reprennent leur destin en main, avant que la colère ne devienne révolution.

https://multipol360.com/la-petition-de-philippe-de-villiers-sur-limmigration-depasse-les-15-million-de-signatures/ 

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Dégradation de la notation de la France : le symptôme d’un système en déroute

La France, jadis fière de son rang économique et politique en Europe, traverse une tempête dévastatrice qui culmine avec la récente dégradation de sa note souveraine par l’agence Fitch Ratings. Le 12 septembre 2025, l’agence a abaissé la notation de la dette publique française d’un cran, passant de AA- à A+, un coup dur qui relègue l’Hexagone au rang de « mauvaise élève » du continent.


Ce n’est pas un simple ajustement technique : c’est un signal d’alarme sur la fragilité d’un État paralysé par l’instabilité politique, une dette galopante et une gouvernance erratique.

Derrière cette décision se profile le portrait d’un président, Emmanuel Macron, dont les choix – de la valse des Premiers ministres à un bellicisme effréné – creusent un fossé abyssal avec le peuple français. Cet article décrypte les rouages de cette notation, ses enjeux, et dénonce une présidence qui, au lieu de protéger la nation, semble la précipiter vers le chaos.

Les agences de notation : un mécanisme impitoyable qui évalue la confiance

Pour comprendre l’importance de cette dégradation, il faut d’abord en saisir le fonctionnement. Les agences de notation comme Fitch, Moody’s ou Standard & Poor’s sont des entités privées qui évaluent la solvabilité des États, des entreprises ou des collectivités. Elles attribuent des notes allant de AAA (risque minimal) à D (défaut de paiement), basées sur des critères quantitatifs et qualitatifs : niveau d’endettement, croissance économique, stabilité politique, et capacité à rembourser. Une note élevée comme AA- signifie une « très bonne qualité » avec un faible risque de défaut ; A+ reste solide mais signale une vulnérabilité accrue.

Pourquoi cela compte-t-il tant ? Une bonne note permet à un pays d’emprunter à bas coût sur les marchés financiers, essentiels pour financer les déficits budgétaires. En France, la dette publique avoisine les 114,1 % du PIB au premier trimestre 2025, soit plus de 3.345 milliards d’euros. La dégradation par Fitch fait grimper les taux d’intérêt : le 15 septembre, le rendement des obligations françaises à 10 ans s’établissait à 3,49 %, un écart record avec l’Allemagne. Cela alourdit les charges d’intérêt – déjà estimées à 60 milliards d’euros par an – et pourrait ajouter des milliards supplémentaires, au détriment des services publics, de l’éducation ou de la santé. Pire, si Moody’s (revue prévue le 24 octobre) ou S&P suivent le mouvement, la dette française pourrait sortir de la catégorie « investment grade core », repoussant les investisseurs prudents et amplifiant la spirale.

Fitch pointe explicitement deux facteurs : un déficit structurel à 5,4 % du PIB en 2025, loin des 3 % exigés par l’UE, et une « instabilité politique » qui entrave les réformes. La France n’est plus dans le club des AAA nord-européens (Allemagne, Pays-Bas) ; elle rejoint la Belgique et l’Estonie au niveau A+, tandis que l’Espagne et le Portugal, eux, voient leurs notes améliorées grâce à une gestion plus rigoureuse. Ce n’est pas une fatalité : c’est le prix d’une gouvernance qui privilégie les postures aux actes concrets.


L’absence de gouvernement : une valse des premiers ministres qui paralyse l’économie

Au cœur de cette dégradation trône l’absence criante d’un gouvernement stable. Depuis la dissolution ratée de l’Assemblée nationale en 2024, la France est en proie à une instabilité chronique qui évoque les années 1930. Le 8 septembre 2025, le gouvernement de François Bayrou, nommé en juillet comme quatrième Premier ministre en deux ans sous Emmanuel Macron, a été renversé par un vote de confiance massif : 364 voix contre, 194 pour. Bayrou, artisan d’un plan d’austérité pour juguler la dette, n’a pas tenu face à une Assemblée fragmentée et à une opposition unie contre les coupes budgétaires.

Cette « valse des Premiers ministres » – Attal, Barnier, Bayrou, et maintenant un intérim incertain – n’est pas un accident.

C’est le fruit d’une stratégie macronienne : dissoudre pour imposer une majorité artificielle, échouer, et recommencer. Résultat ? Un pays ingouvernable, comme le titre La Revue de Presse Internationale de Radio France du 9 septembre : « La France est-elle devenue ingouvernable ? » Sans gouvernement, le budget 2026 est en suspens, les réformes bloquées, et les marchés nerveux. Macron, affaibli sur la scène internationale, voit son autorité érodée : la chute de Bayrou le place « en première ligne pour sortir de l’ornière », dixit Les Échos.

Cette paralysie n’est pas anodine. Elle amplifie la dette en empêchant toute consolidation fiscale. Et qui paie ? Les Français, avec des taux d’emprunt qui grimpent et une croissance anémique. La crise politique de 2024-2025, véritable « tourbillon institutionnel », marque un point de non-retour : la Ve République craque sous le poids d’un président qui refuse de lâcher prise.

Le refus de démissionner : un entêtement face à la colère populaire

Malgré cette débâcle, Emmanuel Macron s’accroche au pouvoir comme à une bouée percée. Les sondages sont accablants : en septembre 2025, sa cote de confiance plonge à 15-17 %, un record d’impopularité depuis 2017, pire qu’à l’ère des Gilets jaunes. Près de deux tiers des Français (65 %) appellent à sa démission immédiate, selon un sondage Ifop (certainement sous-estimé) pour Sud Ouest du 5 septembre. À droite comme à gauche, les voix s’élèvent : les Républicains exigent une présidentielle anticipée, le RN accentue la pression lors de sa rentrée à Bordeaux et demande un retour aux urnes alors qu’ils ont refusé de voter sa destitution.

Pourtant, Macron exclut toute démission, refusant même une dissolution supplémentaire. « Même la démission d’Emmanuel Macron ne résoudra pas la crise », ironise Courrier International du 9 septembre, soulignant un président « sans pouvoir » mais têtu. Sur X, les réactions fusent : « Macron ne se contente plus d’ingérence : il flirte avec la belligérance », reflétant une exaspération populaire. Un autre utilisateur dénonce un « discours délirant, manipulatoire » pour masquer ses échecs.

Cet entêtement n’est pas du courage : c’est de l’inconscience. Face à une pression « très forte du peuple », comme l’attestent les manifestations post-Bayrou, Macron préfère ignorer les urnes. Il incarne une élite déconnectée, prête à tout pour perdurer, au risque de fracturer la nation.

L’incapacité à conduire les affaires : priorité à l’UE au mépris du souverainisme français

Pire que l’instabilité, l’incapacité de Macron à « conduire les affaires de l’État » se manifeste par une soumission obsessionnelle à l’Union européenne.

Les Français ont voté « non » à la Constitution européenne en 2005 (54,7 %), un rejet clair de la technocratie bruxelloise. Pourtant, Macron, auto-proclamé « européen convaincu », brade la souveraineté nationale au profit de l’UE. La dette française ? Disciplinée par les règles budgétaires européennes, qui imposent des coupes sans égard pour les spécificités hexagonales. L’instabilité politique ? Elle affaiblit l’UE entière, comme s’inquiète Euronews du 5 septembre : « Quelles conséquences pour l’UE ? »

Macron priorise l’intégration européenne – mutualisation de la dette, défense commune – au détriment des Français. Son plan pour l’Ukraine, financé par des milliards d’euros publics, illustre cette dérive : la France verse sans compter, tandis que les hôpitaux ferment et les retraites s’effritent. Ce n’est pas de la gouvernance : c’est de la vassalisation. Le peuple, qui a dit « non » en 2005, paie aujourd’hui les pots cassés d’un président qui ignore le référendum comme un caprice historique.


Le bellicisme délirant de macron : un danger mortel pour les Français

Au-delà de l’économie, le vrai péril réside dans le bellicisme délirant de Macron, qui expose les Français à des risques existentiels. Depuis 2022, il agite le spectre d’une guerre avec la Russie, promettant des « garanties de sécurité » pour l’Ukraine et envisageant l’envoi de troupes françaises – jusqu’à 40.000 soldats, postés à 80 km du front. Le 5 mars 2025, il déclare : « Jamais depuis 1945 la liberté n’avait été autant menacée », annonçant 6,5 milliards d’euros supplémentaires pour l’armée, portant le budget à 64 milliards annuels d’ici 2027. Des drones, de l’IA, de la guerre cybernétique : un « plan de guerre » qui transforme la France en base OTAN.

Ce n’est pas de la défense : c’est de la provocation. Macron « dramatise » et « provoque », s’agace Hervé Morin en mars 2025. Sur les réseaux sociaux, beaucoup s’agacent : « Macron prend des décisions graves sans consultation du peuple pour provoquer un incident avec la Russie et rester au pouvoir », d’autres soutiennent qu’Emmanuel Macron veut envoyer les Français à la mort. Henri Guaino (député et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy), quant à lui alerte : « C’est le ton qu’on emploie dans un pays au bord de la guerre. »

Les dangers ? Une escalade nucléaire, des sanctions auto-infligées qui ruinent l’économie française (déjà en « économie de guerre »), et une mobilisation forcée qui sacrifierait la jeunesse pour des « fantasmes technocratiques ». Macron, « l’incarnation du diable sur terre » pour certains, joue avec le feu pour distraire de ses échecs domestiques. 

La France n’est pas menacée par la Russie, mais par un président qui rêve d’héroïsme au prix du sang français.

Il est pourtant très facile de s’en convaincre : la Russie est grande comme quatre fois l’Europe et peu peuplée (8,5 hab./km²) comparée à l’UE (environ 106 hab./km²); de plus, elle est maintenue dans une russophobie patente qui créerait bien des soucis à un éventuel appétit russe : à quoi bon ?

Le fossé abyssal avec le peuple : un rejet total

Ce bellicisme n’est que la pointe de l’iceberg d’un fossé qui se creuse entre Macron et le peuple. Sa popularité, à 17 % en septembre selon Elabe, est un effondrement historique. Les Français le voient comme « hors-sol » et totalement déconnecté de leurs préoccupations.

Ce rejet n’est pas conjoncturel : c’est structurel. Macron méprise le « peuple » qu’il théorise comme une « masse à éduquer ». Résultat ? Une France divisée, où les banlieues s’embrasent et les ruraux se sentent abandonnés. Son « petit air de démission » gagne même la droite, note L’Express.

Un rejet international : macron, le paria des dirigeants

À l’étranger, Macron est affaibli : la chute de Bayrou le rend « architecte du déclin français », titre Le Monde du 9 septembre. Ses relations ? Tendues avec Donald Trump, distantes avec Xi Jinping, et conflictuelles avec Vladimir Poutine. Même avec Merz, les frictions sur la défense européenne persistent. Au Shangri-La Dialogue en mai dernier, il alerte sur un « ordre mondial en risque », mais sans alliés solides. Avec Luiz Inácio Lula da Silva, les tensions sur le Mercosur persistent encore, avec une visite à l’Élysée qui a tourné à l’humiliation pour Macron, loin d’un renforcement des liens avec le Brésil. Macron, rejeté par « la plupart des dirigeants », paie son atlantisme forcené et son impérialisme résiduel.

Vers une démission inéluctable ?

La dégradation par Fitch n’est qu’un symptôme d’une présidence en lambeaux. Instabilité, bellicisme, soumission à l’UE, rejet populaire : Macron a transformé la France en otage de ses ambitions. Le peuple, qui a voté « non » en 2005 et crie « démission » en 2025, mérite mieux qu’un chef qui risque la guerre pour masquer ses ruines.

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Dégradation de la note Fitch : la classe politique incapable ou impuissante ?

Deux spécialistes de la finance reviennent sur la manière dont les responsables politiques ont réagi à la dégradation de la note française par l’agence Fitch. Selon ces experts, la séquence illustre le manque de connaissances économiques de ceux qui nous gouvernent et la sclérose institutionnelle de la France.

Le 12 septembre, trois jours après son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu hérite d’un dossier épineux de plus à gérer. L’agence Fitch a abaissé la note de la France de AA- à A+. Une nouvelle étape qui fait du pays le mauvais élève de l’Europe. En 2013, la seconde puissance économique de l’UE avait encore son triple A. Douze ans plus tard, la note a reculé de quatre crans. La situation est avant tout le reflet d’une impuissance de la classe politique à rétablir l’équilibre des comptes publics. Engoncée dans des querelles d’appareil, coincée dans une pensée unique et dans des certitudes, peu formée à l’économie, il est peu probable qu’elle puisse renverser la table.

La faute à la chute de Bayrou ?

Il suffit de se pencher sur les déclarations des principales figures de l’opposition pour constater le problème. Sitôt la note connue, Jean-Luc Mélenchon a fustigé François Bayrou et critiqué sa décision de demander un vote de confiance à l’Assemblée nationale : "Il a provoqué la note Fitch en dévalorisant la France comme premier ministre sur les marchés pendant quinze jours".

Une fake news en bonne et due forme reprise par une grande partie de l’opposition. Les agences de notation annoncent des mois à l’avance la publication de leurs rapports et le vote de confiance n’a pas été déterminant. Moody’s se prononcera le 24 octobre et Standard & Poor’s le 28 novembre.

"Les marchés s’attendaient à cette dégradation depuis des mois et l’agence avait déjà annoncé une perspective défavorable. Si François Bayrou était resté en poste, rien n’aurait changé puisqu’aucune mesure forte n’avait été prise ces derniers mois", pointe l’économiste Nathalie Janson, professeur associée d’économie au sein du département Finance à Neoma Business School. Un avis partagé par Alexis Karklins-Marchay, entrepreneur et essayiste, qui souligne le côté "attendu" de la dégradation. "La France avait des taux d’intérêt à dix ans trop élevés par rapport à sa notation, ça ne collait pas", complète-t-il. Si le bail de François Bayrou à Matignon n’a pas amélioré la situation, c’est surtout parce qu’il incarne l’instabilité politique. Or, les marchés ont horreur de la valse des gouvernements et de l’incertitude qu’elle engendre.

"Les marchés s’attendaient à cette dégradation depuis des mois et l’agence avait déjà annoncé une perspective défavorable. Si François Bayrou était resté en poste, rien n’aurait changé puisqu’aucune mesure forte n’avait été prise ces derniers mois"

L’instabilité sanctionnée

"Parmi les pays qui voient leur note abaissée, l’instabilité est une raison qui revient souvent", explique Alexis Karklins-Marchay qui cite notamment les cas de la Belgique ou de l’Italie. Or, c’est bel et bien le contexte politique de l’Hexagone avec, notamment, quatre premiers ministres en un an qui a incité Fitch à sanctionner la France. Dans son rapport, l’agence souligne que "la chute du gouvernement lors d’un vote de confiance illustre la fragmentation et la polarisation croissante de la politique intérieure". Selon elle, "cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire d’ampleur". En clair, il était improbable que l’exécutif tienne sa promesse de ramener le déficit public sous la barre des 3 % en 2029, comme cela avait été initialement promis. Et cette impuissance se paie cash.

Culture de la dépense

Si l’instabilité est un facteur aggravant, il y a peut-être pire. Même si un gouvernement avait été stable et avait pu s’appuyer sur une large majorité, il est probable qu’il ne serait pas parvenu à tenir ses promesses pour des raisons politiques.

Pour redevenir AAA+ ou, à défaut, pour mettre fin à la dégringolade, les responsables politiques n’ont pas le choix, ils doivent améliorer l’efficacité de l’État et stimuler le tissu économique : "C’est possible, cela a été fait par l’Espagne, le Portugal, l’Italie avec à la manœuvre des gouvernements qui peuvent être de gauche ou de droite", observe Alexis Karklins-Marchay.

Mais, en France, ces réformes structurelles sont vues comme de l’austérité ou du libéralisme. Dans notre pays, ces deux mots sentent le soufre et un responsable politique qui ose les prononcer est cloué au pilori par ses pairs, la majorité des médias et, par extension, l’opinion. Mieux vaut donc faire le dos rond et "refiler la patate chaude" au gouvernement suivant qui agira de même. Cette procrastination peut se comprendre, estime Nathalie Janson : " La dette française reste un placement sûr, il y a une stabilité de la demande des titres français qui se placent à des taux qui demeurent relativement faibles. En outre, la BCE a un mécanisme qui permet d’acheter la dette des pays membres pour éviter que les spreads de taux ne soient trop dispersés". Dès lors, pourquoi engager des réformes impopulaires ? Après tout, nous sommes too big to fail.

Pourquoi engager des réformes impopulaires ? Après tout, nous sommes too big to fail pensent de nombreux élus

"Chez nous, le mantra de la classe politique est “je dépense donc je suis”", déplore Alexis Karklins-Marchay, qui appelle à changer de logiciel. D’après lui, le fait de s’opposer au dogme en vigueur devrait être vendu à l’opinion comme une solution qui permettrait de "rendre de l’argent aux Français". "Ce discours commence à infuser dans plusieurs partis, par exemple chez Renaissance avec Guillaume Kasbarian, chez Horizons avec Christelle Morançais ou chez LR avec David Lisnard", se réjouit-il. Pour le moment, les choses changent lentement.

 Le poids des médias et de l’enseignement supérieur

Les coupables ? L’enseignement supérieur et les médias, estiment à l’unisson les deux experts interrogés. De plus en plus, nos élus sont formés dans des facultés de sciences sociales ou des instituts d’études politiques. L’enseignement prodigué a tendance à donner une mauvaise image du secteur privé, à mettre en avant des économistes keynésiens, au détriment d’autres écoles d’économie.

Cela explique les biais dans les politiques publiques, les réflexes pavloviens dans les prises de parole, mais aussi une certaine incompétence sur les sujets économiques. "Éric Coquerel, qui dirige la commission des Finances du Palais Bourbon, ne comprend pas la différence entre la richesse réelle et la richesse liée à des actions par nature volatiles. Il confond la valeur et le chiffre d’affaires, c’est incroyable !", s’indigne Nathalie Janson. Les connaisseurs des arcanes du monde de l’entreprise se souviennent également de l’audition de Florent Menegaux, patron de Michelin, devant une commission parlementaire. Le capitaine d’industrie a été contraint d’expliquer le b-a-ba de la trésorerie ou de la gestion d’une entreprise à des députés peu au fait de certaines notions de base.

Cette méconnaissance ruisselle également dans les médias où les journalistes ont la même formation, ou déformation, que leurs anciens condisciples engagés en politique. "La conséquence de tout cela, c’est que les économistes qui ont leur rond de serviette dans les médias, notamment publics, sont presque tous des keynésiens de gauche, comme Thomas Piketty, Thomas Porcher ou Gabriel Zucman", se désole Alexis Karklins-Marchay qui déplore une "anesthésie de l’opinion publique". Il n’est pas le seul à être sur cette ligne. Lors de la REF, Nicolas Dufourcq, président de BPIFrance, avait exhorté les dirigeants d’entreprise à prendre d’assaut les médias. Si l’on en juge par la composition des plateaux d’émissions liées à l’économie et à la politique, il n’a pas encore fait d’émules…

Lucas Jakubowicz: https://www.decideurs-magazine.com/politique-societe/62277-degradation-de-la-note-fitch-la-classe-politique-incapable-ou-impuissante.html

 


 

 

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