août 15, 2022

HISTOIRES & TENDANCES de Hans Herman HOPPE !

Hoppe nous raconte quelques histoires qui expliquent le monde actuel...

A lire impérativement..... La compréhension de monde en toute honnêteté est entre vos mains !

 

 


 

Schémas historiques et tendances selon la perspective Austro-libertarienne

C.-à-d., je souhaite vous raconter quelques histoires, disons, qui expliquent le monde actuel.

Et l’histoire consiste en trois sous-histoires. Elles sont toutes interconnectées, se déroulent d’une certaine façon, en parallèle, mais bien sûr, je les présenterai l’une après l’autre.

Une première, puis la deuxième, enfin la troisième, et elle se complèteront mutuellement pour former une image complète qui, j’espère, vous fera mieux comprendre le monde actuel.

La première histoire, qu’aujourd’hui les gens appellent le premier narratif, concerne l’origine des États, les changements d’États, ou les constitutions des États, au cours du temps. Elle est similaire à une reconstitution historique.

Et la deuxième histoire concerne la concentration des États, traite les problèmes de la guerre et de l’impérialisme.

Et la troisième histoire qui complète alors l’image d’ensemble, traite de la monnaie, des banques et de la centralisation monétaire.

 


Je commencerai donc par la première. Je vous lirai une page tirée d’un de mes travaux qui explique les fondations mêmes du libertarianisme, ses principes mêmes, puis j’élaborerai plus librement à partir de là.

Sans rareté dans ce monde, il n’y aurait pas de conflit entre les gens. Mais la rareté existe. Depuis notre départ du Jardin d’Eden, les choses sont rares, en pénurie. Et parce qu’elles sont rares, on peut en venir à se battre pour elles. Je veux faire quelque chose d’un certain objet, mais vous pourriez vouloir faire autre chose de ce même objet. Donc, si l’on veut vivre en paix mutuelle, il faut que toutes les choses rares soient dans les mains d’individus distincts. C’est-à-dire qu’on a besoin de la propriété privée pour éviter les conflits. De telle sorte que je possède certaines choses et j’en fais ce que je veux. Et vous possédez d’autres choses, et vous en faites ce qui vous passe par la tête. C’est la seule solution pour éviter les conflits, à moins d’une parfaite harmonie de tous les intérêts ; autrement dit, sauf si chacun veut que les autres fassent exactement ce qu’il attend d’eux. Mais évidemment, on ne vit pas dans un tel monde. Dans un monde où chacun a une idée différente de ce qu’on devrait faire, de ce qui rend heureux ou malheureux, il nous faut la propriété privée pour faire ce que qu’on veut sans entrer en conflit avec d’autres gens.

Hans-Hermann Hoppe

Alors, la question est : comment décider qui possède quoi, et qui ne possède pas ? Et la réponse libertarienne est la suivante : la prémisse est, bien sûr, que chacun possède son propre corps physique. Vous faites ce que vous voulez de votre corps, je peux faire ce que je veux du mien, je n’interfère pas envers votre corps et vous n’interférez pas envers le mien. Quant aux objets externes, afin de ne pas entrer en conflit, la règle d’acquisition de la propriété, la propriété privée, est : celui qui le premier vient à s’approprier ce qui était auparavant non possédé en devient le possesseur. Parce que seule le premier peut évidemment s’approprier ces choses sans déclencher un conflit. Le second ne peut faire cela. Si elle est déjà appropriée par l’un, le second alors, s’il veut s’approprier la même chose, ferait entrer en conflit. Et puis bien sûr, la propriété peut être transmise via des accords librement consentis. Je peux vous transmettre ce que je me suis préalablement approprié, et vous pouvez transmettre tout ce que vous vous êtes approprié à la personne suivante.

Ce sont là des règles très simples, intuitives et sensées, et qui en gros constituent le programme libertarien. Voilà comment on acquiert la propriété privée, et voilà comment on évite les conflits. Même si on suit généralement ces règles, bien sûr aussi des gens les enfreignent. Des gens qui volent la propriété [d’autrui]. Ou qui n’attendent pas que je leur transmette cette propriété, mais qui la prennent sans mon consentement. Alors que faire des contrevenants ? Tant que l’humanité sera ce qu’elle est, il y aura des contrevenants. Qui décide quand les règles sont enfreintes, qui a raison ou tort ? Qui devient le juge, l’arbitre ?

Maintenant, imaginez que quelqu’un propose : « Oh, j’ai la solution pour résoudre ce problème : à chaque cas de conflit, y compris ceux où je suis impliqué, c’est moi qui décide qui a raison ou tort. » Y a-t-il une chance quelconque que quiconque accepte cette règle ? Et je parie que personne n’accepterait jamais une telle règle, car tout le monde saurait ce qui se passerait alors. Si telle était la règle, cela signifierait au fond que je pourrais initier un conflit avec vous, je pourrais vous voler quelque chose, vous frapper à la tête si je le veux, puis vous vous en plaindriez, « pourquoi m’avez-vous volé ? », « pourquoi m’avez-vous frappé à la tête ? », et que je dirais alors : « je suis celui ayant le dernier recours dans cette affaire, et il était bien sûr entièrement justifié que je me conduisis ainsi ».

Une telle règle serait évidemment considérée comme ridicule. Maintenant, vous réalisez bien sûr que c’est précisément ainsi que les États se conduisent partout dans le monde. C’est-à-dire qu’ils peuvent initier un conflit : ils peuvent vous exproprier, ils peuvent enfreindre ces règles simples que j’expliquais au début. Et si vous vous plaignez, qui décide qui a raison ou tort ? Un juge, qui est employé de l’État. Alors la question est : comment une institution aussi folle que l’État a pu être rendue possible ? Une chose qui, à première vue, ne fait aucun sens quelconque ! Je veux simplement [ici] reconstruire ce qui l’a rendu possible.

 


Initialement, vers la période du Moyen Âge, les gens exposaient leurs conflits réciproques à ce qu’on appellerait des aristocrates ou des nobles. On ne choisit pas comme juges des gens sans influence, ou non respectés par le reste des gens, car en fin de compte il faudra faire appliquer le verdict prononcé par le juge. Et ce n’est qu’en ayant des gens éminents, ayant réussi, qui sont respectés par le public, qu’on rend possible l’application du verdict, que les gens pourront l’accepter : voilà le jugement juste, et voilà la manière de résoudre le problème. Et il n’y avait pas rien qu’une personne, une seule institution, à qui s’adresser pour résoudre les conflits, mais plusieurs. Plusieurs personnalités éminentes, des aristocrates ou autres, des gens grandement respectés, parmi lesquels choisir.

Et personne n’était le juge ultime. Même si un juge prenait telle ou telle décision, sa décision n’était pas définitive, il n’avait pas le dernier mot, on pouvait toujours aller chez un autre. Et on considérait que tous, tous les juges, suivaient le même droit. Personne n’avait de position de monopole sur ce point. On pouvait même faire appel : aller voir le Roi, en appeler au Pape. Et même le Pape n’était pas le juge suprême car les Papes aussi perdent leur emploi. Il y avait donc concurrence entre les postes d’arbitre de la façon dont les conflits devaient être réglés.

De grandes étapes [furent] alors franchies, et la plus décisive fut celle où l’un de ces juges choisis librement, encore en concurrence face à d’autres juges pour le respect, s’éleva pour prendre le monopole de juge. « Ma parole a le dernier mot. Et ma décision est sans appel. Personne n’est au-dessus de moi, ma décision est définitive et c’est ainsi. » On pourrait appeler cela un roi absolu. Il élimine tous ses concurrents potentiels, tous les autres nobles et juges auprès de qui faire appel si l’on n’est pas satisfait de la première décision telle que rendue.

Comment parvinrent-ils à ce virage ? D’une part, en soudoyant quelques-uns de leurs juges concurrents en disant : « Ok, je vous donnerai quelque poste subalterne dans mon tribunal ». Et l’autre chose qu’ils disaient, en s’adressant aux gens, la population en général, était : « Écoutez, il pourrait bien y avoir des obligations et des contrats vous liant à d’autres gens que vous regrettez d’avoir conclus ; et bien je vous libérerai de ces obligations. » Et ainsi obtinrent-ils le soutien public pour passer de juges en concurrence à un seul juge en monopole.

Historiquement, ce processus prit plusieurs siècles. Il démarra à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe, quand les États se constituèrent là où il n’existait rien de tel. Il existait des centres d’autorité en concurrence, mais pas d’autorité suprême. Donc plusieurs siècles furent nécessaires pour que quelques-uns atteignent ce poste de juge suprême. Alors, dès que ce poste fut occupé, deux institutions émergèrent. La première fut que, soudain, des impôts furent pris de force aux gens. Auparavant, mêmes les riches, les nobles etc. devaient demander à leurs suzerains d’accepter leurs impôts. Et s’ils refusaient, il n’y avait pas d’impôt. Mais désormais, puisque monopoleur, on peut dire : « Ok, vous me devez ceci ou cela ». Et si les gens protestent, on dira : « Écoutez, je suis le juge suprême, et je vous dis : vous me devez ceci, c’est ainsi. Et si vous ne faites pas ce que je vous dis, vous en serez puni ».

La seconde [institution] à naître fut, pour la première fois, cette chose qu’on appela « législation ». Auparavant, les lois n’étaient pas faites. Les lois étaient considérées comme découvertes et appliquées à tous exactement de la même manière. Ces lois que j’ai mentionnées au tout début : comment la propriété est établie. Ce n’était pas là des lois créées par quelqu’un, c’était des lois naturelles. Naturelles au sens où, si on veut éviter le conflit, alors voilà les lois naturelles, et elles ne peuvent être différentes, sinon il y aura conflit. Mais désormais, avec l’établissement de rois absolus, on a une situation où on peut faire des lois, inventer des lois. Vous devez faire ceci ou cela. Vous avez telle ou telle obligation.

Ainsi, fiscalité et législation vinrent à exister. D’abord bien sûr en faible portions, pas de fiscalité massive, et pas de législation lourde, mais lentement, lentement, l’impôt sera prélevé et les taxes seront augmentées et lentement, lentement, les lois seront faites. Et bien entendu, les lois seront faites évidemment pour bénéficier au dirigeant. Et la cour qu’il rassemble autour de lui.

Le roi René d’Anjou.

Et puis la dernière étape de l’évolution, qui nous rapproche de l’époque actuelle, est que le poste de roi est remis en cause par des gens divers. Surtout par les intellectuels. Dans le style : « Oui, mais n’est-ce pas là une violation du principe d’égalité devant la loi, s’il y a un seul gars, le roi, qui peut faire les lois ? N’est-il pas un privilégié ? N’y a-t-il pas désormais deux types de lois ? Les lois s’appliquant aux gens normaux, et les lois s’appliquant au roi ? Il est au-dessus de la loi s’appliquant aux gens normaux. Cela doit cesser ! C’est une violation des principes de justice ! »

Et quelle fut la réponse à ceci ? La réponse fut de dire que ce qu’on doit faire, c’est rendre possible que n’importe qui devienne le roi ! C’est-à-dire qu’on crée la démocratie. Ce n’est pas le roi seul qui devrait avoir le droit de faire cela, tout le monde devrait en avoir le droit. Tout le monde devrait pouvoir être le roi, pour ainsi dire. La question toutefois est : ce pas franchi induit-il que tous devinrent égaux devant la loi ? La réponse est : non, bien sûr que non. Qu’on élise un président, un premier ministre ou quel qu’en soit le nom, il peut faire les mêmes choses qu’un roi pouvait faire avant.

Rappel, deux types de droit existent encore. Un type de droit est ce qu’on appelle le droit privé, s’appliquant à tous dans les affaires privées, et l’autre type de droit, qu’on ne nommerait même pas droit, est le droit [public]. Le droit [public] est le droit qui protège et s’applique aux gens démocratiquement élus à la tête de l’État. Donc, deux types de droit existent en démocratie, tout comme deux types de droits existaient sous un roi absolu.

Dès lors, qu’implique ce changement de la monarchie vers la démocratie ? À nouveau, pour indiquer à peu près quand cela se produisit historiquement, ce processus débuta avec la Révolution Française, où la monarchie subit pour la première fois une lourde attaque, disons, et la fin du processus est, du moins pour l’Europe Occidentale, la fin de la Première Guerre Mondiale, quand presque toutes les monarchies furent abolies et que la démocratie devint le principe d’organisation de toutes les sociétés occidentales.

Ainsi, la signification de cette transition est la suivante. Quelqu’un comme un roi, qui considère son pays comme sa propriété et les gens y vivant comme ses locataires, est remplacé par un administrateur temporaire. Le roi pouvait vendre une partie de son royaume ou le transmettre aux générations futures. Il avait ce qu’on pourrait appeler une basse préférence temporelle, soit un horizon lointain de planification précisément parce qu’il se considérait comme « une sorte de propriétaire de tout ce truc ». Un politicien démocratiquement élu en charge du pouvoir ne se considère pas comme propriétaire de l’endroit mais comme un administrateur temporaire. Il ne peut vendre quoi que ce soit ni en conserver les fruits, ni les transmettre à la prochaine génération.

Cela fera-t-il la différence dans sa manière de conduire son affaire ? La réponse est : oui, cela fera une énorme différence. J’essaie toujours d’expliquer ceci à mes étudiants de la manière suivante. Imaginez que vous possédez une maison. Vous pouvez la transmettre via héritage, vous pouvez la vendre, ainsi de suite. Ou alors, vous avez la même maison et pendant quatre ans vous en faites ce que vous voulez, mais vous ne pouvez pas la léguer, vous ne pouvez pas la vendre et garder les produits de la vente. Prendrez-vous soin de la maison de la même manière ?

La réponse est : non, bien sûr que vous ne prendrez pas soin de la maison de la même manière. Si vous n’en êtes qu’un gardien temporaire, vous tenterez de tirer le maximum de la maison dans le temps le plus court possible, parce qu’après quatre ou cinq ans, vous pourriez bien ne plus en être le gardien, et la maison pourrait bien être alors en ruine. Feriez-vous de même en tant que propriétaire de la maison ? La réponse est : il est très peu probable que vous le fassiez. Je ne l’exclus pas, il y a parfois des fous dans le monde, en réalité il y a vraiment beaucoup de fous dans le monde, mais il est bien moins probable que les gens fassent cela s’ils possèdent l’endroit.

 


La démocratie est donc un système qui mène à la consommation systématique du capital. C’est-à-dire où les gens consomment dans le présent parce qu’ils ne connaissent pas leur situation future, au lieu d’accumuler du capital et de planifier à long terme. Je dois mentionner autre chose. En démocratie, parce les gens sont élus, on pourrait dire : « N’est-il pas mieux d’avoir une course pour savoir qui sera le dirigeant plutôt que l’absence de concurrence quand un roi gouverne le pays ? » Et la réponse ici est : non, la concurrence est bonne quand elle concerne la production de biens, c.-à-d. la production de choses dont les gens veulent.

Mais la concurrence n’est pas bonne pour les choses mauvaises, malfaisantes, celles dont les gens ne veulent pas. Les gens ne demandent pas à être taxés. Ils ne diront pas : « hé, taxez-moi, taxez-moi, taxez-moi, j’aime être taxé ! » Ils ne demandent pas : « Faites une autre loi, faites une autre loi, cela vous bénéficie et me fait du mal ! » Ils en ont peur. Mais puisque l’activité des États est de taxer et légiférer, donc faire de mauvaises choses, des choses malfaisantes, la concurrence en la matière est une mauvaise chose ! On ne veut pas de concurrence dans « qui est le meilleur meurtrier ? », « qui est le meilleur dirigeant de camp de concentration ? » Pour cela, on est heureux d’avoir des gens incompétents, stupides, des gens inefficaces. Mais la démocratie, précisément, produit les plus grands démagogues, et les plus grands escrocs s’élèveront jusqu’au sommet.

Imaginez-vous diriger une campagne et dire, « Hé, je veux que la propriété privée soit protégée en toutes circonstances. Je ne veux subir aucun impôt, je ne veux aucune redistribution de revenus et de richesses, et ainsi de suite. On doit cesser de faire des lois, sauf les principes que j’ai évoqués au tout début. » Quel succès auriez-vous lors d’une telle campagne ? C’est ça, vous n’auriez pas beaucoup de succès. Parce que bien sûr, la démocratie permet aux gens d’utiliser leur vote pour [l’appropriation] de la propriété d’autres gens. Dans l’histoire de la pensée politique, on ne trouve presque personne ayant jamais fait promotion de la démocratie.

Jusqu’à très récemment, mais dans le passé, les gens s’en rendaient compte : la démocratie est un moyen pour les gens qui ont moins, qui n’ont rien, de s’arroger par le vote la propriété de ceux qui ont plus et qui s’en tirent mieux qu’eux. Elle promeut l’immoralité. La démocratie pourrait fonctionner dans de très petits villages. Parce que tout le monde y connaît tout le monde. Vous savez, Mr X est un gentil gars, et Mr Y est un sale type. Et on aurait honte d’essayer de voler la propriété d’autrui, car les gens se connaissent l’un l’autre. Mais avec des États faits de millions et de millions de gens, on ne connaît pas qui on vole. Donc l’inhibition subie sinon envers le vol de son prochain disparaît tout simplement.

Un mot à propos des rois, peuvent-ils aussi être de parfaits malfaisants ? Oui, c’est possible. Mais parce qu’ils héritent de leur fonction, qu’ils ne sont pas élus, ils peuvent aussi être parfois de bonnes personnes. Les dirigeants démocratiques ne peuvent être de bonnes personnes, parce qu’ils sont le fruits d’élections, de la concurrence entre eux, [entre menteurs].

Voici donc la première histoire, comment les États évoluent. Et comment la structure, la constitution des États, a changé au cours de combien de milliers d’années. Maintenant, j’en viens à la deuxième histoire qui en un sens complète la première, forme une image plus complète que celle que j’ai développée jusqu’ici.

Dans une situation où il n’y a aucun État, on a bien sûr des combats et des activités guerrières entre différents groupes et autres, différents gangs, différentes familles se combattant. Ce n’était pas une situation où tout était absolument paisible, et merveilleux, paradisiaque. Mais avant le développement de l’État, à chaque fois qu’on s’engageait dans l’agression d’autres gens, une fois des gens en conflit avec un autre groupe, il fallait payer le coût soi-même d’être un agresseur. Agresser des gens n’est pas sans coût. Il faut en avoir les moyens, il faut l’argent pour cela, il faut les armes pour cela, il faut des alliés, etc., qu’il faut payer pour se battre.

Alors il fallait toujours y réfléchir, pour entrer en conflit avec d’autres, se battre contre d’autres gens, il fallait toujours considérer ce que ça pourrait coûter pour soi. Vais-je gagner ? Vais-je perdre, etc. ?

Dès qu’on a l’institution de l’État, faire la guerre devient une tout autre affaire. Parce que désormais, on peut faire payer à d’autres le coût de son agression et de sa pulsion agressive envers d’autres gens. Rappelons-le encore, on peut recourir aux impôts. Des gens, qui pourraient vouloir ne rien avoir affaire avec votre guerre, doivent la payer. Imaginons que disons M. Bush, quand il débuta sa guerre au Moyen-Orient, ait eu à financer lui-même sa guerre, et à recruter ses copains et amis pour leur dire : « Voulez-vous contribuer à financer cette guerre ? »

Eh bien, il aurait pu trouver quelques personnes prêtes à contribuer, mais tous les Américains auraient-ils dit : « Hé, merveilleux, bonne idée, voici mon argent, allez-y » ? Et la réponse est : non ! Des millions de gens auraient dit : « Qu’est-ce que j’en ai à affaire, des Iraniens ? Qu’est-ce que j’en ai à faire, des Afghans ? C’est votre guerre ! Payez-la vous-même, et laissez-nous en dehors de ça ! »

 


Donc la probabilité de la guerre augmente gravement dès qu’on peut en externaliser le coût sur des gens qui en réalité ne s’y intéressent pas du tout. Alors, si des États déclenchent des guerres contre d’autres États, et ils ne s’en privent pas, et ils le font plus volontiers que des personnes privées lancent des conflits armés, la question est alors bien sûr : « qui tend à gagner ces guerres ? » aussi, réalisez aussitôt que les guerres sont des compétitions éliminatoires entre États.

C’est-à-dire que sur chaque territoire, il ne peut y avoir qu’un seul monopole de fiscalité et de législation. On ne peut avoir différentes organisations qui légifèrent et qui taxent sur le même territoire. Chaque État est le seul à pouvoir le faire sur son territoire. Et bien sûr, chaque État a un intérêt à étendre son territoire : plus il contrôle de gens, autrement dit plus il taxe de gens, plus il peut imposer sa loi sur ces gens. Alors vient la question : « qui gagnera ce genre de guerres ? »

Alors évidemment, de très petits États n’entreront probablement pas en guerre contre de très grands États, parce qu’ils savent qu’ils perdront. Mais si les États sont de tailles et de populations similaires, alors on découvre une sorte de paradoxe. Évidemment, toute guerre a besoin de ressources. Armes, soldats, munitions, matériel logistique, etc. Plus la guerre dure, plus la richesse de la société dont tel ou tel État tire ses ressources devient cruciale.

Et la chose qu’il est intéressant de découvrir, c’est que ce sont les États les plus « libéraux », libéraux au sens européen, c’est-à-dire pas tout à fait aussi mauvais que d’autres, qui disposent de plus grandes ressources. Parce que les sociétés plus libérales sont plus riches. Elles permettent plus d’accumulation de capital, elles permettent à plus de gens de s’enrichir, etc. Il y a donc une tendance qui pourrait nous frapper comme paradoxale : que les plus libéraux, les meilleurs États pour ainsi dire, sont ceux qui tendent à être les États les plus agressifs, les plus tournés vers l’impérialisme au cours de l’Histoire.

Prenons un premier pays tels les Pays-Bas, par exemple, la première société capitaliste ayant réussi, qui devient une puissance coloniale majeure. Puis cette place revient à l’Angleterre. À nouveau, un pays très libéral, très riche, devenant un lieu de domination mondiale. Avec des endroits contrôlés par les Britanniques partout dans le monde. Puis les États-Unis héritent finalement de cette place, à partir de la Première Guerre Mondiale, avec un point culminant à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Pourquoi les États-Unis ? Parce qu’il s’agit de loin du plus riche pays. C’est aussi celui ayant le plus grand empire jamais construit.

Encore un mot sur guerre et démocratie. Sur les guerres royales, entre rois. Leur motivation était le plus souvent quelque désaccord d’héritage, avec une implication comparativement faible de la population civile. Les guerres démocratiques, à partir de la Révolution française, et bien sûr de la Première et la Seconde Guerres Mondiales, les guerres démocratiques sont de véritables guerres entre nations. Pour la première fois, elles introduisent la conscription. À savoir, puisque les gens sont supposés se gouverner eux-mêmes en démocratie, alors que c’est leur État [qui le fait], tous ont désormais l’obligation de participer à la guerre.

Même la population civile est entraînée dans la guerre. Les guerres deviennent plus totalitaires, plus totales que les guerres royales le furent jamais. Les guerres royales étaient en gros… parce que les armées se rencontraient en plein champ puis se percutaient, et la population générale en était plutôt peu affectée. Bien entendu, ceci prit fin d’abord avec la guerre de Sécession américaine, puis déjà avec Napoléon, avec les deux guerres mondiales bien sûr, tous les États recoururent à la conscription. Tous les gens devaient y participer. Personne ne peut échapper à la participation à l’entreprise de guerre.

On prend alors conscience que cette tendance étatique à aller en guerre et d’essayer d’agrandir son territoire finirait en présence d’une puissance unique dominant le monde. Ce n’est pas nécessaire ; que c’est… et ceci est pour ainsi dire le but des États-Unis, oui ; les États-Unis ont quelque chose comme plus de cent cinquante bases militaires dans le monde, dans toutes sortes de pays.

Mais ils sont loin d’atteindre cette position finale, ils pourraient bien ne jamais l’atteindre, mais il faut savoir reconnaitre qu’il y a une tendance dans cette direction. Voici donc la deuxième histoire à propos de la centralisation du pouvoir étatique. Avec, comme on peut facilement l’imaginer, la finalité logique d’un État mondial, un gouvernement mondial.

 


Laissez-moi souligner un argument (j’y reviendrai plus tard) ; tandis que certains pensent que ce serait [idéal] (même certains philosophes pensent que la situation parfaite serait celle d’un État mondial) c’est une grossière erreur de penser cela. Parce qu’avec un seul État mondial, on aurait la même structure de lois, la même législation, la même structure réglementaire, partout dans le monde, avec presque aucune possibilité pour que les gens votent avec leurs pieds, fuient un endroit pour rechercher autre chose de mieux. Et puisque les gens ne peuvent s’enfuir, un État mondial n’aurait pratiquement plus aucun problème à opprimer encore et encore sa propre population, parce qu’après tout elle n’a aucune alternative, elle ne peut que rester là où elle est. Et tout endroit est légiféré et réglementé de la même manière.

J’en viens maintenant à la troisième partie de l’histoire, qui une fois encore se déroule en parallèle des deux décrites jusqu’ici et qui complète l’image. Elle concerne le développement de la monnaie. La monnaie émerge sur le marché comme effet de la division du travail dans laquelle les gens se lancent. La monnaie est définie comme un moyen d’échange commun. C’est le bien le plus vendable et le plus largement accepté de tous les biens. Pour faciliter l’échange. Aucun autre bien n’est accepté aussi facilement et par autant de gens que la monnaie, et aucun autre bien n’est aussi facilement vendu. À l’origine, la monnaie est une marchandise, quelque bien ayant pris cette fonction d’être le bien le plus facile à échanger de tous les biens.

Évidemment, les États découvrirent immédiatement qu’il serait de la plus haute importance pour eux (à savoir pour augmenter le pouvoir et la puissance des États) de mettre la main sur la monnaie d’une manière ou d’une autre. Comment y sont-ils parvenus ?

D’abord, en monopolisant la frappe des pièces d’or et d’argent ou qu’importe la matière en usage. Et en la monopolisant, c’est-à-dire en étant le seul sur ce territoire à pouvoir produire des pièces d’or ou d’argent, en les monopolisant, ils firent ce qui s’appelle du rognage de la monnaie. Ils dirent simplement, « Envoyez-moi vos pièces, j’y frapperai une nouvelle effigie, un nouveau roi, une nouvelle effigie », et ils retirèrent un peu de l’or et de l’argent de chaque pièce, rendirent le même nombre de pièces aux gens, mais ce qu’ils avaient retiré, l’or rogné ou l’argent rogné de chacune de ces pièces, fut autant de monnaie supplémentaire qu’ils gardèrent pour eux. Ainsi fut réduit le pouvoir d’achat de la monnaie et les dirigeants, les États, produisirent de la monnaie en volant depuis les pièces existantes.

Eh bien, les gens finirent par découvrir l’astuce. L’étape suivante fut que, parce que les gens ne portent pas toujours leurs pièces d’or et d’argent, il existait aussi ce qu’on appelle des substituts de la monnaie. Ce sont des bons qui confèrent un droit à une certaine quantité de monnaie. C’était plus facile à transporter, simplement des bons, pas besoin de se remplir les poches de lourdes pièces d’or, mais les bons étaient des titres donnant droit à des pièces d’or ou d’argent. Alors, ils monopolisèrent l’émission des bons.

Au début, de nombreuses banques et autres émirent leurs propres bons [des billets de banque]. Et chacune de ces banques s’assurait qu’à chaque fois qu’on lui présentait un bon, elle avait [en coffre] l’or ou l’argent dont le billet conférait le titre de propriété. Alors désormais, les billets sont monopolisés. Seuls les billets émis par l’État peuvent être utilisés pour recouvrer leur valeur en or ou argent. Et l’étape suivante du processus fut de se débarrasser entièrement des pièces d’or et de n’utiliser que les billets.

Ce processus fut quelque peu complexe, et je n’entrerai pas dans les tous détails de la façon dont cela se produisit, mais tous les États sortirent typiquement à un certain point, souvent en temps de guerre, de l’étalon-or, de l’étalon-argent et dirent « écoutez, nous gardons tout l’or, donnez-nous tout l’or, donnez-nous tout l’argent, si vous ne le faites pas vous serez punis, et vous recevrez des billets en échange. Mais nous ne convertirons plus vos billets en or ou argent. »

Ce fut une fois de plus un long processus qui s’acheva en 1971. En 1971, le dernier lien avec l’or fut coupé. Jusqu’en 1971, il était possible, au moins pour les banques centrales, d’aller aux États-Unis et de dire : « Voici, j’ai 35 dollars-papier, 35, ils me donnent droit à une once d’or. » Mais les États-Unis avaient tellement imprimé de billets-papier, de dollars-papier, qu’ils étaient incapables de payer en or pour respecter les termes de leur accord. Et ce fut le président Nixon qui dit en 1971 : « Nous sortons complètement de l’étalon-or. Dès maintenant, gardez vos billets-papier, et nous gardons l’or. »

 


On réalise qu’une fois dans cette situation, où il n’y a plus aucune attache à une marchandise quelconque, on peut augmenter la quantité de monnaie à volonté. De nos jours, on peut simplement presser un bouton et doubler, tripler, quadrupler la quantité de monnaie en existence. D’évidence, on ne peut pas faire de même au sein d’un étalon-or ou argent. Bien, il est important de réaliser ici qu’une hausse de la quantité de monnaie existante ne rend pas la société plus riche. Elle réduit simplement le pouvoir d’achat de chaque unité de monnaie.

Si, en imprimant de la monnaie-papier, on pouvait améliorer le sort de la société, alors demandez-vous : « pourquoi y a-t-il encore des pays pauvres dans le monde ? » Même les pays les plus cinglés du monde peuvent imprimer à volonté, n’importe quelle quantité de monnaie. Pourquoi y a-t-il encore un seul pauvre sur terre, si par simple augmentation de la quantité de monnaie existante on pouvait créer de la richesse ? Et la réponse est : c’est impossible.

Mais si on pose la question à n’importe quel banquier central dans le mode, ils croient tous en cette idée insensée qu’on lit dans les journaux tous les jours. « Quantitative Easing! » [assouplissement quantitatif !] Ceci ne signifie rien d’autre que : « On imprimera plus de monnaie et le pouvoir d’achat de chaque unité monétaire diminuera. » Mais en imprimant de la monnaie, si l’on ne peut rendre la société plus riche, on peut faire ceci : rendre plus riche ceux qui perçoivent cette monnaie en premier. Parce que ceux qui la perçoivent en premier peuvent encore acheter aux bas prix de la période précédente, et alors à mesure que la monnaie se diffuse dans l’économie et que les prix montent, ceux qui touchent la monnaie tardivement paient déjà des prix plus élevés pour tout.

Il y a donc une redistribution de revenus opérant, vers ceux percevant la monnaie en premier, qui en bénéficient, au détriment de ceux percevant la monnaie en dernier. Ceux-là sont les personnes à revenus fixes, par exemple. Si vous avez un revenu fixe, et que le pouvoir d’achat de la monnaie décline, alors vous êtes floué. Donc, qui perçoit la monnaie en premier ? La réponse est : ceux qui perçoivent la monnaie en premier sont les banques centrales qui l’impriment ! Puis les institutions étatiques. Et les premiers clients des banques centrales. Qui sont les grandes banques privées. Puis les clients des grandes banques privées. Mais ni vous ni moi ne sommes un de ceux-là.

Alors quand les gens se plaignent : « Oh, les inégalités de revenus ne font que croître ! » L’une des principales raisons en est précisément cette hausse constante de la quantité de monnaie existante. Puis, pour conclure l’histoire ici (et la monnaie nous renvoie encore à ce que j’ai dit avant sur la guerre et l’impérialisme), le pays le plus puissant est celui qui produit ce qu’on appelle la monnaie de réserve. Le dollar américain est la monnaie de réserve utilisée par presque tous les pays.

Les Américains, qui impriment des dollars, des dollars, des dollars et les autres pays, qui vendent des biens aux États-Unis, gagnant ainsi des dollars, ne dépensent pas toujours ces dollars pour acheter ou investir aux États-Unis. Ils les gardent en réserve, pour y adosser leurs propres monnaies. Les étrangers qui vendent des biens aux États-Unis sont payés avec du papier pour ainsi dire, et les Américains reçoivent des biens réels. La consommation américaine est donc largement financée par les gens des autres pays. Ce qu’on pourrait appeler de l’impérialisme monétaire.

Il reste encore aujourd’hui un problème, même pour les Américains. C’est que le dollar n’est pas la seule monnaie papier dans le monde. Il existe encore d’autres monnaies : l’Euro, le Yen japonais, le rouble russe… Et si les Américains devaient dépasser les bornes à l’imprimer la monnaie, le danger serait que les gens aillent vers d’autres monnaies. Il y a donc aussi une tendance à éliminer cette concurrence avec d’autres monnaies, et une de ces tentatives par exemple, un grand pas dans cette direction, fut l’établissement de l’Euro.

Avant que l’Euro fût établi, vers 2000, il y avait encore d’autres monnaies fortement concurrentes, comme le Mark allemand par exemple. Le Mark allemand n’était pas spécialement fort grâce à quelque vertu allemande, mais l’Allemagne avait deux fois souffert d’hyperinflation parce qu’elle avait perdu deux guerres. Et grâce à cette expérience, les Allemands étaient plus conscients de l’inflation, que l’inflation est le danger. À cause de cela, la banque centrale allemande était relativement modeste dans son impression de Marks. Les Américains n’aimaient pas cela. Et promurent l’établissement de la banque centrale européenne. Et au conseil d’administration de la banque centrale européenne siègent des Espagnols, des Italiens, des Grecs ; et tous ces pays ont la main lourde sur l’émission de monnaie. L’Euro est donc une monnaie bien plus faible que l’était le Mark auparavant. Et le mieux du point de vue des intérêts américains serait bien sûr que le monde entier accepte un étalon-dollar.

Encore une fois, on tend vers un pouvoir mondial, et on tend vers l’établissement d’une monnaie papier mondiale. Une monnaie papier mondiale serait bien sûr une monnaie plus inflationniste que tout ce que vous avez connu auparavant. Parce que s’il ne reste qu’une monnaie, on n’a plus la peur qu’elle se dévalue par rapport à d’autres, peur qui réduit la tentation d’en imprimer toujours plus. Je ne suis pas certain qu’au final on en viendra à cette monnaie mondiale, comme je ne suis pas certain qu’à la fin on en viendra à un État mondial. Mais pour comprendre le monde actuel, il faut être conscient que ces deux tendances sont en progression. Que des forces, des forces influentes, travaillent constamment dans cette direction.

 


Ce que je vous ai dit jusqu’ici est quelque peu similaire à la théorie marxiste du développement social et de l’histoire. Je me rends compte que vous êtes surtout des gens relativement jeunes, donc vous pourriez ne pas être bien versés dans la théorie marxiste. Je suis bien plus vieux que vous, je viens d’avoir 70 ans cette année, et j’ai eu une expérience de première main du communisme ; ma mère fut expropriée par les Russes en Allemagne de l’Est, je suis né en Allemagne de l’Ouest, mais la plupart de ma famille vivait à l’Est.

J’ai donc vu moi-même le chaos causé par le socialisme, l’appauvrissement sans espoir des gens. Et j’ai bien sûr étudié (j’étais de gauche dans ma jeunesse), j’ai étudié la théorie marxiste : j’en sais probablement plus que la plupart d’entre vous sur la théorie marxiste. Je veux vous faire percevoir une certaine similitude entre ce que je dis et ce que les marxistes disaient, et pointer du doigt ce qui fut leur erreur majeure.

La théorie marxiste est quelque chose… il y a une exploitation à l’œuvre, c’est l’exploitation par les capitalistes qui exploitent les travailleurs ! Cependant, il existait une théorie de l’exploitation et des classes bien avant Marx. C’était une théorie libérale, ou autrichienne, de l’exploitation. C’est-à-dire que les organisations qui exploitent sont les États. L’impôt est de l’exploitation. Les intérêts des travailleurs et des capitalistes sont en harmonie. Plus l’entreprise tourne bien, plus les salaires des travailleurs augmentent, c’est une association volontaire. Si un travailleur ne veut pas travailler pour elle, il n’a pas à travailler pour elle.

Mais l’exploitation existe dans ce monde. L’exploitation, c’est l’impôt. Et puis les marxistes [disent]… les entreprises se concentrent ! Les entreprises deviennent de plus en plus grosses jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une entreprise mondiale, pour ainsi dire. Oui, mais ce ne sont pas les entreprises qui grossissent. Ce sont les États qui grossissent. Une concentration se déroule en effet. Mais pas celle des entreprises, celle des États, dont la taille grandit toujours.

Que peut-on espérer ? On peut espérer un processus de décentralisation. En unités de plus en plus petites, dans la direction d’une société sans État. Complètement. Autrement dit, l’Union Européenne est un désastre. Le Brexit fut une bonne idée. L’Allemagne devrait se retirer. Les provinces d’Allemagne devraient se retirer. Dans de nombreux discours en Europe j’ai toujours, j’ai pour ainsi dire inventé l’expression : « Ce qu’il nous faut en Europe, c’est un millier de Liechtensteins. »

Le Liechtenstein a 36.000 habitants. Au Liechtenstein, le Prince permet aux six ou sept villages qui le composent de faire sécession, de devenir indépendants du Liechtenstein, ou de rejoindre l’Autriche, ou de rejoindre la Suisse. Ce qu’ils veulent. Pourquoi cela serait-il bon ? Pourquoi promouvoir des mouvements de sécession ou la décentralisation ? Parce que s’il faut avoir des États, et tant qu’il devra y avoir un État, il vaut mieux pour nous qu’il y en ait le plus possible, car alors ils devront se concurrencer pour garder leur population et éviter qu’elle déménage. Ils doivent correctement traiter leur peuple, sinon il disparaîtra purement et simplement.

De petits États sont aussi moins enclins à se lancer dans des conflits armés. De petits États sont presque obligés de consentir à de l’échange libre avec le reste du monde. Car imaginez qu’un État comme le Liechtenstein avec ses 36.000 habitants dise : « Nous prenons des mesures protectionnistes. Nous ne voulons plus que des biens étrangers entrent ici. » La population mourrait en une ou deux semaines. Ils sont obligés de se lancer dans le libre commerce.

Au contraire, si un énorme État comme les États-Unis disait : « Ok, nous construisons une sorte de mur commercial autour des États-Unis », cela abaisserait bien sûr le niveau de vie, mais pas aussi dramatiquement et pas aussi vite que pour de petits États, parce qu’il existe encore un marché intérieur conséquent. Les milliers et millions d’entreprises sur le territoire des États-Unis peuvent produire presque tout, peut-être pas aussi efficacement ni aussi rapidement ni aussi bien que s’ils commerçaient aussi avec le reste du monde. Mais ils pourraient s’en tirer pendant un moment.

Et comme dit plus haut, plus les États sont petits, plus il devient difficile pour les gens de jouer à « je vole mon voisin en votant pour ceci ou cela. » Parce que les gens se connaissent et qu’il y aurait plus de contrôle social. Donc, le but des libertariens sur la route d’une société complètement dépourvue d’État est : d’abord, de travailler le plus dur possible, avec les meilleurs arguments qu’il nous soit possible de trouver, à un processus de décentralisation, voire de sécession.

Merci beaucoup.>>

Hans-Hermann Hoppe

 


Notre équipe a traduit il y a quelques temps une conférence donnée en octobre 2019 par Hans-Hermann Hoppe, figure contemporaine de l’école autrichienne, que nous considérons comme majeure pour mieux comprendre le monde actuel et comment l’analyse praxéologique permet de lire l’histoire et les grandes tendances dans lesquelles nous devons être acteurs pour la Liberté.

Nous reproduisons ici le texte intégral de cette traduction, pour référence et pour commentaires éventuels.

L’Institut Mises France

 


 

 

 

 

 

 

 

 

juillet 29, 2022

La situation économique et financière des établissements de santé en 2020 (DREES juillet 2022)

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L’hôpital public revient timidement à l’équilibre budgétaire, les cliniques privées à but lucratif affichent un résultat net de 3%.

L’hôpital public, arrive tout juste à l’équilibre budgétaire. Comme on le voit (ligne noire), sur les 15 dernières années, l’hôpital public n’a été excédentaire qu’une fois. Le résultat financier (le coût de l’endettement) pèse lourdement sur sa situation.

 


 

 Évidemment, l’équilibre budgétaire n’est pas un but en soi. On voit ici que cela se paie en faiblesse de l’investissement (en baisse continument depuis 2009). On va voir à partir de l’année prochaine si les annonces du Ségur de la santé vont se retrouver dans les chiffres 



Autre indicateur inquiétant : le taux de vétusté des constructions (bâtiments) et des équipements (outil de travail au quotidien) qui ne cesse d’augmenter depuis 2010. En 2020, le taux de vétusté des équipements s’élève à plus de 80%.

 


Côté cliniques privées à but lucratif, le résultat net est positif (3%) et en hausse (de 0.9 point) proche à son maximum de 2014. Pendant que la crise du public focalise l’attention, le capital poursuit son développement.

 


La situation n’est cependant pas uniforme entre types d’établissement. Les cliniques de MCO affichent un résultat net de 2% tandis que les cliniques psychiatriques atteignent un résultat net de 7%. 

 


La dynamique d’investissement n’est pas plus vertueuse dans les cliniques qu'à l’hôpital public. L’effort d’investissement s’est effondré depuis 2006 passant de 10% à moins de 5% aujourd’hui. 

 

 

En conclusion, on pourrait rappeler que le financement de l'hôpital est beaucoup plus couteux par l'endettement que par la cotisation. Dans les années 1950/60, c'est la hausse du taux de cotisation qui permet de moderniser le système de santé, pas l'endettement.

Nicolas Da Silva

Économiste (Ass. prof.) - Université Paris 13 - CEPN Santé, sécurité sociale, capitalisme lafabrique.fr/la-bataille-deurlz.fr/f89E

  

juillet 21, 2022

Pensées et Marché en toute Liberté !

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Marché libre

Dans les théories économiques, un marché libre est un modèle économique idéal dans lequel les échanges sont libérés de toute mesure coercitive, y compris les interventions gouvernementales comme les tarifs, les taxes, et les régulations, à l'exception de celles qui autorisent la propriété privée des terres, des ressources naturelles 1) et du spectre de radiodiffusion, ainsi que la propriété intellectuelle, les entreprises et autres fictions légales.

La philosophie du laissez-faire économique en politique épouse approximativement ces conditions dans le monde réel en éliminant les tarifs, en minimisant et en simplifiant la taxation et en minimisant ou éliminant les règlementations étatiques et les restrictions telles que celles relevant du droit du travail (salaire minimum et conditions de travail, mais pas les lois qui restreignent l'organisation des travailleurs) ainsi que le monopole légal et les lois antitrust. Dans le domaine de l'économie politique, le « marché libre » est simplement le contraire conceptuel d'une économie dirigiste, dans laquelle tous les biens et services sont produits, tarifés et distribués sous la maîtrise de l'État.

1) Jerry Taylor, 1993, "The growing abundance of natural resources", In: David Boaz, Edward H. Crane, dir., "Market Liberalism: A Paradigm for the 21st Century", Washington, D.C.: Cato Institute, pp363-378

 

 


 

Pour un libre marché des idées

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Soucieux de santé publique, de justice sociale et de fraternité, les politiques croient devoir résoudre les problèmes de société, comme le racisme sur Twitter ou les discours de haine, par des interventions dans la vie privée et des réglementations de plus en plus contraignantes.

Les diverses tentatives de réduire Dieudonné au silence illustrent assez bien ce double discours de la société française. D’un côté, on protège par tous les moyens le droit d’un magazine satirique de se moquer de l’Islam, mais, de l’autre, les Musulmans n’ont pas le droit d’exprimer des opinions que d’autres peuvent considérer comme blessantes.

Bien sûr, le cas de Charlie Hebdo et celui de Dieudonné ne sont pas tout à fait comparables sur le plan moral. On a d’une part des caricatures qui se moquent de la foi religieuse et, de l’autre, des propos qui semblent soutenir le terroriste qui a tué des Juifs simplement parce qu’ils sont juifs. Néanmoins, l’arrestation de Dieudonné nous montre que les autorités françaises ne comprennent toujours pas ce que signifie vraiment la liberté d’expression, ni ce qu’elle implique.
Plus grave encore, les principales menaces contre la liberté d’expression proviennent non des fanatiques proclamés mais des autorités publiques elles-mêmes.

La loi devrait s’appliquer aux actions, non aux paroles


En effet, la France a fait voter certaines des lois les plus restrictives et les plus sévères dans l’Union européenne, concernant les discours de haine et la négation de l’Holocauste. La loi Pleven par exemple (1972) a introduit le délit de provocation à la haine et à la discrimination. La loi Gayssot (1990) a créé un délit d’opinion sur la Shoah, ce qui est contradictoire avec le concept même de science, car la science remet en cause par nature les certitudes précédemment acquises.

Or, ces lois françaises ont en commun de sanctionner des paroles et non des actes criminels. Mais alors, comment prouver que des personnes ont bien subi un tort ? Qu’est-ce que la haine ? Il s’agit d’un sentiment flou, comme l’amour, la joie ou la tristesse. Un sentiment est subjectif, il ne se voit pas et, par conséquent, il est un délit impossible à prouver.
Des règles générales de droit commun sont bien sûr nécessaires pour protéger et renforcer l’exercice de la liberté individuelle. Sans cette infrastructure juridique qui rend possible la coexistence pacifique des libertés, la société ouverte demeure sans consistance. Et c’est bien pourquoi la perversion de la loi, soulignait déjà Frédéric Bastiat en 1850, est la source de la plupart des maux sociaux dont nous souffrons. C’est toujours aussi vrai aujourd’hui. Rappelons le rôle de la Loi. Frédéric Bastiat énonçait que :

« La Loi, c’est l’organisation du Droit naturel de légitime défense ; c’est la substitution de la force collective aux forces individuelles […] pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice. (La Loi, 1850).

Le libéralisme est une philosophie politique qui détermine quand l’usage de la contrainte juridique est justifié ou pas. La prémisse fondamentale de cette philosophie est le principe de non-agression : il n’est pas légitime de se livrer à une agression contre des non-agresseurs. Le terme agression est entendu ici au sens fort d’un usage de la violence physique (et non verbale) contre la personne ou les biens, telle que celle qui s’exerce dans le meurtre, le viol, le vol ou le kidnapping. Aucune parole, aucun discours ni aucune insulte ne peut être assimilé à une agression physique. Les mots ne tuent pas, même s’ils sont stupides, méchants, haineux ou vulgaires. La parole n’engage jamais définitivement celui qui l’émet. À l’inverse, le passage à l’acte est irréversible, il ferme la discussion. Mais, dans l’échange des opinions, tout reste ouvert, tout peut changer. De plus, le préjudice subi par des paroles n’est pas objectivement constatable ni mesurable, comme un préjudice matériel. Aucun lien causal entre une parole et un acte ne peut être démontré. Aucun caractère intrinsèquement nuisible ne peut être attribué à un propos.
C’est pourquoi, une distinction doit clairement être établie entre la parole et l’action. Dire quelque chose n’est pas la même chose qu’agir.

En brouillant cette distinction, on accrédite l’idée que les individus réagissent comme des automates à des mots. Pourtant, ils ne sont pas des robots. Ils pensent et peuvent agir sur leurs pensées et leurs raisonnements. Les mots ont certainement un impact sur le monde réel, mais cet impact n’est pas mécanique. Les mêmes idées sur différents individus auront des conséquences différentes.

Bien sûr, la parole peut appeler l’action et il peut exister des circonstances dans lesquelles il y a un lien direct entre la parole et l’action, par exemple lorsque les mots d’un individu conduisent immédiatement d’autres individus à commettre des violences. Encore faut-il qu’une telle incitation soit bien définie comme un appel à l’agression physique. En effet, la menace d’agression et l’appel à l’agression sont assimilables à des agressions, ce ne sont plus des opinions. C’est là que les institutions doivent être fortes et que la loi doit jouer son rôle de défense des personnes et de leurs droits. Mais aucune pensée en elle-même, y compris des pensées racistes, ne devrait être interdite par la loi. Oui, le racisme est un mal social pernicieux qui doit être combattu. Mais non, on ne lutte pas contre le racisme en interdisant aux opinions racistes de s’exprimer. On les combat par la parole. On ne répond à des opinions que par des opinions. Et on réprime les actes.
Mais la justice n’est fondée à se prononcer que sur un acte extérieur et sur son lien de causalité avec un dommage. Si on sort de ce cadre juridique, on entre dans la police de la pensée et le contrôle des esprits. Comme l’écrit John Stuart Mill :

« Les seules mesures que la société est justifiée à prendre pour exprimer sa répulsion ou sa désapprobation pour un tel comportement sont les conseils, l’instruction, la persuasion, et la cessation de la fréquentation de l’individu par ceux qui l’estimeraient nécessaire pour leur propre bien (De la liberté)

Une société ouverte implique un libre marché des idées


Le concept de libre marché des idées est un concept philosophique ancien. On le trouve déjà dans la défense de la liberté d’imprimer formulée par John Milton dans son Areopagitica en 1644, puis chez Turgot, dans ses Lettres sur la tolérance civile (1754), chez Benjamin Constant dans ses Réfexions sur les Constitutions et les Garanties (1814), dans le plaidoyer de John Stuart Mill en faveur de la liberté de pensée et de discussion dans De la liberté (1859), et enfin dans le concept popperien de « discussion critique » au sein de l’espace public, dans La société ouverte et ses ennemis (1945).

Le principe est le suivant : la mise en œuvre d’une politique de « laissez-faire », fondée sur la protection de la liberté d’expression, est non seulement plus conforme à la dignité humaine, mais conduit également, par le jeu de la concurrence, à un résultat optimal pour tous, la sélection des opinions les plus justes.

Ce libre marché des idées est justifié pour au moins trois raisons que nous allons développer successivement. 

1° Une raison morale d’abord, c’est la plus fondamentale. 

2° Une raison épistémologique ensuite. 

3° Une raison de prudence politique enfin. Puis nous répondrons à la question des limites de la liberté d’expression.

 
De l’impératif moral du libre marché des idées

Il serait faux de prendre la liberté pour une valeur comme une autre. C’est la condition de possibilité de toute valeur. Il ne saurait y avoir de responsabilité morale, de vice ou de vertu sans liberté de choisir et de penser par soi-même. Aucun acte contraint n’est moral. Aristote et Thomas d’Aquin à sa suite l’ont posé comme un principe fondamental de leur éthique : « un acte accompli sous la contrainte ne peut entraîner aucun mérite ni aucun blâme. » Un agent ne peut être vertueux qu’à la condition de savoir ce qu’il fait et d’agir sans contrainte.

Selon Benjamin Constant, le premier intérêt et le premier droit de l’individu, c’est de pouvoir librement développer ses facultés propres. Et le moyen le plus conforme à sa dignité, pour assurer ce développement, c’est de permettre à l’individu de se gouverner lui-même, à ses risques et périls, tant qu’il n’empiète pas sur le droit égal d’autrui. Or, assurer ce libre développement, c’est justement le but des diverses libertés qui constituent les droits individuels : en ne les respectant pas, la société politique manque à sa mission essentielle, et l’État perd sa première et principale raison d’être.
John Stuart Mill a écrit avec justesse que nos idées, sans la possibilité de se confronter à d’autres ou d’être publiquement contestées, deviennent des dogmes morts. Le prix de cette censure est « le sacrifice de tout le courage moral de l’esprit humain ». Mill insiste sur le fait que les « facultés humaines de la perception, du jugement, du discernement, de l’activité intellectuelle, et même la préférence morale, ne s’exercent qu’en faisant un choix. Celui qui n’agit que suivant la coutume ne fait pas de choix. Il n’apprend nullement à discerner ou à désirer ce qui vaut mieux ».

Si la vérité constitue un bien pour tous les hommes, la liberté constitue une condition nécessaire à la réalisation de cette fin. La liberté d’expression en particulier est un principe politique qui permet d’assurer les conditions individuelles nécessaires à la recherche de la vérité et de la perfection morale. Le souci moral de la vérité si souvent invoqué par les interventions étatiques en matière d’expression publique ne s’oppose pas en réalité au droit individuel de libre expression, mais le fonde au contraire.

De l’utilité du libre marché des idées

L’argument que je voudrais développer ensuite est celui de l’efficacité épistémologique : le libre échange des idées est le meilleur moyen de faire émerger la vérité.

Mais il y a une grande différence entre la tolérance, qui consiste à ne pas faire usage de la coercition à l’encontre des autres religions, et le libre marché des idées, qui consiste à reconnaître que le pluralisme intellectuel, religieux et politique est le facteur agissant d’un ordre social supérieur. La compréhension libérale de la liberté consiste à affirmer que celle-ci est créatrice d’un ordre supérieur. Il s’agit d’un ordre spontané ou auto-organisé.

La compréhension ancienne de la liberté consistait à opposer la liberté à l’ordre. Il fallait donc subordonner la liberté individuelle à un principe hiérarchique et directif. Au contraire, la libre interaction des penseurs, des chercheurs et des agents économiques, indépendante d’une autorité centrale discrétionnaire, agissant par-delà les communautés religieuses, les corporations, les pays, a été la raison principale de la croissance de l’Occident depuis l’ère des révolutions.

Comme le note le professeur Philippe Nemo dans Histoire du Libéralisme en Europe, « jusqu’à ce développement majeur, on pensait la Liberté comme le principe directement antinomique de l’ordre. La Liberté individuelle était censée nuire à l’autorité hiérarchique dont elle désorganisait les plans ou au groupe naturel qu’elle désagrégeait. Les penseurs des temps modernes ont donc compris qu’il existe un autre type d’ordre, au-delà des ordres ‘naturel’ et ‘artificiel’ identifiés depuis les Grecs : l’ordre spontané, un ordre qui vit de Liberté au lieu d’être détruit par elle. »
L’optimisme de Mill sur la liberté d’opinion, non réglementée, a parfois été qualifié de déraisonnable ou de naïf. Certains ont objecté, s’appuyant sur une version relativiste ou contextualiste, que la vérité n’est pas une réalité objective préexistante qu’il suffirait de découvrir. D’autres ont dit que les individus n’étaient pas assez rationnels pour être à même de discuter ouvertement et pacifiquement avec les autres.

Mais même en admettant ces hypothèses, le libre échange des idées apparaît encore largement comme le moins inefficace des moyens disponibles pour se prémunir contre l’erreur. En effet, aucun homme, aussi savant soit-il, n’est infaillible, a fortiori un homme politique. Karl Popper écrivait que les gouvernants « ne sont pas toujours capables et sages […] l’histoire a montré que ce sont rarement des hommes supérieurs ». Et il ajoutait : « aucune autorité humaine ne saurait instituer la vérité par décret […] car celle-ci transcende l’autorité humaine. » (Des sources de la connaissance et de l’ignorance)

La seule bonne méthode consiste donc à partir de l’idée que nous pouvons commettre des erreurs et les corriger nous-mêmes ou permettre aux autres de les corriger en acceptant leurs critiques. Elle suppose que nul ne peut se juger lui-même, et que croire en la raison n’est pas seulement croire en la nôtre, mais aussi et peut-être surtout en celle d’autrui. Elle est ainsi consciente de la faillibilité de toutes nos théories et essaie de les remplacer par de meilleures.
Cette conception de la vérité repose sur l’idée qu’on ne progresse vers la vérité qu’en renonçant à la certitude selon une démarche négative de réfutation des hypothèses. C’est par la critique de nos erreurs et de nos fausses certitudes que l’on s’approche de la vérité.

« Nos tentatives pour saisir et découvrir la vérité ne présentent pas un caractère définitif mais sont susceptibles de perfectionnement, notre savoir, notre corps de doctrine sont de nature conjecturale, ils sont faits de suppositions, d’hypothèses, et non de vérités certaines et dernières. Les seuls moyens dont nous disposons pour approcher la vérité sont la critique et la discussion. » (Karl Popper, Conjectures et Réfutations. Retour aux présocratiques, Payot, 2006).

 

Des effets pervers de la censure


La troisième raison de préférer le libre échange des opinions à la censure est une raison politique ou prudentielle. Il convient de souligner les risques de conflits et de violences associés à toute forme de censure. En effet, rendre certaines idées immorales sans se soucier de les contester philosophiquement et politiquement peut s’avérer très dangereux. Car en interdisant les propos haineux, on ne supprime pas la haine raciale ou religieuse. Au contraire, on l’exacerbe en la rendant plus souterraine, plus insidieuse et donc plus difficile encore à combattre.
Par ailleurs, la tendance actuelle à restreindre la liberté d’expression, au nom de l’intérêt général, risque fort de se transformer en outil politique pour réduire au silence toute forme d’opposition ou de dissidence. Les États peuvent facilement tirer parti de ces évolutions juridiques comme d’un prétexte pour combattre l’expression de critiques contre leurs gouvernements.

Prenons l’exemple américain : le Patriot Act, voté suite aux attentats du 11 septembre 2001. De la même manière que notre loi de programmation militaire, la liberté des Américains a été restreinte. Le plus de sécurité s’est soldé par moins de liberté… et c’est tout.

Preuve horrible s’il en est, les attentats de Boston n’ont pu être empêchés malgré la surveillance généralisée par les agences gouvernementales. Pire, le gouvernement américain s’est octroyé le droit d’utiliser la loi hors du cadre du terrorisme. En 2013, sur les 11.129 demandes de perquisitions sur la base du Patriot Act, seules 51 visaient des suspects d’actes terroristes. John Stuart Mill faisait remarquer qu’il est très facile d’utiliser une réglementation, a priori inoffensive, pour réduire au silence un adversaire politique. En effet, il est impossible de tracer une frontière a priori entre ce qui est jugé modéré et ce qui ne l’est pas : « Il convient de se tourner un instant vers ceux qui disent qu’on peut permettre d’exprimer librement toute opinion, pourvu qu’on le fasse avec mesure, et qu’on ne dépasse pas les bornes de la discussion loyale. On pourrait en dire long sur l’impossibilité de fixer avec certitude ces bornes supposées ; car si le critère est le degré d’offense éprouvé par ceux dont les opinions sont attaquées, l’expérience me paraît démontrer que l’offense existe dès que l’attaque est éloquente et puissante : ils accuseront donc de manquer de modération tout adversaire qui les mettra dans l’embarras. » Encore une fois, l’enfer est pavé de bonnes intentions…
Des limites de la liberté d’expression

1° – L’État ne doit-il pas moraliser la vie publique ?

La moralisation de la vie publique n’est souvent envisagée que par le biais de la loi. Mais n’oublions pas que la loi, c’est l’usage de la force. Le rôle de la loi est simplement de réprimer les agressions, les violences, pas de décider qui, ni quand, ni comment on a le droit de s’exprimer.

En revanche, il y a des règles de civilité qui émergent des pratiques et des coutumes. Ceux qui ne les respectent pas s’exposent au jugement et au blâme du public. C’est de cette manière que Benjamin Constant envisageait la régulation du débat public dans ses Réflexions sur les constitutions et les Garanties :

« Les principes qui doivent diriger un gouvernement juste sur cette question importante sont simples et clairs : que les auteurs soient responsables de leurs écrits, quand ils sont publiés, comme tout homme l’est de ses paroles, quand elles sont prononcées ; de ses actions, quand elles sont commises. L’orateur qui prêcherait le viol, le meurtre ou le pillage, serait puni de ses discours ; mais vous n’imagineriez pas de défendre à tous les citoyens de parler, de peur que l’un d’entre eux ne prêchât le vol ou le meurtre. L’homme qui abuserait de la faculté de marcher pour forcer la porte de ses voisins, se serait pas admis à réclamer la liberté de la promenade ; mais vous ne feriez pas de loi pour que personne n’allât dans les rues, de peur qu’on entrât dans les maisons. » (De la liberté de la presse)

 

2° – Le droit de propriété, seule limite intrinsèque légitime


En fait, la liberté d’expression est intrinsèquement limitée par le respect du droit de propriété. Cela signifie par exemple que j’ai le droit d’empêcher un homme de coller une affiche sur le mur de ma maison. J’ai le droit de proclamer les opinions qui me tiennent à cœur dans mon journal, sur mon blog, dans mon espace privé. J’exerce mon droit de propriété. Un éditeur ou un groupe de presse est maître de ses choix éditoriaux et de ses publications. Un chef d’entreprise ou un directeur d’école est maître du règlement intérieur de son établissement. Quand on y entre, on accepte ce règlement, sous peine de sanctions. Même chose sur un blog ou un site internet. Chacun peut édicter un règlement en vertu duquel il s’engage à censurer tel ou tel propos jugé déplacé. Autrement dit, dans une société libre, on a le droit de tout dire dans la limite des engagements contractuels que l’on a pris et du respect du droit de propriété. Bien entendu, encore faut-il que l’espace public n’envahisse pas la sphère privée. Lorsque l’État s’approprie tout l’espace, au nom de l’intérêt général, il devient difficile, voire impossible d’exercer un quelconque droit de propriété et, par suite, une liberté d’expression.

Conclusion
Il existe de bonnes raisons de croire qu’un environnement libre de toute censure permet non seulement de meilleurs jugements, mais aussi de meilleures personnes, c’est-à-dire des personnes capables d’une plus grande responsabilité morale. Si la libre compétition entre idées concurrentes constitue, d’un point de vue à la fois moral, épistémologique et prudentiel, le meilleur moyen de découvrir la vérité, alors il faut rejeter toutes les interférences étatiques dans le débat public et la communication des idées. L’une des leçons à retenir de la lecture des grands textes libéraux de Tocqueville, de John Stuart Mill, de Benjamin Constant, c’est que les excès de la liberté se combattent par la liberté. Des personnes font certainement un mauvais usage de leur liberté. Mais la réponse à ces abus, c’est toujours d’ouvrir l’espace public de la discussion afin de laisser émerger des critiques, des arguments, des raisons.

Dans l’introduction et le chapitre 10 de La Société ouverte et ses ennemis, Popper indique que la société ouverte se caractérise par un nouveau principe d’organisation sociale basé sur « le primat de la responsabilité individuelle, du libre examen rationnel et critique, qui exige des efforts sur soi-même pour vivre en libre individu dans des rapports pacifiés et détribalisés aux autres. » Une condition de la société ouverte est donc l’institutionnalisation de la critique, qui exige une extension maximale de la liberté d’expression dans la sphère publique.


Chapitre extrait du livre : Libéralisme et liberté d’expression, sous la direction d’Henri Lepage, éditions Texquis, 2015.

juillet 09, 2022

L'OLIGARCHIE !! voilà notre problème de fond...

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 L'OLIGARCHIE

La véritable l'oligarchie se sont nos hauts fonctionnaires. Exploiteurs à vie de sinécure et irresponsables ils sont indélogeables. Avec le soutien des bureaucrates ils tiennent en laisse le Politique de passage incapable de s'imposer ! La connivence des profiteurs !  (Pascal Beuvelet

Pareil a l'échelon UE (ceux la sont détaxés, en plus comme si le reste ne suffisait pas) (Nicolas de Cuse)

 

L'oligarchie (du grec ὀλιγαρχία, de ὀλίγος, peu nombreux, et ἄρχω, commandement) est une forme de gouvernement où le pouvoir repose effectivement sur un petit nombre de personnes. 

Le sociologue italien Robert Michels (élève de Max Weber) formula une "loi d'airain de l'oligarchie", selon laquelle toute organisation politique aboutit à une division entre une minorité dirigeante et une majorité dirigée, la démocratie n'étant ainsi qu'une illusion :

«  Qui dit organisation dit tendance à l’oligarchie. Dans chaque organisation, qu’il s’agisse d’un parti, d’une union de métier, etc., le penchant aristocratique se manifeste d’une façon très prononcée. Le mécanisme de l’organisation, en même temps qu’il donne à celle-ci une structure solide, provoque dans la masse organisée de graves changements. Il intervertit complètement les positions respectives des chefs et de la masse. L’organisation a pour effet de diviser tout parti ou tout syndicat professionnel en une minorité dirigeante et une majorité dirigée. »

    — Robert Michels, Les Partis Politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties

Bertrand de Jouvenel rappelle que « le Pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles. » (Du Pouvoir, 1945)

Le marxisme-léninisme, malgré sa prétention à représenter la classe ouvrière, est une illustration de la prise du pouvoir par une oligarchie en URSS : le concept léniniste d'"unité de la volonté" et le centralisme démocratique conduisent inéluctablement à un pouvoir oligarchique dictatorial confié à ceux qui sont à la tête du parti. Cette nécessité de l'"unité de la volonté" se retrouve également dans les partis démocratiques, ce qui avantage les professionnels de la manipulation de la parole et des combines partisanes au détriment des simples militants.

Pour Mencius Moldbug, tous les États occidentaux sont devenus des "oligarchies bureaucratiques", la démocratie ne pouvant, en pratique, qu'osciller entre une oligarchie pratiquant l'auto-sélection et une ochlocratie (la loi de la masse). 

Citations

  • Le gouvernement par une élite est peut-être inévitable. Mais cela ne signifie pas que l'on doive jeter l'illusion d'une démocratie pure dans les poubelles de l'histoire. Au contraire, la loi d'airain de l'oligarchie elle-même fournit la meilleure raison de conserver vivante l'illusion démocratique. Le pragmatisme américain a depuis longtemps reconnu qu'une idée peut être une illusion et cependant jouer un rôle vital et très positif pour motiver les gens à agir selon elle. (Lee Harris)
  • Le but d'un homme d'État n'est pas de supprimer les sources de son pouvoir, mais bien au contraire de les augmenter et de les concentrer dans les mains de quelques-uns. (Bertrand Lemennicier)
  • Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. (Frédéric Bastiat, La Loi)
  • L’État est le plus beau type de l’égoïsme individuel, et ce serait un leurre de croire, en nos temps où le gouvernement se proclame émané du peuple, que les deux volontés populaire et gouvernementale soient coïncidantes. Il est manifeste que l’État a une volonté distincte, absolument propre et d’autant plus puissante qu’elle est plus individuelle ; car si elle n’était que la moyenne des volontés individuelles, elle serait quelque chose d’indéterminé, d’essentiellement fluctuant, indécis, et qui aboutirait à l’immobilité. Il a une volonté d’individu, parce que, derrière le concept État, il y a effectivement des oligarques en nombre déterminé qui lui donnent sa vie réelle. (Henri Lasvignes, Max Stirner)
  • Tout pouvoir politique institue nécessairement une cheiristocratie, pouvoir détenu par les pires éléments de la société, les plus parasites, les plus manipulateurs, les plus dénués de scrupules, etc. Pour autant qu'on pourra appeler les membres de la classe dominante une “aristocratie”, ce sera donc une aristocratie du parasitisme politique. (Faré)
  • Qu’on soit en monarchie, ou en démocratie, peu importe. C’est toujours une oligarchie qui est maîtresse. Parler d’une démocratie véritable, c’est parler d’une sphère carrée, d’un bâton sans bout. (Georges Palante, Combat pour l’individu)

 Source: https://www.wikiberal.org/wiki/Oligarchie

              https://en.wikipedia.org/wiki/Oligarchy

 


 

PLOUTOCRATIE 

La ploutocratie désigne un système politique dans lequel la puissance financière et économique est prépondérante, dans lequel la haute finance exerce un pouvoir souverain. Par métonymie, cela désigne aussi l'ensemble des personnes qui détiennent le pouvoir du fait de leur richesse.  

La ploutocratie n'est qu'un cas particulier de l'étatisme. En effet, ce que les libéraux nomment « étatisme » est l'action de l'État en dehors de sa sphère régalienne légitime (pour le respect du droit), ou au contraire son absence d'action alors que le droit est bafoué. Cette action (ou inaction) illégitime a toujours pour but de favoriser les uns aux dépens des autres. Quand ce sont les plus riches qui sont ainsi favorisés, cette forme d'étatisme se nomme ploutocratie. Qu'il s'agisse de corruption des gouvernants par la finance ou d'intrusion de la finance aux postes de commandement, la ploutocratie n'existe que par l'action de l’État, la coercition étant mise au service d'une oligarchie.

La collusion entre le pouvoir gouvernemental et le pouvoir financier est un phénomène fréquent, déjà dénoncé par Ludwig von Mises dans L'Action humaine. Toutefois, dans son œuvre il fustige fréquemment l'emploi du terme « ploutocrate » par les Nazis, les fascistes et les communistes pour qualifier la classe des gens riches. La richesse n'est condamnable que si elle est mal acquise, et « derrière chaque fortune mal acquise on trouvera toujours un homme de l'État » (François Guillaumat).

Un bon exemple de l'évolution des sociétés étatisées vers une sorte de ploutocratie est fourni par la crise financière de 2007-2008 : les États ont renfloué les banques sous prétexte de too big to fail, ce que les libéraux ont condamné :

«  Les banquiers et financiers n’ont pas gagné d’argent en mettant leur capital en risque (la base du libéralisme) mais en achetant la complicité des gens au pouvoir, ce qui n’a rien à voir avec le libéralisme et tout avec le social-clientélisme, cette horrible maladie de la démocratie. »
    — Charles Gave

«  Cette crise, c'est une crise du socialisme plutôt que du capitalisme : on vient au secours des banquiers systématiquement et avec de l'argent public ; ce n'est pas le fonctionnement normal du capitalisme. »
    — Olivier Delamarche

Dans une société vraiment libérale, où l'on ne peut échapper à sa responsabilité, la seule possibilité aurait été la faillite.

On peut d'ailleurs remarquer que l'évolution vers la ploutocratie est une pente naturelle d'un grand nombre de démocraties, sans même qu'il s'agisse pour autant de corruption directe : la tendance de l'homme politique à faire des cadeaux à son électorat (conformément au théorème de l'électeur médian) le pousse à accroître la dette publique, et à mettre petit à petit l’État sous la coupe des marchés financiers dont il dépend de plus en plus pour équilibrer ses budgets. Ainsi s'expliquent les privilèges accordés à une oligarchie financière (législation accommodante, renflouements sous prétexte de too big to fail, capitalisme de connivence, répression financière, etc.). 

Citations

  • Il y a des gens riches, appartenant principalement à la classe dirigeante, contrôlant l’appareil d’État ou liés au monde de la banque et du « big business » qui ont bénéficié indirectement de la confiscation, du vol et de la fraude. On ne doit pas laisser ces personnes tranquilles, mais les condamner comme des gangsters. (Hans-Hermann Hoppe, interview pour Philosophie Magazine, mars 2011)
  • Les véritables élites qui gouvernent - celles qui choisissent et contrôlent qui doit devenir président, Premier ministre, chef de parti, etc. -, ce sont les ploutocrates. Ces ploutocrates ne sont pas simplement des gens extrêmement fortunés, de grands banquiers et des patrons de grandes entreprises commerciales ou industrielles. Non : les ploutocrates sont un groupe bien particulier de cette classe de super-riches. Ce sont ces grands banquiers et hommes d'affaires très riches ayant pris conscience de l'énorme potentiel de l’État comme institution pouvant éventuellement taxer et légiférer pour leur permettre de s'enrichir encore davantage à l'avenir, et qui - sur la base de ce constat - ont décidé de mettre pied sur le terrain de la politique. Ils ont compris que l'État peut les rendre plus riches qu'ils ne le sont, que ce soit par des subventions, par l'obtention de contrats publics, ou par la promulgation de lois les protégeant contre tout concurrent ou concurrence potentielle. (Hans-Hermann Hoppe)
  • Un ploutocrate est un homme qui, disposant du capital et du pouvoir que celui-ci permet, en fait une utilisation non pas industrielle, mais politique : au lieu d'employer des ouvriers, il fait appel à des lobbyistes. (William Graham Sumner)
  • Les ploutocrates, tels que définis par le grand mais trop souvent oublié sociologue américain William Graham Sumner, ne sont pas juste les super-riches : les grands banquiers et les capitaines de grandes entreprises et d’industries. Plutôt, les ploutocrates ne sont qu’une sous-classe des super riches. Ce sont ces grands banquiers et hommes d’affaires super riches, qui ont réalisé l’énorme potentiel de l’État en tant qu’institution capable de taxer et légiférer pour leur encore plus grand enrichissement futur et qui, sur la base de cette compréhension, ont décidé de se lancer en politique. Ils se rendent compte que l’État peut rendre bien plus riche qu’on ne l’est déjà : que ce soit en subventionnant, en attribuant des contrats d’État ou en adoptant des lois qui protègent contre une concurrence ou des concurrents indésirables, et ils décident alors d’utiliser leurs richesses pour s’emparer de l’État, et utiliser la politique comme moyen pour leur but de s’enrichir davantage (plutôt que de s’enrichir seulement par des moyens économiques, c.-à-d. en servant mieux ses clients volontaires et payant pour ses propres produits). (Hans-Hermann Hoppe, Une brève histoire de l’Homme)
  • Une ploutocratie a pris le pouvoir dans nos Démocraties et l’exerce pour préserver ses rentes. Dans ce système, les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Cela amène toujours a une révolte des damnés de la terre comme on l’a fort bien vu au moment de la chute du mur de Berlin. Les peuples, un jour, vont donc reprendre le contrôle de leurs destinées et virer les élites incompétentes et corrompues qui les ont amenés dans la situation actuelle. (Charles Gave, 24/11/2014)
  • La ploutocratie a inventé d'innombrables expédients, tels que générer une énorme dette publique dont les ploutocrates savent qu'ils ne pourront jamais la rembourser, des taxes sur le capital, des impôts qui épuisent les revenus de ceux qui ne spéculent pas, des lois somptuaires qui se sont historiquement révélées inutiles, et d'autres mesures similaires. Le principal but de chacune de ces mesures est de tromper les multitudes. (Vilfredo Pareto)
  • Quand je reconsidère ou que j’observe les États aujourd’hui florissants, je n’y vois, Dieu me pardonne, qu’une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous couleur de gérer l’État. Il n’est pas de moyen, pas de machination qu’ils n’inventent pour conserver d’abord et mettre en sûreté ce qu’ils ont acquis par leurs vilains procédés, et ensuite pour user et abuser de la peine des pauvres en la payant le moins possible. Dès que les riches ont une fois décidé de faire adopter ces pratiques par l’État — qui comprend les pauvres aussi bien qu’eux-mêmes — elles prennent du coup force de loi. (Thomas More, L’Utopie)

Source: https://www.wikiberal.org/wiki/Ploutocratie



La politique internationale de l’oligarchie mondiale

 La nouvelle politique internationale à l’ère de « l’éveil politique » des peuples du Sud.

La révolution technologique a donc mené à une réalité géopolitique antagonique et conflictuelle où deux phénomènes sont diamétralement opposés : jamais auparavant les humains n’ont été si sensibilisés aux questions de pouvoir, d’exploitation, d’impérialisme et de domination. Au même moment, les élites n’ont jamais été à ce point trans-nationalisées et axées sur la mondialisation, tout en possédant la capacité d’imposer un tel système de despotisme scientifique et d’oppression politique bel et bien mondial. Voilà les deux principales réalités géopolitiques d’aujourd’hui. Réfléchissez-y. Jamais de son histoire l’humanité n’a été aussi en mesure de parvenir à un réel éveil planétaire politique et psychosocial, ni aussi menacée d’être soumise à un réel totalitarisme scientifique mondial, possiblement plus oppressif qu’aucun autre système connu à ce jour et sans aucun doute technologiquement plus à même d’imposer un despotisme permanent à l’humanité. Nous sommes donc pleins d’espoir, mais conditionnés par l’urgence. Jamais dans l’histoire de l’humanité le potentiel et les répercussions des idées et des actions humaines n’ont été aussi monumentaux.

Soudainement, les élites du monde sont confrontées à la réalité suivante : les populations qu’elles cherchent à dominer deviennent de plus en plus conscientes d’elles-mêmes et développent une conscience mondiale. Par conséquent, une population soumise à la domination en Afrique est apte à prendre connaissance d’une population subissant les mêmes types de domination au Moyen-Orient, en Amérique du Sud ou en Asie. Elles peuvent également reconnaître qu’elles sont toutes dominées par les mêmes structures de pouvoir mondiales et cela est crucial : il n’y a pas que la portée de l’éveil qui soit planétaire, sa nature l’est aussi. Il forge une conscience de la condition mondiale chez l’individu. Il s’agit donc d’un « éveil mondial » à la fois sur le plan de l’environnement externe et sur celui de la psychologie individuelle.

Cette nouvelle réalité planétaire, combinée au fait que la population mondiale n’a jamais été si vaste, représente un défi pour les élites cherchant à dominer les peuples dans le monde entier, lesquels sont informés et conscients des inégalités sociales, de la guerre, de la pauvreté, de l’exploitation, du manque de respect de l’impérialisme et de la domination. Cela implique d’emblée que ces population seront significativement plus difficiles à contrôler sur les plans économique, politique, social, psychologique et spirituel. Ainsi, du point de vue de l’oligarchie mondiale, la seule façon d’imposer l’ordre et le contrôle à cette condition humaine unique et historique est par le biais du chaos organisé des crises économiques, de la guerre et l’expansion rapide ainsi que l’institutionnalisation d’une dictature scientifique mondiale. Notre espoir est leur crainte. Et notre plus grande crainte est leur seul espoir.

Comme l’a écrit un jour Charles Dickens « C’était la meilleure des époques, et la pire » Cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui.

Cet article était la première partie d’une trilogie : « La révolution technologique et l’avenir de la liberté. »

La deuxième partie (disponible uniquement en anglais)examine la nature de l’éveil mondial en « Occident », particulièrement aux États-Unis, le potentiel révolutionnaire que renferme cet éveil, ainsi que les systèmes étatiques de contrôle et d’oppression développés pour y faire face, notamment la création d’un État de sécurité nationale.

La dernière partie (disponible uniquement en anglais) aborde l’évolution de l’idée d’une dictature scientifique et sa réalité, l’impact de la révolution technologique sur le pouvoir et l’émergence de nouveaux systèmes de contrôle social fondés sur l’application moderne de l’eugénisme.

Article original en anglais, The Global Political Awakening and the New World Order, The Technological Revolution and the Future of Freedom, Part 1, publié le 24 juin 2010.

 Source: https://reporterre.net/La-politique-internationale-de-l

 

 

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