La France perd le marché algérien du blé, près d’un milliard d’euros, au
profit de la Russie. Une crise issue d’un échec diplomatique, qui
frappe durement les paysans français.
L’Algérie a récemment décidé de cesser d’importer du blé français, une
décision qui a des répercussions économiques significatives pour le
secteur agricole français. Selon un reportage de BFMTV diffusé le 16
septembre 2025, cette mesure s’inscrit dans un contexte de détérioration
des relations diplomatiques entre les deux pays, aggravées par des
choix politiques français. Ces choix, notamment l’arrestation de
l’écrivain Boualem Sansal et le soutien à un plan concernant le Sahara
occidental, ont conduit à une escalade des tensions, rendant inévitable
une cassure diplomatique et économique.
L’arrestation de Boualem Sansal, un écrivain franco-algérien proche du CRIF,
qui compare Israël à « un village gaulois » résistant aux invasions.
Des sources algériennes l’accusent d’être un « agent caché d’Israël » ou
du Mossad, avec une vidéo de 2012 (diffusée en janvier 2025) le
montrant évoquer sa rencontre avec Netanyahou. Sansal a été condamné à
cinq ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, comme rapporté
par France 24 le 27 mars 2025. Cette action a été perçue comme une
ingérence directe dans les affaires internes de l’Algérie. Par ailleurs,
le soutien de la France à un plan pour le Sahara occidental, exprimé
par Emmanuel Macron dans une lettre au roi Mohammed VI en juillet 2024, a
été vu comme une trahison par l’Algérie, qui soutient le mouvement
d’indépendance sahraoui. Ces décisions, prises sans privilégier la
diplomatie, ont directement contribué à la détérioration des relations.
Les paysans français face à une crise sans précédent
Les chiffres sont éloquents. En 2019, les exportations de blé français vers l’Algérie représentaient environ 1 milliard d’euros,
selon des données compilées et citées dans le reportage de BFMTV.
Aujourd’hui, ces exportations sont pratiquement nulles. Jean-François
Lépy, directeur général de Soufflet Negoce déclaré :
« Je suis installé depuis 2006 et je n’ai jamais connu une crise aussi importante. »
En 2021, l’Algérie avait déjà exclu la France d’un tender de blé
suite à un différend diplomatique, comme le rappelle Reuters. Comme
l’explique Frédéric Montchablon, directeur de la Soufflet Negoce :
« L’Algérie a décidé de ne plus acheter de blé français, et cela a des conséquences immédiates sur nos exportations. »
Ces choix politiques français, loin de privilégier la diplomatie, ont
rendu inévitable une cassure avec l’Algérie. Le gouvernement préférant
s’aligner sur le CRIF plutôt que de privilégier la diplomatie afin de
protéger ses agriculteurs.
La Russie, le bénéficiaire inattendu
Alors que la France perd pied sur le marché algérien, la Russie
émerge comme le principal bénéficiaire. Selon les données présentées,
l’Algérie a importé 1,6 million de tonnes de
blé russe au cours des sept premiers mois de la saison actuelle,
surpassant les volumes importés de l’Union européenne. Un graphique
montre une chute drastique des importations de blé français en Algérie,
passant de plusieurs milliers de tonnes en 2019 à presque rien en 2024,
tandis que les importations de blé russe ont augmenté de manière
significative. Cette situation profite directement à la Russie, qui a su
capitaliser sur les erreurs diplomatiques françaises.
L’Algérie tourne le dos au blé français et se tourne vers la Russie, désormais principal fournisseur
L’Algérie a cessé toute importation de
blé en provenance de France ce qui ouvre la voie à une percée décisive
des exportateurs russes sur ce marché stratégique. Selon le quotidien
français L’Opinion, la Russie fournit désormais 90 % des
besoins en blé de l’Algérie, reléguant les producteurs français au
second plan après des décennies de domination sans partage.
Il y a
encore dix ans, Paris constituait le principal pourvoyeur de denrées
céréalières de l’Algérie. Cependant, la détérioration progressive des
relations bilatérales a culminé en octobre 2024, lorsque les autorités
algériennes ont formellement exclu les entreprises françaises des appels
d’offres relatifs aux importations de blé. Une exigence explicite a été
même formulée : aucune céréale d’origine hexagonale ne saurait plus
être prise en considération.
Un bouleversement du marché céréalier algérien
Ce
revirement a permis à la Russie de s’ancrer solidement dans l’un des
marchés céréaliers les plus considérables du bassin méditerranéen, mais
qui reste miné par la bureaucratie et la mauvaise gestion des autorités
algériennes. Les experts prévoient qu’à l’horizon 2025, les exportations
françaises vers l’Algérie atteindront un niveau nul, consacrant ainsi
la suprématie de la Fédération de Russie dans ce secteur.
Au-delà
des volumes échangés, l’essor des exportations russes repose sur
plusieurs facteurs techniques et logistiques. La compétitivité tarifaire
accrue des céréales russes, renforcée par des coûts de production plus
faibles et une politique agressive de pénétration des marchés, a joué un
rôle déterminant. De surcroît, la diversification des infrastructures
portuaires russes sur la mer Noire et la mer Caspienne a
considérablement amélioré la capacité d’acheminement vers l’Afrique du
Nord, réduisant les délais de livraison et optimisant la chaîne
logistique.
Les analystes observent également que les récentes
réformes du secteur agricole russe, conjuguées à une mise à niveau des
silos portuaires et à une optimisation des quotas d’exportation, ont
permis de répondre avec flexibilité aux exigences spécifiques du marché
algérien, notamment en matière de qualité du blé tendre, privilégiée
pour la production locale de semoule et de pain.
Un divorce commercial aux répercussions durables
Ce
basculement des flux commerciaux traduit une rupture profonde dans
l’architecture traditionnelle des échanges agricoles
euro-méditerranéens. Il témoigne d’un réalignement des alliances
économiques où la Russie, qui se targue, selon ses responsables, de sa
capacité à offrir des conditions commerciales avantageuses et une
régularité d’approvisionnement, occupe désormais une position dominante.
Blé : après l'Algérie, la Russie détrône la France au Maroc
La Russie consolide son influence sur le marché céréalier du
Maghreb, en particulier au Maroc. Cette avancée marque une nouvelle
étape dans la stratégie du géant agricole russe, qui gagne du terrain
face à la France, acteur historique dans la région.
Sur les cinq premiers mois de la campagne actuelle, la Russie a exporté 700 000 tonnes de blé vers le Maroc, contre seulement 300 000 tonnes
pour la France. Ce rapport de force illustre l'offensive menée par
Moscou sur un marché traditionnellement dominé par les céréaliers
français. Avec un objectif d’exportation ambitieux d’un million de
tonnes pour la campagne 2024/2025, la Russie semble bien décidée à
s’imposer comme le premier fournisseur de blé au Maroc.
Cette percée s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la Russie
bénéficie de coûts de production compétitifs, lui permettant d’offrir
des prix attractifs sur les marchés internationaux. De plus, la qualité
du blé russe, notamment en termes de teneur en protéines, répond aux
standards exigés par les consommateurs marocains.
Contexte agricole défavorable au Maroc
Le Maroc traverse une sécheresse persistante, réduisant considérablement sa production locale de blé. Pour la campagne actuelle, la récolte marocaine n’a atteint que 3,3 millions de tonnes,
soit un tiers des besoins nationaux, estimés à 10 millions de tonnes.
Cette situation contraint le pays à augmenter ses importations, qui
devraient s’élever à 7,5 millions de tonnes pour 2024/2025.
La dépendance accrue du Maroc à l’égard des marchés extérieurs a
ouvert la porte à la Russie. En proposant des volumes importants à des
prix compétitifs, Moscou s'est positionné comme un partenaire clé pour
répondre à cette demande croissante.
La position française s'effrite dans la région
La France, longtemps considérée comme un fournisseur privilégié du
Maroc, voit ses parts de marché s’éroder. Avec une production nationale
de blé historiquement basse (26,3 millions de tonnes), les céréaliers
français peinent à rivaliser avec leurs homologues russes sur le plan
des coûts et des volumes disponibles.
En conséquence, les exportations françaises vers le Maroc devraient chuter de 53,5 %, passant de 2,8 millions de tonnes à seulement 1,5 million de tonnes
cette année. Cette situation rappelle les difficultés rencontrées par
la France en Algérie, où la Russie a également pris l’avantage, mettant
fin à des décennies de domination française sur ce marché stratégique.
Une stratégie russe bien rodée
Le succès de la Russie sur le marché marocain s’inscrit dans une
stratégie plus large d’expansion économique dans les pays du Maghreb. En
Algérie, où Paris a perdu son statut de principal fournisseur,
la Russie s'est imposée en exploitant les failles des producteurs
européens, notamment en matière de coût et de flexibilité logistique.
Outre ses avantages en termes de prix, la Russie bénéficie de routes maritimes optimisées
et d’un réseau commercial de plus en plus efficace. Ces atouts
permettent à Moscou de répondre rapidement aux besoins des marchés
importateurs, même en période de forte demande.
Montée en puissance de la Russie sur le marché maghrébin
La montée en puissance de la Russie sur le marché céréalier du
Maghreb dépasse la seule question économique. Elle reflète une volonté
de Moscou de renforcer son influence géopolitique dans cette région clé,
en utilisant les exportations agricoles comme un levier stratégique.
Pour la France, cette perte de terrain met en lumière des défis
structurels importants. La compétitivité des producteurs français est
mise à rude épreuve, non seulement par les prix agressifs de la Russie,
mais aussi par les conditions climatiques et les contraintes
réglementaires en Europe. Si Paris veut regagner du terrain, il sera
crucial de repenser ses stratégies commerciales et de s’adapter à une
concurrence mondiale accrue.
Mohamed Rahmani