mars 12, 2026

Iran: théocratie iranienne un avertissement pour l’Occident !

Sommaire:

A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable » 

E) - Iran : au nom du père et du fils

 


A) - Iran : les sorties de crise impossibles d’une guerre qui risque l’enlisement

Dix jours après le début des bombardements israéliens et américains contre l’Iran, une question revient désormais dans les chancelleries et les opinions publiques depuis 48 heures : comment sortir de cette guerre qui n’était censée durer que 4 jours et qui devait voir le régime iranien disparaître ? Car si l’objectif affiché était soit d’affaiblir durablement le régime iranien ou de le tuer, la réalité du terrain rappelle une leçon que les puissances occidentales devraient connaître depuis longtemps : les interventions extérieures, lorsqu’elles visent à transformer un régime ou un système politique, produisent rarement les effets escomptés. Voilà qu’on nous parle désormais de plusieurs semaines. Mais pour faire quoi ? Abattre le régime et préparer la transition ? Rien n’est moins sûr à ce stade.

Du Vietnam à l’Irak, de l’Afghanistan à la Libye, l’histoire récente regorge d’exemples où la puissance militaire n’a pas suffi à produire une solution politique durable. L’Iran n’est pas un petit État fragile. C’est un pays de près de 90 millions d’habitants, doté d’un appareil sécuritaire redoutable, d’une profondeur stratégique régionale et d’une capacité de nuisance qui dépasse largement ses frontières. Et d’un régime qui a mené une répression féroce contre son peuple qui manifestait pacifiquement. Imaginons qu’il prenne les armes maintenant.

Dans le même temps, l’Iran reste traversé par une fracture profonde entre une population qui, depuis des mois, manifeste son rejet d’un régime vieux de quarante-sept ans, et un pouvoir qui ne survit que par la coercition. Les Iraniens sont fatigués d’une République islamique qui a transformé la révolution de 1979 en système autoritaire, mais ils restent désarmés face à un appareil sécuritaire qui contrôle les centres de pouvoir. Certains seraient assurément prêts à se sacrifier à l’intérieur comme à l’extérieur pour revenir.

Dans ce contexte, invoquer abstraitement le droit international face à des régimes qui n’en respectent aucune règle peut parfois apparaître comme un luxe moral depuis les terrasses parisiennes ou les plateaux de télévision, que l’histoire ne se permet pas toujours. Le multilatéralisme et les Nations unies, devenus hélas largement paralysés, servent désormais trop souvent de refuge rhétorique à des régimes autoritaires qui invoquent la souveraineté pour protéger leurs propres violations. La réalité est plus brutale : les rapports de force dominent à nouveau la scène internationale. Comment faire revenir ce droit dans ce contexte? Reste alors une autre question essentielle : quels scénarios de sortie de crise sont réellement envisageables pour l’Iran devant tant de difficultés ?

Le scénario improbable : la capitulation du régime

Le scénario le moins plausible reste celui d’une capitulation rapide de l’Iran, accompagnée d’une fracture interne entre les Gardiens de la révolution et le reste de l’appareil d’État. Ils iront jusqu’au bout. En théorie, les frappes israéliennes et américaines pourraient provoquer un choc suffisamment violent pour fissurer le régime. Certains imaginent une rupture entre les militaires idéologiques et les élites politiques, ouvrant la voie à une forme de reddition. Mais ce scénario ignore une réalité fondamentale : les Gardiens de la Révolution ne sont pas simplement une force militaire. Ils constituent une véritable oligarchie politico-économique qui contrôle des pans entiers de l’économie iranienne. Entreprises, banques, réseaux commerciaux, marchés parallèles : leur pouvoir repose sur des fortunes colossales et des intérêts matériels gigantesques.

Dans ce contexte, capituler reviendrait pour eux à tout perdre. L’histoire montre que les régimes autoritaires, lorsqu’ils contrôlent à la fois l’économie et l’appareil sécuritaire, survivent souvent bien plus longtemps que prévu. Par ailleurs, la réaction iranienne a surpris de nombreux observateurs. Malgré un appareil militaire vieillissant, l’Iran a démontré sa capacité à riposter grâce à des instruments de guerre du XXIᵉ siècle : drones, missiles bon marché, saturation technologique. Ces armes à faible coût produisent un effet psychologique majeur et illustrent la transformation des conflits contemporains : des guerres asymétriques, longues et coûteuses pour ceux qui pensent pouvoir les gagner rapidement. Le Golfe en a fait largement les frais depuis dix jours.

Le piège stratégique d’une guerre sans plan politique

Un second scénario pose une question plus inquiétante encore : que se passe-t-il si les bombardements ne débouchent sur aucune stratégie politique claire ? Frapper un pays est une chose. Transformer son régime en est une autre. Une intervention terrestre en Iran serait probablement un désastre stratégique. La taille du territoire, la densité de la population, la cohésion relative de l’appareil sécuritaire et la topographie du pays rendraient toute occupation presque impossible. Même les armées les plus puissantes du monde auraient les plus grandes difficultés à contrôler un tel espace. C’est ici que le calcul politique diverge entre Washington et Tel-Aviv. Pour Benjamin Netanyahou, une confrontation directe avec l’Iran peut renforcer sa stature politique. Une victoire militaire, même relative, pourrait peser dans les élections israéliennes d’octobre. Pour Donald Trump, la situation est bien différente. Son électorat reste profondément réticent aux guerres longues et coûteuses. Les Américains n’ont ni passion particulière pour l’Iran ni envie de voir leurs soldats mourir dans un nouveau conflit au Moyen-Orient. Si l’engrenage militaire se prolonge, la guerre pourrait rapidement devenir un fardeau politique pour la Maison-Blanche. Les premières divergences ont vu le jour ce week-end après les frappes israéliennes sur les puits de pétrole iraniens. Netanyahou chercherait-il à empêcher Trump de sauter sur l’occasion d’un bon deal avec le régime encore en place et à le maintenir pendant que l’État hébreu veut s’en débarrasser coûte que coûte? Autrement dit : plus le conflit dure, plus le risque est grand qu’il se retourne contre Washington.

Le scénario du changement progressif

Un troisième scénario, plus incertain mais parfois évoqué, serait celui d’un effondrement progressif du régime. Sous l’effet combiné des sanctions, des frappes militaires et de l’épuisement interne, certaines figures du régime pourraient progressivement être remplacées. Dans ce contexte, la figure de Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d’Iran, réapparaît régulièrement dans les discussions sur l’avenir du pays comme l’homme de la situation. Pourtant Donald Trump n’en est pas convaincu. Et pour ses détracteurs, il serait l’homme des États-Unis et d’Israël.

Certains imaginent la mise en place d’une autorité de transition qui préparerait une transformation politique. Mais cette perspective se heurte à plusieurs obstacles majeurs. L’opposition iranienne est profondément fragmentée. Monarchistes, libéraux, nationalistes, mouvements étudiants, organisations marxistes : les visions de l’avenir du pays sont multiples et parfois incompatibles. Et une question demeure centrale : que faire des Gardiens de la révolution ? Les arrêter ? Les juger ? Les intégrer à un nouvel ordre politique ? Les exiler ? Tous les tuer? Aucune transition ne pourra ignorer leur poids alors qu’ils sont encore soutenus par 20 % de la population, soit presque 20 millions d’Iraniens.

Le scénario du durcissement et la fuite en avant

Le scénario le plus inquiétant reste celui d’un durcissement du régime. Sous pression extérieure, les systèmes autoritaires ont souvent tendance à se refermer. L’histoire de la Corée du Nord ou de Cuba montre qu’un régime isolé peut survivre pendant des décennies en mobilisant une rhétorique de siège permanent. La République islamique pourrait s’engager dans une fuite en avant comparable. Le régime dispose d’un puissant imaginaire de martyr chiite qui transforme la confrontation en récit de résistance sacrée. Dans cette logique, la souffrance devient un outil politique.

Un Iran encore plus radicalisé pourrait alors se retourner contre sa propre population tout en multipliant les actions de déstabilisation régionales. Attaques indirectes, milices, frappes asymétriques : la stratégie du chaos deviendrait un instrument de survie.

Le risque est alors clair : une opération censée affaiblir le régime pourrait finalement renforcer sa logique de siège et transformer les Iraniens eux-mêmes en victimes d’un système encore plus brutal. Se présenter en victimes et en martyrs est un puissant carburant pour l’idéologie chiite.

La réalité est que personne ne sait réellement comment cette crise peut se terminer. Certains présentent des scénarios avec une assurance déconcertante comme s’ils lisaient dans le marc de café. L’Iran est un pays complexe, traumatisé par près d’un demi-siècle de République islamique, mais aussi traversé par des forces sociales et politiques que l’on comprend encore mal. Entre l’effondrement du régime, sa transformation progressive, une guerre prolongée ou un durcissement autoritaire, toutes les trajectoires restent ouvertes. Et c’est précisément ce qui rend la situation actuelle si dangereuse. Parce que derrière les calculs stratégiques et les démonstrations de puissance, il y a une réalité simple : l’avenir de près de 90 millions d’Iraniens est en train de se jouer dans une guerre dont personne ne maîtrise vraiment l’issue. Un adage dit souvent qu’il faut s’engager dans une guerre quand on est sûr de la gagner…

Sébastien Boussois

https://nouvellerevuepolitique.fr/sebastien-boussois-iran-les-sorties-de-crise-impossibles-dune-guerre-qui-risque-lenlisement-2/



 

B) - La liberté des Iraniens est la nôtre

Voici une semaine qu’a commencé l’offensive américaine et israélienne contre le régime iranien. Il n’aura pas fallu longtemps pour que des voix s’élèvent pour en appeler au multilatéralisme et au droit international. Or ces voix le plus souvent restèrent muettes au pire, ou enjoignirent à la retenue au mieux, lorsque le pouvoir sanguinaire des mollahs réprimait sauvagement son peuple quand celui-ci, dans la rue, défiait en début d’année une dictature qui allait jusqu’à pendre des femmes et des enfants de 16 ans.

On ne connaît pas encore précisément les chiffres de l’épouvantable répression qui s’est abattue sur les manifestants iraniens de janvier, mais l’on sait seulement que celle-ci fut massive, accompagnée de nombreux actes de torture et de viol, et qu’elle est constitutive de l’imputation de crime contre l’humanité.

À l’épreuve de cette réalité indéniable, les contempteurs de l’intervention américano-israélienne ne manqueront pas de rappeler que, nonobstant la férocité de la dictature islamique, c’est au peuple iranien de se libérer lui-même et de disposer de la suite qu’il entend donner à son pays une fois les héritiers de Khomeiny et de Khamenei renversés. Dans ce contexte, sauf à considérer que les bourreaux soient en mesure de lâcher prise devant l’ampleur de la mobilisation de leurs opposants et qu’ils ne soient pas aveuglés par leur fanatisme messianique, le peuple iranien est pris au triple piège de ses oppresseurs, d’un « droit international » qui in fine protège d’abord les mollahs et d’un multilatéralisme dont ces derniers usent pour continuer à imposer leur ordre théocratique et totalitaire.

Les critiques à l’encontre des opérations militaires de Washington et de Tel-Aviv n’ont d’autre solution à proposer in fine que le statu quo et l’effacement du peuple iranien. Elles sont tout à la fois les fruits du renoncement pour les adeptes d’une realpolitik minorant le facteur de dangerosité, pourtant attesté par près d’un demi-siècle d’histoire, de la République islamique ; de la fascination pour l’islamisme révolutionnaire avec laquelle certaines forces radicalisées à gauche et plus encore à l’ultra-gauche ont noué un pacte implicite ; et de la détestation conjointe de l’État d’Israël d’un côté et du trumpisme de l’autre… Mahnaz Shirali, dans l’interview (« Iran : l’offensive américano-israélienne peut-elle provoquer la chute du régime ? ») qu’elle a accordée à notre publication, rappelle justement cette dernière évidence lorsqu’à une question sur la comparaison avec la situation irakienne de 2003, elle réfute le parallèle : « Dans le débat français, ces analogies sont souvent nourries par un anti-américanisme réflexe, auquel s’ajoute parfois un facteur politique conjoncturel lié à la figure de Donald Trump. »

Tout compte fait, et quand bien même tout engagement militaire comporte son lot d’aléas, il n’existe que peu d’arguments audibles aux tergiversations des uns et aux défiances des autres dès lors qu’un peuple est non seulement en danger, mais que cette mise en danger est portée par une matrice des plus agressives et des plus déstabilisatrices dans l’ordre géopolitique de ce dernier demi-siècle. Le combat des Iraniens pour leur libération est indissociable de nos valeurs ; et il est regrettable que les démocraties européennes, en dépit pour certaines d’entre elles de leurs désaccords avec l’allié américain — qui le reste encore —, ne le comprennent pas mieux et plus vite.

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/la-liberte-des-iraniens-est-la-notre/

 


C) - Les peuples sacrifiés sur l’autel d’élites immatures et incompétents

Une course américaine improvisée face au chaos au Moyen-Orient

Alors que le monde s’enfonce dans une escalade géopolitique sans précédent, l’article publié sur Réseau International le 8 mars 2026, intitulé « Une course contre la montre », décrit avec précision le chaos logistique dans lequel les États-Unis se sont jetés.

Les Américains tentent désespérément d’envoyer le porte-avions George H.W. Bush et trois destroyers supplémentaires vers le Moyen-Orient, dans un patchwork improvisé de ravitaillement et de déploiement.

Cette « course » n’est pas une opération militaire classique : c’est une improvisation frénétique face à la fermeture partielle du détroit d’Ormuz, aux attaques sur les infrastructures pétrolières et à la riposte iranienne. Le baril de Brent a flambé jusqu’à 120 dollars avant de redescendre légèrement, mais les effets sont déjà catastrophiques sur l’économie mondiale.

Des dirigeants immatures et incompétents imposent leurs guerres aux peuples

Pourtant, derrière cette course technique se cache une réalité plus sombre : tout cela est imposé aux peuples par des dirigeants totalement immatures et incompétents.

Ni Biden hier, ni Trump aujourd’hui aux États-Unis, ni Emmanuel Macron en France, ni les technocrates de Bruxelles n’ont mesuré les conséquences de leurs décisions.

Ils jouent aux apprentis sorciers avec des conflits qu’ils ont contribué à provoquer ou à entretenir, et ce sont les citoyens ordinaires qui paient l’addition. Les Français, en particulier, ne doivent pas régler une facture qui n’est pas la leur. Exactement comme en Ukraine, où le peuple paie depuis trois ans le prix fort d’un conflit transformé en guerre par procuration entre grandes puissances.

Comme en Ukraine : une addition que les Français refusent de payer

Rappelons les faits. En Ukraine, des milliards d’euros ont été déversés par l’Europe, dont la France, pour financer des armes, des sanctions et une économie de guerre. Résultat ? Inflation galopante, énergie hors de prix et une précarité qui s’installe durablement. Aujourd’hui, avec le nouveau front au Moyen-Orient, la même logique se répète. Le conflit israélo-américano-iranien, qui a éclaté fin février 2026, provoque une hausse vertigineuse des prix du pétrole. Et qui en subit les conséquences directes ? Pas les élites de Washington ou de Paris, mais les ménages français.

Macron envoie une armada : la France précipitée dans la guerre

Emmanuel Macron porte une lourde responsabilité dans cette spirale. Alors que la France aurait dû rester en dehors de ces aventures, le président a choisi d’envoyer une véritable armada – navale et terrestre – au risque de précipiter notre pays dans la guerre. Dans le cadre de la « coalition des volontaires » pour l’Ukraine, il a annoncé le déploiement potentiel de plusieurs milliers de soldats français après un éventuel cessez-le-feu, mais aussi un soutien logistique et naval accru au Moyen-Orient pour « sécuriser les intérêts européens ». Des porte-avions, des frégates, des troupes : une posture offensive qui n’a rien à voir avec la défense du territoire national. Cette décision unilatérale, prise sans véritable débat démocratique, multiplie les risques d’escalade. Un incident dans le Golfe ou en mer Noire, et la France se retrouve directement impliquée. Immaturité ? Incompétence ? Les deux. Macron agit comme un chef de guerre en herbe, oubliant que la France n’est pas une superpuissance et que son peuple n’a jamais voté pour cela.

Le Parlement impuissant : un contre-pouvoir défaillant

Le plus grave, c’est l’incapacité totale du Parlement à jouer son rôle de contre-pouvoir. L’Assemblée nationale et le Sénat, censés contrôler l’exécutif, se sont une nouvelle fois révélés impuissants. Lors des débats sur le soutien à l’Ukraine et sur la posture française au Moyen-Orient, les macronistes ont verrouillé les votes, les oppositions de droite et de gauche ont grogné… mais personne n’a osé bloquer les crédits militaires ou exiger un référendum. Le RN et la France Insoumise ont dénoncé le risque, mais sans effet concret. Résultat : Macron envoie des navires et prépare des troupes sans que le peuple soit consulté.

C’est la démocratie confisquée. Le Parlement, au lieu de protéger les intérêts nationaux, valide passivement une politique qui expose la France à des représailles et à une crise économique majeure.


Flambée des carburants : un coup de massue sur le quotidien

Et les conséquences arrivent déjà, concrètes, brutales, quotidiennes.

D’abord, la montée en flèche des prix des carburants. Selon les données du ministère de l’Économie et des relevés AFP de mars 2026, le gazole a bondi de 28 centimes en dix jours pour atteindre en moyenne 2 euros le litre, dépassant même les 2,10 € dans certaines stations. Le SP95-E10 suit avec +11 à 15 centimes, flirtant avec 1,85 €. La raison ? Directement liée à la « course contre la montre » américaine décrite par Réseau International : fermeture partielle du détroit d’Ormuz, craintes de pénurie et baril qui a frôlé les 120 dollars. En France, pays où 80 % des déplacements quotidiens dépendent de la voiture, particulièrement en France périphérique (ruralité, petites villes, zones industrielles), cette hausse est un coup de massue. Les artisans, les livreurs, les aides-soignantes qui font 50 km par jour, les familles qui vont travailler : tous voient leur budget exploser de 50 à 100 euros par mois.

Interdiction de remplir les bidons : punir les citoyens qui se protègent

Pire : face à la panique, certaines stations-service et arrêtés préfectoraux ont commencé à interdire ou à limiter le remplissage de bidons et jerricans. Officiellement pour « éviter les pénuries et les risques de stockage dangereux », mais en réalité pour empêcher les Français de se constituer des réserves face à une crise que les dirigeants ont eux-mêmes aggravée. En 2022, lors des grèves, des départements avaient déjà pris des mesures similaires. Aujourd’hui, avec la guerre au Moyen-Orient, la même logique revient : on interdit au peuple de se protéger pendant que les élites continuent leur partie de poker géopolitique. Un particulier peut théoriquement emporter jusqu’à 333 litres d’essence dans des contenants homologués… sauf quand un préfet décide le contraire. Amende de 150 € à la clé. C’est le symbole parfait de l’incompétence : on crée la crise, puis on punit ceux qui tentent d’y survivre.

Coût de la vie en hausse : la France périphérique plongée dans la précarité

Le coût de la vie, lui, augmente encore et frappe de plein fouet les ménages de la France périphérique. L’Insee et les rapports sur le mal-logement 2026 le confirment : le taux de pauvreté remonte, atteignant des niveaux inédits depuis trente ans dans les zones rurales et périurbaines. L’essence chère, c’est l’alimentation qui renchérit (transport des marchandises), le chauffage qui coûte plus (fioul et gaz liés au pétrole), les déplacements professionnels qui deviennent insoutenables. Dans la France des ronds-points, celle des Gilets jaunes de 2018 qui n’ont jamais disparu, les fins de mois sont déjà un calvaire.

Une famille modeste avec deux enfants, vivant à 30 km d’une ville moyenne, voit son budget carburant passer de 250 à 350 euros par mois (Cf. 1&2).

Ajoutez l’inflation sur l’alimentation (+8 % sur un an) et les loyers qui ne baissent pas, et c’est la précarité assurée. Les associations alertent : 650.000 personnes supplémentaires sont tombées sous le seuil de pauvreté en un an. Les « passoires thermiques » (logements mal isolés), les expulsions, la dépendance à la voiture : tout s’aggrave.

Une double peine et l’urgence de reprendre le contrôle

Ces dirigeants immatures nous imposent une double peine.

D’un côté, ils nous entraînent dans des guerres qui ne sont pas les nôtres – Ukraine hier, Moyen-Orient aujourd’hui – en envoyant armes, argent et bientôt des soldats.

De l’autre, ils refusent d’assumer les conséquences : pas de bouclier carburant massif, pas de gel des prix, pas de véritable aide aux plus fragiles.

Le chèque énergie est raboté, MaPrimeRénov’ suspendu dans les faits. Pendant ce temps, le Parlement regarde ailleurs. Où est le contre-pouvoir ? Où sont les députés qui devraient exiger un débat sur l’envoi de troupes ou sur les sanctions qui nous ruinent ?

La course contre la montre décrite par Réseau International n’est pas seulement américaine. Elle est mondiale, et la France y est embarquée de force. Les peuples n’ont rien demandé. Les Français n’ont pas voté pour financer indéfiniment le conflit ukrainien ni pour risquer l’escalade au Moyen-Orient.

Ils ne veulent pas payer l’addition d’une politique étrangère néoconservatrice qui a déjà échoué partout.

Il est temps de le dire clairement : assez. Les élites immatures et incompétentes qui nous gouvernent doivent rendre des comptes. Le Parlement doit redevenir un véritable contre-pouvoir, capable de bloquer les crédits de guerre et d’imposer un référendum sur ces engagements militaires. Les Français ne sont pas des vaches à lait pour les aventures géopolitiques de Washington ou de l’Élysée. Comme en Ukraine, où le peuple est broyé depuis des années, nous refusons de payer pour des guerres qui ne servent que les intérêts des lobbies et des idéologues.

La précarité qui s’installe en France périphérique n’est pas une fatalité climatique ou économique. Elle est politique.

Elle est le résultat direct de choix irresponsables. Hausse des carburants, interdictions de « stockage« , coût de la vie qui explose : tout converge vers un même constat. Les dirigeants nous mènent droit dans le mur, et c’est nous qui trinquerons.

La course contre la montre est lancée. Mais cette fois, ce n’est pas pour déployer des porte-avions. C’est pour que le peuple reprenne le contrôle avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit définitivement précipitée dans une guerre qu’elle n’a pas choisie et une précarité qu’elle ne mérite pas.

https://multipol360.com/les-peuples-sacrifies-sur-lautel-delites-immatures-et-incompetents/

 


D) - L’Iran défie l’empire : Trump déclare le nouveau Guide suprême « inacceptable »  

Un acte de souveraineté qui fait trembler Washington

Le 8 mars 2026, l’Assemblée des experts iranienne a nommé Mojtaba Khamenei, fils du regretté Ayatollah Ali Khamenei tué dans des frappes américano-israéliennes, comme nouveau Guide suprême de la République islamique.

Cette décision, prise conformément à la Constitution iranienne, est un acte pur de souveraineté nationale au cœur d’un conflit armé ouvert.

Elle intervient après des semaines de chaos où les États-Unis et Israël ont mené une campagne militaire intense baptisée « Operation Epic Fury ». Au lieu de respecter ce choix interne, le président américain Donald Trump a immédiatement réagi avec une virulence rare : « Khamenei’s son is unacceptable to me. We want someone that will bring harmony and peace to Iran… I have to be involved in the appointment. » (Le fils de Khamenei est inacceptable à mes yeux. Nous voulons quelqu’un qui apporte l’harmonie et la paix à l’Iran… Je dois être impliqué dans cette nomination.).

Dans des interviews accordées à Axios et ABC News, Trump a été encore plus explicite : « He’s going to have to get approval from us. If he doesn’t get approval from us, he’s not going to last long. » Il a comparé la situation à celle du Venezuela, où, selon lui, il avait personnellement influencé les choix de dirigeants. « They are wasting their time. Khamenei’s son is a lightweight » (Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un incapable.), a-t-il ajouté,

sous-entendant que Washington se réserve le droit de veto sur la succession politique d’un pays souverain de 90 millions d’habitants.

Cette déclaration n’est pas une simple boutade de campagne : elle révèle une mentalité impérialiste profonde, celle d’une superpuissance qui se croit autorisée à dicter qui peut ou ne peut pas gouverner ailleurs dans le monde.

Cette posture n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition où les États-Unis, et parfois leurs alliés européens, s’arrogent le rôle de juge suprême des nations. Le peuple iranien, pourtant en première ligne des souffrances causées par les sanctions et les bombardements, voit ses institutions constitutionnelles foulées aux pieds par des déclarations venues de Washington. Au nom de la « démocratie » et de la « paix », on impose en réalité un droit de regard qui nie la volonté populaire et les processus internes.

L’impérialisme américain ne se contente plus d’intervenir militairement ; il prétend désormais superviser les successions politiques comme un suzerain d’un autre âge.

La réponse de la Chine : un rappel cinglant à la souveraineté

Face à cette arrogance, la réaction de Pékin a été immédiate et ferme. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a déclaré lors d’une conférence de presse le 9 et le 10 mars 2026 : « La décision a été prise par la partie iranienne conformément à sa Constitution. » Il a ajouté que la Chine « s’oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous quelque prétexte que ce soit » et qu’elle « respecte la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran ». Pékin a explicitement rejeté toute tentative de cibler le nouveau Guide suprême, qualifiant les menaces américaines et israéliennes d’inacceptables (voir ici et ici).

Ce positionnement n’est pas seulement diplomatique : il marque la fin d’une époque où les États-Unis pouvaient impunément décider du sort des nations.

La Chine, en invoquant le droit international et la non-ingérence, défend non seulement l’Iran mais l’ensemble du Sud global. Elle rappelle que les peuples ont le droit de choisir leurs dirigeants sans aval de la Maison-Blanche. Cette réponse résonne comme un coup de semonce : l’ordre unipolaire américain, où Washington nommait ou destituait les leaders à sa guise, est en train de s’effondrer. Les BRICS et les puissances émergentes ne tolèrent plus que l’Occident se comporte en maître du monde.

L’Europe, quant à elle, reste étrangement silencieuse ou complice. Aucune condamnation forte n’est venue de Bruxelles ou des capitales occidentales.

Au contraire, certaines déclarations européennes reprennent en écho le narratif américain, justifiant les interventions au nom de la « sécurité » ou des « droits de l’homme ». Cette complicité révèle un impérialisme partagé : les États-Unis mènent la charge, l’Europe fournit le vernis légal ou logistique via l’OTAN. Ensemble, ils pensent encore pouvoir imposer leur vision du monde, au mépris des peuples qui subissent les conséquences : pauvreté, instabilité, migrations forcées.

L’impérialisme américain : une persistance décennale qui ignore les peuples

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont multiplié les ingérences, souvent sous des prétextes humanitaires ou sécuritaires. On recense des centaines d’interventions militaires ou clandestines : renversements de gouvernements légitimes, soutiens à des coups d’État, sanctions économiques dévastatrices. L’objectif ? Non pas la démocratie, mais le contrôle des ressources, des routes commerciales et des orientations politiques. Le peuple devient une variable secondaire ; ce qui compte, c’est que le dirigeant choisi à Washington serve les intérêts de Wall Street ou du Pentagone.

En 1953, la CIA orchestre l’opération Ajax pour destituer le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, coupable d’avoir nationalisé le pétrole. On installe le Shah, un régime autoritaire qui sert les intérêts pétroliers américains. En 1954, au Guatemala, même scénario : Jacobo Árbenz est renversé pour protéger la United Fruit Company. Des dizaines d’exemples similaires jalonnent l’histoire : Indonésie en 1965, Chili en 1973 avec Pinochet, Nicaragua avec les Contras.

Chaque fois, le discours officiel parle de « liberté » ; la réalité est celle d’un impérialisme qui impose ses pions, quitte à plonger des nations entières dans le chaos.

Les années 2000 n’ont rien changé : Irak 2003 sur de faux prétextes d’armes de destruction massive, Libye 2011 où l’intervention OTAN transforme un pays stable en terrain de milices et d’esclavage. Chaque fois, les peuples paient le prix fort : centaines de milliers de morts, économies ruinées, sociétés fracturées. L’impérialisme américain ne respecte ni la souveraineté ni la volonté populaire. Il pense que le monde lui appartient et que les chefs d’État doivent obtenir son « approbation » pour durer.

Le Venezuela : laboratoire de l’ingérence et des souffrances imposées

Le parallèle avec le Venezuela est saisissant. Là aussi, Washington a tenté de choisir le dirigeant à la place du peuple. Reconnaissance unilatérale de Juan Guaidó en 2019, sanctions pétrolières dévastatrices qui ont fait chuter le PIB par habitant de 62 % et la production de pétrole de 75 %, blocus naval, menaces d’invasion. L’opération a culminé avec la capture de Nicolás Maduro en janvier 2026 sous prétexte de narcotrafic. Trump s’est même vanté d’avoir « personnellement impliqué » dans les choix de succession.

Le résultat ? Un pays ruiné, une population plongée dans la misère, des millions de réfugiés. Jeffrey Sachs, économiste de renom, a dénoncé devant le Conseil de sécurité de l’ONU cette violation flagrante de la Charte des Nations unies. Il a rappelé que l’article 2(4) interdit l’usage de la force ou la coercition contre l’intégrité politique d’un État. Les sanctions, les opérations de renseignement, le gel d’actifs : tout cela constitue une guerre économique illégale qui fait souffrir le peuple ordinaire. Sachs a averti : sans condamnation, l’ONU perdra toute crédibilité et le monde basculera dans l’anarchie des grandes puissances.

L’« équipe Amérique » est de retour, mais sans stratégie à long terme. On destitue, on impose un leader fantoche, puis on laisse le chaos s’installer. Pas de plan Marshall, pas de reconstruction : seulement l’exploitation des ressources (pétrole, or) au profit des multinationales. Le peuple vénézuélien, comme tant d’autres, paie le prix de cette arrogance. L’impérialisme américain transforme les nations en terrains de jeu géopolitique, au détriment des vies humaines.

Marco Rubio et la nostalgie de l’empire occidental

Au forum de Munich, Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a lâché le morceau : « L’Amérique va restaurer l’empire occidental… avec ou sans vous. » Il a regretté la fin des « cinq siècles de glorieux empires occidentaux » et appelé l’Europe à suivre Washington ou à être reléguée au rang de pion jetable. Plus question de multipolarité : on revient à l’unipolarité des années 1990, où les États-Unis décidaient seuls du sort du monde.

Cette déclaration expose crûment la mentalité impérialiste. L’Europe, affaiblie et dépendante, est sommée de s’aligner. Les élites européennes, souvent compromises, acceptent cette hiérarchie humiliante. Ensemble, États-Unis et Europe pensent pouvoir continuer à nommer ou destituer les dirigeants : en Iran aujourd’hui, au Venezuela hier, ailleurs demain. Le peuple n’a pas voix au chapitre ; seule compte la fidélité à l’empire.

L’arrogance navale : les États-Unis, police autoproclamée des mers

Cette mentalité s’étend aux océans. Les États-Unis se comportent en « police autoproclamée des mers », saisissant des pétroliers vénézuéliens en eaux internationales, imposant des blocus, menaçant le détroit d’Ormuz. Ces actes violent la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Ils visent à contrôler les flux énergétiques et à punir les nations récalcitrantes. L’arrogance menace la paix mondiale : confrontations en mer de Chine, risques d’escalade avec la Russie et la Chine.

L’impérialisme ne se limite plus à la terre : il veut dominer les routes maritimes et, par extension, les économies et les politiques intérieures. Le message est clair : obéissez ou nous coupons vos approvisionnements. Les peuples, encore une fois, subissent les hausses de prix, les pénuries, l’instabilité.

L’Europe complice : un impérialisme à deux têtes

L’Europe n’est pas spectatrice. Via l’OTAN, elle a participé à la plupart des aventures américaines : bombardements en Yougoslavie, Libye, Syrie. Elle impose des sanctions alignées sur Washington, même quand elles affament des populations. À Bruxelles, on parle de « valeurs » pour justifier ce qui n’est que la poursuite d’intérêts géopolitiques.

L’Europe, junior partner, accepte que les États-Unis décident pour elle et pour le reste du monde. 

Cette complicité aggrave l’arrogance collective : l’Occident pense encore pouvoir imposer ses dirigeants fantoches partout.

Vers le réveil des peuples : la fin de l’impérialisme ?

L’affaire iranienne marque un tournant. L’Iran a osé défier Trump. La Chine a posé les limites. Le Venezuela résiste encore malgré les coups. Partout, du Sud global à l’Europe de l’Est, les peuples rejettent cette tutelle. Les BRICS proposent une alternative : respect de la souveraineté, non-ingérence, coopération égalitaire.

L’impérialisme américain et européen, en pensant dicter les chefs d’État, provoque son contraire : un monde multipolaire où les nations reprennent leur destin en main.

Les peuples ne veulent plus être des pions. Ils veulent choisir leurs dirigeants librement, sans approbation de Washington ou de Bruxelles.

Un avertissement pour l’Occident

Trump peut menacer tant qu’il veut : le nouveau Guide suprême est en place. La Chine veille. L’histoire montre que l’arrogance impériale finit toujours par se briser sur la volonté des peuples. Les interventions au Venezuela, en Irak, en Libye ont laissé des ruines et des haines durables. En Iran, le scénario risque de se répéter.

L’Occident doit choisir : respecter la souveraineté ou affronter un soulèvement global. Les peuples ne tolèrent plus que des puissances étrangères décident qui les gouverne. L’ère où l’Amérique et l’Europe s’arrogeaient ce droit touche à sa fin. L’Iran d’aujourd’hui en est le symbole éclatant.

https://multipol360.com/liran-defie-lempire-trump-declare-le-nouveau-guide-supreme-inacceptable/

 


E) - Iran : au nom du père et du fils

La révolution iranienne promettait d’en finir avec les dynasties et les privilèges du sang. Quarante-sept ans plus tard, la république islamique fonctionne comme un système mafieux où le pouvoir, les postes et les richesses circulent entre quelques familles – Khamenei, Khomeini, Larijani, Rafsandjani –, soudées par les alliances et les héritages. C’est une aristocratie où les noms ont parfois plus de pouvoir que les institutions.

Renverser le Shah en 1979 pour en finir avec le pouvoir dynastique et les privilèges héréditaires… Vraiment ? La République islamique d’Iran est en effet censée être dirigée par des principes religieux et révolutionnaires devant lesquels les hommes, austères et pieux, s’effacent, hostiles aux richesses excessives et au luxe tapageur. Mais dans les faits, une petite élite a confisqué le pouvoir et une part immense des richesses du pays. Cette élite fonctionne comme une caste fermée : les mêmes familles occupent les postes clés de la politique, de la sécurité et de l’économie, contrôlent les fondations religieuses, placent leurs proches aux postes importants, et leur argent… en Europe. Les privilèges qu’ils ont dénoncés hier sont devenus les leurs. Leur logique n’est plus celle d’une révolution ou d’une république à la pureté islamique. C’est un système de prédation et de préservation des biens mal acquis. Ils contrôlent l’argent, imposent une hiérarchie stricte où le manque de loyauté peut être puni de mort, utilisent l’intimidation, la répression et le meurtre pour faire taire les opposants, garder le pouvoir et ses avantages. C’est un système mafieux.

Et voilà que le fils succède au père. Le nouveau guide suprême, désigné par une assemblée d’experts censée représenter l’autorité religieuse du pays, n’est autre que Mojtaba Khamenei, le fils d’Ali Khamenei, tué par une frappe. Le symbole est brutal : comme dans une monarchie, le pouvoir se transmet par le sang et, comme dans une dictature absolue, il se maintient par le sang. Le premier coule dans les veines de l’héritier, le second – celui des opposants – coule dans les rues. Pour les Iraniens, c’est un coup de massue.

Motjaba Khamenei, c’est le prince de l’ombre, jusque-là sans grand ministère et sans carrière politique connue, visible. C’est un homme du sérail, un homme de réseaux, de coulisses, d’intrigues et de coups bas. Un ultraconservateur, religieux de 56 ans à la foi tranchante comme une lame, très proche des Gardiens de la révolution. Motjaba est un stratège opaque et dur, un pur produit du système. C’est aussi l’homme des grandes fortunes ; Dans Paris-Téhéran : le Grand Dévoilement, coécrit avec Emmanuel Razavi et publié aux Éditions du Cerf (mars 2026), nous rappelons une enquête sur son empire financier considérable. Cette enquête a été notamment citée par le média américain Bloomberg et par Courrier International :

“Le schéma est toujours à peu près le même : « À travers des sociétés écrans et des acquisitions immobilières au nom de parties tierces à Londres, Francfort ou Dubaï, le fils de l’ayatollah Ali Khamenei, soumis à des sanctions américaines depuis 2019, a réussi à tisser au fil des ans un vaste réseau d’investissements occultes et lucratifs. Cet empire financier, qui s’étend « du transport maritime dans le golfe Persique aux comptes bancaires suisses, en passant par l’immobilier de luxe britannique », a permis « d’acheminer des fonds – estimés à plusieurs milliards de dollars – vers les marchés occidentaux, malgré les sanctions américaines… ». Petit détail qui, lui aussi, vaut son pesant d’or : Courrier International et Bloomberg précisent que les « fonds ayant servi à ces transactions proviennent principalement des ventes de pétrole iranien (soumis aussi à des sanctions) et ont transité, toujours selon les mêmes sources, par des comptes bancaires au Royaume-Uni, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis ». Un pillage systématique des ressources du pays, donc, à des fins d’enrichissement personnel. Sans aucun frémissement de conscience.”

Comme quoi on peut invoquer Dieu et se confier aux banques occidentales…

Pourtant, la nomination de Mojtaba Khamenei répond à une logique, celle d’une monarchie religieuse tenue par quelques familles. Les fils, les frères, les cousins occupent les postes clés et les réseaux familiaux structurent le pouvoir.

Dans la famille de l’ayatollah Khomeini, Guide suprême de 1979 à 1989, fondateur de la République islamique, et dont le nom reste une monnaie politique, on trouve Hassan, son petit-fils. Clerc chiite très influent, il est le gardien du mausolée de son grand-père, un poste très symbolique qui lui donne une influence politique et religieuse considérable. On le dit plus modéré que les conservateurs du clan Khamenei. Son père, Ahmad, a été l’un des principaux collaborateurs politiques de Khomeini. Dans l’ombre lui aussi, il agissait souvent comme un intermédiaire entre le Guide suprême et les institutions du régime, ce qui évidemment lui donnait un pouvoir considérable.

Dans la famille Larijani, on trouve bien sûr Ali : Président du parlement iranien de 2000 à 2008, ancien secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale et négociateur nucléaire de l’Iran, ancien ministre de la Culture et directeur de la télévision d’État. C’est un homme fort du régime, dont la fille vit par ailleurs aux États-Unis. L’un de ses frères, Sadegh, a été le redouté chef du pouvoir judiciaire de 2009 à 2019. Il est aussi membre du Conseil des gardiens et du Conseil de discernement, en plus d’être un clerc influent de l’appareil religieux. Un autre frère, Mohammad Javad, a été vice-ministre des Affaires étrangères et responsable du … Conseil iranien des droits de l’homme… Un troisième frère, Bagher, a occupé ou occupe encore des postes élevés dans le système de santé iranien (ex-vice-ministre de la Santé, dirigeant d’instituts médicaux, etc.).

Dans la famille d’Akbar Hashemi Rafsanjani, président iranien de 1989 à 1997, il y a sa fille d’abord : Faezeh Hashemi Rafsanjani, députée réformatrice du régime. Quant à son fils, Mehdi, il a été impliqué dans quelques affaires politiques et judiciaires qui l’ont probablement freiné dans sa carrière…

Encore un exemple, un dernier. Ancien président du parlement, conseiller d’Ali Khamenei, le précédent Guide suprême, Gholam-Ali Haddad-Adel, idéologue du régime, est un homme redoutable et redouté. En 2004, sa fille, Zhara, a épousé Motjaba Khamenei, l’héritier du trône islamique, renforçant ainsi l’alliance entre deux grandes familles du pouvoir. Elle a été tuée le 26 février 2026 dans la frappe qui a coûté la vie à ses beaux-parents, Ali Khamenei et Mansoureh Khojasteh Bagherzadeh.

On pourrait ainsi continuer à dérouler longtemps la liste des clans et des lignées qui se partagent le pouvoir, du sommet de l’État jusqu’aux étages intermédiaires du régime. Mais l’essentiel est là : dans la République islamique, le sang sert deux fois le pouvoir : il le transmet entre héritiers et le protège en faisant couler celui des opposants.

Jean-Marie Montali

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-au-nom-du-pere-et-du-fils-2/

 

L'Iran Libre, est-ce possible (sans intervention extérieure) ; pour quel leadership ? 

 

 


 

 Ce vocabulaire « gagner/perdre » suppose encore un jeu à somme nulle. Plus simplement, je souhaiterais que les États-Unis se retirent et qu'Israël cesse sa politique de déstabilisation dans la région. Qu'on en finisse. Qu'il y ait le moins de dégâts possible et d'argent dilapidé dans les rangs américains, et le moins de casse possible au sein de la population iranienne. 

J'aimerais aussi que les gens comprennent qu'on peut parfaitement gérer une menace par d'autres moyens que ceux de la violence de masse. Sans le mesurer, nous resterons dans le tribalisme et la servitude face à l'État. Notre cécité collective sur d'autres modes d'existence et de défense nous empêche de réaliser que la paix est un produit du Droit et du marché, alors que la guerre est un pur produit de l'État. 

À ce stade, l'inconnu de sociétés sans maître génère encore des réflexes digne de primates. Remettre en question le monopole de la violence n'est pas une mince affaire, mais c'est la nôtre. Alors cessez d'y croire premier degré, nous savons faire autrement.

Arthur HOMINES 

 

mars 09, 2026

Alain Madelin et le droit à la simplification & Dossier historique Madelin

Depuis 30 ans, tous les gouvernements promettent de simplifier.
 
Mais le niveau des normes continue de monter.
Et si l’on changeait de logique ?
Donnons le pouvoir aux citoyens et aux entreprises de demander la suppression d’une norme inutile.
C’est le « droit à la simplification » que je propose.
C’est un renversement de la charge de la preuve : si l’administration ne peut pas justifier une norme, elle doit être modifiée ou supprimée.
𝐋𝐞 « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » 𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐞́𝐬𝐨𝐫𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞.
Merci à ceux qui ont réagi.
Dans un premier post, j’ai esquissé une idée simple mais radicale :
 - faire de la simplification 𝐮𝐧 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭,
 - 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐛𝐚𝐬,
 - 𝐪𝐮𝐢 𝐫𝐞𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐚̀ 𝐜𝐞𝐮𝐱 𝐪𝐮𝐢 𝐯𝐢𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐨𝐫𝐦𝐞𝐬 𝐚𝐮 𝐪𝐮𝐨𝐭𝐢𝐝𝐢𝐞𝐧.
Cette esquisse a suscité beaucoup d’intérêt. Et aussi beaucoup de questions légitimes.
? Est-ce une proclamation sans lendemain ? Un “yaka-fokon” de plus ?
Le « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » n’est pas un slogan. C’est une proposition solide, travaillée, juridiquement fondée.
 

 
📄🌐 Vous trouverez l’intégralité de la proposition ici : https://jesimplifie.fr/le-droit-a-la-simplification
Juristes, élus, entrepreneurs, fonctionnaires, citoyens : travaillons ensemble pour faire progresser cette cause nationale.
Une exigence suffisamment forte pour devenir incontournable dans les quatorze prochains mois et s’imposer au prochain gouvernement comme à la prochaine Assemblée nationale.

Pour découvrir l’initiative ou suivre notre campagne :
Et vous : quelle est la norme la plus absurde à laquelle vous avez été confronté ?
 




 
 

 
 
 

 
 
Merci à Anne de Guigné et Le Figaro pour cette analyse consacrée à notre proposition de « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 ».
Tout le monde voudrait un choc de simplification. Les politiques le promettent mais très peu de choses se passent.
Comme si l’on tentait de vider la mer avec une petite cuillère tout en laissant les vannes grandes ouvertes.

Notre conviction est simple :

👉 La simplification ne viendra pas d’en haut.

👉 Elle doit devenir un droit concret pour les citoyens, les entreprises, les acteurs de terrain.

Le « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » est la possibilité de contester une norme inutile, d’exiger son réexamen par l’administration qui devra prouver son utilité.
Si la norme ne réussit pas cet examen, la norme sera réécrite ou supprimée.
Ce n’est pas une déclaration d’intention. C’est un mécanisme opérationnel. 
 

 

👉 𝐀𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐥𝐞 𝐛𝐮𝐝𝐠𝐞𝐭, 𝐥’𝐡𝐞𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐯𝐢𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬.
Le #budget a été adopté au prix de compromis lourds. La page se tourne.
Il est temps d’ouvrir une nouvelle séquence politique.
👉 𝐅𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝟐𝟎𝟐𝟔 𝐮𝐧𝐞 “𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞 𝐮𝐭𝐢𝐥𝐞”.
Une année où l’on cesse de subir l’impuissance publique.
Une année où l’on prouve, par des actes concrets, que la France sait réussir vite quand elle se libère de ses entraves.
La reconstruction de Notre-Dame l’a montré : lorsque l’urgence est là, l’État, les entrepreneurs, les agents publics et les territoires savent faire. Cet esprit doit devenir la règle, pas l’exception.
📄 J’ai voulu poser, dans cette tribune pour Les Echos, quelques pistes concrètes pour y parvenir.
𝐋'𝐢𝐝𝐞́𝐞 𝐜𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐥𝐞
➡️ 2026 doit être une année de démonstration, pas de discours.
 


𝐐𝐮𝐚𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐢𝐦𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐜𝐭𝐢𝐯𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬 :
🔓 𝐃𝐞́𝐯𝐞𝐫𝐫𝐨𝐮𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐥’𝐢𝐧𝐢𝐭𝐢𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞
Le Premier ministre dispose déjà d’outils puissants : dérogations, expérimentations, mobilisation des préfets. Et d'une procédure de délégalisation (article 37). Utilisons-les pour lancer des projets concrets, grands et petits.
🏗️ 𝐌𝐮𝐥𝐭𝐢𝐩𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭𝐬 “𝐍𝐨𝐭𝐫𝐞-𝐃𝐚𝐦𝐞”
Des projets exemplaires qui montrent que, lorsque l’on allège les normes et que l’on fait confiance aux acteurs, la France sait aller vite et bien.
🤝 𝐂𝐨𝐧𝐟𝐢𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜𝐬 𝐚𝐮𝐱 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐞𝐧𝐞𝐮𝐫𝐬
Des partenariats public privé à l’initiative des entrepreneurs pour exercer telle ou telle mission de l’Etat mieux que lui.
🤝 𝐂𝐫𝐞́𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐭𝐚𝐫𝐭𝐮𝐩𝐬 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
L’efficacité de l’action publique passe par l’innovation interne pour tirer parti de l’IA et améliorer les services rendus.
-
𝐏𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐞𝐫 𝐝𝐞̀𝐬 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞𝐧𝐚𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐝 :
🔄 𝐋𝐞 “𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐭𝐫𝐨𝐜” 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞𝐬
Moins de subventions, moins d’aides, en échange de baisses pérennes des impôts. Un échange gagnant à préparer sérieusement dès aujourd’hui.
💡 𝐔𝐧 𝐜𝐡𝐨𝐜 𝐝𝐞 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
On ne vide pas la mer avec une petite cuillère. Il faut changer de méthode : simplifier les normes par le bas.
🏛️ 𝐔𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐦𝐢𝐬𝐞 𝐚̀ 𝐩𝐥𝐚𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐞𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐟𝐨𝐧𝐭𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞𝐬
Clarifier les missions, les responsabilités, les financements. Distinguer clairement solidarité nationale et assurance.
-
➡️ Les solutions de liberté ne se proclament pas.
➡️ 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐞 𝐩𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐞𝐧𝐭
➡️ 2026 peut – et doit – être cette année utile qui redonne confiance à ceux qui croient la France irréformable.

Alain Madelin

 

« Le gouvernement devrait se garder d'augmenter la TVA ou la CSG pour financer les caisses percées de la Sécurité sociale. [...] J'ai offert depuis longtemps un prix d'un million d'euros si on me montre un produit importé qui paie une taxe. Comme le dit la sagesse fiscale, ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. Au final, ce sont les consommateurs de produits importés qui paient les taxes. Ce ne sont donc pas les Chinois qui paieront la protection sociale des Français, mais bien les Français eux-mêmes. »

Alain Madelin[ "La TVA sociale est une manipulation fiscale" ]

 

Alain Madelin news et archives

Le terme "libéral" banni - LA FAILLITE DU CRYPTO-LIBÉRALISME par Faré !

"La vraie facture de l’assistanat c'est celle des entreprises (150 milliards de subventions)" A Madelin

Alain MADELIN et le "Libéralisme" en 2014/15 - Un "Libéral complet" !!

L’antilibéralisme France ?

Alain Madelin son programme entier pour 2017, s'il se présentait ! + réponses diverses de mars

Alain Madelin: l'ISF, le bouclier fiscal, et l'hyper croissance 2020

Alain Madelin, ses visions pour aider les entreprises !

Informations du côté d' Alain Madelin !

News Madelin

𝐋𝐀 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐅𝐀𝐑𝐂𝐄 𝐅𝐈𝐒𝐂𝐀𝐋𝐄 : 𝐋’𝐄𝐌𝐏𝐑𝐔𝐍𝐓 𝐅𝐎𝐑𝐂𝐄́

 

 

 

 

Un jour prochain, Reza Pahlavi rentrera dans notre pays perdu avec le cylindre de Cyrus le Grand !


"Ce fut d’abord une émotion. Inattendue car, en quarante et un an d’exil, j’ai cultivé, bravache, la distance avec le pays natal, je l’ai bien rangé, sans pli, sans accroc, dans les strictes frontières de l’enfance, source inépuisable d’inspiration certes, mais sans lien organique, sans possibilité de retour. « Parmi tous les souvenirs, ceux de l’enfance sont les pires, ceux de l’enfance nous déchirent », chantait Barbara. La rupture avec le pays natal fut comme le couperet de la guillotine, il fallait continuer de vivre coûte que coûte pour survivre.
 
 

 
 
Mon pays, mon seul pays, c’est la France – ce pays-là étant un choix, celui de l’émancipation, de la liberté, de l’écriture, de la vie, de l’amour. Bien sûr, à chaque fois que résonnait la voix de Googoosh, d’origine azérie, la chanteuse (toujours) adulée de l’Iran avant les mollahs, quelque chose remuait dans mes tripes d’exilée ; chaque fois que mes parents égrenaient les bornes du temps passé en utilisant les chansons de Googoosh en guise de date – c’était l’année où Googoosh chantait « Do Panjereh » ; rappelle-toi : ils se sont mariés l’année de « Gharibe Ashena » ; mais non, tu sais bien, ils ont divorcé quand elle chantait « Komakam Kon », etc. ; à chaque Norouz (Nouvel An zoroastrien) et, depuis 2009, à chaque révolte du peuple iranien, particulièrement depuis la révolution des mentalités qui a suivi l’assassinat, par la police des mœurs, de Mahsa Amini, d’origine kurde, pour un voile mal porté, depuis que les Iraniens ont signé l’arrêt de mort de la mollahrchie, force est de constater qu’un lien inédit s’est de nouveau tissé entre mon pays natal et moi.
 
Ainsi, lorsque j’ai su que j’allais rencontrer Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, une émotion, à mes yeux irrationnelle, incontrôlable, a jailli. Quand vient l’instant de la rencontre, de la poignée de main à l’échange de regard et de sourire, tant d’images, tant d’enfance, tant d’espoirs m’ont sauté au visage dans un enthousiasmant désordre qu’il me fallut me concentrer de toutes mes forces d’adulte pour écouter le fils du dernier chah d’Iran s’imposer comme Reza Pahlavi, figure consolatrice, symbole de la continuité historique, indispensable acteur de la fin de la mollahrchie et garant d’un retour démocratique, sans guerre civile, sans prise de pouvoir par la force, porté par une légitimité née d’une civilisation trois fois millénaire. Peut-être qu’il faut être persan pour mesurer le baume consolateur qu’est le prince désireux d’assurer la concorde civile et politique après le départ certain des mollahs, ainsi que de préparer l’avenir.
 
Tout en l’écoutant exposer, dans un français impeccable, les étapes possibles de la chute des mollahs, de la mise en place d’un tribunal de Nuremberg pour juger les crimes des gardiens de révolution, de l’organisation d’une assemblée constituante où toutes les nuances politiques, la gauche, la droite, les centres (et nous avons cela en partage qu’il nous est impossible d’envisager la présence des extrêmes, de quelque nature que ce soit) pourraient offrir le choix par les urnes aux Iraniens libérés de la mollahrchie et mûrs pour le jeu démocratique, je restai obstinément fixée sur le costume et surtout la cravate du prince.
 
Après la chute du chah, les mollahs ont tout simplement banni la cravate (et le nœud papillon), la qualifiant de « symbole de décadence » et de « propagation de la culture non musulmane ». Accessoire vestimentaire importé d’Europe, la cravate incarnait l’influence du capitalisme occidental et de ses valeurs impérialistes. Et c’était assez grave pour que Khomeyni édicte des fatwas. Cela m’a rappelé un passage de la sublime autobiographie de Salman Rushdie, Joseph Anton (Plon) : « Au cours de ces années et des années suivantes, des voix islamiques dans plusieurs parties du monde s’élevèrent pour lancer l’anathème contre des pièces de théâtre, des films, de la musique. Il y eut des attaques islamistes contre des socialistes, des syndicalistes, des caricaturistes, des journalistes, des prostitués et des homosexuels, des femmes en jupe et des hommes sans barbe, et même, de façon surréaliste, contre des démons épouvantables : les poulets congelés et les samosas. »
 
La cravate et l’élégance de Reza Pahlavi me racontaient le retour de la fierté, la fin de la honte d’être iranien aux yeux du monde, mon origine ne me réduisait plus seulement au terrorisme, aux barbus et aux corbeaux, à une esthétique aussi uniformisatrice que terrifiante, à Khomeyni. Dans la cravate parfaitement nouée du prince Pahlavi, je revoyais celle que ne quittait jamais mon grand-père, l’élégance des tantes et des oncles qui peuplaient mon enfance de beauté et de rires, de danses et de poésie.
 
On dit beaucoup que la révolution islamique a commencé lors de la célébration du 2 500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse, en octobre 1971, Khomeyni ayant craché sa haine contre cette commémoration qui insistait sur la Perse préislamique. 
 

Si les célébrations durèrent un an (mars 1971-mars 1972), avec l’ouverture de 2 500 écoles primaires à travers l’Iran, des inaugurations de monuments, des événements culturels quotidiens pour prouver que l’Iran était aussi capable que l’Occident de miser sur la culture, l’éducation, la technique, le progrès, le climax des festivités se tint entre le 12 et le 16 octobre 1971, avec les défilés de toutes les armées qui firent la Perse (Mèdes, Perses, Parthes, Qadjars), suivis des tribunes par toutes les familles royales du monde, les présidents et les chefs de gouvernement. 
 
Le discours du chah, s’adressant directement à Cyrus le Grand, fut doublé par Orson Welles, tandis que les prestigieux invités trinquaient avec un Dom Pérignon rosé 1959. Ce fut l’acmé de la royauté persane. Ce sont ces images-là qui s’imposaient à ma rétine tandis que Reza Pahlavi racontait, avec une conviction contagieuse, son programme pour des lendemains sans lamentations islamistes.
 
Les images de la révolution islamique sont le contrepoint symétrique de ces fêtes somptueuses qui apparaissent aujourd’hui comme l’enterrement (provisoire) de l’Empire perse. La révolution iranienne de 1979, ce sont les poings rageurs levés vers un improbable ciel, la masse hurlante de haine, les regards vides, les bouches tordues par une mystique de la table rase. Au fur et à mesure que l’on s’approche de février 1979 et du retour de l’ayatollah Khomeyni, les cheveux se couvrent de voiles, les hommes retirent la cravate, les barbes islamistes poussent, les moustaches communistes font encore de la résistance, le noir s’impose et la foule devient homogène jusqu’à la disparition de la singularité individuelle, jusqu’à l’étouffement. 
 
Ce fut la conséquence de l’alliance entre les islamistes et les communistes, ces derniers ne parvenant pas à se mettre d’accord sur un leader : le Tudeh choisit d’utiliser la figure charismatique de Khomeyni pour faire la révolution, persuadé d’être le seul capable de diriger après. Communistes qui furent promptement exécutés après la proclamation de la République islamique d’Iran. Le destin est farceur.
 
Il me reste de cette rencontre avec Reza Pahlavi son absence de ressentiment, son refus de mettre sur le dos des autres, des Occidentaux, de la France, des États-Unis, cette humiliante parenthèse de quarante-sept ans qui a réduit l’Iran aux islamistes toxiques. Lorsque je lui posai la question sur les « livres de l’exil » – Le Livre des rois, de Ferdowsi, roman épique écrit aux alentours de l’an mille racontant l’histoire de l’Iran jusqu’aux invasions arabes du VIIIe siècle, et Mon oncle Napoléon, roman culte d’Iradj Pezechkzad, publié en 1973 et qui a eu un tel impact en Iran que l’expression « faire son oncle Napoléon » se dit de ceux qui se déchargent de leur responsabilité sur les autres –, il eut un sourire complice, le même sourire que je retrouve sur le visage de mon père quand quelque chose d’irréductiblement iranien se révèle en moi. Nous sommes les enfants de Ferdowsi et de Pezechkzad, Iraniens d’Iran comme ceux de la diaspora, toutes générations confondues, ceux nés là-bas, ceux nés ailleurs, nous possédons en partage la littérature qui fédère tous les particularismes, toutes les ethnies, tous les âges, tous les destins, et répond à cette épineuse question : comment peut-on être persan ?
 
 
 
À la fin de l’entretien, Reza Pahlavi nous a montré les images des enterrements des morts de janvier qui lui parvenaient chaque jour d’Iran. Enterrements durant lesquels les mères, les pères, la famille, les amis chantaient et dansaient pour que ces disparitions tragiques ne soient pas des morts vaines, que ces corps aimés et assassinés puissent être la dernière douleur avant les lendemains qui célébreront la vie. Le prince a précisé combien ces chants et ces danses sont une transgression dans la culture persane. Je sais bien, moi qui suis née là-bas, que la mort est silence et larmes, qu’il faut en chasser la vie jusque dans le moindre sourire de souvenir. Et pourtant. En refusant que la mort ne soit qu’une fin, en opposant à l’injustice des massacres la possibilité d’un avenir radieux, en se tenant dignes, pulsion de vie, face à la faucheuse des mollahs, pulsion de mort, les Iraniens font un pas de plus vers la liberté.
 
Un jour (très) prochain, Reza Pahlavi rentrera dans notre pays perdu. Un jour prochain, il demandera au British Museum de nous rendre le cylindre de Cyrus le Grand, premier décret de tolérance au monde, première mouture de la Déclaration des droits de l’homme. Le jour où le cylindre de Cyrus reviendra dans notre pays natal, je sais que j’aurai retrouvé un bout de moi qui m’échappe sans cesse. Et je remettrai un pied léger et libre sur la terre de mes ancêtres."
 

Abnousse Shalmani, née le à Téhéran, est une journaliste, écrivain et réalisatrice française d'origine iranienne
 Source: Le Point, édition du 26 février 2026.

mars 07, 2026

Attali propose: Ordre mondial fondé sur la raison et la liberté ou une troisième conflagration ?

Peut-on encore éviter la Troisième Guerre mondiale ?

Depuis 1945, l'humanité vit sous la menace d'une troisième conflagration. Redoutée lors de la confrontation entre capitalisme et communisme, elle a frôlé l'apocalypse nucléaire à au moins deux reprises, jusqu'à ce que l'effondrement de l'Union soviétique mette temporairement fin à ce cycle. Nous avons alors osé espérer une paix perpétuelle, une illusion qui masquait les profondes racines du ressentiment des peuples. 

 


 

C'est dans ces profondeurs que se forge aujourd'hui le prochain cataclysme : dans les fondements idéologiques, religieux et nationalistes de toutes les sociétés, dans les amphithéâtres universitaires et dans les recoins les plus sombres des réseaux sociaux. 

 Il n'opposera plus le marxisme-léninisme au libéralisme judéo-chrétien, mais l'Occident dans son ensemble aux multitudes qui se perçoivent comme les sujets de son empire impitoyable. 

En apparence, pourtant, pour l'instant, rien de tel ne se profile. Nous ne voyons que des conflits soigneusement compartimentés : la guerre de tranchées russo-ukrainienne, les affrontements israélo-iraniens, les troubles afghano-pakistanais, les insurrections sahéliennes, les tensions meurtrières autour du détroit de Taïwan. De prime abord, les belligérants de chacun de ces conflits n'ont aucun intérêt opérationnel à intervenir dans les guerres des autres : Moscou et Pékin n'ont aucune vocation à croiser le fer avec Tel-Aviv, Riyad n'a aucun différend avec Pékin, Islamabad n'a aucune ambition au Sahel. 

La fragmentation des théâtres d'opérations empêcherait donc toute agrégation en un conflit systémique. En apparence, nous serions loin du précipice. Et pourtant, un observateur attentif peut percevoir, sous cette surface fragmentée, la présence implacable des empires, la lente convergence des haines en quête d'un langage commun.  

C’est comme si tous ces foyers d’insurrection régionale n’attendaient qu’une étincelle pour dégénérer en guerre de civilisation : le Sud profond contre son adversaire universellement vilipendé, jusque dans ses fondements mêmes : l’Occident. 

La première étape vers un conflit mondial consisterait pour les belligérants des foyers locaux à nouer des alliances : il est concevable que la Russie, la Chine et le Pakistan soutiennent la théocratie iranienne (Moscou pour s’assurer une profondeur industrielle stratégique et obtenir des approvisionnements et du personnel pour le front ukrainien ; Pékin pour garantir l’accès aux hydrocarbures et protéger ses lignes de ravitaillement ; et Islamabad pour disposer de soutiens crédibles face à la puissance indienne). 

 L’étape suivante verrait ces États projeter leurs forces au service de leurs nouveaux partenaires : des contingents pakistanais seraient intégrés aux troupes russes en Ukraine, des unités russes participeraient à l’offensive chinoise sur Taïwan et les forces iraniennes seraient déployées simultanément sur les deux fronts. 

L'ensemble de ces événements s'inscrirait parfaitement dans un grand récit anti-occidental, dénonçant la mondialisation prédatrice, le rationalisme désenchanté et la modernité colonisatrice. 

 Une fois cette dynamique enclenchée, aucun arbitre ne disposerait des instruments nécessaires pour l'endiguer : aucune hégémonie, pas même celle de Washington, ne peut plus imposer la paix ; aucune institution multilatérale n'est en mesure d'imposer un cessez-le-feu ; le droit international est réduit à néant par les assauts du révisionnisme le plus effronté. 

 La Chine, la Russie, l'Iran, le Pakistan et bien d'autres s'uniront pour mettre fin à cinq siècles de primauté et d'arrogance occidentales. La Troisième Guerre mondiale ne sera alors plus une éventualité, ni même une simple succession d'escarmouches sanglantes. 

 L'Occident a encore les moyens d'éviter ce dénouement. Il peut, en premier lieu, mobiliser sa supériorité militaire et déployer toutes les ressources de sa diplomatie pour tenter de convaincre Moscou et Pékin que soutenir Téhéran les mènerait à leur perte. 

Mais cela ne suffira pas : l’histoire a invariablement donné raison aux peuples face à leurs oppresseurs ; l’Occident ne triomphera pas, à long terme, sur les seuls champs de bataille, ni par la seule voie diplomatique, mais seulement si son projet civilisationnel l’emporte sur celui de ses adversaires. 

Or, proclamer les vertus de la démocratie libérale, du marché régulé et de l’État de droit ne suffira pas, pas plus qu’affirmer la primauté du droit humain sur le droit divin, ni jurer que la modernité occidentale constitue un horizon universel. En particulier, ces arguments sonnent creux lorsqu’ils sont portés par une oligarchie américaine cynique, qui foule aux pieds ses propres valeurs fondatrices et alimente la haine qu’elle prétend désarmer. 

 C’est là que l’Europe est appelée à jouer un rôle irremplaçable. Elle demeure le seul espace politique au monde où l’État de droit prévaut effectivement ; celui où la violence institutionnelle est la moins présente, la liberté la plus étendue, la justice sociale la plus concrète. Elle est aussi la seule qui reconnaisse le principe de l’égalité absolue des droits pour tous les êtres humains. 

 Les pays qui la composent doivent s'unir pour projeter cette singularité sur la scène mondiale et défendre un universalisme affirmé, en assumant la responsabilité de leurs fautes historiques, telles que la colonisation, dont ils n'étaient ni les premiers ni les seuls coupables. 

 

 

Si l'Europe réussit en faisant entendre ce discours, en glorifiant sans complexe les valeurs occidentales devenues universelles, en revitalisant des institutions multilatérales moribondes, en forgeant des alliances avec les meilleurs éléments des États-Unis, du Japon, d'Israël et de tant d'autres nations, une issue à la crise devient envisageable : l'effondrement de la théocratie iranienne, la déroute du discours islamiste radical, l'impasse définitive entre les armées et la dictature de Poutine en Ukraine, la chute du gouvernement Netanyahu, la défaite électorale de Trump, le renoncement de Pékin à toute conquête militaire de Taïwan. 

Dès lors, il devient possible de construire patiemment un ordre mondial fondé sur la raison et la liberté – autrement dit, sur le meilleur de ce que l'Occident a apporté au monde, en puisant également à d'autres sources.

https://www.attali.com/en/geopolitics/can-we-still-avoid-world-war-iii/

Jusnaturalisme

De l'ancien latin jus et natura, le jusnaturalisme est une doctrine philosophique et juridique fondée sur le concept de droit naturel. Les jusnaturalistes défendent une théorie du droit qui admet l’existence de principes naturels de justice distincts du droit positif
 

Le jusnaturalisme désigne l’école de pensée juridique et philosophique qui soutient l’existence d’un droit naturel (jus naturale), c’est-à-dire d’un ensemble de principes juridiques universels et intemporels, découvrables par la raison ou fondés sur la nature humaine, qui servent de critère pour évaluer la légitimité des lois positives. Cette doctrine affirme que certains droits et devoirs existent indépendamment de toute législation humaine et s’imposent à toute autorité politique.

Le terme « jusnaturalisme » est formé du latin jus (droit) et naturalis (naturel), littéralement « droit selon la nature ». Cette étymologie révèle l’intuition fondamentale de cette école : il existe des exigences juridiques inscrites dans l’ordre naturel des choses, antérieures et supérieures aux conventions humaines. Le jusnaturalisme s’oppose ainsi au positivisme juridique qui ne reconnaît comme droit que les normes effectivement posées par les autorités compétentes.

Le jusnaturalisme et la philosophie

Le jusnaturalisme constitue l’une des traditions les plus anciennes et les plus centrales de la philosophie occidentale, touchant à ses domaines les plus fondamentaux. En métaphysique, il pose la question de l’existence d’un ordre normatif objectif inscrit dans la nature ou la raison – une interrogation qui traverse toute l’histoire de la philosophie depuis Platon et Aristote jusqu’aux débats contemporains sur le réalisme moral. En épistémologie, il soulève le problème crucial de la connaissance des valeurs : comment pouvons-nous découvrir les principes du droit naturel ? Par la raison pure (Kant), l’observation de la nature humaine (Aristote, Aquinas), ou l’intuition morale ? En , le jusnaturalisme participe directement aux débats sur l’objectivité des valeurs morales et l’universalisme face au relativisme culturel – des enjeux qui divisent encore la philosophie morale contemporaine. En philosophie politique, cette tradition fonde les théories modernes des droits humains et de la limitation du pouvoir politique : de Locke aux Déclarations des droits, l’idée que certains principes transcendent la volonté des gouvernants reste au cœur des démocraties libérales. Enfin, en philosophie de la religion, le jusnaturalisme interroge les rapports entre loi divine et raison humaine, notamment dans la synthèse thomiste qui influence encore la pensée catholique contemporaine.

Les origines antiques du jusnaturalisme

Le jusnaturalisme plonge ses racines dans la philosophie grecque antique. Les sophistes établissent déjà la distinction entre nomos (loi, convention) et physis (nature), certains affirmant la supériorité de la nature sur les conventions humaines arbitraires.

Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, distingue le juste naturel du juste légal : « Une partie du juste politique est naturelle, et l’autre légale : naturelle, celle qui a partout la même force et ne dépend pas de nos acceptations ou rejets ; légale, celle qui à l’origine peut être indifféremment ceci ou cela, mais qui une fois établie n’est plus indifférente. » Cette distinction aristotélicienne fonde la tradition jusnaturaliste en établissant l’existence de principes de justice universels.

Le développe cette intuition en élaborant la notion de loi naturelle (lex naturalis). Pour les stoïciens comme Cicéron, la raison universelle (logos) gouverne le cosmos et dicte des lois naturelles que la raison humaine peut découvrir. Dans De la République, Cicéron écrit : « La vraie loi, c’est la droite raison conforme à la nature, répandue chez tous les hommes, constante, éternelle. »

La synthèse thomiste

Thomas d’Aquin réalise la synthèse la plus aboutie du jusnaturalisme médiéval dans la Somme théologique. Il distingue quatre types de lois : la loi éternelle (plan divin de la création), la loi naturelle (participation de la créature rationnelle à la loi éternelle), la loi humaine (application de la loi naturelle aux circonstances particulières) et la loi divine (révélation surnaturelle).

La loi naturelle thomiste se fonde sur les inclinations naturelles de l’être humain : conservation de la vie, reproduction, vie en société, connaissance de la vérité. Ces inclinations révèlent des biens fondamentaux que la raison peut identifier et qui génèrent des obligations morales et juridiques universelles.

Cette conception influence durablement la tradition juridique occidentale. Elle fournit un critère de légitimité des lois positives : une loi contraire à la loi naturelle n’est pas véritablement une loi mais une « corruption de la loi » (corruptio legis). Saint Augustin avait déjà formulé ce principe : « lex iniusta non est lex » (une loi injuste n’est pas une loi).

Le jusnaturalisme moderne : l’école du droit naturel

L’école moderne du droit naturel, inaugurée par Hugo Grotius dans Le Droit de la guerre et de la paix (1625), laïcise le jusnaturalisme médiéval. Grotius affirme que le droit naturel existerait « etiamsi daremus non esse Deum » (même si nous supposions que Dieu n’existe pas), le fondant uniquement sur la nature rationnelle et sociale de l’homme.

Samuel Pufendorf, dans Le Droit de la nature et des gens (1672), développe cette approche rationaliste. Il distingue les « entités morales » (droits, devoirs, obligations) des entités physiques, montrant que le monde moral possède sa propre rationalité découvrable par la raison.

Les théoriciens du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau) s’inscrivent dans cette tradition tout en la transformant. John Locke, dans les Deux traités du gouvernement civil, fonde les droits naturels inaliénables (vie, liberté, propriété) sur la loi naturelle accessible à la raison. Ces droits préexistent au contrat social et limitent les pouvoirs de l’autorité politique.

Kant et le jusnaturalisme critique

Emmanuel Kant révolutionne le jusnaturalisme dans la Métaphysique des mœurs. Il ne fonde plus le droit naturel sur la nature empirique de l’homme mais sur sa nature rationnelle. L’impératif catégorique génère des principes juridiques a priori : « Agis de telle sorte que tu puisses vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle. »

Le droit kantien se définit comme « l’ensemble des conditions sous lesquelles l’arbitre de l’un peut s’accorder avec l’arbitre de l’autre suivant une loi universelle de la liberté ». Cette définition transcendantale fonde le droit sur l’exigence rationnelle de compatibilité des libertés plutôt que sur des inclinations naturelles.

Kant développe également un jusnaturalisme cosmopolitique : les principes du droit doivent s’étendre aux relations internationales et fonder un « droit cosmopolitique » garantissant la paix perpétuelle. Cette vision influence le développement moderne du droit international.

Critiques et déclin du jusnaturalisme

Le jusnaturalisme fait face à des critiques croissantes à partir du XIXe siècle. Le positivisme juridique de Jeremy Bentham et John Austin nie l’existence d’un droit naturel objectif. Pour Bentham, les « droits naturels » ne sont que des « absurdités sur des échasses » (nonsense upon stilts). Seul le droit positif, établi par l’autorité souveraine, mérite le nom de droit.

Le relativisme culturel souligne la diversité des conceptions morales selon les cultures, remettant en cause l’universalité prétendue du droit naturel. L’historicisme juridique (École historique allemande) montre l’enracinement du droit dans l’esprit particulier de chaque peuple (Volksgeist).

Karl Marx critique le jusnaturalisme comme idéologie bourgeoise masquant les rapports de classe. Les « droits naturels » refléteraient en réalité les intérêts de la classe dominante plutôt que des exigences universelles de justice.

Renaissance contemporaine du jusnaturalisme

Après le déclin de la première moitié du XXe siècle, le jusnaturalisme connaît un renouveau après 1945. L’horreur des régimes totalitaires et de leurs « lois » criminelles relance l’intérêt pour des critères moraux objectifs d’évaluation du droit positif.

Gustav Radbruch, juriste allemand, développe la « formule de Radbruch » : quand l’injustice des lois positives atteint un degré insoutenable, elles perdent leur caractère juridique. Cette formule influence les procès de Nuremberg et la dénazification.

L’école néo-thomiste (Jacques Maritain, John Finnis) réactualise la synthèse thomiste. John Finnis, dans Natural Law and Natural Rights (1980), identifie sept biens humains fondamentaux (vie, connaissance, jeu, expérience esthétique, sociabilité, raisonnabilité pratique, religion) qui génèrent des exigences morales et juridiques objectives.

Ronald Dworkin, sans se revendiquer explicitement du jusnaturalisme, développe une théorie du droit qui intègre nécessairement des principes moraux. Pour lui, l’interprétation juridique fait appel à des principes de moralité politique qui transcendent le droit positif.

Enjeux contemporains

Le jusnaturalisme contemporain affronte de nouveaux défis. La bioéthique soulève des questions sur l’existence d’une « nature humaine » normative face aux possibilités de manipulation génétique et d’amélioration artificielle de l’homme.

Les droits de l’homme constituent l’expression moderne la plus évidente du jusnaturalisme, affirmant l’existence de droits inhérents à la dignité humaine. Cependant, leur fondement théorique fait débat : nature humaine, dignité rationnelle, consensus international ?

Le pluralisme culturel et le multiculturalisme questionnent l’universalité des principes jusnaturalistes. Comment concilier respect de la diversité culturelle et affirmation de valeurs universelles ?

Le jusnaturalisme demeure ainsi une tradition philosophique vivante, constamment réinterprétée pour répondre aux défis contemporains de la fondation du droit et de la justice.

 

Histoire

L’éviction de Dieu : l’homme seul propriétaire

Francisco de Vitoria (v. 1483-1546) : droit naturel plutôt que surnature
 
 Tout l’effort de la pensée moderne consiste à opérer une rupture, une dissociation radicale, entre le domaine de Dieu sur sa création, qui devient purement théorique et abstrait, et le domaine de l’homme sur les choses, concret et réel. Cette évolution vise à désencastrer le domaine humain du domaine divin, à le rendre autonome par rapport à ce dernier. Un premier pas est franchi par les penseurs de la seconde scolastique. Comme l’a montré l’historienne du droit Marie-France Renoux-Zagamé (Origines théologiques du concept moderne de propriété), des auteurs tels que Domingo Báñez, Francisco de Vitoria, Domingo de Soto, Leonardus Lessius, Paul Leymann ou Francisco Suárez sont à l’origine d’une innovation majeure. Poursuivant les prémisses de Thomas d’Aquin, ces théologiens fondent le domaine humain, non plus sur la seule volonté divine, mais surtout sur la nature raisonnable de l’homme. Cette innovation, qui vise à écarter les dérives nominalistes des siècles précédents (si le domaine humain est fondé sur la seule volonté de Dieu, Dieu peut le retirer à l’homme en cas de mauvaise conduite), tend à autonomiser, au moins en partie, le domaine humain par rapport au domaine divin. L’homme se voit conférer un pouvoir naturel sur les choses, qui n’est plus seulement justifié théologiquement, mais avant tout juridiquement, par le droit naturel. Le dominium est associé au jus, au droit naturel, plutôt qu’à la volonté divine. Les penseurs de la seconde scolastique participent donc, malgré eux, à une sécularisation du pouvoir humain sur les choses. Malgré tout, ce pouvoir demeure limité par la nature humaine elle-même, par la fonction de l’homme dans l’univers (l’organisation des créatures par la raison). De plus, si la justification théologique est nuancée, elle n’est pas tout à fait écartée. Le droit d’abuser n’est donc pas encore pleinement légitimé et des limitations au droit d’user demeurent.
 
Hugo Grotius (1583-1645) : contre la seigneurie de Dieu, la propriété de l’homme !
 
Ce sont les jusnaturalistes modernes qui, à partir du XVIIe siècle, poussent progressivement cette évolution à son terme. Si Grotius et Pufendorf admettent encore de rares réserves et continuent de rattacher partiellement le domaine humain à Dieu, Thomasius, Hobbes, Locke et leurs successeurs vont opérer un désencastrement total du droit humain sur la création par rapport à son fondement divin. Prolongeant le raisonnement des théologiens de la seconde scolastique, ces philosophes parviennent à justifier un pouvoir absolu de l’homme sur la création en détachant totalement et définitivement le domaine humain sur les choses, que l’on appellera de plus en plus propriété, du domaine de Dieu, de la souveraineté divine sur l’univers. Le droit de l’homme sur les choses est ainsi exprimé, non plus comme découlant d’une concession divine, mais comme un droit attaché à la seule nature humaine. Pour ce faire, les jusnaturalistes montrent que le pouvoir humain sur les choses ne résulte pas d’un ordre explicite de Dieu, comme le pensaient leurs prédécesseurs, mais d’une simple possibilité d’organisation du monde laissée par Dieu à l’homme. Dès lors, le domaine humain constitue un droit mais, ne découlant pas de la volonté de Dieu, ce droit n’est contrebalancé par aucun devoir juridique ou moral. Bien plus, ce droit doit être rattaché, non à un ordre divin, mais à la nature propre, intrinsèque, de l’homme. Ce dernier peut donc user des choses comme bon lui semble, puisque cette utilisation est indifférente à Dieu : elle est neutre du point de vue de la volonté divine. Se trouve ainsi théorisé un droit absolu et illimité de l’homme sur les choses, qui n’est plus restreint par des limitations théologiques ou éthiques. Le droit d’user et d’abuser est légitimé : la propriété est née.
 
 
 
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