La crise politique en France ébranle la confiance dans les institutions
La dernière enquête de Gallup sur
la France montre comment cette année de turbulences politiques a
ébranlé la confiance dans les institutions. Aucun autre pays de l’UE n’a
connu une plus grande baisse de confiance envers le gouvernement, la
justice, les banques et l’honnêteté des élections que la France.
Beaucoup
plus de personnes disent qu’elles aimeraient quitter définitivement le
pays si elles en avaient l’opportunité, ceux qui manquent de confiance
dans les institutions nationales étant bien plus susceptibles de vouloir
migrer.
Et un grand merci à la brillante Sive Gaudy pour sa première signature !
https://lnkd.in/g72jpW8H
La confiance dans les institutions et la popularité des dirigeants chutent ; l'envie de quitter le pays explose
Dans le contexte politique turbulent qui règne en France, la confiance du public dans ses institutions s'érode et de plus en plus de personnes envisagent de partir. Le pourcentage de personnes souhaitant quitter le pays a plus que doublé au cours de l'année écoulée.
Après des années de relative stabilité, la confiance dans le gouvernement national a chuté de 13 points de pourcentage pour atteindre 29 % en 2025, tandis que la confiance dans l'intégrité des élections a reculé d'autant, à 51 %. La confiance dans le système judiciaire a perdu neuf points, à 50 %, et la confiance dans les institutions financières a baissé de huit points, à 42 %, inversant ainsi des années de progression constante. Aucun autre pays de l'Union européenne n'a connu une baisse moyenne de confiance aussi importante envers ces quatre institutions en 2025 que la France.
Cette forte perte de confiance dans les institutions françaises survient dans un contexte de bouleversements politiques majeurs. Depuis fin 2024, le président Emmanuel Macron a vu se succéder plusieurs Premiers ministres, chacun peinant à gouverner sans majorité parlementaire. Les propositions budgétaires ont systématiquement déclenché des motions de censure. La frustration populaire envers la classe politique et les coupes budgétaires envisagées a dégénéré en manifestations de rue – notamment lors du sondage Gallup de septembre, avec les plus importantes manifestations syndicales en France depuis la réforme des retraites de 2023.
La cote de popularité de Macron chute à un niveau historiquement bas
La cote de popularité personnelle de Macron a également chuté cette année, atteignant un niveau historiquement bas de 28 %. C’est moins de la moitié du niveau enregistré lors de sa première année de mandat, soit 61 % en 2017. Malgré ce déclin significatif, la cote de popularité de Macron reste légèrement supérieure à celle de son prédécesseur, François Hollande, qui a terminé son mandat avec 19 % d’opinions favorables.
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L’envie d’émigrer a plus que doublé
Dans un contexte de turbulences politiques, de plus en plus de personnes souhaitent quitter la France. Cette année, 27 % des adultes français déclarent souhaiter s'installer définitivement à l'étranger si l'occasion se présentait, soit plus du double du pourcentage enregistré l'an dernier (11 %). Bien que les données définitives du sondage mondial Gallup ne soient pas encore disponibles pour tous les pays en 2025, cette hausse de 16 points représente une progression annuelle relativement inédite à l'échelle mondiale depuis que Gallup a commencé à poser cette question en 2007.
Parmi les adultes français qui souhaiteraient s'installer à l'étranger, les destinations les plus prisées sont le Canada (15 %), la Suisse (8 %), l'Espagne et l'Algérie (6 % chacune).
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Le désir de quitter la France est étroitement lié à la confiance dans les institutions. Ceux qui expriment leur confiance en une seule ou aucune des cinq institutions nationales étudiées sont beaucoup plus susceptibles de déclarer qu'ils s'installeraient définitivement dans un autre pays si l'occasion se présentait (49 %), comparativement à ceux qui ont un niveau de confiance plus élevé dans les institutions nationales.
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Les inquiétudes liées à la corruption atteignent un niveau record depuis dix ans.
Parallèlement à la baisse de la confiance dans les institutions nationales et à la diminution des taux d'approbation, la perception de la corruption a augmenté cette année. En 2025, 68 % des adultes français estiment que la corruption est généralisée au sein du gouvernement, soit une hausse de 13 points par rapport à l'année précédente. Si la perception de la corruption au sein du gouvernement par les Français est ancienne, le pourcentage actuel de ceux qui partagent cet avis égale le précédent record de 2015.
La perception de la corruption dans les entreprises françaises (53 %) a également progressé cette année, bien que dans une moindre mesure que celle de la corruption au sein du gouvernement. Cela suggère que le public perçoit la corruption en France comme nettement plus politique et répandue cette année que l'an dernier.
Cette augmentation au cours de l'année écoulée intervient dans un contexte de forte médiatisation de plusieurs affaires judiciaires impliquant des personnalités politiques soupçonnées de corruption. L'ancien président Nicolas Sarkozy a été condamné pour financement illégal de campagne, et Marine Le Pen a été interdite de se présenter à une fonction publique pour détournement de fonds européens.
Des préoccupations similaires se sont étendues au gouvernement actuel, où la ministre de la Culture, Rachida Dati, et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, ont chacun été mis en cause pour corruption ou visés par des plaintes dans des affaires distinctes, alimentant ainsi le débat public sur la responsabilité politique.
Le pessimisme économique persiste
Le pessimisme économique reste profondément ancré en France, deuxième économie de la zone euro. En 2025, environ un adulte français sur cinq (21 %) estime que l'économie locale s'améliore, tandis que 67 % pensent qu'elle se détériore, un chiffre stable par rapport à 2024.
Au cours de la dernière décennie, la France a figuré parmi les pays les plus pessimistes de l'OCDE quant à l'état de son économie. Depuis 2015, seule la Grèce affiche un pessimisme moyen plus marqué que la France parmi les pays de l'OCDE.
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Le mécontentement des Français envers leurs institutions, leurs dirigeants et leur économie reflète sans doute les défis économiques croissants auxquels le pays est confronté. La France affiche l'un des déficits les plus importants du monde développé, et ses dépenses publiques, en pourcentage du PIB, dépassent celles de toute autre économie avancée.
Au cours de la dernière décennie, la productivité a fortement chuté, érodant les recettes fiscales et creusant encore davantage le déficit. Ces difficultés économiques ont alimenté l'instabilité politique récente, les échecs répétés à faire adopter des lois de finances contribuant à la fréquente instabilité des Premiers ministres.
En résumé
L'année d'instabilité politique que traverse la France se reflète dans le moral de la population. La confiance dans les institutions et la popularité des dirigeants ont chuté, la perception de la corruption a augmenté et l'optimisme économique reste rare. De plus en plus de personnes déclarent vouloir quitter définitivement le pays si elles en avaient l'occasion, notamment celles qui n'ont plus confiance dans les institutions nationales.
Malgré les difficultés répétées à former un gouvernement stable – avec trois Premiers ministres depuis le sondage Gallup de 2024 – Emmanuel Macron continue de faire face aux pressions internes. Son mandat présidentiel s'achève en mai 2027. Son successeur aura pour mission de regagner la confiance du public, érodée vers la fin de son mandat.
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Pour connaître la méthodologie complète et les dates précises des enquêtes, veuillez consulter les détails de l'ensemble de données par pays de Gallup. Apprenez-en davantage sur le fonctionnement du sondage mondial Gallup.
L’instabilité chronique du gouvernement Macron
Un faux gaulliste qui devrait démissionner
Le 20 janvier 2026, lors des débats sur le budget à l’Assemblée
nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a une nouvelle fois dégainé l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sans vote la première partie du budget 2026.
Cette décision, prise « avec regret et amertume »,
illustre parfaitement l’impasse dans laquelle se trouve le gouvernement
Macron, minoritaire et contraint de forcer le passage pour survivre.
Mais au-delà de cette manœuvre constitutionnelle, c’est toute la présidence d’Emmanuel Macron qui est mise en accusation : un dirigeant qui se prétend gaulliste mais qui, par son entêtement, alimente une instabilité politique inédite. Il
est temps qu’il démissionne, dans un véritable geste gaullien, pour
redonner la parole au peuple et sortir la France de cette paralysie.
Un budget passé en force : symbole d’un pouvoir faible
Le recours au 49.3 n’est
pas une nouveauté sous Macron, mais il devient un rituel qui masque
l’absence de majorité stable. Lecornu, fidèle macroniste, avait promis
d’abandonner cet outil pour privilégier le dialogue, mais face à
l’opposition unie de La France insoumise (LFI) et du Rassemblement
national (RN), qui ont annoncé des motions de censure, il a capitulé. Ce
« semi-succès, semi-échec », comme il l’admet lui-même, n’est
que le énième épisode d’une crise qui s’éternise depuis les
législatives de 2024, où aucun bloc n’a obtenu de majorité absolue. La
France entame 2026 sans budget stable, avec un déficit contenu à 5% du
PIB sur le papier, mais au prix d’une instabilité qui pèse sur
l’économie et les citoyens.
Cette situation n’est pas un accident :
elle découle directement des choix de Macron, qui a dissous l’Assemblée
en 2024, menant à un tripartisme paralysant entre gauche, centre et
extrême droite.
À Davos, le président tente de se poser en défenseur du droit
international face à Donald Trump, mais chez lui, il bafoue l’esprit
parlementaire en recourant systématiquement au 49.3, un outil conçu pour
l’exception et non pour la routine. Les Français, préoccupés par cette instabilité, méritent mieux qu’un exécutif qui survit par des artifices constitutionnels.
Macron, le « Gaulliste » qui refuse le geste gaullien
Emmanuel Macron se plaît à se draper dans l’héritage gaulliste, mais
ses actes le trahissent. En 2025, après la chute de gouvernements
successifs comme ceux de Bayrou ou Lecornu, des voix même au sein de la
droite, comme Jean-François Copé, l’ont appelé à un « geste gaullien » : démissionner pour programmer une élection présidentielle anticipée. Copé, maire de Meaux, a insisté : « Emmanuel Macron doit avoir un geste gaullien et programmer sa démission. » Un écho au départ du général de Gaulle en 1969 après un référendum perdu, pour préserver les institutions.
Pourtant, Macron s’accroche, balayant les appels à la démission issus
de tous bords – RN, LFI, et même certains alliés comme Édouard
Philippe. « Je ne quitterai pas l’Élysée avant la fin de mon mandat », répète-t-il, préférant une « année utile » en 2026 marquée par des « grands chantiers » illusoires.
Cette obstination n’est pas gaulliste ;
elle est macroniste : un mélange d’arrogance et de déni qui transforme
la Ve République en un régime dysfonctionnel.
En refusant de partir, Macron fragilise les institutions qu’il prétend défendre, alimentant une crise démocratique inédite.
Le collaborationisme des socialistes, verts et républicains : priorité aux postes
Pire encore, cette instabilité est prolongée par le collaborationisme
opportuniste de partis comme les socialistes (PS), les Verts
(Écologistes) et Les Républicains (LR), qui ne pensent qu’à conserver
leurs postes et privilèges. Après les législatives de 2024, Macron s’est
tourné vers les socialistes pour élargir sa base, reconnaissant
implicitement leur rôle dans un « socle commun » pour survivre. Olivier Faure, patron du PS, s’en est félicité, voyant dans cette ouverture une reconnaissance que le PS « était capable de porter un nouvel espoir ».
Mais ce n’est que du calcul : les
socialistes, affaiblis, préfèrent des alliances de circonstance avec
Macron plutôt que de risquer une dissolution qui pourrait les balayer.
Les Verts, menés par Marine Tondelier, jouent le même jeu. Partie
prenante du Nouveau Front populaire en 2024, ils ont vite négocié avec
l’Élysée pour des postes, comme lors des consultations pour un nouveau
gouvernement. Quant aux Républicains, ils posent des conditions pour
participer au gouvernement Lecornu, menaçant de fronde mais finissant
souvent par collaborer pour des miettes de pouvoir, comme Bruno
Retailleau l’a illustré en critiquant un Premier ministre « proche de Macron » tout en restant dans le jeu.
Ce « collaborationisme » – terme fort mais approprié – n’est
motivé que par la survie personnelle. Ces partis, jadis opposés, se
rallient à Macron pour éviter des élections où le RN, donné favori,
pourrait les submerger. Ils trahissent ainsi leurs électeurs, prolongeant une instabilité qui profite à l’exécutif en place au détriment du pays.
Vers une sortie de crise : démission et retour aux urnes
La France ne peut plus tolérer cette farce. Avec un gouvernement qui
utilise le 49.3 comme béquille et des partis complices obsédés par leurs
postes, l’instabilité sous Macron atteint des sommets. Un vrai
gaulliste saurait partir pour préserver la République. En démissionnant,
Macron permettrait une présidentielle anticipée et une dissolution,
redonnant la voix au peuple. Sans cela, 2026 sera une année perdue,
marquée par des crises budgétaires et une paralysie institutionnelle. Il
est temps de tourner la page de ce macronisme essoufflé.
https://multipol360.com/linstabilite-chronique-du-gouvernement-macron/