janvier 16, 2026

INFORMATIONS FRANÇAISE - Janvier 2026 - Bons voeux.....

Sommaire:

A) - Les attaques mondialistes contre la langue française : une perte de souveraineté silencieuse 

B) - Macron vend la souveraineté française à une UE massivement rejetée par le peuple

C) - La condamnation de Free : un réveil forcé face à l’hémorragie de nos données personnelles

D) - Les manifestations des agriculteurs français : une victoire contre le MERCOSUR

 


                                                                          Informations françaises

A) - Les attaques mondialistes contre la langue française : une perte de souveraineté silencieuse 

Dans un monde globalisé où l’anglais s’impose comme la lingua franca incontestée, la langue française, autrefois symbole de raffinement et d’universalisme, subit une érosion accélérée. 

 Inspiré par l’article du Général Henri Roure publié sur Place d’Armes, intitulé « Nouvelle tentative d’assassinat de la langue française », ce texte explore les assauts portés contre le français dans la diplomatie, les documents techniques, les tutoriels en ligne et les réseaux sociaux.

Ces attaques, souvent attribuées à des forces mondialistes, menacent non seulement la richesse linguistique mais aussi la souveraineté culturelle et nationale de la France.

Comme le souligne Roure, la langue française est un pilier de la civilisation, forgée par des siècles d’histoire et offerte au monde, mais aujourd’hui marginalisée par des influences anglo-saxonnes et européo-mondialistes.

Le déclin historique du français en diplomatie : de la domination à la marginalisation

Le français a longtemps régné en maître sur la scène diplomatique internationale. Dès 1714, avec le Traité de Rastatt, il s’impose comme la langue exclusive des négociations européennes, succédant au latin et symbolisant l’influence culturelle de la France. Cette suprématie perdure jusqu’au début du XXe siècle, où le français est célébré pour sa précision et son élégance, facilitant les échanges entre élites mondiales. Rivarol, en 1784, le qualifiait de « langue humaine » par excellence, idéale pour les traités internationaux.

Pourtant, le déclin s’amorce en 1919 avec le Traité de Versailles, rédigé pour la première fois en français et en anglais, sous pression américaine et britannique.

Les facteurs sont multiples : la chute des monarchies européennes, la montée en puissance des États-Unis, et l’élargissement des cercles diplomatiques au-delà de l’Europe.

Après 1945, l’anglais s’impose définitivement, reléguant le français à un rôle secondaire. À l’ONU, 90 % des documents sont désormais en anglais, malgré le statut officiel du français. Dans l’Union européenne, l’anglais domine les appels d’offres et les communications, au mépris de la diversité linguistique.

Ce recul n’est pas neutre : il reflète une perte d’influence française. La francophonie, avec ses 583 millions de locuteurs en 2024, pourrait être un levier diplomatique, mais elle est souvent négligée. Des critiques pointent du doigt les « mondialistes » – ces acteurs promouvant une uniformisation culturelle sous couvert de globalisation – qui favorisent l’anglo-américain comme vecteur du néolibéralisme. En Afrique, où le français est défendu avec plus de vigueur qu’en France métropolitaine, des sentiments anti-français émergent, liant la langue à une « Françafrique » impérialiste.



La disparition du français dans les documents techniques et les tutoriels en ligne

Dans le domaine technique, l’anglais envahit les documents et les ressources éducatives. Les anglicismes prolifèrent dans le vocabulaire scientifique et professionnel, diluant la pureté du français. Sur YouTube et les réseaux sociaux, les tutoriels en français sont minoritaires. Les jeunes, qui s’informent majoritairement via ces plateformes (80 % sur YouTube), se tournent vers des contenus anglais pour leur abondance et leur visibilité.

Les bibliothèques universitaires françaises peinent à produire des vidéos en français, contrairement à leurs homologues québécoises, qui investissent davantage dans la langue locale.

Cette asymétrie renforce l’hégémonie anglaise : des termes comme « podcast » ou « tuto » deviennent courants, érodant le français technique. Sur X (anciennement Twitter), des discussions soulignent comment l’anglais domine les échanges scientifiques, reléguant le français à un rôle marginal.

L’auto-censure des Français : publier en anglais pour exister

Un phénomène alarmant émerge : l’auto-censure linguistique. De nombreux Français, créateurs de contenu ou professionnels, optent pour l’anglais afin d’atteindre une audience plus large. Sur YouTube, des chaînes éducatives ou techniques abandonnent le français pour l’anglais, craignant une visibilité limitée. Des posts sur X dénoncent cette « soumission » : « Nous sommes soumis à un bombardement pour détruire la langue française au profit d’un espèce de globish. »

Cette tendance s’explique par la pression des algorithmes et des marchés globaux, où l’anglais est synonyme de succès. Elle s’inscrit dans un contexte plus large d’américanisation culturelle, où l’école française, en crise, privilégie l’anglais au détriment du français classique. Des linguistes comme Lionel Meney parlent d’un « naufrage » du français face au triomphe de l’anglais.

Les mondialistes à l’assaut : une menace pour la souveraineté nationale

Ces évolutions ne sont pas fortuites ; elles s’inscrivent dans une stratégie mondialiste visant à uniformiser les cultures. L’anglais, comme outil de l’impérialisme linguistique, sert la mondialisation néolibérale, érodant les identités nationales. En France, des politiques comme l’écriture inclusive – dénoncée par Roure comme un « instrument juridique au service d’une volonté européiste » – fragmentent la langue, la rendant incompatible avec sa tradition orale et écrite.

De nombreuses critiques visent Emmanuel Macron pour son hostilité à la francophonie : choix d’une secrétaire générale rwandaise francophobe pour l’OIF, préférence pour l’anglais dans les communications officielles. Sur X, des voix comme Julien Odoul accusent le gouvernement de « faire reculer la langue française ». Cette érosion menace la souveraineté : la langue est un attribut de la nation, et sa perte équivaut à une dépossession culturelle. Fernand Braudel l’affirmait : « La France, c’est la langue française. »

En conclusion, la langue française n’est pas seulement un moyen de communication ; elle est l’essence de la souveraineté.

Face aux assauts mondialistes, un sursaut est nécessaire : promouvoir le français dans l’éducation, les médias et la diplomatie, résister à l’auto-censure, et défendre sa pureté contre les influences destructrices. Comme l’appelle Roure, il faut « changer de mode de gouvernement » pour restaurer la grandeur de la France. Sans cela, nous risquons un monde uniforme, où la diversité linguistique – et avec elle, la liberté de pensée – s’efface au profit d’un globish insipide.

https://multipol360.com/les-attaques-mondialistes-contre-la-langue-francaise-une-perte-de-souverainete-silencieuse/ 

 


 

B) - Macron vend la souveraineté française à une UE massivement rejetée par le peuple

Emmanuel Macron, ce président qui se pose en sauveur de l’Europe, n’hésite pas à piétiner les intérêts nationaux de la France pour servir une Union européenne (UE) que les Français ont déjà rejetée à deux reprises. En 2005, lors du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, 54,67 % des électeurs français ont voté « non », un rejet massif qui a plongé l’UE dans une crise profonde.

Ce scrutin, marqué par une participation de 69,37 %, n’était pas un caprice : il reflétait une profonde méfiance envers une Europe perçue comme une machine à diluer la souveraineté nationale, favorisant les intérêts des élites au détriment des citoyens ordinaires.

Pourtant, Macron persiste, comme si ce verdict populaire n’avait jamais existé, et accélère la désindustrialisation française au nom d’une « autonomie stratégique européenne » qui n’est qu’un mirage. Pire encore, alors que l’euroscepticisme explose en France – avec 27 % des Français favorables à un « Frexit » en 2025, en hausse par rapport à l’année précédente – Macron continue de trahir son pays pour une UE de plus en plus contestée.

Un rejet historique ignoré : les Français contre l’Europe des élites

Rappelons les faits : le 29 mai 2005, les Français ont massivement dit « non » au traité constitutionnel européen, avec 15,4 millions de voix contre 12,8 millions pour le « oui ». Ce vote n’était pas isolé ; il faisait écho au référendum de 1992 sur le traité de Maastricht, où le « oui » l’avait emporté de justesse (51 %), mais avec une forte opposition soulignant déjà les craintes d’une perte de souveraineté. Ces rejets ont eu des implications durables : ils ont alimenté un sentiment de désenchantement politique, avec une baisse de la participation électorale et une montée des partis anti-système dans les élections suivantes. Vingt ans plus tard, l’euroscepticisme n’a fait que croître. Des sondages récents montrent que la France est l’un des pays les plus pessimistes sur l’avenir de l’UE, avec seulement 33 % de confiance en l’institution en 2023, et une hausse des voix appelant à un Frexit. En 2024-2025, les élections européennes ont vu une poussée des partis eurosceptiques comme le Rassemblement National, Les Patriotes, Debout la France et bien sûr le parti de François Asselineau, l’UPR reflétant une frustration croissante face à l’immigration, aux régulations excessives et à la perte d’indépendance économique. Macron, au lieu de défendre les intérêts français, semble mépriser ce verdict populaire, préférant une Europe fédéraliste qui dilue la France dans un ensemble bureaucratique dominé par l’Allemagne et les lobbies (voir ici).

La désindustrialisation française : le prix de la soumission à l’UE

Sous Macron, la France a accéléré sa descente aux enfers industriels, sacrifiant ses usines et ses emplois au nom d’une « intégration européenne » qui profite surtout aux voisins. Prenons l’exemple récent de l’industrie de défense :

lors d’une réunion avec les patrons du secteur, Macron a menacé de se tourner vers des « solutions européennes » si les entreprises françaises ne respectaient pas les délais de production, regrettant les retards et affirmant que l’armée française « n’est plus leur chasse gardée ».

Traduction : il est prêt à acheter des chars allemands plutôt que français, coulant ainsi l’industrie nationale au profit de l’Allemagne. Florian Philippot, leader des Patriotes, n’a pas mâché ses mots : « Ça s’appelle être un traître. Un vendu. »

Ce n’est pas un cas isolé. La fermeture de Brandt en décembre 2025, dernier grand fabricant français d’électroménager, a entraîné la perte de 700 à 750 emplois directs et la disparition de marques emblématiques comme Vedette ou Sauter. Ce naufrage est le symptôme d’une France qui abandonne son industrie sous l’influence de politiques libérales européennes, comme les accords de libre-échange controversés et les normes du Pacte Vert qui étouffent l’agriculture et l’industrie. Depuis les années 1970, la France a perdu plus de 2,5 millions d’emplois industriels, et la part de l’industrie dans la valeur ajoutée nationale est tombée à 11 %. En 2025 seul, plus de 108 usines ont fermé ou été menacées, contre seulement 80 créations.

 La grande exposition de Macron « Grande Exposition du Fabriqué en France », tenue en novembre 2025, n’est qu’une vitrine superficielle masquant un déclin profond. Pendant que l’Élysée parade avec 123 produits « made in France », les contrats publics fuient vers l’étranger : pistolets Sig-Sauer fabriqués en Allemagne pour les forces de l’ordre, pièces de rechange pour chars Leclerc en Chine, fusils HK 416 en Allemagne, vêtements pour l’armée en Tunisie… Même les révisions de la flotte d’Air France se font en Angleterre et au Maroc. Arnaud Montebourg, ancien ministre, dénonce cette « déroute » : des importations annuelles de 20 milliards d’euros vers l’Allemagne et la Chine, une dette publique dépassant 3.400 milliards d’euros (plus de 120 % du PIB), et un manque de 150.000 emplois qualifiés dans l’industrie. Sous Macron, la part industrielle du PIB a chuté de 16 % en 2000 à moins de 10 % aujourd’hui, plus vite qu’en Allemagne ou en Italie.

Ces choix s’inscrivent dans une politique macronienne qui privilégie l’UE au détriment de la France. 

Critiqué pour son protectionnisme mou qui met en péril le marché unique européen, Macron a été accusé de virer vers un « protectionnisme doux » qui isole la France tout en favorisant des achats européens. Ses réformes, comme la vente de la branche énergie d’Alstom à General Electric en 2014 (sous son mandat de ministre), ont accéléré la perte de souveraineté, transférant la maintenance des réacteurs nucléaires français à des intérêts étrangers. Résultat : une dette publique qui a explosé à 117 % du PIB en 2025, contre 2,6 % de déficit en 2017, et une croissance atone de 0,7 %, en deçà de la moyenne de la zone euro.

L’euroscepticisme en hausse : les Français ne veulent plus de cette Europe

Les Français sont de plus en plus eurosceptiques, et pour cause. Des sondages de 2020-2026 montrent une dissatisfaction croissante : la France est en bas du classement des pays confiants en l’UE, avec des préoccupations sur l’immigration, les régulations technocratiques et l’euro. En 2024, les élections européennes ont vu une charge des partis reflétant un rejet de l’intégration forcée. Macron, en poussant pour une « autonomie stratégique européenne » ne fait qu’alimenter ce sentiment. 

 

Par son alignement inconditionnel sur une UE dominée par Berlin, Macron alimente la voracité de l’Allemagne, qui adopte une posture de plus en plus belliqueuse en matière commerciale et étrangère, poussant des mesures protectionnistes et interventionnistes qui désindustrialisent l’Europe au profit de ses exportations toxiques. Ce réarmement massif allemand, avec un budget défense explosant à plus de 100 milliards d’euros et des exportations d’armes doublées, réveille les fantômes historiques d’une machine de guerre souveraine, menaçant directement l’industrie française au détriment des Français. Il est temps que la France se réveille et reprenne son destin en main, loin de cette UE qui l’étouffe. Le Frexit n’est plus une option, c’est une nécessité.

https://multipol360.com/macron-vend-la-souverainete-francaise-a-une-ue-massivement-rejetee-par-le-peuple/



 

C) - La condamnation de Free : un réveil forcé face à l’hémorragie de nos données personnelles

En ce début d’année 2026, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le paysage numérique français : l’opérateur télécom Free vient d’écoper d’une amende colossale de 42 millions d’euros pour une fuite de données massive survenue en octobre 2024.

Cette sanction, infligée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), marque un tournant dans la lutte contre la négligence des entreprises en matière de cybersécurité. 

Mais au-delà de ce cas isolé, elle met en lumière un fléau bien plus profond qui gangrène notre société : les fuites de données récurrentes, la perte de souveraineté numérique et le pouvoir insidieux que confèrent ces informations à ceux qui les contrôlent.

Le cas Free : une négligence aux conséquences dévastatrices

Rappelons les faits. En octobre 2024, un pirate informatique s’est infiltré dans les systèmes de Free, compromettant les données de pas moins de 24 millions d’abonnés. Parmi les informations volées figuraient des données ultra-sensibles, comme les IBAN (numéros de comptes bancaires), exposant les victimes à des risques immédiats de fraudes et d’usurpations d’identité. Les abonnés ont rapidement été submergés par des appels frauduleux, et certaines de leurs coordonnées ont même atterri sur le dark web, vendues au plus offrant.

 La CNIL n’a pas mâché ses mots dans sa décision du 13 janvier 2026 : les fautes de Free étaient « évitable avec un minimum de vigilance ». Authentifications trop laxistes, surveillance défaillante et stockage inutile de millions de données d’anciens clients – voilà les ingrédients d’une recette catastrophe. Free Mobile écope de 27 millions d’euros d’amende, tandis que sa maison mère, Free, ajoute 15 millions à la facture. De plus, l’opérateur a trois mois pour renforcer ses mesures de sécurité et six mois pour purger les données obsolètes.

Cette affaire n’est pas anodine. Elle survient après plus de 2.500 plaintes déposées par des clients excédés, reflétant un ras-le-bol généralisé des Français face à ces violations répétées de leur vie privée. On se demande légitimement : à quoi sert le RGPD si nos données continuent de s’évaporer dans la nature ?

Un fléau grandissant qui mine la confiance

Malheureusement, le cas Free n’est que la pointe de l’iceberg. En France, les fuites de données se multiplient comme un virus incontrôlable, touchant des secteurs variés : des plateformes en ligne aux agences de travail temporaire, en passant par les établissements de santé. Des millions de mots de passe, d’historiques médicaux et de coordonnées personnelles sont exposés, menant à des retraits bancaires frauduleux, des chantages et des campagnes de phishing sophistiquées. Les conséquences ?

Une érosion massive de la vie privée, où chaque citoyen vit sous la menace permanente d’une exploitation malveillante de ses informations.

Pire encore, ces incidents révèlent une vulnérabilité systémique : l’absence de solutions souveraines pour stocker et protéger nos données. Trop souvent, nous dépendons d’infrastructures cloud étrangères, dominées par des géants américains comme Microsoft ou Amazon. Ces entités, soumises à des lois extraterritoriales telles que le Cloud Act, peuvent accéder à nos informations sans notification préalable, exposant la France à des ingérences extérieures. Des projets comme l’hébergement de données de santé sur des serveurs étrangers illustrent parfaitement cette perte de contrôle : des pathologies, traitements et historiques médicaux potentiellement accessibles à des autorités outre-Atlantique.

La digitalisation des services publics : une menace sous-estimée

 La numérisation accélérée des services publics aggrave cette situation. Si elle promet efficacité et modernité, elle cache un revers sombre : l’exposition accrue de nos données sensibles. Des collaborations avec des entreprises comme Palantir  financée en partie par des agences de renseignement étrangères – pour des outils de contre-terrorisme, ou l’utilisation massive de systèmes d’exploitation dominés par Google et Apple, transfèrent nos informations personnelles (géolocalisation, contacts, historique de navigation) vers des data centers non européens. Le consentement des utilisateurs ? Souvent illusoire, noyé dans des conditions générales opaques.

 Ces pratiques érodent notre souveraineté numérique. Sans alternatives européennes viables, nous cédons le contrôle de nos systèmes d’information à des acteurs étrangers, fragilisant notre économie et notre sécurité nationale. Les révélations d’Edward Snowden en 2013 sur la surveillance massive par la NSA n’étaient qu’un avant-goût : aujourd’hui, nos données deviennent un outil d’espionnage ou d’influence géopolitique.

Nos données : une arme silencieuse aux mains des puissants

Au fond, ces fuites soulignent un enjeu fondamental : les données sont devenues une arme silencieuse de pouvoir.

Chaque jour, nous générons des milliers de points de données – clics, recherches, achats – qui alimentent une machine invisible.

Contrôlées par des géants technologiques américains et chinois, ou revendues par des courtiers en données sur un marché opaque valant des centaines de milliards de dollars, elles servent à profiler les individus, influencer les décisions commerciales (comme les primes d’assurance) et même manipuler les opinions publiques lors de crises.

 Pour la société, les implications sont alarmantes : une souveraineté nationale affaiblie, où les États peinent à accéder à leurs propres données stockées à l’étranger. Des tensions géopolitiques, comme celles autour de Huawei ou TikTok, montrent que le cyberspace est un nouveau champ de bataille. Et pour les citoyens ? Une perte de liberté, où la vie privée devient un luxe, exposée à des brèches comme celle récente au ministère de l’Intérieur, où des millions de fiches judiciaires – incluant données sur victimes, témoins et familles – ont été exfiltrées par des pirates.

Cette attaque, facilitée par des négligences basiques comme l’échange de codes en clair, met en évidence un sous-investissement chronique en cybersécurité publique. Des infrastructures vieillissantes et un manque de modernisation laissent des millions de Français vulnérables à l’usurpation d’identité ou au chantage.

Vers un sursaut souverain ?

La condamnation de Free pourrait être le signal d’alarme tant attendu. Elle impose aux entreprises de traiter la cybersécurité comme une priorité non négociable, sous peine d’amendes récurrentes. Mais pour les victimes, c’est une victoire aigre-douce : les fonds vont au Trésor public, pas à une indemnisation directe. Les procédures judiciaires restent longues et complexes.

Il est temps de transformer cette vulnérabilité en opportunité. Investissons dans des data centers nationaux, formons des experts en cybersécurité et développons des alternatives européennes GDPR-compatibles. Rééquilibrons les priorités : autant de moyens pour protéger nos données que pour les surveiller. Seule une souveraineté numérique renforcée restaurera la confiance des citoyens et protègera notre avenir dans un monde connecté.

En fin de compte, nos données ne sont pas qu’un actif commercial – elles sont le reflet de nos vies. Les laisser s’échapper, c’est céder un pouvoir immense. La France doit reprendre les rênes, avant qu’il ne soit trop tard.

https://multipol360.com/la-condamnation-de-free-un-reveil-force-face-a-lhemorragie-de-nos-donnees-personnelles/

 


D) - Les manifestations des agriculteurs français : une victoire contre le MERCOSUR  

Alors que l’Union européenne s’apprête à signer l’accord de libre-échange avec le Mercosur le 17 janvier prochain, malgré l’opposition farouche de la France, un vent de satisfaction souffle sur le monde agricole.

Les manifestations massives des paysans, qui ont secoué le pays depuis des mois avec des blocages de routes, de ports et de sites stratégiques, portent enfin leurs fruits.

Non seulement elles ont forcé les grands distributeurs à refuser publiquement les importations de produits sud-américains non conformes aux normes françaises, mais elles ont aussi instillé une peur palpable chez les industriels de l’agroalimentaire, qui craignent un boycott massif des consommateurs. Ce revirement marque un tournant décisif, démontrant que la mobilisation paysanne n’était pas vaine.

Les manifestations : un mouvement qui a payé

 Depuis l’automne dernier, les agriculteurs français, unis sous les bannières de syndicats comme la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne, ont multiplié les actions pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « trahison européenne ». Des milliers de tracteurs ont envahi les rues de Paris et de Bruxelles, des barrages filtrants ont été installés au Havre, et des manifestations ont bloqué des dépôts pétroliers à La Rochelle ou des sites portuaires. Ces protestations, qualifiées de « colère totale des paysans », ont mis en lumière les risques d’une concurrence déloyale : importations massives de viande bovine, de volaille, de sucre et de soja produits avec des pesticides interdits en Europe, des coûts de production 40 % inférieurs, et des pratiques environnementales laxistes favorisant la déforestation amazonienne.

Ces actions n’ont pas été sans effet. Malgré le feu vert donné par une majorité d’États européens le 9 janvier, les agriculteurs ont obtenu des concessions « incontestables » de Bruxelles, comme une enveloppe de 300 millions d’euros étalée sur 2026 et 2027 pour soutenir le secteur. Mais surtout, la pression a influencé les acteurs économiques clés.

Les patrons de la grande distribution, tels que Thierry Cotillard (Intermarché), Alexandre Bompard (Carrefour), Dominique Schelcher (Système U) et Michel-Édouard Leclerc (E.Leclerc), ont annoncé leur refus catégorique d’importer des produits du Mercosur ne respectant pas les normes françaises.

« On n’en achètera pas », ont-ils déclaré en chœur, soulignant un engagement à privilégier les filières locales pour 97 % du bœuf, 100 % de la volaille et du porc. Ce positionnement, assumé publiquement dans les médias, est perçu comme une victoire directe des manifestations, qui ont sensibilisé l’opinion publique et forcé les distributeurs à anticiper un rejet consommateur.

Dans le monde agricole, les réactions sont unanimes : ces résultats sont « très satisfaisants« . Pierrick Horel, Quentin Le Guillous et Maxime Buizard-Blondeau, représentants des Jeunes Agriculteurs, ont salué après une rencontre à Matignon un déblocage potentiel sur des sujets comme l’eau et la prédation, tout en maintenant la vigilance sur le Mercosur. « Si le traité devait être signé, nous nous mobiliserons aux frontières, dans les ports et à Strasbourg pour inciter au vote contre au Parlement européen », ont-ils averti. La FNSEA et la Coordination Rurale, qualifiant l’accord de « reniement total » et de « jeu de dupes« , soulignent que 80 % des agriculteurs et 70 % des citoyens le voient comme une menace mortelle, renforçant l’appel à des actions judiciaires devant la Cour de Justice de l’UE. Les protestations, promises à s’escalader en janvier, ont déjà étendu leur influence à l’Irlande, l’Italie, la Pologne et l’Espagne, où des blocages similaires dénoncent l’externalisation de la sécurité alimentaire.

La peur des industriels : le spectre d’un boycott massif

Si les agriculteurs savourent ces avancées, les industriels de l’agroalimentaire tremblent. L’accord, qui ouvre le marché européen à 99.000 tonnes de viande bovine et 180.000 tonnes de volaille sud-américaines, menace de saturer les chaînes d’approvisionnement avec des produits à bas coûts mais controversés. Or, le refus des distributeurs, amplifié par les manifestations, expose les industriels à un risque majeur : un boycott des consommateurs. Déjà, sur les réseaux sociaux, des appels à « acheter local » et à vérifier les étiquettes pullulent, avec des vidéos d’agriculteurs en larmes dénonçant la concurrence déloyale (certains appelant même à vider les rayons des marchandises importées alors qu’elles sont aussi produites en France)– au Brésil, 80 % des pesticides utilisés sont interdits en France.

Les industriels craignent que ce boycott ne s’étende aux produits transformés, où la traçabilité est plus floue. « C’est insoutenable », confie un agriculteur dans une vidéo virale, illustrant le désespoir face à un accord qui sacrifie les filières bovine, ovine et volaillère pour des intérêts mondialisés, profitant surtout à l’industrie allemande. Emmanuel Macron, qui avait promis un veto mais l’a qualifié de « plutôt positif » après des clauses de sauvegarde jugées insuffisantes, est accusé de trahison, alimentant la colère. Les industriels, dépendants des importations pour des marges élevées, redoutent une chute des ventes si les consommateurs, sensibilisés par les manifestations, optent pour le boycott. Des experts estiment que cela pourrait entraîner une restructuration forcée des filières, avec des pertes en cascade pour les agro-industriels.

Perspectives : une bataille loin d’être terminée

 Malgré ces résultats satisfaisants, le monde agricole reste mobilisé.

Les agriculteurs, pas satisfaits des concessions européennes, promettent de nouvelles actions si l’accord est ratifié, visant ports et autoroutes pour bloquer les importations.

Cette unité syndicale inédite, couplée à un soutien populaire croissant, démontre que les manifestations ont non seulement freiné l’accord mais aussi redonné du pouvoir aux paysans face aux élites bruxelloises. Pour les industriels, la peur d’un boycott n’est pas infondée : elle pourrait signer l’arrêt de mort d’une agriculture low-cost importée, au profit d’une souveraineté alimentaire réaffirmée. La signature imminente sera un test décisif – et les tracteurs sont prêts à repartir.

https://multipol360.com/les-manifestations-des-agriculteurs-francais-une-victoire-contre-le-mercosur/

 


 

En janvier 2026, alors que la France traverse une crise agricole sans précédent, l’Union européenne a donné son feu vert à l’accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré l’opposition ferme de Paris.

Ce traité, qui unit l’Europe aux pays d’Amérique du Sud comme le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, représente une menace existentielle pour nos agriculteurs.

La France ne peut pas ratifier un tel accord : ce serait la capitulation totale face à une concurrence déloyale, la destruction de notre souveraineté alimentaire et la mise à mort programmée de milliers d’exploitations familiales. Emmanuel Macron, qui avait promis de protéger l’agriculture nationale, a cédé sous la pression internationale, trahissant les paysans français au profit d’une élite bruxelloise déconnectée.

Une concurrence déloyale qui anéantit les filières françaises

L’accord Mercosur ouvre grand les portes à des importations massives de produits agricoles sud-américains, produits avec des normes environnementales, sanitaires et sociales bien inférieures à celles imposées en Europe. Imaginez : des dizaines de milliers de tonnes de bœuf, de volaille, de sucre, de riz, de miel et de soja entrant sur le marché européen sans droits de douane, ou avec des quotas détaxés. Ces produits, issus de pratiques interdites en France – comme l’utilisation de pesticides bannis, la déforestation massive ou des conditions de travail précaires – viendront inonder nos étals à des prix imbattables.

Pour les agriculteurs français, déjà écrasés par des réglementations européennes draconiennes et des coûts de production exorbitants, c’est la catastrophe.

La filière bovine, par exemple, risque de s’effondrer sous le poids de cette concurrence. Des secteurs entiers comme la viande, les céréales et les produits laitiers pourraient voir leurs prix chuter, entraînant faillites en cascade et désertification rurale. Selon des projections alarmantes, la France, déjà importatrice nette de 60 % de sa volaille et de 40-60 % de ses fruits et légumes, deviendrait encore plus dépendante d’importations étrangères. Nos normes strictes, censées protéger l’environnement et la santé, deviennent un handicap insurmontable face à des concurrents qui n’ont aucune contrainte équivalente. C’est une hypocrisie flagrante : l’Europe impose des règles vertueuses à ses propres producteurs tout en important ce qu’elle interdit de produire localement.

Le revirement honteux de Macron et la pression dictatoriale de Bruxelles

Emmanuel Macron, qui s’était posé en défenseur des agriculteurs en promettant un veto français, a opéré un revirement spectaculaire. Il a qualifié l’accord de « plutôt positif » après avoir obtenu des clauses de sauvegarde renforcées, jugées totalement insuffisantes par les syndicats agricoles. Ce changement de cap a déclenché une fureur légitime dans le monde rural. La FNSEA dénonce une « reniement total » et un « affront », tandis que la Coordination Rurale parle d’un « jeu de dupes » où Macron sacrifie l’agriculture française pour plaire au Brésil. Lula da Silva, président brésilien, a publiquement pressé Macron d’ouvrir son cœur à cet accord, affirmant que la décision relève de l’UE et non des États individuels.

Cette ingérence révèle la perte de souveraineté : la France n’a plus voix au chapitre, réduite à un simple exécutant des diktats bruxellois.

Pire encore, l’UE impose cet accord malgré des contradictions internes flagrantes. Des hauts représentants comme Kaja Kallas et António Costa se contredisent publiquement sur l’état des négociations, révélant un processus opaque et antidémocratique. L’Allemagne, sous pression de Berlin, a supprimé en secret une clause protectrice qui garantissait que l’accord ne s’appliquerait pas sans ratification du Parlement européen. Cela ouvre la voie à une application provisoire dès mars 2026, contournant tout débat démocratique. C’est une dérive dictatoriale : Bruxelles agit comme un empire bureaucratique, ignorant les oppositions nationales et sanctionnant les récalcitrants. La France, avec son « non » isolé, s’est retrouvée marginalisée, tandis que des pays comme l’Allemagne et l’Espagne poussent pour une ratification rapide.

La colère des agriculteurs : un face-à-face explosif avec le pouvoir

Face à cette trahison, les agriculteurs français se mobilisent en masse. Des milliers de tracteurs ont bloqué Bruxelles et Paris, avec des barrages filtrants au Havre et des manifestations devant l’ANSES. Les quatre principaux syndicats – FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination Rurale et Confédération Paysanne – exigent l’abandon total de l’accord, rejetant les « concessions inédites » promises par le gouvernement comme des leurres inefficaces. « Mercosur = Non », clament-ils unanimement. Des actions sont promises dès janvier, potentiellement escaladant en un hiver de crise majeure.

Cette fureur n’est pas isolée : en Irlande, des milliers d’agriculteurs protestent contre l’externalisation de la sécurité alimentaire vers l’Amérique du Sud. En Espagne, les manifestations se multiplient.

Partout, la même crainte : un accord qui sacrifie les paysans européens pour des intérêts géopolitiques obscurs.

En France, 80 % des agriculteurs voient le Mercosur comme une menace mortelle, et 70 % des citoyens s’y opposent. Des appels à la destitution de Macron et au Frexit émergent, car cet accord symbolise l’échec total de l’UE : une machine à broyer les nations au profit d’une élite supranationale.

Pourquoi la France doit refuser : pour la survie et la souveraineté

Signer le Mercosur, c’est condamner notre agriculture à une mort lente. C’est ignorer les crises cumulées – comme l’épizootie de dermatose nodulaire bovine – et ajouter des accords cumulatifs comme celui avec l’Ukraine, qui augmentent les quotas d’importations bon marché. C’est renoncer à notre principe de précaution et à notre démocratie. La France doit saisir la Cour de justice de l’UE pour contester cet accord illégitime et suspendre toute ratification. Seule une mobilisation massive peut inverser la tendance. Le Mercosur n’est pas un progrès ; c’est un poison pour notre avenir. La France libre et souveraine doit dire non, pour sauver ses agriculteurs et son modèle alimentaire.

https://multipol360.com/mercosur-la-trahison-europeenne-qui-signe-larret-de-mort-de-lagriculture-francaise/

 

Le "Trumpiste" +500 milliards $ = + de 1 400 $/êtres américains à l'échelle individuelle ! Cool....

Trump réclame 500 milliards de dollars supplémentaires pour le Pentagone face à l'explosion des déficits 
 
La semaine dernière, le président Donald Trump a annoncé qu'il demanderait au Congrès un budget de la défense de 1 500 milliards de dollars pour 2027, soit une augmentation colossale de 500 milliards de dollars par rapport au budget militaire de 2026. Cette proposition de hausse des dépenses témoigne de l'importance accordée par l'administration Trump à l'engagement de nouveaux conflits et de la propension de la Maison Blanche à dépenser l'argent du contribuable. 
 
 
 
L'engagement de Trump d'augmenter les budgets militaires de 50 % intervient alors que les dépenses fédérales de ce nouvel exercice budgétaire figurent parmi les plus élevées jamais enregistrées. Trois mois seulement après le début de l'exercice (qui a commencé le 1er octobre), le gouvernement fédéral a déjà dépensé plus de 1 800 milliards de dollars, soit le deuxième niveau de dépenses le plus élevé de l'histoire pour cette période, même en tenant compte de l'inflation. Sans surprise, le déficit public fédéral s'élève à 602 milliards de dollars. Il s'agit du troisième déficit le plus élevé jamais enregistré pour cette période (après ajustement de l'inflation), après les dépenses liées à la panique du Covid et à la dernière année de mandat de Biden.
 

 
Malgré les affirmations répétées des partisans de Trump depuis des mois selon lesquelles nous verrons « bientôt » d'importantes coupes dans les dépenses fédérales, rien n'indique que ce soit le cas. Au contraire, Trump réclame désormais un demi-milliard de dollars supplémentaires pour financer ses proches dans l'industrie de la défense et acquérir davantage d'équipements militaires afin de menacer les alliés et partenaires commerciaux de longue date des États-Unis, comme le Danemark.
 
 

 
Ce sera le premier exercice budgétaire durant lequel l'administration Trump sera fermement au pouvoir, et si l'on s'en tient aux chiffres, il est difficile de constater une quelconque différence avec les années Biden. Cependant, si Trump obtient gain de cause en matière de dépenses militaires, nous observerons un changement notable par rapport aux années Biden : les dépenses fédérales seront bien plus élevées. 
 
Une augmentation de 50 % des dépenses militaires ? 
 
Dans une publication sur sa plateforme de médias sociaux Truth Social la semaine dernière, Trump a déclaré : 
 
Après de longues et difficiles négociations avec des sénateurs, des membres du Congrès, des secrétaires et d'autres représentants politiques, j'ai décidé que, pour le bien de notre pays, surtout en ces temps troublés et dangereux, notre budget militaire pour l'année 2027 ne devrait pas s'élever à 1 000 milliards de dollars, mais plutôt à 1 500 milliards de dollars… Cela nous permettra de bâtir l'« armée de rêve » à laquelle nous avons droit depuis longtemps et, plus important encore, de garantir notre sécurité, quel que soit l'ennemi.
 

Les dépenses militaires américaines ont tendance à augmenter presque chaque année. Toutefois, ces dernières années, l'inflation a été si importante que, corrigée de l'inflation, elle est restée globalement stable autour de 915 000 milliards de dollars depuis 2024. À ce niveau, les dépenses militaires dépassent déjà celles des années 1980, période de course aux armements entre les États-Unis et l'Union soviétique. Bien que l'Union soviétique – une superpuissance trois fois plus vaste que les États-Unis – ait disparu, les États-Unis n'ont cessé d'accroître leurs dépenses militaires depuis le début des guerres contre l'Irak et l'Afghanistan. Après avoir dépensé des milliers de milliards de dollars pour « démocratiser » le Moyen-Orient et vaincre « l'axe du mal », ces guerres ont été perdues, mais l'héritage financier de ces dépenses demeure. 
 
 Une augmentation supplémentaire de 500 milliards de dollars serait néanmoins considérable par rapport aux augmentations de dépenses habituelles, comme on peut le constater en traçant un graphique. Une telle augmentation serait tout simplement hors normes.
 

 
Si l'on ajoute les dépenses pour les anciens combattants — qui ne sont en réalité que des dépenses militaires différées, classées dans une catégorie distincte pour des raisons politiques —, le total des dépenses militaires atteindrait 1 800 milliards de dollars si Trump obtenait gain de cause. 
 
Augmentation des dépenses et des déficits 
 
Où l'administration trouvera-t-elle ces 500 milliards de dollars supplémentaires ? Il est fort probable qu'une grande partie provienne d'un accroissement de la dette fédérale et d'un creusement des déficits. Rappelons-nous qu'au cours de cet exercice budgétaire, le gouvernement fédéral a accumulé environ 200 milliards de dollars de déficits par mois. Compte tenu des tendances récentes, cela se traduira probablement par un déficit annuel de plus de 1 500 à 1 800 milliards de dollars. Si Trump obtient l'augmentation des dépenses militaires qu'il souhaite, nous serons confrontés à des déficits annuels de plus de 2 000 milliards de dollars. Même si Trump se contente de la moitié de son objectif et que le gouvernement fédéral ne dépense « que » 250 milliards de dollars supplémentaires pour le Pentagone, cela portera les déficits annuels à des niveaux jamais atteints, hormis pendant la crise du Covid-19. 
 
Les recettes douanières n'auront pas d'incidence significative. Même après des mois de hausse des nouveaux droits de douane (c'est-à-dire des taxes à l'importation), les dépenses du gouvernement fédéral augmentent plus vite que les recettes douanières ne sont perçues. Bien que l'administration ait affirmé à tort que les recettes douanières s'élevaient à 600 milliards de dollars, le montant réel est inférieur à la moitié, soit environ 280 milliards de dollars pour la quasi-totalité de l'année. Même avec l'augmentation des recettes fiscales sur les importations, cela représente toujours moins de 3 % des recettes fiscales fédérales.
 
 
 
De plus, tout ralentissement significatif de l'emploi ou de la croissance économique réduira considérablement les recettes fiscales en général. Lorsque cela se produira – et c'est inévitable –, le déficit explosera. 
 
Rien ne permet non plus de croire que l'administration ou la majorité au Congrès procéderont à des coupes importantes dans d'autres programmes. Nous ne verrons aucune réduction significative de la Sécurité sociale, de Medicare, de Medicaid, ni d'aucun autre programme majeur qui représente la grande majorité des dépenses fédérales. 
 
Face à tout cela, certains pourraient, à l'instar de Dick Cheney, déclarer que « les déficits n'ont pas d'importance ». Pourtant, les Américains paient cher pour ces déficits. Le nouveau rapport du Trésor montre, par exemple, que les contribuables ont payé plus de 300 milliards de dollars d'intérêts sur la dette nationale au cours des trois premiers mois de cet exercice budgétaire.  
 
Autrement dit, les États-Unis sont en passe – une fois de plus – de débourser plus de mille milliards de dollars d'intérêts cette année. Mille milliards de dollars sans aucun nouveau service ni ressource d'aucune sorte. Les intérêts de la dette sont supportés par les contribuables, qui doivent désormais payer pour des guerres perdues et des dépenses sociales inutiles, financées alors que nombre d'entre eux étaient enfants. Donald Trump veut alourdir le fardeau des contribuables avec des centaines de milliards de dollars de dépenses supplémentaires et des milliers de milliards de dollars d'obligations futures liées à la dette fédérale. Autrement dit, une analyse récente suggère que le coût pour les contribuables américains d'« acheter » le Groenland s'élèverait à 700 milliards de dollars. Autrement dit, le contribuable américain paie chaque année, en intérêts, l'équivalent de plus d'un Groenland. 
 
En effet, à l'échelle individuelle, 500 milliards de dollars représentent plus de 1 400 dollars par homme, femme et enfant aux États-Unis. Pour un foyer composé de deux adultes et un enfant, cela représente en moyenne plus de 3 000 dollars par foyer. Sachant que toute dépense militaire supplémentaire sera au moins partiellement financée par une nouvelle dette fédérale, il faut également prendre en compte les intérêts futurs que les contribuables devront payer indéfiniment. 
 
À ce stade, la plupart des partisans de l'administration hausseront probablement les épaules et trouveront des prétextes pour justifier l'augmentation des dépenses, comme par exemple prétendre que les Chinois occuperont le Groenland si les contribuables américains ne se plient pas à leurs exigences et ne déboursent pas des centaines de milliards de dollars supplémentaires pour la « défense ». Ce phénomène illustre bien à quel point les libéraux radicaux du laissez-faire avaient raison : la guerre a toujours été l'un des plus grands atouts des régimes en place en quête de pouvoir politique. Presque partout et à toutes les époques, il a été relativement facile d'effrayer les contribuables – généralement ignorants de tout ce qui se passe en dehors de leur communauté – afin qu'ils abandonnent toujours plus de liberté et de ressources à l'État au nom de la sécurité et de la « défense nationale ».
 
 

 
Ryan McMaken ( @ryanmcmaken) is editor-in-chief at the Mises Institute, a former economist for the State of Colorado... 
 

 
 
SACRÉE NOUVELLE. Le président Trump vient de réduire LE DÉFICIT COMMERCIAL des États-Unis DE MOITIÉ, le plus bas depuis près de 20 ans, CNBC est totalement sous le choc!
"Accrochez-vous, C'EST INCROYABLE. - 29,4 milliards de dollars, nous l'avons RÉDUIT DE MOITIÉ!"
"En mars, c'était 136 milliards de dollars. Maintenant, moins de 30 milliards. Nous n'avons pas été aussi bas depuis longtemps - je n'ai pas assez d'ARCHIVES pour remonter aussi loin!"
Excusez-vous auprès de Donald Trump et Scott Bessent. ILS AVAIENT RAISON!
 

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons et Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?! Jacques Attali

Français, soyons excellents ou nous disparaitrons !

Même le plus fieffé des optimistes ne peut nier que l’Europe, entourée de prédateurs, n’est pas à la hauteur des enjeux : on y travaille beaucoup moins qu’ailleurs, les retraités y sont mieux traités que les actifs, peu d’entreprises nouvelles y surgissent ; les innovateurs la quittent ; les entreprises étrangères y investissent très peu dans les domaines de pointe ; on y fait de moins en moins d’enfants ; on y forme beaucoup moins d’ingénieurs que sur tous les autres continents.  Et c’est particulièrement vrai en France, qui ressemble maintenant à un camion fou lancé dans une grande descente, avec quatre ou cinq chauffeurs sans permis se disputant le volant.


Sans aligner trop de chiffres, juste quelques-uns : quand la Chine consacre 9% de son PIB à la recherche et l’innovation, et l’Allemagne et le Japon plus de 3,5%, la France est, pour la première fois depuis 1981, en dessous de 2%. Quand le Japon et l’Allemagne, pays vieillissants s’il en est, consacrent 9, 5% de leur PIB au financement des retraites, la France y consacre 15% et bien plus si on tient compte de toutes les dépenses associées à l’âge.  En France, on part à la retraite trois ans avant les autres pays européens qui sont d’ailleurs en train d’augmenter encore l’âge de départ ; et près de la moitié de la dette publique française est liée à la mauvaise gestion des retraites, à un moment où le système scolaire est aux abois, les hôpitaux au bord de la faillite et où la natalité s’effondre, rendant impossible de financer durablement les retraites à leurs niveaux actuels. Quand l’Allemagne fait le plein de ses écoles d’ingénieurs, la France a le plus grand mal à trouver des candidats, et surtout des candidates, pour remplir les siennes. Quand les autres pays ont un gouvernement, avec un budget, des priorités claires et un horizon suffisamment éclairci pour que les entrepreneurs aient un peu envie d’investir, il faudrait être fou pour investir en France, pays qui n’a pas de budget, dont le gouvernement   abandonne ses rares  réformes  courageuses pour durer quelques jours de plus, où  tous les partis   se contentent de promesses démagogiques,  de  concessions insensées à tous les groupes d’intérêt,  où   on en  est à désigner des boucs émissaires , où  les palinodies d’un parlement balkanisé   participent d’un suicide collectif.  Et où il n’y a plus personne pour indiquer un cap et s’y tenir.

Pas étonnant alors que la démocratie, et les élites qui ont conduit à ce désastre, soient remises en cause ; et que beaucoup en viennent à penser qu’un gouvernement autoritaire, ou au moins illibéral, débarrassé des technocrates, ne ferait pas pire et au moins mettrait de l’ordre.  Pas étonnant non-plus que les partis qui prônent cela soient à la fois xénophobes, antieuropéens, nationalistes et populistes.

L’avenir est alors tout tracé : une victoire à venir du Rassemblement National, qui assumera la volonté de faire de la France un pays isolé, moyen, sans volonté d’excellence et de puissance, un pays qui se flattera d’être gouverné par des gens non diplômés parce que les super diplômés auront montré leur incompétence. Car le programme de ce parti se résume, quoique disent ceux qui le dirigent, à : « Plus d’impôt. Moins d’étrangers.  Moins de travailleurs.  Moins d’Europe. Moins d’excellence ». Sa mise en œuvre, applaudie par les retraités et par tous les nostalgiques d’une France imaginaire, ne fera qu’aggraver la crise financière du pays. Les élites en partiront, les investisseurs et les chercheurs étrangers en feront autant. La dette publique augmentera. Jusqu’à ce que les marchés, ou le FMI, ou Bruxelles, viennent rappeler le réel, comme ils l’ont fait à d’autres pays, qui y ont laissé la moitié de leur niveau de vie.

Et c’est ce qui attend la France dans moins de dix-huit mois. Par la faute de ceux qui n’ont pas eu le courage, depuis tant d’années, d’entreprendre les réformes nécessaires, en préférant jouir du pouvoir plutôt que de s’en servir pour porter plus haut le pays. Et de tous ceux qui, aujourd’hui, lâchement, rallient les puissants à venir, pour ne pas perdre leurs privilèges.

On a encore la possibilité de réagir. De ne pas se résigner. De ne pas prendre acte d’une étrange défaite.  De mettre en avant une jeunesse magnifique, qui ne demande qu’à se mettre au travail   et à s’ouvrir au monde, ; qui enrage de voir la place laissée aux rentiers de toutes nature, retraités ou employés  surnuméraires d’administrations pléthoriques, alors qu’on manque tant d’ingénieurs, de professeurs, d’infirmières, d’ouvriers qualifiés, de médecins, de policiers, de paysans, et de tant d’autres métiers vitaux pour l’avenir du pays  et en particulier pour affronter les problèmes environnementaux de demain.  Cela suppose des réformes courageuses. Par exemple, les retraités doivent accepter de voir leur part du revenu national baisser, et vivre en dépensant leur patrimoine, lorsqu’ils en ont un, et pas des impôts payés par ceux qui travaillent. Et il faut bien accueillir et très bien intégrer un grand nombre d’étrangers, soigneusement choisis, pour ne pas disparaître.

Il ne reste pas beaucoup de temps pour réagir. Pour donner le pouvoir aux plus jeunes. La réponse n’est sûrement pas dans les partis actuels, qui ne proposent rien et ne pensent qu’à continuer à profiter des prébendes publiques. Elle est dans un sursaut des entreprises, des associations, des syndicats, des chercheurs, des jeunes, des gens de bonne volonté, qui croient encore que la France et l’Europe doivent viser l’excellence et rester, pour cela, ouvertes au monde. C’est parmi eux que se trouvent les sources d’un éveil. En espérant qu’il ne tarde pas trop.

http://www.attali.com/societe/francais-soyons-excellents-ou-nous-disparaitrons/ 


Sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté ?

Depuis quelques mois, chacun a compris l’importance de ne pas dépendre d’une source unique de produits agricoles, d’énergie, de matières premières, de composants, d’armement. Et de bien d’autres choses. Aux États-Unis, en Europe, en Chine, a commencé la chasse aux dépendances. Personne, nulle part en Occident au moins, ne veut plus se trouver en situation d’avoir besoin d’attendre l’accord des Chinois pour avoir les aimants nécessaires à son industrie automobile. Aucun industriel chinois ne veut plus dépendre des microprocesseurs graphiques et des plateformes de calcul fabriqués par Nvidia. Aucune entreprise américaine ne veut plus dépendre des Chinois pour les terres rares et les matériaux critiques. Les Européens réalisent la sujétion dans lesquels ils se sont placés en n’ayant aucun acteur sérieux dans les messageries numériques, les monnaies digitales, les centres de données et les matériaux critiques, sans compter leur vieille dépendance aux énergies fossiles venues d’ailleurs.  Aucun de ces pays ne veut dépendre d’autres pour se nourrir. Beaucoup de ces pays, pour d’autres raisons, souhaitent réduire leur dépendance à l’égard des travailleurs étrangers, sans qui, pourtant, la plupart des tâches essentielles, invisibles, sans laquelle aucune société ne pourrait fonctionner, ne seraient pas remplies.  Enfin, dépendance ultime, nous sommes souvent, consciemment ou non, dépendant de gens que nous laissons mourir pour nous, au travail ou au combat, sans trop vouloir les voir, parce qu’ils sont loin, porteurs de notre honte, combattants ukrainiens dans les tranchées du Donbass ou travailleurs ouïghours dans les ateliers de Shein.

Quel prix serions-nous prêts à payer pour échapper à ces dépendances ?

D’abord, la souveraineté est inflationniste. C’est très évident, quand elle se manifeste par des droits de douane, qui visent à réduire l’incitation à acheter des produits étrangers. Tout aussi évident quand il s’agit de se priver de travailleurs étrangers sur notre sol, ou des produits fabriqués par des travailleurs étrangers surexploités chez eux. Tout aussi évident quand il s’agit d’assurer la production des produits agricoles vitaux. Un peu moins évident quand il s’agit de diversifier nos sources d’approvisionnement en matériaux critiques, en terres rares, en composants électroniques, en microprocesseurs, en sources d’énergie fossile. Moins encore évident, mais tout aussi réel quand il s’agit d’investir pour se doter de ressources et d’usines sur le sol national recyclant des matériaux déjà utilisés, ou développant des sources nouvelles d’énergie, ou des installations de raffinage de matériaux très largement disponibles à l’état brut, mais raffinés pour l’essentiel aujourd’hui en Chine. Déjà, aux Etats-Unis, l’inflation revient, en raison de cette obsession antichinoise, principale menace à la souveraineté américaine, et en raison d’une politique anti-immigré faisant apparaitre la dépendance totale de l’économie américaine aux 31 millions de travailleurs nés à l’étranger, dont près de la moitié sont encore en situation irrégulière et dont dépendent toutes les industries et tous les services américains. On peut donc s’attendre à ce que la question de l’inflation, c’est-à-dire du pouvoir d’achat pèse plus que jamais dans les prochaines échéances électorales aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe.

Ensuite, la souveraineté est fiscalement coûteuse : pour être souverain, il faut se lancer dans des investissements très lourds, que le secteur privé ne trouvera pas toujours utile d’initier. Il faudra en particulier que le secteur public insiste pour que se développent des centrales nucléaires, mobiles, grandes ou très grandes, qu’il fasse ce qu’il faut pour aider les entreprises privées à automatiser les productions qu’elles ne pourront plus sous-traiter à des travailleurs étrangers.  Plus généralement, il faudra que l’État intervienne plus activement par des réglementations pour inciter à consommer des produits locaux et pour imposer aux productions étrangères des barrières, tarifaires ou non. La souveraineté supposera des impôts supplémentaires ou des choix budgétaires exigeants.

Ensuite la souveraineté est géopolitiquement contraignante. Elle oblige à diversifier ses alliances, à multiplier ses sources d’approvisionnement, à prendre garde à ses ennemis, même parmi ses alliés.

Enfin, la recherche de souveraineté est militairement exigeante : Pour être réellement souverain, il faut que ses armements soient produits nationalement, ou au moins par des alliés fiables, ne pas dépendre d’eux, ou au moins pas d’un seul, pour les renouveler, pour disposer de pièces de rechange, et pour en avoir un droit d’usage plein et entier. Plus encore, il n’y a pas de véritable souveraineté sans préparation au combat. En clair, on ne peut pas être souverain, ultimement, si on n’est pas prêt à mourir pour la liberté de ses enfants.  Qui y est prêt, aux États-Unis, où plus grand monde veut accepter d’engager des troupes sur les théâtres extérieurs d’opération ?   En Europe, où l’idée de mourir pour Kiev ou Vilnius n’enthousiasme personne ? Sauf en Chine, ou le patriotisme semble encore indiscuté ?

Oui, la liberté a un coût. Mais elle rapporte aussi un bénéfice :  Sur le terrain économique, ce sont les nations ayant les premières pris conscience d’un risque de manque et ayant eu la force d’y répondre qui ont développé les technologies de remplacement de ces manques : Les Provinces-Unies, avec l’industrie des colorants, quand elles étaient trop dépendantes des céréales. La Grande-Bretagne avec l’industrie du charbon fossile, quand les sources d’énergie antérieures se sont taries.  Plus largement, la lutte contre les raretés, et la recherche de la souveraineté ont été à la source de la plupart des innovations majeures et des alliances des deux derniers millénaires ; elle peut   encore, aujourd’hui, conduire, en Europe, à un sursaut scientifique et technologique et au rassemblement   de nations comprenant que leur souveraineté   passe par un altruisme rationnel à l’égard de leurs alliés.

Mal pensée, la recherche de souveraineté conduira à la récession, à l’inflation, à la xénophobie, à la dictature et à la guerre, comme cela s’annonce dans toutes les tentatives national-populistes qu’on voit fleurir aujourd’hui   aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Bien pensée, la volonté d’être souverain peut être l’occasion de rapprochements entre voisins pour penser ensemble un monde plus dynamique, plus juste, plus innovant, plus durable, et plus pacifique.

Jacques Attali 

 Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

https://www.attali.com/economie-positive/sommes-nous-prets-a-payer-le-prix-de-la-souverainete/ 

 

 

 

janvier 15, 2026

Comprendre le monde d'aujourd'hui, analyses et visions avec Marcel Gauchet

Entretien avec Marcel Gauchet par Stéphane Rozès : « La société produit des individus qui ne se reconnaissent pas en elle »

Philosophe et historien majeur de la démocratie contemporaine, Marcel Gauchet développe depuis plusieurs décennies une œuvre consacrée à la sortie de la religion, à l’autonomie politique et aux transformations profondes des sociétés modernes.


Philosophe et historien majeur de la démocratie contemporaine, Marcel Gauchet développe depuis plusieurs décennies une œuvre consacrée à la sortie de la religion, à l’autonomie politique et aux transformations profondes des sociétés modernes. Dans Le Nœud démocratique, il propose une lecture structurante de la crise actuelle des démocraties, en articulant mondialisation, individualisation et affaiblissement du cadre politique collectif. Un entretien conduit par Stéphane Rozès, consacré aux lignes de fracture du moment présent et aux conditions de possibilité d’un rééquilibrage démocratique.

Stéphane Rozès : Nous vous remercions, Marcel Gauchet, de nous accorder cet entretien. On ne vous présente plus, tant votre œuvre de philosophe et d’historien est connue dans ses grandes lignes en France et à l’étranger. Votre pensée est en mouvement. Votre dernier ouvrage, Le Nœud démocratique. Aux origines de la crise néolibérale (Gallimard, octobre 2024), est important car vous y pensez l’articulation entre votre thèse séminale sur le désenchantement démocratique, que vous commencez à élaborer à la fin des années 1970, et la crise générée aujourd’hui par le néolibéralisme. Cet ouvrage récapitule et précise votre pensée à l’épreuve du moment actuel. Vous écrivez : « La réalité est que nous sommes sous le coup d’une des plus grandes ruptures de l’histoire humaine… qui préside aux changements fondamentaux de la condition individuelle et collective. » Comment résumeriez-vous le caractère novateur de la période et de ce nouvel opus ?

Marcel Gauchet : On a affaire à une crise générale du monde démocratique. Je crois qu’il n’y a pas de démocratie qui se porte très bien, même si ce marasme revêt autant de déclinaisons nationales qu’il y a de cultures politiques nationales. Il faut donc examiner chaque cas pour lui-même, tout en ne perdant pas de vue qu’il s’agit d’un phénomène global.

Le phénomène global, c’est la mise en place d’une sorte d’équation qui bouleverse complètement les repères de toutes les sociétés politiques. Elle se résume en deux éléments majeurs : d’une part, la mondialisation par le haut, qui relativise tous les espaces nationaux ; d’autre part, par le bas, l’individualisation radicale des sociétés occidentales – on ne parle pas ici de l’Inde ou de la Chine –, une individualisation qui se fait contre ce qui constituait séculairement le cadre politique de la vie économique comme de la vie politique.

L’espace national se voit ainsi, à tout le moins, relativisé. Pour beaucoup, il est radicalement contesté, tandis que pour d’autres il représente ce qu’il faut absolument sauver. Il y a là une ligne de partage qui traverse toutes les sociétés démocratiques et qui explique, à mon avis, un phénomène frappant observable partout : l’apparition d’un nouveau clivage peuple/élite. On a affaire à des gens qui ne peuvent même plus se parler, à la limite, parce qu’ils vivent dans deux espaces intellectuels totalement différents.

Pour les uns, il s’agit de sauver un semblant de souveraineté collective, donc le cadre national qui la porte ; pour les autres, la vie est ailleurs : dans le grand large ou à l’intérieur de systèmes que l’on appelle rapidement « État de droit », mais qui sont en réalité des systèmes valorisant exclusivement les libertés individuelles.

Le néolibéralisme et le remaniement souterrain des sociétés

À partir de ce tableau, très grossier, se pose la question de savoir d’où cela vient. Il y a la bonne vieille interprétation selon laquelle il s’agirait encore d’un mauvais coup du capitalisme. Il y a là une part de vérité, sur le plan descriptif, car cette situation est, de fait, très favorable au développement d’un capitalisme financiarisé global, qui produit en retour des effets ravageurs sur la vie économique et sociale de nos sociétés.

Mais la question est de savoir si le capitalisme en est le moteur. À mon avis, non. Le capitalisme n’est pas le moteur ; il est le profiteur d’une situation qui lui échappe largement, mais dont il bénéficie. Je pense que ce contexte est une divine surprise pour les capitalistes – mais pas du tout anticipée. C’est le gros lot qu’ils n’attendaient pas.

Le fond du livre consiste précisément à essayer de comprendre ce qui se trouve derrière ce remaniement souterrain de la vie de toutes les sociétés occidentales, qui les place sous l’emprise d’un nouveau système de repères, agissant à la fois par le haut et par le bas, et bouleversant l’ensemble des institutions ainsi que le fonctionnement quotidien de la vie en société.

La sortie de la religion et la crise des repères collectifs

Ma thèse (qui nous fait entrer sur un terrain un peu abstrait, un peu théorique) est que nous avons affaire à l’aboutissement d’un mouvement très ancien et très profond, qui concerne la structuration même de nos sociétés, sur les plans politique, juridique et temporel. Il s’agit d’une réorganisation structurelle liée à ce que j’ai appelé, il y a longtemps déjà, la sortie de la religion.

La sortie de la religion ne signifie pas la disparition de la religion dans la conscience individuelle, mais la fin de son empreinte sociale, de son rôle dans le façonnement des repères collectifs.

Ce processus est entré dans une nouvelle phase il y a une cinquantaine d’années, que l’on peut considérer comme sa phase finale. Il correspond à la liquidation de ce qui subsistait de l’ancien moule religieux dans la vision du pouvoir, des liens entre les êtres, des formes d’autorité ou encore du rapport au passé.

Il entraîne une réorganisation des communautés politiques sur de nouvelles bases, tant du point de vue de l’organisation politique que de la condition personnelle. Tout se tient dans ces données. L’individualisme, généralement reconnu comme l’une des grandes nouveautés de l’état social actuel, en est une illustration parlante. C’est une notion à la fois juridique et sociologique. L’individualisation passe par des demandes de droits personnels abstraits, mais elle touche aussi à la manière dont les individus vivent leurs droits et les expriment.

L’individualisation ne se limite pas à la sphère juridique. Elle affecte profondément la manière dont les individus se vivent eux-mêmes. On le voit notamment dans un phénomène comme la crise identitaire. La prégnance de la forme religieuse se traduisait historiquement par la force du lien au passé. Ce lien assignait une identité aux personnes : vous étiez le descendant de vos ancêtres. Pendant longtemps, l’école a pu transmettre une continuité historique facilement intelligible. Les enfants se reconnaissaient dans une double généalogie : familiale et nationale.

« Nos ancêtres les Gaulois », Jeanne d’Arc, le chevalier Bayard, Napoléon ou Pasteur définissaient une lignée. Aujourd’hui, cette évidence du lien ancestral a disparu. Les individus n’ont plus de généalogie collective assurée. Ils bricolent des identités, ils les reconstruisent de manière plus ou moins imaginaire.

C’est ce qui explique la difficulté croissante à enseigner l’histoire : pour les enfants, elle n’a plus de portée existentielle immédiate. C’est pourquoi, soit dit au passage, je ne crois absolument pas à l’idée d’un « mémoricide » intentionnel, comme le soutient Philippe de Villiers. Il ne s’agit pas d’un projet conscient, mais d’un effondrement spontané, beaucoup plus profond. Il faut l’attribuer à l’effacement du cadre implicite que continuait de fournir, à bas bruit, l’ancienne structure religieuse. Cette rupture a son équivalent dans tous les secteurs de la vie collective. L’évidence de l’appartenance à la nation n’est pas moins brouillée.

Stéphane Rozès : Oui, vous montrez bien, dans Le Nœud démocratique, en continuité avec votre grande thèse sur le passage de l’hétéronomie de nature religieuse à l’autonomie de nature politique, comment c’est une véritable « engrammation » de la société elle-même qui est en jeu. Vous dites que l’avantage du dévoilement qui s’opère, c’est la nécessité d’aller chercher le substrat politique du néolibéralisme. Ce qui est tout à fait passionnant, c’est que cela vous a permis de repérer une question qui avait été largement sous-estimée par la plupart : celle de ce que vous appelez « l’être-ensemble en société ».

La question mésestimée de l’être-ensemble des sociétés

Le néolibéralisme fait apparaître ce noyau de l’être-ensemble par contraste, dans la mesure même où il le nie. La conviction néolibérale fondamentale, dans son double aspect économique et sociétal, est le caractère résiduel des États-nations. Ils sont implicitement tenus pour un état provisoire de la communauté humaine, fort certes de l’héritage des siècles, mais en train de s’éroder progressivement sous l’effet conjugué de la dynamique des marchés et de l’englobement par des organisations internationales assurant la coexistence globale.

C’est précisément la philosophie de la globalisation. Elle trouve son incarnation majeure dans l’Union européenne. L’aménagement postnational qu’elle a mis en place se voulait (ou se veut encore) une sorte d’avant-garde d’un mouvement historique destiné à se généraliser à l’échelle planétaire.

Évidemment, cela ne fonctionne pas, et c’est ce que la crise nous révèle. Ce prétendu dépassement des nations est, à mes yeux, une illusion d’optique totale. La grande question du XXIᵉ siècle est désormais engagée : les États-nations sont-ils voués à s’évanouir dans une société civile mondiale, ou bien sont-ils destinés à demeurer la pierre angulaire de la condition politique ?

Je ne reviens pas ici sur la généalogie de la forme État-nation, qui constitue en soi un problème important. Je veux simplement souligner l’enjeu fondamental : il engage la possibilité même pour l’humanité de s’organiser en communautés capables de se donner leurs propres règles.

Cela ne relève pas d’un simple processus intellectuel. C’est quelque chose qui suppose un cadre pratique, que l’on appelle le politique. Le politique représente l’infrastructure opératoire de la politique, celle par laquelle passe l’autodéfinition explicite des règles que se donne une communauté. Cette infrastructure lui permet à la fois de fonctionner intellectuellement et d’être efficace en pratique, notamment pour gérer la question la plus difficile qui soit : le rapport entre l’individuel et le collectif.

Historiquement, la politique n’existait pas. Il n’y avait que le politique, c’est-à-dire un pouvoir légitimé religieusement, coiffant une hiérarchie de groupes imposant leur loi à leurs membres. L’État-nation tel que nous le connaissons est né d’une transformation du politique, faisant place à la libre expression d’une société d’individus : la politique.

Nous sommes toutefois confrontés à un problème au stade actuel de cette individualisation. L’encadrement souterrain de la politique par le politique est devenu si puissant qu’il crée chez les individus l’illusion qu’ils existent par eux-mêmes, alors qu’ils n’existent que par la société. Nous faisons aujourd’hui l’épreuve d’une société qui consacre l’essentiel de ses moyens à produire des individus qui ne reconnaissent pas la société qui les fait exister.

Empiriquement, c’est sans doute la contradiction la plus manifeste de notre vie publique. Elle se donne à voir de manière très concrète dans les débats budgétaires : pour le dire brutalement, les gens veulent des services pour lesquels ils ne veulent pas payer.

Cette contradiction est le pendant exact de celle que j’évoquais à propos de l’État-nation, comme si les marchés pouvaient déployer leur auto-organisation en se passant de l’infrastructure politique qui les rend possibles.

Le temps, l’histoire et le noyau de l’être-ensemble

Le noyau de l’être-ensemble ne se compose pas seulement du politique, qui constitue le tout, et du droit, qui règle les rapports entre l’individuel et le collectif. Il est fait aussi, et peut-être surtout, de temps – ou, pour être plus précis, d’une organisation de la temporalité collective.

Il y a société à partir du moment où existe une identité collective capable de se maintenir malgré le renouvellement permanent de ses membres par la naissance et la mort. Comment assurer cette permanence ? Historiquement, la réponse a été l’obéissance à la tradition, aux modèles fondateurs. Tant que l’on reconduit fidèlement les règles posées à l’origine, l’identité à travers le temps est garantie.

L’immense originalité des sociétés modernes est d’avoir tourné le dos à cette obéissance au passé au profit de l’invention de l’avenir. Concrètement, cela signifie que nous vivons dans des sociétés de l’économie et de l’innovation permanentes. Mais cette dynamique pose un nouveau problème : le changement est, sur un certain plan, ce qu’il y a de plus dangereux pour une société. Sans une synchronisation minimale, elle peut basculer dans le chaos.

Le politique, le droit et l’histoire (dans son acception moderne) constituent ainsi le noyau de l’être-ensemble que la crise néolibérale permet de cerner, précisément parce qu’elle le met en question. L’esprit néolibéral voit la politique, mais ignore le politique ; il ne veut connaître que l’individu, mais méconnaît la société qui le porte ; il valorise le changement, mais reste aveugle au besoin de stabilité.

Inversement, ces mêmes dimensions ont pu produire, dans d’autres configurations historiques, des résultats tout aussi catastrophiques : l’écrasement autoritaire, la sclérose passéiste, l’embrigadement totalitaire. La vie des sociétés oscille en permanence entre deux précipices. La condition politique a pour enjeu ultime d’essayer de les éviter.

Stéphane Rozès : Nous touchons ici à ce que vous appelez la « révolution des mutations » : mutations politiques, juridiques et historiques. Comment les sociétés travaillent-elles leurs équilibres pour parvenir au moment actuel, que vous décrivez comme l’achèvement de la société de l’autonomie politique, mais qui prend la forme paradoxale d’une société des individus ? Cette révolution des mutations ne nous dit-elle pas, en dernière analyse, que toutes les sociétés, même politiques, ont besoin d’hétéronomie ?

C’est l’une des interprétations spontanées auxquelles beaucoup sont portés face à la situation actuelle. Le sentiment dominant est celui d’une société qui se dérobe de toutes parts, où plus personne ne tient rien. Ce n’est pas une expérience totalement nouvelle : elle s’est déjà produite dans l’histoire et a donné naissance à l’aspiration à retrouver une unification intangible, l’unité des « masses », la communion avec un « leader » permettant de se fondre dans une sorte de « grand individu » surplombant tous les autres. Staline en a été le prototype.

Cette aspiration était justifiée par l’idée que l’on marchait vers la forme définitive de la société, sans divisions, sans classes et sans État. Aujourd’hui, nous sommes passés aux antipodes de cette perspective. Elle est devenue inimaginable. Il n’y a plus de leader inspiré. L’éparpillement individuel est total et le sentiment d’être emporté par un changement dont personne ne sait où il mène (sinon que l’on doute qu’il soit porteur d’un avenir meilleur) est largement partagé.

De ce point de vue, la promesse totalitaire a vécu. Mais la question demeure. Le défi politique inédit des démocraties est désormais de trouver les moyens de remédier à ce sentiment de perte de maîtrise sur nos vies. Vivre dans un monde que l’on ne comprend pas et dont on ne sait pas où il conduit n’est guère exaltant.

La division politique la plus profonde qui traverse aujourd’hui toutes les démocraties ne correspond plus aux clivages classiques entre droite et gauche. Elle oppose ceux qui estiment que la situation reste, au fond, acceptable et qu’il existe des moyens de s’en sortir individuellement, à ceux qui ne s’en sentent pas capables et pensent qu’il n’y a de salut que collectif.

La tension entre droits individuels et droits collectifs

Stéphane Rozès : Cette tension est-elle historiquement vertueuse ? Est-elle appelée à se résoudre ? Vous écrivez : « On ne fait pas de pronostics », mais, en théorie, cette tension est-elle féconde ? Vous précisez aussi que « le néolibéralisme n’est peut-être pas fini, mais il a montré ses limites ». Sommes-nous face à une crise d’adaptation, ou bien assistons-nous à un basculement vers autre chose, voire vers une situation chaotique ?

Je pense que cette tension comporte des aspects vertueux, dans la mesure où elle oblige à prendre en considération des questions que le débat politique courant tend à reléguer hors champ. Pour le reste, chacun sait que les prévisions historiques sont rarement couronnées de succès. J’assume néanmoins un optimisme méthodologique, si je puis dire, car je ne vois pas de facteurs déterminants qui interdiraient de dépasser le statu quo actuel.

Stéphane Rozès : Votre analyse laisse entendre que personne ne souhaite réellement revenir en arrière.

C’est en effet un facteur déterminant. Les émancipations individuelles constituent un acquis irréversible, sauf catastrophe absolue. On ne reviendra pas sur l’émancipation féminine, qui a été l’un des phénomènes majeurs des cinquante dernières années. On ne remettra pas les femmes aux fourneaux et au pied du berceau. Et il en va de même pour l’ensemble des transformations dites « sociétales ».

Elles s’inscrivent dans le sens du parcours occidental des derniers siècles, dont elles représentent un aboutissement, dont on ne peut que se féliciter, même si cela ne doit pas empêcher de regarder lucidement les problèmes qu’elles soulèvent.

De la même manière, sur un autre plan, on ne reviendra pas à un État-nation autarcique — d’autant plus qu’il n’a jamais réellement existé. Là encore, il y a un aboutissement. La nature même des nations est l’ouverture aux autres : la coopération. Une coopération qui n’est pas naïve, car elle s’inscrit dans un jeu concurrentiel. Mais la concurrence n’est pas la guerre.

Ce que nous ne savons pas encore faire, en revanche, c’est gérer ces données nouvelles de l’expérience collective d’une manière respectueuse des exigences fondamentales de l’esprit démocratique, qui se résument dans la notion de souveraineté du peuple.

Cela posé, je ne vois toujours pas de raison déterminante qui nous empêcherait d’y parvenir. Certains invoquent l’état du capitalisme, d’autres la technologie. Aucune de ces explications ne me paraît constituer un obstacle insurmontable. Nous avons déjà dépassé d’autres crises majeures, notamment la crise totalitaire. La mentalité totalitaire a dominé la vie politique européenne pendant un demi-siècle, et pourtant nous en sommes sortis.

Un Parlement qui dissout le peuple

Je crois que nous sommes face à la crise néolibérale exactement dans la même situation. Nous sommes au point bas d’un cycle historique susceptible de permettre le dépassement du marasme démocratique actuel. Comment cela se produira-t-il ? Par quels chemins ? Il est évidemment impossible de le dire précisément.

Ce ne sera pas une transformation instantanée, mais une entreprise de longue haleine, qui devrait nourrir l’ambition politique la plus noble des jeunes générations. J’y compte raisonnablement.

Nous sommes en train de digérer un changement fondamental des repères de la vie collective, une véritable révolution des profondeurs que personne n’avait anticipée. Nous sommes encore au milieu du gué : nous pataugeons, mais nous apprendrons à manier ces données nouvelles et à les maîtriser.

Stéphane Rozès : Dans la configuration actuelle, si l’on revient plus directement au politique, voyez-vous des leviers permettant une ressaisie à l’intérieur même du moment historique ? À la fin de votre ouvrage, vous évoquez la question environnementale, mais voyez-vous également des leviers politico-institutionnels capables d’éviter un emballement et de maintenir cette tension vertueuse que vous évoquez, afin de permettre aux sociétés de reprendre la maîtrise de leur destin sans revenir en arrière ?

Quels peuvent être ces leviers dans les démocraties ? Ils sont toujours du côté des aspirations des populations. Le problème central des démocraties libérales représentatives (pour leur donner leur nom complet) réside dans la manière de faire émerger ce vœu collectif et de le traduire politiquement.

Or le résultat concret des politiques néolibérales a été de produire des politiques antinomiques, mises en œuvre par des canaux institutionnels plus ou moins habiles, mais qui contournent les populations. L’alibi principal de ce contournement est la protection des droits individuels. Lorsqu’on évoque ces droits, chacun entend spontanément son propre droit, sa liberté personnelle.

C’est ici qu’une dose élémentaire de marxisme conserve toute son utilité. Parmi les droits individuels, l’un d’entre eux est décisif par ses conséquences : le droit de propriété. C’est celui qui protège prioritairement les intérêts les plus puissants.

Il ne s’agit évidemment pas d’en conclure que les droits personnels ne seraient qu’un masque destiné à camoufler la domination du capitalisme. Ce serait une erreur. Mais cela ne doit pas empêcher de voir le tour de passe-passe qui s’opère lorsque les droits individuels servent à neutraliser toute souveraineté collective.

Il faut remettre la démocratie à l’endroit, en se dégageant de ce leurre, et en restaurant au cœur de la vie publique le principe majoritaire.

La France offre à cet égard un exemple particulièrement significatif. Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, le Parlement a adopté le traité de Lisbonne en 2008, contredisant ainsi le vote massif des Français qui avaient rejeté le traité constitutionnel européen par référendum en 2005. Cet épisode marque symboliquement un tournant : un Parlement qui dissout le peuple.

Le référendum et l’abus de droit

Contre ces errements, il faut retrouver un principe simple : le fonctionnement démocratique repose sur l’expression de majorités claires. Il existe un remède, qui n’a rien d’original, mais qui, bien repensé, permettrait de rééquilibrer le processus démocratique : le référendum.

Je suis convaincu qu’il existe aujourd’hui une nouvelle actualité du référendum, sans rapport avec ses dévoiements plébiscitaires du passé. Le bon usage du référendum ne consiste pas à donner un blanc-seing aux pouvoirs en place, mais, au contraire, à apporter des réponses précises à des questions politiques difficiles à trancher.

Cela ne remet nullement en cause la légitimité des représentants élus. En tant que représentants, ils sont là pour mettre en œuvre le vœu majoritaire. Une fois celui-ci clairement exprimé, leur tâche demeure considérable : définir les conditions concrètes de sa mise en œuvre, arbitrer les calendriers, les budgets, les priorités. La vie parlementaire et gouvernementale est faite pour cela. Mais au moins s’inscrit-elle dans des orientations dans lesquelles les citoyens peuvent se reconnaître.

Il faut également aborder un autre problème, plus technique et plus épineux : ce que l’on peut appeler l’abus de droit, ou encore l’abus du rôle attribué aux juges dans le fonctionnement démocratique. C’est devenu un problème majeur.

L’abus de droit consiste à faire dire au droit ce que la politique refuse d’assumer. Or c’est à la politique de traiter les questions politiques. Le droit a évidemment toute sa place (une place irremplaçable), mais cette place ne lui permet pas de se substituer à la délibération politique.

C’est un axiome simple, qui devrait être au cœur de tout travail constitutionnel sérieux. Nous nous dirigeons vers un moment constitutionnel, au sens où il deviendra nécessaire de réécrire de manière plus précise et plus rigoureuse des textes souvent rédigés à une autre époque, avec des formulations vagues ou excessivement générales, auxquelles on peut faire dire à peu près n’importe quoi. C’est dans ce décalage historique que s’est engouffrée l’expansion du contrôle juridictionnel, produisant année après année un véritable festival d’interprétations arbitraires.

Il ne s’agit pas de supprimer l’interprétation, qui restera toujours nécessaire, mais de la borner de manière intelligible, afin que chacun puisse reconnaître le cadre dans lequel elle s’exerce.

Le populisme est le style politique de la société des individus.

Stéphane Rozès : Dans ce cadre théorique, comment analysez-vous la dynamique de ce que l’on appelle souvent, et improprement, le « populisme » ? Peut-il constituer une force permettant de mieux articuler souveraineté nationale, souveraineté populaire et droits individuels ? Ou bien s’agit-il d’une réaction régressive, porteuse de dangers en tant que telle ?

Partons d’un constat : la France est particulièrement bien servie en matière de populisme. Nous avons un populisme de droite (sur ce point, tout le monde s’accorde), mais nous avons également un populisme d’extrême gauche tout à fait caractérisé. Il était même revendiqué jusqu’à une date récente. On semble avoir oublié que Jean-Luc Mélenchon se réclamait explicitement, il y a quelques années, du populisme de gauche.

Stéphane Rozès : Oui, le « populisme de gauche », issu des théorisations postgramsciennes d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe.

Ce n’est plus à la mode, donc c’est comme si cela n’avait jamais existé. Mais ce n’est pas tout. Nous avons aussi un populisme du centre, parfaitement respectable en apparence, incarné par le macronisme. En réalité, la France est un pays profondément populiste dans son fonctionnement politique. Si le populisme se définit comme la rencontre directe d’un homme et du peuple, alors nous vivons potentiellement en régime populiste depuis le général de Gaulle.

S’il y a eu une campagne populiste exemplaire dans l’histoire récente, c’est bien celle de 2017. Elle réunissait toutes les caractéristiques du genre.

Pourquoi ce phénomène est-il si généralisé, en France et ailleurs ? Parce que les formes classiques de socialisation politique se sont effondrées. Nous sommes entrés dans des sociétés où il n’existe plus que des acteurs individuels. Autrefois, il y avait des partis, mais aussi des forces sociales organisées : le bloc catholique, la France communiste, la « banlieue rouge », avec leurs réseaux, leurs relais, leurs disciplines collectives. Aujourd’hui, il ne subsiste plus que des îlots résiduels.

Il n’existe plus de partis politiques au sens plein du terme, dotés d’une base militante structurée et d’une vie interne dense. Ce que l’on observe désormais, ce sont des réseaux d’élus et leurs clientèles, souvent articulés autour de la fonction publique territoriale. Existe-t-il encore, en France, une organisation politique capable de revendiquer plus de 50 000 militants réellement actifs ? J’en doute fortement.

Dans ces conditions, il ne reste qu’un lien direct entre un candidat au pouvoir et une multitude d’individus hétérogènes.

Ce populisme contemporain échappe aux analyses classiques sur un point fondamental : il n’est pas unanimiste. Bien au contraire. Il prend la forme d’un ralliement désordonné autour d’un leader, sur la base de critères flous, parfois contradictoires. Les individus ne recherchent plus l’unanimité.

Le mouvement des Gilets jaunes en a fourni l’exemple le plus frappant : un mouvement typiquement populiste, dont les participants n’étaient pas d’accord entre eux, en dehors d’un sentiment commun de révolte, et qui refusaient même l’idée de s’organiser ou de désigner des représentants.

L’individualisation crée les conditions du populisme, parce qu’elle rend nécessaire l’émergence d’un repère commun incarné par un leader. Les Français savaient peu de choses d’Emmanuel Macron lorsqu’ils l’ont élu, sinon qu’il semblait correspondre à l’idée qu’ils se faisaient du moment et qu’ils refusaient le retour des figures politiques du passé.

Le populisme est ainsi devenu le style de fonctionnement ordinaire de la politique dans des sociétés individualisées. En soi, ce n’est pas nécessairement un problème. Le vrai problème est qu’au-delà de ces moments d’adhésion électorale, les options politiques ne pénètrent plus durablement les profondeurs de la société. D’où la succession des désillusions et la désaffection croissante à l’égard de l’offre politique.

La crise du politique

Stéphane Rozès : Dans votre grille d’analyse, vous distinguez depuis longtemps « le politique » et « la politique ». La difficulté d’un débouché politique n’est-elle pas le symptôme qu’au-delà de la crise de la politique, c’est son cadre même — le politique — qui est en cause, du fait de la dilution de l’État-nation dans la globalisation néolibérale ?

Le politique, l’appareil du politique, a aujourd’hui une existence profondément paradoxale. D’un côté, il est massif, il coûte très cher — nous ne payons pas d’impôts pour rien. Mais, d’un autre côté, plus il est important en termes budgétaires, moins il est visible, moins il est intelligible pour les citoyens.

Le politique signifie pourtant une chose essentielle : l’existence d’un impératif supérieur lié à la survie et à la cohésion du tout. Cela se traduit concrètement par la définition d’une stratégie vis-à-vis de l’extérieur, des voisins, des alliés, des adversaires et, à l’intérieur, par une hiérarchisation des priorités. Qu’est-ce qui est urgent ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Or, dans un monde d’individus, tout apparaît comme prioritaire.

Aujourd’hui, le politique fonctionne de manière clandestine. Les véritables hiérarchies ne sont pas assumées publiquement : elles sont négociées en sous-main, dissimulées, ou transférées ailleurs à Bruxelles, par exemple lorsque les arbitrages deviennent trop visibles. Il s’agit là de stratégies d’évitement.

Remettre la question du politique au centre, c’est aller à rebours du mouvement de dépolitisation. Mais il faut bien comprendre ce que recouvre ce terme : la dépolitisation ne signifie pas que les citoyens se désintéressent de la politique ; elle signifie qu’ils refusent d’assumer, dans leur vote, le point de vue du politique, c’est-à-dire la hiérarchisation consciente des priorités collectives.

La dépolitisation correspond ainsi à l’idée implicite qu’il n’existe plus que des priorités privées. On glisse vers un marché politique qui remplace l’espace citoyen de délibération sur le bien commun. Les programmes politiques deviennent des catalogues de mesures ciblant des clientèles spécifiques, sans souci de cohérence d’ensemble.

Retrouver le sens du politique suppose d’accepter l’existence de priorités collectives construites à partir des nécessités de l’existence commune. C’est là, me semble-t-il, que se situe aujourd’hui le point de blocage fondamental du fonctionnement démocratique.

Le trumpisme, forme américaine du souverainisme

Stéphane Rozès : Depuis la parution de votre ouvrage, un événement majeur est intervenu sur la scène internationale : l’entrée dans une « saison deux » du trumpisme. Celle-ci semble marquée par un couple inédit populisme-libertarisme, une alliance entre Washington et la Silicon Valley, ainsi qu’un imaginaire expansionniste nouveau. Comment analysez-vous ce moment ?

C’est un phénomène extrêmement complexe, qui oblige à repenser à la fois l’identité américaine et les conséquences profondes de la mondialisation. Ce qui nous paraît extravagant, vu d’Europe, s’inscrit en réalité dans une logique plus ancienne de la conscience états-unienne, notamment si l’on se réfère à la doctrine Monroe.

Les États-Unis découvrent qu’ils ne sont plus la puissance dominante absolue. Ils ne sont plus le modèle universel. Cette prise de conscience est déterminante. Elle explique l’alliance inattendue avec la Silicon Valley et la résurgence d’un libertarisme puissant, nourri par l’idée qu’il faut desserrer les contraintes normatives pour rester compétitif face à des adversaires comme la Chine.

Il s’agit moins d’un impérialisme au sens classique que d’une affirmation hyperbolique de la souveraineté, enracinée dans une vision singulière de la nation américaine, historiquement définie sans voisinage contraignant. Cette singularité rend l’expérience américaine difficile à analyser à partir de catégories européennes.

Le Sud global et la fin de l’Occident comme modèle

Stéphane Rozès : Ce moment ne correspond-il pas aussi à la perte d’hégémonie de l’Occident au profit de ce que l’on appelle le Sud global ?

C’est un élément fondamental. La « mondialisation heureuse » reposait sur l’idée d’une occidentalisation heureuse. Or le Sud global aspire à la modernité sans vouloir s’occidentaliser. Il y a là un déplacement majeur, souvent nourri par un ressentiment profond à l’égard de l’Occident et une volonté de revanche historique.

L’Europe face à son impasse

Stéphane Rozès : À quelles conditions l’Europe pourrait-elle retrouver une place dans l’Histoire ?

L’Union européenne souffre d’un vice de construction majeur : elle repose sur une machinerie bureaucratique incapable d’autocritique. Or la démocratie vit précisément de la remise en question. Une bureaucratie, par nature, persévère jusqu’à l’épuisement.

L’Union a tourné le dos au génie démocratique européen. La seule possibilité de sursaut viendra des nations elles-mêmes. Ce n’est pas de Bruxelles que pourra venir la correction de trajectoire, mais de l’extérieur, par une réappropriation politique des peuples constitués en nations.

Conclusion : un avenir ouvert

Stéphane Rozès : Les recompositions politiques actuelles en Europe — de Giorgia Meloni à Marine Le Pen — relèvent-elles de la même logique que le trumpisme ?

L’inspiration de fond est partout la même : un retour du politique et un attachement renouvelé aux identités nationales. Mais tout dépendra de l’intelligence des acteurs, de leur capacité à comprendre le moment historique et à saisir les opportunités. C’est cela, la liberté politique : la liberté de se tromper ou de viser juste.

Stéphane Rozès
 
Stéphane Rozès est politologue, président du cabinet de conseil Cap. Ancien directeur général de l’Institut d’études CSA, il y fit sa carrière de 1991 à 2009 après la Sofres (1986-1991) et BVA (1985-1986). Il a enseigné à Sciences Po Paris (1990–2023), à HEC (2008–2011), et a été chroniqueur à France Inter, LCP-Assemblée nationale, Public Sénat, BFM Business et France Culture. Il fut expert pour la « Consultation mondiale sur la lutte contre le réchauffement climatique » lors de la COP 21 de Paris. Il enseigne aujourd’hui à l’Institut catholique de Paris, intervient comme expert à la demande de la presse écrite et audiovisuelle, et contribue à des revues (Le Débat, Commentaire, Études, La Nouvelle Revue Politique, Revue de la Défense nationale) et à des ouvrages collectifs. Il est membre d'honneur du CEPS et l’auteur de Chaos. Essai sur les imaginaires des peuples. Entretiens avec Arnaud Benedetti, Éd. du Cerf, 2022.

 

Marcel Gauchet

 

né en 1946 à Poilley (Manche), est un historien, philosophe et sociologue français.

Disciple de Claude Lefort, il est d'abord proche du marxisme antistalinien et engagé à gauche avant de développer une œuvre influencée par la philosophie politique libérale.

Il se distingue par ses travaux sur la religion, les droits de l'homme, la démocratie et l'histoire, et par la popularisation de certaines de ses formules, comme la « fracture sociale » ou le « désenchantement du monde », empruntée à Max Weber.

Directeur d’études émérite à l’École des hautes études en sciences sociales (Centre d'études sociologiques et politiques Raymond Aron), il a été rédacteur en chef de Le Débat (Gallimard), l'une des principales revues intellectuelles françaises, qu'il a fondée avec Pierre Nora en 1980 et qui a disparu en 2020. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcel_Gauchet

 

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